‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoireChapitre 20 sur 51 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Jacques dt La Marche arrête les progrès des Anglais. — Mort de

Philippc-de-YaloU*

' Jacqqvs de Bourbon aTail reçu trois Uessures; mars le sort de la monarchie l'occupait davantage que sa propre position : • il ne tint pas à lui que la victoire ne retùflaçàt la défaite : ayant servi le roi de son bras dans la bataille 9 il le servit de tout son zèle pour Taider à réparer ce désastre.

Philippe de Valois. trouva les débris de son armée rassemblés autour d'Amiens : il voulut les employer à- couvrir Paris ; mais quelle fut sa confusion en voyant les feudataires réunis dans la capitale de la Picardie , refuser de le seconder, en disant que le temps de service exîgç par les lois féodales était expiré! Ce prince fut au moment de se trouver seul* Le comte de La Marche , indigné d'un pareil procédé , annonça hautement qu'il n'abandon* nerait le r^i sous aucun prétexte : les Montmorency Ti^ mitèrent noblement r cet exemple , donné par de puis-

3l4 JACQUES DE LA MARCHB.

santés maisons , fit rougir la plupart des barons dissidents , et en rallia un bon nombre.

Au premier bruit des avantages extraordinaires remportés par les Anglais, Jean, fils atné du roi, abandonna la Guienne , où il se maintenait vainqueur : ce jeune prince rassura Paris et la Franoe en accourant à la tête de 4^)000 hommes. Philippe avait puisé de grandes ressources dans sa politique , toujours savante quoique souvent malheureuse ; il sut déterminer le roi d'Ecosse à fondre sur l'Angleterre, agressioo qui obligea Edouard à quitter le continent : on sait que Robert II échoua dans son entreprise , qu'il fut battu et pris par la femme de Pheureux Plantagenet , que la fortune favorisait à l'envi.

Philippe conduisit dans l'Artois la moitié des forces ramenées du midi par le duc de Normandie : il désirait secourir Calais, assiégé depuis plusieurs mois : on confia au comte de La Marche le commandement d'un corps destiné à contenir iQsFiama&ds } cesi p6uplQas,.ékUuis par les ra|>ide9 snocès 41Edouârâ ^ se détèrminèrant |^ unir leurs armes ai» sienn^a t ils investirent .Aîre 4aP3 le but de fkvoriser les opâ^fiions du âi^de'Galaîs.

Jacques de BqurbQn , :secondé paniies.lieutenàntli.Qypérimentés , Charles de Montmorency et Jean 4e;Lu0SW^ bourg , tnattre cette Ibis de régler les opémtiom d'après ses vttes partic^rlières, marcha <}ontveles!Elfiiman<b »y«ç une confiance entière : à son approclpLe^ l'iennemi abM*donna son blocus d^Aire } mais le gàiéral fbatiçais k^ atteignit an TOomeiit tA Jls^pîUaiecKtMenQevilk., illes mit «n pleine déroute^ et repandtct ia iterreor îusqu'M milw^ de leur pays : Bon 4ivâfi4-||anle enleva Cassd et. le livra avnc flanmiesé Apprenant '^^tmewoo^de «icnée deJBelges , réunie k «ine forte divisâon d'Aïq^ais i, mei^fait Saint-ômer:, il se porta capideiment sur -octte ville» Les

JACQCeS DE LA MABCHE.. 3l5

alliés avaient à leur tète le sire de Renti , guerrier d'un courage féroce ; le comte de La Marche Teuveloppa dans ses lignes, le surprit une nuit, le défit complètement , loi tua a,ooo hommes et en prit le double. La lutte dura quatre heures : lacques de Bourbon et les autres chefs se battirent une torche à la main (i). Ce revers fut d'autant plus sensible smx An- •glais qu'il laissait à découvert leur flanc droit : le vtiinqueur se mit en mesure d'opérer sa jonction avec l'année principale , afin d'accabler Edouard devant Calais. Son espoir fut cruellement trompé. Philippe de Yafeis, prompt a entreprendre, se rebutait facilement. Fatigué de la guerre , n'espérant pas forcer les Anglais dans une position plus redoutable que «celle de Crécy, il battit en retraite sur Paris ; les brillants avantages rea^rtés récemment par le comte de La Marche , furent donc en pure perte : ce général, voulant occuper son bras, se mit en mesure de secourir le comte de Blois , pressé par les troupes de son concurrent; mab on appritdansce moment 4a défaite dé ce prince : Tépoux de Jeanne de Penthièvre venait d'être battu et pris i la Roche*Derien (i8 juin i347 ) 9 1^ vicomte de Rohan , le sire «le Lai val de Montmorency (2) , les seigneurs de Gbftteattbriant^ de Rais, -de Boistd, de Machecou, de Rieux, de ia Jaïlle, de Lohéac, de Rostremen , périrent dans >cette occââîon^ le comte de Blois fut conduit en Angleterre (3) ; Mont-

(1) Galland, Hist. des guerres de Flandres.

(2} Le sire de Laval-Montmorency, tué à La Koche-Derien , fut enterré dans le chœur de l'église de Sain te- Madeleine de Vitré. Cent cinquante ans après , Anne , duchesse de Bretagne, détestant la mémoire de ce baron, opposé à ses ancêtres, fît enfoncer les yeux de là statue qui le représentait sur son tombeau» C^était Tusage de figurer, les yeux ouverts, ceux qui mouraient en combattant. (D'Argcntré , Hist. de Bretagne.)

(3) Dans le trajet les Anglais accablèrent ce malheureux prince

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fort, son compétileui*) gémissait également dans les fers. La comtesse àe Blois se montra aussi* courageuse que la comtesse de Montfort, de sorte que la Bretagne offrait le spectacle d'une querelle extrêmement vive , soutenue par deux femmes plus énergiques et plus habiles que leurs maris ; elles étaient lune et l'autre dépourvues des attraits dont brille ordinairement leur sexe , portaient toutes deux le nom de Jeanne; on distingua la première par le surnom de Boiteuie.

Pendant que ces héroïnes fixaient les regards de la chrétienté , Jacques de La Marche , bouillant d'ardeur martiale ^ se vit chargé d'une mission toute pacifique : il s'agissait d'attacher irrévocablement, par un mariage, le souverain du Dauphiné à la fortune de la France.

Humbert aux blanches maim , ayant perdu son fils unique, âgé de trois ans (i), ressentit une douleur qui absorba toutes ses facultés : ce prince voulut donnei* ses états au roi de France , son ancien allié ; en conséquence, il fit un traité en i343 , le- ratifia en i3>44; mais il changea d'avis plusieurs années après , lorsqu'il eut perdu sa femme , Marie de Baux, 1847 ' ^^ ^ trouvant pas trop vieux, Humbert songea à contracter une seconde union : il avait vu à la cour de France Jeanne de Bourbon , fille de Pierre V ; les grâces touchantes- de cette -princesse le séduisirent ; la splendeur de la maison de

d'insultes et d'humiliations ; tous les jours ils le contraignaient dese couTrir de son armure complète , et le forçaient ainsi à jouer de la vielle. (O'Argentré.)

(i) Une tradition populaire voulait que Humbert eût laissé tomber lui-même cet enfant dans l'Isère en le balançant d'une fenêtre du château de Beauvoir. Le président de Yalbonuais^ vers le milieu du dernier siècle^ découvrit, à la Chambre des Comptes de Grenoble, des pièces qui prouvaient d'une manière irrécusable que le fils de Hum.bert mourut de maladie.

JACQUES DE LA MARCHE. iïj

Olermont j le nouvel éclat que lui donnait chaque jour le chevaleresque comte de La Marche , le déterminèrent à former d'autres nœuds ; il invita Jacques de Bourbon à venir le visiter dans ses états; le prince se rendit à ses sollicitations , et arriva à Romans en 1349. ^'^^^ ^^ V^^ fut arrêté le mariage de sa nièce , qui devait hériter du Dauphiné si Humbert mourait sans enfants.

Philippe de Valois , dont la politique devenait chaque jour plus prévoyante , allait être frustré , par cet arrangement, de l'espoir de réunir le Dauphiné à la couronne; il para ce coup d'une manière fort adroite , et sans mécontenter la famille de Glermont , qui se recommandait par d'immenses services. Fort confiant dans la générosité de Humbert , le roi rapprocha du trône Jeanne de Bourbon en l'unissant de sa propre volonté à son petitfils Charles, destiné à porter le sceptre. Humbert, sachant maîtriser sa passion , tira une noble vengeance de cette offense, en donnant ses états à Theureux pos-. sesseur de celle qu'il aimait : le prince y mit une seule condition , ce fut que désormais le fils aîné du roi de France porterait le titre de dauphin , voulant que les enfants de la femme dont il avait recherché l'alliance, pussent tenir quelque chose de lui : Humbert espérait perpétuer ainsi dans les siècles futurs le souvenir de soa affection* Le sacrifice étant consommé, il courut se confiner dans un cloître (i). En voulant rallumer le flambeau de Thymen dans un âge avancé , Humbert n'avait fait qu'imiter l'exemple donné par le roi de France. Philippe conçut de très-bonne heure le projet d'unir son petit-fils à Blanche de Navarre , la plus belle personne

(1) Humbert , k sa pressante sollicitation, fut Dommé évéque de Paris, mais n'occupa point ce siège et mourut ensuite danff uncouireat d«. Dominicains.

3i8 Jacques db la harchr.

du temps ; mais en voyant cette jeune princesse, il se sentit enflammé de la plus Tiolente passion : le monarque, dont Pâme était flétrie par les revers , crut trouver des consolations à ses mortels ennuis dans les charmes d^une nouvelle union ; en conséquence , au lieu de donner la princesse de Navarre à son petit-fils, il l'épousa lui-même le 19 février 1849 9 ^^ °^^^^ après la mort de Jeanne de Bourgogne , sa première femme. Cet exemple fut suivi par son fils Jean , veuf depuis quelques mois , et qui s'unit en secondes noces à Jeanne de Boulogne , six semaines après le mariage de son père ; enfin , ce même Charles , destiné d*abord à Blanche de Navarre , devenue l'épouse de Philippe, se maria à son tour,' comme nous l'avons dit plus haut, avec Jeanne de Bourbon ; ce mariage , dicté par la politique , et dont l'eSet, gr&ce à la générosité de Humbert , devait amener la réunion du Dauphiné à la couronne , eut lieu le 8 août de U même année i349; ^^"sî) ^^^^ l'espace de six mois , le père , le fils et le petit - fils se marièrent et assistèrent aux noces les uns des autres; Philippe ne jouit pas long-temps des douceurs que lui procurait son hymen : il y rencontra , au bout de quelque temps , la fin d'une vie agitée , dont le début avait été si brillant. Il mourut à l'âge de SB ans, i35o.

Jacques de Clermont s'était vu entouré de considération sous le règne de Philippe de Valois , mais il ne jouit d'aucun crédit positif; sa noble franchise ne pouvait se façonner à la dissimulation de la politique ; ardent , impétueux , il ne respirait que les combats, non qu'il fût poussé par le besoin d'assouvir une fureur aveugle , mais l'amour de la gloire militaire le dominait exclusivement : cette passion s'alliait chez lui à toutes les qualités généreuses de Tâme : la sienne demeura constamment pure au milieu de la corruption générale. Le

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nouveau souverain appréciant tout son mérite , l'appela à prendre une part plus active à la discussion des affaires publiques,

Jean II, déjà célèbre par des exploits divers , parvenait au trône âgé de quarante ans : on le regardait comme le vengeur de l'Etat, comme le restaurateur de la monarchie ébranlée ; sa valeur étonnait à une époque oille courage était si commun; mais s'U déployait cette bravoure qui , au milieu des hasards de la guerre , fixe souvent la victoire , Jean manquait de cette fermeté si nécessaire aux rois pour résister aux orages ; ayant encore plus de bonne foi et de loyauté que son père , il fut aussi malheureux que lui dans la pratique de ces vertus: une espèce de bonhomie y très honorable chez un particulier, mais toujours fatale dans l'exercice delà royauté, le fit surnommer le Bon y titre que ce prince porta sur le trône , et qu'il perdit bientôt par des actes d'une justice que sa faiblesse même rendit cruelle.

Le premier de ces actes fut l'arrestation et le supplice de Raoul d'Eu , connétable de France ; ce feudataire s'était laissé prendre dans la ville de Caen , en 1846 , par Edouard III , sans opposer la résistance qu'on avait lieu d'attendre d'un grand ofEcier de la couronae : le vainqueur le traita avec tant d'égard qu'on les crut généralement d'intelligence : on permit même au connétable de s'absenter de l'Angleterre : Raoul prétextait que le besoin de ramasser l'argent nécessaire pour acquitter sa rançon, l'obligeait à ces fréquents voyages : quelques historiens disent qu'il venait ainsi dans le royaume pour entretenir le zèle des partisans de l'Angleterre. Philippe de Valois n'ignorait pas ces machinations secrètes; mais, fatigué de punir, ne voulant pas ensanglanter les félicités que lui ofirait son second mariage , il dédaigna de sévir contre Raoul , qui d'ailleurs , en qualité de pri-

sonnier de guerre , ëtait mort civilement. Jean II connaissait toutes les trames ourdies sous le règne de son père : les prétentions d'Edouard , quelque chimériques qu'elles parussent, lui causaient un eSroi perpétuel. Le nouveau roi regardait donc comme ses ennemis déclarés, ceux qui semblaient favoriser les vues du Plantagenet ; c'est d'après ces motifs qu'il fit arrêter le connétable : le roi ordonna qu'on lui tranchât la tête , au milieu de la nuit sans forme de procès , et seulement en présence de quelques hauts barons , du nombre desquels était Pierre de Bourbon» frère du comte de La Marche.

Nonobstant la culpabilité de Raoul , bien évidente à tous les yeux, cet acte portait le caractère de Tarbitraire» puisqu'on n'y observa aucune forme légale. En suivant l'enchaînement des événements postérieurs , on reste convaincu que la mort de Raoul d'Eu , dont on aurait pu faire un exemple salutaire, devint au contraire la cause immédiate des malheurs de Jean II. Un mécontentement universel éclata parmi la chevalerie ; après s'être vu enlever quantité de ses privilèges, elle avait à déplorer la perte de l'un des siens mis à mort sans jugement; cet exemple Tépouvantait. Le roi offrit l'épée de connétable à Jacques de Clermont, qui la méritait par des services éminents : le comte de La Marche la refusa (i), ne voulant pas hériter des tristes dépouilles de Raoul ; mais il ne s'^ montra pas moins ardent à défendre les intérêts du roi contre le parti des feudataires , dont plusieurs se mirent en état de rébellion ouverte.

La mort de Raoul de Nesle fut l'origine de tous les soulèvements particuliers qui agitèrent le royaume; Jean II semblait entretenir cette fatale fermentation par une série d'actions plus imprudentes les unes que les autres. Les raisons que Jacques de La Marche avait alléguées pour refuser l'épée de connétable, ne permettaient

JACQUES DE LA MARCHB. 3a I

plus de l'oiTrir à^^Charles de Montmorency , ni au sire de Beaujeu , ni au sire de Glermont , qui passaient , après lui , pour les meilleurs généraux du temps ; Jean l'accorda à son favori Charles de la Gerda , que Ton ne doit pas confondre néanmoins avec ces malencontreux personnages que le caprice des princes a souvent tirés des rangs les plus obscurs de la société, pour les porter au faite des grandeurs. La Cerda était issu du sang de saint Louis parles femmes ; son père se vit exclus injustement du trône de Gastille ; son frère avait succombé dans les champs de Grécy en combattant auprès de Philippe : Charles de la Gerda se recommandait même par des qualités brillantes ; cependant son élévation à la dignité de connétable , avant l'âge de vingt-cinq ans , exaspéra les esprits. Plus on se déchaînait contre le favori , plus Jean se plaisait à le combler de faveurs. Dans le mois d'octobre i35i , il le maria à Marguerite de Blois sa parente , fille de Charles de Blois , héritier de la Bretagne par son mariage avec Jeanne de Penthièvre, et lui donna le comté d'Angoulême ; cette donation , à laquelle Jacques de La Marche voulut s'opposer , occasionna une horrible catastrophe.

Lorsque, par un acte de la plus rare loyauté, Philippe de Valois restitua à Jeanne , fille de Louis Hutin , la Navarre, que Charles-le-Bel et Philippe-le-Long avaient retenue malgré les traités conclus antérieurement ; il donna également à cette princesse le comté d'Angoulême , afin de la dédommager de la perte de la Champagne et de la Brie. Jeanne , vers la fin de sa vie , fit un échange avec Philippe de Valois de son comté d'Angoulême pour les terres de Pontoise, Asnières et Beaumont- sur- Oise; mais ce traité n'ayant pas reçu son entière exécution avant la mort du monarque , on se crut en droit de ne point l'accomplir, et Jean se mit en possession du comté

Saa JACQUES de la aiAncHE.

d*Angoulêaie sans livrer l'équivalent à Charles d'Evreux, fils de Jeanne , ce qui inspira à ce dernier un juste res* sentiment: le roi , pour Tapaiser, lui rendit une portion de ces fiefs en y ajoutant la main de sa fille (février 1 35 1 •) Ce n'était nullement par esprit de justice que le jeune roi de Navarre réclamait l'héritage de sa mère : le besoin d'exercer sa malignité fut son unique motif: à Tâge de vingt ans il mérita le surnom de Mauvais , que lui a conservé l'histoire. Son génie malfaisant se décelait dans les moindres détails : des intrigues sourdes , des complots ourdis dans Pombre, l'occupaient exclusive* ment, h une époque de la vie oh des passions moins sérieuses que la politique agitent le cœur des princes. La méchanceté nous effraie tellement, que nous nous représentons toujours les hommes pervers avec une figure aussi hideuse que leur âme; mais on se tromperait bien si on se faisait une telle idée des traits du roi de Navarre : jamais prince ne fut plus séduisant que Charlesle-lUbuvais; il joignait aux grâces du corps les charmes de l'esprit ; brillant , généreux , il exerçait sur ceux qui l'approchaient un ascendant irrésistible ; pendant long-» temps le peuple en fit son idole , et regarda ses fautes comme des étonrderies de jeunesse : le roi lui-même , séduit comme les autres , partagea son affection entre la Cerda et Charles de Navarre ; mais celui-ci n'était pas homme à souSrir une pareille concurrence. Tandis que son beau-père le comblait de faveurs j le laissait jouir d'un crédit dangereux, il s'érigeait secrètement en chef du parti des feudataires mécontents , et se liait aux Plan* tagenet par des traités secrets dont le but était de chasser les Valois du trône.

L'histoire oflre à celui qui la médite avec soin une source inépuisable d'observations ; une des plus singu-* Itères, c'est que les rois de la branche des Valois trouvé-

JACQtBS BB LA HAUCHB. S^S

rent dans lear propre famille des ennemis acharnés » et que ces ennemis périrent tons d'une manière tragique.

Philippe de Valois eut pour ennemi Robert d'Ai'tois son cousin germain , mort les armes à la main ; Jean II , Charles-le-Mauvais son gendre , qui périt brûlé ; Charles V, Charles-le-Maijr^is fofq ^i^^frère ; Charles VI., sa mère; Charles Vit, son fils; Louis XI, son frère, mort empoisonne ; Charles YIII , son cousin germain , le duc d'Orléans; François P*^, le connétable de Bourbon son cousin , mort les armes à ta tftaîn y «td.-^ '^ ' -

ar.

3a4 JACQCBS IIB LA MARGBE.

/LIVRE ly.

Jacques de Bourb^ es^.^f)irné çoanétable. t* Bataille de Poili^rç.

La scène politique se trouvait occupée par quatre personnages dont chacun attirait les regards de la nation d'une manière différente, Jean II , Charles de la Cerda , le roi de Navarre et Jacques de Bourbon : le monarque , faible , irrésolu , passant de la détermination la plus énergique à la plus honteuse mollesse, voyait former autour de lui des orages qu'il ne savait pas conjurer ; le favori , sans expérience , revêtu de la première dignité de l'Etat , et accablé sous son poids ; le rebelle roi de Navarre s'agitant en tout sens , captivant la multitude par des dehors trompeurs , amoncelant contre la France des orages ; le héros , Jacques de La Marche , calme au milieu des factions , marchant d'un pas égal dans la route de l'honneur, et se montrant, par son courage et ses vertus, l'espoir de la patrie alarmée.

Deux années se passèrent dans les intrigues les plus

JACQUES DE LA MARCHE. SllS*

basses et les plus criminelles ; on se partagea d*dpinions entre Charles de la Cerda et le roi de Navarre ; le dernier , fatigué de cette rivalité , résolut d'y mettre u» terme. Apprenant que le Êsivori donnait un festin à iiii très-petit nombre de ses amis, dans le château de l'Aigle, il fît entourer cette demeure par une bande de scélérats , ses stipendiers. Le prince s'arrêta dans une fermevoisine , en compagnie des trois d'Harcourt et de Jeande Sfalet , seigneur de Graville ; les sicaires pénétrèrent dans le château , arrachèrent la vie à l'infortuné la Cerda avec des circonstances dont le récit fit couler les pleurs de l'homme qui venait de commander le meurtre (6 janvier i354 ).

La nouvelle de cet attentat porta le trouble dans toute la. France, et provoqua un mécontentement universel contre le roi, dont la coupable faiblesse engendrait tous ces désordres ; Jean, accablé de sa propre douleur, ne put modérer son eflroi, ea voyant croître l'agitation publique* d'une manière menaçante ; il se hâta de donner l'épée de connétable à Jacques de Bourbon, ne doutant pas qu'un pareil choix, en ralliant les geos de bien autoui? de son autorité, ne prévint l'orage prêt à éclater. Le> monarque convoqua le clergé , les. membres marquants de la féodalité, les bourgeois influents de la ville de Paris ; et au milieu de cette assemblée solennelle il re^ mit au comte de La Marche les insignes de la haute dignité à laquelle on Télevait.

Jacques de Bourbon , revêtu de la charge la plus-con-^ sidérable de l'Etat, fut le premier à demander qu'on sévit contre l'auteur de la mort de la Cerda. Le roi de Navarre, loin de se disculper de ce crime, avait ea l'audace de s'en faire un mérite. Jean K, tout désireux de punir un pareil forfait, n'osait pas frapper le meur-^ trier, dont les partisans peuplaient la demeure da mioi^

3a6 MGQtBS DE LA MAKGHS.

Darque : le connétable s'offrit pour exécuter cet acte vigoureu}!^ , il courut lui r- même s'emparer de la personne de Charles-^le^SIauvais et le traina aux pieds du roi. Le comte de La Marche, qui tenait de braver le courroux da la féodalité, eut l'affliction de voir détruire son ouvrage. Jean ne put résister aux prières de trois reines, Jeanne d'Evreux, mère de Charles, Blanche sa sœur, et Jeanne de France sa femme : ainsi Raoul d'Eu avait en. la tèté tranchée , sans forme de procès , pour un crime qui n'était pas avéré; et le Navarrois s'avouant lui«*méme l'assassin de la Gerda, obtenait sa grâce ^ et mânfe cello de ses partisans secrets, dont il remit la liste. Le roi y vît, non sans effroi, le nom de Pierre de Clçrmont, frère du connétable.

Le Navarrois ne se croyant point en sûreté, nonobstant an pasdon si promptemeut obtenu , pass^ en Angleterre et s'y lia étroitement avec Edouard : c'est pour servir les intérêts de ce prince qu'il franchit le détroit et s'établit en Normandie (i354)« i^^^ H 9 ^^ ^^ faisant pins illusion sur les projets criminels de son gendpe, ordonna au gouverneur de Rouen de l'arrêter et de le transférer à Paris, ce qui s'exécuta : le prince fut mis dans une prison d'état. Philippe d'Evreux , frère de Charles , informé de cet événement , prit les armes et fit soulever une partie de la Normandie ; Edouard lui promit une division de troupes : ce prince avait annoncé , depuis long-temps, que son intention n'était pas de prolonger la trêve qui venait d'expirer. Jean II, prévenu, s'empressa de convoquer les états^généraux (t 354), afin d'oblenir des secours nécessaires pour repousser les attaques que lui préparait TAngleterre. Les tifois ordres réunis offrirent leurs corps et leurs biens avec un abandon touchant. Le savant Pasquier pense que cette as*semblée créa l'impôt indirect; elle vota de nouvelles

liCQUKS OB LA MARCHE. 3 27

taxes, en abolit d'anciennes, nonuna des commissaires , pour lever, recevoir et distribuer les sommes votées, et empêcher qu'on n'en levât d'autres illégalement; le monarque ne mit aucune entrave ni à ses opérations, ni à ses décisions, preuve incontestable, disent plusieurs historiens étrangers, de la liberté dont les Français jouissaient alors, et qui ne le cédait à celle d'aucune autre nation de l'Europe. (Histoire universelle anglaise, t. xxx. Pi 436é )

Le comte de La Marche avait vu consumer ses loisirs dans les misérables querelles qui partageaient la cour de Jean II : quelle joie n*éprouva-t-il pas lorsqu'on lui donna la mission d'aller en Languedoc arrêter les ravages du prince de Galles! Edouard avait débarqué en Normandie, et son fils ayant pénétré dans la Guienne, sut gagner les habitants de la Gascogne, qui, placé» dans un état incertain par les chances de la guerre, em-* brassaient tour à tour le parti de la France ou de l'An* gleterre.

Jean II, voulant marcher en personne contre EdouardlII, envoya dans le midi le connétable, et lui adjoignit, comme lieutenants , les comtes de Foix et d'Armagnacf, les plus puissants feudataires d'au-delà de la Loire , mais tous deux ennemis irréconciliables. La population du ^Languedoc s'émut à la voix de Jacques de Bourbon^ qu'elle avait vu déjà se signaler dans ces contrées par des exploits divers : le connétable ne put tirer aucun parti de ces bonnes dispositions ; car le premier obstacle qu'il eut à surmonter fut la rivalité des deux bâtons aquitains ses auxiliaires» Le prince de Galles , tnieiix obéi^ sut profiter de cette désunion, et laissant les comtes de Salisburi et de Norfolk dans le haut Languedoc , il marcha contre les sires de Foix et d'Armagnac, qui occupaient l'Agenois et le Querci. Jacques de Bourbon.^

3'j8 JACQUES DE LA MARCHE.

de son côté, atteignît Norfolk entre Carcassonne et Nar-. bonne, attaqua son camp le 20 août i355 ; tout céda à sa furie; les Anglais, poussés jusque sous les remparts de Narbonne, furent taillés en pièces. ( Vaissette, t. iv, Hist. du Languedoc. )

Norfolk profita de la nuit pour rassembler ses débris , et battit précipitamment en retraite : le vainqueur le poursuivait sur la rive gauche de l'Aude , lorsque Salisbury accourut au secours de son collègue ; mais ce dernier tomba dans une embuscade que le connétable lui avait tendue ; il y fut tué ainsi que 2,000 des siens. Ces deux victoires délivrèrent le Languedoc. Jacques de Bourbon se mit en marche pour effectuer sa jonction avec les deux comtes de Foix et d'Armagnac , afin d'accabler le prince de Galles. Le connétable avait recommandé à ses lieutenants de ne point engager d'action , de se borner à tenir en haleine l'armée anglaise. Ces barons , trop fiers pour obéir à une volonté étrangère , trop passionnés pour oublier leurs vieilles inimitiés , ne voulurent jamais agir en commun contre le prince Noir, Leur habile adversaire les ruina en détail dans plusieurs rencontres : les troupes , découragées par des échecs consécutifs , se débandèrent. La double défaite de ces auxiliaires étant consommée , le comte de La Marche se vit obligé de contenir un ennemi quatre fois plus fort que lui : il soutint la lutte sans trop de désavantage pendant quatre mois , et livra , sur les bords de la Dordogne , une sanglante action qui devait décider du sort de la campagne ; mais, au fort de l'engagement , les troupes italiennes , au nombre de 6,000 hommes , l'abandonnèrent pour aller se ranger sous les bannières britanniques. Le connétable se regarda trop heureux de sauver son armée d'une entière destruction. Dès ce moment , renonçant à l'espoir de remporter des

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triomphes, il oe manœuvra qae dans le but d'empêcher la ionctioD du jeune Edouard avec le' duc de Lancastre , commandant l'expédition de Normandie : ces deux généraux cherchaient à se réunir en s'étendant simultanément sur la ligne des grèves de l'ouest. Cette jonction effectuée , le midi , Touest et le nord de la France se seraient trouvés enveloppés par une ceinture de troupes, qui eût facilement envahi Paris et tout le royaume. Le connétable , appréciant la gravité des circonstances , déploya une activité , un zèle et des talents qu'on ne saurait trop louer : il harcela sans cesse l'ennemi , lui disputant le terrain pied à pied , lui occasionnant des pertes journalières qui l'affaiblissaient insensiblement. Son exemple enflammait d'ardeur les habitants ; les Anglais rencontraient des obstacles qu'ils ne prévoyaient pas ; enfin , Jacques de Bourbon parvint au but tant désiré, empêcher la jonction des deux armées britanniques, et déjouer ainsi les plans formés par Edouard. Sa vigoureuse résistance donna le temps au roi d'accourir lui-même à la tête d'une armée assez considérable pour refouler les Anglais vers les côtes de l'Océan. Le service signalé qu'il venait de rendre à l'Etat ne consola point le comte de La Marche des revers que ses armes avaient essuyés en Languedoc. Il vint trouver Jean II à Tours, et en présence des grands réunis , et sans se plaindre de personne , il lui remit l'épée de connétable , en déclarant ne pas se croire dispensé , nonobstant cette démission , de consacrer son bras à la défense de la patrie. Les instances réitérées du monarque ne purent changer sa détermination.

Jean II n'avait rien négligé pour mettre sur pied des forces capables de soutenir, avec un avantage décisif, la lutte que la maison Plantagenet se montrait si ardente à engager une seconde fois. La formation de ces nouveaux

33o JACQCES DS LA HARCHB.

corps donna lieu à de notables innovations dans l'admi* nistration militaire : on augmenta de 7a secrétaires la commission créée par Philippe de Valois, en i334. Les baillis royaux chargés de la levée des troupes commu*- . nales , par un déa*et de Philippe«le-Bel , devaient les conduire au lieu du rassemblement ; mais il advint que ces officiers civils , dominés par un amour-propre ridi* cule , prétendirent commander devant Pennemi les soldats qu'eux-mêmes avaient amenés : il en était résulté de graves inconvénients dans les dernières expéditions contre les Belges ; voulant y remédier, Jean II créa , le 28 janvier i355 ,les commissaires de guerre, au nombre de T a , qui furent chargés de recevoir des mains des baillis les soldats de la nouvelle levée, de les conduire àl'armée , et de pourvoir à leur subsistance ; on les appela d'abord eonducteurs de gens d^ guerre. Le roi fit publier les capitulaires de Louis4e-*Débonnaire sur le ban et Tarrière-ban ; il remit en vigueur les ordonnances de Philippe*^Auguste , qui dégradaient tout noble ne répondant pas à l'appel du souverain, et qui punissaient de mort la désertion. Les bandes étrangères, les milices, les troupes seigneuriales , furent classées avec plus de méthode ; on établit des magasins de vivres , on désignit même plusieurs maisons religieuses pour servir d'hôpital (i) ; on institua un conseil de guerre permanent qui s'occupa sur-le-champ de tracer le plan régulier de la campagne qui allait s'ouvrir.

Jean II rassembla son armée à Compiègne, et marcha contre le duc de Lancastre , qai s'étendait dans la Normandie et dans le Perche, essayant d'opérer sa jonction, avec le prince de Galles , qui de son cdté perçait dans le Poitou ; mais la marche de celui-ci ayant été retardée

(1) Bouchci, llist. d'Aquitaine, t. 11.

JACQCBS DE LA MARCHE, 33 t

par 1^ manceuvtes savantes de Jacques de Bourbon , les deux généraux anglais se trouvèrent engagés au milieu de la France sans pouvoir se réunir.

Le roi attaqua vigoureusement le duc de Lancastre , le rejeta au-delà de la forêt de l'Aigle, prit le château de Tillière, place d'armes la plus importante des pos* sessions britanniques; déconcerté par cet échec, le duc battit en retraite sur Calais; alors le monarque fran-* çais vint à Paris se concerter avec les grands du royaume pour aviser aux moyens d'accabler le prince de Galles qui , plus entreprenant que son frère « inspirait des craintes plus réelles.

Le roi et ses généraux prirent la rive droite de la Loire pour base d'opération , et résolurent de diriger sur cette ligne les milices du centre et de l'est, pendant que les dé"^ bris deTarmëe du midi, renforcés des ncd>les du Languedoc et de la Guienne, s'avanceraient pour gagner la rive gauche ; on devait enveloppei^ ainsi l'ennemi dans le contour que décrit ce fleuve. Le roi Jean quitta Paris le 24 août i356, et porta ses quartiers à Chartres; il s'y arrêta plusieurs jours, et y promulgua quantité d'édits touchant les dispositions que réclamaient les circonstances (i). Les féodaux et les communales delà Champagne, de la Normandie, accouraient de divers points; ils campèrent dans les plaines voisines de Chartres; les maréchaux de Clermont et d'Andrehan passaient en revue ces troupes au fur et à mesure de leur arrivée. Durant les opérations préparatoires du roi Jean , le prince de Galles, conduisant à sa suite ao,ooo hommes, parcourait les provinces du centre; son but principal était de franchir la Loire, qui le séparait du duc de Lancastre, dont il ignorait le mouvement rétrograde ; le jeune Edouard ;

(i) Recueil des Ordonnances , t. m. .

33a JACQUES D£ LA XARCHB.

venant de Bordeaux, remonta la Dordogne, entra en Auvergne, travers»a la Marche, le Bourbonnais, et pénétra dans le Berri. Froissard fait une description trèsdétaillée de la fertilité de ces provinces , dans lesquelles les Anglais trouvèrent une abondance qui tes étonna ; ces étrangers se gorgeaient de vivres, et détruisaient ceux qu'ils ne pouvaient emporter, s'àppliquant surtout à défoncer les tonneaux de vin. Les Anglais investirent Bourges, cité opulente; mais leur coup de main échoua complètement : le sire de Causans, gouverneur de la place, les contraignit de se retirer. L'archevêque et le sire de Vermeil le secondèrent dignement. A la suite de cet échec qui lui coûta un millier d'hommes , le prince de Galles appuya sur sa gauche afin de se rapprocher de la Loire , et voulut entrer dans Issoudun qui lui opposa également une vigoureuse résistance; il s^en vengea sur 'Yîerzon, ville peu forte quoique très-peuplée ; les Anglais y ramassèrent un butin immense; quelques centaines de nobles qui essayèrent à s'y défendre forent tués sans quartier. Persistant dans l'intention de joindre le due de Lancastre en Normandie, le prince Noir tenta de franchir la Loire à Saumur, puis à Tours; sachant ces deux points gardés par les féodaux de la province , il prit la direction plein nord, sauta le Cher etserappro* cha d'Orléans, décidé à y forcer le passage du fleuve. Le général anglais acquit alors la certitude que le roi Jean s'avançait accompagné d*une armée tellement supé* rieure, que le succès ne pouvait demeurer incertain un seul instant , si la lutte s'engageait ; il abandonna donc le plan primitif et ne songea plus qu'à regagner Bordeaux par le Poitou et l'Angoumois. Les informations que le prince recueillait^ renfermaient l'exacte vérité. Le roi quitta Chartres vers les premiers jours de septembre i356, passa la Loire à Blois, puis le Cher, et vint camper sur

les bords de Tlndre : le roi s'établit à Loches, dont il fit le centre de ses opérations, et y attendit que les autres corps eussent passé la Loire sur divers points , comme Saumur, Tours, Amboise , Orléans, Gien et Cosne. Le monarque français se trouvait encore à Loches le i3 septembre (i), désirant connaître les rapports de plusieurs chevalia*à envoyés pour suivre la marche des Anglais. Instruit, grâce à leurs soins du mouvement rétrograde opéré par Tennemi , Jean II résolut d'agir de manière à lui couper la retraite Àur la Guienne et de l'enfermer dans un vaste réseau , afin que pas un soldat d'Edouard ne lui échappât. Cette détermination remplit de joie tous les barons de France , qui paraissaient au comble de leurs vœujc en voyant approcher le moment de se mesurer contre ce fameux prince Noir; celui-ci au contraire, n'ayant en vue que d'éviter le choc, repassa la Saudre au-dessus de Bomorantin. Une de ses divisions aux ordres des sires de Burghers^ de Basset, de Spencer, de Mucidan et de Curton (ces deux derniers étaient Gascons) , s'étant écartés sur sa droite , tomba dans une embuscade dçs Français , que commandaient les sires de Craon , de Chaumont et de Boucicaut ; mais ces derniers, inférieurs en nombre, furent battus et ne regagnèrent Bomorantin que très^difficilement. Le prince de Galles, apprenant que ses gens en étaient aux maing avec l'ennemi, courut à leur secours, et alla investir Bomorantin ; d'après ses ordres Jean Ghandos , son premier li^tenant, s'avança jusqu'aux fossés, et somma ceux qui défendaient la place de lui ouvrir les portes. Boucicaut lui répondit par les créneaux que les Français ne se remettJMht point ainsi à discrétion sans essuyer au

(î) Voir le recueil des Ordonnances , t. m.

334 JACQIES DE LA HARCHBé

préalable plusieurs assauts. Le jeune Edouard, pique de ce refus, s'établit devant ces remparts, quoique son ia^ tention ne fût pas d'abord de s'arrêter. Deux assauts consécutifs échouèrent complètement; Edouard allait ordonner la retraite, lorsqu'une pierre lancée par )es mangoneaux, étendit raide mort à ses côtés le jeuno Bemadet, de la maison d*Albret, son écuyer le plas. affectionné; dans la douleur que lui causait cette perte y le prince Noir jura de ne point se retirer sans avoir em-* porté la place : il eut recours aux moyens les moins usités, aux feux grégeois, et même aux canons , si on en croit Froissard; les assaillants parvinrent à mettre le feu à une partie du château couvert en chaume; l'incendie gagna le reste delà ville , et les braves défeqseurs de Bomorantin se virent obligés de capituler pour éviter de périr dans les flammes*

Edouard venait d'employer à cette conquête deux jours bien précieux, pendant lesquels le roi de France avait envoyé le tiers de son armée à Châtellerault pour couvrir Poitiers, et lui-même menant le principal corps, se porta rapidement à La Haie, petite ville sur la fron-* tière de la Touraine et du Poitou; les chevaliers chargés de suivre les traces du prince de Galles, vinrent lui an-r noncer que les Anglais manœuvraient tous sur Poitiers* Le roi Jean, nullement étonné de ce revirement 9 au lieu de passer la Vienne à 111e de Bouchard f qui se présentait en Âce de lui, remonta la rive droite jusqu'à Chauvigny , y arriva le jeudi soir x5 septembre i356, et campa en ce lieu. Le lendemain œ prince firanchit la Vienne sur le pont de Chauvigny pour gagner Poitief s , qui s'en trouve éloigné de cinq petites lieues (ouest), et se mife'^. roule dès ^ue les trois premières divisions eurent touché le bord opposé : il laissa la moitié de son armée sous les

ordres des comtes d*Auxcrre , de Joigny et de Châtillon, en leur prescrivant de ne passer la Vienne que le lende-* main et de venir le joindre sans délai.

Jean II parut le soir en vue de Poitiers , et campa en avant de la porte Saint-Cyprien sans entrer dans la ville; il croyait les Anglais devant lui, mais son étonnement fut extrême lorsque tous les rapports apprirent que Ton avait perdu la trace de Tennemi , et qu'on ne voyait aucune troupe dans la direction de Châtellerault. En effet, le prince de Galles avait échappé à la vigilance de ceux qui l'observaient; ayant quitté Romorantin il franchit le Cher, l'Indre, et puis la Vienne au-dessous du confluent de la Creuse, et passa à la hauteur de Châtellerault; il allait ainsi tomber droit sur Poitiers, où se concentrait la totalité des forces du roi de France. Soigneux d'éviter leur rencontre il inclina sur sa gauche, traversa le Clain et se trouva dans l'angle aigu formé par cette rivière et par la Vienne, ayant ainsi ses deux ailes protégées. Après une marche fort pénible le prince fit halte dans un lieu que Froissard ne nomme pas, mais qu'il représente couvert de bois et de bruyères trèsépaisses; cène peut être que la forêt de Meulière, dont l'origine est de la plus haute antiquité; il s'y établi le vendredi soir, en même temps que le roi Jean prenait ses quartiers devant Poitiers.

Les Anglais ne purent se procurer des vivres dans ce carrefour, dépourvu d'habitations : leur chef forma le lendemain un gros détachement pour courir la campagne; il mit ces hommes d'armes sous les ordres de deux chevaliers flamands, Eustache d'Aubreticourt, et Jean de Guistall , descendant de celui qui fut tué à la bataille de Bouvines. Ces officiers longèrent le bois qui mordait jusque sur la route de Poitiers à Chauvigny , ils ne tardèrent pas d'apercevoir les dernières divisions fran-

çaises , qui, ayant passé la Vienne au point du jour, suivaient la chaussée pour aller joindre le roi. Les comtes de Joigny, d'Auxerre, et le sire Raoul de Couci, marchaient sur les flancs de la colonne; apercevant à leur tour les gens d'armes anglais, ils se détachèrent accompagnés de deux cents cavaliers et se mirent à leur pousuile ; Guistall et Aubreticourt battirent en retraite en suivant la lisière du taillis pour se replier sur le prince de Galles. Les Français, avec leur imprévoyance accoutumée, s'engagèrent dans les bruyères et allèrent se jeter au milieu de l'armée ennemie; accablés par le nombre, ils furent tous pris ou tués. Edouard traita convenablement ses prisonniers et combla d'égards les comtes d'Auxerre, de Joigny, et Raoul de Gouci ; il obtint de ces barons des renseignements précieux. Sachant que le roi campait sous les murs de Poitiers en attendant que le mouvement de concentration fût achevé, il dépécha un fort détachement et le mit sous les ordres du Captai du Buch, des sires d' Aubreticourt et de Burghers, qui devaient se borner à examiner la position de Tarmée française. Ces trois officiers atteignirent la queue des divisions qui ve* naient de Chauvigny; ils l'assaillirent et y portèrent le désordre, s'avancèrent rapidement pour remplir leur mission et rejoignirent au bout de quelques heures le généralissime. Jean II, apprenant que les Anglais attaquaient son arrière-garde pendant qu'il les croyait devant lui, leva le camp précipitamment et courut après eux.

Edouard ne ralentit pas sa marche ; mais, en apercevant les éclaireurs de Parmée , il sentit qu'infailliblement on l'atteindrait dans sa retraite : le prince résolut d'agir exactement comme son père l'avait fait à Crécy dans une circonstance semblable, de présenter son frontà l'ennemi; le soin le plus important consistait à se ménager une position aussi redoutable : la fortune la lui offrit , mais il

fallait son génie pour la comprendre et en tirer bon parti. Le prince Noir alla se poster dans un lieu nommé lei Bordes; pour y parvenir il eut à traverser en ligne diagonale le quadrilatère dont les quatre points étaient le confluent du Clain et de la Vienne , les Bordes , Poitiers et Ghauvigny. Edouard coupa à angle droit le che* min qui conduit de Tune à l'autre de ces villes; on doit remarquer que le temps passé au siège de Romorantin , dont il avait regretté si fort l'emploi , devint pour lui un incident très-heureux , car sans ce retard les Anglais seraient venus tomber dans l'armée française, quand elle cheminait de Ghauvigny à Poitiers. Le roi accourut en toute hâte devant les Bordes , mais ne put attaquer, vu qu'il faisait déjà nuit. Jean II étendit son armée de manière à envelopper l'ennemi par le front , et veiller à ce qu'il ne pût s'échapper à la faveur des ténèbres. De nombreux partis de cavalerie battaient la campagne , et empêchèrent les Anglais de se procurer des vivres.

Le roi de France venait de déployer une supériorité incontestable dans ses dispositions préliminaires , sans cesser de faire régner dans ses mouvements généraux un ensemble qui décelait une étude approfondie de la statistique du pays ; enfin , Jean II avait résolu l'une des plus grandes difficultés de la guerre , celle d'arriver devant l'ennemi avec la totalité de ses forces. Quoiqu'il dût être satisfait du zèle que la chevalerie mettait à exécuter ses ordres et à le seconder dignement , Jean II concevait cependant des craintes sérieuses sur la fidélité des hauts barons : préoccupé de ces fâcheuses pensées , il ne savait pas assez dissimuler le mépris que lui inspirait la conduite déloyale de la plupart des feudataires. Un jour, pendant une forte marche , les chevauchées féodales répétaient en chœur la chanson de Roland , fort

338 JACQUES DB LA aiAriCHE.

en vogue parmi les troupes. Le roi , qui marchait sur le flanc des colonnes , dit à la fin d'une reprise : « Il y a long - temps qu'il n'existe plus de Roland parmi les Français. — On y en verrait encore, répondît un vieux capitaine , s'ilâ avaient à leur tête un Gbarlemagne. » Ce banneret était Jean lanvre, surnommé Bayou" Un ou le franc parleur, sire de la Bouchetièi'e (i), noble du Poitou : son apostrophe , extrêmement déplacée j manquait absolument de justesse ; car si Charlemagne avait eu dans ses états des traîtres comme Geofiroi d'Harcourt et autres , il aurait eu certainement à déplorer des revers. Nonobstant ses inquiétudes secrètes , le roi ne doutait pas de venger d'un seul coup tous les maux que les deux Edouard avaient causés à la France ; regardant la ruine des Anglais comme inévitable , il se montrait décidé à ne leur accorder aucune condition : sa confiance n'eût pas été aussi entière s*il eût parfaitement connu la formidable position qu'avaient choisie ses habiles adversaires.

Les Anglais s'établirent sur un plateau autour duquel serpentait le Miausson , petite rivière qui va se décharger dans le Clain après avoir formé deux rentrants très-profonds et parallèles , de sorte que la langue de terre resserrée dans les contours du Hiausson, présentait la forme d'un parallélogramme brisé sur un de ses grands câtés. En suivant les premiers mouvements de ce courant , on aurait cru qu'il enveloppait la position de toutes parts , mais , tournant brusquement dans la direction de l'est , le Miausson laissait le flanc droit à découvert; cette rivière coulait dans une grève marécageuse, ce qui corn-

(i) Il avait épousé, en x3a3, Marguerite de Larochefbncauld. Sa famille eiiste encore dans le Poitou. ( Titres de la maison de Janvre. )

JACQUES DE LA HIARCUB. 3ii)

pliquait les dif&cuUés. De jeunes vignes couvraienl le plateau, auquel on arrivait par un ravin, espèce de boyau bordé de buissons très-épais et de ceps entrelacés ; ce chemin raboteux, fort étroit et d'une pente rapide, prenait sa naissance dans la plaine , près de la route de Noaillé* Le général anglais posta des deux côtés ses meilleurs archers , qui , sans être aperçus , pouvaient frapper à coup sûr tout ce qui s'engagerait dans cette espèce d'entonnoir. Deux hameaux , Tun appelé Gaderousse et l'autre les Bordes, formaient l'avancé du prince de Galles , qui jeta du monde dans ces maisons ; ainsi les Anglais , entièrement clos , ne devaient pas craindre de se voir abordés par la cavalerie , la principale force de l'armée française. Ce plateau , qui présentait un développement de quinze cents toises , se trouvait à deux petites lieues sud de Poitiers , à quatre ouest de Ghauvigny, et à une lieue de Beauvoir. La position des Bordes offrait les moyens de braver impunément toutes les attaques de vive force , mais elle avait aussi de graves inconvénients. Aucun détachement ne pouvait en sortir pour faire des vivres sans courir risque d*être écrasé , et les Anglais voyaient devant eux la perspective de mourir de faim si on se contentait de les y tenir bloqués ; c'est à la difficulté de sortir de ce plateau , autant qu'à la fermeté de caractère du prince de Galles, qu'on doit attribuer l'inaction dans laquelle les Anglais restèrent pendant deux jours , sans chercher à gagner le chemin de Bordeaux à la faveur de la nuit. Le roi, appréciant les obstacles invincibles que présentait la position où se tenait renfermé son rival , ne manœuvra que dans le but de fermer toutes les issues; il étendit son armée dans une ligne courbe qui embrassait une lieue de contour, sa gauche appuyée à la foret de Noaillé, et sa droite à d'autres bois vagues; le terrain était plat ,

mais sillonné par des rigoles et de petites haies , obstacles fort incommodes pour la cavalerie. Le roi passa la nuit dans cette situation, ne cessant de lancer au travers de la campagne de forts détachements, afin de resserrer Pennemi dans ses quartiers. L'armée française , arrivée tard devant le plateau , campa sans ordre : Jean II s'établit dans une tente faite de soie rouge; le lendemain dimanche , il entendit la messe de très-grand matin , et communia avec ses quatre fils; puis on tint un conseil de guerre auquel furent appelés le duc d'Orléans , frère du roi , le connétable Gauthier de Brienne , Jacques de La Marche, les deux maréchaux de Clermont et d'Andrehan, les comtes de Tancarville , de Yentadour , le sire du Châtel, Geofiroi Charni qui portait la bannière royale, Jean de Landas et Saint-Venant, gouverneurs des fils de France, et Eustache de Ribeaumont ; ce dernier s'était battu corps à corps devant Calais , contre Edouard : ce prince le fit prisonnier, mais charmé de sa valeur, il lui donna la liberté, mettant à ce bienfait la seule condition de ne jamais quitter un riche collier de perles que Plantagenet lui passa au cou ; cette aventure acquit une merveilleuse renommée à Eustache de Ribeaumont, pour qui le roi Jean conçut une prédilection singulière.

Outre les barons dont nous venons de citer les noms , il s'y trouvait plusieurs vassaux ecclésiastiques , parmi lesquels on distinguait Guillaume de Melun , évêque de Sens , et Jean Chauveau , évéque de Châlons ; les lois féodales obligeaient les ecclésiastiques tenant fiefs à servir personnellement à la guerre : mais ils pouvaient facilement se soustraire à cette, obligation ; ceux qui s'y soumettaient obéissaient aux impulsions de leur caractère particulier. Les canons de TEglise condamnaient la coutume à laquelle les possessions temporelles asservissaient le clergé t cette contradiction subsista jusqu'au

JACQUES DB LA MAKCHB. 34l

règne de François P', ({ui, par un édit de 1S4I9 dispensa les gens d'église du service personnel.

Le conseil de guerre agita la question si on devait se contenter de bloquer les Anglais , ou s'il fallait livrer bataille. Le dernier parti prévalut \ en conséquence , les clairons sonnèrent de toutes parts ; et , suivant l'usage ^ les princes , les comtes , les barons firent déployer devant eux leurs bannières, et les chevaliers leiu's pennons , afin que chaque homme d'armes rejoignit sa chevauchée respective. En seconde ligne, les baillis et les commissaires firent déployer les immenses étendards des villes, qui servaient pour les milices de signes de ralliement ; plusieurs évêques qui les avaient conduites sur le terrain se retirèrent en voyant qu'on achevait les apprêts du combat, et allèrent se renfermer dans Poitiers. Après que chaque seigneur eut fait la montre de ses chevaliers , écuyers et bacheliers, lorsque les baiHis eurent terminé les recensements des communales , troupe plus embarrassante qu'utile^ il fallut ranger tout ce monde en bataille , opération malaisée, ear on devait assigner une place à chaque chevauchée , et l'on conçoit quelle devait être la difficulté de satisfaire ces hauts barons,, fiers de leur rang et jaloux de leurs privilèges. Froissard donne des détails très * précis sur la disposition de cette armée ; selon lui , on partagea ces nobles et ces milices en trois corps de 16,000 hommes chaque , ce quLprésentait^ua efiectif de 4^,000 combattants (1).

(i) Froissard dit, dani le chapitre suivant : « Avoit soixante mille hommes sur les champs ; *• il Toulait dire sans doute que ce prince avait sur pied ce nombre de soldats ,ea y comprenant ceux qui étaient détachés à Sauniur, à Châtellerault , à Chauyigny et k Poitiers. L'historien anglais Knigthon dit que le roi n'avait que 40)0oo hommes.

Le roi Jean se plaça devant la division da centre, celle qui ordinairement prenait le plus de part à Faction ; ce prince retint auprès de lui son quatrième (ils, âgé de 14 ans ; les deux autres corps se composaient de milices. Suivant les règles posées par Louis - le - Gros et Philippe-Auguste , on mêlait à ces communales des nobles expérimentés qui les contenaient et les dirigeaient : en vertu de cette coutume , le roi Jean mit à la tête du corps de droite , son frère le duc d'Orléans , auquel on adjoignit 36 chevaliers à bannières , et 7a chevaliers à pennons ; chacun des premiers comptait sous ses ordres !AO ou 3o nobles , et chacun des seconds 10 ou la ; de sorte que 1,200 féodaux de divers degrés conduisaient 14,000 communaux.

Le corps de gauche eut pour commandants le fils aine du roi , Charles, duc de Normandie (depuis Charles Y) , ses deux frères , Louis duc d'Anjou et Jean duc de Berri; les sires de Saint- Venant et de Landas, gouverneurs de ces jeunes princes , se placèrent dans celte division , ainsi qu'un certain nombre de bannerets, de chevaliers et d'écuyers.

Les trois corps formés en masse furent disposés en échiquier, de sorte que celui du centre dépassait les deux autres de toute sa profondeur ; on commit la faute de les tenir trop éloignés les uns des autres , et dans cette situation ils ne pouvaient se prêter un mutuel appui. Par une disposition dont le motif n^est point expliqué, on posta en avant du corps de gauche un fort détachement de cavalerie allemande , commandé par le connétable Gauthier de Brienne et le comte de Sarbruck. Les dernières divisions du corps de gauche s'appuyaient à un petit hameau nommé Maupertuis.

Pendant que les barons rangeaient les chevauchées , le roi appela auprès de lui Guichard d'Angle , Gui de

JAC<2CtîS D£ LA MAUGHB. 343

BeaujeU) Jean de Landas , Eastacbe de Ribeaumont, el les envoya vers le plateau, en les chargeant expressément d'examiner la manière dont les Anglais l'avaient occupé» Les chevaliers s'avancèrent de très^près et s'acquittèrent mal de leur mission ; ils se contentèrent d'examiner la position de front au lieu de la tourner par les flancs , et ne s'aperçurent donc pas qu'il existait sur la droite un large chemin conduisant au plateau , chemin que de graves accidents de terrain cachaient au premier coup d'œil . En mettant plus d'exactitude dans leur exploration , ces chevaliers se seraient également aperçus que le Miausson , changeant subitement de direction , lais* sait à découvert le flanc droit d'Edouard. Une exacte connaissance des lieux aurait engagé les chefs à modifier le plan d'attaque ; mais ces moyens indirects étaient; condamnés par les préjugés chevaleresques. Voyant lennemi devant eux , les Français ne songeaient qu'à parvenir jusqu'à lui par la voie la plus courte : c'est dans cet esprit que Ribeaumont fit son rapport au roi Jean. Ce prince , monté sur un coursier ce blanc comme neige , • parcourait les rangs des barons et des chevaliers dont il excitait l'impatience par ses imprudents discours, o Entre vous autres , leur disail-il , quand vous « êtes à Paris , à Chartres, à Orléans , vous menacez les «c Anglais et désirez avoir le bacinet en tête devant eux ;. c( or vous y êtes et vous les montre, sy leur veuillez re- « montrer leur mal talent. » Ces paroles, prononcées d'un ton d'aigreur, décelaient chez le prince un vif mécontentement; elles inspirèrent aux nobles une fiii^eur qu'on ne put modérer quand les circonstances l'exigèrent. Ribeaumont dit au roi que les Anglais étaient si bien enfermés , que pas un seul d'entre eux ne pouvait s'échapper : ceci réjouit Jean II et les barons , qui voulaient qu'on attaquât sur-le-champ, sans égard pour la

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solennité du dimanche. Cette seule particularité atteste que la foi avait perdu de sa vivacité depuis Philippe- Auguste : on sait qu'à Bouvines ce prince se faisait scrupule de combattre un dimanche.

Déjà on s^ébranlait , lorsqu'un incident vint retenir l'ardeur de tous ces preux. Le cardinal Elie Talleyrand- Périgord, évêque d'Auxerre, accourut à toute bride accompagné de Robert de Duras , son neveu , el d'une brillante chevauchée : ce prélat , ainsi que le cardinal d'Urgel, avait reçu du pape Innocent VI la mission de n'épargner aucun soin pour mettre un terme à la guerre acharnée que se faisaient les rois de France et d'Angleterre. L^un et l'autre suivirent Jean II dans l'espoir de le décider à conclure la paix lorsque les armées seraient en présence ; ils restèrent à Poitiers le samedi, parce que le roi Jean n'était arrivé que fort tard dans ses quartiers de Maupertuis. Le cardinal de Périgord , âgé de cinquantequatre ans , brillait autant par ses talents que par ses vertus; sachant le matin du dimanche que les Français s'occupaient des dispositions préliminaires de la bataille, il partit de la ville et vint en toute hâte au can^ , bien décidé à user de toute son influence pour ménager un arrangement , comme les cardinaux de Glermont et de Palestriney étaient parvenus en i34o dans une circonstance semblable. Le prélat représenta au roi que l'armée du prince de Galles , quoique très-inférieure en nombre, opposerait certainement la résistance la plus opiniâtre, et que sa défaite coûterait l'élite de cette chevalerie réunie sous les bannières royales ; il termina son exhortation en suppliant le monarque de lui permettre d'aller conférer dans ce but avec le général anglais , ne doutant pas que ce dernier ne consentit , vu le danger de sa position, à des concessions très- favorables à la France. Jean II , cédant aux instances de ce ministre

de paix , consentit à relarder le moment de Taltaque. Elie dePérigord , revêtu des insignes de sa dignité ecclésiastique, traversâtes champs et gagna le plateau ; il trouva le prince de Galles à pied au milieu des vignes , entouré de ses lieutenants.

Le jeune Edouard reçut avec respect le prélat , qui lui représenta la situation périlleuse des Anglais en présence de phalanges aussi braves et aussi nombreuses que celles du roi Jean. « Songez , lui dit-il , à tout le sang qui va couler des deux côtés , soit pour vaincre^ soit pour être vaincu; » l'évêque d'Auxerre finit en lui demandant s'il n'accéderait point à quelque accommodement. Le prince répondit froidement qu'il n'en était pas éloigné, pourvu toutefois que les conditions fussent de nature à ne porter atteinte ni à Thonneur de l'armée ni à la dignité de son chef. Le médiateur , fort satisfait , revint auprès du roi, et l'invita à signer une trêve de vingt-quatre heures pour qu'on pût débattre les conditions du traité. Tous les nobles de France se récrièrent ; Jean II , aussi ardent que les barons , voulait marcher sur-le-champ à l'ennemi* Le prélat effrayé redoubla ses sollicitations , alléguant la solennité du jour consacré à la prière ; le roi seJaissa fléchir et consentit au ripit, Elie de Périgord courut l'annoncer au prince de Galles , qui ne témoigna ni du contentement ni du déplaisir , et cependant il présenta de lui-même des conditions dont les avantages extraordinaires montraient à quel point son propre danger l'occupait ; il offrit , si on lui laissait la faculté de regagner Bordeaux , de remettre Calais ainsi que les diverses places gardées par les Anglais , et s'engageait à ne porter de sept années les armes contre la France. Le cardinal , ayant rejoint le roi, lui fit part des propositions du prince Noir; le monarque répondit qu'il désirait consulter ses barons. Sur ce , Elie de Périgord alla

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s'établir en arrière des trois divisions de l'armée française , dans le petit hameau de Haupertuis (i) , au-quel s'appuyait l'aile gauche. Au bout d'une longue délibération , Jean II rappela le pieux négociateur , et le chargea de porter ses dernières conditions ; elles étaient conçues en ces termes : « Le prince de Galles se rendra prisonnier à discrétion avec les cent principaux de ses officiers ; le reste de Tarmée sera libre de regagner Bordeaux sans être inquiété. » En vain le cardinal se récria-t-il sur la dureté de pareilles clauses , on ne voulut rien en retrancher. On a beaucoup blâmé Jean II de n'avoir pas accepté les propositions du prince de Galles ; le roi réfléchissait sans doute qu'Edouard III, accoutumé à violer la foi des traités , ne se ferait aucun scrupule de ne point reconnaître la convention conclue par son fils. Tenant enfermé dans une position difficile celui dont la prise seule valait le gain de dix batailles , il ne craignait point de lui imposer de semblables con* ditions ; car on savait que l'Angleterre ne reculerait devant aucun sacrifice , pour briser les fers du jeune héros dont elle se montrait idolâtre.

Le cardinal revint une troisième fois auprès du prince de Galles qui , recevant fort mal son message , lui ré* pondit : (c La ville de Londres n'aura jamais à payer ma rançon ; je me tiendrai prêt à combattre demain matin. » Elie de Talleyrand fit d'héroïques efibrts pour rapprocher les deux partis , et ne put y réussir. La journée du dimanche se passa en pourparlers superilus , et à la faveur de la trêve que Yon observa religieusement , quelques Anglais descendirent du plateau pour courir dans la campagne. Jean Chandos fut de ce

(i) Ce hameau a perdu son ancien nom et s'appelle maintenautla Cardinerie, sans doale à cause du séjour qu'y fit le cardinal.

nombre ; il trouva sur son passage Jean de Clermonl , maréchal de France , qui , accompagné de quelques écuyers , essayait un cheval dans la plaine* Voici comment Froissard fait le récit de cette rencontre (i), qui peut donner une idée exacte des mœurs chevaleresques dé cette époque : « Tant chevauchèrent ces deux chevaliers , qu'ils se trouvèient et rencontrèrent d'aventure ; et là eut grosses paroles et reproches moult félonnesses (durs) entre eux. Je vous dirai pourquoi : ces deux chevaliers , qui étoient jeunes et amoureux , on le peut et doit- on ainsi entendre , portoient chacun une même devise d'une bleue dame ouvrée de brodure au ray ( rayon ) d'un soleil sur le senestre bras ; et toujours étoit dessus leurs plus hauts vêtements , en quelcpie état qu'ils fussent. Si ne plut mie adonc à messire Jean de Clermont ce qu'il vit port^ sa devise à messire Jean Ghandos ; et s'arrêta tout coi devant lui et lui dit : c( Chandos , aussi vous désirois-je à voir et à encontre!* ; depuis quand avez-vous empris à porter ma devise? — Et vous la mienne? ce répondit messire Jean Chandos ; car autant bien est<^lle mienne comme v6tre. — Je vous le nie , dit messire Jean de Clermont ; et si la souffrance (trè¥e) ne fût entre les nôtres et les vôtres , je le vous montrasse tantôt que vous n'avez nulle cause de la porter* «—Ha ! ce répondit messire Jean Chandos , demain au matin vous me trou^ verez tout appareillé de défendre et de prouver par fait d'armes que aussi bien est-elle mienne comme vôtre. » A ces paroles ils passèrent outre ; et dit encore messire Jean de Clermont, en ramponnant (raillant) plus avant messire Jean Chandos : « Chandos , Chandos , ce sont bien des pompes de vous Anglois qui ne savent aviser

(i) Livre i, ch. 353 ^ ëdit. de M. Buchon, i8j4.

34& lACQLT.f? DE LA MAr.GBE.

rien de nouvel, mais quant (tout ce) qu'ils voient leur est bel. » « 11 n'y eut adoncques plus dit ni plus fait : chacun s'en retourna devers ses gens ; et demeura la chose en cet état. »

Le lendemain lundi , ig septembre i356 , le cardinal tenta de renouveler lés négociations : il y mit tout le zèle qu'on pouvait attendre d'un ministre de paix et d'un bon Français ; mais les barons de l'armée du roi Jean le repoussèrent durement , l'accusant de vouloir ménager le prince de Galles , en raison de ce que plusieurs bannerets de sa famille servaient dans les rangs ennemis. L'évêque d'Auxerre se retira en déplorant l'aveugle fureur des hommes ; il reprit le chemin de Poitiers, escorté de son neveu Robert de Duras (i) , du sire D'Amposte et d'une centaine de chevaliers ou écuyera composant sa suite. A peine eut-il dépassé les barrières pour entrer dans la ville ^ que Robert de Duras et les autres féodaux , frémissant à l'idée de rester inactifs derrière les murailles de Poitiers pendant qu'on allait se battre à Maupertuis, laissèrent le cardinal s'avancer dans les rues avec ses valets » et le quittant brusque*, ment , ils rejoignirent en toute hâte l'armée , sans que le prélat s'aperç&t de leur disparition. Mais tout en vouf* lant empêcher TeOusion du sang , Elie de Périgord (a) avait causé aux Français un mal incalculable; car, grâce à son intervention passagère , les Anglais gagnèrent an jour et une nuit. Leur habile chef employa ce délai è modifier son ordre de bataille ; il mit à pied sa cavalerie

(i) La sœur du cardinal avait épousé Guillaume de Castillon , sire de Duras; elle en eut ce Robert dont il est ici question. •

(2) Ce prélat fut un des personnages les plus distingués dp son siècle ; il fit un voyage en Angleterre pour aller porter des consolations au roi Jean et déterminer Edouard à conclure la paix -, il mourut en i365 ; il avait été évéque de Limoges et d*AiuerLe.

et la rangea sur trois lignes : la gauche et la droite étaient tenues par les Gascons , disposés dans la figure de deux coins renversés attaquant par la base : on en usait ainsi lorsqu'on se préparait à repousser une attaque de front. Les Gascons , soldats braves mais indisciplinés , avaient pour chefs les sires de Lesparre , de Pomenards j de Langoiran , de Montferrand , de Landulas , de Monzac , de Lestrade-Preissac et Pierre de Fotx , captai du Buch : celui-ci comptait parmi les barons les plus considérables de l'Aquitaine (i).

Le prince Noir occupa toute la nuit une partie de ses troupes, soit à briser le terrain, soit à creuser de larges fossés; il ferma, au moyen de palissades faites en bois et en sarments entrelacés (a) , Tembouchure du chemin qui menait au plateau. Douze cents cavaliers, commandés par le comte de Warwick , furent placés en embuscade sur le revers de la position ; cette cavalerie cachée à tous les yeux , débouchant par ce chemin creux , que les Français avaient négligé de reconnaiti^e, devait tenter un coup de désespoir en prenant par le flanc l'armée du roi Jean au moment où ses premières divisions monteraient à l'assaut du camp retranché.

Edouard ne négligea rien pour ranimer l'ardeur de ses soldats qu'une longue disette avait déjà abattus : pendant deux jours ils ne mangèrent que des raisins; il leur démontra qu'on n'avait rien à espérer d'un ennemi iiTité , et leur déclara que le roi de France avait or-

(i) Bach était un petit pays au fond des Landes de Bordeaux, portant le titre de captalat ou comté. La -ville de ce nom se trouvait située à l'entrée du golfe qui s'avance à deux lieues dans les terres : la rivière de Leyre a sou embouchure dans cette espèce de golfe.

(2) Les miniatures qui ornent le Froissard de la Bibliothèque de l'Arsenal, représentent ces palissades faites comme nous venons de le dire.

35o JACQCBS DE L\ KARCIIE.

donne de fustiger les Anglais et les Gascons qui seraient pris , et de leur couper les pouces. Les soldats sont faciles à tromper ; ceux du prince Noir s'écrièrent qu'ils mourraient tous plutôt que de subir un pareil traitement. (Knigton.)

Edouard atteignait h peine sa yingt-ciùqiiième année; mais à cet âge on le regardait déjà comme un vieux guerrier , car il se battait depuis dix ans. Les talents déployés par lui dans toutes les rencontres l'avaient mis au rang des meilleurs généraux de son siècle ; de nou-* veaux exploits lui acquirent ensuite la réputation du plus grand capitaine que l'Angleterre ait jamais pro-* duit. Il s'attacha un certain nombre d'officiers expérimentés qui ne le quittèrent point dans toutes ses cam* pagnes : tels que le comte de Warwick , le comte de Suffblk , le comte de Salisbury , Jean Ghandos , Richard Stamford, Renaud Cobham , Edouard Spencer, Maurice Berkerley , le sire de Basset , d'origine normande , Fitz Warren , le sire de Willoughby, Barthélemi Burgliersh, le sire de Felton , Etienne de Godringlon (i) ; plusieurs de ces barons portaient Tordre de la Jarretière , qu'Edouard III leur avait donné en récompense de leur belle conduite à la bataille de Grécy. En seconde ligne on distinguait Eustache d'Aubreticourt et Jean de Gistelles, bannerets du Hainaut , plusieurs chevaliers de TArtois^ Daniel Pasèle et Denis de Morbec-Robec. Ge dernier se vit obligé de quitter la France , afin d'échapper à un jugement qui le condamnait h mort. Jouant à la paume deux ans auparavant , il se prit de querelle avec un jeune bachelier fort aimé de Jean II , et lui cassa la tête

(t) Un des ancêtres de l'amiral anglais commandant k la intaille de Navarin , en iSa8 , les flottes combinées de France , d'Angleterre et de Russie.

d'un coup (le sa raquetle de fer. Le roi , justement irrité, donna Tordre de l'arrêter ; mais Denis de Morbec s'écliappa et courut se jeter dans les bras des Anglais (i), accompagné de plusieurs de ses vassaux et de son cousin germain Elnguerand de Beaulaincourt , chevalier arté* sien : ils étaient fils de deux sœurs. On remarquait encore parmi ces preux Jacques d'Andley, qui jouissait d'une haute réputation de bravoure ; il avait fait le vœu périlleux d'ouvrir l'action dans toutes les batailles aux* quelles assisterait le roi d'Angleterre ou Tun de ses fils ; il se plaça donc , entouré de quatre de ses écuyers , en avant de la Ugne, séparé du gros de l'armée et assez près de la palissade pour recevoir ceux qui la franchiraient les premiers.

Le jeune Edouard comptait sous ses ordres 6,000 nobles, 6,000 archers, 2,000 soudoyés ou brigands, comme les appelle Froissard, et quelques valets, en tout i5,ooo hommes, sur lesquels le tiers seulement sortait des îles britanniques : le reste se composait de nobles de l'Aquitaine et de soldats gascons. Dans le camp anglais, les chefs s'appliquaient à maintenir parmi leurs gens un calme parfait et un silence profond. Les quartiers des Français offraient un aspect bien différent; le tumulte et l'agitation y régnaient sur tous les points : on n'y entendait que des cris désordonnés.

Jacques de La Marche, vers lequel tous le^ gens sages tournaient leurs regards, le seul, entre tous ces feudataires, qui par son expérience militaire fut en état de conduire les opérations, insistait pour qu'on ne livrât pas combat, et que l'on se contentât de faire un mouve-

(i) La seigneurie de Robec passa, Ters le commencement da quinzième siècle, dans la maison de Montmorency, dont un des membres prit même le titre de prince de Robec.

35a JACQUES DE LA MARCHE.

ment en avant vers les Bordes en étendant les ailes, afin d'envelopper encore mieux la position. Jean II, poussé à sa perte par un esprit de vertige, méprisa ces sages avis, ne voulant prendre conseil que de Ribeaumont , dont la réputation brillante l'avait ébloui. Le paladin lui dit franchement son opinion , et fournit une nouvelle preuve d'une vérité déjà reconnue , qu'un intrépide guerrier est fort souvent un très- mauvais général. Son sentiment fut de combattre au plus tôt, de faire mettre pied à terre à la noblesse, en ne réservant que i,ooo hommes montés qui se chargeraient de frayer le chemin : il demanda que l'on dirigeât tous les efforts vers la seule ouverture qu'offrait la position des Anglais, c'est-à*dire vers le défilé qui partageait le front du plateau.

Le roi adopta sans difficulté les imprudents avis de Ribeaumont, au grand désespoir du comtede La Marche; on forma une division de cavalerie de i,ooo hommes pris dans les trois corps d'armée; ce gros de cavaliers était évidemment destiné à porter les premiers coups , chacun prétendit donc à Thonneur d'y prendre rang. Il s'éleva des contestations parmi les chevaliers qui tous rappelaient leurs services , leurs exploits; enfin cette opération si difficile s'acheva au milieu des plus violents murmures. Jean II, devant rester en ligne, renvoya son destrier , et voulut que tous les nobles l'imitassent. Ceci se pratiquait dans quelques circonstances périlleuses, lorsqu'il s'agissait de suppléer à l'infanterie, ordinairement fort médiocre : mais l'embarras seul de faire tenir les chevaux devenait un inconvénient très-grave. Gomme la position des Anglais avait été mal reconnue, personne ne découvrit l'embuscade dans laquelle se tenait caché Warwick :on dédaigna même d'engager des escarmouches sur les flancs du plateau pour protéger l'attaque principale. Les mille hommes de cavalerie commandés par les

maréchaux de Clermont et d'Andrehan , se précipitèrent tête baissée dans le défilé , suivis d'une division d'infanterie. Dès que le prince de Galles s'aperçut qu'on allait l'attaquer, il fit couvrir le front de sa ligne d'une ti^oupe d'archers, les destinant à recevoir les Français au moment oil ils déboucheraient. Les arbalétriers anglais cachés derrière les épais buissons qui formaient la haie du défilé, firent pleuvoir une quantité prodigieuse de traits sur tout ce qui s'engagea dans ce boyau ; en peu d'instants le chemin fut comblé de morts; les chevaux piqués par les longues flèches dentelées , se renversaient sur leurs cavaliers. Les maréchaux Jean de Clermont et Raoul d'Andrehan, accompagnés d'une faible partie des leurs, rompirent les palissades, parvinrent jusqu'au plateau, et culbutèrent les archers qui se présentaient: cette charge quoique très-vigoureuse ne produisit aucun effet, car les vignes qui couvraient le terrain en affaiblirent toute la force. Le jeune Edouard, voyant ses premiers archers dispersés, s'avança rapidement avec sa meilleure division et entoura les deux généraux; le sire d'AndIey, qui le premier avait accueilli les Français , fit prisonnier le maréchal Andrehan (i); quant au maréchal de Clermont, on le tua, quoiqu'il demandât quartier; Froissard attribue son trépas à l'animosité de Chandos, qui, se trouvant sur ce point, voulut se venger de la hauteur avec laquelle Jean de Clermont l'avait traité la veille.

L'infanterie, auxiliaire des gens d'armes, épouvantée de la perte de ces deux chefs, et surtout de la mort des cavaliers qu'elle voyait tomber sans apercevoir ceux

(i) Le sire d'Audley reçut ea récompense le collier de la Jarretière, et de plus une pension de 5oo marcs, qu'il abandonna aux quatre écuyers qui s'étaient tenus auprès de lui.

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