‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoireChapitre 9 sur 51 · SIRE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

SIRE DE MONTMORENCY

une fille , Aliénor , qui fut leur seul enfant : elle cpousa, en 121 o , Robert Gâie-Bled , .fils du comte de Dreux.

Henri , sire de Grand-Pré , fort estimé de Philippe- Auguste , était vaillant guerrier et surtout fin eoutumier (légiste). Tous les barons ses voisins, les évêques et même le roi , le prenaient souvent pour arbitre dans leurs contestations. Ordile , fille du sire de Grand-Pré, épousa le sire de Joinville (l'historien). ^ ,

Adam , vicomte de Melun : ce feudataire descendait, par les femmes, de Heugues Gapet; on le regardait comme l'un des plus braves et des plus riches vassaux de la couronne. Il se signala , en 1207 » P^^ ^°^ victoire qu*il remporta sur Emery VII , comte de Thouars , commandant les forces anglaises.

Simon , sire de Joinville , le père de l'historien * il se montra le seigneur le plus intraitable de son temps, et eut de vifs démêlés avec les comtes de Champagne. Le roi de France se vit obligé souvent d'intervenir dans ces querelles.

Henri , comte de Bar , prince jeune et brillant , que la chronique de Flandres (Albéric) appelle virjuvenù œiate , animo senex , et forma venustus ; son neveu le duc de Lorraine , plus âgé que lui , servait dans Tarmée des alliés.

Barthilemti do Raye ^ Tun des plus dévoués serviteurs de Philippe* Auguste , accompagna ce prince dans la conquête de. la Normandie., et s'y distingua. Le roi, voulant récompenser ses services , le nomma , en 1209 , chambrier de France* .

Parmi les autres bannerets on distinguait : Guillaume de Garlande , allié à la famille des Montmorency , possesseur de riches domaines dans la Brie ; Pierre de Mauvoigin , Gérard de Trie du Vexin , parent de Renaud , comte de Boulogne ;' Etienne de Longchamps j,

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Dieudonné Tristan ou Destaing , Guillaume Desbarres, banneret picard déjà célèbre par ses exploits en Normandie ; Raoul de Clermont , devenu seigneur de Nesle par son mariage avec l'héritière de cette maison ; les deux Mareuil du Ponthieu , et Pierre de la Tourrette , bannerets du pays chartrain (i).

Nous finirons cette nomenclature par le nom d'un personnage illustre , et qui joua un des principaux rôles dans cette mémorable campagne. Guirin , issu d'une famille obscure , originaire de Pont-Sainte-Maxence , s'était fait admettre fort jeune parmi les chevaliers hospitaliers de Jérusalem , ordre religieux et militaire ; il fit en Palestine l'apprentissage de la guerre. On le crut capable , à l'âge de dix-huit ans , en raison de sa précoce perspicacité , de remplir auprès du roi de France une mission très-délicate. Philippe , démêlant dans le chevalier de précieuses qualités , le retint en France, le nomma conseiller d'Etat en l'adjoignant au cardinal de Champagne,son premier ministre. Geprincepai tant pour la Terre-Sainte , laissa à sa mère la régence, et à Guérin le soin de diriger les affaires. Malgré ses fonctions administratives 9 ce ministre s'occupa toujours du militaire: la campagne de Normandie de i2o5 et celle de 1206 se firent d'après ses plans. Philippe*Auguste choisit Guérin pour son ami de cœur , comme Louis-le-Gros agit à l'égard de Suger ; il le nomma garde-des-sceaux et premier ministre , après la mort du cardinal de Champagne, Le roi demanda pour lui le chapeau de cardinal; on lui objecta que Guérin n'avait point encore exercé l'épiscopat : le ministre fut alors nommé évéque de

(i) Voyez, à la fin du volume, la liste en la lin et en français de tous les chevaliers à bannière qui assistèrent à la bataille de Bou^ vines.

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Senlis à la place de GeofTroi qui , ne pouvant continuer ses fonctions vu son énorme corpulence, se démit de son siége(i). Guérin n'était point encore sacré en 1214; aussi l'appelait-on electus , élu. Malgré ses hautes dignités ,ilse faisait appeler frère Guérin , et conservait pour le métier des armes une prédilection particulière : il portait toujours sur sa coite de mailles l'empreinte de la croix blanche , signe distinctif de l'ordre hospitalier de Jérusalem. Philippe-Auguste voulut que le prélat l'accompagnât dans la campagne qui allait s'ouvrir , et qu'il remplit auprès de lui les fonctions les plus élevées : Guillaume-le-Breton dit qu'il était le premier aprks le roi. Dix chapelains accompagnaient Philippe-Auguste dans ses voyages et dans ses guerres. Le premier chapelain , lors de la bataille de Bouvines , était ce Guillaume-le-Breton qui a laissé un poème latin intitulé Philippidos , plus une chronique latine 9 qui est la continuation de celle de Rigord , son prédécesseur dans la charge de premier chapelain (2).

Le roi partit de Lille le 26 juillet , franchit la Marque , et laissa une forte division au pont de Bouvines (3), deux lieues et demie sud-est de Lille et trois lieues sudouest de Tournay ; point très-important, caria rivière traversait des marais qui formaient un obstacle invincible. La Marque ayant changé son cours i le lit a incliné vers la route de Lille ; le pont existant en 1 214 était

(i) Gallia christiana , Ste-Marthe , in^foL, t. x, p. io45.

(a) Les historiens modernes citent Rigord pour la bataille de Bouvines ; c'est une erreur : Rigord , médecin et chapelain de Philippe-Auguste, commença à écrire'en 11799 et mourut en 1209, cinq ans avant la bataille de Bouvines.

(3) Mézerai place Bouvines sur la Meuse, et fait jouer à ce fleuve un rôle dans cette circonstance ; cependant la Meuse se trouve a plus de vingt lieues.

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ea bois, et se trouvait cent pas plus rapproché de Cysoing, Quoique au milieu de l'été , la Marque se trouvait fort enflée par suite des orages continuels du mois de juin.

Philippe - Auguste poussa jusqu'à Toumay, naguère occupé par utie garnison française; mais le gouver-neur , Erard de Montfaucon , cédant aux instances de Ferrand , ouvrit ses portes aux alliés. Les Flamands pénétrèrent dans l'intérieur et pillèrent plusieurs églises; ce qui irrita tellement les habitants , qu'ils se soulevèrent en voyant approcher l'avant-garde des Français ^ et fot*eèrent les soldats étrangers à baisser les ponts^levis. Philippe-Auguste arriva avec toute son armée ; il avait suivi la route de Bouvines , car le chemin direct ûe Lille àTonrnay que l'on tient aujourd'hui n'existait pas alors : il fit son entrée dans Toumay aux acclan^ations de la population. Mathieu de Montmorency et le comte de Saint-Paul, ayant précédé le roi à la tête d^une forte division , s'emparèrent des postes principaux , de manière à rester maitres des passages de l'Escaut. Philippe, en portant son quartier^énéral à Tournay, se proposait d'éloigner de ses frontières le théâtre de la guerre ; il savait que l'empereur occupait déjà Valenciennes , mais il ignorait sur quel point Tennemi dirigerait tontes ses forces. Dans la nuit du 26 au 97 juillet, ses espions Finformèrent que l'empereur, ayant laissé ses bagages à Valenciennes , était arrivé le matin à Mortagne , petite ville située au confluent de la Scarpe et de TEscaut , à trois lieues sud-ouest de Toumay : un poste français défendait ce point intéressant; mais Erard de Montfaucon entraîna dans la défection le commandant et la garnison de Mortagne, de manière que les alliés ne trouvèrent aucune résistance. Othon suivit la chaussée de Saint-Amand , en côtoyant la rive gauche de la Scaî pe ;

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il fit prendre position à son armée en avant de la ville, se fortifia dans ce lieu, en annonçant l'intention d'y attendre la totalité de son armée, dont plusieurs divisions , marchant sur ses flancs, n'avaient point encope opéré leur jonction : dès l'arrivée de ces dernières cohortes , il devait marcher sur Tournay afin d'enfermer dans cette place les Français et leur roi.

Aussitôt que Philippe eut recueilli ces renseignement^, il assembla le conseil , où furent appelés les principaux barons. Il y fat reconnu que la position de Tournay n'offrait aucun avantage, mais on se partagea sur la question de savoir si l'on battrait en ret^^aite vers Lille , ou si Ton irait droit à Mortagi^e attaqiier l'eippereur. Philippe penchait pour le dernier parti ; ce prince voulait aller fondre incontinent surdon rival; il. devait rencontrer peu de contradicteurs parmi cette boi:^illante chevalerie de France: en effet chacun se rangea de cet avis. L'assemblée agitait les moyens d'ex^cutioa , lorsque l'on intrikhiisit dans la salle du conseil un émissaire envoyé secrètement par le duc de Ib'abant. Ce prince , entraîné trop légèrement dans la querelle de Ferrand, éprouvait du regret de se battre contre Philippe^Àuguste son beaupère, dont il estimait le caractère et redoutait l'énergie; soit reste d'affection^ 3oit désir de Qalmer la colère du roi , le duc voulut lui prouver soq dévouement en lui donnant un avis essentiel : il lui fit dire par un clerc de sa maison qu'on n'eut pas à s'engager dans les cliemins de Mortagne , attendu que le terrain fangeux arrêterait nécessairement la marche de la cavalerie , la principale force des Français , et que las alliés occupaient une position capable de défier t'attaque, la mieux combinée.

Des informations prises sur les localités vinrent doqner plus de poids à cet avis bienveillant : le roi et ses lieu-;tenants abandonnèrent leur première résolution ; on

décida de partir de très-bonne heure de Tournay , et de gagner la plaine de Lille par le pont de Bouvines, afin d'engager les Impériaux à sortir de leur position , et de les attirer dans un lieu plus propice aux manœuvres de la cavalerie. On fit les dispositions nécessaires pour mettre ce plan à exécution dans le plus court délai.

Le camp fut levé dans la nuit, et l'armée se forma en colonne de marche par divisions; les milices communales tenaient la tête , précédées néanmoins d'un corps de féodaux commandé par Mathieu de Montmorency ; le reste de la chevalerie devait servir d'arrièregarde et couvrir la marche de Tinfanterie. On se mit en route vers cinq heures du matin : le rpi, entouré de ses clercs et de ses chapelains , cheminait sur le flanc des communes. Mais Ton n'avait pu cacher ces préparatifs de départ aux espions de Ferrand , qui allèrent en toute hâte annoncer à l'empereur que les Français prenaient la direction de Lille ; et comme, en courant y le trajet de Tournay à Mortagne pouvait s'exécuter en moins de deux heures , Othon fut averti assez à temps pour changer ses mesures. Il réunit les principaux chefe des alliés , et leur annonça que les Français , effrayés de l'approche de l'armée impériale, battaient en retraite rapidement sur l'Artois , et qu'il fallait se mettre à leur poursuite sur l'heure même: cet avis fut accueilli avec transport; une joie insensée régnait dans cette conférence. Othon prononça un discours dans lequel son animosité contre Philippe parut dans toute sa force : « Jurez , dit-il aux princes confédérés, que si dans le cours de la campagne qui va s'ouvrir vous vous trouvez en présence de Philippe , vous ne lui ferez aucun quartier , et que sa mort sera pour chacun de vous l'exploit le plus envié. Pour moi, je jure sur ce fer, ajouta-t-il en tirant son épée, de ne reparaître en Germanie que lorsque

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)e serai entre dans Paris et que j'y aurai faille partage du royaume de France. »

Ces paroles exaltèrent tellement les esprits , que les princes coalisés ne voulurent pas attendre que l'on fût réuni dans la capitale des Gaules pour démembrer l'empire des Francs ^ et l'on procéda incontinent au partage, comme si la conquête en fût déjà achevée. Othon s'adjugea le pays de Metz et une partie de la Champagne ; Ferrand , Paris et l'Ile-de-France; Renaud , la Picardie; Salisbury , le pays de Dreux ; le Palatin du Rhin , le Gatinois; Heugues de Boves, la Brie; Conrad de Spolette, le Beauvoisis; le duc de Lorraine, la Touraine; Hervé de Donzi , le Soissonnais ; on abandonnait au roi d'Angleterre la Normandie et toutes les provinces conquises par Philippe-Auguste. Othon, s'étant attiré les foudres de l'Eglise , détestait le clergé : il insistait pour qu'on distribuât les biens des abbayes aux capitaines et aux soldats. Cependant Renaud , comte de Boulogne ne montrait point la même confiance ; il laissa évaporer cette fougue, et voulut éclairer les autres vassaux : a iSoyez persuadés, leur dit-il, que si les Français quittent Tournay ce n'est point pour prendre la fuite , et au lieu de ne songer qu'à les atteindre dans leur retraite , disposez-vous plutôt à les combattre de front ; ne doutez pas que pour les vaincre aussi facilement qu'on le dit , il faudrait les trouver plongés dans le sommeil et privés de leurs armes : je regarderais comme plus prudent de se contenter de les suivre dans leur mouvement rétrograde, et d'observer leur attitude sans en venim à une ac< tion générale. »

Albert, duc de Saxe, interrompit vivement le comte de Boulogne, en objectant que les Français n'étaient point aussi redoutables qu'on voulait bien l'annoncer :

ce et bientôt , dit-il , mes Saxons leur apprendront à se

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battre ; ce que je crains le plus , c'est qu'ils ne nous échappent. — Soyez sûr qu'ils ne fuiront pas, reprit Renaud avec impétuosité : je persiste à soutenir qu'on ne doit pas se presser d'engager l'action , voilà mon avis. — Cet avis est dicté par la crainte , » s'écria Heugues de Boves , ennemi de Renaud , quoique servant sous les mêmes enseignes. Cette apostrophe blessa sin* gulièrement le comte de Boulogne : « La crainte ! repliqua-t-il en courroux ; nous verrons lequel de nous deux aura le plus de peur. » En disant ces mots il sort du conseil , fait monter à cheval ses hommes d'armes , et, sans attendre aucun ordre , se met en marche en prenant la direction de Tournay (i).

Cependant les discours de Renaud produisirent quelque sensation sur l'esprit de l'empereur Othon, dont la faiblesse égalait la jactance : il aurait cédé aux conseils du comte de Boulogne si on lui en eût laissé le loisir; mais, n'étant pas le maître d'en imposer aux passions tumultueuses de ces grands vassaux, il se vil obligé de suivre le mouvement.

L'armée alliée se forma en trois grandes colonnes qui marchèrent à la même hauteur; celle du centre ne rencontra point d'obstacle, mais les deux autres percèrent fort difficilement au travers des bois du pays. d'Orchies et de Tournay. On laissa à Mortagne les varlets et les bagages : toutefois Othon n'oublia point d'amener quatre chariots chargés de cordes , lesquelles devaient servir à lier les chevaliers français dont ses soldats allaient se saisir* Des rapports successifs apprirent à l'empereur que Philippe' dirigeait les divisions d'avantgarde, et qu'il passerait le pont de Bouvines le pre-

(f ) Le récit de cette scène se trouve fort au long dans h chronique de Tabbé de Senones. (Golieclion de don Bouquet.)

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mier : les propos des principaux chefs alliés confir** mèrenl Othon dans cette croyance. Dès lors le plan des opéralions fut modifié , et Ton se décida à fondre sur la queue de Tarmée française, pour que la journée ne se passât point sans qu'elle essuyât un échec notable : on devait le lendemain se mettre à la poursuite de Philippe, pour l'immoler au milieu de sa chevalerie. Ces informations manquaient d'exactitude, et l'ennemi s'abusa sur la situation des choses : Philippe était loin de reculer devant l'occasion de combattre, et s'il n eût écouté que son humeur martiale, on serait allé au-devant des Allemands ; la raison , puissante sur son âme , lui fit une loi de ne point s'exposer à un grand revers par trop de précipitation. Les espions l'instruisirent d'une manière ^i exacte , qu'il sut parfaitement ce qui se tra-* mait à Mortagne, et les déterminations prises dans le conseil. Le roi ordonna à Guérin et au vicomte de Melun de barrer le chemin de Mortagne avec â,5oo hommes de cavalerie ; quant à lui , il s'arrêta à deux cents pas du pont de Bouvines pour voir filer les troupes. Guérin et le vicomte de Melun ne furent pas longtemps sans apercevoir les allia : l'empereur s'avançait difficilement au travers d'un pays de tourbières , entremêlé de petits ruisseaux; son armée cheminait bannières déployées , comme pour commencer l'action : les gens d'armes brabançons marchaient en tête , sous les ordres du comte de Ek>ulogne« Si Othon fût parti quelques heures plus tôt il serait venu tomber au milieu de la colonne de Philippe , car le chemin de Mortagne coupait à angle droit celui de Tournay. Guérin n'eut pas plus tôt aperçu ces épaisses divisions qui s'étendaient à perte de vue dans le pays de Saint-Amand, que, laissant le vicomte de Melun à l'embouchure de la chaussée ,

il revint en toute hâte auprès de Philippe pour lui faire son rapport*

Guërin trouva le roi assis sous un frêne, désarmé, la tête nue, et même un peu assoupi : la chaleur commençait à devenir fort incommode. Le monarque ne parut point troublé de ce qu'on lui apprenait, et il ne changea point de résolution ; il laissa les milices passer le pont de Bouvines , en ordonnant à Mathieu de Montmorency de suivre la chaussée de Lille. Guérin fit déployer en ligne parallèlement à la Marque les troupes féodales, formant une masse de 18,000 hommes tous à cheval, afin de masquer et de protéger à la fois la marche de l'infanterie. Un chevalier envoyé par le vicomte de Melun vint annoncer que l'armée impériale , abandonnant le dessein de s'engager dans ia plaine de Bouvines , exécutait un mouvement sur son flanc droit pour prendre la direction de Tournay : en effet , à Ja hauteur de Vèze l'ennemi avait trouvé dés obstacles qui l'obligèrent d^obliquer; il essaya inutilement de percer au travers du pays d'Orchies , pour arriver droit à la Marque et couper ainsi la retraite aux Français : deux divisions, égarées dans ces bois, ne purent rejoindre le corps principal. Cet avis détermina Philippe à presser le passage du pont, bien .persuadé qu'on ne verrait point d'engagement ce jour-là, 27 juillet (dimanche) , attendu que dans les mœurs du temps la r^gle prescrivait de ne point combattre un jour sanctifié. Un second chevalier de la division du vicomte de Melun , accouru à toute bride, apprit au roi que la cavalerie flamande en était venue aux mains avec Tarrière-garde française. A cette nouvelle Philippe se lève , va droit à sa noblesse , en criant d'une voix éclatante : Aux armes^ barons, aux armes ! il appelle aussitôt autour de lui les

SiriE un MONTMORENCY. !)i

principaux vassaux, et met en délibération si l'on dort demeurer, ou hâter la retraite. Le duc de Bourgogne fut d'avis de passer la Marque, de rompre le pont de Bouvines, et d'aller attendre l'ennemi dans les plaines de Lens : la majorité des barons adopta cette opinion; mais Philippe- Auguste, Guérin ,et surtout Pierre de Courte-» nay , s'y opposèrent en objectant que les alliés ne leur donneraient pas le temps d'exécuter cette manœuvre , et quHl valait mieux présenter à Tennemi une ligne de bataille pour le contenir; que, dans cette position, on serait à même d^efTectuer un mouvement décisif pendant la nuit.

Cette opinion prévalut : Philippe envoya l'ordre à Blontmorency de revenir sur ses pas, et de repasser la Marque avec les milices et l'oriHamme. De son côté , Guérin rangea en bataille la cavalerie en la formant sur son arrière-garde qui venait de se replier ; toutes l)ss chroniques s'accordent sur ce point, que Guérin dit aux nobles , en les plaçant sur huit lignes simples : c( U faut que dans ce jour tout homme d'armes puisse voir l'ennemi; et d'ailleurs, il n'est pas juste que l'un serve de bouclier à l'autre. » Ce discours prouverait qu'il disposa les lignes à rangs ouverts : ce prélat chevalier , doué d'un bel organe (poee clarissimà) , transmettait ses commandements avec rapidité. Tandis que Guérin achevait les dispositions matérielles en général expérimenté , le roi ne négligeait rien pour exalter le moral de ses soldats : il se mit au centre de la ligne , réunit les feudataires les [dus influents, les entretint de Thonneur de la France, des intérêts delà patrie. U fallait songer à un soin tout particulier, celui de choisir un chevalier pour tenir la bannière royale , parfaitement distincte de Voriflamme. Nous avons dit que pendant les marches un chapelain la portait suspendue au cou, mais on Ia

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