‹ Vies des grand capitaines français du moyen âgeChapitre 11 sur 25 · ENGUERAITD DE CO0CI · texte numérisé non relu

ENGUERAITD DE CO0CI

fit marcher chargé de chaînes à la suite de Tarmée (i); Staffort le père et sa chevauchée ne cessèrent d^Mx compagner le roi. Des amis imprudents de ce fetida« taire, loin de calmer sa douleur, la rendirent encore plus vive en accusant les favoris de Richard II d'avoir été les instigateurs de ce meurtre. Ces plaintes amères provoquèrent la division parmi le camp anglais, M entravèrent les opérations. L'amiral Jean de Yiemiê' et le sire de Couci profitèrent d'une aussi favonMe circonstance pour ramener les Français en ÉcoMe^ Richard et le duc de Lancastre pénétrèrent à l&m tour dans ce royaume. I^e péril commun réunit fratw chement les Écossais à leurs alliés; ils abandôianèrdnf le plat pays, les villes, les bourgs, et se retirèrent avec leurs nombreuses familles et leurs troupeaux au fond des forêts ou sur la cime des montagnes. QuatM' mille d'entre eux , sous le commandement de Don* glas, demandèrent à l'amiral la permission de s'unir à ses gens, promettant de le suivre où bon lui scrm* blerait, sans faire entendre un seul murmure. Les deux généraux de Charles VI résolurent de signaler leur passage sur le sol de l'Angleterre par un coup d'éclat dont le souvenir pût rester longtemps gravé dans la mémoire de ses habitants. Tandis que Rêdiard

(i) Aussitôt après Texpéditioa , le meurtrier du jeune Staffort ta| livré à toute la rigueur des lois, et condamné à mort. La yeu?e di| fameux prince Noir, mère commune de Richard II et du comte Holland (ce dernier était le fruit d'un second hymen), vint se jeter att genoux du roi pour obtenir la grâce de son fils ; mais le moiHffqiii demeura inflexible : en entendant un refus aussi formel, elle eipin de douleur dans le palais même. Frappé de ce malheur, Richard fit grâce de la vie à son frère. (Thoiras, t. III, p. 3o4.)

BVOUnAirD DX GOUCI. èSS

idiait Edimbourg, Perth et d'autres lieux, les gais se jetèrent dans la partie méridionale de Bse, et rentrèrent en Angleterre par la chaîne de Ittgnes qui sépare le Northumberland du Gumind, passèrent TÉden et investirent Garlisle. L'a«. l Jean de Vienne resta devant cette ville, espéde s'en rendre maître, soit par surprise, smt aminé; tandis qu'£nguerand , conduisant la caîe, s'enfonçait dans le pays, y portant le fer feu, menaçant la principauté de Galles, déie de troupes comme toutes les provinces de dont les milices s'étaient portées sur les côtes dlionales. Richard apprit avec une extrême surl'envahissement du CumbeHand; il parcourait obstacle l'Ecosse, devenue une liolitude par île la retraite des hommes de toutes condi* . Le prince 'se hâta de regagner ses États ; ar- >ur les frontières du comté d'Yoric, il concentra ivisions au milieu d'une vaste plaine, réunit aude lui les chefs influents, et fit devant eux le ent téméraire de ne laisser échapper aucun Fran<* Le présompteux ignorait que la réalisation d'un rojet était au-dessus de ses forces ; il lui fallut le jours pour s'en convaincre : en eflFet , dégoûté guerre et de ses fatigues , cédant d'ailleurs aux nces du comte d'Oxfort , son favori , le roi abana l'armée , laissant à Buckingham le soin de se desFrançais, comme il l'avait juré. Puis il courut îrmer dans son palais^ jaloux de se dédomma* m sein delà mollesse, des moments donnés ma^ «i aux alarmes de la guerre. Cette lâche retraite

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indigna la nation y et devint par le fait la première origine des infortunes de Richard. (Rapin Thoim.)

Le comte de Buckingham , chargé de couper la retraite à l'ennemi, se vit arrêté par la difficulté des chemins et le débordement des rivières. Ainsi Famiement de ces deux cent mille hommes n*eut point la résultat qu'on en attendait : Richard couvrit , il est vrai, l'Ecosse de ruines, et ne put empêcher cependant que quatre de ses provinces ne fussent ravagéeSi

Le sire de Couci, après avoir désolé, durant plui d'un mois , la moitié du pays de Galles et du Gamberland, vint rejoindre l'amiral sous les murs de Ga^ liste. Ils se retirèrent ensemble chargés de butin, et repassèrent les frontières par Braropton : leur but le trouvait atteint, puisqu'ils avaient opéré une diversion puissante en portant la terreur au sein de la fière Albion.

Rentrés en Ecosse, les Français espéraient jouir dans le repos des fruits de leur audacieuse entreprise» Ils voulaient passer auprès d'Edimbourg leurs qua^ tiers d'hiver, reprendre les hostilités au printemps 9 pénétrer une seconde fois au milieu de la Grande* Bretagne, et favoriser ainsi la descente deClisson sor les côtes méridionales; mais on ne leur laissa point la faculté d'exécuter un si noble dessein. Ils eurentf en rentrant en Ecosse, à braver des dangers d'an nouveau genre. La rigueur de la saison se faisait vivement sentir : on leur refusa des gîtes convenables; les chevaux mouraient de froid ; les hommes n'obtenaient des vivres qu'à des prix excessifs. Les soldaH demandaient instamment de quitter cette terre inbof*

£irGI7£llÀND DE COVGI. ^5'J

pitalière. Le sire de Couci se rendit auprès du roi pour lui exposerque ses compagnons d'armes n'étaient venus en Ecosse que sur ses pressantes sollicitations; il finit par l'inviter à leur fournir les moyens de transport pour retourner en France. Robert répondit qu'on y aviserait. Au bout de quelques jours, le comte de Douglas, dont la conduite franche contrastait avec la perfidie de ses compatriotes, l'informa de l'intention qu'avaient les gens du pays de se lever en masse contre les Français, afin de les contraindre de donner une forte somme en échange des denrées consommées par eux : exigence d'autant plus déloyale , que ces denrées avaient été déjà amplement payées. L'amiral, indigné, voulait se soustraire à une pareille tyrannie, en faisant sentir aux Écossais la pesanteur de son bras. Le sire de Couci sut modérer une ardeur aussi intempestive. D'après ses avis, l'amiral fit publier qu'on accueillerait les diverses réclamations , et qu'on en acquitterait le montant au moyen d'engagements dont le comte de Douglas consentait à devenir caution. Cette affaire étant réglée, les embarcations furent amenées dans la baie de Glasgow au commencement du printemps. Jean de Vienne, le sire de Couci et cinq mille Français environ arrivèrent au port de l'Écluse, où les obligations contractées par eux furent religieusement acquittées. (Froissart.) (i).

(i) Si Ton en croit la plupart des historiens, la conduite légère des Français fut la seule cause de leur peu de succès auprès des Écossais; leur goût pour la galanterie déplut dans un pays où les mœurs étaient demeurées fort austères. Une conduite semblable avait causé, en Sicile, la ruine des compagnons de Charles d'Anjou.

SftSS ENGIISRAND l>t COIJGI.

Ti'expédition (FÉcosse avait donné aux habitants de la Grande-Bretagne une idée de ce que les Français pouvaient entreprendre; elle eut, entre autres résultats essentiels, l'avantage de procurer des notioDS exactes sur le compte de l'Angleterre : le sire de Couci avait fait à cet égard des observations en homme supérieur; à sou retour, il les communiqua à Charles Vl. Selon lui, l'Angleterre était plus facile à vaincre che& elle qu'on ne se l'imaginait; cet esprit de patriotisaie^ si ardent à Londres et dans quelques autres grandes villes , disparaissait en quelque façon dans les pror vinces éloignées de la capitale. Les discours de Coud,; de l'amiral et des chevaliers arrivant d'Ecosse , raoi-i mèrent la résolution du roi , que le mauvais succès de l'armée principale avait dégoûté. Les préparati& d'une seconde expédition se poussèrent avec vigueur: l'opinion publique se montrait favorable à cette noui^ velle tentative; le souvenir des maux causés par les Anglais, loin de s'éteindre, se gravait au contraire dans tous les cœurs, et la nation applaudissait aux efforts que l'on faisait pour les venger. Clisson alla en Bretagne, Jean devienne en Normandie, Charnidaos la Champagne, la Trémoiiille dans la Beauce, Reyor neval dans la Bourgogne, Ënguerand dans la Picardie et dans l'Artois, pour rassembler les troupea féodal(\s et les milices des communes. Le sire de Coud, après deux mois de soins , réunit près de dix mille combattants. Il se mettait en marche pour les conduire sur les frontières de la Bretagne et opérer sa jonction avec le connétable et les autres générauxy. lorsqu'il apprit l'arrestation de Clisson par Jean de

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Montfbrt, et la seconde dispersion de l'armée. £nl^rand licencia ses hommes d'armes j et se rendit aux ordre» du roi , qui le rappelait à Paris.

Charles YI, quoique fort impétueux , ne s'en montmiX pas moins craintif : chaque événement inattendu le déconcertait, les moindres contrariétés l'inquiétflîeBt; alors la magnanimité du souverain l'abandonnmt totalement; on ne trouvait plus en lui qu'un hi^nime timide, sans expérience, demandant qu'on le défmdit des ennemis dont il se croyait entouré : ceci lifitique l'empressement que ce prince mit à recourir àuï% cette circonstance à l'intervention du sire de Gbuei, dont les vertus et les talents lui inspiraient we confiance illimitée. La position du roi devenait d^pla» en plus délicate : devait-on laisser impuni f<Hitrage fait à la majesté royale dans la personne du premier dignitaire de l'État, ou bien fallait-il tirer Vtte Tengeance éclatante de cette injure en marchant ; contre Montfort , qui certainement ne manquerait pas d'implorer l'assistance des Anglais? Enguerand parut le seul homme capable de traiter une affaire aussi capitale. Le sire de Couci et Jean de Montfort se regardaient comme beaux-frères, ayant tous disux épousé Iwfilkea d'Edouard III; le duc de Bretagne témoignait à SKm parent l'amitié qu'inspire ordinairement un caractère irréprochable. Le sire de Couci fut assez heutmiiL et assez habile pour amener le prince breton à Cnreau roi de France une réparation publique de l'injtire dont le connétable venait d'être la victime. Le parlement anglais fit mouvoir, de son côté , les ressorts les plus puissants pour rompre les négociations

uSo KMGllËRAJilD DE GOUCf.

entamées par Enguerand. Richard et son conseil fondaient de grandes espérances sur la vieille haine que Jean lY portait à la maison de Valois : ils ne purent donc voir sans un vif chagrin la réconciliation du vnssal avec son suzerain. Afin de se consoler d'un échec aussi sensible, Richard II résolut de suscitera la France de nouveaux embarras en gagnant quelqueautre prince plusdisposéàservir ses intérétsetson ressentiment. L'Allemagne regorgeait alors d'une population dont la surabondance menaçait de troubler la tranquillité de cette vaste contrée. Les Plantagenets songèrent à la possibilité d'arracher des plaines de la Germanie une masse d'hommes formidable, et de la lancer sur la France, comme l'empereur Othon avait agi du temps de Philippe-Auguste. II fallait s'adressera un prince d'un caractère entreprenant, qui nereculât pointdevant un si vaste projet. On jeta les yeux sur Guillaume , fils du duc de Juliers et possesseur du petit État de Gueldre, que son oncle maternel, Edouard II (i), lui avait laissé en mourant. Guillaume comptait à peine vingt-huit ans; quelques exploits

(i) Cet Edouard II avait usurpé le duché de Gueldre sur soD frac Renaud III , dit le Gras , qui , selon lui , était incapable de gouverner; rayant fait prisonnier dans un combat livré le sS mai i36o auprès de Tbiel , il le conduisit au château de Niembech. L*évéqtw de Cologne , oncle de ces deux princes , reprocha au vaîoqnear de retenir son propre frère dans les fers. « Il n*est point captif, s'écria Edouard; il ne lient (}u*à lui d*allcr où bon lui semblera; venex le voir. > L*évéque trouva Renaud, dont la corpulence était monstrueuse , renfermé au fond d'une salle dont les portes et les fanéCrei restaient constamment ouvertes et sans gardes, mais tellement rétr^ ries qu*un homme mince pouvait tout au plus y passer : Renaud, prisonnier de lui-même, resta ainsi conGné pendant plus de dix ans.

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ttiilitaires le faisaient déjà i*egarder comme le guerrier le plus audacieux de l'Allemagne; il s'indignait que Ta icNTluDe ne l'eût point rendu possesseur d'un empire dcMit les forces lui auraient permis de soutenir de nombreuses guerres, et par cela même d'acquérir une éclatante renommée. Il consentit donc, pour 4,000 francs de pension par mois, à se vouer sans partage aux intérêts de l'Angleterre (i). Il débuta par attaquer la duchesse de Brabant, tante du duc de Bourgogne, puis il déclara la guerre à Charles YI : ses possessions réunies n'équivalaient pas à une des provinces moyennes du royaume. Le héraut porteur du défi du duc de Gueldre arriva à Paris le 12 juillet i388; il descendit à l'hôtel d'Artois, et là, devant le oonseil assemblé, cet homme signifia au roi la déclaration de guerre de son maître. Charles YI le fit traiter magnifiquement, comme on en aurait usé avec l'envoyé d'un des premiers potentats delà chrétienté.

La provocation du duc de Gueldre parut un acte de folie aux yeux du vulgaire ; mais Charles YI et son conseil n'en jugèrent pas de même. Il était visible que Guillaume n'agissait que d'après l'impulsion de l'Angleterre; ce prince pouvait, en cas de succès, entraîner avec lui l'Allemagne entière : la prudence commandait de bannir toute irrésolution, de déployer des forces respectables, et d'abîmer d'un seul coup le duc de Gueldre. Il importait également de relever le courage de la chevalerie, après deux expéditions malheureuses qui avaient discrédité la France dans

(1) Rymer, vol. VU.

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