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déployait au moment du combat : il s'agissait de li mettre aux mains d'un guerrier dont le courage fût éprouva; car cet étendard précédait le roi ^ qui s'enfon* çait fréquemment dans la mêlée.
Philippe, entouré de tant de braves, hésitait dans son choix , lorsque le duc de Bourgogne lui dit : a J'ai dang ma chevauchée un chevalier nommé Galon de Montigny, pauvre mais valeureux ( pas riche boms d'avoir, mais riche de proëce); il a engagé son dernier morceau de terre pour se procurer des armes neuves et un bon destrier propre à faire cette campagne. » Le roi agréa Galon de Montigny , qui sortit aussitôt des rangs des féodaux bourguignon^. « Je te confie, avec l'étendard royal, dit le monarque au chevalier, l'honneur de la couronne. » Le paladin reçut fort respectueusement le précieux dépôt : a Quelle sera ma tâche au milieu des combats? de* manda-t<il. — Elle se bornera à demeurer constamment devant moi sans concevoir la moindre crainte , quelque pressant que paraisse le danger. — Bien n'est plus facile, reprit le guerrier; cependant je vois à sa couleur rouge que la bannière est altérée de sang humain , et )e pense que. Dieu aidant, je pourrai aujourd'hui lui faire étancher sa soif dans le sang ennemi (i)«» Cette heureuse repartie circula en peu de temps dans tous les rangs, et transporta ces preux de France, qui frémissaient d'impatience à la seule idée de combattre. Philippe, que ces dispositions martiales flattaient si bien, sut les enti^etenir par ses actions. 11 fit placer à terre, au milieu du groupe qui l'entourait, un vaste bassin d'argent; des varlets y versèrent du vin et y coupèrent des tranches
(i) Sed ut video quia auriflamma ista humanum sitit sanguincni , Deo mihi vires praestante, hodie eam sanguine adversariorum |>olabo. (Chronica Senoniensis. Don Bouquet.)
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de pain. Le roi en prit une , et dit : « Amis, voici peutêtre le dernier repas que je ferai ; je n'invite à le partager avec moi que ceux qui sont bien décidés a partager légalement mon sort , qui est de vaincre ou de périr. » A peine lui laissa-t-on le temps de prononcer la phrase; tous les banuerets se précipitèrent sur le bassin d'argent^ et le vidèrent en un instant. Dans ce moment des tourbillons de poussière annoncèrent l'approche de l'ennemi ; à cette vue Philippe- Auguste quitta ses vassaux, et, suivi de ses clercs, il entra dans une petite chapelle consacrée à saint Pierre (i) , qui se trouvait quelques pas en arrière de son aile droite : le prince fit une conrte prière , puis sortant de la chapelle il sauta légèrement h cheval , et s'élança vigoureusement dans la plaine pour aller se placer au centre de la ligne, <f aussi gai, dit la chronique, que s'il eût été aux noces :» lœtUê ceu nuptiale convivîufn petèret.
L'empereur Othon ne montrait pas la même confiance que Philippe; sa principale colonne ayant débouché sur le chemin de Tournay, fut abordée avec impétuosité par le vicamte deMelun: la cavalerie tudesque se vit obligée de se déployer pour repousser les Français; ceux-ci, contraints de céder à la supériorité du nombre , se replièrent vivement sur le gros de l'armée : cette escarmouche, ayant retardé la marche des Impériaux, donna le temps à Guérin de terminer ses arrangements les plus indispensables. Othon, arrivant dans la plaine, fut très-étonné lorsqu'il découvrit celte ligne de féodaux , semblable à une -muraille de fer ; il put même distinguer au centre Philippe-Auguste, qu'on disait avoir franchi le premier le
(i) CeUe chapelle n'existe plus depuis trois siècles; mais les habitants du pays assurent que Fcglise actuelle de Bou\ines fut bâtie sur son emplacement.
pont de Bouvines : « Voilà donc ces Français qui, selon vous , se retiraient en toute hâte ! dit Tempereur aux généraux alliés; distinguez-vous au milieu d'eux leur roi, qui, suivant tous les rapports, avait reculé jusque sous les remparts de Lille?» Dans ce moment un chevalier bourguignon traversa rapidement la plaine , et apporta h Othon un message de la part de Philippe, qui demandait de remettre le combat au lendemain , regardant comme un sacrilège de verser le sang un dimanche. Avant même que l'empereur eût prononcé un mot de sa réponse , les princes confédérés s'écrièrent brusquement que c'était une ruse, que Philippe ne demandait un jour de retard que pour se ménager la facilité de passer la Marque pendant la nuit, et de s'échapper par le pays de Lens. La divergence d'opinions provoqua parmi tous ces chefs un tumulte inexprimable : on répondit enfin au messager, que le roi eût à se tenir prêt à combattre. Il est à propos de rappeler que , dans le moyen âge , les lois de la guerre prescrivaient de ne jamais attaquer l'ennemi à Timproviste (excepté les infidèles), et de lui donner le temps de terminer les dispositions nécessaires à sa défense : c'est ainsi que l'on peut expliquer comment les alliés laissèrent échapper l'occasion d'accabler les Français au milieu de la confusion qu'amène inévitablement le passage d'une rivière (i).
Othon , en quittant la chaussée de Mortagne , dut nécessairement déployer sa colonne en ligne, en faisant
(i) Noos dirons aussi que Fhorizon n'étant pas obscurci par des tourbillons de fumée comme de nos jours, les hommes se Toyaient distinctement ; de là ces rencontres entre les héros de la fiible, entre les paladins de l'histoire , et même entre les monarques ; rencontres, défis, discours qui nous paraissent tenir de la fiction, quand nous comparons la manière de combattre de ces temps éloignés à celle d'aujourd'hui.
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un à gauche en bataille ^ car Renaud, qui était en iéte, se trouva foitner l'aile droite. Dans ce moihent ce vassal s'approcha de Heugues de Boves, qui Favait accuse de pusillanimité quelques heures auparavant : « Nous voilà maintenant , lui dit-il , sur le champ de bataille , que j selon toi, je voulais éviter ; nous verrons lequel de nous deux le quittera le plus tôt : je pense que tu pourrais bien l'abandonner en fuyant; pour moi , je jure d'y rester mort ou victorieux. » En disant ces mots il courut joindre la tête de l'aile droite , afin de presser la formation des lignes. Les alliés étaient entrés en campagne avec cent cinquante mille hommes, mais ils avaient laissé deux forts détachements à Yalenciennes et à Mortagne ; deux autres divisions, formant vingt mille hommes 9 s'égarèrent dans les immenses bois d'Orchies : de sorte que l'empereur traînait après lui 100,000 combattants , ce qui lui donnait encore sur les Français une supériorité numérique bien notable ; mais son armée , composée d'éléments divers , manquait d'ensemble et d'union.
Avant d'aller prendre leurs places respectives , les principaux chefs alliés , à l'exception de Benaud , se groupèrent autour d'Othon , et jurèrent une se^ conde fois de n'accorder aucun quartier à Philippe, de s'attacher à sa personne, et de ne l'abandonner que lorsqu'ils l'auraient contemplé étendu mort. Bien plus , Othon choisit parmi ses Allemands cinquante hommes déterminés , qui promirent de percer à travers la foule des combattants et de massacrer le roi de France au milieu des siens. Heureusement pour Philippe, la haine si violente de ses ennemis ne leur tenait pas lieu d'habileté : ils ne cessaient de commettre des fautes. On a vu que l'armée impériale, en débouchant dans la plaine de Cysoing , s'était formée à gauche en bataille : elle eut alors le visage tourné au midi , et les soldats ne
pouvaient éviter de recevoir les rayons du soleil dans les yeux; car l'on était en ^illet , le mois le plus chaud de l'année , et à peine commençait-on la onzième heure de la journée; par conséquent le soleil devait darder avec force durant la majeure partie de l'action : cet inconvé^ nient devenait très-grave à une époque oh les hommes s'abordaient corps h corps. Les alliés y auraient remédié en prenant leur front dans un sens oblique, mais la règle générale dans ce siècle voulait que Pon opposât ligne contre ligne, et d'une manière symétrique.
Le comte de Boulogne , ayant débouché le pre^mier dans la plaine avec sa cavalerie, devint natu<* rellement l'aile droite , et servit de base à la formation de toute l'armée» On lui donna comme auxiliaires des masses d'infknterie brabatiçonne et anglaise , divisées en bataillons ronds qui devaient résister à la cavalerie en présentant un triple rang de lances, ce qui est la véritable figure du porc-épic. Quoique d'une taille fort ^vëe ^ Renaud voulait encore se grandir davantage : il aijouta à son heaume des barbes de baleine. Olbon se mit au centre , formé d'infanterie divisée en bataillons carrés , et dont les soldats savaient se battre an milieu des chevaux. Les Allemands se servaient principalement d'une lance dont le fer se terminait par un double crochet, qu'on in^oduisait dans l'armure du cavalier ; ils le désarçonnaient et l'entratnaient à terre. Ces peuples conservaient plusieurs anciennes formations des Romains , notamment le coin , euneui : c'était un corps dont le front , très-étroit d'abord , s'élargissait progresaitement vers la base; les Romains le tenaient des Grecs , et s'en servaient pour enfoncer les lignes t tovtes les chroniques signalent cette formation , qu'elle^ appellent le triangh , comme elles appellent échelle , teala^ chaque section commandée par un vassal ou un
sir«E i)B houtmoremcy. 59
clievalier. La section d'infanterie tudesque se groupait autour d'une enseigne surmontée de Taigle , désignée dans le moyen âge sous ]e nom à^alarùM. ÂlLert, duc de Saxe , occupait avec 16,000 des siens les dernières lignes du centrée Othon se plaça snr le troisième rang , revêtu des habits impériaax : en dtatit de ce prince se trouvait un char attelé de quatre cfaèvanx blancs couverts de magnifiques draperies , et -dans <îe char s'élevait an pal haut de vingt pieds , au bout duquel flottaît l'étendard de l'empire germanique ; le fer de la lance se terminait par un aigie déployant ses ailes et terrassant un dragon, emblème anticipé d'une viotoire que le prince allemand regardait comme aissurée. Plusieurs ohroni^ ques font une description pompeuse de oe char et de ces deux figures ; mais le manuscrit de Tramecourt assure que ce groupe, de fort mauvais goât , était loin d'égftler ce que les Français faisaient alors en sculpture et en dorure. Huit cents gens d'armes du pays de Brunswick , commandés par le baron Ostermall , servaient de garde particulière à l'empereur et à l'aigle* Othon , persuadé qu'on envelopperait facilement Tarmée française, la moitié moins nombreuse que la sienne , regarda comme inutile de former un corps de réserve , chose que les Allemands n'oubliaient jamais, car c'était le grand prin*^ cipe de la tactique romaine ^ dont ils conservaient plus de tradition que les autres peuples* Othon , excommu-* nié , rejeté de l'Eglise ^ aOectait l'impiété ; il s'abstint de faire dire des prières pendant que Ton rangeait l'ar-t mée I ainsi qu'on le pratiquait au moment du combat. La plupart des principaux alliés, ayant également encouru la colère du Saint - Siège , affichaient un mépris outrageant pour les préceptes de notre sainte Religion. PhiUppe - Auguste sut tirer parti de l'excommunication qui pesait sur Olhon , et de l'obstination que les princes
allies metfaient à vouloir cômbatti^e un dimancbe.Le rot parcourait toutes les lignes , et comme les rangs étaient ouverts , il pouvait circuler aisément , se montrer aux troupes et se faire entendre d'elles. On sait quel pouvoir magique les paroles d'un chef exercent sur Tesprit des soldats dans. ces moments solennels. Philippe disait aux féodaux.: a Vous avez à défendre aujourd'hui votre honneur,: votre patrie^ et la couronne de France; n'ayez point de répugnance à combattre un dimanche , car on vient, nous attaquer^ et le Ciel se servira de nos bras pour frapper des impies qui ne craignent pa.4 de profaner un jour consacré à la prière. » Il disait aux communes : « Le Ciel nous livre des hérétiques , des excommuniés; vous voyez, ils viennent à nous: ce ne sera pas vous qui combattrez, ce sera Dieu lui-même qui lancera les traits ; et dans ce moment , à cette heure même , vos femmes , vos filles et tous vos parents sont réunis dans les églises de France, et prient Dieu pour le succès de nos armes (i). »
Pendant que Philippe s'acquittait si bien du rôle de roi en exaltant l'esprit des Français , Guérin remplissait avec une grande habileté l'office de général en chef. Au fur et à mesure qu'une division d'infanterie communale repassait le pont de Bouvines, il la faisait couler par demipeloton entre les intervalles de la cavalerie ; les chroniques pi^écisent si bien ce mouvement, qu^on ne peut douter que ce ne fût le passage des lignes bien circonstancié : de cette manière , la cavalerie féodale devint seconde ligne , à l'exception des deux extrémités , qui furent occupées en saillie par les ribauds et les gens d'armes de Bourgogne d'un côté, et par les gens d'armes picards de l'auti^e. L'ordre de bataille représentait ainsi
(i) Guillaome-le-Breton , Philippidos^ chant ti.
SIRE DE MONTMORENCY. 6l
une espèce de croissant. Le front des Français s'étendait d'abord sur un développement de deux mille toises ; mais Guérin Télargit progressivement au moyen des troupes communales , ce qui empêcha les Impériaux de déborder la gauche, car l'ennemi chercha long* temps à filer entre les Français et la Marque. L'armée de Philippe s'étendait dans des champs de blé prêt à être coupé , et celle des alliés dans un terrain vague en majeure partie. Le duc de Bourgogne prit le commandement de l'aile droite , formée des nobles de Bourgogne, de Champagne, du Soissonnais , et des milices communales de ces provinces; on adjoignit à ce puissant vaSssal le comte de Saint-Paul et le sire de Beaumont : ils se trouvaient ainsi opposés à Ferrand, comte de Flandres*
Le comte de Dreux reçut le commandement de l'aile gauche, quoique sa réputation de valeur fût bien équivoque; mais sa qualité de prince du sang le mettait en évidence, et d'ailleurs le roi lui donna pour lieutenants le vaillant évêque de Beauvais et les deux Mareuil* Le comte de Dreux avait sous ses ordres les nobles et les communales de Picardie, et 3,ooo Bretons que conduisaient les sires de Chateaubriand , de Vitré , de Château* girons et de Beaumanoir. ' Philippe-Auguste se mit au centre, dans un endroit oii le terrain s'exhaussait légèrement , derrière les deux premières lignes des milices de rile-de-France et de la Normandie , commandées par le sire de Nesle et le sire de Couci. Vingt-quatre preux choisis par lui composaient ce jour-là sa garde particulière : on distinguait parmi eux Sargine , Dieudonné Destaing , Guillaume Desbarres , Rouvray , Etienne de Longchamps, Guillaume de Garlande, Gérard de Trie, et le jeune comte de Bar. Galon de Monligny , monté sur un haut destrier, et tenant la bannière royale, se . plaça immédiatement avant le monarque. La plaine dans
laquelle l'action allait se passer, s'étendait sur an plan incliné da sud au nord ; on n'apercevait entre les deux armées aucun obstacle intermédiaire. Les Français , ayant derrière eui la Marque et des marais , ne pouvaient se retirer, en cas de revers, que par le pont de Bouvines, ti*ès^étroit et fort peu solide* Philippe - Auguste voulait d'abord qu'on le coupât , afin d'ôter aux troupes toute idée de retraite ; mais il changea d'avis, et plaça même à ce poste, pour en défendre les abords, la compagnie des sergéqts d'armes, instituée en Palestine.
Il était dix heures du matin lorsque l'empereur Othon déboucha dans la plaine de Gysoing; il passa deux heures h se développer et à ranger son armée eu ba-* taille. Enfin, vers midi, une rumeur subite se manifesta au centre des Allemands; Philippe savait que ces peuples poussaient ordinairement des cris effroyables au moment de l'action) désirant couvrir Ces clameurs, qui pouvaient étonner les milices, il enjoignit aux trompettes de sonner toutes à la fois, et 1ai-méme|, dominant l'armée du haut de son grand destrier, étendit la main en signe de croix , donna la bénédiction aux guerriers prosternés : puis GuilIaume-le-*Breton et les autres chapelains entonnèrent les cantiques sacrés, et le combat commença.
Suivant leur coutume , les Français attaquèrent les premiers ; le duc de Bourgogne lança sur les gens d'armes de Flandres les ribauds , bien distincts des chevaliers h cause de leur armure incomplète ; aussi les féodaux belges, indignés qu'on les fit attaquer par des gens de si bas étage, dédaignèrent de croiser la lance avec eux, se bornant à tuer les chevaux sans vouloir toucher aux hommes: les ribauds démontés se jetèrent à pied dans les rangs ennemis , et y portèrent le désordre en frappant de tous côtés à coups de dague. Ce désordre fut néanmoins réparé en peu d'instants : les chefs ))rin-
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cipaux des Flamands , Jean Guistall , Gilles de Saint-Âl-* degoude ^''Jean Buridand et Eustache de Malines , se précipitèrent sur les nobles de Champagne, comman-dés par le sire de Saint -Rémi, qui présentaient en seconde ligne un front très-serré. Les Flamands furent repoussés, battus; la plupart d'entre eux tombèrent au pouvoir des Français, notamment Guistall et Buridand; Pierre d'Henin , sénéchal de Hainaut, Gilles de Saint- Aldegonde, Pierre de Béthune et le palatin d'Hazebruck éprouvèrent un peu plus tard le même sort , après s'être signalés par des traits de valeur. Raso-Gauvin, châtelain de Termonde , fut tué ainsi que ses trois fils. Eustache de Malines, ralliant les gens d'armes, revient à la charge en criant : A mort Uê Français! Ceux-ci repoussent encore celte agression, et uti chevalier d'une stature colossale se jette sur Eustache de Malines, le prend par le heaume, déboucle sa cuirasse, et lui enfonce son épée dans le flanc , en disant : Reçoii la mort que tu toulais nous donner. Cet avantage , remporté au début de Paction , inspira aux troupes une ardeur surnaturelle. Le comte de Saint^Panl) profitant de cette disposition, s*avança avec ses hommes d'armes contre l'aile gauche ennemie, déjà entamée; il savait qu'on soupçonnait sa fidélité : « Allons, dit ce vassal, montrons aujourd'hui que je suis un bon traître; » et il se précipita sur les gens d'armes hollandais, qui appuyaient les Flamands. Michel de Harmes, commandant ces escadrons, fiit atteint d'un coup de pique qui le traversa de part en part et le cloua sur sa selle. Guillaume, comte de Hollande, désirant secourir les siens , fut battu et pris par le valeureux comte de Saint-Paul. Ferrand, voyant cette déroute, se mit en mouvement à la tête de toute la gauche, et l'engagement devint général sur ce point. Le comte de Flandres, animé de fureur, pousse à son tour les Français, re-
imminent: Olhon avait poussé contre Philippe des masses énormes d'infanterie tudesqne» la meilleure de l'Europe. Les premières lignes de milice française, brisées par ce choc , se redressèrent, et soutinrent cette attaque sans désavantage : accablées enfin par le nombre, ces communales furent obligées de battre en retraite, et s'échappèrent au travers des divisions de la cavalerie féodale. Le roi , se trouvant alors à découvert, fut assailli par les Allemands, que les hommes d'armes ne purent arrêter : les vingt-quatre chevaliers commis à la garde du monarque opposèrent long-temps une résistance héroïque. Etienne de Longchamps, qui combattait devant la têle du cheval de Philippe , reçut plusieurs coups d'épée qui, pénétrant par les ouvertures de son casque, lui percèrent les yeux et le crâne; il tomba tout armé : la secousse fat telle, que la cervelle s'épancha par les trous de la visière. Le cercle se rétréci^saitinsensibleiuentautour de Philippe, et l'acharnement des assaillants ne pouvait être comparé qu'à la vigueur de ceux qui le défendaient. Un fantassin du pays de Brunswick parvient à se glisser entre les chevaux, frappe le prince de sa demi-lanoe; l'arme s'engage entre la visière et le collier du roi , et comme la lance formait crampon, le soldat, à force de tirer, désarçonne le monaixjue et l'entraîne à terre : alors une foule d'énnémis se jetèrent sur le prince, qui n'avait pour le garantir (j[ûe quelques chevaliers. Le jeune comte de Bar, Bènvray, Tristan , Sargine, Garlande, lui firent un rempart de leufs corps, mais des flots de combattants les écartaient on les abattaient. Philippe était foulé aux pieds des chevaux : Galon de Montigoy, resté auprès de lui, d'un bras agitait la bannière royale, pour av^tir Tarmée dû danger que courait le prince, et de l'autre écartait à coups d'épée ceux qui osaient approcher; ce vaillant guerrier 'fut quelques instants seul pour défendre
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son roi et Tétendard de la patrie. Dans ce moment critique se présente Renaud, comte de Boulogne ; ce vassal avait pénétra dans le centre des Français , en faisant un mouvement brusque sur son flanc gauche : guidé soit par la haine , soit par le désir de se signaler , il abandonna ses escadrons, s'enfonça dans la mêlée, et arriva sur Philippe la lance en arrêt; mais à l'aspect du suze* rain, son ancien bienfaiteur, qui se défendait péniblement contre une multitude d'agresseurs , il fut saisi d'un frémissement involontaire, tourna bride, et regagna l'aile d^roite, en portant ses redoutables coups sur des ennemis plus obscurs. Là retraite de Renaud changea la situation des affairea; c'est alors que Montmorency survint. Stimulé par les mouvements précipités de la bannière royale, qui lui annonçaient le danger du roi , il serre les rangs , forme de ses chevaliers une épaisse colonne , prend à revers l'infanterie allemande, la renverse^ et dégage le monarque, Guillaume Oesbarres , attiré également par les oscillations de la bannière royale, apparaît en même temps; il s'était arraché de la mêlée pour. presser la marche des milices qui repassaient le pont de Rouvînes. La jonction de ces deux chefs permit à Philippe de reprendre ro0bn8ive ; D^staing lui donna son cheval , et arracha de3 mains des Allemands le bouclier enlevé païf* eux au roi d/e France.
Philippe sut mettre à profit cette impéinosité française , souvent aveugle , mais toujours redoutable ^ il fondit sur le corps de bataille de l'empereur : Pierre de Mauvoiâin s'élança le premier dans les rangs de l'infan* terie allemande. Ce baoneret , d'une stature très-élevée , s'ouvrit un chemin en prenant les lances dans ses mains; il se jeta dans cette voie , et entraîna sur ses pas une foule de chevaliers ; ils. parvinrent ainsi au centre de la troisième ligne, où se tenait Othon. Dès le premier
choc l'empereur est culbuté, son cheval est tué sous lui : le baron Ostermall , commandant la garde du monarque , lui donne son propre cheval , et veut le défendre contre ces hardis assaillants; mais Ostermall , renversé lui-même, expire sous les roues du char impérial. Othon courait à son tour le plus grand danger* Un chevalier picard , nommé Gérard de Trie , se précipite sur le prince, et cherche à le percer de sa dague ; mais les pièces de l'armure sont si bien jointes , qu'elle ne peut se frayer une voie. Ces jeunes preux , qui venaient de sauver leur roi , voulaient tous avoir la ^oire de faire prisonnier un empereur ; les plus ardents sont Mauvoisin, Sargine, Gérard, Garlande, et le comte de Bar : la querelle qui s'éleva entre eux devint le salut d'Othon , en lui laissant le loisir^de s'échapper de leurs mains et de gagner la plaine. Guillaume Desbarres se trouva sur le passage du fuyard : son cheval venait d'être tué ; il arrête par la bride celui de l'empereur; sa haute taille lui permet de saisir le monarque à bras le corps : il pensait l'entraîner et le jeter sur la poussière , mais le coursier, ayant reçu au même instant un coup d'épée dans l'œil , fit un efibrt extraordinaire et enleva son maître ; l'intrépide Français, quoique armé pesamment^ le suivit à pied au milieu des escadrons alliés. Desbarres se vit bientôt entouré , et allait devenir la victime de son audacieuse valeur, lorsqu'il fut dégagé par le sire de Couci , qui conduisait les milices de Laon.
Othon, blessé dangereusement à la tête et au bras droit , abandonna précipitamment le champ de bataille, quoique les dernières lignes allemandes lui offrissent un refuge assuré. Ces troupes voyant le monarque troublé, cherchant son salut dans la fuite , durent perdre toute couQance. Albert , duc de Saxe , qui montrait la veille tant de jactance dans le conseil , se battit mollement :
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il delermina son mouvement de retraite , entraînant après lui les 16,000 hommes formant les derniers obs* tacles. Mathieu de Montmorency se mit alors à le pousser, afin d'empêcher les Saxons de revenir sur leurs pas: en effet) ces bataillons tudesques présentaient une masse capable de recommencer l'action sans trop de désavantage. Le héros français les harcela sans cesse, et les entama plusieurs fois; il lutta long-temps contre eux loin du premier champ de bataille , et prit de sa main douze enseignes surmontées de Paigle impériale.La défaite du centre et la retraite des Saxons laissèrent à découvert les deux ailes; elles furent tournées entièrement. Quoique enveloppées et privées de leurs chefs, elles disputaient encore la victoire. L'aile gauche, qui avait perdu le plus de monde, et dont le commandant supérieur , Ferrand , venait de tomber au pouvoir des Français , se trouvait dans une désorganisation totale. Le roi chargea Thomas de Saint- Yaleri et le sire de Mareuil d'achever sa défaite ; quant à lui , il dirigea tous ses efforts contre Renaud , qui rér sistait toujours à la tête de l'aile droite. Les soldats anglais, excellente troupe réglée, opposaient une impassible raideur à la fougue des Français; depuis trois heures que durait l'action , ils n'avaient point reculé d'un seul pas : le sire de Nesie , qui voulut charger sur eux, fut tué du premier choc. L'évêque de Reauvais prit le commandement des milices de la Picardie après la défaite du sire de Nesle , et ramena une seconde fois contre les Anglais les communales , qu'il savait animer autant par ses paroles que par ses actions. Le prélat , armé de sa massue de chêne , abattait les chevaliers , laissant à ses écuyers le soin de les saisir et de les faire prisonniers. L'évêque , ayant rompu plusieurs rangs, se trouva en présence du comte de Salisbury : celui-ci fond sur Philippe de Dreux et veuit
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le percer de sa longue épée , dont il avait pris le surnom; mais son adversaire la lui brise dans les mains, l'atteint de plusieurs coups de sa massue , et le précipite de chevaL Heugues de Boves , efTrayé du sort de Saiisbury, voyant sa droite tournée par les Bretons, abandonne lâchement le combat , prend la direction de Camphain , le seul point resté libre, et entraine dans sa fuite les Anglais , tant Texemple est puissant même sur les hommes valeureux. Le comte de Boulogne cher*che vainement à les retenir : il avait formé, derrière la ligne du comte de Saiisbury, quatre bataillons ronds de piquiers , dans le dessein de résister à la cavalerie. En effet, pendant long- temps les charges des féodaux de Bretagne et de France vinrent échouer contre ce triple rang de lances; souvent aussi ces bataillons s'ouvraient, et le comte de Boulogne en sortait à la tête d'un gros de gens d'armes, tombait sur les assaillants et les repoussait* Toutes les chroniques ont décrit cette manœuvre d'une manière très*claire.
Guillaume , comte de Ponthieu , jaloux de rétablir sa réputation, se distingua en cette circonstance par l'ardeur qu'il mit à rompre ces bataillons : engagé presque seul au milieu d'une de ces phalanges , il eut son cheval tué sous lui ; sa lance , son épée et sa dague furent brisées ; alors il se battit à coups de gantelet et à coups de pieds {brachiii et munibus loricaiit). Les chevaliers de sa bannière , surmontant tous les obstacles , parvinrent à le dégager. Le péril auquel Guillaume venait d'échapper^ ne fit que l'enflammer davantage j il se joignit au comte de Dreux pour forcer Renaud dans son dernier refuge. Bientôt le comte de Boulogne eut 'à résister aux masses réunies du centre et de l'aile gauche de Philippe ; bientôt ces bataillons de piquiers furent anéantis ; bientôt il se trouva , avec une poignée de
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cavaliers, en présence des gens d'armes de France. Dans ce moment difficile, il déploya une bravoure surnatu-«relle ; ses chevaliers , enflammés par son exemple , se filment hacher sous ses yeux; enfin , un banneret de la chevauchée du comte de Dreux, Pierre de la Tourrette , qui combattait à pied , s'élance vers Renaud , et plonge son épée dans le poitrail du cheval de ce prince. Un chevalier brabançon , voyant le coursier chanceler, enlève Renaud des arçons , le place sur un nouveau destrier, et Pentratne dans sa fuite ; mais , pressé par les Français, ce généreux guerrier s'arrête et fait tête à l'ennemi, afin de donner le temps au comte de Boulogne de rejoindre un gros de cavaliers belges qui combattait encore valeureusement. La fortune trahit les nobles efforts de ce banneret : il fut culbuté et foulé aux pieds des vainqueurs , à qui Renaud lui-même ne put échapper ; un des varlets du comte de Ponthieu coupa d'un coupdedague le jarret de son cheval, qui tombaen tenant le comte de Boulogne embarrassé sous lui. Alors Hues et Gauthier, Desfontaines et Jean de Roberoi , écuyers picards, se jetèrent sur ce prince^ se disputant l'honneur de le faire prisonnier; mais leur querelle s'échauffa tellèibent qu'ils allaient le tuer pour trancher le différend , lorsque Guérin survint et Parracha de leurs mains, en interposant son autorité : il fit monter Renaud sur un nouveau destrier* Dans le même instant on vit s'avancer tin escadron de gens d'armes brabançons , commandé par Amoul d'Oudenarde, qui accourait pour délivrer lé comte de Boulogne : à cette vue , celui-ci se laisse glisser de cheval, afin que ses gardiens ne puissent pas l'emmener ; mais Guériû ayant rallié plusieurs centaines de Français qui combattaient en tirailleurs , les pousse contre les Brabançons : ceux-ci sont obligés de
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chercher leur salut dans une prompte retraite ; Guérin reprend Renaud , qui demeure captif.
La défaite du comte de Boulogne étant consommée, le champ de bataille ne présentait plus que Taspect du désordre; des masses privées de leurs chefs s'échappaient dans toutes les directions : toutefois , au milieu de cette confusion générale , on distinguait un gros de 700 cavaliers flamands et brabançons armés pesamment, qui, se tenant serrés, cherchaient à gagner la chaussée de Saint-^Amand ; ils se battaient en marchant , et leur contenance était propre è remplir d'assurance les fuyards qui venaient se rallier à cette phalange. Philippe -Auguste , craignant que cette division belge ne devint le noyau d'un nouveau corps, lança contre elle 3,ooo hommes commandés par le comte de Ponthieu et Thomas de Saint- Valeri. Le choc des Français fut si terrible, que ces derniers escadrons de l'armée alliée furent anéantis en un instant. Après leur déroute, la plaine n'offrit plus à tous les regards que des bandes de fuyards : c'est alors que commença le carnage , car à cette époque ce n'était pas durant le combat qu'il périssait beaucoup de monde; les fortes armures rendaient les hommes impénétrables aux coups; mais lorsque la bataille était décidée, c'està-dire que l'une des deux années avait gagné lef terrain de l'autre , que celle-ci privée de ses chefs déterminait son mouvement de retraite, alors les vaincus poursuivis étaient écrasés sous les pieds des chevaux , ou culbutés dans les rivières et dans les fossés : personne ne songeait à sauver les débris de tant de bataillons. Les bannerets, les chevaliers , les simples féodaux , à qui l'honneur interdisait la fuite, périssaient sous des monceaux de cadavres , ayant vainement essayé d'arrêter ces flots de fuyards : voilà pourquoi les vaincus perdaient tant de monde.