‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 5)Chapitre 14 sur 22 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

Duguesclin sauve le royaume d'une nouvelle invasion. — Campagne de 1877 et de 1379. — Conquête de la Guienne.

Edouard ne pouvait se résoudre à voir flétrir sa irieillesse par des défaites ; en vain cherchait-il à échapper à sa destinée j il en sentit toute l'amertume y et descendit dans la tombe avec le regret de ne pouvoir emporter le titre de conqiuirdnL Afin de réparer tant de pertes y le monarque anglais eut recours à des moyens qui lui auraient peut-être répugné dans des temps prospères. Voyant ses possessions de la Guienne menacées,

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s(^s phalanges dispersées , il voulut regfl^nef ptf Ik^j brigue ce que la force des armes venaif de lui rath; Edouard HT avait pris pour agent de ses manuel] Charles de Navarre, dit le Mauvais , qui reparah sur la scène quand il s'agissait de susciter denonv^ embarras à la France. Ce prince , aussi empressé M se lancer dans le champ de t'intrigue que sorgnMtj de se tenir à l'i^cart lorsque des cris de guerre PapfM^j laient au combat, courut de la Normandie au fêÊÊ de la Castille, dans le dessein de ménager à l'Angle^ terre nn puissant allié. Celui qu'on espérait capter il facilement était Henri de Transtamarre , qui se tûùé^ trait chaquejourplusdigned'occuperle trône auquel le courage de Duguesclin et un concours de cireonfrtances merveilleuses l'avaient élevé : il devint Tldaié de ses sujets, l'arbitre des Espagnes et le potentat le plus puissant de TEnrope après Edouard TII et Charles V. Il ne laissait échapper aucune occasion de prouver au dernier sa gratitude; jamais on ne porta plus loin le sentiment delà reconnaissance : néanmoiiM lei Plantagenets ne jugèrent pas impossible de le séduire. ' Le Navarrais devait lui offrir, de la part du duc de Lancastre , une renonciation pleine et entière à la couronne des Alphonse. On sait que le prince anglais avait pris le titre de roi de Castille; en épodsatit la fille de don Pèdre. Il promit de plus la cession de quelques places dans la Gascogne, si Henri It eon* sentait à répudier Talliancede la France. Le Castillan laissa paraître un noble courroux en entendant cette proposition : a Je suis étonné, dit*il à Charles le Mauvais , que l'on m'ait cru capable d'une pareille là*

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cheté , et je suis encore plus étonné de voua voir servir les intérêts d'un prince étranger contre le roi votre beau-frère. » Après cette réponse, qui ne souffrait pas de réplique, Henri de Transtamarre invita Charles le Mauvais à vider ses États au plus vite. Le Navafraisi^ insensible à la honte, quitta la Castillè, n'éprouvant qu'un regret, celui d'avoir échoué dans ses détestables projets (i). Edouard, dont l'âme renfermait plus de noblesse, dut applaudir en secret aux sentiments généreux du roi de Castillè; et, dans la confiance de réparer cet échec, il s'adressa au duc de Bretagne. I^s motifs qui avaient engagé Henri de Transtamarre à se montrer inflexible devaient déterminer Montfort à servir la cause de l'Angleterre; car Edouard avait fait pour l'un ce que Charles V fit pour l'autre : Id reconnaissance devait donc agir aussi puissamment sur le cœur de Jean IV.

Montfort régnait sur le duché, mais d'une manière pénible, puisque la majeure partie des habitants s'é* tait opposée à son élévation ; la haute idée qu'il avait conçue depuis longues années d'Edouard III , Fempéchait de voir que la fortune abandonnait sans retour le rival des Valois, rival jadis si terrible : Jean IV nnit étroitement ses intérêts à ceux de son beau-père, ne doutant pas que les succès les plus éclatants ne finissent par couronner les efforts du monarque an* glais. Montfort espérait qu'il en résulterait infailliblement pour lui, souverain de la Bretagne, un surciroit d'autorité : les rêves brillants de son imagination ne

(i) Secousse , Mémoires sur Charles le Mauvais, a* part.

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tardèrent pas à s'évanouir. La chevalerie bretonne vit d'un très-mauvais œil le projet d'alliauce médité par Jean IV. Le duc aurait du regarder comme de salutaires avertissements les murmures qui s'élevaient autour de lui. Le vicomte de fiohan, député ven Montfort par les hauts barons, lui dit rudement : ce Sire, dès que nous nous apercevrons que vous fidtei cause commune avec TAngleterre , nous vous chas* serons du duché. » La menace n'effraya point le duc; il mit seulement plus de circonspection dans sa conduite.

Edouard tenait à l'alliance du duc de Bretagne en ce qu'il espérait que Montfort pourrait occuper les Français sur des points éloignés, tandis que de son côté il les attaquerait dans le midi et dans l'ouest Mais l'imprudent n'avait pas mesuré son 2èle à Tétendue de ses forces ; dès que Montfort eut levé le masque pour agir ouvertement en faveur de son beaupère, la chevalerie bretonne se déclara sans hésiter contre lui. Les vicomtes de Laval et de Rohan devinrent les chefs de cette ligue. Le duc, fort inconsidéré dans ses démarches, appela les Anglais à son aide, et leur livra ses principales places; les barons, à leur tour^ implorèrent l'appui de la France : le gros de la nation hésitait encore à se prononcer, lorsque le décret d'un impôt extraordinaire que le souverain voulait prélever pour couvrir les frais de la guerre, bannit toute irrésolution ; le peuple s'unit à la féodalité. Montfort se vit réduit à la dure nécessité de combattre ses sujets.

Charles V s'était empressé de répondre à la coa«

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fiance des bannerets confédérés ; il chargea Duguescliii de chasser les Anglais de l'Armorique. Le connétable réunit une armée auprès de Pontorson, et pénétra rapidement dans le duché ; le plus vif enthousiasme éclatait sur son passage : son nom , ses exploits y laffection que lui portaient ses concitoyens, le montraient à tous les yeux comme l'arbitre de la Bretagne. Duguesclin, au grand étonnement des différents partis , déploya dans une circonstance aussi délicate un caractère qu'on ne lui soupçonnait pas : ce guerrier, qui ne respirait que les combats, que l'on savait avide de renommée , fut le premier à proposer des voies de conciliation pour éviter l'effusion du sang. Bertrand promit à Montfort, son ennemi personnel, de conjurer Torage formé pair son imprudence , s'il consentait à renoncer franchement à l'alliance d'Edouard, se chargeant en son particulier d^expulser les Anglais que le duc avait si légèrement appelés dans ses États. Montfort ne sut aucun gré à Duguesclin de sa modération , il n'apprécia point les sacrifices d'amour-propre que ce grand homme faisait dans l'intérêt de l'humanité. Rien ne put vaincre son obstination : il se servit des troupes étrangères pour lever l'impôt que Ton refusait de payer. Alors le connétable , n'ayant plus de ménagements à garder, entra en campagne. Les effets de la foudre ne sont pas plus prompts. Les Anglais, attaqués impétueusement, n'eurent pas le temps de se reconnaître : Saint-Malo , Dinan , leur furent enlevés dans l'espace de quelques jours. Jugon, commandé par le sire de Guité, voulut résister, mais la forteresse fut obligée d'ouvrir ses

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portes; on dut la regarder comme une icpiéte pré^ cieuse , car un proverbe disait : Qui a Bretagne sam Jugon^ a chape sans chaperon (i). Moacontour, ce l'on battait monnaie, tomba également en 9on pou* voir. La place d'Hennebon tenta d'arrêter la furie dei soldats de Bertrand ; les Anglais avaient su obtenir^ci habitants qu'ils serviraient leur cause. Les approcAM ^ de la ville se hérissèrent de palissades; on garoitleÉ bastions de quartiers de pierres destinés à être las» ces sur les assaillants.

Le connétable ne croyait pas qu'Hennebon se loilt' en défense contre les troupes du roi de France; il comprit que la nécessité lui faisait une loi de réduire cette ville sans délai , de peur que l'exemple ne devint contagieiix : en conséquence , le général réunit ses trois corps d'armée sur le même point, inveiât la place, et présida lui-même aux dispositions d'un assaut qui, selon les apparences , devait être meurtrier. Mais , avant de le livrer, Bertrand voulut parler aux magistrats : ceux-ci, déjà remplis d'épouvante, se présentèrent aux créneaux ; les habitants couvraient les remparts. Le connétable s'avança au bord du fossé, et d'une voix terrible leur fit cette sommation : « Il est certain que nous conqueterons et souperons ce soir dans cette ville : mais si un des vôtres gete pierre ou carrel par quoi le plus petit de nous et 4e nos garçons soit blecié, je vous ferai à ^us XxAMr (a vie. » ( Lobineau, 1. 1, p. 4o6. )

A peine eut-il prononcé ces mots , que mille ori»

(i) Annales briochines, par Tabbé Rufflct ^ 1771 , îo-ia.

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se firent entendre sur les murailles, et dans l'intérieur de la cité : la vue de Duguesclinet ses menaces effrayèrent tellement les bourgeois, qu'ils ne voulurent pas attendre un seul moment pour capituler; les pontslevts furent baissés en dépit des Anglais, et Duguesclin y sans tirer Tépée , se vit maître d'une des fortes places de la Bretagne, devant laquelle Phillippe da Valois avait échoué. La prise de Nantes suivit de près celle d'Hennebon. On ne voyait déjà plus à soumettre que Brest et DervaL Robert KenoUes vint se jeter dans la première : le connétable l'y bloqua étroitement. L'enchaînement des circonstances le mettait encore en présence du général battu si souvent par lui ; mais cette fois KenoUe^ , retranché derrière les fortifications d'une des meilleures places du continent, ne doutait pas de pouvoir braver impunément son ancien vainqueur; d'ailieui*s la flotte d'Edouard IIJ secondait efficacement ses opérations. Duguesclin, que les difficultés , loin de rebuter, enflammaient davantage , se mettait en mesure de forcer un poste aussi difficile, lorsqu'un ordre de Charles V le contraignit de quitter la Bretagne. Le roi désirait l'opposer aux Anglais, lesquels, en exécution du plan concerté entre Montfort et Edouard , venaient de débarquer à Calais , et s'étaient répandus dans le royaume pour la troisième fois : rien ne résistait a leur furie. C'est pour céder au vœu unanime que le monarque s'empressa de rappeler Duguesclin, car la nation, le regardant comme son égide, n'espérait plus qu'en lui. Le duc de Lancastre dirigeait encore l'expédition. Pendant que les affaires de Ifk Bretagne retenaient

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dans ce pays le connétable et le gros de Tannée fi çaise, le généralissime ne devait s'occuper qu'àie^j couvrer la Saintonge, l'Aunis et le Poitou, dont h perte avait été la conséquence des revers des deux] campagnes précédentes. Le duc de Lancastre, ayant] pour lieutenants le comte d'Arundel et le duc deCam-l bridge , conduisait quarante mille hommes. Il tralaait' à sa suite Montfort; ce dernier, obligé de fuir pour échapper au connétable, s'était vu dépouillé de M États dans l'espace d'un mois. En mettant le pied sur le sol français , il envoya à Charles V un cartel en termes dont Edouard lui-même ne se serait pas servi : cette provocation, adressée à un puissant potentat^ parut d'autant plus ridicule que Montfort ne conH mandait dans l'armée que soixante hommes d^armei. II avait à dévorer sans cesse les affronts dont un souverain déchu est ordinairement abreuvé par les prin* ces qui semblent embrasser sa défense.

Suivant les intentions de son père, le duc de Lancastre devait traverser le royaume en tournant les places fortes, sans s'arrêter devant une seule : ce système d'invasion, si redoutable, dut sa création au génie d'Edouard III. Le duc de Lancastre s'enfonça au milieu du royaume (février iSya); il traversa le Boulonnais, l'Artois, la Picardie, sans que personne s'opposât de front à son passage : mais des corps isolés le harcelaient sans cesse; le sire de Renneval , Enguerand de Couci et Tamiral Jean de Vienne , lui causaient un mal incalculable à la tête d'une division de cavalerie. En vertu des ordres du roi , les habitants des campagnes abandonnèrent leurs mai-

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sons , détruisirent les vivres qu'on ne put emporter, de sorte que les étrangers se virent en butte aux maux affreux qu'entraînent la famine et les rigueurs de la saison. Tant d'obstacles n'auraient pas empêché le duc de Lancastre de conduire en Guienne des troupes suffisantes pour remplir les vues d'Edouard , si l'on n'avait eu à lui opposer un aussi grand capitaine que Duguesclin. Ce héros , forcé de laisser en Bretagne la moitié de son armée j ne put amener que dix mille hommes. Son génie savait néanmoins se créer des ressources, en calculant ses plans de campagne : c'est le premier général du moyen âge qui ait compris la science des marches, cette branche élevée de l'art de Ja guerre. Au lieu de diriger sur Paris les forces qu'il •menait, Duguesclin sortit du duché en remontant la rive droite de la Loire , la quitta à Orléans, traversa le Gâtinais y et vint camper sur la Seine au-dessus de Troyes. Le duc de Lancastre, le sachant au fond de la Bretagne, imagina qu'en sortant de ce pays Bertrand entrerait dans le Poitou, afin de s'opposer au passage des Anglais par les provinces de l'ouest : en conséquence, dans le dessein de l'éviter, le duc résolut d'aller joindre la route de Bordeaux, en perçant à travers le centre de la France. Quelle dut être sa surprise de trouver Duguesclin devant lui! Les deux armées se rencontrèrent auprès de Nogent : les Anglais présentèrent la bataille; le général français eut une peine extrême à retenir l'impétuosité chevaleresque des bannerets. La prudence lui faisait une loi de ne point compromettre le sort de la campagne dans une seule action : il refusa le combat , s'attachant à ne perdre

T. ir. a^

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jamais de vue son ennemi, pour le ruiner en détail. Il attaqua son arrière-garde au passage delTonne, non loin d'Auxerre^ lui tua du monde, enleva la bannière du duc de Lancastre et tous ses bagages. A la suite de cet échec, Montfort conseilla aux Anglais d'abandonner le projet de joindre Bordeaut par le Bourbonnais et le Limousin. On devait, selon lui, rentrer dans la Bretagne eu longeaht la iivê droite de la Loire. Le généralissime repousâa cet avis avec rudesse, quoique plusieurs barons le jugeassent ttisr prudent : la mésintelligence se mit alors pâirmi les chefs de l'armée expéditionnaire. Dûguescliti eîi stit tirer parti : il poursuivit Lancastre dans le Nitetnfti), le cohtraignit à passer la Loire précipitamment : chaque ruisseau, chaque défilé devenait pour le fiUd'É' douard la cause d'une perte notable. Bertratid sètetiait constamment en tête des assaillants, t*ecomméllçaiit ainsi, au déclin de sa carrière^ cette guerrede partisans qui avait fondé sa fortune. Il franchit l'Allier ctuàlre heures après les Anglais : ceux-ci, ayant atteint les plaines du Bourbonnais, purent déployer des forces infïMsantes; ils offrirent la bataille : leur habile adversaire la refusa pour la troisième fois.

Louis IldeClermont, possesseur du Bourbondaiii réunit ses vassaux, fit prendre les armes ailx haUtaiits, et s'unit à Bertrand pour arrêter l'invasioti. îi occupa los gorges de la Marche, afin de couper la retraite de ce coté : le duc de Lancastre se vit cdlltraiut (le s'engager dans l'Auvergne. Duguèsclin,ttii6Uk guidé, gagîia deux jours de marche, et courut Fattendre à l'entrée du Puy-de-Dôme, aiipi*ésdii lieu où

iÉÀtBAND bÛGtJESÈLlir. 3^9

là Sioule prend naissance. Étâiit resté uh jôiir entier dails cette position sans que les fcoltitineà parussent, lé connétable crut qu'elles avaient forcé Ife passage du Cher; ses officiers partageaient déjà ses craintes, lorsque le châtelain de Besse , ayant embouché son oliphant, signala du haut des retnparts l'approche du duc de Lancastre. En apercevant les étendards aAngleterre , les Français ne purent contenir leur itnpatience; ils demandèrent impérieusement à marcher contre ces phalanges. Le connétable, forcé d'acfepter le combat, s'y prépara en déployant lés hier- <feilleuses ressources de son génie. L'histoire d'Auttergne (i) fait mention de cette bataille, sans en donner les détails; elle dit que la lutte fat longue, et que la nuit sépara les deux partis; la chronique arjbute que les habitants de ces rudes contrées acboururent de toutes parts, lorsque les échos des khontagnes répétèrent le signal donné par le cor du bhâtelain de Besse. On doit présumer que le désavantage ne fut pas du côté des Français, puisqu'on voit leur général continuer à poursuivre le duc de Lancastre avec le même acharnement. Il entra aussitôt que lui dans le Limousin. Les difficultés locales, aillant qUé les escarmouches successives , causèrent des pertes si considérables au fchéf des armées britantiiques, qu'il lui restait dbiize mille hommes enviroh k son arrivée en Périgord. Duguesclin survint au mobient où le duc de Lancastre allait forcer les portes dé Périgueux. Les Anglais , acculés au pied des hautes

(i) Hist. des Dauphins d'Auvergtié, parle père Giémènt.

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murailles de cette capitale, livrèrent une troisième bataille dans laquelle leur valeur faillit triompher de tant d'obstacles. Montfort, désespéré de voir la victoire pencher du côté des Français, se jeta au milieu de leurs rangs pour s'y ménager un trépas glorieux : cent Bretons , restés fidèles à sa cause, l'arrachèrent des mains des Normands qui allaient l'immoler. Les soldats de Lancastre , obligés de battre en retraite , livrèrent aux flammes les faubourgs de Périgueux. L'église de Saint-Jean, une des plus anciennes des Gaules, fut brûlée dans cette circonstance (i). Les débris da divisions battues se dirigèrent vers la Dordogne; les assaillants taillèrent en pièces l' arrière-garde, commandée par le sire de Norvick , et à l'issue de l'engagement ils abandonnèrent les restes de cette formidable armée, qui venait de disparaître en moins de sixsemaines. En effet, Plantagenet avait débarqué avec quarante raille hommes; il n*en comptait pas six mille en atteignant Bordeaux. Les légats du pape voulurent interposer leur médiation durant la longue marche des Anglais Le duc de Lancastre, dont la présomption égalait Timpéritie, repoussa ces propositions, ne doutant pas d'anéantir promptement les milices communales qui lui barraient le passage. Lorsque le connétable vit que le succès couronnait ses efforts, il refusa à son tour d'entrer en pourparler, disant que le roi ne loi avait pas délégué les pouvoirs nécessaires pour traiter; enfin, on conclut une trêve qui fut signée, au mois d'avril l'i'j'iy par les plénipotentiaires des deux couronnes.

(i) Hist. des comtes de Périgord , par D* Clément.

BERTRAND OUGUESCLIN. 34 1

Dans Tespace d'une seule année (i373)^ la plus glorieuse pour Duguesclin , ce héros avait conquis le Poitou 9 soumis la Bretagne , et sauvé le royaume d'une invasion, en ruinant une armée formidable. Dès que la trêve fut signée, il courut se reposer de tes travaux dans son château de Pontorson : c'est là qa'il contracta un second hymen. Sa femme, Tiphaine Baguenel, était morte sans enfants en 137a; l'espoir que le ciel lui accorderait un fils engagea Duguesclin i former cette union : Charles V, la France entière, et principalement ses nombreux compagnons d'armes, l'y forcèrent par leurs supplications. Ce fut encore en Bretagne qu'il voulut choisir une autre compagne: les familles les plus illustres se disputèrent rhonneur de s'allier au grand homme. Celle de Laval eut la préférence. Jeanne, fille unique de Jean de Laval Tintiniac, fut saluée duchesse de Molina et comtesse de Longueville; le peuple, que ces titres pompeux touchaient moins, l'accueillit par mille acclamations, en l'appelant la femme du bon connéta-hle. Les noces se firent à Rennes, au commencement de 1374 ' ce fut pour le duché une fête nationale. Ainsi Bertrand eut deux beaux-pères qui avaient assisté au combat des Trente, Robin Raguenel et Alain Tintiniac. Au nombre des diverses possessions que lui apportait Jeanne de Laval, on remarquait ce château deMontmuran, où, vingt ans auparavant, le maréchal Andrehan l'avait armé chevalier (1). Une seconde trêve, signée vers la fin de j374j per-

(0 Montmiiran rentra dans la maison de Laval après la mort de Duguesclin , qui n'avait pas laissé d'enfants.

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mit à Duguesclin dégoûter le repos qui lô fuyait depuis longtemps; dans cet état de tranquillité qui dupi deux années entières , il put encore exercer les vertoi douces et bienfaisantes qui le distinguaient si éminemment. Parmi les traits qui font éclater sa générosité, on peut remarquer celui dont le comte de PembrdlL fut l'objet. On se rappelle que ce général, pris pw Yvain de Galles en 1371, fut amené prisonnier 0a Espagne; il éprouva les traitements les plus durs df( la part des Castillans , qui voyaient en lui un des plus chauds partisans de don Pèdre : Henri de Transfamarre avait mis sa rançon à unprix. tel ^ que l'Anglais nepouvait espérer de sortir jamais de captivité. Après avoir imploré vainement les secours d'Edouard III et des princes ses fils, il s'adressa à Duguesclin en le suppliant de l'aider à briser ses fers , tant il avait une haute idée de sa magnanimité. Le héros breton accueillit sa prière , vendit au roi de Castille les terres qu'il possédait dans ce pays, et en laissa le prix pour payer la rançon de Pembrok : elle s'élevait à cent vingt mille écus. Le banneret anglais, n'acceptant ce don qu'à titre de prêt, donna pour caution le duc de Lancastre et les échevins de Bruges : il quitta l*Espagne , et prit la route de Calais , désirant s'y embarquer; mais Pembrok mourut avant d'atteindre cette ville. Le duc de Lancastre et les échevins de Bruges déclarèrent qu'ils se regardaient comme déliés de leur parole, attendu que Pembrok était mort sur les terres de France, en état de captivité. Bertrand fut obligé d'avoir recours aux voies judiciaires : la procédure se prolongea jusqu'en 1378. Le connétable, fatigué

de ces retards j transporta sqs droits à Charles V pour la somme de cinquante mille francs, le(}ixième environ de la créance, et perdit le reste (i).

Duguesclin ne se contenta point d'honorer son nom par des actes de désintéressement; il consacra au bien de la France ces deux années, qui furent les plus calmes de sa vie. La nature de ses services , en décelant la trempe de son âme, le range parmi les hommes les plus remarquables de notre pays : nous voulons parler de l'ardeur qu'il mit à seconder Charles V dans les efforts que ce prince faisait pour délivrer entièrement le royaume des calamités que lui suscitaient sans cesse les grandes compagnies, formées des soldats que l'on licenciait lorsque la guerre cessait Le moyen employé par Bertrand en i365 n'avait plus de valeur : en effet, le sire de Couci et d'autres généraux le mirent plus tard en pratique sans en retirer les avantages qu'on en espérait. Charles V et Duguesclin crurent y obvier d'une manière définitive en créant des règlements militaires, appropriés aux circonstances. L'histoire générale, qui rapporte tout au roi, attribue à Charles V le mérife de les avoir fondés; mais elle ne peut s'empêcher d'avouer que ce fut d'après les conseils de son connétable qu'il donna cette ordonnance y etc.

Le point essentiel consistait à limiter le non^bredes capitaines, et à empêcher que nul baron ne pût s'ériger en chef de troupe. Le roi fit promulguer, vers la fin de iSyS, une ordonnance qui institua des ca-

(i) Ferreras, Hist. de Castille, liv. viii.

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pitaines inamovibles 9 que Ton appela capitaines ùr^\ donnés : ils pouvaient réunir sous leurs bannières des hommes armés; le roi les prit tous à sa solde, et» s'en servit pour comprimer ceux qui refusaient d'obéir aux injonctions du prince. Dès ce moment lel brigandage organisé sur toute la surface de la France^ cessa entièrement (i). Des dispositions supplémen* taires rendirent distinctes les compagnies, des levéei/i du ban et de Tarrière-ban. L*armée fut irrévocablement divisée en troupes royales permanentes , et en milices temporaires non soldées. De ces règlement! principaux il en découla une infinité d'autres, sur la tenue des troupes , la discipline , la hiérarchie militaire, le campement 9 le logement dans les villes, et même sur l'entretien des routes, objet important qui, sous l'apparence de pure utilité publique, cache un des plus puissants instruments de l'autorité suprême, l'un des moyens les plus propres à entretenir l'harmonie dans les diverses branches du système adminis* tratif. Les Romains en avaient fait un usage admirable pour tenir sous leur domination les peuples de la terre et principalement les Gaulois.

L'occasion de mettre en pratique les nouvelles institutions militaires ne tarda pas de se présenter. Le roi de Navarre, toujours inquiet, toujours envieux du repos de la France, voulut encore le troubler ;

(i) Les désastres du règne suivant anéantirent ces belles institotionif qui ne furent remises en vigueur que sous Charles VII , vers le milieu de son règne. Ce prince eut également recours aux lumières d'an grand capitaine : ce fut Arthur de Richemont, dont nous avons également écrit la vie.

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il essaya d'attirer à son service les compagnies qui stationnaient dans les places voisines de ses domaines ; mais les capitaines ordonnés par le roi, fiers de la considération dont ils jouissaient, loin de s'écarter de leur devoir, dissipèrent au contraire les bandes d'aventuriers qui prétendaient se former aussi en compagnies. Le Navarrais, réprimé d'une manière aussi prompte que vigoureuse, demanda pardon pour la dixième fois; il l'obtint facilement, car Charles Vêtait d'autant plus fondé à croire que cette tentative serait la dernière, que le prince félon ne pouvait plus compter sur l'assistance de l'Angleterre. Cette orgueilleuse rivale recevait chaque jour quelque funeste atteinte. Le prince Noir venait de terminer sa vie à l'âge de quarante-six ans ( 17 juillet iSyG) (i). Le roi de France s'honora lui-même en payant un juste tribut d'admiration à la mémoire du vainqueur de Poitiers : on célébra dans l'église de Notre-Dame un service funèbre, auquel assista Charles V, accompagné des dignitaires du royaume. Duguesclin , en sa qualité de connétable, présida aux apprêts de cette cérémonie , touchante : la mort avait fait disparaître toute inimitié nationale; un peuple généreux, respectant les vertus jusque dans ses ennemis, donnait de magnanimes regrets à la perte d'un grand homme. L'Angleterre pleurait encore le fils, lorsqu'elle se vit enlever le père. Edouard III avait atteint l'état de décrépitude avant le temps prescrit par la nature; le mauvais succès de ses armes le jeta dans une irritation continuelle ; la mort

(i) Arthur Gollins, Lifeof Prince ofWalles.

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de son fils aîné y mit le comble : ses organes ne tarderent pas de s'affaisser; mais il lui restait assez de jugement pour sentir les maux qui devaient empoisonner ses derniers jours. La discorde se mit au sein de sa famille; il put voir les débats qui s'y^ élevèrent i l'occasion de son successeur. L'ambitieux Lancastre prétendait exclure du trône le jeune fils du prince Noir, le signalant comme le fruit d'un commerce criniinel; mais la nation anglaise chérissait trop la mémoire du héros pour abandonner son unique rejeton : elle défendit ses droits , le fit reconnaître pripce de Galles et héritier présomptifde la couronne. Édouardnii libre à cet égard de toute espèce de soin , retomba dani l'apathie; il se renferma au fond de son château de Richemont j ne gardant auprès de lui que sa favorite Alix j d'origine espagnole, et même parente de Padillif si l'on en croit les historiens de la Castille. Il y éprouTI une rechute en 1377; sa maladie empira rapidemeoL Alix s'empressa d'éloigner les plus fidèles serviteqFs; la favorite, voyant approcher l'heure fatale, dérobi les effets précieux , et ôta de la main glacée du roi un anneau d'un prix fort élevé; elle se retira chaînés de ces riches dépouilles. Edouard III rendit le damier soupir dans les bras d'un simple prêtre, qu'un yâe charitable avait appelé pour assister le mpribpnd-

Le trépas d'Edouard III et celui du prince Nw firent perdre à l'Angleterre l'influence dont elle jooifisait depuis si longtemps : la France put alors reprendre le premier rang, qu'elle occupait jadis sous kl derniers Capétiens. Le monarque anglais descendait dans la tombe au moment où expirait la trévçi pcvidae

ÇERIFRAirB DU6UESGLIK. 34<j

en 1375. Le conseil de régence du jeune Richard, jaloux d^ prouver que la naqrt des deux Plantagenets n'avait point ébranlé le crédit de l'Angleterre, annonça l'intention de remettre le duc de Bretagne en pQssps^ion de ses États : les hostilités recommencèrent subitement.

Jj& duc de Lan castre, que ses défaites passées ne rendaient pas plus modeste , voulut commander en- CQte cette expédition; il débarqua auprès de Saint- Brieux , escorté des comtes de Warwick, Staff ord et Speocer, et d'une armée formidable; il s'étendit le long des côtes, montrant la résolution de s'emparer :. des places qui bordaient le littoral. Le connétable partit de Paris vers le milieu de janvier 1377 , rassembla dans les plaines d'Alençon les troupes royales, composées des compagnies ordonnées ^ des milices de Normandie , de rile-de-France et de la Picardie. Les maréchaux de Sancerre et de Blainville vinrent le joindre, suivis de deux mille bannerets, parmi lesquels on comptait les sires de la Suze, de la Châtaigneraie, de Lanvalai, de Brézé, de Belozac, de Botterel, de Rouvre, de Rothelin : les Bretons formaient une division de quatre mille hommes ; on distinguait parmi les principaux chefs les sires de Rohan, de Lannion, de Beaumanoir, de Porrohet , de Chateaubriand. Ces forces réunies égalaient en nombre celles des Anglais; mais les Français tiraient une juste confiance des succès consécutifs obtenus depuis six années, tandis que leurs adversaires, fatigués delà guerre, effrayés des échecs essuyés d'une manière aussi rapide, perdaient cette assurance qui les rendit si redoutables sous le

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prince de Galles. Quoi qu'il en soit, le duc de castre se décida à prendre Tinitiative, contre To] nion du duc de Bretagne, qui demandait qu'on s^ parât de quelques places fortes pour s'y conceni avant de se répandre dans le pays. Jean IV espérait^ en agissant ainsi, fournir aux anciens partisans de maison les moyens de se rallier à la cause de Moni fort. Le général anglais repoussa ses sages avis; du nombre de ses soldats, il mit à exécution le plai formé en son particulier, qui consistait à fondre si six points différents le même jour. De son côté , le con< nétable résolut de se conduire envers le fils d'ÉdouardJ comme il avait agi à son égard en 1373, et de le vaincre par les mêmes moyens : il se contenta de suivre: ses mouvements , de le harceler en refusant constamment le combat.

Le duc de Lancastre se flatta de rompre les combinaisons de son rival par un coup hardi ; il assiégea subitement Saint-Malo, place d'armes des Bretons; en cas de succès, la possession de cette ville devenait de la plus haute importance : Montfort pouvait y établir son gouvernement, et de ce poste avancé menacer le reste de la Bretagne. Lancastre ne doutait pas que la rapidité de ses manœuvres ne dût déconcerter Duguesclin ; mais il se méprit étrangement en espérant de mettre en défaut la vigilance du connétable : son projet fut deviné aussitôt que conçu. Bertrand parut en même temps que lui devant les remparts delà ville menacée , et poussa des reconnaissances jusqu'au milieu du camp ennemi, trompant encore une fois les Anglais par un excès d'audace : car il se

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^résentaitdevantSaint-Malo suivi seulement dequeljues compagnies de troupes légères. Le duc, s'imaj;inaiit que Bertrand menait là totalité de son armée, ie fortifia dans son camp, abandonnant les travaux lu siège; il perdit ainsi plusieurs jours, durant lesquels la ville, qui n'aurait pu soutenir une irruption rabite, se mit en état de défense, et le reste des quatre divisions françaises eut le loisir d'arriver; elles je concentrèrent sur un seul point. Lancastre, déplorant sa faute, voulut la réparer en pressant les opérations du siège ; mais aucun assaut ne put réussir, car Duguesclin se ruait sur le camp chaque fois que les Anglais dirigeaient quelques tentatives contre les remparts. Lancastre, désespéré de se consumer en efforts superflus , leva le siège aussi brusquement qu'il lavait commencé : d'ailleurs des motifs d'ambition le rappelaient à Londres. Le prince essaya vainement de s'embarquer au port de Paimpol; les habitants lui fermèrent leurs barrières : il se vit réduit à monter sur un esquif près de Concarneau. Montfort, abandonné de son allié, s'esquiva en quelque sorte du duché, sans être parvenu à émouvoir ses anciens sujets : son départ fit cesser la guerre.

Le connétable quitta cette contrée pour s'élancer sur un autre théâtre, où la victoire lui promettait d'éclatantes faveurs. Il tourna ses vues vers un plan de campagne concerté depuis longues années, qui tendait à soumettre toute l'Aquitaine : en conséquence, on retira les troupes de la Bretagne , ainsi que de la Normandie, et l'on forma sous Paris une armée de quarante mille hommes. Rien ne fut négligé pour que

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le succès le plus complet couronnât cette entreprise; chacun brûlait d'y prendre part. On distinguait dans cette réunion de bannerets le duc de Berri et plusieurt princcsdu sang, les maréchaux de Sancerre et deBIainville, les sires de Rohan, de Rieuz , Yaleran de Lutembourg , le sire de Clisson , le comte d'Armagbac , le siié d'Albret, le prince Yvainde Galles, Pierre de CraoH, Le3IeingredeBoucicaut, Gilbert de La Fayette , Chif^ les de Beauvoir, Jacques de Montberon, Pierre de II Bau me , Charles de Noailles, Amaury de Se verac , AlaBI de La Houssaye , Thibaut du Pont , Hellion de Calhé| le sire de Vaudreuil, Maurice de Talleypand , Gilbert de La Tourette , Pierre de Mornay. Cette armée mil' chait sous les ordres immédiats de DuguescUn, ddnt rage n'affaiblissait ni les forces ni Ténei^ie; sa ban^ nière était portée par le jeune Penhouët, et celle AI roi par un sire de Puységur, qui devint maréchal dC France vingt ans plus tard.

On leva le camp au printemps de 137S : le cdnimandement des deux premiers corps fut confié aiii maréchaux de Sancerre et de Blainville , le connétable se chargea de conduire le troisième; ils franchifeill tous ensemble la Loire, et se dirigèrent vet^ Id Gliiëttill par trois points diflérents. Duguesclin avait choirîh Dordogne pour base de ses opérations. Il baldyt M provinces centrales, et en expulsa quelques battlM d'aventuriers qui les dévastaient impunénient; il hM les châteaux forts qui servaient de réfugie à ceS bit gands, et pénétra ensuite dans le Pérîgord, Le âVt d'Anjou vint au-devant de lui; le connétable vDlltuI remettre entre ses mains le commandement siipreiBCj^ ^

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mais le prince pensait, cdmm^ toute la chevâler lis-, que itùl ne pouvait Texercerplus dignertient que le héros dont les exploits avaient ramené la fortune sbus les dfrapeaux de la France.

Le commandant des troupes britannique^ eh Gùieiinfe était ce Thomas Felton , si souvent valhcu liât Duguesclin. Ses disgrâces passées ne l'empêchaient j^ de jouit* de la réputation d'un général expériihenté , mais ses talents ne pouvaient suppléer à Tabiflèûce de moyens : l'Atiglfeterre, épiiiséé, né lui envoyait 'lÂicun secours; il fit héanmbiiis dfes dispositions de défense fort bien entendues. Feltdh rappela les garnisdnfe f Itdp éloignées du centre, déttiollt les forteresses qufe I i\)n ne devait pas se flatter de conserver longtfetiips, f IHit réchauffer le zèle des anciens partiSâtis deS Plali- |,tagenets, et détermina les seigneurs de ï)iiras, dé Ro- [ttin , de La Rochefôucault, de Mucidah, à prendre I tes armes en faveur de Richard IL

Les huit divisions françaises s'étànt coticénti'éeâ

entre les deux rivières de la Dordogne et de Lisle,

[poussèrent les Anglais, en les obligeatit de reculet

Jusque sur la Garonne. La settiaine suivante DUgliés-

'tlin entreprit le Siège de Bergerac. Cette conquête

{présentait des difficultés majeures; car ittie garhisbfl

formée de soldats éprouvas, et protégée par des mii-

' irailles inabordables, manifestait l'intention de dispU-

^ 1er le terrain pied à pied. Les habitants, depuis Ibng-

i temps séparés de la France, se rnoritràient disposés

* à seconder les Anglais. Felton , Suivi d'un corps nom-

^breux, voltigeait autour de Bergerac; il enlevait les

^tonvois de vivres, 3urprenaiit lès poàtes avancés,

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taillant en pièces des détachements; enfin , il se conduisait comme Bertrand avait agi devant Rennes j au début de sa carrière.

Le connétable y convaincu de Timpossibilité de réduire la place sans machines de guerre j envoya chep cher celles que le duc d'Anjou gardait à LaRéole:il chargea Alain de Beaumont de les amener au camp, sous l'escorte de deux mille hommes; en même tempi il détacha Yvaih de Galles et Thibaut du Pont avec mille cinq cents hommes, pour observer Felton et protéger les moulins situés dans la langue de terre resserrée entre la Dordogne et Lisle : l'Anglais annonçait le dessein de les incendier. Felton trompa It vigilance d'Y vain de Galles, lui déroba sa marche, et occupa le défilé que devait traverser Alain de Beaumont, en revenant de La Réole : les Français ne surent point éviter Tembuscade; quoique enveloppés, ils parvinrent à contenir des flots d'assaillants. Felton, la hache à la main, excitait ses soldats, abattant sous ses terribles coups les plus vaillants chevaliers. Les Français,accablés,necherchaientplusqu'àsuccomber avec honneur, lorsque les cris de Duguesclin ! Dagues* clin! dont retentit subitement le vallon relevèrent leur résolution. On vit apparaître sur le haut de 11 colline les bannières d'Yvain de Galles. Ce générai| ayant perdu la trace de Felton, se douta que ce gouverneur s'était dirigé vers La Réole pour s'emparer du convoi que menait Alain de Beaumont; il s'étut hâté de le suivre : son arrivée fit recommencer le combat. Felton, que rien n'étonnait, fondit sur lui sans hésiter ; le sire de Duras, conduisant deux cents

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cavaliers, le secondait merveilleusement. Il tua de sa main Thibaut du Pont , réputé le plus intrépide chevalier de la Bretagne, un des héros de la journée de Cocherel, depuis vingt ans le compagnon inséparable de Duguesciin. Yvain de Galles, transporté de rage en . voyant tomber son ami, se jeta à travers les combat- ^ tants, immolant aux mânes de son frère d'armes tous l . ceux qui lui fermaient le passage. Le paladin se ser- [ vait d'une épée longue de six pieds, qu'il maniait avec une dextérité surprenante ; il atteignit le sire de Duras, et allait le pourfendre, lorsque le vicomte de Rosein arrêta son bras, et demanda quartier pour . lui et pour le sire de Duras (i).

Cependant Felton balançait la fortune par son opiniâtreté; quelque brillante que fût sa valeur, elle ne put néanmoins ranimer ses soldats , qui, découragés par la défaite des sires de Duras et de Rosein , reculaient en désordre. Felton , voulant sauver les débris de sa division , se préparait à battre en retraite , lorsqu'il se vit cerné par la compagnie de Jean de Mornay. Pierre Dubeuil, chevalier picard, renversa l'enseigne qu'un page portait devant le gouverneur de la Guienne. Guillaume de Lignac, banneretduBerri,perça d'un coup de dague le poitrail de son cheval ; le coursier s'abattit. Lignac fondit sur Felton, lui arracha sa hache, et le fit prisonnier : c'était la septième fois que ce général devenait le captif des Français. La défaite du chef décida de l'action, ^vain de Galles conduisit au camp

(i) Yvain de Galles fut assassiné , vers la fin de cette année (1378} , dans sa tente devant Mortagne , par un écuyer anglais qu'il avait pris à son service , et qui médita son crime pendant cinq ans.

T. II. a3

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les machines de guerre, ainsi que les Anglais échappés au fer des vainqueurs.

Duguesclin, ne craignant plus d'être inquiété dans ses lignes, prit des mesures décisives pour emporta* Bergerac. Selon sa coutume, il somma d'abord le gouverneur : celui-ci, appartenant à la maison d'Albret, répondit que son honneur exigeait qu'il ne capitulât qu'après avoir essuyé plusieurs assauts. Le connétable donna les ordres nécessaires pour confectionner un nombre prodigieux d'échelles , ce qui exigea plusieurs jours de travail. L'armée se rangat sur trois lignes : les soldats de la seconde se chargèrent d'échelles, ceux de la première devaient faire pleuvoir une grêle incessante de traits sur les remparts, afin d'eu écarter les assiégés, pendant que ceux de la troisièrqe marcheraient pour soutenir les corpâ qui lei précédaient. La disposition de toutes ces troupes, prêtes à s'élancer vers les murailles, offrait un spectacle imposant : des centaines de trompettes ayant donné le signal, les trois lignes s'avancèrent rapidement, bannières déployées. A la vue de ces masses d'hommes couverts de fer qui couraient vers les murs, les habitants de Bergerac placés aux créneaux furent saisis d'épouvante; ils poussèrent des cris déchirants, en implorant la pitié des Français. En vain le gouver- , neur voulut-il les rassurer; ces gens terrifiés n'écoutèrent rien , et arborèrent la bannière blanche. Dès que Bertrand vit paraître l'étendard parlementaire, il arrêta l'élan des troupes, sans permettre qu'on appliquât une seule échelle , de peur que les soldats ne se ruassent sui* les habitants. On dressa la capitulation selon

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les formes voulues , et , grâce à des précautions aussi généreuses, le sang ne coula point

Lia prise de Blaye , de Saint-Macaire et de Cadillac toivit de près celle de Bergerac : la conquête de la ornière de ces trois places coûta cher au connétable ^ car il fit devant cette ville une perte bien sensible k ion cœur. Le sire de Langurant, neveu de Tiphaine Raguenel; sa première femme, périt victime de cette présomption chevaleresque si ordinaire dans ce siècle, et qui passerait aujourd'hui pour de la démence. Bernard Courant , chevalier gascon d'une haute bravoure, défendait Cadillac. On prescrivit à Langurant de resserrer la garnison : un matin, laissant tous ses gens derrière un bois voisin, ce chevalier se présenta seul au bord des fossés. « Où est donc Bernard, votre vaillant capitaine ?demanda-t-il au poste du rempart. Allez lui dire que Langurant l'invite à venir rompre une lance en l'honneur de sa dame. » La joute ne fut point refusée ; Bernard Courant sortit de la place, se battit pendant une heure, reçut plusieurs blessures, et tua le Breton qui l'avait provoqué si imprudemment.

Le résultat de tant de conquêtes fut de mettre Bordeaux, capitale de la Guienne, dans la situation de se préparer à subir le joug, en dépit de lactivité et de la bravoure de son gouverneur, le sire de L'Estrade. Los Anglais, chassés des points les plus importants, n'osaient plus tenir la campagne devant le connétable; ils ne le regardaient qu'au travers de leurs créneaux, dit Mézerai. Le projet d'expulser l'ennemi des provinces méridionales allait recevoir son entière

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exécution, lorsque des ordres réitérés rappelèrent Duguesclin à Paris : il y arriva chargé de lauriers, ayant acquis de nouveaux droits à la reconnaissance publique. Mais c'est au moment où la fortune semblait se complaire à lui prodiguer ses faveurs, qu'A trouva le terme de ses prospérités : la calomnie , déchaînée contre lui, Tabreuva d'amertume, et hâta la fin de sa glorieuse carrière.

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