V. xir
66 SjUSQUES DE Là MÀJIÇHE.
tous les moyens pour enflammer l'ardeur de ses soL* dats , alla se placer sur le sommet de la montagne; delâft il pouvait tout découvrir^ présider à l'action par ssi présence 9 et animer d'un même sentiment l'armée rangée à ses pieds.
; Philippe, moins heureux , moins habile , et mal servi, n'exerçait point un empire absolu sur ses troupes f le quart des soixante-dix mille hommes qu'il menait à sa suite étaient des Génois armés d'arbalètes, eom* mandés par Ludovic Grimaldi et Jean Doria. Le gros, de la /?2/i>^a/ic6 de Philippe se composait de soldats ir* réguUerSylevésà lahâte, la plupart étrangers au métie? des armes : on y remarquait quantité de paysans qus la frayeur avait chassés des campagnes, et nombrs de gens attirés par l'espoir de partager le riche butiq que Ton croyait conquérir sur les Anglais, char» gés eux-^mémes des dépouilles de la Normandie; ces artisans de diverses professions pouvaient bien contribuera piller un ennemi vaincu, mais nullement aider à le vaincre. A la tête de cette multitude on voyait des hauts barons aveuglés par désir de se venger des dévastations commises dans leurs domaines; on y distinguait également des princes étrangers, notam<« ment Jean de Luxembourg , devenu roi de Bohême . en épousant Elisabeth, héritière de cette couronne. Ce prince, le plus actif et le plus ambitieux de la chrétienté, offrait un composé bizarre de vices et de vertus : une fluxion lui fit perdre un œil en iSag, dans l'expédition que les chevaliers Teutoniques, ses alliés, entreprirent contre Gédimin, grand-duc de Lithuanie. A l'issue de cette guerre, il viut; en Fr9J)Ce «t
lAflR^UES DE LA HARCHl. 6^
s^attacha à Philippe de Valois , dont le fils aîné épousa 9a fille; Jean oublia en quelque façon la Bohême, alunit en secondes noces à Béatrix, fille de Louis r% duc de Bourbon ^ et sœur de Jacques de la Marche. Philippe de Valois le nomma gouYeraeur du I^ani;uedoc^ k province la plus importante du royau<me} j0an de Luicembourg alla 9'y établir, ft fixa sa ^rési^cmce à Montpellier, dont Tair pur lui eonv#» nait, Uoe fiu:sion, semblable à celle dont les mé* decina allemands l'avaient si mal opéré onae ans.aupur^vant, lui ^urviqt dans oette ville en i34Q}il se igiit en traies mains d'un empirique juif qui, loin de k guérir 9 lui fit perdre l'autre œil. Cependant l'âge el U cécité ne le dégoûtèrent pas des combats ; il M voyageait jamais en litière ^ mais toujours à che^ valy et avec une telle vitesse, que sa suite se voyait fort souvent hors détat de le suivre. Il porta la guerre en Pologne, dont le souverain, Casimir III, avait envahi pendant son absence la Silésie, sa plus belle province i il fepQuasa son ennemi, et l'assiégea dans Craeovie. Jean ae Élisait conduire le long des lignes durant le siège , par deux chevaliers 2 a Je compte pour rien la vie , disait-il, pourvu que je puisse toucher de mes mains les murs de Craqovie. » Casimir, serré de près, en« voya proposer à Jean de I^uxembourg de s'enfermer tous deux dans une chambre, et de décider la que* relie le poignard à la main. Le prince de Bohême lui répondit de se faire crever les yeux auparavant , afin de combattre à armes égales. Au reste, cet étrange duel n'eut jamais UeUi^ e^i* ^e roi de Pologne^ ayant reçu des renforts, le contraignit àlevfrle siège. Jean
de Luxembourg , apprenant que la guerre venait d'éclater entre Edouard et Philippe de Valois , vola au secours de celui-ci ; en vain ses enfants voulurent-ils Tempêcher d'entreprendre ce long voyage : «Laissezmoi, criait-il; vous dites que je suisaveugle, eh bien, je saurai trouver encore tout seul le chemin de la France; je veux malgré vous aller joindre Philippe mon ami, et je combattrai à ses côtés (i). » Charles, son fils aîné, élu roi des Romains, l'accompagna.
Au ncimbre des princes étrangers on voyait encore don Jaime , roi de Majorque : dépouillé de ses États par don Pèdre , roi d'Aragon , il s'était réfugié auprès de Philippe de Valois , en venant implorer son appui; Louis, comte de Flandre, prince malheureux, que ses sujets révoltés chassèrent plusieurs fois; Raoul de Lorraine, qui avait acquis beaucoup de gloire en Espagne, en combattant contre les Maures; Louis de la Cerda, compétiteur au trône de Castille ; Aymon, comte de Savoie, qui menait six mille hommes, dont la France lui payait la solde. L'autorité de Philippe n'allait pas jusqu'à pouvoir faire plier sous sa volonté des princes se disant ses égaux , jaloux les uns des autres, et animés delà présomption chevaleresque. Parmi les hauts barons on distinguait : Charles le Magnanime , comte d'Âlençon , frère du roi et fils de Charles de Valois, qui lui avait légué toute la violence de son caractère; Louis de Châtillon, comte de Blois, frère du duc de Bretagne; le comte de Sancerre, père du maréchal de ce nom; le comte d'Auxerre, Pierre
(i) Dubrarius, évéque d'OlmiUz , Bisioria Bohemia^ Uv. XXXI. -« Recueil de Freher, p. 177.
de Bourbon, Jean de Croï, Jean de Conflans^ Charles de Roussy, Guillaume de Malet , Arthus de Pomereuil, Hardouin de Maillé, Gilles de Soy court, etc. Ainsi, du côté des Français, si l'on comptait assez de bras pour combattre , il y avait trop de têtes pour diriger. Nul ne paraissait plus capable d'imprimer à ces masses une impulsion salutaire , que Jacques de Bourbon; mais tant d'autres avant lui prétendaient à l'honneur de commander!,
L'armée étant arrivée très-tard dans ses bivouacs, ne put en partir le lendemain qu'au milieu de la journée. Nous avons dit que les Génois , au nombre de quinze milie^ campaient à une lieue en arrière d'Abbeville, ce fut précisément ceux-là que l'on mit à l'avantgarde; il fallut nécessairement qu'ils traversassent les quartiers des autres corps échelonnés à la Chapelle, à Milfort et à la Bouvaque. Tous les récits s'accordent sur ce point, que l'armée se partagea en trois grandes divisions ou twis batailles y et qu'elles marchèrent loqgtemps déployées en ligne, en suivant la direction d'Hesdin.Le premier corps obéissait aux ordres du comte de Savoie, de Doria et de Grim^ldi; le second avait à sa tête le comte d'Alençon ; le roi commandait en personne le troisième , ayant auprès de lui Jean de Luxembourg, les autres princes étrangers, Pierre, duc de Bourbon y et Jacques de la Marche , son frère.
A deux lieues d'Abbeville, l'armée dut changer son ordre de marche ; car le terrain plonge en avant de Canchy , bourg qui existe encore : la plaine est coupée par une vallée fortement encaissée, dont le pas-
JÙ JACQUES DE LA. MABCBB«
ftâge néccMita des précautions. Enfin, parvenu 4^ MarcheTÎtle, isiutre village^ le roi se vit arrêté par un rideau de <K>llines qui lui bornait la vue ; il fit hàitm dans ce lieu , que plusieurs titres de propriété appd^ lent ia pièce du Repos : il désirait attendre le retour des quatre chevaliers envoyés dès le matin à la dé» couverte ) et qui tombèrent entre les mains de l'em ntmi. Ne les voyant pas revenir, et voulant s'assurel! si les Anglais n'avaient point quitté Grécy depuis le matin ^ il dépêcha quatre autres chevaliers pour s*en informer; ce furent les sires d'Aubîgny, de Beaujeu^ des Noyers^ Lemoine Desbacle : ce dernier apparu tenait à l'hôtel du roi de Bohême. L'intention de Phi^ lippe était, si l'on ne pouvait pas atteindre les Anglais ce jour4à, de donner quelque repos à ses gens^ qui souffraient d'une ettrême chaleur. Soit malentendu^ Ou dé&ut de prévoyance, Philippe, en s'arrétant à Maroheville, avait négligé de prévenir les deux pre* miers corps ^ qui> cheminant toujours, franchirettt les collines ) et au lieu de suivre le chemin accou* tumé de Grécy ^ qui tournait brusquement à gauche, ils débouchèrent par leur front dans le vallon de Froyelle : la route qu'ils tinrent porte encore le nom de chemin de V Armée ^ et mène droit aux terrasses. Cependant les quatre chevaliers chargea de recôi»> naître l'ennemi, étant partis à cheval, ne tardèrent pas de dépasser toutes les colonnes : ils arrivèrent devant Crécy ^ et découvrirent immobile, rangée en ba« taille dans un ordre admirable, cette armée anglaise que l'on croyait occupée à hâter sa retraite : étonnés à cette vue ^ ilsrevinrent sur leurs pas^ et rejoignireal
JACQUES DB LA. MARGMB. ' 'Jl
^^ Mi. Aucun d'eux n'osait dire ce qu'ils tenaient de ^voir; enfin Lemoine Desbacie fit la description de la ]position avantageuse des Anglais , conseilla même eu roi d'attendre au lendemain pour livrer bataille : le vieux roi de Bohême , Jacques de Bourbon , les au« très chefs expérimentés , et Philippe lui-même , adoptèrent cet avis ; car l'infenterie , étant déjà très-fati* gttée de la veille , réclamait quelque repos avant de l'engager dans une lutte sérieuse : d'ailleui*s les seuls préparatifs de l'attaque qu'il fallait diriger contre un etinemi merveilleusement retranché j exigeaient plu* sieurs heures. LemoineDesbacle fut donc dépêché vers Favant-garde; mais il cria inutilement : arrêtez, ban^ mères ^ au nom de Dieu et ck saint Denis! Enfin, le premier corps ^ qui marchait en étendant ses ailes, fit halte; le duc d'Alençon, Commandant le second corps, refiisa d'obéir à cette injonction : craignant que d'autres ne se signalassent avant lui, ce prince impétueux n'écouta aucune représentation , et con«» tinua à s'avancer en ligne. La première division, en le voyant marcher > crut que l'ordre venait d'être changé , et se remit en route : le duc d'Alençon , fu^ rieux, redoubla le pas; bientôt il ne conserva plus la distance qui devait le séparer de l'avant-garde, et les deux corps, animés de la même ardeur, s'enchevêtrè*rent, et arrivèrent ainsi devant Crécy , hors d'haleine, \e% escadrons rompus , et l'infanterie désunie. Pendant cette course désordonnée, un de ces orages si fréquents dans les grandes chaleurs creva • sur la tête des Français, et ne tarda pas à faire place à un soleil radieux; mais il avait duré assez de temps pour inon-
^a :^ACQUES DE LA. MARCHE.
der les arbalétriers génois. Jacques de la Marche^ envoyé par le roi pour mettre un terme à cette hor^— rible confusion , y réussit en partie; trouvant le^ Français à cinquante pas des Anglais, il essaya d'exécuter une attaque en règle, puisqu'on ne pouvailt éviter d'en venir aux mains. Les Génois , comme gens de trait , devaient engager Faction ; mais ces étrangers représentèrent que la corde de leurs arbalètes était mouillée (j), qu'eux-mêmes, exténués de lassitude, se voyaient dans l'impossibilité de combattre. Sur cette réponse , on les engagea à passer en seconde ligne; ils refusèrent, en disant que rien ne les déterminerait à quitter le poste honorable qu'on leur avait assigné : cependant, excités par les officiers , ces Génois se décidèrent enfin à donner; mais ils le firent sans succès , et leur général , Charles de Grimaldi, fut tué le premier en les menant à l'ennemi. Le duc d'Alençon, indigné, croyant voir une trahison dans la mollesse de ces étrangers, s'écria qu'il fallait écraser cette ribaudaille : en disant ces mots le prince lança sur eux son cheval, et les féodaux l'imitèrent. Les Italiens, poussant des cris de rage, brisèrent la corde de leur arbalète, et se jetèrent au milieu de la gendarmerie ; ils coupèrent avec leurs coustilles {espèce de dagues) les jarrets des chevaux : on ne vit bientôt plus dans ces masses que trouble, confusion et terreur. Bien du monde gisait déjà sur la poussière avant que la lutte eût commencé avec
(i) Les Génois, moins disciplinés que les troupes anglaises, nés dans un pays où il pleut rarement , ne renfermaient point leurs arcs dans des étuis , comme les soldats d'Edouard.
JACQUES de' la MABGHE. 7^
l^es Anglais. Ces derniers , apercevant Fennemi , avaient ^erré leurs rangs, tellement qu'ils formaient une muraille impénétrable; ayant exécuté leur première décharge sur les Génois , ils regardèrent sans bouger la mêlée des Français, attendant le commandement de leur chef suprême, qui, placé sur la sommité de Crécy , dominait toute Faction. Quand Edouard vit que la confusion parvenait à son comble dans les rangs ennemis , il envoya l'ordre à ses archers de lancer leurs traits du haut de la troisième terrasse : les Anglais, confiants dans le génie de leur roi, remplirent ses intentions avec ponctualité , et accablèrent les Français de Jeurs flèches pendant que ceux-ci se battaient encore avec les arbalétriers italiens.
Enfin Jacques de la Marche parvint à ouvrir un passage à ces étrangers pour qu'ils s'écoulassent , ce qui dégagea le front de la ligne , et permit de disposer ces divisions pour une attaque régulière; on la dirigea sur trois points vers la colline de gauche : l'ennemi opposa partout une vigoureuse résistance ; protégé par les obstacles naturels d'un côté , et par les palissades de l'autre, il ne fut point entamé; les Français couvrirent de leurs morts la colline et le chemin de Crécy. Le comte de la Marche , blessé à la tête, revint avec le duc d'Alençon dans la plaine où les dernières compagnies du deuxième corps achevaient de déboucher : c'étaient les nobles de la chevauchée du frère du roi ; on voyait flotter au milieu d'elles la bannière féodale du duché d'Alençon, portée par le vaillant Jacques d'Estracelles. Ces escadrons s'arrêtèrent à l'aspect de la position formida-
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ble des Anglais, persuadés qu'on ne pourrait rien entreprendre avant l'arrivée de la réserve que conduisait le roi; mais le duc d'Âlençon,ne se contenant plus, Voulut les faire avancer à l'instant même; il cou* rut sur Jacques d'Estracelles en lui ordonnant de êé porter en avant avec sa bannière, pour qu'on le suf* vît. Ce preux, célèbre par d'anciens exploits, con«vaincu, ainsi que ses compagnons de chevauchée, qu'on attendrait quelque temps avant d'en venir aux mains, avait ôté son bassinet de fer, car la chaleur le suffoquait : il objecta au prince que c'était courir à une perte assurée que de vouloir forcer les terrasses avec de la cavalerie; le duc insista vivement en disant : Remettez votre bassinet^ etmarcheê. -^ f^oas le voulez, répondit d'Estracelles, eh bien! j*o^ bèis à regret, je remets mon bassinet, mais je ne /'<Jterai plus (i). En disant ces mots il se porta en avant; les nobles, voyant la bannière de leur suzerain s'avancer vers l'ennemi , la suivirent et reçurent bravement le jeune Edouard. Ce prince, voulant pro* fiter du désordre qui régnait dans les rangs des Français, était sorti des terrasses pour fondre sur eux afin de les disperser entièrement, sans leur laisser le temps d'être secourus par Philippe de Valois. Jacques de Bourbon, quoique blessé, se mit à la tête des féodaux, et se précipita sur les Anglais ; rien ne put résister à l'impétuosité de ces nobles : entouré de toutes parts , le prince Noir fut jeté à terre , et serait infailliblement tombé entre les mains des Franco Chronique de Tramecourt» liv. VII.
JAdQÛBS DB LA MAMftBé 7$
çais j si un chevalier de sa maison ne Teùt âaUvé pat sa présence d'esprit et son audace martiale. Ce guer» rier se nommait Richard de Beaumont : on lui avait confié la bannière du pays de Galles; il descendit dô cheval au milieu de cette foule ^ étendit sur son jaune maître le vaste drapeau et Fen couvrit tout entitTi puis prenant à deux mains son épée, il repousM vigoureusement ceux qui usèrent approcher (i). Qm^Sny d'Harcourt avertit Arundel du péril que courait le prince ; alors le commandant du deuxième cotps fit un mouvement en avant , et parvint à dé* loger les Français de la première terrasse. Le duc d'Alençon et le comte de la Marche, désespérés de ne pouvoir se maintenir dans cette position , résolu* rent de la tourner, et s enfoncèrent à cet effet dans la vallée des Glayres ) mais des obstacles invincibles obstruaient le passage ^ et les archers, placés sur lés rebords des terrasses, accablaient de traits leurs ténlkéraires ennemis : les divisions qui arrivaient successivement s'engageaient dans la même voie , et s'y écrasaient entre elles» En ce moment les Anglais firent déboucher des troupes fraîches par la route de Grécy ; les corps postés sur la colline de gauche descendirent également dans la plaine, et consommèrent la ruine des Français en les prenant en queue et par les flancs; ils accablèrent les nobles sous le poids de forces supérieures. Le vaillant d'Ëstracelles tomba percé de coups, tenant encore sa bannière, et n'ôta plus son bassinet, comme il l'avait annoncé : là périrent aussi
(t) Chronique de TràmMdllrt» lit. VIL
Louis de Châtillon , comte de Blois , Louis de la Cerda f les comtes d'Auxerre et de Sancerre. Les soldats anglais , exécutant fidèlement l'ordre de leur roi, ne faisaient quartier à personne, et s'acharnaient surtout après les hauts barons^ qu'on reconnaissait aisément à leur cotte d'armes. Plusieurs des généraux , effrayés eux-mêmes de ce carnage, montèrent précipitamment vers le haut des terrasses, firent à Edouard de vives observations sur le malheur de ces barons, et le supplièrent de commander qu'on les épargnât; mais le roi répondit froidement : a Que point ne s'en émerveillassent, car la chose éta^it ainsi ordonnée, et ainsi convenait estre. » (Chron. de Tra-^ mecourt, p. 3 12.)
Jacques de la Marche, surmontant la douleur qu'il ressentait desesblessures, s'ouvrit un passage, et alla gagner la chaussée de Marcheville : il y parvint quand Philippe de Valois débouchait enfin dans le vallon de Crécy, à la tête de la troisième division. Ce prince n'avait pu joindre les deux premières, puisque en envoyant à celles-ci l'ordre de s'arrêter il suspendait lui-même sa Inarche , tandis que le comte de Savoie et le duc d'Âlençon avaient au contraire re« doublé de vitesse.
Le roi arriva donc au pas de course , croyant n'avoir qu'à se présenter pour recueillir le fruit de la victoire; mais il ne vit que des fuyards éperdus, que Jacques de Bourbon essayait de retenir. Philippe aurait pu sauver là moitié de son armée en ralliant sous ses bannieres les débris despremiers corps ; loin d'adopter ce sage parti, il fit les apprêts d'une nouvelle attaque, quoi*
que les milices montrassent une forte répugnance de combattre après la défaite des nobles. Le monarque s'élança vers les Anglais en criant : « Marchons, mes enfants, au nom de Dieu et de saint Denis. » Les communales, obligées de le suivre, s'écrièrent en s'avançant : Allons à la mort. C'est à ce cri sinistre que commença un quatrième engagement : le comte de la Marche y prit part en essayant d'exciter l'ardeur de ces nouveaux combattants; mais la vue du sang qui coulait de ses blessures les effrayait, loin de les rassurer. Philippe , emporté par son ardeur, assaillit l'ennemi, le repoussa jusqu'au pied des terrasses, et monta lui-même sur la première : c'est alors qu'il aperçut distinctement Edouard, qui se tenait immo^ bile sur le plateau. A l'aspect de cet odieux rival, dont la stature élevée et la tête altière se dessinaient sur un ciel d'azur, dégagé de nuages, il voulut franchir tout ce qui le séparait de lui, le joindre et punir sur sa personne les maux qu'il avait causés à la France. On l'aurait cru dans le délire; mais cet accès de fureur ne l'aveuglait cependant pas. Le roi sut tenir en échec toutes les forces anglaises ; sa valeur et sa résolution maîtrisèrent quelques instants la fortune : le prince de Galles et Arundel lui-même reculèrent devant ce torrent qui les poussait. Edouard, dont le coup d'œil rapide mesurait le danger, s'ébranla dans ce moment avec fracas, et lança devant lui la division de réserve. En voyant ce nouvel orage qui allait fondre sur eux, le^communaux, déjà exténués de fatigue, lâchèrent pied et abandonnèrent leur chef. Philippe essaya vainement d'arrêter ces fuyards; pour-
78 JÀOQUSa BB LA MARCmi,
suivi chaudement par les Gallois, il fut culbuté ^ blessé à la gorge. Charles de Luxembourg fut ble&sé également à ses cotés; Godefroi de Chauvigny , Jean de Lévis, Pierre d'Aigreville, Hugues de Couraignoa et le sire de Créqui périrent en défendant Iç roi 49 France,
3ur cça entrefs^itesi J^n de ]LiUxembourg %rvvf% dan» le vallon y accompagné de rextréme arriéra» garde; les nobles dQ ^on ost^ Yoyapt IVipén en pleine déroute, ne vpulaient pas le lais^^ avancera 9t le suppliaieiit de rebrousser chemin. « Moi» soiiyq* rain de la Bohême « montrer le dos à r^nn^mil disait-il; je veux aller.au secours de Philippe^ HUft^^ cours de mon fils, et je ne quitterai la place quQvio* torieuY , ou j'y périrai en roi.x» Mais »e§ moyens ne ré^ pondaient pas à son ardeur : U cécité l'empêchait (il'9p-< précier tout le degré du mal ; il ordonna à LçmoinePet* bâcle de prendre le fr^in de son cheval et de le qqh^ duire vers les Anglais, qui , sortis des terrasses w^ seconde fois, inondaient la plaine, et fermaient tQU<» tes les issues en s'avançant dans la direction de Marcheville : la mêlée continuait sur quelques points. Desbaoley mena son maître, qui frappait de son épé« à droite et à gauche, sur amis et ennemis. Les aoK dats d'Edouard, impitoyables dans leur victoire ^ fou*dirent sur lui, le jetèrent en bas de son cheval^ et tud«> rent Desbacle, Henri de Rosemberg et Jean de LeuOi^ stemberg, qui essayaient de le garantir aux dépens dt leurs jours : le roi de Bohême tomba à sept eenti pas en avant du village de Créoy (i).
(t) On éleva sur ceUe place une grande croix en pierre; les kfU-
94ÇQt[ES DE L4 HARCfT^. tjg
Les soldats d'Edouard, excités parmi succès iDes<!> péré , n'exécutaient que trop bien Içs ordres sanguinaires de leur maître; ils firent un horrible carnage des fuyards y «ans en épargner un seul, et tel noble qui était venu danç le dessein de trahir Philippe, dit la Chronique d'Ahbeyille, trouva comme les autres 1^ trépas , sans que sa perfidie eût pu le préserver de la mort : on çpmpta plus de huit mule hommes égorgés dans les fossés» Edouard, fatigué de cette tuerie y parcourut à cheval la plaine pour y mettra un terme; il eut soin de faire suivre par un corps de siiL mille hommes , que commandait Arundel , une division de féodaux qui 9e retirait en bon ordre dans la direction de Wignacourt. En effet , ces gens, au nombre de quatre mille, commandés par le sire de Graville, grand-maître des arbalétriers, s'arrêtèrent dans ce lieu pour recueillir les débris de tant de bataillons; mais ils ne purent tenir contre les forces supérieures d' Arundel ; la majeure partie se fit tuer, et le reste se sauva à la faveur de la nuit. Le sire de Graville, Geoffroy de Lameth , Antoine de Vienne, succombèrent dans cette dernière action (i), La résistance des soldats de Graville étonna Edouard, et lui suggéra le dessein d'envoyer battre la campagne pour empêcher le rassemblement des fuyards; il
tanta du pays, qui se troippeiit souveni dans le^ détails, disant que le roi de Bohême fut enterré en ce lieu, ce qui est une erreur. Cett^ croix , posée sur le chemin de t Armée, dans la direction des terrasses , fat cassée on ne sait comment; on la planta en terre une seconde fois à côté du piédestal qui la supportait : elle existe eucore ainsi, (i) Chronique de Tramecourt.
savait que denombreuses milices accouraient de plusieurs points. En conséquence, il dépécha deux de ses meilleurs généraux , le sire de Holland et le comité de Warwick, avec des détachements, dans différentes directions; ces troupes rencontrèrent en effet des corps d'un mille, de deux mille, de trois mille hommes à plusieurs lieues du champ de bataille : ces soldats, provenant de levées récentes, effrayés de la défaite du roi , qu'ils apprirent par les fuyards , couvraient sans savoir quelle route tenir. Ils heurtèrent les détachements anglais, que l'obscurité les empé* chait de reconnaître. Cette affreuse nuit vit périr un nombre considérable degeni, parmi lesquels on cita le graad prieur de France et l'archevêque de Rouen, qui amenaient des contingents de troupes à l'armée du roi. Froissart raconte que trois mille hommes vinrent lejour suivant se jeter au milieu des lignes en* nemies devant Crécy, ce qui est invraisemblable, car cette seconde armée avait dû être informée de la catastrophe de la veille; au reste, cette particularité ne se trouve relevée chez aucun historien de l'époque. TiC lendemain 27 août, Edouard explora la plaine et le vallon accompagné de son fils, et dit à ce jeune prince, en lui montrant ces monceaux de cadavres, ces corps mutilés , ces longues traces de sang : « Que vous semble-t-il, mon fils, d'une bataille? croyezvous que ce soit un jeu bien agréable (i)? » Il ordonna à ses clercs de compter les morts, et surtout de spécifier le rang des nobles et des barons; les
(i) Chronique de Tramecourt, p. 3i4.
JACQUES DE LA. MARCHE. 8l
clercs restèrexit une journée entière dans la vallée et sur la colline de gauche, lieux où l'on s'était battu le plus chaudement. Ces clercs annoncèrent qu'ils avaient trouvé gisants sur la poussière un roi, onze princes , quatre-vingts hauts barons et douze cents chevaliers. Edouard commanda de relever les blessés, et de les bien traiter; il fit courir par les campagnes des écuyers de son hôtel, pour prévenir les paysans qu'on accordait une trêve de trois jours afin d'enterrer les morts; il fit rassembler les gens des villages voisins , et les contraignit de s'acquitter de ce soin : on creusa, à cet effet, d'immenses fosses dans les* quelles on jeta les soldats; quant aux nobles revêtus delà cotte d'armes , on les enterra à Canchy, à Montreuil, et surtout à Crécy, dans l'église de Saint- Sevrin; l'infortuné Louis, comte de Flandre, fut de ce nombre.
On porta à Amiens le corps du duc d'Alençon.
Edouard fit faire aux barons enterrés à Crécy un magnifique service, auquel il assista en habits de deuil avec son fils et les principajix généraux. Avant que Ton mît en terre tous ces corps, le roi permit à ses soldats de prendre les colliers , les épées , les casques, les oliphants qui leur conviendraient; ce triage étant achevé, diverses pièces d'armures restèrent encore sur le champ de bataille; les Anglais, ne pouvant les emporter, rassemblèrent ces débris; on les couvrit de matières combustibles, au moyen desquelles toiit cet amas fut brûlé.
Edouard se conduisit avec humanité à l'égard du roi de Bohême. Nous avons dit que ce prince exigea
8a Ji.CQU£$ DE LA. MkRCBJR.
qu on le menât au fort de la mêlée (i) : il fut criblé de coups, abattu, et resta pris sous sou cheval; on alla en avertir Edouard , qui ordonna de l'épargner, et de le transporter dans sa tente, ce qui fut exécuté sur-le-champ. Jean de Luxembourg vivait encore; on lui prodigua les soins les plus empressés, mais le vieillard expira dans la nuit (a). Le roi d'Angleterre ne se réserva des somptueuses dépouilles du monarque allemand, que deux plumes d'autruche qui surmontaient son casque; ces plumes étaient nouées par une tresse d'or sur laquelle on avait gravé ces motstudesques : isch diene^jesers. Edouard détacha l'une ^t l'autre, et les donna à son fils, en récompense de sa belle conduite durant Faction : depuis cette époque les princes de Galles ont toujours conservé dans leurs armes les trois plumes d'autruche. Edouard III commanda que Jean de Luxembourg fût ^rdédans l'abbaye de Yaloires, situé sur la Hauthie (3); le corps y resta exposé pendant quinze jours
(i) Si foQ en croit Froîssart,i1 s'était mis au milieu de deux ooblés qui avaient attaché les rênes de son cheval au frein de leurs destriers; tous les trois s'élancèrent dans la mêlée, où ils périrent , fC on les trouva liés encore ensemble. Pour admettre un [>areii fait» il faudrait aussi admettre que les hommes de cette époque étaient dénués de bon sens : les historiens de Bohême, et surtout la Chromque de Tramecourt, aussi digne de croyance que Froissart, ne disent pas un seul mot de ce ridicule arrangement,
(i) Chronique de Tramecourt, p. 3i4.
(3) On voyait dans le siècle dernier l'inscription suivante dans la chapelle de Yaloires :
L'an mille qnarante-six trois c«atf Comme la chroniqae le téméigns Pot apporté et mis en cens Jean 4e LawmlNMirc , roi de Bvblne.
XACQUES DE L4 KAKCHK. 83
arant d*être enterré. On est incertain sur le lieu où ce monarque fut inhumé : les historiens allemands assurent qu'il fut transféré dans le pays de Luxem« bourg; mais en 174B9 en réparant leglise des Dominicaines de Mentales, on découvrit sur un tombeau Tinscription suivante, à moitié détruite parle temps :
.... qui trépassa à la tête de ses gens ensemblement, .... les recommandant à Dieu le père, le jour de.%... k ;^orieute Yîerge-Marie. Priez Dieu pour l'âme de ce bon roy. — i346.
Voici comment les auteurs de VArt de vérifier les dates expliquent le fait : Jean de Luxembourg avait ^ dans le couvent des Dominicaines , deux tantes, dont une, octogénaire, gouvernait en qualité de supérieure la communauté; il pourrait se faire, disent-ils , qu'elle eût réclamé les restes de son neveu.
Pendant que les Anglais relevaient de terre le roi de Bohême, des serviteurs fidèles arrachaient Philippe de Valois de ce lieu fatal; le monarque, désespéré de sa défaite, ne voulait pas y survivre. Il rallia quelques centaines de cavaliers; déterminé à périr, il allait encore s'enfoncer dans ce champ de carnage, lorsque Jacques de Bourbon et le sire d'Aubigni saisirent les rênes de son cheval au moment où ce prince s'élançait, et l'entraînèrent malgré lui : l'obscurité de la nuit favorisa sa retraite. Le roi n'avait autour de sa personne que le comte de la Marche, Charles de Montmorency, d'Aubigni, Jean de Beaujeu, le sire de Montfort et soixante nobles; tous se serrèrent autour du monarque, décidés à défendre ce précieux dépôt jusqu'à leur dernier soupir.
Philippe, poursuivi par les clameurs bruyantes des vainqueurs, par les cris plaintifs de ses soldats , que l'ennemi massacrait impitoyablement, se jeta sur la droite, sauta la Hauthie, et, après avoir erré longtemps, il arriva vers minuit au château de la Broyé, dont le seigneur, Robert de Grandcamp (i), passait pour un baron très-dévoué : la Broyé, premier village de l'Artois, était éloigné de Crécy de deux fortes lieues. Philippe heurta lui-même à la grande porte; le vieux châtelain, inquiet sur le sort de la journée, se tenait aux créneaux. :< Hommes d'armes, qui êtes-vous? demanda-t-il ; si vous ne servez monseigneur de Valois, vous n'entrerez oncques dans mon chastel. — Ouvrez, ouvrez, châtelain, répondit Philippe tout ému, c'est l'infortuné roi de France (2). » Le châtelain, reconnaissant la voix de son maître, descendit précipitamment et baissa le pont-levis. Le sire de Grandcamp, voyant le roi couvert de sang, ne put contenir son désespoir; le prince fut obligé d'oublier ses propres douleurs pour consoler ce serviteur fidèle. Philippe, ayant pris quelques heures de repos, se remit en marche, et parvint sans difficulté aux portes d'Amiens.
(i) Histoire d*Artois.
(2) En imprimant Froissart on a altéré le texte; toutes les éditions disent : * Ouvrez, c'est la fortune de ta France; » mais le manuscrit de Breslau , regardé comme la meilleure copie de l'original, celui de Berne et celui de la bibliothèque de l'Arsenal , t. I, n. i45, disent : « C'est l'infortuné roi de France , » sens plus naturel que l'autre version. Au reste, les auteurs de YJrt de vérifier les dates émettent une opinion semblable à la nôtre; et M. Buchon, dans sa belle et savante édition de Froissart, a conservé cette version. Le château de la Broyé n'existe plus.
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Mézeray, s'appuyantsur rautoritéde Villaiii» assure que les Anglais furent redevables de la victoire à quatre pièces de canon, et s'étend beaucoup sur les effets merveilleux de ces machines de guerre qui retnpiiix'jit de terreur rame des chevaliers français; nous croyons le fait inexact : certainement Froissart , avide de recueillir tout ce qui parait extraordinaire, n'aurait pas manqué de rappeler cette circonstance ; les historiens flamands et allemands gardent le même silence; il est vrai que les pièces de canon étaient en usage depuis quelque temps, mais on ne s'en servait que pour la défense des remparts. I^es affûts roulants n'existaient point encore; et d'ailleurs comment croire que quatre pièces de canon d'un petit calibre, mal servies et distribuées sur une ligne qui présentait un développement d'une lieue, pussent, par une détonation assez faible, épouvanter des hommes accoutumés k braver la mort ?
Edouard voulut, en mémoire de son triomphe, fonder un ordre militaire de chevalerie ; il prit pour insigne une jarretière, dont il avait donné le mot gallois, garter, comme phrase de ralliement (i), afin
(i) Rapin Thoinis , Hume , et tous les historiens d* Angleterre, pa* riisseat fort incertains sur la véritable origine de Tordre de la jarretière; cependant ils penchent tous pour la vei*sion que nous adop« tOQS» et repoussent Topinion que ce fut la jariTticre de la comtesse de Salisbury qui donna lieu à la ci*éation de cet ordi^; un fait trèssingulier, rapporté par les historiens italiens, nous a raffermi dans notre sentiment; ces auteurs assui^nt que le connétable de Bourbon, brouillé avec François !•% reprochait à ce prince d'avoir accepté le collier de la jarretière, « ordre institué, disait-il, à Toccasiou de la défaite des Français, et qu'un roi de France ne devait point porter. « En effet, le successeur de Louis XII fut le premier roi de France i|ui l'accepta ; plusieurs de ses prédécesseurs l'avaient refusé.
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que ses soldats se reconnussent entre eux si Faction se poursuivait dans la nuit : précaution qui lui devint très-utile. Cette fondation eut lieu au commencement de 1349, à Windsor, dans Téglise de Saint-Georges^ que les rois Plantagenets avaient commencé à bâtir; elle fut terminée à cette époque par Edouard IIL G0 prince réunit ce jour-là autour de lui les barons et les généraux qui avaient contribué le plus au gaiji de la bataille de Crécy ; il leur distribua des faveura,. et comprit quinze d'entre eux dans le nombre dt» vingt-six chevaliers de la jarretière institués les preimiers : ce furent le comte de Warwick^ Chandcft, Holland, Jean de Beaucbamp, comte d'Arunddl| Cliffort, lord Villoughby, Mortimer, Miles Staplelon, Jean Gray, etc. Nul n'était plus digne de cette rè« compense que Geoffroy d'Harcourtf mais ce bamu^ dont la bravoure fut si funeste en cette occasion aux Valois , abandonna le vainqueur lorsque le triomphe n'était plus douteux; il entendit au milieu du fracas des armes , le cri de sa maison : Harcourt ! Uarcourtl Il distingua même au fort de La mêlée son frère leai^ dont le casque avait pour cimier la queue d'^un paoB mêlée d'or. Geoffroy, présageant de bonne heure la ruine des Français, d'après leurs mauvaises dispositions, avait cherché inutilement à percrer jusqu'au, lien où combattait son frère, afin de le sauver. Parcourant le lendemain d'un œil inquiet le champ de bataiire, il découvrit le corps inanimé de Jean , étendu, près de celui du comte d'Aumale, son neveu; à cette vue, Geoffroy tomba dans le désespoir ; maudissant sa faute, il quitta les Anglais et vint à Amiens, la corde au coU) se jeter aux pieds du roi : (t Se présenta au roi de
France, monseigneur Geoffroy d'Harcourt, chevalier normand, la tenaille au col, mise de ses propres mains, disant telles paroles : « Vax été traître envers « le roi et le royaume, et en requiers miséricorde « et paix. » Laquelle miséricorde et paix le roi lui octroya de sa bénigne grâce. » (Grande Chronique de Saint Denis.)
Pour ne rien omettre de tout ce que l'on a dit au sojeC de la bataille de Crécy, nous parlerons d'une drconstance assez particulière qui occupa longtemps Tesprit des habitants de la Picardie , du Ponthieu et de TArtois : une ancienne chronique latine, conseryfie parmi les manuscrits de l'abbaye Saint -Riquîer, près d'Abbeville, et qui fut composée en laoo (ï46 «ns avant la bataille de Crécy), dans un style figuré, disait que Fan de grâce i346 il apparaîtrait, au-dessas deButecamps, cinq soleils; elle ajoutait qu'une éclipse serait immanquablement le résultat delà réunion de ces cinq astres. Les gens du pays interprétèrent ainsi cette prédiction : les cinq soleils étaient les cinq rois réunis dans les champs de Crécy, Edouard III, Hiilipp^ de Valois, Jean de Luxembourg, roi de Bohême, Charles de Luxembourg, roi des Romains, et dom Jaime d'Aragon, roi de M^ijorque; Téclipse était le désastre éprouvé par les Français. La Chronique de Tramecourt parle de la même prédiction, et dit que les habitants du nord de la France avaient coutume d'appeler Crécy Bulecamps; nous en ignorons le motif.