LIVRE X
Campagne de iSyi. — Combat de Chizai. — Du§;ue9clin achève
conquête de TAunis et du Poitou.
Duguesclin venait de prouver qu'il était posaibln d'expulser les Anglais des terres de France; mais lui seul paraissait capable de diriger une entreprise a vaste. Le roi craignait que le ciel ne se lassât de & voriser ses armes , tant les succès remportés en dei^ nier lieu le surprenaient. Il ne put résister aux crii des féodaux, dont l'ardeur, naguère assoupie , se ré- ; veillait plus impatiente que jamais : chacun brûlait de combattre sous les ordres de Bertrand.
Le connétable désirait ouvrir la campagne dès lel premiers jours du printemps, afin de profiter des ' chances favorables qui s'offraient d'elles-mêmes. Le prince de Galles, consumé par le mal cuisant dont il avait rapporté le germe de la Castille, espérait qu6 l'influence du pays natal pourrait en diminuer la gravité. Il laissa le gouvernement des provinces méridio' nales à son frère le duc de Lancastre , prince fort singulier, sur qui le temps avait opéré des changements extraordinaires. Jadis brave, magnanime, chevaleresque, Lancastre était devenu inhabile, dur et sombre; dévoré d'une ambition démesurée, il ne faisait plus de cas de la gloire : l'idée de combler l'espace qui le
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xait du trône l'occupait tout entier. Afin d'en- ;nir son illusion à Fégard d'une élévation imagier il épousa la fille de don Pèdre^ et prit le titre oi de Castille. Nul n'était moins propre que lui mener la fortune sous les drapeaux de l'Angle- ;• Il accepta d'abord cette mission avec trans- ; mais Lancastre ne tarda pas à se montrer trèslyé, lorsqu'il se vit dépourvu de troupes et eni dans un pays dont les habitants supportaient atiemment le joug de la maison de Plantagenet. louveau vice-roi dépécha message sur message^ r demander des hommes ^ de l'argent et des vivres : i s'agissait rien moins que de prévenir la perte le des provinces du continent. Edouard III, ayant »ublé d'efforts, rassembla une flotte nombreuse, inée à porter des troupes suffisantes pour réparer checs essuyés dans la dernière campagne, l^ mo- [ue conçut même le hardi projet de s'emparer 81 Rochelle , d'en transplanter les habitants en Ire, et de la repeupler de Gallois ou d'Irlandais, quisition de cette ville aurait complété la ligne itime établie par ses soins sur le littoral de la le; car déjà il possédait Ostende, Calais, les ports a Bretagne , ceux de Bordeaux et de Bayonne. La belle pouvait servir de point d'appui aux parti- » que l'Angleterre conservait encore dans le Poitou. Rochellois eurent connaissance de ce dessein ; ils Tent de périr plutôt que d'en subir l'exécution : babitants avaient ressenti on ne peut pas plus vilent le raalhetir de passer sous une domination mgère. « Vous ne régnerez plus sur nos biens ,
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avaient-ils écrit à Jean II lors du traité de Bre 9ig\ mais vous régnerez toujours sur nos cœurs. »
Les Rochellois obtinrent de leurs nouveausc m très la permission de se gouverner par leurs pro/^** lois j d'après un système particulier ; mais ils n^ PJ rent éviter de livrer aux Anglais la citadelle, qui sait pour la plus forte du royaume. On comptait C^ la ville quinze mille bourgeois en état de porter armes : les avantages obtenus en Poitou par les F çais les avaient exaltés , de sorte que la garni éprouva une peine infinie pour se maintenir derriè ses hautes murailles. Edouard chargea du coup main qu'on méditait contre la Rochelle le comte Pembroky homme de résolution. Des historiens assi rent que le premier soin de ce général fut de munir de tonneaux remplis de chauies, destinées lier les habitants.
Pembrok se présenta devant la Rochelle , ne don-j' tant pas d'y aborder sans difficulté. Une fois débar* que avec ses troupes, il devait s'emparer des posta principaux, se saisir des bourgeois et les reléguer au fond des vaisseaux de transport, stationnés dans la rade; mais quel fut son étonnement en voyant le port fermé et les Rochellois sous les armes! Au liea de se retirer au plus vite, et d'aller jeter en Guienne les troupes expéditionnaires, il perdit un temps précieux à parlementer, espérant prendre la ville par surprise ou par famine. Une semaine entière venait déjà de se passer, lorsqu'on vit paraître Tescadre française unie à celle de Castille : la jonction de ces forces navales prouvait que l'on connaissait depuis
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emps le projet des Anglais. La marine espaj, la mieux entretenue de l'Europe, jouissait alors s haute réputation : les Arabes, savants dans tous ts, perfectionnèrent en Espagne la construction ^aisseaux. Boccanegra , aventurier génois, issu maison de Grimaldi, commandait cet armement; 3uvaitle regarder comme le chef des malandrins mer. Henri II avait pris à son service Boccaa, ainsi que son escadre, composée de petites ites très-légères. La flotte française marchait sous •dres d'Yvain , le dernier rejeton de Léolin , prince ailes , dépossédé par Edouard P"". Cet amiral nourit contre l'Angleterre une haine aussi violente légitime; sa bravoure égalait la singularité de ses ières : ce paladin prenait le titre de Poursuivant tour, et portait constamment les couleurs d'une cesse d'Ecosse dont il était épris depuis vingt Yvain courut chercher la flotte de Henri dans >orts d'Espagne, et l'engagea à se mettre sur les îs de Pembrok. En secondant les efforts de la ice, Henri de Transtamarre payait un tribut à la nnaissance, et agissait en même temps dans ses ires intérêts; car d'après le mariage récent du de Lancastre avec la fille de don Pèdre , il devait idérer les princes de la maison de Plantagenet me ses ennemis personnels.
B comte de Pembrok , surpris à l'ancre, ne pouéviter le combat que venaient lui présenter Yvain îoccanegra : l'action se livra à la hauteur de la belle, vers la fin de mai iSyi. Les Espagnols se irent de brûlots pour incendier les vaisseaux an-
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giais. Les matières dont ils firent usage ne s'enflammaient pas très-subitement; on choisissait à cet et fet des bateaux plats , que l'on chargeait de bois résineux. Ces briilots castillans ^ conduits par des marins intrépides, se mêlèrent aux navires ennemiSi et en embrasèrent douze; les Français, profitant du dé» sordre, attaquèrent ceux qui fuyaient pour éviter l'incendie, et s'en emparèrent. Yvain prit à ^abo^ dage le vaisseau amiral, et déchira de ses mains ¥^ tendard d'Angleterre; mais il déshonora son triomphe en insultant Pembrok, captif et désarmé. Bocctnegra ayant reçu sa part de l'immense butin, fruit de cette glorieuse journée, se hâta de conduire daûS les ports de l'Espagne la flotte et ses prisonniers.
Informé de cette victoire, Duguesclin demanda à Charles Y la permission de partir pour la Guiennei afin de profiter de Tépouvante qu'un échec aussi maf* quant devait causer au duc de Lancastre. Eu efEet|Ce prince, craignant de compromettre sa renomméo dansune troisième lutte, quitta au plus vite BordeauX| et remit le commandement au captai du Buch , créé depuis Tannée précédente connétable d'Aquitaine. A la nouvelle que Bertrand se portait en Poitou , Gnitt vint prendre position non loin de la Rochelle , M doutant pas que Charles V et son connétable ii*eil^ vsent en vue d appuyer les habitants de cette ville dans leur résolution de secouer en entier le joug dci | Plantagenets. Le captai agit si sagement, qu'il déjooi les projets de Bertrand ; celui-ci abandonna le PoitoOy et se rendit en Auvergne, déterminé à y passer la mauvaise saison , et à presser les levées extraordinil*
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re« promises par le roi. En voyant Duguesclin exécuter un mouvement rétrograde, Grailli leva son camp de la Rochelle, et vint s'établir sur la Charente et la Vienne, afin de couvrir le Poitou. Ainsi se termina Tannée 1371. La campagne de 1372 fut commencée de bonne heure par le connétable , qui menait une 1^ drmée plus considérable que toutes celles qu'il avait b temmandées jusqu'alors. Le dauphin d'Auvergne, les } sires de Sully, de la Fayette, d'Estaing, s'empressè- ^ rent de se ranger sous ses bannières. Quantité de Bretons accoururent à sa voix, en dépit des obstacles ^e suscitait la maison de Montfort. Les bannerets de la Bourgogne arrivèrent en avril. Le comte d'Alénçon et le maréchal de Sancerre regardèrent comme une gloire de servir sous les ordres de Bertrand. Le jeune duc de Bourbon , resplendissant de vertus guerrières , ne l'abandonnait plus depuis quatre années. Le connétable leva ses quartiers vers la fin d'avril, flbrtit de l'Auvergne , traversa la Marche, envahit le Poitou , enleva Chavigny , Montmorillon , et se porta devant Moncontour, dont les Anglais avaient singulièrement augmenté les fortifications, en y ajoutant ]( des fossés d'une largeur prodigieuse. Duguesclin y obvia par un moyen aussi gigantesque que l'obstacle hri-même; il rassembla des centaines de bûcherons, eileur fit abattre la moitié d'une forêt voisine : plusieurs ::! milliers de soldats furent employés à transporter le^ :^«rbres devant Moncontour, et à combler l'immense iCSiVité qui défendait les approches de la place. Les (Français, favorisés par cet amoncellement, montèt^nt à l'escalade. Les assiégés, stupéfaits, capitulèrent.
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glais enleva le surlendemain Niort, place bien mieux gardée que Poitiers.
Les succès remportés par Thomas de Percy danl luj coin de la province ne balancèrent pas les reveiv consécutifs essuyés sur d'autres points par lesarinéei britanniques. Le connétable, dont l'activité semblait augmenter de jour en jour, quitta Poitiers et se remit à battre la campagne , en poursuivant le projet d'eUN porter la Rochelle; il s'approcha de la place aprèf avoir réduit les bourgs fortifiés qui l'avoisinaient. Cit lui qui exigea le plus d'efforts fut Soubise, citadelh bâtie sur un coteau auprès de la Charente ; elle ap< partenait à une châtelaine très-dévouée aux intéréti d'Edouard IIL Bertrand , obligé d'observer Thoma»» de Percy dans le Poitou , laissa la conduite du siéga à Thibaut du Pont, un de ses plus habiles lieutenanti^ Le captai, qui suivait de l'œil le plus attentif les mou« vements de son adversaire, fondit le soir même sur les Français laissés devant Soubise , envahi t leur camp, mit le feu aux tentes, tailla en pièces ceux qui voulurent se défendre, et fie prisonniers les autres, ainsi que Thibaut du Pont, criblé de blessures. Mais, par un de ces jeux bizarres de la fortune si ordinaires à la guerre , l'exploit du captai se changea subitement en une défaite : quoique surpris, les Français opposèrent une résistance assez prolongée. Les flammes d(^ l'incendie, et les cris des soldats , retentissant dans le silence de la nuit, attirèrent l'attention d'Yvain de (jalles, dont la flotte croisait devant la Rochelle : elle devait protéger les opérations de Duguesclin. L'amiral, ne doutant point que les Français n'en fus-
BERTRAIfD DUGUESCLIN, SoQ
Au moment où le connétable prenait possession de Saint-Sever, il reçut un émissaire secret envoyé par les habitants de Poitiers, qui le suppliaient de venir, sans différer un seul instant, recevoir leur soumission : le sénéchal Thomas de Percy , successeur de Chandos, sachant que Saint-Sever était aux abois, avait pris toute la garnison de Poitiers pour la conduire au corps d'armée commandé par le captai. Duguesclin se hâta de profiter d'un avis aussi précieux : le soir même il choisit trois cents chevaliers des plus déterminés , sortit du Limousin, franchit une partie fî de la Marche , de l'Angoumois , traversa le Poitou , et, après un circuit de trente lieues, il arriva devant :; Poitiers. Sa marche avait été si rapide, que les habi- I tants ne voulaient pas croire que ce fût Bertrand; ^ enfin on livra une porte ; il entra au galop dans la ^f ville , et s'empressa de planter lui-même sur la princii' pale tour le drapeau français, qu'on n'y voyait plus ' flotter depuis le traité de Bretigny. Le connétable occupait Poitiers depuis deux heures , lorsque Thomas de Percy se présenta devant les ponts-levis ; les bourgeois le reçurent en criant du haut des remparts : Daguesclinl DuguescUnl Ce terrible signal lui apprit qu'il était en présence de ce redoutable Breton , que lui et les siens croyaient vingt lieues en arrière, travaillant à s'établir dans sa nouvelle conquête de Saint- ** Sever; ses esprits en furent tellement frappés, qu'il De songea pas à tenter la moindre attaque pour rentrer dans Poitiers. Percy aurait pu faire repentir Duguesclin de s'être compromis dans cette téméraire entreprise; chose d'autant plus croyable, que l'An-
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glais enleva le surlendemain Niort, place bien mieux gardée que Poitiers.
Les succès remportés par Thomas de Percy dani luj coin de la province ne balancèrent pas les revers consécutifs essuyés sur d'autres points par les armée» britanniques. Le connétable, dont l'activité semblait augmenter de jour en jour, quitta Poitiers et se remit à battre la campagne, en poursuivant le projet d'eoh porter la Rochelle; il s'approcha de la place aprëi avoir réduit les bourgs fortifiés qui l'avoisinaient. Colui qui exigea le plus d'efforts fut Soubise, citadelle bâtie sur un coteau auprès de la Charente ; elle appartenait à une châtelaine très-dévouée aux intéréti d'Edouard liL Bertrand , obligé d'observer Thomas de Percy dans le Poitou, laissa la conduite du siège à Thibaut du Pont, un de ses plus habiles lieutenants. Le captai, qui suivait de l'œil le plus attentif les moii* vements de son adversaire, fondit le soir même sur les Français laissés devant Soubise , envahit leur camp, mit le feu aux tentes, tailla en pièces ceux qui von* lurent se défendre, et fit prisoimiers les autres, aind que Thibaut du Pont, criblé de blessures. Mais, pv un de ces jeux bizarres de la fortune si ordinaiici à la guerre , l'exploit du captai se changea subitement en une défaite : quoique surpris, les Français oppo* seront une résistance assez prolongée. Les flamma d(; l'incendie, et les cris des soldats , retentissant dam le silence de la nuit, attirèrent l'attention d'Yvain de (■ailes, dont la flotte croisait devant la Rochelle: (;lle devait proléger les opérations de Duguesclm. L'amiral, ne doutant point que les Français n'enfw-'
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: venus aux mains avec l'ennemi, débarqua une :ie de ses troupes sur la côte, et se précipita dans amp; il reconnut les Anglais, autant à la haine l'animait qu'à la clarté des torches dont chaque ler était pourvu : Yvain de Galles surprit le vainur occupé à partager le butin et les prison* ft. Graiili crut d'abord qu'une poignée de fuyards aient un coup désespéré pour s'ouvrir un passage ; fndant il se vit lui-même en peu d'instants entouré )Utes parts. Sa valeur personnelle arrêta longtemps Qots d assaillants; mais Yvain de Galles déjoua îfiforts en appelant à son aide de nouvelles trou-
Graiili, conservant son sang-froid, faisait des ositions pour battre en retraite du côté de Saint- •d'Angély, lorsque Pierre de la Villette saisit la e de son cheval et brisa ses armes à coups de se , le menaçant de l'abattre s'il ne se rendait prilier; le captai tendit son gantelet : c'était la sele fois que Graiili tombait au pouvoir des Fran-
On l'enferma dans la tour de Corbeil, où il irut au bout de cinq ans. Charles V refusa consnent de le mettre à rançon. Les historiens mo* tes blâment cette rigueur, oubliant sans doute le captai avait à se reprocher des torts très-graves ;rs ce prince : non-seulement il fut mis en liberté
rançon à l'issue de la bataille de Cocherel, mais lui donna encore le beau duché de Nemours et remier rang dans les armées après Duguesclin; népris de sa promesse, des bienfaits dont on l'a-
comblé, Graiili abandonna le service des Valois r embrasser celui des Plantagenets, et agit vigou-
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reusement dans les champs de Navarette. Charles Y gratifia Pierre de la Villette d'une rente de milb deux cents livres, en récompense de la capture da captai du Buch(i).
L'avantage remporté par Y vain de Galles devait tràcertainement compliquer les embarras d'Edouard IIL ^ On avait vu ce monarque mettre à profit la de deux Français, Robert d'Artois et Geoffroi dUs-J court : Charles Y employait des moyens semblabki| à la différence cependant que les deux barons françail étaient des rebelles, et qu'Yvain, proscrit, dépouiUl de l'héritage de ses pères, n'obéissait qu'à un resseD-j timent très-légitime*.
La défaite du captai répandit la terreur dans kl Poitou; le connétable en profita pour brusquer une! attaque sur les places du parti anglais : Saint-Maizent|
(i) Christine de Pisan, dont on connaît Texactitude, s'eipriMf ainsi à ce sujet ( chap. xxvi ) : ■ Et comme autrefois lui eust le nP Charle quieté de sa rançon et le fist de son hôtel , s'etoit retourné au Anglois , ne le volt plus le roi par rançon délivrer. »
Nonobstant l'autorité respectable de Christine de Pisan, le préH* dent Hénault dit : « Le captai mourut prisonnier au Temple, apM avoir refusé généreusement de s'engager au service de la France. ■ Tout ceci est inexact ; le captai mourut à Corbeil , et non au Temple : les registres de la cour des comptes en font foi, car ils meotionneiil. ' les frais d'inhumation ; puis il n'existe aucune preuve de ce refoi généreux: et comment penser que Charles V eût offert du service à un guerrier qui l'avait déjà si indignement trompé?
Anquetil et les autres historiens modernes ont renchéri encore inr i le président Hénault , uni({uement pour se donner la satisfaction de ; critiquer la conduite d'un de nos plus grands rois. C'est ainsi qu'en j répétant des faits dénués de fondement, on les accrédite dans Topi* ' nion publique. Au reste, les actes ofdciels du règne de Charles Y ' (collection Decamps) fournissent les preuves irrécusables de ce que nous avons dit sur cette affaire.
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Saint-Jean-d'Angély, Saintes, Melle, Aunay, lui ouvrirent leurs portes : on pouvait dire que les murailles tombaient au seul nom de Duguesclin. Il ne restait plus à soumettre en Poitou et en Sain tonge que Thouars et la Rochelle. La conquête de ces deux places présentait des difficultés sans nombre : dans l'une la garnison anglaise occupait une citadelle inexpugnable; l'autre renfermait dans son sein tout ce que la faction ennemie comptait de brave et de déterminé; plusieurs fois on avait vainement tentédeles réduire. Le connétable résolut d'investir d'abord la Rochelle, dont les habitants se montraient très-disposés à servir ses projets. Yvain de Galles, ne croisant sur ces côtes que dans le but de seconder les opérations des Français , se remit en mer, alla rallier la flotte castillane devant Bordeaux , et reparut pour bloquer le port de la Rochelle.
En même temps Duguesclin concentra ses troupes éparses, et les conduisit dans le voisinage de cette ville ; le lendemain il vint la reconnaître, accompagné d'une faible escorte et de deux bannerets, les sires de Lohéac et de Rostremen. L'aspect de ces fortes murailles, de ces tours carrées, de ces vastes fossés pleins d'eau, les surprit au dernier degré :-le sire de Rostremen laissa échapper une exclamation d'étonnement; le connétable l'en blâma en termes sévères. a Par saint Yves! s'écria- t-il, si un rayon du soleil entre dans la Rochelle, Bertrand saura bien y pénétrer aussi! »
La vue de cet appareil formidable rassemblé sous leurs murs en imposa aux Rochellois : on savait
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fort bien qu'ils poursuivaient depuis longtemps chimérique idée de s'ériger en république; iU ailJîE raient voulu secouer le joug de l'Angleterre, et indépendants sous la protection de la France. L'ai nemeut que ces deux puissances montraient poi s'assurer la possession de leur ville fit sentir aux pli sages que la seule liberté dont ils pourraient jouiel serait de se choisir un maître : les magistrats optè-jR rent naturellement en faveur de Charles Y, que leuiv |) concitoyens aimaient de préférence à tout autre sott* verain. Ils députèrent des émissaires vers Duguesdîa,;] afin de le supplier d'interrompre les attaques dirigée! contre leurs remparts, attendu que les Rochellois espéraient s'emparer eux-mêmes delà cidatelle occupée par les Anglais. Il fallait, au préalable, que les Français consentissent à simuler une espèce de retraite, comme s'ils renonçaient à la conquête de la Rochelle | vu les difficultés immenses de l'entreprise.Duguesclin y souscrivit, et fit les dispositions apparentes pour lever le siège. Les bourgeois mirent alors leur projet àexécur tion. Le gouverneur de la citadelle, commela plupart des guerriers de son temps, ne savait pas lire : le maire, homme fort adroit, nommé Mondorier, profita d'une particularité aussi futile pour lui tendre un piégeasses bien concerté; il détacha d'un ancien édit le sceau de cire verte d'Edouard III : cette empreinte tenait, suivant l'usage, au parchemin par des rubans de soie; Mondorier la fixa au bas d'un ordre supposé que le monarque anglais adressait au capitaine. La teneur de ce commandement prescrivait de s'entendre avec les autorités de la Rochelle pour la défense de cette
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m^ de passer la revue des troupes de la citadelle i l'intérieur de la ville, conjointement avec les c^es de la bourgeoisie , afin d'augmenter la conce de celles-ci. Le maire appela Tofficier, lequel, ant les Français occupés exclusivement des pré* itifs de leur départ, crut pouvoir sans danger desdre de son poste : on lui montra le sceau du roi , 1 reconnut fort bien ; et , dans l'impuissance où b trouvait d'en prendre lecture lui-même, l'An*s accepta l'offre que faisait le maire de lui en dire ontenu. Le gouverneur, ne soupçonnant pas Tarse dont on se servait pour le tromper, sortit de la delle suivi des deux tiers de ses compagnies ; mais sine lui et les siens eurent-ils dépassé la dernière pière, que les bourgeois s'emparèrent du guichet, irmèreut, assaillirent le malheureux capitaine, qui, : déconcerté d'une telle agression , mit bas les ar* . sans opposer aucune résistance. Les bourgeois lifièrent ensuite à ceux de la citadelle qu'on les lit dans des sacs de cuir pour les jeter à la mer, ne baissaient incontinent les ponts-levis. La me* 3 d'un supplice aussi affreux terrifia les Anglais : >onts-levis furent baissés, et les Rochellois occumt aussitôt les travaux intérieurs.
e maire, député par ses concitoyens vers le connée, lui annonça que la ville se soumettait volontiers oi de France : « Elle demande seulement, lui dit-il, urance, sur votre parole, que les prérogatives aclées en 1 2^4 par Philippe-Auguste seront religieuent respectées. — Je vous la donne, dit Diigues- , en mon nom et en celui du roi mon maître. Je
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crois même aller au-devant de vos vœux, en dé que la citadelle soit démolie.)) Les députés insis encore pour que laRochelle nefùtjamaisséparée de France, pas même par apanage; enfin les habitani firent l'abandon de plusieurs autres grâces, pour s'( réserver une qui les touchait singulièrement : c'étudii de vivre, deux jours entiers, affranchis de toute mination étrangère (i). Dans la matinée du troisié le connétable fit son entrée solennelle , et alla planUt; l'étendard royal sur la principale porte. *
On célébra à Paris la réduction de la Rochelll comme un triomphe éclatant. Par une distinction toute particulière, Charles Y, en plein conseil, entouré des grands dignitaires de la couronne, écrivit de sa main au connétable, en le traitant de cousin: il le remerciait en termes flatteurs d'avoir rendu à ]i^ rÉtat, autant par sa sagesse que par sa valeur, le lustre que de longs désastres lui avaient enlevé. Tandis que le monarque témoignait sa reconnaissance d'une ma- \ nière aussi pompeuse, le sujet acquérait de nouveaux droits à sa gratitude : en effet Duguesclin sortit de la Rochelle, résolu de compléter la conquête du Poitou par la prise de Thouars, le boulevard le plus formidable de la coalition organisée par les tenanciers du Poitou. Les principaux bannerets de la ligue , les sires de Parthenay, d'Argenton , de Pousange, Louis ■] d'Harcourt, et le vicomte de Thouars, venaient de se jeter dans la place : ils comptaient sur les prompts secours de l'Angleterre , car il n'était bruit que du
(i) Arcere, Histoire de la Rochelle.
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rassemblement de troupes effectué dans les États d'Edouard III. Ce prince 9 frappé des disgrâces de ses généraux , pritla détermination d'aller rétablir lui-même ses affaires. Le vieux Plantagenet reparut à la tête de ses armées, qui ne l'avaient pas vu depuis dix ans; il se montra aux yeux de ses soldats, revêtu d'une armure complète : son corps usé n'en pouvait plus supporter le poids; ses fils, vieux eux-mêmes, l'aci compagnaient. Le prince Noir avait retrouvé la vie 1^ sous le ciel nébuleux de son pays; la satisfaction répandue sur les traits du héros semblait présager aux Anglais de nouveaux triomphes. La flotte mit à la voile le a o août 137a; elle portait vingt mille hommes de débarquement, qui, joints à quinze mille autres i( disséminés dans les différentes places de la Guienne^ ^ età douze mille restés en Poitou, allaient former une j niasse imposante contre laquelle, selon le monarque anglais, l'activité et le courage de Duguesclin viendraient échouer.
On leva l'ancre le 1*' septembre. Edouard s'écria en quittant les côtes de Southampton : «Je vais abattre le trône de Charles V; je jure de ne revenir quelorsque j'aurai reconquis les provinces que l'on m'a ravies (1). » On voit que l'ancien rival de Philippe de Valois n'avait rien perdu de sa présomption. Les éléments, jadis dociles à ses désirs, s'y montrèrent opposés cette fois : durant six semaines les vents se chargèrent de défendre la France , et repoussèrent loin de ses rivages les escadres ennemies. Les tempêtes,
(i) Kippis, Histoire du prince Noir.
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se succédant sans interruption, en détruisirent majeure partie : des milliers de soldats périrent gloutis dans les flots . Edouard III , désespéré, se contraint de regagner ses ports; il licencia la moi! de son armée , et alla cacher son désespoir au fond à\ château de Windsor : l'intérêt de sa gloire aurait di lui commander de ne pas en sortir.
Pendant que le roi d'Angleterre menaçait de colère Charles V, Duguesclin pressait les préparai du siège de Thouars. La ville, remplie de gens de guertt/^j manquait de vivres; ainsi la hauteur des muraillis^ft la largeur des fossés devenaient inutiles; on pouvait' facilement calculer le jour où les barons poitevins se rendraient à discrétion. L'impassible connétable avait= su contenir l'impétuosité de ses hommes d'armes^ avides de périls et de renommée : il fit investir la plaOS de divers côtés, ne voulant pas même tenter un assauti qui pouvait coûter la vie à quantité de soldats; il resta immobile dans son camp, attendant que la filmine lui livrât les assiégés. On leur fit savoir de sa part que s'ils en venaient à cette extrémité, les che6 et les soldats seraient impitoyablement passés au fil de l'épée. Le vicomte de Parthenay et les barons poitevins, effrayés delà résolution du connétable autant que de ses menaces , proposèrent un terme moyen : sachant, à ne pas en douter, que le roi d'Angleterre faisait d'immenses préparatifs pour ressaisir ses conquêtes du continent, ils demandèrent de reculer la reddition de la ville jusqu'au 29 septembre. Duguesclin accepta la proposition , mais il exigea desotages. A l'époque convenue, Bertrand apprit lui-même aux
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tenanciers poitevins la dispersion de la flotte d'Edouard; l'annonce de cet événement les plongea dans la consternation: ils capitulèrent sans difficulté. La semaine suivante, les états du Poitou annoncèrent aux habitants de la province qu'ils rentraient définitivement sous la domination de la France. ^
L'armée conduiteparleconnétablecoraptaitdansses rangs soixante mille combattants ; on y distinguait six princes du sang, les deux maréchaux de France ainsi que l'amiral, soixante barons déployant bannière, et une foule de chevaliers à pennon. Duguesclin y main- 1 tenait une discipline sévère : il espérait, à l'aide de ces forces imposantes, réduire la Guienne comme on 'irenait de soumettre le Poitou; mais aussitôt la prise de Thouars effectuée, cette armée diminua des deux tiers, sans qu'il pût s'y opposer : les volontés du général se trouvaient malheureusement subordonnées à celles d'une quantité de barons trop puissants pour fléchir sous son autorité. Ces chevaliers, animés d'une ardeur martiale, accouraient au moment du danger, et se retiraient dès qu'il n'existait plus.
Les princes du sang, le duc de Bourbon excepté, quittèrent le camp pour conduire les barons du Poitou qui allaient présenter leurs hom mages à Charles V; il ne demeura auprès de Bertrand que les capitaines soldés, sa compagnie décent lances, et quelques troupes féodales. En dépit de tant de désavantages, Bertrand continua les hostilités contre plusieurs partis qui erraient encore dans le Poitou : ces forces s'agglomérèrent autour de Niort, la seule ville restée au pouvoir des Anglais. Cette dernière armée se compo-
3aO BERTAAr^n J)UGU£SCLIN.
sait (les débris des anciennes divisions du captai, de Lancastre, de Robert Kenolles. Thomas Hampton en prit le commandement suprême, s'adjoignant comme lieutenants Richard du Mesnil et Guillaume Insell, officiers expérimentés, élèves d'Edouard III et da prince Noir. Une fois réunis , ils résolurent de ne plus se séparer, de présenter une masse compacte à Duguesclin, et de ne rien négliger pour rentrer dans le cœur du Poitou. Certainement Hampton et ses collègues seraient parvenus à s'y maintenir, s^ils avaient eu à se mesurer contre un général moins habile et surtout moins actif que Duguesclin.
Les Anglais, et les soldats de Bertrand eux-mêmes, ne doutaient pas que, la campagne étant terminée, on ne dût passer l'hiver dans des quartiers sans en bouger. Mais au bout de quinze jours de repos le connétable rassembla ses compagnies répandues dans la Saintonge, et s'ébranla au milieu de la saison la plus rigoureuse, se proposant d'anéantir compléta ment la dernière coalition. Il forma trois corps principaux , pour attaquer à la fois Lusignan , la Rochesur-Yon et Chizai : il confia le commandement du premier à Olivier de Clisson, le second à Alain de Beaumont, et se réserva le soin de conduire le troisième. Une agression dirigée simultanément contre plusieurs points devait nécessairement diviser la puih sance des Anglais, et rompre leur projet de conceiH tration. Cette combinaison ne réussit cependant pal Hampton, en général consommé, résolut de porter toutes ses forces sur Chizai, investi par les Françaii» et d'écraser cette portion de l'armée ennemie, ne
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^ doutant pas que la défaite du connétable n'entraînât œlle des autres corps : en conséquence, il se con^tenta d'envoyer de faibles détachements à la Rochesur- Yon et à Lusignan, laissant Jean d'Évreux pour ' garder Niort. Hampton marcha, avec le reste de ses divisions, vers Chizai. Duguesclin avait déjà échoué dans plusieurs assauts : la forteresse , commandée par Robert de Myton, homme de tête et de cœur, se dé- ^ fendait vigoureusement.
"îj Bertrand, instruit d'une manière certaine de l'apii[ proche de son adversaire, fit palissader son camp, déterminé à s'y renfermer pour n'en point sortir* Hampton et les siens arrivèrent rapidement, ne doutant pas de trouver leurs rivaux établis dans la plaine : ils furent étonnés de les voir retranchés derrière de i larges fossés et de hautes palissades. Jugeant superflu de chercher à forcer la position , encouragés d'ailleurs par la réserve apparente de l'ennemi, les Anglais s'imaginèrent que le connétable craignait de risquer l'action contre des forces supérieures. ïlamp* ton s'arrêta au projet de bloquer le camp : il étendit sa ligne en forme de croissant devant les retranchements des Français, adossant le centre à un bois, garantissant sa droite par un ruisseau, et appuyant sa gauche à des rochers. Duguesclin se voyait engagé ^ns une position très-critique , ayant en face de lui ^es cohortes nombreuses, derrière, la garnison de Chizai, dont les sorties l'inquiétaient extrêmement; il ne pouvait échapper à une perte certaine qu'en redoublant d'audace : la bravoure avait fondé sa fortune, ^le seule devait le sauver en cette circonstance ; il I. II. **
3a2 BEBTHiUfD DUGOKSCLUr.
ne doutait pas d'être secondé par les c Bvaliers ses compagnons d'armes , qui montraient une rësolutioa inexprimable. Le duc de Bourbon , les deux HauDy, Rostremen, Rerouét, Kerimel, Dubouestd, Rochefort, Hay, Diichâtelet, le jeune TEspinay, Yvon dt Kerriec, Hervé de Kersaliou, Bizien de Montevîlle et Maurice du Parc se faisaient distinguer parmi CMS intrépides capitaines. Au moment oà le connétdUt allait se concerter avec eux sur les moyens de soiër de ce pas difficile , arriva un héraut apportant dt la part de Hampton l'offre de la bataille. DugneadiBi affectant l'embarras devant l'envoyé, lui répmaÊk qu'il ne pouvait accepter le combat, et le tx^ngUâ brusquement.
Le connétable s'empressa de convoquer serlical» nants afin de les consulter au sujet de ce mcMigti Son opinion fut de se condamner quelque temps! l'inaction la plus complète , afin d'augmenter lasém rite de l'ennemi; de fondre ensuite sur les Angiail^ et de les étonner par une attaque aussi subite q«1 pétueuse : ce plan fut adopté sans opposition , et 1*4 ne négligea aucun moyen pour se ménager des ces favorables. De leur côté, les Anglais vinrent ■ sulter les retranchements par des bravades, sans cesse qu'ils prendraient le connétable et le duiraient à Londres enchaîné : chacun d'eux se^i putait déjà l'honneur de cette belle capture. Ibctfi''! pèrent la nuit en rase campagne , sans palissades, rf*!! fectant de montrer, par une espèce de n^ligeBSijir le mépris que leur inspiraient de pareils ad^ Deux jours entiers se passèrent ainsi, sans tpit
Duflundki uMmnraMUOt dÏMMiitiiMMk «àaat
litirQ»>Berf6ci ,dant iefetmt tisqg arina» teiicihiît ■néi; tm corpi de cavilwîi 4tiiite^ «MMMmlé Mvfamertel, aoÎTaît inittédtÉtemMit Mt ]pilalnir* <i«i «in de Betumanoir fai chargé âê giider W pwMMi traîs QMts hommei) OMu^ei d«ni»irtM irwifiMiddeft tentes, «fin de.laiiier enoÎM âOK ^idbi U gamisoa deChiiaî que pw «mi JMoher n^àm hpaeté dans rintériettr dea getratidkemante. iA iwr des palissades empêchait las Angltts 4^!epWv |iv ees flaancaurres préUaskiaînay «t 4*4» eaup*» parie but. Enfin, à un signal coo^eAU , in pion* Mbattireni la partie des reUrandieaienta qui «oil^ t ie front; les madriers oédèrant tout à e^tip flae par enchantement. Duguesdia, eoaduiaanlie lie sa division , déboncha per cette brèdie dW laauré. Dès que le terrain le pendit, sa oelonne se bya en gagnant de Tespace, ^ ne tarda pee de ipster un large front revélu de fer. La Ugi|e a« sigeail en trois corps ; le centre avait le çeMiéta* fpour chef, Caile gauche Kerimel, et la /ànillm néee du Parc ; la cavsderie marchait dlerrière le
f aspect de cette armée s'avançant dans «a ^nbe ait, enseignes flottantes, les Anglais restèrent kque temps frappés de terreur; mais les chefeeu-
bientôt rappeler leur réaoliilîoa,. Jféewnoin^
if.
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BERTRAND DUGUESCLIlf.
l'impression fut si forte, qu'elle ne put s'efKacer entièrement. Hampton se bâta d'envoyer au-devant dei Français un corps de deux cents Poitevins auxiliaires, espérant que ces troupes légères retarderaient asseï longtemps la marche de l'ennemi pour donner aux sections le loisir de prendre leur ordre de bataille; mais dès que les Poitevins furent à portée de trait, ils baissèrent leurs armes ; Duguesclin les accueillit, et les fit couler sur l'aile gaucbe sans ralentir la vitesse de son allure. Hampton et ses lieutenants, peu étonnés de cette défection , attendirent Bertrand de pied ferme; les arcbers commencèrent Faction :lear attaque ne paraissant pas assez rapide au gré des deui armées, celles-ci s'abordèrent violemment. Duguescli%* entouré de cbevaliers jeunes et bouillants, qui pr^ naient de lui les premières leçons de vaillancei kl étonnait par ses terribles coups : la hache à la mais^ ils s'élançait dans le plus épais des bataillons angUi; mais la résistance vigoureuse qu'on lui opposait le forçait bientôt de reprendre sa place au centre dek bataille; il s'élançait de nouveau , et de nouveaurencontrait des obstacles qui le refoulaient vers les sîeoii' Hampton, ayant fait approcher sa division de gem d'armes, fondit sur les deux premiers corps, etlw enfonça complètement; mais il trouva en demièvft ligne la réserve des Français, composée égalemedt de cavalerie. Dubouestel, qui la conduisait, s'avançii sans hésiter contre les gens d'armes; ceux-ci, dèur nis par la charge , ne purent se remettre eu rangaTetj la promptitude nécessaire. Dubouestel les tailla pièces, et fit prisonnier de sa main le général
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douard III. Duguesclin sut profiter de cet heureux ocident pour rétablir sa ligue de bataille. Les ailes, issaillies par des forces supérieures , luttaient péni- >leinent pour ne pas se laisser accabler. Le connétable passait tour à tour de l'une à l'autre, précédé de ia bannière, portée par Tristan du Parc : la vue de cet ^endard relevait le courage des Français et doublait eur énergie.
Cependant les Anglais, privés de leur comman- |ant, perdirent l'avantage remporté en premier lieu, ^ucun ordre, aucune union ne régnait dans leur lipie, et pourtant chaque soldat recevait la mort sans reculer d'un pas. Au moment où ils allaient succomber, Jean d'Évreux arriva suivi de quatre escadrons Je cavalerie : ce gouverneur de Niort , ne pouvant le résoudre à rester derrière les murailles d'une ville
pendant que les deux partis se choquaient ainsi en CSise campagne , sortit en toute hâte, et parvint sur le dbamp de bataille lorsque l'aile droite de Hampton le laissait déborder; il arrêta le mouvement, et fournit |ux Anglais les moyens de reprendre l'offensive. Mais un incident des plus graves vint tromper leur espoir pt décider enfin du sort de la journée. Des cris con- Eas, partis de Chizai, attirèrent l'attention des combattants : Robert de Myton était accouru de la place, accompagné de ses deux cents hommes de garnison , pour venir prendre en queue Duguesclin; il traversait le camp, s'imaginant le trouver abandonné; au moment de franchir l'ouverture pratiquée dans les iretranchements , cet officier fut entouré par les soldats du sire de Beaumanoir : la surprise de ses gens
fut telle, que mil d'entre eux ne songea à Èé défendre d'une manière sérieuse ; ils furent âsMilKs par de petits pelotons qui s'élançaient de riiltériear déf tentes. Les Anglais, croyant leurs adversaires fort nombreux, demandèrent quartier au bout deqtidques instants. Robert de Myton, en sa qualité dé commandant, fit payer cher sa défaite; blessé griè^ vement, il ne put éviter de tomber au pontàit èû vainqueur. Le sire de Feaumanoir courut du pcMl^ levis, le franchit suivi de sa troupe, fit fermer Ifll portes, et s'empressa de hisser sur la tourelle dûcU* teau le drapeau français. Tandis que ceci se passiX dans Chizai, les deux partis qui luttaient att mllMl de la plaine, accablés de lassitude, s'arrêtèrent dli part et d'autre. Les Anglais envoyèrent un pârleudH taire, dans la vue d'obtenir une stispensiott d^AnilKI^ ils n'agissaient ainsi que pour éviter une ttAne cMN plète. Dans le moment où Bertrand écoutiiit lé iM* sager, plusieurs chevaliers accotirurent, et hii AW trèrent l'étendard aut fleurs de lis arboré SOf W bastions de Chizai. A cette tue, le connétable, tom prenant ce dont il s^agissait, congédia brusqdétlMdf| le héraut : « Je ne puis, lui dit-il, consentir k Màâi arrangement; ceux du château et Robert de M] leur chef sont pris, c'est signe que Dieu nous pfùtêfi allez dire aux vôtres qu'ils se remettent en dtfMili car je ne veux point les attaquer sans les prévenir (t)i<
(i) « Nennil, dist Bertrand, par ma foyjen'ai eitvie de fMhi: concorde : ceux du chastel sont desconfits à présent» et Robert ; prisonnier; c'est signe que Dieu nous donnera victoire pi ment. Allex faire lever vos gens sur pies ; car je oe ddgtierob
IKHTRAND DUOUKSCLIV. Ss^
\m efFet, il attendit une heure; puis, s'a^ançant fié* mient à la tête de ses soldats, transportés d'enthouiftsroet il ailbuta Fennemi sur divers points. Les a^rlaîs, frappés de stupeur par la prise de Chbsai , » virent contraints de plier devant Bertrand, dont ■scendant devenait aussi irrésistible que celui du Noir; accablés de lassitude, criblés de blessu-
, ils mirent bas les armes : Froissard convient que no seul n'échappa. Ce combat de Chisai, dont M historiens français font à peine mention, se livra fe ag juillet 1 373. Le connétable, charmé de la valeur les Anglais, les envoya tous en Gkiienne sans rançon, nolant les vaincre en générosité, comme il les avait wincus en prouesse. Dnguesclin n'étendit pas jus* fokk Jean d'Ëvreux la clémence dont il usait envers Iss soldats d'Hampton : Jean d'Évreux , frère de Charles le Mauvais, par conséquent prince du sang, aussi KHon que le roi de Navarre, changea plusieurs fois de parti sans pudeur. Le connétable le fit conduire à Paris, comme trophée de sa récente victoire, lui donnant pour garde le jeune de TEspinay, qui lui avait arraché son épée au fort de l'action.
Duguesclin, avide de succès, ne voulut pas que la journée se bornât au gain de la bataille de Chizai ; il forma une division de quatre cents hommes de cavalerie, et la mit sous les ordres du sire de Rostremen, en chargeant ce capitaine d'aller surprendre Niort. Rostremeii arriva à la chute du jour devant la ville, où personne ne connaissait encore l'issue du
bler à eux, se ils n'estoient en estât. > (Hist. de Duguesclin, par Claude Mesnard , page 3 19.)
3a8 BERTRAHO DUGUE8GUN.
dernier combat. Les Anglais de garde aux barrièrdf rurent voir les escadrons de Jean dxvreuz, qui re^ venait sur ses pas; ils le laissèrent avancer : lui etl siens 9 que favorisait l'approche de la nuit, se cipitèrent sur le premier poste, le mirent en déroute, et pénétrèrent dans Niort en criant Duguesclinî Du^' guesclin! Les bourgeois y répondirent par les mémeiacclamations , et leur cité rentra par ce moyen soni la domination de la maison de Valois. Ainsi, en im seul jour , le connétable fut vainqueur dans un combat livré en rase campagne , prit ime forteresse , et s'empara de la seconde ville de la province. L'annonce du revers éprouvé par les Anglais devant Chizai suffit pour déterminer les gouverneurs de Lusignan et de la Roche*sur-Yon à baisser leurs ponts-levis. La capitulation de ces deux places compléta la soumission de la Saintonge, de l'Aunis et du Poitou (i). ' Les brillants avantages remportés par Duguesdin dans les provinces de l'ouest permirent au duc d'Anjou de pousser vigoureusement les opérations en Guienne. Les Anglais , pressés de toutes parts, se virent au moment de perdre les possessions continentales. Edouard ordonna à son fils le duc de Lancastre de conclure une suspension d'armes. Charles Y, qui ne se laissait jamais aveugler par la fortune, donna les mains à ces arrangements; il les regardait comme les préliminaires d'une paix définitive : les hostilités
(i) Wasingham, Hume lui-même, souvent impartial» passent aouf silence ces trois campagnes si glorieuses pour la France, et surtout si utiles à Charles V ; sans doute qu'ils regrettaient déparier des dé« saslres qui signalèrent les dernières années du règne d^Édouard IIL
B£RTRAJr0 BUGUESGUN. SlQ
cessèrent en Poitou et dans le midi. Le connétable accourut à Paris jouir du fruit de ses travaux : il venait de ranger sous les lois de la France les provinces qui 3n étaient dénbembrées depuis le traité de Bretigny, 3t dont l'acquisition avait coûté à Edouard trente innées de combats, signalées par trois victoires méaiorables. Jamais aucunecampagnen'avait procuré à la monarchie des bénéfices aussi réels. Cette France , naguère inondée d'ennemis, menacée d'une ruine im* oiinente, se relevait plus vigoureuse qu'auparavant et humiliait déjà sa puissante rivale : chacun en remerciait Duguesclin; personne ne lui contestait le mérite d'avoir opéré ces prodiges. Nous allons voir le héros accroître sa renommée par de nouveaux seririces rendus à la patrie.