‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoireChapitre 18 sur 51 · JACQUES DIS LA MAUCUB. 20L · texte numérisé non relu

JACQUES DIS LA MAUCUB. 20L

distingué par sa bravoure, et très-aimé du duc de Noi*maudie ; Ferrant promit de le mettre en liberté si le duc voulsiit accepter un combat à outrance de 200 contre aoo : on accueillit rpfire avec transport. Le jeune prince quitta le siège de Nantes; et quoique héritier de la couronne de France, il ne balança pas à courir les chances d^une jûûte à fer émoulu, et céda dans cette occasion le commandement au comte de La Marche, que toute Tarmée ne désignait que par le nom de /leur des ehevalien. Les barons les plus considérés des deux armées se portèrent comme poursuivants : on citait, du côté des Français, outre les deux princes déjà nommés, le roi de Navarre , les ducs d'Alençon , de Lorraine et d'Athènes , le vicomte de Rohan , le seigneur de Briquebec et Sauvage d'Attigny, qui obtint la permission de combattre ; son sort dépendait d'ailleurs de l'issue de la joute. Parmi les Bretons du parti de Montfort, on citait les sires de KergorUy , de Chateaubriand, de Papillon de Sainte Gilles, de Rouvre et Le Borgne d'Hause. Au jour fixé les 400 combattants se rendirent dans une plaine voisine de Yalgarnier ; les deux divisions de aoo hommes se rangèrent en bataille, comme eussent agi de grandes armées. Jacques de la Marche se mit au centre en qualité de général en chef; le duc de Normandie commandait la gauche, le duc d'Athènes la droite. Après une courte prière, et au signal donné par le beffroi de Valgarnier, les combattants, la lance en arrêt, fondirent les uns sur les autres : Jacques de Bourbon enfonça le centre , qui lui était opposé ; les ducs de Normandie et d'Athènes, moins heureux, plièrent devant leurs adversaires; mais le comte de La Marche , divisant sa troupe en deux parties , les secourut à propos : enfin , au bout de trois heures d'efforts inouïs, les Bretons, vaincus, se

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firent tuer h Texception de trente, qui demeurèrent prisonniers. Froissard , toujours injuste lorsqu'il parle des Français , dit que le duc de Normandie ayant ordonné d'égorger ces trente Bretons , voulut qu'on lançât leurs têtes surles remparts de Nantes : c'est une absurde calomnie, que dément le caractère bien connu du duc de Normandie (le roi Jean ), et des chevaliers qui partagèrent sa victoire. Yillani, historien impartial , et étrangerà la querelle , ne fait pas mention de cette barbarie , et pourtant il enti^e dans de minutieux détails au sujet de ce]^combat : ce chroniqueur admire même la loyauté que l'on y fit paraître de part et d'autre. Au reste , la circonstance la plus remarquable de ce fait d'armes, c'est que Jean deMontfort et Charles de Blois, pour qui Ton se battait en Bretagne , n'y prirent aucune part.

Montfort resserré dans Nantes , craignant de payer de la vie une trop longue résistance , car il avait été déclaré criminel d'Etat par la cour des pairs, capitula le. i8 décembre i34i : le duc de Normandie le conduisit lui-même k Paris , et le remit entre les mains du roi son père« Montfort fut enfermé dans la tour du Louvre. La plupart des chevaliers français quittèrent la Bretagne à la suite du prince ; mais , sur les instances de Charles de Blois , Jacques de La Marche y demeura : ce général assura , par ses habiles manœuvres , le triomphe temporaire de la cause des Penthièvre. La captivité de Montfort semblait avoir décidé la querelle, lorsqu'une héroïne parut sur ce théâtre sanglant en i34a 9 et ralluma le flambeau de la guerre; c'était Jeanne de Flandres, femme de Montfort : les grâces de son sexe la distinguaient moins que l'intrépidité du soldat. A la nouvelle de la défaite de son époux, elle prit son jeune fils dans ses bras, le présenta aux bannerets bretons de son parti ainsi

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qa'auxboargeois de Rennes^et implora leur secours en les exhortant à continuer la guerre. Tandis qu'une femme arrêtait la fortune par son courage , et s'élançait sur les champs de bataille pour animer les siens , Jacques de La Marche , né pour le métier des armes , s'en voyait arraché par l'ordre de son roi , pour aller remplir une mission d'un genre tout particulier.

Depuis que le Saint-Siège résidait dans le Comtat venaissin , les successeurs de Philippe-le-Bel mettaient beaucoup de soin à ce que l'élection du pape eût lieu sous leurs auspices; plusieurs dignitaires de la couronne , et même des princes de la maison royale , y assistaient : c'est ainsi qu'on avait vu Philippe- le- Long , étant comte de Poitiers , présider à celle du pape Jean XXII , en i3i6. Une telle influence , exercée dans une pareille circonstance , établissait d'une manière efficace la suprématie que les monarques français devaient «xercer en Europe. Benoit XII mourut le 25 avril 1842; on lui donna pour successeur le cardinal Pierre Roger, archevêque de Rouen : c'était le quatrième Français qui , depuis quarante ans , montait sur le trône de saint Pierre ; il prit le nom de Clément VI. Le duc de Bourgogne , le dauphin viennois et Jacques de Bourbon présidèrent à son exaltation. Vers le milieu du mois qui suivit la cérémonie , le comte de La Marche était de retour en Bretagne , pour seconder Charles de Blois : l'étoile de l'héroïque Jeanne de Flandres pâlit devant la bravoure et les sages dispositions de ce terrible ^adversaire. Le duc de Normandie parut une seconde fois en Bretagne , accompagné du roi de Navarre , du duc d'Alençon , de Louis de ChâtlUon , des comtes de Boulogne , de Dammartin , des sires de Rougé , de Craon ^ de Sully, de Fiennes , de Gouci , et de 3o,ooo hommes^

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Philippe de Valois ne mit sur pied un armement si considérable que pour s'opposer aux dessein^ de l'ambitieux Edouard , qui soutenait la comtesse de Montfort au moyen de secours puissants : ainsi , une querelle qui aiu*ait dû se vider dans le coin le plus recalé des Gaules , devint l'occasion d'une guerre longue , opiniâtre , et qui mit la France sur le penchant de sa ruine*

Robert d'Artois , avide de vengeance , demanda le commandement des troupes qui allaient passer en Bretagne ; Edouard attendait trop de son animosité pour le lui refuser. Robert , étant débarqué , annonça sa présence en portant le fer et le feu en tous lieux , comme s'il n*eût voulu laisser à Montfort que des ruines. Le rebelle vassal investit la ville de Vannes^ défendue par Hervé de Léon , Tournemine , Olivier de Clisson , Lohéac , et 1 emporta , ayant livré trois assauts vigoureux : les généraux bretons furent assez heureux pour échapper à son courroux. Pendant qu'il attaquait Vannes , Jacques de La Marché poursuivait le siège de Rennes , aidé du vicomte de Rohan : la place ^ défendue par le vaillant Cadoudal et pourvue abondamment de vivres , semblait inexpugnable. Le général français , ayant appris les succès de Robert d'Artois , resserra la ville en pressant les travaux; les habitants, craignant qu'une résistance trop prolongée ne leur devint fatale , se saisirent de la personne de Cadoudal , et ouvrirent les portes* Le comte de La Marche , charmé de la valeui du gouverneur , le combla de présents el le mit en liberté. La conquête de Rennes étant achevée , Jacques de Bourbon se porta rapidement au secours de Vannes ; mais il apprit en chemin la capitulation de ce boulevard. Olivier de Clisson et Tournemine , en étant sortis

furtivement , avaient rasâemblé un assez grand nombre de soldats ^ et marchaient pour surprendre Robert au milieu de son triomphe ; le comte de La Marche se mit à la tête de leurs forces , réunies aux siennes » parut brusquement devant la ville et commença un nouveau siége« Les barons des deux partis accoururent pour prendre part à l'action mémorable qui se prépa-» rait : cette fameuse querelle allait se décider sous les remparts de Vannes. Le comte de La Marche tenait dans ses mains le sort de la Bretagne ; tous les yeux étaient fixés sur lui et sur son redoutable adversaire. Uôbert d'Artois avait fait réparer à la hâte les fortifications ; mais son rival , jugeant qu'il perdrait beaucoup de monde en cherchant à edcialader des murs fort élevés et très-bien défendus , fit combler les fossés par un nombre considérable de travailleturs , brisa le pontlevis y rompit les portes à coups de catapulte , et se précipita le premier dans la ville. Robert contint dans^ rintérieur des flots d'assaillants qui pénétraient de toutes parts ; mais deux blessures le mirent hors de combat t il s échappa en enfonçant une poterne, erra long-temps seul et parvint enfin à gagner Hennebon. Robert se fit I transpbi^Cer par un vaisseau marchand à Londres , oii il termina une vie malheureuse, le 6 octobre i34a : son pèt*e était mort des blessures reçues au combat de Fumes ^ son grand-père fut tué à Gourtray ; son bisaïeul, fils dje Louis VIII et fondateur de cette branche , avait péri en Egypte à la baltaille de Mansoura. Ainsi ce vassal était le quatrième de sa race qui si|ccomt)ait les armes à la main : il laissait deux fils, alors détenus à Nemours pour les fautes de leur père. Les approches de la fnort, loin d'affaiblir te haine qub son cœur nourrissait a l'égard de la France , parurent la rendre encore plus»

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violente ; son dernier soupir fut un cri de rage contre son pays : il exhorta vivement Edouard à poursuivre ses desseins hostiles , l'assurant que sa cause trouverait dans le royaume de nombreux partisans. Les horreurs du trépas semblèrent s'évanouir à ses yeux , lorsqu'il entendît Plantagenet faire le serment de le venger. Ainsi mourut sur une terre étrangère un des petits-fils de Philippe -Auguste ; ses souhaits impies ne furent que trop bien exaucés.

Edouard savait aimer , ou du moins il savait donner d'éclatants témoignages de son amitié : ce prince voulut que les obsèques de Robert fussent magnifiques , et , désireux de hâter l'efiet de ses promesses , il franchit le détroit et alla débarquer sur les côtes de Brest. Philippe de Valois le vit arriver avec eSroi dans l'Armorique ; car , de la Bretagne , son entreprenant compétiteur pouvait pénétrer dans le cœur du royaume. Il quitta au plus vite Paris et entra dans le duché , accompagné de trois divisions : elles servirent à consolider les conquêtes terminées par Jacques de La Marche. Philippe atteignit Edouard non loin de Ploërmel ; cerné de tous côtés , l'Anglais se trouvait dans une situation pareille à celle d'où l'avait tiré Jeanne de Hainaut, lorsqu'un incident semblable vint encore le sortir de ce mauvais pas. Les cardinaux de Glermont et de Palestrine, qui accompagnaient l'armée, employèrent tout leur crédit pour arrêter le cours des hostilités : il advenait quelquefois que des évêques , transportés de l'ardeur martiale commune à tous les hommes de leur temps , s'élançaient au milieu des batailles ; mais cet exemple se représentait rarement , tandis qu'on en voyait très-souvent d'autres s'enfoncer dans la mêlée pour contenir la fiireur des soldats. Les cardinaux

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amenèrent les deux partis à conclure une trêve le 19 février i343 : ils méritèrent sans doute des éloges pour avoir empêché l'efTusion du sang ; mais Philippe , comme roi , encourut le blâme , car il laissa échapper une seconde fois une belle occasion d'écraser son mortel ennemi.

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