EVGUERAND DE COUCI. IIJ
motnenty aussi soigneux d'éviter le combat qu^on Ta* Tait TU ardent à le provoquer, il se hâta de repasser l'Yonne, traversa le Gàtinais et la Beauce, se dirigeant vers la Bretagne. Il fut assailli auprès d'Ablies par cent cavaliers, que commandait Olivier de Mauny ; ces Français espérèrent un moment de l'enlever au milieu de la colonne. Les bannerets anglais, indignés , jurèrent de les poursuivre à outrance, et de ne pas en laisser échapper im seul. Les cavaliers se retirèrent en bon ordre dans le château de Toury, où se trotrraient déjà Saimpi et Guy de Bayeux, autres preuxque nul danger n'étonnait. Comme Toury com-« mandait un passage difficile, on y avait jeté une nom» brease garnison. La place fut investi^ mais sans aucun résultat, si ce n'est beaucoup de monde tué de part et d'autre. Les assiégés et les assiégeants signèrent une trêve de vingt-quatre heures, pour enterrer les morts. Dès que la convention eut été dénoncée , on écuyer français, nommé Gauvin Micaille, sortit du cb&teau, et se présenta , à cheval , devant la barrière des Anglais : « Y a-t-il parmi vous , s'écria-t-il ^ un chevalier assez décidé pour fournir, en l'honneur de sa dame, trois coups de lance, trois coups d'épée ou trois coups de dague ? » Cette proposition mit en rameur toute l'armée ennemie. Le premier qui sortit pour accepter le défi fut Joachim Cather, réputé le phis habile jouteur . T^s principaux chevaliers l'avaient, smvant l'usage, revêtu eux-mêmes de son armure. Le comte de Buckingham voulut être témoin de ce combat. Les deux poursuivants se précipitèrent l'un sur l'autre si impétueusement, que leurs lances volèrent en éclats, et leurs chevaux roulèrent sur la
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poussière : ils se relèvent , se chargent à coups d'épée; cette arme se brise sur leur cuirasse : ils allaient se mesurer avec la dague , mais le comte fit cesser le combat, parce que la nuit s'approchait, ou plutôt parce que ses coureurs venaient de lui apprendre que plusieurs corps de troupes envoyés par Couci menaçaient de couper tous les ponts, afin de rendre sa retraité impossible. Il leva le camp sans plus tarder. Cependant rhonneur de sa nation demandait la fin du combat à outrance des deux écuyers : il fit donc annoncer à Gauvin Micaille qu'il le retenait auprès de lui, pour vider le différend le lendemain vers midi, en l'assurant qu'on le traiterait comme un chevalier à bannière. Gadivin, obligé de se soumettre ^ suivit l'armée anglaise, traversa avec elle la forêt de Marchaunoy ; mais on n'avait pas songé que le lendemain, dimanche, lo septembre, les combats à outrance ne pouvaient avoir lieu, en raison delà solennité du jour : on continua donc à marcher. Enfin, la querelle se décida devant le château de Verbe. Les deux champions montèrent sur des destriers que leur fournit ] le comte de Buckingham. L'écuyer anglais, soit in- ' tention , soit contre son gré , ayant trop baissé sa lance, blessa son adversaire à la cuisse , violation manifeste \ des lois de la chevalerie , qui défendaient de frapper j autre part qu'à la face ou au tronc. Le comte de Buo* j kingham se montra très-irrité de cette infraction : ; il fit panser, par ses médecins, Gauvin Micaille, lui ] donna cent francs et un beau cheval, le laissant libre ' d'aller rejoindre l'armée française. ( Froissart, livre II, ^ chapitre lv. ) Sur ces entrefaites , on apprit que l'état du roi Cbar-
engubraud de couci. aai
les Y empirait Le duc de Bourgogne s'empressa de partir pour Paris , laissant au sire de Couci le commandement suprême de l'armée. Libre dans ses dispositions, Enguerand poursuivit les Anglais avec beaucoup plus de chaleur qu'on ne l'avait fait jusqu'alors; il les atteignit dans le Yendômois, écrasa leur arrièregarde, les poussa vers la rivière de la Sarthe, et les contraignit à la passer en toute hâte. Profitant de ce désordre, il les attaqua jusqu'au milieu des flots, leur tua mille hommes, fit quinze cents prisonniers et enleva tous les bagages : cette brillante action se livrait le i6 septembre, le jour même où Charles Y expirait. Le règne de ce prince avait commencé par une victoire, et finissait par un autre triomphe. Le lendemain du combat, Enguerand franchit lui-même la rivière sur trois ponts, et suivit les Animais jusqu'à Sablé. Le comte de Buckingham, instruit de la mort de Charles V , prit la ferme résolution de ne point sortir du royaume , ayant la confiance de venger ses revers à la faveur des divisions qui allaient survenir dans le conseil du nouveau roi de France; mais Elnguerand sut réduire au néant ces belles espérances. Ménageant habilement ses ressources, retranché une seconde fois sur la défensive, il mit le général anglais hors d'état de subsister plus longtemps dans le Maine, et le contraignit à se réfugier en Bretagne. Les combats partiels livrés par le sire de Couci avaient coûté au comte de Buckingham , depuis son débarquement , neuf mille hommes; les maladies, le manque de vivres lui en avaient enlevé cinq mille, de sorte qu'il ne ramenait que des débris : c'était la
aaa ENGUERAND DE COUGI.
troisième armée anglaise qui, depuis huit ans, traversait le royaume sans avoir pu s'emparer d'une seule ville importante. Le sire de Couci venait de traiter la dernière de ces armées comme Duguesclin avait mené celle de KenoUes. Dès que le comte de Buckingham eut vidé les terres de France ^ Enguerand licencia une partie des troupes mises sur pied pour défendis le territoire, et se hâta de gagner Paris : une des clauses du testament de Charles Y le nommait membre du conseil de régence pendant la minorité du jeune roiL
Charles YI, possédé d'admiration pour les guerw riers illustres , fit au vainqueur de Buckingham une réception magnifique y et voulut qu'il remplit k son sacre une des hautes fonctions de la couronne : en effet on vit, le jour même de la cérémonie, Engue- ] rand, avec Clisson, Sancerre et la Trémouille, servir à cheval le roi dans la grande salle du festin. Le comte de Soissons s'arracha promptement aux fêtes donnée» \ à cette occasion, pour aller, comme négociateur, ao J quérir de nouveaux droits à la reconnaissance de son pays.
Le comte de Buckingham, ne ramenant que sept à huit mille hommes harassés, découragés, fut trèsmal reçu en Bretagne. La mort de Charles Y avait changé la politique de Jean lY : <x La haine et la van* cune que j'avais pour le royaume de France, dit Mont* fort en apprenant le trépas du roi, est bien afiEùblie de moitié; tel qui hait le père, aimera le fils; et tet a guerroyé l'un, qui aidera l'autre. »Le conseil deChar^ les VI, informé de ces dispositions, résolut d'envoyer sur-le-champ en Bretagne un homme assez habile
ENGUERAMD DB GOUGt. %li
pour les faire tourner entièrement au profit de la France. Le choix ne fut pas douteux : Ënguerand partît en décembre i38o, muni de pleins pouvoirs, afin déterminer les contestations qui s'étaient élevées sous le règne précédent. Charles Y n'avait jamais traité avec la Bretagne que par l'intermédiaire du terrible Glisson , dont la moi^ue blessait les deux Montfort au f4us haut degré ; Ënguerand mettait, au contraire , dans ses manières une grâce et en même temps une dignité qui lui gagnaient les cœurs les plus fiers. Ce cju'Olivier ne put obtenir par ses menaces durant quinze années, Couci l'obtint par ses discours au bout de quelques entretiens. Jean IV signa, le i5 janvier i38i,une convention d'après laquelle il se séparait sans retour de l'alliance de l'Angleterre, et rendait hommage de vassal au nouveau roi de France. Tandis que le comte de Soissons portait un si rude coup à la puissance des Plantagenets , il apprit que la discorde régnait au sein de Paris, et reçut bientôt après un message très-pressé de la part des principaux membres du conseil de régence, qui le suppliaient devenir les aider à conjurer ce nouvel orage.
1 jouis d'Anjou, frère du dernier roi, avait été déclaré régent pendant la minorité de son neveu : ce prince n'usa de son pouvoir temporaire qiiepour lever des impots; non qu'il fût guidé par la soif de l'or, car un sentiment aussi vil n'entrait point dans l'âme des grands feudataires de cette époque. Louis d'Anjou , magnifique et même dissipateur dès sa jeunesse, changea d'humeur du moment où Jeanne la Boiteuse Teut déclaré héritier du royaume de Naples. Le ré-
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gent n'entassait des richesses qu'en vue de les faire servir à se ménager des partisans en Italie : tous les moyens pour obtenir de nouvelles sommes lui parurent légitimes; il établit sur le commerce de Paris un. impôt fort onéreux , dont le produit , selon lui , devait servir à acquitter la solde arriérée de l'armée. Les Parisiens, assez clairvoy antSy refusèrent de payer ; les habitants de Rouen, atteints parla même taxe, allèrent plus, loin, ils se révoltèrent avec fracas. Charles VI et son conseil se virent obligés de se rendre en Normandie, afin d'arrêter la sédition : à peine le jeune souverain: arrivait-il aux portes de Rouen, qu'un message vint lui apprendre que Paris, profitant de son absencei s'était mis en pleine rébellion; les troupes destinées à réprimer les agitateurs s'étaient unies à eux, ou avaient été repoussées. C'est au milieu de ces embarras que le sire de Couci rejoignit le roi, auquel il apportait le traité nouvellement conclu avec le duc de Bretagne. Le comte de Clermont et les membres les plus influents du conseil de régence le supplièrent d'aller essayer son éloquence auprès des Parisiens, comme il venait d'en user auprès de Montfort. Voici en quels termes Froissart raconte cet épisode, liv. II, chap. Lxxxiv :
« Â donc s'en vint le sire de Couci, non pas à main armée, mais tout simplement avec les gens de son hôtel : il manda ceux qui de cette besogne se mesloient et qui avoient le plus avant, et leur remontra doucement et sagement qu'ils avoient mal erré de ce qu'ils avoient occis les officiers et les ministres du roi , rompu et brisé les prisons et délivré les pri-
EKGUEAAND DE COUCI. 1^5
sonniers, et que se le roi vouloit ils seroient gravement amendés. Ils répondirent qu'ils ne vouloient ne guerre ne maltalent au roi leur sire ; mais ils vouloient que ces impositions et subsides fussent nulles à Paris ; et exemptés de telles choses , ils aideroient le roi d'une autre manière; la mena si avant la chose par beau langage le sire de Couci^ qu'ils se taillèrent à leur volonté à dix mille francs la semaine pour aidera payer avec les autres villes du royaume les soudoyers et gens d'armes de France. Sur cetui estât se départit d'eux le sire de Couci, et retourna à Meaux : il montra ce traité. Le roi fut conseillé pour le mieux qu'il prendroit l'offre des Parisiens. Se retourna à Paris le sire de Couci et apporta, de par le roi, la paix aux Parisiens.» L'esprit de rébellion s'était propagé jusque dans la fidèle Picardie. Enguerand de Couci, le principal feudataire de cette province, y vint en toute hâte, entra de force dans Péronne, dont on voulait lui fermer les portes, fit saisir les plus mutins, et ordonna qu'on instruisît leur procès. Tout se borna à la simple formalité des interrogatoires : on ne prononça la peine de mort que contre le seul Hennequin Doutart, regardé comme l'instigateur de ces troubles. Cet homme, conduit au supplice, allait perdre la vie, lorsqu'une jeune fille, qui s'était mêlée parmi les spectateurs, cria grâce y s'offrit d'épouser Hennequin, et, aux termes des coutumes de Picardie, l'arracha par ce moyen au trépas (i).
(i) Voici la teneur des lettres de grâce données en faveur de cet Hennequin :
« Hennequin Doutart a été condamné par nos hommes-liges Jugeant V. III. i5
2a6 ENGTJERAND DE GOUCI.
Deux mois après la rentrée de Charles VI dans sa capitale, le sire de Couci, veuf depuis deux ans de la fille d'Edouard III , contracta une seconde alliance en épousant la nièce de Jean I^, duc de Lorraine. Enguerand n'eut pas le loisir de goûter longtemps les charmes de sa nouvelle union ; la guerre vint l'arracher au repos, dont il ne jouissait que depuis trois mois. La révolte des Flamands provoqua Une prise d'armes : la campagne de i38a eut lieu. Toutes les chroniques assurent que le sire de Couci contribua d'une manière glorieuse au succès de cette expédition , en secondant merveilleusement le connétable.
Nous avons dit que, la veille de la bataille de Rd^ sebec , Charles VI réunit en un festin le commandant en chef de l'armée ainsi que les quatre ou cinq principaux de ses lieutenants, et que la coupe royale circula trois fois, suivant l'usage, en Thonneuk* dé la très-sainte Trinité. Au moment de se séparer de ses généraux , le jeune monarque annonça à Olivier de Clisson que le lendemain, jour de l'action ^ il demeurerait auprès de sa personne comme un gardien fidèle, et que le sire de Couci dirigerait les mouvements. On sait que le banneret breton réclama d'une manière très-énergique contre cette décision , etqull
en notre cour àPéronne, à être trayné et pendu, pour lequel jige* ment antérieur il a été trayné en une charrette par le pendeur joi* (fu'au gibet ; lui fit le hart au col , et alors vint icelle Jeannette Mou^ chon , josne fille née do la ville de Haimaincourt , en suppliaïkt et f^ quérant audit prévôt que ledit Doutart elle peust avoir en mariifB en casqu*il nous plairoit; pourquoi il fut ramené esdites pri80D8...H Par la teneur de ces lettres remettons, pardonnons et quiUoDS k U en cas dessus dict. »
S1IGU£RAND DS GOUCI. U2'J
sut la faire rapporter. Comment doit-on interpréter cette résolution du conseil à Tégard de Gisson et de Gonci? I^ roi désirait*il donner à Olivier un insigne témoignage de son estime, en lui confiant la garde de sa personne? ou bien, craignant sa fougue impétueuse, youlait«il l'enchaîner par des soins d'une nature toute particulière, et mettre le commandement suprême dans les mains de Couci , dont le courage firoid et réfléchi paraissait plus propre à conduire l'ensemble des opérations ? Aucun historien n'explique les motifs qui engagèrent le roi à vouloir déférer temporairement au comte de Soissons la charge de connétable. Enfin , Glisson l'exerça sans restriction , et personne ne mit en doute que les succès obtenus dans celte journée mémorable ne fussent dus autant i ses sages dispositions qu'à son audacieuse valeur. De son c6té Couci, en le secondant dignement, justifia la bonne opinion que chacun avait conçue de son courage et de son habileté. Placé à l'aile droite, il exécuta la charge ordonnée par le connétable; mouvement qui, en accomplissant cette partie du plan de Clisson , plaça en un instant les Flamands dans la situation la plus critique. 11 fit replier ses divisions sur le centre^ afin d'opérer sa jonction avec fexlrémité de l'autre aile , en passant entre la gauche de l'ennemi et la montagne du Mont-d'Or : au moyen de cette manoeuvre, on enveloppa les deux flancs et les derrières des Flamands, et Ton mit Ârtevelle dans "^Yhnpossibilité de regagner l'excellente position qu'il «nit si imprudemment abandonnée.
Les Flamands, pressés de tous cotés, perdirent d'à-
^iS EN6UERAND DE COTJCI.
bord les distances qui séparaient leurs divisions, ensuite ils s'amalgamèrent confusément ensemble et se changèrent en une masse incapable de rien entreprendre de sage pour leur salut. Couci les serrait pas à pas, sans chercher à pénétrer au milieu de cette foret de piques : cependant on devait redouter que, par une résolution désespérée, les Flamands ne rompissent eux-mêmes la muraille de fer qui les entourait. Le comte de Soissons, s'apercevant que cette multitude menaçait d'abîmer par son seul poids le front de bataille des Français , exécuta avec précision Tordre que Clisson venait de lui donner d'ouvrir une issue aux Flamands. Ceux-ci s'y précipitèrent en foule ; Enguerand les laissa gagner la plaine , et les j voyant engagés, il partit à la tête de la cavalerie, fondit sur eux et les tailla en pièces. Des chefs intrépides rallièrent quelques milliers de Belges, et voulurent défendre l'entrée d'un village où se trouvait Piètre Dubois, qui venait d'amener quatre mille hommes de troupes fraîches : ils croyaient s'y ménager un refuge. Enguerand, uni au duc de Bourbon, les culbuta et finit par les disperser : il ne rejoignit que lé lendemain le quartier-général.
T^ mutinerie des Parisiens, qui s'insurgèrent au moment où l'on commençait la campagne, empêcha le roi de poursuivre en personne ses premiers succès; il laissa une partie de son armée dans Ypres, Henio et Courtrai, et revint en toute hâte à Paris. Couci Yj suivit. On a vu précédemment que Charles VI déploya une extrême sévérité envers les rebelles : grftos à l'énergie employée en cette circonstance. Tordre fut
SITGUERAND DE COUCI. 2^9
bientôt rétabli : il fallut ensuite songer à continuer Texpédition de Flandre.
La nouvelle de la victoire de Rosebec avait alarmé la cour d'Angleterre. Le conseil de Richard mit en mer sur-le-champ une flotte, qui débarqua au port d'Anvers une armée de quinze mille hommes , commandée par le comte de Beaumont et par Cawerlay. L'arrivée de ces troupes releva le courage des Flamands; ils reprirent l'offensive , et Louis de Mâle se vit aussi embarrassé qu'avant la défaite d'Artevelle. L'honneur de la France se trouvait intéressé à terminer cette entreprise d'une manière décisive. Charles Vi quitta une seconde fois sa capitale: accompagné de l'élite des hommes d'armes^ il rentra en Flandre (mars i383) sans rencontrer une résistance sérieuse, et enleva , après un siège meurtrier, la ville de Bergues; il investit ensuite Bourbourg, un des boulevards des rebelles. Son armée se grossit d'un grand nombre de nobles de divers pays de l'Europe : le bruit des avantages remportés en Flandre avait enflammé leur ardeur; ils accoururent pour partager les dangers et la gloire que promettaient de nouveaux succès. On distinguait parmi eux les deux fils du duc de Lorraine , le duc de Bar, le comte de Savoie , le duc de Bavière, Sanche de Castille, etc., tous dans l'appareil le plus fastueux; mais Couci les effaçait en magnificence. «Là futle sire de Couci (dit Froissart, liv. II, chap. cxLii) et ses états, voulouties vu et recommandé, car il avoit coursiers parés et armés, et goussures des anciennes armes de Couci et aussi de celles qu'il portoit alors , et là étoit le sire de Couci
a3o euguxrand de coifci.
monté sur un coursicT bien à main, qui chevauchoit (le l'un k Tautre, et moult bien lui avenoit de faire ce qu'il faisoit, et tous ceux qui le voyoient le prisoient et Thonoroient pour la faconde de lui. » C'est à loccnsion du siège de l)ourbour{|[ que les historiens (le cet âge parlent pour la première fois trés-claireinentdes canons inventés depuis peu. Une vigoureiue déclinrgc mit le feu à la ville , et fut suivie d'un assaut que la nuit vint interrompre. I^e lendemain, qui était dimanche, jour ou l'on ne se battait pas, te passa en joutes. T^e lundi les Anglais rendirent Bourbourg^ et l'on convint de les laisser sortir de la Flandre sans les iîiquiëter. I^e roi entra clans la ville accompagné du comte de Soissons et du tiers de l'armée : il s'y commit quelques désordnss inséparables de la brusque occupation d'une place. A ce sujet la chronique de ce pays raconte, entre autres merveilles, que des soldats se glissèrent la nuit dans l'église cathédrale pour piller: l'un d'eux monta sur l'autel, et voulut enlever une pierre précieuse de la ceinture delà Vierge; mais, AU même instant , la statue fit un geste si Tiolent que le soldat tomba sur les dalles et se rompit le cou s un autre essaya do commettre le même sacrilège, mais h peine sa main touchait-elle l'image sainte, que toutes les cloches de l'église sonnèrent à la fois, sans que personne 1(îs fît mouvoir. Ce miracle, continue la chronique, arrêta le pillage. Ijc roi quitta Farmée pour regagner Paris. Le sire do Couci ne le suivit pas, car on venait de le charger de prendre posées^ sion des principales villes de Ja Flandre au nom du ' souverain. Une paix définitive fut signée entre les
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deux couronnes, au bout de quelques mois. Mais telle était la réputation de Couci,tel était le prix que l'on attachait à ses services, que la cessation des hostilités ne lui procura pas un seul instant de repos ;<:ar Charles YI ne le rappela de la Belgique que pour l'envoyer au secours de son oncle le duc d'Anjou , dédaré roi de Naples, et qui se voyait disputer sa couronne par un puissant adversaire.
Louis d'Anjou^ deuxième fils de Jean II, fut un des otages de son père après le trsuté de Bretigny ; mais il quitta Londres malgré la foi jurée, et revint furtivement à Paris, contre le gré du prince dont il tenait la place dans les fers d'Edouard III. Pendant tout le règne de son frère Charles V , Louis d'Anjou se montra courageux , libéral, magnifique, rendit d'éminents services à l'État, soit en gouvernant le Languedoc, soit en défendant la Guieune contre les Anglais. Par malheur pour lui et pour la France, ces qualités brillantes éblouirent Jeanne T®, reine de Naples et comtesse de Provence , si célèbre par ses malheurs autant que par ses fautes. Veuve de quatre époux et sans enfants , elle adopta d'abord pour fils Charles de Durazzo ; indignée de voir ce favori ourdir des trames contre sa vie ^ afin de jouir un peu plus tôt de la toute-puissance , elle changea ses dispositions , et, d'après les conseils de Clément d'Avignon , elle institua (a3 juin i38o) Louis d'Anjou son héritier universel. Celui-ci n'accepta pas d'abord l'adoption de Jeanne de Naples, malgré les pressantes sollicitations de Clément d'Avignon , qui , en plaçant sur le trône un prince français i espérait obtenir par
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ce moyen assez d'influence en Italie pour se faire reconnaître pape à Borne y et exclure de la chaire de saint Pierre Urbain VI > son compétiteur. Cette aflaire demeura en suspens plus de deux années. Louis d'Anjou, qui s'était fait à l'idée de porter une couronne, se prononça enfin pour l'acceptation , contre l'avis de tous les princes de la maison de France , qui ne se dissimulaient point les difficultés que leur parent aurait à surmonter pour entrer en possessiou d'un pareil héritage. Louis d'Anjou déploya une ardeur extraordinaire à l'effet de se procurer les moyens d'accabler ses rivaux : c'est ce qui explique conament il se montra si avide d'argent pendant sa régence : injustices, exactions, rien ne lui coûta; ce prince, que l'on avait surnommé la Joie de la FrancCy ruina le royaume, et commença le premier à creuser le gouffre où l'État faillit s'abimer quelques années plus tard (i).
(i) Avant que rambition se fût emparée de Loub d'Anjoa» avant cette funeste donation de la reine Jeanne , ce prince s'était moatré sous les apparences les plus favorables; ceci est incontestable , c^ot donc à tort que Froissart se sert d'expressions odieuses loraqa'îl ptile de ce régent. Le Journal de Tévéque de Chartres, chancelier du doe d'Anjou , nous explique la cause singulière du resseotiment de Fraifsart :
« Le dit jour la décembre i38i furent scellées deux lettres dooblii d'une teneur et forme faisant mention que monseigneur le duc d'Aïjou avoit fait prendre et retenir pardevers lui pour faire sa Tokmlé en ce qu'il lui plaira cinquante-six quayers (cahiers) que messire Jea Froissart, prêtre recteur de l'église de Leseines près Moos en HaÎDUl avait fait écrire, faisant mention de plusieurs et diverses bataiUai besognes et faits d'armes au royaume de France an temps passé: Iciquels cinquante-six quayers de romans et chroniques le dit mesniv Jean avoit envoyés pour enluminer à Guill. Bailly , enluminear» et
engueraud de couci. 233
Huit mois après l'acceptation définitivedu duc d'Anjou , on apprit que Jeanne P^ courait le plus grand danger. Charles de Durazzo j regardant son adoption comme la seule légitime, voulut contraindre la reine à rétracter la déclaration faite en faveur de l'oncle de Charles VI. Sur le refus de Jeanne, il vint mettre le si^e devant Naples, qui renfermait un nombre considérable de ses partisans. Instruit de ce qui se passait , Louis d'Anjou ne balança pas à voler au secours de sa bienfaitrice. Il prit le titre de prince de Calabre, affecté à l'héritier présomptif du trône de Naples, et partit de Paris le 1 5 juin i '682^ la même année que fut gagnée la bataille deRosebec; il emportait avec lui des sommes immenses, et menait à sa suite près de trois mille soldats. Arrivé dans Avignon le aa février, il y trouva le comte de Caserte et Juan de Costanza, envoyés de la reine, qui le pressèrent de partir au plus vite. Le duc ne voulut pas néanmoins entrer en Italie sans connaître les véritables sentiments des Provençaux, dont il devenait le souverain par l'adoption de Jeanne. D'après ses désirs, les états de la Provence se réunirent à Aix au mois d'avril : une partie de la noblesse se montra peu disposée en sa faveur; mais il rencontra des amis dévoués parmi les barons les plus considérables du pays, les Forbin, les Sabran, les
lesqueb messire Jean se proupousoit d'envoyer au roi d'Angleterre, adversaire du royaume de France. » L'historien ne pouvait pardonner cette saisie de ses œuvres , et dans ses nouvelles compositions il s'en vengea en déversant le blâme sur le duc d'Anjou.
Au reste, cette saisie paraîtra beaucoup moins arbitraire de la part du régent, si l'on considère que Froissart l'avait provoquée en ne cessant de dénigrer dans ses écrits tout ce qui se faisait en France.
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d'Agoult. Celui qui le servit le mieux fut Refbrciat de Castelanne : ce banneret se montrait le plus chaud partisan de la reine Jeanne, non par esprit de sou» mission y car lui et ses ancêtres se firent constamment remarquer par une humeur des plus indépendantes. Les Castelanne avaient conquis le tiers de laProveoce sur les Sarrasins; à ce titre, ils refusaient de rendre hommage de vassal aux souverains de ce pays f Jeanne de Naples, loin de vouloir les y contraindre , accorda de nouveaux privilèges à ReforciatP (i), qui, par reconnaissance, embrassa avec enthousiasme le parti delà reine. D'ailleurs^ il entrait dans les devoirs d'un preux chevalier de défendre une femme opprimée. Grâce aux soins de Reforciatde Castelanne, roppotition qu'on avait montrée d'abord contre Louis d*An« jou cessa d'être dangereuse (i) : quinze cents chevaliers demandèrent à marcher sous ses bannières , afin d'aller briser les fers d'une souveraine qu'ik cb^ rissaient; mais au moment où l'armée se mettait ea marche, on apprit que Jeanne avait cessé de vivre. Charles de Durazzo s'était rendu maître de Naples, et , d'après ses ordres , la reine fut étouffée entre deux oreillers dans le château de l'C^uf. On accusait cette princesse d'avoir fait périr de la même manière André de Hongrie, un de ses époux.
Au premier bruit de cet attentat , Louis d'Anjou envoya un cartel à Durazzo pour venger, en champ clos, la mort de sa bienfaitrice; il s'empressa de re* venir à Avignon , désirant y être sacré. Clément le
(i) Histoire de la Noblesse de Provence, t. I, p. a34. (a) Histoire de Provence, par Bouche, liv. VII.