‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 5)Chapitre 15 sur 22 · LIVRE xn · texte numérisé non relu

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Nouvelle guerre de Bretagne. — Montfort rentre dans le duché.

Disgrâce de Duguesclin. — Sa mort.

Nous avons vu Montfort chassé trois fois par sessu« jets, dont il n'avait pas voulu partager Fanimadversion contre les Anglais. Le roi de France ne fit aucune difficulté d'aider les Bretons dans leur rébellion : depuis cette époque, c'est-à-dire pendant cinq ans, le du-' ché n'eut point de gouvernement particulier; il vécut sous la protection de Chartes V, qui s'étudia à rendre ] son autorité la plus douce possible. Il combla les Bretons de ses bienfaits , et s'imagina que celui qui les toucherait le plus serait de les ranger entièrement sous ses lois. Le roi médita longtemps son projet, cachant soigneusement ses secrètes intentions; il rougissait de les avouer, parce qu'elles n'avaient point pour base cette droiture qui avait fait jusqu'alors la. gloire de sa vie. Au moment où l'on s'y attendait le»

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moins, Charles V cita devant la cour des pairs le duc de Bretagne, retiré en Angleterre : l'ordonnance royale accusait Jean IV du crime de félonie. La procédure constante n'offrit qu'une suite de violations juridiques. Personne ne prit la défense de Montfort : on en marqua d'autant moins de regret, que le duc , ayant toujours manifesté une haine violente à l'égard de Charles V, avait fourni au monarque un prétexte légitime pour user du droit que lui donnait la constitution féodale , de punir un vassal qui s'était déclaré l'ennemi de son suzerain ; mais nul ne soupçonnait le véritable but auquel tendaient les efforts du roi. L'ajournement fut indiqué du i*"^ au 4 septembre 1378. Le duc ne comparut point. Le 9 du même mois , Charles V vint tenir son lit de justice, exposa lui-même la série des griefs imputés à Montfort, appuyant sur son alliance avec l'Angleterre, quoique vassal de la couronne de France, et sur l'ardeur avec laquelle il avait excité Edouard à porter la guerre au sein de son propre pays; il finit par déclarer Montfort coupable de lèse-majesté. L'avocat général appela trois fois Jean IV à la table de marbre (i). Au bout d'une heure d'attente , il prononça la peine capitale contre Montfort, et la confiscation de la Bretagne au profit de la couronne.

Cet arrêt retentit d'un bout du duché à l'autre, et produisit sur ses habitants l'effet d'une commotion électrique : les Bretons avaient combattu mille ans pour conserver leur indépendance, et se voyaient au

(i) Cette table de marbre fut brisée et anéantie lors de Fincendie du Palais , au commencement du dix-septième siècle.

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moment de perdre le fruit d'une héroïque penè?é^ ] rance. Ils se levèrent tous pour se soustraire au joug qu'on voulait leur imposer. Les dissensions nées dt la querelle des deux maisons de Blois et de Montfert j cessèrent aussitôt; les haines particulières disparu* rent; les Rohan et les Chateaubriand, les Duchâld et les Kergorlay , les Laval et les Malestroit , les Goyoà et les Kerimely unirent leurs gantelets. Ces guerriers, qu'on avait vus dans les plaines d'Auray se chercher au milieu de la mêlée, s'empressèrent d'étouffer \m antique ressentiment, pour mieux défendre en commun l'honneur et l'indépendance de leur pays.

La chevalerie, le clergé, le peuple, les hommes dft tout rang, de toute condition, se confondirent afift | de se vouera une si belle cause; chaque ville, chaque bourg devint une place de guerre; il se forma des fédérations dans le moindre canton : un même esprit animait T'Armorique. On vit chaque baron renvoyer au roi de France les bienfaits qu'il tenait de lui : ait cune considération d'intérêt personnel ne vint rompre cet accord. Les garnisons françaises furent chassées de la majeure partie des places fortes : des troupes nationales, organisées comme par enchantement, occupèrent les principales villes. Une pareille oppô^ sition étonna Charles V ; en vain chercha-t-il à mettre la désunion parmi les Bretons, ses menées ne purent y parvenir. Le roi voulut alors user de la force : mais cette résolution ne les effraya point. Comprenant que le principal objet pour eux était de se ménager un centre commun, ils prirent une détermination propre à tromper les plus sages prévisions : ils rappelé-

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rent spontanément Jean IV, naguère chassé par eux, aimant mieux vivre, disaient-ils, sous un prince qui prie souvent que sous un roi qiU commande toujours^ Les barons députèrent vers lui les sires de Kersaliou et de Quelen , pour le supplier de revenir dans le duché.

Cette résolution fut prise, le i6 avril 1879, par le €X>nseil fédératif de Rennes, et approuvée par ceux de Nantes et de Vannes , enfin par la Bretagne entière. On croit que le sire de Lohéac eut le premier l'idée de former un pacte fédéral ; il s'adjoignit quatre maréchaux, Araauryde Fontenay,Geoffroide Kerimel, JeandeGoyou , et £ustache de la Houssaye : ces cinq tenanciers se partagèrent l'autorité administrative jusqu'au retour de Montfort. Nous nous faisons un devoir de rappeler ici le nom des autres principaux bannerets , créateurs de cette ligue, dont l'existence doit être regardée comme un des faits les plus mémorables du moyen âge.

Le sire de Beaumanoir, second fils de celui qui vainquit les Anglais au combat des Trente, du Ck>ëtmen, de Plusquellec, Guillaume de Montauban, du Perrier, de Guitré, de Yauclor, de Tremigon, Plumengat, La Soraie, Kersaliou, Montafilant, La Huuaudaie, Pledran, Feron, Lemoine, Beaubois, Lanvallai, Coëtquen, Chef-du-Bois, Plorec, Thomelin, Pargaz, Treziguidi, Richard, Quelen, Alain et Jean de Maiestroit , Blossac , Jean deRaguenel, neveu de la première femme de Duguesclin, Champagne, Duplessis, Mahé, Saint-Pern, Leveyer, Monigerraont, Jean de Serent , qui avait été au combat des Trente et

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à la bataille d'Auray , le Nestor de tous ces barons (i).

Le sire de Rohan , retenu à Paris depuis quelques ' mois , accourut se ranger du parti de la ligue, et en accrut la force autant par l'éclat de son nom qne par la puissance réelle de sa maison. Jeanne de Penthièvre elle-même quitta la ville de Blois, où elle vivait retirée, et rentra en Bretagne, ne voulant pas demeurer étrangère au mouvement qui se manifestait dans son pays : elle confondit ses intérêts avec ceoi de son ancien compétiteur. La réunion de ces deui branches rivales acheva de consolider la fédération. Les Bretons , rangés le long de la frontière du duché, attendirent de pied ferme que Charles Y effectuât ses menaces : « Nous prouverons au roi, disaient-ils , qu'il est aussi dangereux de nous avoir pour ennemis, qu'il est avantageux de nous avoir pour amis. »

C'est alors que Charles Y rappela Duguesclin : il lui avait caché pendant quatre ans ses projets sur la Bretagne. Ce prince espérait que le nom de ce grand capitaine, en réveillant dans le coeur de ses compatriotes des souvenirs de gloire, ranimerait l'affection qu'ils n'avaient cessé de montrer pour la France. Le connétable arriva au Louvre, et fut étrangement surpris en apprenant que le roi venait de prononcer par un simple arrêt la réunion du duché; mais Tétonnement fit place à la terreur, lorsque Charles V lui déclara de sa propre bouche que son connétable allait être chargé d'exécuter l'arrêt, à la tête d'une armée formidable. Jamais guerrier ne s'était vu placer

(i> Tiobineau, lome I, in-folio, page 435.

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dans une situation aussi critique : Bertrand devait-il abandonner la France , à laquelle sa charge, sa gloire et ses exploits le liaient intimement? ou bien pouvait-il , pour servir les vues ambitieuses du prince, aller combattre ses compatriotes , et porter le fer et le feu dans son pays natal ? En définitive , Duguesclin crut ne pouvoir pas se dispenser d'obéir aux ordres de Charles V, en témoignant cependant un déplaisir mortel de remplir une semblable mission. Il ne nous appartient pas de décider si le héros commit une Êiute en agissant ainsi : notre objet est de peindre les hommes , et non de les juger.

Duguesclin parut sur les frontières de la Bretagne suivi de sa compagnie de cent lances, et de quatre mille archers. Combien son cœur dut souffrir, en comparant Taccueil qu'il reçut alors avec les cris de joie qui ordinairement annonçaient sa venue dans le duché! Jadis on accourait sur son passage; chacun désirait le contempler; les villes envoyaient des députations à sa rencontre : maintenant on le fuyait ; les cités se fermaient dès qu'il paraissait; leurs habitants le maudissaient : ses compagnies, formées de gens d'armes levés sur ses terres , l'abandonnèrent en entier; de vieux gars, tous amis de son enfance, désertèrent ses quartiers. Cet abandon universel l'affligea au dernier degré : il ne fit que de faibles efforts pour remplir les vues de Charles V. Ayant essayé de maintenir plusieurs villes dans l'obéissance de la France , il fut repoussé par elles , et se vit obligé de se renfermer dans Saint-Malo, pour ne pas tomber au pouvoir de ses concitoyens irrités, qui le harcelaient sans cesse. Les Bretons mettaient en pratique contre

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leur ancien chef les leçons qu'ils en avaient reçoefc j Il fortifia Saint-Malo ,' et n'en sortit qu'à l'approche dn duc d*Anjou : ce prince amenait des forces consîdé* râbles. Ce fut du haut des remparts de cette ville qw^ Bertrand vit arriver dans le détroit la flotte anglaiseï portant Jean de Montfort, lequel, naguère hoom, chassé par ses sujets, était devenu tout à coup lev idole : il entra dans l'embouchure de la Bance le 3 août 1379; ^"^ foule immense couvrait les deux ri» ves, et le saluait de ses bruyantes acclamations; us nombre infini de barques entouraient le vaisseau qu'il montait; on s'avançait même dans les flots pour k-| mieux voir : la plage retentissait de cris de joie; chacun demandait au prince pardon du passé. Les sites de Rohan , de Lavai, jadis les plus zélés partisans de la maison de Blois, le suppliaient de les admettre an nombre de ses amis. Duguesclin considérait tristement, des bastions de Saint-Malo, cette fête de fih mille, à laquelle il ne lui était pas permis de prendie part.

Cependant la présence de Montfort accrut Teiithousiasme des Bretons : non-seulement les diverses tentatives de Charles Y échouèrent, mais encore le connétable ne put empêcher Beaumanoir, son élèvCi d'envahir la Normandie et de ravager impunément cette province. I^e fils de Carenlouët s'empara de la majeure partie des possessions de Clisson : car Olivier, à l'exemple deDuguesclin,s'étaitprononcécontre la fédération ; des motifs semblables l'engagèrent dans la même voie : son beau ciiâteau de Clisson (i) fut an

(i) Ce magnifique château, une des merveilles de k

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eut de tomber entre les mains des gens de Mont- Pour comble de malheur, la mésintelligence se ntre Bertrand et le duc d'Anjou : aussi le con- 4e pressa-l-il Charles V d'accepter la trêve qu'on Trait, en déclarant , en termes fort clairs, qu'une Ue guerre serait fatale au royaume. On n'api point cette franchise comme elle le méritait : e moment Duguesclin encourut la disgrâce du id plupart des historiens donnent pour origine e disgrâce l'envie que Bureau La Rivière portait ^ros breton. Ce ministre jouissait de l'entière ince de Charles Y : ce n'était point un de ces ies favoris que le caprice seul du maître élève ement aux premières dignités; La Rivière pasà juste titre, pour un personnage d'un mérite cendant : il gagna la faveur du roi en secondant manière la plus habile ses projets d'innovation. t certainement d'après ses avis que Charles Y

ns le site le plus pittoresque , fut détruit lors de nos dernières civiles. M. François Cacault , ancien agent diplomatique , ren. Nantes, sa ville natale, en x8o5 , conçnt l'idée palriotiqnt de les ruines de ce château , et d'y placer une très-belle collection i d'art qu'il rapportait d'Italie. Il consacra uoe fortune consi- I à ce noble projet. Ses efforts furent couronnés de succès, grâce 96urs de plusieurs artistes célèbres qu'il avait attirés à ClistMi , aent M. Lemot, statuaire, membre de l'Académie des beauxissi distingué par ses talents que par ses qualités personnelles, lot opéra des mirales, et fit sortir d'un monceau de déeom- I château que l'on va visiter par curiosité. Charmé de la beauté lieux, il acheta un domaine, et y fit bâtir une habitation en lie avec l'architecture du château. C'est là que ce grand art mort, en 1827. Il avait publié, sous le voile de l'anonyme, rage extrêmement bien fait, intitulé : P'oyage pittoresque à , in*4° , avec dessins.

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prit la détermination de réunir le duché au royaume La non-réussite de ce projet dut blesser naturellement son amour-propre ; aussi ne craîgnait-il d'accuser Bertrand d'avoir favorisé secrètement intérêts de Jean de Montfort. Une semblable ini pation ne trouva point crédit auprès de la na! mais elle fut accueillie par Charles Y, que le vais succès de cette entreprise indisposait mortel ment. Le monarque écrivit à Duguesclin une lei fort dure, qui manifestait les soupçons les plusodi sur sa fidélité. Au reçu du message royal , Bert renvoya incontinent l'épée de connétable , et fit préparatifs à l'effet de se retirer en Castille. Sa résolution de chercher un refuge au delà des Pyréi plutôt qu'en Bretagne , atteste la loyauté de sa conduite.

La disgrâce de Duguesclin fit éclater dans Pam une indignation telle, que l'on craignit un momenl de voir troubler l'ordre public; le clergé , les corporations, l'université, les syndics des métiers, adrar sèrent des suppliques au roi ; les provinces voisines de la capitale les imitèrent : « C'était , dit un historien, le cri de tout un peuple qui vengeait le mérite outragé. » Une nation aussi libre dans la nianifestation de ses opinions ne courbait point son front soQS l'opprobre de la servitude , comme le pensent certains écrivains. Disons-le à la gloire de Charles Y, ce prince ne persista point dans son erreur, il ne méprisa point la franche expression du vœu de ses sujets: son noble cœur ne pouvait céder longtemps à des insinuations perfides, et il voulut que la répara-

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tion fut aussi éclatante que Toffense avait été cruelle. Le duc d'Anjou y accompagné du duc de Bourbon, alla j par ses ordres , trouver Bertrand en Normandie pour le supplier de reprendre Tépée de connétable , et l'assurer de F estime entière du roi. Les deux princes, suivis d'une escorte nombreuse, arrivèrent au château de Pontorson, quand le héros s'apprêtait à le quitter pour aller demander un asile en Espagne^ où il avait donné un trône. Le duc d'Anjou lui présenta l'épée de connétable. « Yéez ici, dit-il, l'épée d'honneur de votre office ; reprenez-la , le roi le veut. » Bertrand répondit à cette invitation par un refus positif : les instances des deux princes ne purent rien obtenir. Ils revinrent à Paris apporter cette triste nouvelle ; le bruit s'en répandit bientôt : le peuple et la bourgeoisie y les princes du sang et la chevalerie, en témoignèrent un véritable chagrin. Le refus de Bertrand parut une calamité d'autant plus réelle que les Anglais, opiniâtres dans leur haine, menaçaient le royaume d'une irruption. Déjà la moitié de l'armée « expéditionnaire de Richard II couvrait les côtes de f la Guienne, et quelques divisions éparses venaient : de pénétrer en Languedoc, en Auvergne, et jusqu'au fond du Bourbonnais. Charles V dépécha un second message pour instruire Bertrand de la marche de l'ennemi, et le supplier de l'aider à conjurer cet orage. Duguesclin n'était pas homme à persister dans sa fatale détermination, quand des dangers réels menaçaient l'État : il reprit les insignes de sa charge. « Le monarque a fléchi son sujet, i dit à cette occasion la Harpe dans son Éloge de Charles V.

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Au bout d'une semaine, le connétable rega Paris : le roi te combla des marques de son afFectioDy et s'efforça de lui faire oublier, par les ^ardslesplo» délicats, la mortification récemment essuyée. Toulai ces prévenances ne purent néanmoins le consolai d'une autre disgrâce : son cœur ressentait trop pé« niblement la perte de l'affection desescompatriotei; il devint inquiet, morose; sa vie lui paraissait flétrit sans retour. Cette profonde tristesse engendra la mft< ladie qui le conduisit au tombeau. L'amitié de Suh cerre diminuait ses ennuis, sans en détruire la cauw} la guerre pouvait seule y apporter une beureuse dii version. Le roi, qui le savait, saisit l'occasion quia« présentait, et le chargea non-seulement de chasser les Anglais des terres de France, mais dccommenoer la conquête entière de la Guienne, projet formé ai premier lieu parDuguesclin, et abandonné brusquement pour la funeste expédition de Bretagne. |

Le connétable fît ses dispositions pour commencer la campagne, au neuvième mois de l'année 137g : le maréchal de Sancerre devint son premier lieutenant L'arméequi partait de Paris ne dépassait pas dix mille hommes : elle devait se grossir, dans les provinces du centre et de l'ouest, de plusieurs divisions. Duguesclin, en prenant congé du roi, lui dit : « Sire, je ne sais si je retournerai du lieu où je vas , je suis vieilli et non pas las ; mais je vous supplie très-humblement, s'il y a moyen , que vous fassiez la paix avec le doc de Bretagne, et aussi que le laissiez en repos en se soumettant à son devoir: car les gens de guerre du pays vous ont très-bien secouru en toutes vos oon-

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iCSy et peuvent encore le faire, s'il plsutnouseD ir. — Je pense depuis longtemps , lui répondit le à terminer cette guerre, et j'en prendrai Toccas'il s'en présente d'honnêtes moyens. »

aguesclin, plus tranquille depuis cette déclara* y sortit de la capitale, traversa le royaume, et ra dans la Guienne au commencement de mars ^, le dernier mois de l'année. La vue de ces lieux qui ut si longtemps le théâtre de ses exploits , bai^ m moment sa mélancolie; son ancienne vigueur bla renaître. A son approche, les Anglais abannèrent le plat pays , et se cachèrent dans les for* sses qui leur restaient sur les rives de la Dordo* et de la Garonne; le connétable les expulsa de [ques-unes, mais la rigueur delà saison le contraide ralentir les opérations : les hostilités cessèrent es-mémes. Duguesclin en profita pour aller chez uc de Bourbon. Ce prince résidait auprès de Mou« ; il suppliait instamment Bertrand de venir se )ser dans ses domaines. Le duc, accompagné des icipaux bannerets du Bourbonnais et de l'Auver- , courut à sa rencontre : les fêtes se succédèrent » interruption. Le connétable reçut des mains du ice le collier de l'ordre de l'Espérance, et une large pe d'or (hanap) qu'il accepta /promettaùt de s'en 'ir à chacun de ses repas. Duguesclin quitta le irbonnais pour aller au Puy enTelay visiter l'é- 3 consacrée à Notre-Dame, une des plus célèbres midi des Gaules; il y déposa une armure come, et enrichit de ses dons le temple saint. Cette se, bâtie sur une éminence, formée de produits

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volcaniques, menaçait ruine, à cause des nombreux caveaux souterrains qui compromettaient la solidité des fondations. I^s magistrats ordonnèrent d'élever deux piles pour soutenir le vaisseau : Duguesclin encouragea même les travailleurs par sa présence (i). Le connétable allait partir du Puy pour regagner l'Auvergne , où ses troupes se réunissaient , lorsqu'une députation des habitants du Gévaudan vint le trouver : leur pays, coupé de forets et de montagnes, hérissé de forteresses, offrait aux Anglais un refuge inexpugnable ; ils s emparèrent de quelques châteaux, s'y établirent, et y résistèrent à toutes les attaques. Ils sortaient de leurs retraites, pillaient les campagnes, levaient d'énormes contributions, et tenaient la contrée dans un effroi perpétuel. Les malheureux villageois abandonnèrent la culture des tep res pour se retirer dans des cavernes. Quoiqu'ils eussent peu de communication avec les autres provinces, cependant le bruit des exploits du héros breton était parvenu jusqu'à eux : ils l'invoquèrent comme uo dieu tutélaire. Le récit de leurs infortunes suffitponr l'émouvoir : il promit de s'occuper sans délai des moyens de les délivrer de ces tyrans. Il entrait j» reillement dans ses vues d'expulser les Anglais des provinces limitrophes de la Guienne, avant d'entre prendre de les chasser entièrement de celle-ci.

Il se transporta au plus vite en Auvergne, où^l^ mée française achevait son mouvement de conoeitration sous la direction du maréchal de Sancenti

(i) Notre-Dame du Puy, par Odo de Gissay. ,

BERTRAND DUGUESCLUT. 36q

d'Olivier de Clisson et des deux Maiiny. Le connétable pouvait disposer de quinze mille hommes. Au lieu de marcher en Guienne par la route du Périgord, Bertrand passa en Velay, franchit les montagnes qui séparent cette province du Gévaudan, et commença les hostilités le i5 mai i38o. Le désir de justifier la confiance des habitants de ce pays , de les affranchir de l'espèce d'esclavage auquel on les tenait asservis , lui rendit une partie de sa première ardeur : il se rappelait que, vingt-cinq ans auparavant, dans une occasion semblable , la Normandie était venue implorer son assistance.

Les Anglais y de leur côté, ne s'imaginaient point que Duguesclin voulût pénétrer au milieu des affreuses gorges du Gévaudan; ils perdirent leur assurance quand les échos de ces montagnes répétèrent ce formidable nom. Ces partisans ne manquaient point de courage; mais, craignant de lutter contre la fortune d'un général que le sort trahissait rarement, ils s'empressèrent de rappeler les détachements disséminés parles campagnes, et se renfermèrent dans Châteauneuf- Randon, forteresse bâtie au pied des montagnes de Mende , non loin des sources du Lot et de l'Allier : leurs bandes se réunirent derrière les hautes murailles de ce boulevard, qui passait pour inexpugnable. Duguesclin ne réglait point sa conduite d'après les opinions du vulgaire : il n'hésita pas à former le siège de Châteauneuf-Randon , annonçant hautement Tintention de ne point abandonner la province avant d'avoir conquis la forteresse. Plusieurs assauts échouèrent complètement: Bertrand n'en parut point

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étonné. Le sire de Roos, gouverneur de la placei guerrier brave et expérimenté, s'était mesuré plur sieurs fois avec le rude Breton ; il sut si bien ménager ses ressources que le siège durait depuis un moi» , €( les Français n'avaient point gagné un pouce de terrain. Mais le sire de Roos, perdant quantité de mond? en soutenant des attaques répétées, courait un dw* ger imminent; il envoya demander des secours au sé^ néchal d'Aquitaine : ce dernier, instruit de la repris des hostilités en Gévaudan,se rapprocha d'Âgeu.L^ connétable, irrité de l'opiniâtre résistance de$ Anglais , multiplia ses tentatives , en conduisant lui-même les soldats à la brèche : « Mes amis , leur dirait-il avec la verve de ses premiers ans, Dieu le veut, nous aurons ces gars, et si le soleil pénètre dans Randon , nous y entrerons aussi (i). »

L'armée, d'abord inquiète sur la santé de son génét rai, poussa des cris de joie en le voyant déployer une vigueur surprenante; mais son allégresse fut de courte durée : la fatigue ne tarda pas d'accabler le connétable ; un affaissement effrayant suivit de près ces courts instants de bien-être. Le lendemain, se déclara une maladie que l'on jugea mortelle dès son début; on cacha néanmoins au connétable son véritable état II n'éprouvait que le regret de se voir arrêté dans son expédition, tenant extrêmement à conquérir Gliâteauneuf-Randon , défendu par un guerrier dont il estimait le caractère. Le maréchal de Sancerre , Olivier de Clisson,ses lieutenants, le rassurèrent en lui pro-

(r) Oronville, chroniqueur contemporain I in-8°, p. 14**'

BERTRAND DUGUBSCLIST. Zjï

mettant de redoubler d'efforts contre les assiégés. £n effet, ils firent les dispositions d'un assaut décisif; la ville fut cernée de différent^ cptés : l'armée fran* çaise s'avança de front et sur trois lignes vers la muraille. Olivier de Mauny conduisait la gauche, le maréchal de Sancerre la droite, et Clisson le centre; le dernier dirigeait les machines de guerre, les catapultes, les crocs, les engins. La première ligne se composait d's^rchers armés àl^ légère, portant chacun une échelle.

Les trompettes réunies donnèrent )e signa); leur son éclatant fît tressaillir l'âme martiale de Pqguçsclin: il sortit de sa tente armé de pied en cap, au mépris des prières de ses écuyers , et voulut guider les combattants. Sa présence inattendue douhla l'ai*' deur des Français : les cris de Duguesclinl Duguesclinl se firent entendre sur les différents points. Les Anglais déployaient uqe valeur surprenante. Le sire de Boos, constamment en haleine, se portait à l'endroit où le danger paraissait le plus pressant; il amortissait les coups des béliers, brisait les crocs au moment où ces machines s'attachaient aux créneaux. Mais son activité ne put ipaîtriser la fougue des assiégeants : une portion du rempart, s'étant écroulée sous les coups répétés des catapultes , offrit une large ouverture; les assiégés la fermèrent trèspromptement. Les plus braves chevaliers français avaient suçcoipbé en voulant forcer cette barrière; d'autres trouvèrent la mort en plantant leurs bannières sur les bastions; de leur côté, les Anglais venaient d'éprouver une perte énorme : la nuit sépara les deux partis. Du-

3^2 BERTRAND DIJGUESCLI5.

guesclin décida qu'on donnerait un autre assaut lendemain; il fit au préalable sommer le gouvern en lui renvoyant ses blessés et en offrant des co ditions très-honorables. Le sire de Roos avait pu j ger de l'étendue du dommage; ses troupes parai saient hors d'état de soutenir une seconde lutte ; l murailles, fortement ébranlées^ menaçaient de céd< au moindre choc : la place courait risque d'être en levée de vive force. Il assembla un conseil de guerre, et proposa de subir une capitulation conditionnelle c'est-à-dire de rendre Châteauneuf si, à une époque déterminée, le sénéchal d'Aquitaine n'avait point paru accompagné d'un corps d'armée. Sa proposition fut unanimement approuvée; il s'agissait de la £iire agréer au connétable , qui pouvait évidemment entrer en possession de la ville le jour suivant sans déployer de grands efforts. Bertrand, préférant les voies de la conciliation, acco^fda au gouverneur une semaine entière de répit. Les termes de la suspension d'armes portaient que si le 12 juillet personne ne s'était présenté pour contraindre les Français à lever le siège , le sire de Roos remettrait le lendemain laplace nu connétable Bertrand DuguescUn. Cette convention étant ratifiée, les hostilités cessèrent, et le général français permit aux Anglais de sortir pour ramasser des vivres, et leur en fournit lui-même : il invita le gouverneur, ainsi que ses officiers, à venir prendre le clairet et les épices dans son quartier.

Cependant les fatigues du siège avaient empiré Fé^ tat de Diiguesclin; les symptômes les plus alarmants se manifestèrent : on ne put cacher plus longtemps

BERTRAND JOUGUESGLIN. 373

au connétable son danger. Il en reçut la nouvelle avec ua calme intrépide : on l'avait vu pendant quarante ans affronter sans crainte la mort dans les combats , on le vit aussi regarder sans effroi l'approche d'un trépas infaillible ; il se prépara en véritable chrétien à cfe terrible passage. Après avoir rempli ses devoirs de religion, il s'entretint avec les chevaliers, la plupart ses élèves , et les exhorta à rester fidèles au roi de France ; il leur parla aussi des devoirs du guerrier : m Souvenez-vous que les gens d'église, les femmes, les enfants , le pauvre peuple , ne sont point vos ennemis , et que vous portez les armes pour les défendre , et non pour les opprimer. Je vous l'ai toujours recommandé; je vous le répète encore, en vous disant un éternel adieu. » C'est ainsi que le héros breton consacrait ses derniers accents à plaider la cause de l'humanité.

Duguesclin ne put adresser cette allocution à ses officiers sans éprouver une douloureuse fatigue ; il s'assoupit un moment , et puis demanda son épée de connétable. La vue de cette arme , qu'il avait portée 4»ns reproche , parut ranimer ses esprits ; il la prit dans ses mains défaillantes , et s'inclina devant la croix ^i en surmontait le pommeau , baisa ce signe révéré , /cn faisant découvrir sa tête blanchie par les ans et par de glorieux travaux ; il remit ensuite l'épée à Olivier de Clisson , en lui disant : « Vous direz au «)i que je suis bien marri que je ne lui ai fait plus longtemps services. Si Dieu m'en avoit donné le temps, j*avoisbon espoif^de vuider son royaume de ses enmemis d'Angleterre; il a bons serviteurs qui s'em-

374 BERTRAND DUGUESGLIIC.

ployeront à cet effet , et vous , messire Olivier, pour le premier je vous prie de reprendre Tépée qu'il me commit quand il me bailla l'état de connétable. lè lui recommande ma femme et mon frère. Adieu, je n'en puis plus. » Ayant prononcé ces mots , Bertrââd laissa tomber sa tête sur la poitrine de Finconsolàblê Sancerre ; il la souleva quelques instants aprèë potti* jeter un dernier regard sur ses cotnpagnoûs d'arikiéâ^ prosternés religieusement autour du lit funèbi^. Ses yeux se fermèrent pour toujours , et sa belle ânle s'envola vers le ciel (i).

On n'etitendit bientôt plus dans le camp que sanglots et gémissements : chaque soldat croyait avoir perdu son père; tous rappelaient sa bontés âa bien* faisànce^et nullement sa valeur, car les vertu» touchent bieti plus les hommes que le courage. hé& étrangers se plurent aussi à lui payer un juste tribut d'admii^atiôn. Le sire de Roos était convenu de li¥)rer la place au connétable DuguescUn le i3 juillet, si pè^ sonne ne s'était présenté la veille pour foire levef lé siège: les traités s'exécutaient alors à la lettre, et ne souffraient aucune interprétation indirecte. La lûôrt du connétable pouvait, d'après les lois en viguéur, dispenser le général anglais de tenir sa parole; d'ailleurs^ il lui était facile de profiter de la Consternation des troupes. Il annonça du haut des remparts, att itaAréchal de Sancerre, que lui et les siens allaient Vehif rendre à Duguesclin les clefs de Cbâteauneuf. En effet, il sortit de la place au soleil couchant, escorté

(i) L<! i3juillrl I J8o, à midi. — Duguesdiii travail donc que suixanli' mis.

BERTRAUD DOGUESCLlIT. ^'j5

de sa garnison , pour exécuter Une capitulation dont les fastes de la guerre ne fournissaient poitit d'exemple. Il descendit l'éminencequi le séparait des lignes du blocus, traversa le camp au milieu d'une haie formée d'archers et d'habitants de ces lieux agrestes , accourus des montagnes pour joindre leurs regrets à ceux de l'armée. En voyant l'air morne des soldats des deux nations , on aurait cru que les Anglais et les Français ne faisaient qu'un même peuple : naguère le prince Noir avait reçu en deçà du détroit un semblable témoignage d'admiration. Que doit-on penser d'un siècle où les hommes savaient s'estimer ainsi?

Le gouverneur, parvenu à la tente du connétable, fut reçu par le maréchal de Sancerre^ qui se tenait à cheval devant le front des divisions rangées en bataille : la bannière de Duguesclin , plantée sur un tertre, était roulée en signe de deuil. A l'aspect du corps de Bertrand, gisant sur un lit de parade, en<* vironné des marques distinctives de sa charge, le sire de Roos s'inclina profondément, et déposa les clefs de Châteauneuf sur les pieds du défunt en disant d'une voix émue: « Messire Duguesclin, c'est à vous que je remets les clefs de la place dont j'étais gouverneur; » en même temps il tomba à genoux devant le corps, et , par un mouvement spontané , tous les assistants l'imitèrent. Dans ce moment la plaine, les hauteurs voisines, le camp entier, offrirent le spectacle de personnes de tout âge, de tout rang, de tout pays, prosternées devant les dépouilles mortelles d'un grand homme : les derniers rayons d'un beau jour vinrent éclairer cette scène attendrissante (i).

(i) On construisît, il y a vingt ans, une sorte de sarcophage dan

376 BERTRAND DUGUKSCLm.

Le surlendeniaîu , les gens de la maison deDugufs* clin commencèrent à embaumer son corps; ils envoyèlent les entrailles au Puy , pour être déposées à Notre* Datne, auprès de l'armure consacrée récemment par le héros. En attendant que les réparations faites à la primatiale fussent terminées , on plaça les entrailles dans l'église des Jacobins, fondée par la maison de Polignac (i). Les écuyers bretons , pour se conformer aux dernières volontés de leur maître , se mirent en devoir de le transporter à Dinan, où il voulait être

le lieu où, suivant les traditions du pays, se trourait établie la tente dans laquelle expira Duguesclin. Ce petit mausolée « déjà fort endomtnagé par l'intempérie des saisons, borde la route qui mène du Puy à Mende, entre Langogne et Châteauneuf. '

(i) On éleva dans cette église ( de Saint-Laurent), à la droite du maître autel , un tombeau , sur l'entablement duquel reposait coacrhée la statue de Duguesclin armé de pied en cap. Les protestants le saccagèrent lors des guerres civiles. Un siècle après, en réparant Téglise , ou revêtit le chœur de boiseries derrière lesquelles se trouva caché le mausolée. La statué, brisée en plusieurs pièces , gisait sur le pavé, ainsi que les ornements qui raccompagnaient. La boite de plomb renfermant les entrailles était conservée dans la sacristie, où les voyageurs allaient la voir. Cet abandon dura jusqu'en i833. A cette époque, M. Eynac, curé de Saint-Laurent, connut le projet, d'après les encouragements de Monseigneur de Bonald son évéque, de rétablir le monument d'une manière digne du héros dont la France s'enorgueillit. M. Eynac l'a exécuté sans le concours d'aucun architecte, suivant ses plans particuliers, en conservant avec une scrupuleuse exactitude le style gothique du quatorzième siècle , si difficile à préciser, à cause des ornements polychromes qui souvent raccompagnent. La boite contenant les entrailles de Bertrand est scellée dans l'intérieur du sarcophage. La statue primitive a été liabi* leiiieiil rajustée, et les couleurs rétablies suivant les nuances exigées par le style de l'épociue. Ce tombeau, ainsi que la chapelle qui le renferme (dont l'État a payé les frais), est certainement un des monuments les plus remarquables de ce genre, et forme une des curiosités de la ville du Puy, qui en comptait déjà un si grand nombre.

BERTRAND DUGUESCLIW. ^'J'J

en terré, dans l'église des Dominicains, auprès de sa première femme, Tiphaine Raguenel. Bertrand affectionna toujours Dinan, qu'il appelai t.fo/i lieu de prétUlection : sa famille y possédait un hôtel, que luimême habita longtemps (i). Le château de Bellièvre, f[ue Tiphaine lui apporta en dot, s'élevait non loin ide cette ville. Son parrain, Bertrand de Saint-Pern, résidait également à Dinan (2). Les bacheliers et les ikniyers dont se composa sa première compagnie, «qu'il appelait ses gars , et qui le suivirent plus de vingt ans au milieu des combats, sortirent tous de Dinan ou des villages environnants.

Les écuyers du connétable, menant le convoi funèbre, se mirent en route vers la fin de juillet; ils traversèrent une partie de la France , et passaient par le Mans pour entrer en Bretagne , lorsque les officiers 4du roi les arrêtèrent en leur ordonnant, de la part <le Charles V, de conduire ces restes précieux à l'abl>aye de Saint-Denis : le monarque désirait que le liéros breton reposât dans la sépulture royale.

Charles V, ne voulant point priver entièrement la >iUe de Dinan d'un dépôt qu'elle réclamait instam- Tnent,lui envoya, dans une boîte de plomb, le cœur Je Duguesclin. L'enthousiasme avec lequel les habitants et tout le duché reçurent la dépouille la plus

(i) Cet hôtel existe encore; le vénérable abbé Berthier y a établi <lepuis longues années un atelier de chanté : ainsi, les malheureux «ont trouvé un asile dans la maison où s'éleva le preux des preux. Od ne pouvait mieux remplir les intentions manifestées par les dernières paroles du bon connétable.

(a) Les descendants en ligne directe de Bertrand de Saint-Pern «3iistent encore, et n'ont cessé d'habiter Dinan.

Bl

378 VERTRANU DUGUKSCLIN.

noble de leur illustre compatriote, atteste que Ber* trand n'emporta point dans la tombe la haine deiL Bretons, comme quelques écrivains l'ont pen^ :éà effet, son pays, jaloux de venger sa mémoire dêâ &N taques de quelques obscurs détracteurs, lui a éldfé des statues. Rennes, Nantes, Dinan, Saint-Brieuk) en ont décoré leurs places publiques.

D'après les intentions deDuguesclia,on plaça M» cœur dans l'église des Dominicains de Dinan, aupfil de Tiphaine Raguenel (i), et sous une pierre tuiûd* laire de marbre noir, sur laquelle on incrusta eh l(fr très d'or l'inscription suivante : « Cy gist le cueitf de Messire Bertrand Duguesclin, connestable de France, quitrespassale xinjulet l'an m* iiii" (i386)i Jet dont le corps respose auecques ceux des tùià i Saînct-Denis en France (a). »

(i) Le 9 juillet 1810, sous le ministère de M. Champagny, k ccfeur de Duguesclin fut transféré de l'église des DomioîcaiDSj deve* nue propriété particulière, dans celle de Saint-Sauveur.

(a) Le corps de Duguesclin ne fut point mis d*abord dans le lieu où il resta ensuite plusieurs siècles ; car on le plaça aax pieds de 1 Charles Y. Nul doute que cette disposition n'ait été commandé* fir ) Charles VL Ce prince voulut que , par une distinction particulière, on attachât au-dessus de ce tombeau une lampe qui devait toujoun brûler : ces ordres furent observés jusqu'en 1709; des réparations notables que Tdn fit alors à l'église Saint-Denis demandèreat It déplacement de cette lampe, que depuis lors on ne revit plus. La tombe de Duguesclin se trouvait à l'endroit même qu'occupe maîntedant l'escalier de droite qui mène aux caveaux.

Lors de la profanation des tombeaux de Saint-Denis , on ne trouva dans celui de Duguesclin que quelques os du corps, mais la tête existait, on entier, et Ton en détacha même quelques parcelles de cheveux. Ces restes furent mis dans la fosse uù Ton jeta les corps dès Bourbons. Ainsi, la dernière poussière de Duguesclin alla se confondre

Bertrand et ses trois frères , Olwier^ Guillaume et Robert, moururent sans laisser d'enfants mâles : ainsi s'éteignit la branche dàné^A^s Duguesclin. La branche cadette eut pour auteur Bertrand y frère puîné de Renaud, et dont les descendants prirent le nomdeZJwguesclin de la Roberie. Cette branche s'est perpétuée jusqu'à nos jours ; elle s'est éteinte il y a vingt ans , dans la personne de madame la duchesse de Gesi^res^ née Duguesclin de la Roberie.

avec celle des rois : c'était une fia digne de ce grand homme. Les profanateurs voulurent briser la statue de Bertrand, qui couvrait le couvercle de son tombeau; mais cela n'eut point lieu, grâce à Tinter- ^^ vention de quelques amis des arts , notamment de M. le chevalier Lenoir. Cette statue, haute de quatre pieds et quelques pouces, subsiste encore , quoique un peu endommagée.

CONKËTABI.E DE FRANCE.

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