LIVRE IJ
Le sire de Couci entre au seryice de France, refuse Tépée de couiié" table et la fait donner à Olivier de Gliason. •* Campagne de i38o contre rAugleterrc. — Enguerand va en Italie au secours de ! d'Anjou.
Après avoir conclu sa paix avec Léopold, Enguerand licencia une partie des troupes qui lui restaient, et revint en France accotnpagné de quinze cents chevaliers ou écuyers; mais comme la guerre con* tinuait toujours entre Charles Y et Edouard III, il persista à garder une neutralité absolue, s'abstenant . même de venir à Paris, et se retira dans ses domaines , où tous ses instants se passaient à répandre des bienfaits sur ses vassaux. Son expédition en Suisse, sans avoir eu tout le succès dont il se flattait d^abord, lui avait cependant acquis en Etiropc une grande réputation de courage et d'habileté. Charles V partageait & cet égard l'opinion générale; aussi tenait-il beaucoup à se le ménager. Le monarque renouvela ses instances par le canal du sire dllavraincourt. Si Enguerand n'eût consulté que ses affections particulières, sa déter^ mination eût été bientôt prise ; mais esclave de la foi jurée, il pensait que rien ne devait la lui faii*e violei*. Au moment même où il alléguait poiu* excuse les liens qui l'unissaient à Edouard, on apprit la mort de ce. prince; le sire de Couci, libre de manifester ses sentiments, déclara sans hésiter qu'il redevenait Français; il renvoya au nouveau roi Ricliard II, son beau-
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fipère, Tordre de la Jarretière qu'on lui avait donné en épousant Isabelle. Sa femme ayant témoigné le désir de revoir sa patrie, il lui permit d'aller habiter l'Angleterre avec Philippote, sa plus jeune fille, qui épousa quatre ans après le duc d'Irlande; il garda auprès de lui Marie, l'aînée, désirant l'unir à l'héritier d'une grande maison de France.
Charles Y savait fort bien que le comte de Soissons avait sur les autres guerriers de cette époque l'avantage d'unir beaucoup de dextérité dans les affaires k une éloquence rare ; il avait fréquenté, en Italie, Pétrarque et Boccace. Froissart assure que ce baron était fort bien en langue; c'est ce qui le fit choisir par Charles Y pour partager avec le duc de Bourbon les soins de l'éducation du dauphin : il eut aussi la garde de la personne du royal enfant, comme on le voit dans la relation de la fête donnée à l'empereur Charles lY. Le monarque germanique vint à Paris, en janvier 1378, accompagné de son fils Wenceslas , élu roi des Romains. Charles Y , parcimonieux dans son intérieur, mais grand lorsqu'il fallait soutenir l'honneur de la couronne, leur donna des fêtes magnifiques. Le jour de la sainte Epiphanie fut célébré avec pompe ; un festin splendide eut lieu au palais, où siégeait le parlement; on le servit sur la fameuse table de marbre à laquelle on appelait les feudataires lorsqu'ils devaient comparaître devant la cour des pairs. Le sire de Couci se plaça derrière le dauphin , « En piez, dit Christine de Pisan ( chap. lxi ), pour lui tenir compagnie et le garder de la presse. » Pendant l'intervalle des services on représenta des entremets :
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on avait choisi pour sujet la prise de Jérusalem , idée délicate ; car Tempereur descendait en ligne directe de Godefroi de Bouillon. La principale tour de la ville sainte était figurée en bois très-bien peint, ornée des décorations analogues ; on donna le spectacle de l'assaut, qui fut livré par cent chrétiens et soutenu par autant de Turcs. (Christine de Pisan.)
L^empereur instruisit de vive voix son royal hôte des menées que l'Angleterre entretenait pour détacher les Flamands de Talliance de la France. Charles Y, se confiant au zèle et aux talents de Couci , l'envoya en 1378 à Bruges^ vers les états de Flandre, afin de les exhorter à resserrer les liens qui les unissaient à la maison des Valois, et de déjouer ainsi les projet* formés parle conseil du jeune Richard. Couci remplit sa mission delà manière la plus satisfaisante; il quitta Bruges, et se rendit en compagnie du chancelier Dormans à Calais, à l'eflfet d'ouvrir des n^ociations pour une paix définitive; mais les conférences s'étant rompues sans amener aucun résultat favorable, Enguerand de négociateur redevint guerrier. Charles V lui donna le commandement de l'armée destinée & s'emparer des places que le roi de Navarre possédait au cœur de la Normandie.
Charles le Mauvais, toujours méprisé, toujours Kns» trument docile de la politique anglaise, fomentait de nouveaux troubles dans le royaume. La mort de «■ femme ayant rompu les liens qui l'attachaient à h France, il annonça l'intention d'en former de plal jintimes avec l'Angleterre en mariant ses deux filles aux frères de Richard IT, et en leur donnant pour
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dot les terres et les villes de son comté d'Évreux. Né* eessaîrement Charles Y devait s'opposer à une pareille alliance 9 qui plaçait les Anglais aux portes de Paris. Le roi jugea le sire de Couci capable de contenir les Anglais en Normandie, comme Duguesclin les contenait en Guienne.
Enguerand , muni de pleins pouvoirs , accompagné de SIX mille hommes, cerna Bayeux; mais avant de lancer un seul trait dans la ville, il demanda une en*trevue aux magistrats. Ceux-ci acquiescèrent à ses désirs ; les portes lui furent ouvertes, il entra dans Fintérieur de la cilé , suivi du sire de Larivière. Le sire de GoQci peignit sous les plus vives couleurs les périls auxffoeU Bayeux allait s'exposer en bravant la puissance de Charles V ; il réchauffa le zèle des anciens partisans delà France , et ranima la vieille haine que l'on portait à FAngleterre. Ces exhortations touchèrent l'assemblée des notables : Bayeux se rendit, et reçut garnison. A[M*ès cette conquête, qui n'avait coûté ni larmes ni sang, le comte de Soissons alla se présenter devant Carentan, ville très-bien fortifiée, et la somma de lui livrer passage. Le commandant d'armes répondit qu'il se défendrait jusqu'à la dernière extrémité. On forma nn siège en règle. Les coups redoublés d'engins et de bombardes abattirent les portes et les ponts-levis; la ville, attaquée sur tous les points , fut prise après un combat meurtrier de cinq heures. Toujours magnanime , Enguerand arracha les habitants à la fureur de ses soldats. Conches et d'autres petites places , n'osant pas imiter la résistance de Carentan, se rendirent à rapproche des vainqueurs. Au bout d'un mois, la
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portion de la Normandie relevant de Charles le llauvais fut soumise, à l'exception d'Évreux, que le Navarraîs n'avait rien épargné pour rendre un boolevard inexpugnable ; il y avait mis , en qualité de commandant, un de ses plus zélés serviteurs, Femand d'Iviça, capitaine espagnol, réputé par sa bravoure^ Couci concentra ses forces sous les murs d'Évreax, et prit les dispositions nécessaires pour s'en rendre maître.
D'énormes machines de guerre furent dressées con^
tre les murailles; il fallut quatre jours pour combler
les fossés. Couci protégeait les travailleurs au moyen
de deux lignes de troupes ; le sixième jour il dirigea
lui-même les engins. Les remparts, battus à coups
redoublés, offrirent bientôt de larges brèches; les
Français s'y élancèrent, et pénétrèrent dansFintérieur.
Fernand livra un combat sanglant au milieu des rues :
voyant enfin l'ennemi maître sur tous les points, il
battit en retraite, et en bon ordre, vers le château et
s'y renferma : Enguerand l'investit sans plus tarder,
jurant de passer au fil de l'épée les assiégés , si dans
le délai de deux heures le fort ne se rendait pas. Fd^ j
nand ne crut pas devoir s'exposer à l'exécution de
cette menace, il capitula. Couci prit possession de
cette brillante conquête, et fit arborer l'étendard de
France sur la grosse tour du château. Charles V, qui
s'était rendu à Rouen , appela auprès de lui le sire de
Couci ^ et se servit des termes les plus flatteurs pour
le remercier des services qu'il venait de rendre à !*£•
tat dans cette mémorable campagne : Enguerand,
par ses talents et sa vaillance, s'y était placé au rang j
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des plus habiles généraux (i). Le conseil de Richard, apprenant que Charles le Mauvais ne possédait plus rien en Normandie, rompit les mariages projetés.
Au moment où Charles Y , grâce à la coopération d'Euguerand , se réjouissait d'avoir dompté le perfide lïavarrais, la mort le privait de Duguesclin. La France perdait un grand homme, le monarque un serviteur fidèle , Couci un ami tendre. Cette mort laissait vacante la charge de connétable : il était difficile de trouver un successeur digne de Bertrand. Charles V n'hésita cependant point. Entraîné par son estime particulière pour le caractère et les talents d'Enguerand, et par le souvenir des services éminents que ce guerrier avait rendus à la monarchie, il lui donna Tépée de connétable. Le héros eut la noble modestie de la refuser, et la grandeur d'âme de la demander pour un autre que la politique du moment semblait indiquer. En effet, il fallait mettre à exécution la confiscation de la Bretagne que le roi venait de prononcer; pour y réussir, il importait de gagner l'affection des Bretons en élevant à la plus haute dignité de FÉtat un de leurs compatriotes. Couci fit valoir ces motifs en faveur d'Olivier de Clisson.
Afin de récompenser ce noble désintéressement , Charles V le nomma gouverneur général delà Picardie; poste d'honneur, caries Anglais menaçaient sans cesse cette province, et pouvaient facilement l'attaquer par Calais , dont ils étaient en possession. Il devenait nécessaire de la placer sous la garde d'un homme vigilant, surtout au moment où l'ennemi annonçait
(i) Froiftsart, liv. II, ch. 68.
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I>ar ses artuomeiits riutentioii de tiasarder une nouvelle excursion dans le royaume.
J.a forlunc de TAnglelerre était venue échouer contre le flegme imperturbable de Charles V; les dernières années du règne d'Edouard III n'avaient été marquées que par des revers. Le conseil du jeune litchard, composé d'hommes de résolution, jalous de la gloire de leur pays , conçut le projet de relever l'esprit public au moyen de quelques succès éclatants. Vax conséquence, il poussa ses préparatifs avec une ardeur soutenue; des ordres réitérés rappelèrent les troupes qui occupaient l'Ecosse et le pays de Galles; onréunitàCantorbéry (juin j38o) trois mille archers, huit raille soudoyés et quatre mille nobles ou volontaires. Le comte de Buckirigham, troisième fils d'Edouard TU , en prit le commandement. Ce général em- ])loya près d'un mois à transporter le gros de l'armée en deçà du détroit. D'après ses instructions, il traversa In Picardie , descendit par le Ponthieu et leBeauvoisis, afin d( *ncnacer Paris, d'incendier ses faubourgs , de jeter l'effroi dans celte vaste cité, de réchauffer partout le zèle des partisans de l'Angleterre, d'attirer les Français à une action générale , et de profiter de leur ardeur inconsidérée, comme l'avaient fait Edouard k ('réci et le prince JHoir à Poitiers. L'occasion paraissait d'autant plus favorable que Charles V touchait . aux portes du tombeau; ses forces physiques s'anéan- . tissaient à vue d'œil , néanmoins le caractère de ce ^ prince ne perdait rien de son énergie; son corps moU' rait, mais ses esprits veillaient encore à la sûreté de l'Iiltat. Il disposa avec beaucoup de tranquillité ses
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moyens de défense contre cette nouvelle invasion. Son premier soin fut de remettre en vigueur Tordounance promulguée à Sens le 1 9 juillet 1 367 , lors des rtTâges des compagnies blanches. Selon les principales dispositions de cette ordonnance , les baillis de diaque province , accompagnés de deux chevaliers experts dans tes convenants, devaient parcourir le pajrs , faire fortifier les villes et les bourgs suscepti- Mes de quelque défense : ces commissaires extraordinaires devaient encore rassembler les habitants des eampagneset les renfermer, ainsi que leurs provisions, dans les villes de guerre. Une autre disposition prescrivait aux autorités locales de défendre les jeux de hasard et de proposer des prix d'arc ou d'arbalète , afin d'engager les jeunes gens à s'exercer au maniement des armes. Le roi mit sous les ordres du duc de Bour^ gogne l'armée active, espérant que le titre de prince du sang donnerait à son frère le pouvoir de se faire obéir par les troupes féodales , si difficiles à manier, vu leur indocilité.
Le duc de Bourgogne commandait quinze mille hommes^ avec lesquels il eut ordre de couvrir Pa* ris, en pivotant autour de cette ville, sans jamais engager d'action , et de suivre Tennemi dans le cas où ses phalanges perceraient au travers des proiùnces centrales : on le laissa maître de prendre les mesures qu'il jugerait nécessaires; et si , par suite des opérations de la campagne, la réunion des deux corps d'armée s'efTectuait, Enguerand devenait lieutenant du duc de Bourgogne, et celui-ci ne pourrait tenter rien d^mportant sans prendre ses avis.
aia ENGUERAND DE GOCCl.
Enguerand avait justifié d'avance la confiance que le souverain mettait dans sa sagesse. En apprenant le passage des premières divisions anglaises par Calais, le sire de Couci mit les places fortes de la Picardie sur un pied respectable. Posté à Saint-Quentin, il présidait aux moindres dispositions. Le sire de Saimpi et le sire de Bonvillain reçurent la mission de défendre, l'un Boulogne, et l'autre Péronne. Cinquante chevaliers à bannière se mirent à parcourir l'Artois ainsi que la Picardie, chargés de dresser l'état des barons, (les nobles, des châtelaines, des veuves ou tutrices, et de fixer le contingent que chaque manoir devait fournir. Au bout de quinze jours, ces différents ordres furent exécutés, les châteaux réparés et les principaux défilés soigneusement gardés. Couci se trouva lui-même à la tète de six mille hommes, ayant pour lieutenants le duc de Bar, lecomte d'Eu, l'amiral Jean de Vienne, les sires de Vergi et de Rougemont. Il prit position entre Péronne et Arras, prêt à se porter sur les points qui seraient attaqués par les Anglais.
Nous avons dit que le comte de Buckingham employa près d'un mois à faire passer son armée de Douvres à Calais; la flotte du roi de Castille, fidèle allié de la France , y gardait le détroit , mais un coup de i vent la contraignit de gagner la pleine mer. Buckin- ^ gham profita de cette circonstance pour franchir luimême le canal, accompagné des dernières divisions et de l'élite de la noblesse anglaise, parmi laquelle on distinguait le comte d'Estanfort, les lords Spencer, Fitz-Valtier, les sires de la Bassée, d'Orsi, Guillaume Windsor, Hue de Cawerl liai, fils du fameux partisan
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de ce nom , Charles de Clinton, Jean Harbeston, Nicolas d'Arabreticourt , David Hollograve, etc.
Le comte de Buckingham joignit aux quinze mille hommes venus d'Angleterre six mille soldats de la garnison de Calais, et il sortit de cette ville le -lo juilkt i38o, à la tête de vingt-un mille combattants; il se dirigea vers un lieu que Froissart appelle Marquis gnes. Il s'arrêta dans ce bourg , fort embarrassé sur la route que son armée devait tenir; aucun des siens De connaissait le pays, et les habitants ayant. abandonné leurs. demeures, il devenait impossible de se procurer un seul guide. Le général anglais se mit en marche sur plusieurs colonnes, et s'arrêta au bout de quelques heures devant une maison de plaisance, le Folant, occupée par soixante archers , excellents, tireurs, que ccftnmandait un écuyer nommé Robert. IjC comte la fit attaquer par deux cents arbalétriers, qui échouèrent dans cette première tentative, et perdirent même quelques hommes; on envoya successivement d'autres pelotons, qui ne furent pas plus heureux. Buckingham se vit obligé d'employer son armée entière à cerner cette maison , qui bravait sa puissance. Son cousin , le comte de Devhonsire, s'approcha plus que tous les autres des larges fossés qui défendaient le château, et y planta son pennon: « Quoi! dit-il à ses gens, vous souffrirez qu'un colombier arrête toute l'armée anglaise! » Il monte à l'es- .calade, aidé par ses écuyers; on le suit, et enfin, après une défense héroïque , la place céda à tant d'efforts réunis : on trouva Robert et quelques archers qui lui restaient encore, criblés de blessures; le comte de Devhonsire les prit sous sa protection.
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Le comte de Buckingham campa auprès de Saintp Omer, dont la garnison venait d'être renfcMrcée par le sire de Couci; il considéra longtemps, du haut d'une montagne, cette ville, alors Tune des plus belles de l'Europe. Ses instructions portant d'éviter d'entreprendre des sièges, il passa outre pour s'enfoncer dans h France, espérant livrer une bataille semblable à o^e de Poitiers. L'armée anglaise s'avança jusqu'à Béthune. Enguerand, suivant toujours l'ennemi, le dépassa, fit entrer deux cents lances dans la ville, et réunit k totalité de ses forces devant Arras, afin de protéger cette place défendue par une simple muraille. Les An* glais, se détournant brusquement, se jetèrent sur Doulens, regagnèrent ensuite la route de Paris, et arrivèrent à la Somme, qu'ils remontèrent. Buckingham s'engageait au travers d'un prfs qu'il ne connaissait pas, laissant derrière lui un ennemi opiniâtre, qui s'attachait à ses pas. Couci , abandonnant le rôle d'observateur, prit tout-à-coup l'offensive; suivi d'dii corps de cavalerie légère, il harcela Buckingham, et défit son extrême arrière-garde à la vue de Saint-Quentin, et dès ce moment il ne cessa de livrer des combats journaliers qui affaiblissaient l'ennemi en le tenant perpétuellement en haleine. I/C sire de Couci, conduisant une reconnaissance de nuit, fondit sur le comte de Buckingham établi dans la riche abbaye d'Origni, près Laon, lui fit éprouver une perte sensible, et se retira en emmenant un butin considérable. Les Anglais, trouvant les villages abandonnés, manquaient de vivres au sein de la province la plus productive; ils quittèrent cette contrée, et employèrent plusieurs jours à passer la Marne. Les attaques de Couci deve-
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liaient de plus en plus vives; à chaque instant il leur làisait éprouver quelque perte, voltigeant sur leurs flancs, disputant le passage d'un pont, arrêtant la tète de la colonne expéditionnaire au moment où Bue* kingham le croyait à cinq lieues en arrière. Celui-ci, désespéré de ce genre de guerre, lui envoya un de ses clercs afin de lui rappeler les liens qui l'unissaient aficore à la famille d'Edouard III. Enguerand répon* dit que la France avait reçu ses serments, et qu'il ne les trahirait point
Buckingham , voyant l'impossibilité de revenir sur ses pas, abandonnait enfin l'espérance de remporter des avantages notables ; il prit ses mesures pour metti^ à exécution la dernière partie de son plan de campa* gne : c'était de gagner la Bretagne; en conséquence, il se dirigea brusquement vers Troyes : suivant lui son armée devait rencontrer moins d'obstacles si elle s'éloignait de Paris. Le sire de Gouci détacha à sa poursuite deux mille hommes de troupes féodales eommandées par le sire d'Hangest. Ce baron engsigea ime forte escarmouche avec l'ennemi. Dans cette ren» eontre un écuyer français nomraéGuyon , attaqué par quatre Anglais, s'adossa à un arbre et combattit long* temps ses adversaires, qui lui criaient en gallois : Bendet-vous, nofis vous faisons quartier ! Guy on , n'entendant pas cette langue , courait un danger imminent, car après la troisième sommation il n'avait plus de grftce à espérer. Dans ce moment critique arriva lesiredeVersois, Poitevin au service de l'Angleterre; admirant la valeur de Guyon , et voyant le péril , il s'approche, et lui dit enlVan<;ais :« Preux, rends-toi ,
sti6 >:ngijfhani) dk coucr.
il y va de ta vie. — Es-tu de bon lignage? demande Giiyon. — Oui, de par l'honneur. — En ce cas, voilà mon gantelet et mon épéo. » Mais les Anglais ne voulaient pas se laisser ravir leur prisonnier : une vive contestation s'éleva. Le sire de Vcrsois remit aussitôt à Giiyon son gantelet et sonépée, tous deux fondirent sur les quatre Anglais, et les dispersèrent; à l'issue de ce combat, Icbanneret rendit à récuyer la liberté sans rançon (i).
Cependant lUickinghani, rempli de vanité, tenait beaucoup à signaler son passage en France par quelque exploit remarquable. Il résolut d'assiéger Troyes, une des principales villes du royaume, et, après la prise de la capitale de la Champagne , de se replier sur Paris par la rive gauche de la Seine. Ije général anglais franchit donc l'Aube, puis la Seine au-dessus cleTroyes, et s'approcha de cette ville pour l'investir; mais il trouva sous les murs le duc de Bourgogne, commandant une armée impatiente de combattre. JUickingham, privé de renseignements, ignorait le mouvement que les Français venaient d'opérer. Cette rencontre imprévue ne lui fît pasabandonner sondessein. Le sire de Couci , qui n'avait cessé de le suivre, franchit à son tour la Seine un peu au-dessus de Bar, et vint opérer sa jonction avec le duc de Bourgogne; il prit sous ce prince le commandement des deux corps réunis, s'empressa de rapprocher le camp des fortifications de la place, et de fermer les issues, soit par de très-larges fossés, soit par de hautes palissades. Bue-
(0 Fi'oissart I liv. II.
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kiugham s'avança en bataille à six cents pas des retran* chements , dans l'intention de présenter le combat. Le prince français, se conformant aux ordres du roi, : déclina le défi ; mais il dépécha le sire de la Trémouille ^ pour demander la permission d'engager l'action. Les t detix armées demeurèrent ainsi plusieurs jours à s'ob* server : celle de Richard II occupait une position très- I désavantageuse, car de larges ravins séparaient l'aile gauche du centre et de l'aile droite. Dans l'intervalle de ces quatre jours d'inaction, un écuyer anglais nommé Horton , montant un cheval vigoureux, tra« vocale camp français au milieu d'une grêle de flèches el vint frapper de sa lance la tente où le duc de Bourgogne tenait conseil avec ses principaux lieutenants; après ce trait d'audace, cet homme voulut regagner sa division , mais il tomba criblé de coups. Le comte deBuckingham résolut de venger la mort de son écuyer en dirigeant une attaque contre les retranchements firançais; au même instant où il prenait cette détermination, la Trémouille arrivait de Paris, apportant auduc de Boui^ogne la réponse de Charles V : « Laissez aux Anglais faire leur chemin, avait dit le prince; ils se dégateront par eux-mêmes. » Le commandement exprès de ne pas livrer combat accompagnait cette réponse. L'humeur impétueuse de la chevalerie française rendait impossible l'exécution d'un pareil ordi^e: tout kûsait craindre que la désobéissance , en rompant l'ensemble des opérations, n'amenât une catastrophe semblable à celle de Courtrai. On adopta un terme moyen : le duc de Bourgogne resta dans le camp avec les arbalétriers et la milice; Enguerand sortit,
ai8 ENGUKRAIID DK GOUGÎ.
accompagné de Félite delà noblesse^ et attaqua Tigou-» reusement cette aile gauche ennemie. Les Anglais le reçurent de pied ferme : après demi-heure d'une lutte acharnée, le sire de Couci parvint à rompre leurs rangs, et les mit dans un désordre telqueFaile gauche disparut entièrement.
IjC comte de Buckingham , obligé de parcourir un assez long circuit, n'arriva que pour recueillir dee débris. A son approche, le général français battit ea retraite, mais lentement, et livra une nouvdle action sur les bords des fossés. La nuit sépara les deux partiSi La perte essuyée par les Anglais fut si considérable, que leur chef, craignant de se consumer devant des retranchements, leva le camp dès le matin , et, abandonnant le siège de Troyes, prit la route de Sens y espérant venger sur cette ville opulente l'échec que ses armes venaient d'essuyer. L'infatigable Couci , de» vinant son dessein , se mit à la tête de huit mille honn mes, déroba son mouvement à l'ennemi , marcfaiL toute la nuit, ce qui alors était fort peu usité parmi les gens de guerre , et parvint à gagner Sens troié heures avant les Anglais. Les habitants, électrisésà sa voix, barricadèrent les portes , et formèrent une ligne de fortifications au moyen d'arbres, de pierres et de poutres : les hommes de tout âge et de toute condition accoururent pour défendre ces faibles rem^ parts. Le comte de Buckingham s'avança sans défia nce^ ne doutant pas d'emporter d'assaut ces retranchements ; mais le cri d'armes de Couci , prononcé par dix mille bouches, lui apprit que ce valeuretix guer^ rier l'avait prévenu. H renonça à l'attaque; et dès ce