‹ Vies des grand capitaines français du moyen âgeChapitre 12 sur 25 · ENGUERAND DE COUCI · texte numérisé non relu

ENGUERAND DE COUCI

l'opinion de TEurope. Ain»i, on fit des préparatifii. comme s'il se fût agi de résister à une ligue redoutable. Les nobles , dont l'humeur belliqueuse avait besoin d'un aliment, accoururent en foule dès qu'ils apprirent qu'on n'aurait pas à affronter cette fois 1« courroux des vagues, contre lesquelles Taudaceeth bravoure des humains sont impuissantes.

D'après le résultat de la montre partielle de châqM contingent de troupes féodales et de \a montre ém milices communales, l'armée présenta un «£fectif dé cent mille combattants.

Enguerand de Couci fut investi du commandeiMtit suprême sous le roi. C'est à tort que Juvénal des UrsitM met à la tête de l'armée le connétable de Clisson : Olivier parcourait en ce moment la Bretagne ; il ne quitta le duché qu'après la campagne de Gueldre.

Montereau-sur- Yonne fut désigné conime rend^ vous général. Trois mille chariots accompagnaient l'armée; ils appartenaient à Colin Boulard, ce même riche bourgeois de Paris qui avait été fournisseur Ion de la guerre de Flandre en i383 : il passa également un marché pour assurer les subsistances de la nouvelle expédition.

On se mit en marche vers la fin de juillet i388. Il fallut rassembler quatre mille ouvriers pour aplanir et frayer des chemins au milieu des Ardennes, oùja* mais aucune troupe n'avait passé. Couci conduisait l'avant-garde , et dirigeait les efforts des travaillenft chargés d'ouvrir les voies à travers des forêt» et dtf marécages. L'armée ayant parcouru le Luxembourg» atteignit le pays de Juliers. Le souverain de ce petit Étal

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était père de Guillaume de Gueldre ; il n'avait cessé te s'opposer aux projets de son fils. Voulant épargner à ses sujets les maux de la guerre, il vint se jeter aux pieds du roi de France : « Sire, dit-il , mon fils est « un fou ; ne me rendez pas responsable de son extra- * vagance(i). » Charles VI, touché de sa position, te traita en allié. Nonobstant les intentions bienveillantes du monarque, le pays de Juliers n'en fut pas iDôitis ruiné par le passage des cent mille Français. Au moment où l'on allait entrer sur les terres de Gueldre, on vit arriver une ch&telaine du Brabant, qui, enflammée d'une ardeur martiale, amenait à Charles Yldeux cents hommes levés dans ses domaines. Elle avait le casque en tête , et prenait le titre 8e dame du château d'Amour (a).

L'armée s'arrêta sur les frontières de la principauté. Le sire de Couci fut chargé de conduire deux divisions jusqu'aux portes d'Arnheim et de Nimègue, afin d'engager une action générale avec Guillaume. Celui-ci, sourd aux exhortations de sa famille, bravant les menaces du roi de France, disputait le terrain pied à pied. Il harcelait les flancs des colonnes, et faisait chaque jour des prisonniers : le jeune Boucicaut tomba en son pouvoir; le sire de Couci eut à déplorer la perte d'un chevalier d'Auvergne, extrêmement brave, qui lui avait sauvé la vie au milieu des combats. Ce guerrier, nommé Godinos, si l'on en croit Froissart, cherchait avec son écuyer un habitant du pays qui pût servir de guide à l'armée pour

(i) Froissart, livre II.

(a) Froissart, livre II.

a6/| KNGIIKKANI) DF (ÎOIICI.

sortir d'une vaste foret. Il rencontre un paysan qui coupait du bois, et le force de le suivre , comme cela se pratique en campagne; le paysan , cédant à la violence, chemine à regret : bientôt se présente un chemin très-étroit et très-encaissé; le chevalier passe le premier, le paysan le suit, fait quelques pas, lève sa hache avec vivacité , et fend par derrière la tête de Godinos; il se retourne, renverse Técuyer qui le serrait de près , lui passe sur le ventre , et s'échappe dans lepaisseur du bois (i).

Cependant Enguerand de Couci menaçait Amheim ; il se trouvait au centre des possessions de Guillaume : les princes riverains du Rhin , effrayés du nombre prodigieux des Français qui inondaient leurs États, I craignaient un envahissement général; loin de s'allier a l'imprudent provocateur, comme l'Angleterre en avait conçu l'espérance, ils se déclarèrent contre lui. pour le punir d'avoir attiré tant de calamités sur leurpays. Enfin , les évêques de Liège et de Cologne s^ portèrent médiateurs; ils fléchirent l'humeur rebella du duc de Gueldre, et l'amenèrent à implorer la clémence d'un ennemi justement irrité. Charles YI, ({vm^ tenait beaucoup à donner aux princes de ces contrée ^ une haute idée de sa puissance, voulut déployer auB^ tant de pompe que de solennité dans la réceptio^fl qu'on allait faire au suppliant. Au jour fixé pour cettz:.^ cérémonie, le roi se plaça sur un trône au milieu X< son camp, entouré des dignitaires de la couronne, A^ ses officiers et de l'armée rangée en forme de crois*-

(i) Fi'oissart, liv. n.

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saut. Le jeuue duc de Gueidre parut, conduit par les deux évéques de Cologne et de Liège; ayant mis un genou en terre , il présenta au roi l'acte authentique de sa soumission , rédigé d'une manière bien étrange : Guillaume niait qu'il eût provoqué les hostilités par aucun acte; les ministres de Richard II avaient dérobé , suivant lui, le sceau de ses armes et l'avaient apposé à la déclaration de guerre faite à la France. Cette subtilité pitoyable pouvait fournir un prétexte de pardon, mais elle lui enlevait le mérite d'avoir eu le courage de provoquer un puissant monarque. Quoi qu'il en soit, on voulut bien se contenter d'une aussi faible excuse ; Charles VI fit au duc de Gueidre des présents dont la valeur surpassait de beaucoup les subsides versés entre les mains de ce prince par les agents de l'Angleterre. Depuis cette époque, Guillaume se montra constamment un allié fidèle.

Tandis que le sire de Couci défendait dans le pays de Gueidre les intérêts de l'État, il perdait en Suisse les seigneuries de Nidau et de Buren , que Léopold s'était vu contraint de lui céder. Les Bernois, sousprétexte que la garnison de ces deux villes les incommoclait, et sachant fort bien que la guerre le retiendrait pour longtemps sur les bords du Rhin, attaquèrent inopinément ces places, et prirent la première en août i388. Les Fribourgeois, ennemis éternels du canton de Berne, embrassèrent la défense de Couci, qui leur envoya le sire de Luxembourg et Jean de Roye, son connétable, avec mille deux cents hommes. L'arrivée de ce détachement n'empêcha pas les Bernois de s'emparer de Buren le i*' septembre, et

a66 Kiyr.UFiiANi) nK roiici.

(le le livrer aux flammes. Couci, occupé pour le moment à défendre la patrie , se voyait enlever les débris de riiéritage de sa mère, sans qu'il lui fut possible d'aller les disputer les armes à la main. Charles VI Favait supplié de renoncer au projet de courir en Suisse, et, désirant le dédommager de ses pertes^ il lui donna la seigneurie de Rouvrain. Peu de temps après, un6 ordonnance royale nomma le comte de Soissons capitaine général vu Guieimc, Saintonge , Poitou ^ TJmousin , Périgord , Auvergne, Berri , Bourbonnais^ tl autres pays en deràdolaDordogne. Coucine putatlet exercer ces hautes fonctions; la situation des affaires du royaume réclamait sa présence à Paris. Les ducs de Bourgogne et de Berri venaient d'abandonner, Contre leur gré néanmoins, la direction des affaires. Il était urgent de réparer les maux causés autant par la cupidité de ces deux princes que par leur impéritie. Le trésor royal , les fonds mis en réserve par Charles V, les ressources les plus secrètes, tout avait été épuisé. Le sire de (iOuci , comme grand boutiilier, présidait la chambre des comptes : on le chargea d'aviser au moyen de remédier à cette pénurie. Il forma. im conseil supérieur, et établit un mode régulier pour prélever les impots; des officiers de finances reçurent la mission de parcourir les diverses provinces ^ d'évaluer les ressources de chacune d'elles , afin de fixer la quotité des tailles qu'on pourrait exiger de leurs habitants.

Les biens du clergé furent soumis à une taxe qui produisit des sommes considérables : on transporta ces espèces à l'hôtel Saint-Paul; la vue de tout cetar-

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gent réjouit les déprédateurs, qui le regardaient déjà comme une proie assurée; mais Enguerand sut le soustraire à leur avidité. II demanda au roi la permission de mettre en réserve les fonds provenant des subsides fournis par l'église de France. D'après ses ordres, on fondît tout le numéraire d'or , et avec cette matière précieuse on coula dans un moule grossier la figure d'un cerf oMté de son bois. Enguerand voulait, par cet expédient, ôt€rau roi la facilité de distribuer en détail cet argent, et le forcer de réserver cette ressource pour un cas pressant : cet exemple n'était pas nouveau ; Suger avait agi de même dans plusieurs circonstances. (André Duschesne.)

Grâce aux soins de Couci , du duc de Bourbon et des hommes éclairés qui siégeaient au conseil, l'administration suivait la marche régulière que Charles V lui avait imprimée ; le jeune monarque se montrait jaloux d'assurer le bonheur de ses sujets. Charles VI prit la détermination de visiter les provinces et de juger par lui-même de la nature des abus existants , afin d*y porter un prompt remède. Il séjourna quelque temps dans le Languedoc, et fut si effrayé des désordres engendrés par l'incurie et par la rapacité de son oncle le duc de Berri, qu'il s'empressa d'ôter à ce prince le gouvernement de cette province ; et le confia au sire de Chevreuse : le roi revint à Paris chargé des bénédictions des Français. La situation du pays se présentait sans un aspect riant : les peuples commençaient à espérer quelque félicité, lorsque tout-à-coup le génie du mal reprit son ascendant sur une terre qui semblait s'y être soustraite pour longtemps. Pierre de Craonas-

'à6S KJVGUEllAIVD DE COUCl.

siissina le connétable de Clissoii ; chacun eu frémit (riiorreur.Lesire de Concise joignit au comtedeCieriTiout etàl'amiralJean de Vienne pour obtenir une punition éclatante de ce forfait. Le meurtrier se retira^ comme on le sait, dans les États du duc de Bretagne. Charles VI se mit en route pour venger lui-même son connétable. Le sire de Couci marchait à quelques pas de lui, lorsque le funeste accident de la foret du Mans eut lieu. Il sentit que la maladie du roi allait livrer l'État une seconde fois à la merci des oncles du jeune monarque. Tandis que chacun s'empressait de consulter des astrologues , que Ton avait recours aux nécromanciens pour hâter la guérison du roi| le sire de Couci se transportait à I^on, où vivait retiré un médecin nommé Ilarsely , homme d'un savoir peu ordinaire dans ce siècle. Il avait voyagé longtemps en Asie et en Egypte , par le seul désir d'approfondir l'étude de son art. Engucrand le conduisit à Creil, où résidait l'auguste malade. Le médecin s'informa des moindres circonstances du fatal accident; les ayant toutes recueillies et méditées , il laissa échapper l'exclamation suivante, que Froissart rapporte en propres termes : « Cette maladie est venue au roi de coulpe; « il tient trop de la moiteur de sa mère. »» Harsely fournit lui-même les remèdes nécessaires, répondit de la guérison , en défendant expressément de fatiguer la tête de Charles VI par aucune application sérieuse; il prescrivit de n'offrir à son imagination que des images riantes. C'est dans ce but que des clercs de l'hôtel traduisirent le Décameron de Bocace, ouvrage qui, depuis trente ans, faisait les délices de l'Italie;

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ils rornèrent d'enluminures facétieuses , afin d'exciter rhilarité du roi (i). Au bout de quelques mois, des améliorations très-sensibles vinrent couronner les efforts dUarsely, 'et il en eût résulté , sans aucun doute y une guérison complète si un nouvel accident ne fût venu détruire de si flatteuses espérances (2).

D'après les prescriptions réitérées d'Harsely, on empêcha Charles YI de s'occuper des affaires publiques. Les ducs de Berrî et de Bourgogne prirent en main le gouvernail de l'État : ils commencèrent par sévir contre les personnes qui les avaient supplantés dans la confiance du monarque. Clisson surtout devint l'objet principal de leurs poursuites; ils le firent juger par le parlement, et lui ôtèrent ses emplois. Autant les régents avaient à cœur d'éloigner Olivier et ses créatures^ autant ils désiraient s'attacher le sire de Couci , ne doutant pas que la considération dont jouissait son noble caractère ne dût rejaillir sur eux. En conséquence, ils lui donnèrent la charge de connétable , récemment enlevée à Clisson de la manière la plus inique. Mais Enguerand rejeta une pareille succession (3); douze ans auparavant lui-même avait refusé cette haute dignité , en engageant Charles V d'y élever Clisson, afin d'attacher irrévocablement à la fortune delà France le puissant vassal du duc de Bretagne.Surlerefus du comtedeSoissons, les régents offri-

(i) Une traduction de Bocace, faite à cette époque et avec les dessins, se trouve encore à la bibliothèque royale de TArsenal.

(a) Uhistoirc ne parle plus de ce médecin; il mourut sans doute bientôt après, car son âge était fort avancé.

(3) Froissartjliv. IV, chap. lii.

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rent Tépée de connétable à Charles d'Artois, prince du sang, qui ne fit aucune difficulté de Taccepter.

Enguerand de Couci, ne voulant participer en rien au mal qu'il prévoyait ne pouvoir empêcher, se retira dans ses domaines. Ses vassaux réclamaient depuis longtemps sa présence ; ils espéraient trouver dans son extrême bonté un soulagement aux malheurs qui les accablaient. Les brigands armés dont les provinces se voyaient infestées leur avaient enlevé denrées , meubles, et jusqu'aux instruments aratoires; le déboi^ dément des rivières vint encore augmenter les calamités causées par ces dévastations. Lesloisféodales rendaient les barons les maîtres de leurs vassaux, mais elles voulaient aussi qu'ils en fussent les protecteurs : Engue^ rand répandit des largesses sur les siens, supprima plusieurs droits onéreux , et en restreignit beaucoup d'autres. Il passa ainsi une année entière (1394)9 oc-> cupé exchjsivement à soulager les infortunes : c'est le seul moment de repos qu'il goûta dans le cours de sa vie. L'absence d'un homme si amoureux du bien pu-blic devait produire une sensation pénible : les oncles du roi, victimes de leurs propres fautes, prêts à succomber sous te faix, implorèrent son appui, ne doutant pas de se sauver du naufrage en s'adjoignant l'intègre Couci.

L'administration des ducs de Bourgogne et de Berfi pouvait être regardée comme le comble de la démence : le premier surtout employait à des acquisitions folles non-seulement ses immenses revenus, mais encore ceux de la couronne; la prodigalité était devenue chez lui une manie : sa maison passait à juste

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titre pour être plus nombreuse et mieux montée que ceUe du roi de France, du roi d'Angleterre, ou de Tempereur d'Allemagne : on y comptait vingt-cinq chapelains, dix-huit valets de chapelle, un grandaumônier et six sous-aumôniers, im chancelier, six cooMiUers de cbaucellerie, dix-huit lieutenants de chaacelLerie, deux sergents, un chauffe-cire, cent * sGÛxaate^tFois conseillers, six maîtres de requête, traate secrétaires,, dix intendants de finances, quinze receveurs généraux, un trésorier des guerres, un contrôleur de finances, un maréchal de Bourgogne, un r amiral de Flandre, un prévôt du palais, quatre 1^ premiers chambellans, cent trente chambellans, un l capitaine des gardes, douze cavaliers gardes, quinze ^ éouyers de la chambre, un premier maître d'hôtel, ' d'x-hiût mcutres d'hôtel ordinaires ^ six clercs d'office, douze sommeliers, quatre fourriers de la chambre, quatre fourriers du cabinet, un roi des rihftuds, douze sergents d'armes, six pages, six barbiers, si» chirurgiens, six médecins, dont un était Thomas Froissart, parent de l'historien ; quinze joueurs de harpe, quinze violons, autant de hautsbois et de trompettes. Le service de la table occupait cinq eents personnes; celui de l'écurie, de la louveterie el delà fauconnerie, deux mille. Tous ces officiers et domestiques avaient des gages exorbitants ( i). Les chambellans jouissaient de traitements fort élevés : Gui de la Rochefoucault et le sire de Tourzel touchaient chacun 3,ooo livres , somme considérable

(i) Voyez la liste détaillée des gens de la maison du duc de B.our'* gogne, Mémoire de Labarre.

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pour cette époque. Le duc entretenait des pension* naires, auxquels il donnait, à titre de don gratuit, des subsides très-coûteux. Yalerand de Luxenqboui^ recevait annuellement 8,000 livres; Butille de Brancas , maréchal du pape, 4^000 livres. Le duc de Bourgogne acheta 5oo livres , de Dine Raponde , conseil- 1er au parlement, un Tite-Live enluminé en lettres d'or, et 600 écus une Bible historiée et couverte de velours cramoisi, garnie d'un fermail en vermeil. £nfin, il rassembla, dans l'espace de dix ans, pour 100,000 écus de choses rares. On en préleva le montant sur les revenus d'Ypres, de Terroonde et de Tournai (i). De pareilles dépenses ne pouvaient manquer d'absorber les ressources les plus abondantes; aussi le prince manquait-il souvent d'argent. Un jour, ayant joué plusieurs parties de paume avec le sire de la Trémouille, le duc de Bourbon et Guillaume du Lion, il perdit 2,000 écus d'or, et, comme les dettes du jeu passaient pour sacrées, Philippe le Hardi donna en gage, faute de numéraire, sa -j ceinture ornée de pierres précieuses (2).

Les ducs de Bourgogne et de Berri, jugeant qu'ils ne pourraient point se soutenir sans Tassistance du sire de Couci , sommèrent ce feudataire de venir reprendre sa place au conseil ; ils lui annoncèrent que le bien du royaume l'exigeait. Jamais Enguerand n'avait résisté à une pareille considération : nul autre ne paraissait plus propre à conduire l'importante né-

(i) Compte de Jean Lépoulette, conservé à la cour des comptes de Dijon.

(a) Ibid.

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gociation entamée par la France vers le commencement de iSgS. 11 s'agissait de concilier les différends élevés en Savoie entre deux princesses de la maison de Bourbon, de ramener au devoir la ville d'Asti ap-

f partenant au duc d'Orléans, de prêter main-forte à Jean Galéas Visconti, attaqué par le duc de Mantoue et les Florentins; il fallait enfin pacifier Gènes, et contraindre cette république à reconnaître pour protecteur un prince de la maison de Valois.

Le sire de Couci partit vers la fin de mai, accompagné de mille hommes seulement. Arrivé le i" juillet en Savoie, il trouva ce pays livré à l'anarchie : des factieux voulaient profiter de la faiblesse de leur souverain, enfant en bas âge. Enguerand fit changer la face des affaires par son énergie : il s'empressa de placer la régence entre les mains de Bonne de Bourbon, aïeule du jeune prince, une des femmes les plus distinguées de ce siècle. L'habile conciliateur, ayant ramené l'ordre dans la Savoie, se rendit en Italie^ où l'appelaient des soins encore plus urgents. Jean Galéas Visconti, en unissant sa fille au frère de Charles VI, lui avait donné en dot 3oo,ooo florins d'or, et la ville d'Asti. Le duc d'Orléans envoya un officier de sa maison pour régir, en son nom , cette

L cité. D'abord les habitants parurent charmés d'appartenir à un prince puissant ; cédant bientôt après

' à leur légèreté naturelle, ils se révoltèrent. Jean Galéas Visconti lui-même, trop occupé de ses querelles avec la république de Florence, ne put réprimer les

■ rebelles d'Asti. Le sire de Couci arriva à Milan , conduisant à sa suite douze cents cavaliers, tous français,

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il prit à sa solde six mille Lombards, et se composa au bout de deux mois une division de troupes trèsredoutable , à la tête de laquelle il entra de vive force dans Asti, le lo avril iSgS. Ce général s'y établit en qualité de mandataire du duc d'Orléans; le surlendemain des envoyés de Gênes vinrent le supplier d'aller visiter leur ville, dont la population entière n'attendait que son arrivée pour se déclarer tributaire de la maison de Valois. Les Génois conservaient une vive reconnaissance pour l'ardeur que Charles VI avait mise à défendre leur commerce contre les fiarbaresques.

Enguerand applaudit aux bonnes dispositions que les envoyés de Gênes montraient à l'égard de la France; ayant quitté Asti, il se rendit à Pavie, où Vîsconti accourut pour le visiter dans l'intention de le tromper par de vaines protestations d'amitié : on savait, à ne pas en douter, que ce prince agissait en secret pour expulser les Français de l'Italie, et pour s'empaixîr de Gênes. La fière attitude du lieutenant de Charles VI le ramena à de meilleurs sentiments. Enguerand s'avança ensuite sur les terres de la république, en faisant régner parmi ses troupes une discipline rigoureuse : Couci prit possession de Savone et d'Albengaau nom du roi de France: il reçut dans son quartier général les députés de Gênes, ainsi que les envoyés dudogeAdorne, et dressa en commun les articles du traité par lequel la république serait placée l'année suivante sous la protection du roi son maître. Les succès qui couronnèrent une mission aussi importante mirent le sceau à la réputation du comte de Soissons.

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