LIVRE V
Le Comte de La Marche sort de captivité. — 11 livre aux Tards-venus
le combat de Brignais. — Sa mort.
Jacques de Bourbon arriva à Londres avec le roi le 25 mai i357 i ^^ ^^^'^ reçut en triomphe le prince de Galles et ses prisonniers ; les bourgeois avaient tapissé les rues et suspendu aux portes toute leur argenterie ; mais au milieu de la joie publique on eut la délicatesse d'épargner au roi de France tout ce qui pouvoit l'humilier.
Edouard III lui-même ne put voir sans émotion le grand exemple des vicissitudes humaines que lui offrait Jean II dans les fers ; il ne lui parla point de ses prétentions au trône de France , et parut y avoir entièrement renoncé; les princes de sa famille s empressèrent de venir visiter l'illustre captif. Après le monarque , Jacques de Bourbon fut celui qui fit naître le plus d'intérêt , nonseulement à cause de son nom et de sa réputation , mais encore parce qu'il se trouvait l'allié du prince Noir ; la
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tnère du héros anglais était nièce de la mère du comte de La Marche.
La capitale de FAngleterre vit alors quatre rois dans son sein ; Henri Picard , riche marchand , d'origine normande 9 maire de Londres , les réunit chez lui en un banquet ; c'étaient Edouard III , Jean II , Robert Bruce d'Ecosse , et Heugues lY , roi de Chypre , dont le iils avait épousé une sœur de Jacques de Bourbon ; il cherchait auprès des potentats de l'Occident des secours contre les Musulmans.
Pendant qu'on environnait d^égards le roi Jean , qu^oa lui prodiguait des conisolations , là prise de sa personne dans les champs' dé Maufjef tûis (1) donnait lieu à de très'-vifs démôlés sur lesquels Edouard III lui-même dut prononcer. Le capitaine gascon Bernard de Trutles , excité sans doute par les barons aquitains , vint à Londres réclamer Thoniieur et le profit de la capture du roi de France , contestant le mérite de cette action à Denis de Morbec , lequel , dans cet intervalle , avait déjà reçu en gratification 2,000 nobles d'or, de la part du roi d'Angleterre. Bernard de Truttes plaida si chaudement sa cause , quEdouard allait appointer en sa faveur, lorsque l'on vit paraître Enguerand de Besaulaincourt , qui arrivait chargé des pleins pouvoirs de son par^t Denis de Morbec , « lequel fort défroissé de horions et coups qu'il avoit soustenu à ceste dite bataille pourquoi il ne peult aller en AngleteiTe pour saisir le droit qu'il avoit en la diste prînse. » Enguerand défendit avec énergie les droits de son cousin, et présenta comme preuve convaincante devant l'assemblée des barons d'Angleterre, le gan-
(1) L'action du 19 septembre i356, que nous appelons dans les temps modernes la bataille de Poitiers, est désignée soos le nom de Maupertuis par lus chroniqueurs du moyen âge.
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telet ainsi qaa l'épée du roi de Fr aûce , matilës et souillés de saag : Jean II consulté également, comme premier té>moin dans un procès si malheureux pour loi , prononça en faveur de Denis de Morbec. Edouard eut ^ard à cette décision , et remit au chevalier de Beaulaincourt , pour sou cousin , 3,ooo autres nobles d'or (i). Bernard de Truttes y quoique débouté de ses prétentions ^ reçut également une gratification considérable pour avoir contribué à cette belle capture. La chronique d'Arras finit son récit par cette réflexion : a Or voiston aucune fois advenir que l'infortune et adversité des unss est cause de la fortune e;t prospéprité d^^uUr^fi^ ^)> h* .
Les moindres açtloAS dijLguejçrjiex* d^tncm» écrivonsla vie avaient décelé, un vif attacheoMeiiA pour eon.pdys^ un attachement dégagé de toute espèce d'iotérât particulier, plus facile à concevoir q^'à <:|ai;açtértser. Combien. son cœur devait-pil être déchiré en soi3i§(9ai|t a«ix calamités
(i) Les meUlears historiens d'Angleterre . assai^ciit ifu'Edouard ÏU fut le premier souverain de ce pays qvû &l frapper des monnaies d'or.. Le noble n'existait que depuis quinze ans : il pesait deux gros et deux grains , un peu plus qu'un quart d'once ; par conséquent sa valeur égalait nôtre ancien louis de 24 livres , sauf le titre qui était fort bas dans le» monnaies anglaises : ainsi Denis de Morbec reçatca dffUE'feis âooo leais , ou. ^20,000 francs. Cette somme en représentai^ ^ne< bijen plus <i(>iisidérab]e.i si. l'on prend pour base d'évaluation , la comparaison du prix des denrées : des économistes expérimentés pensent qu'on ne serait pas éloigné de la réalité , en portant au décuple les valeurs métalliques du quartorzième siècle.
(a) Denis de Morbec et Eoguerand de Beaulaincourt furent tous deux nommés par le prince de Galles ofBciers de son hôtel. : lo premier ne tarda de mourir des suites de ses blessures : le second acheva sa carrière en Angleterre, ses fils rentrèrent long-temps après en possession des domaines qu'on avait confisqués sur leur père : ces biens étaient situés dacôté de Thérouenne. La famille de Beaulaincoortf qoi n'a cessé de suivre la carrière militaire, porte toujours dans ses armes la couronne royale d'Angleterre.
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qnt pesaient alorç sur son paysl La captivité desaintLouis n'av^îË occasionné en France que des regrets cuisants et point de désastres intérieurs ^ grâce à la prudence de Blatiche de Castill^ et des sages ministres qui gouvernaient VEtRt. La captivité de Jean II devint la cause immédiate des plue afireux désordres. L'autorité suprême tombait de plein droit aux mains du dauphin , que Ton ne connaissait que sous dés rapports très-défavorables : sa retraite précipitée du champ de bataille de Poitiers le montrait à tous les yeux comme un prince pusillanime* Le royaume se trouvait partagé eo deux zones bien distinctes : l'une en deçà de la Loire , appelée LanguedX)yl; l'autre 5 au delà du fleuve, portait le nom de Langue-Hoc. Celle-ci avait pour -gouverneur le comte d'Armagnac. Ce feudataire , jeune , habile , mais d'un caractère indépendant , ne pouvait se résoudre à se conformer aveuglément aux volontés d'un pouvoir faible , en butte à des attaques, incessantes ; cependant le comte d'Armagnac ne profita point de ces embarras comme on le craignait : la province du Languedoc fit preuve d'un dévouement sublime ; la constante loyauté rde ises^tats soutenait la France au bord du précipice ,. tandis que ceux de Langue-d'Oyl , qui s'érigeaient en états-gténér raux du royaume , ne faisaient qu'aggraver le mal. l^e dauphin les avait appelés auprès jde lui , croyant trouver assistance dans leur coopération ; maâs cette assemblée se montra animée d'un esprit très-pernicieux» 11 se forma dans son sein un triumvirat composé de. Marcel, prévôt des marchands, député du tiers-état ; de Lecoq , évéque de Laoïi , député du clergé ,. et de Péquigny , gouverneur de l'Artois , député de la noblesse : le jeune roi de Navarre , toujours retenu captif dans le château du Louvre, encourageait leur audace du fond de sa prison et leur prêtait l'appui de son nom.
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Ces rebelles états , au lieu de s'occuper des véritables intérêts du pays , au lieu de songer à la délivrance de Jean II, ne firent que signaler d'anciens abus, sans ofiirir les moyens de les corriger : c'était pour punir des fautes passées, que cette assemblée refusa -les subsides dont les circonstances exigeaient l'emploi ; toutes ses résolu-* tions portaient le caractère de la félonie. Les mécontents de Paris poursuivaient le projet de changer la forme du gouvernement , et de mettre l'autorité entre les mains du tiers-état , en ne laissant au roi qu'un vain simulacre de puissance ; mais quand ces factieux en firent la proposition aux principales cités , ils ne rencontrèrent qo'ui^ refus méprisant, accompagné de malédictions* (Histoire univers, angl. , vol. xxx , p. 438 , in-4*^- )
Pendant que la capitale donnait l'exemple de la plus criminelle opposition , Philippe d'Evreux , frère du roi de Navarre, uni aux Anglais et aux d'Harcourt, dévastait la Normandie. Robert de Glermont, parent de celui qui venait de périr à Poitiers , et gouverneur de cette province, cherchait à s'y soutenir, il s'en acquittait vail-^ lamment; ce général attaqua le vieux Geofiroi d'Har^ court, jadis si fatal à l'Etat et redevenu un artisan de troubles : il l'atteignit au fond du Cotentin , le battit et dispersa ses troupes. Geofiroi resté seul, entouré d'assaillants, se défendit long-temps avec sa hache d'armes 5 l'âge n'avait point diminué sa force prodigieuse, elle ne servit qu'à retarder sa défaite de quelques instants ; renversé par le choc de deux cavaliers qui s'acharnaient après lui, il fut égorgé sans pitié (décembre i356). Au moment oh ce dangereux ennemi des Valois recevait la mort, un adversaire encore plus redoutable reparaissait sur la scène*
Péquigny , gouverneur de TArtois , avait surpris le château d'Arlaux, dans lequel on avait transféré Charles-
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le-Mauvais, et brisa les fers du Navarrois. Ce prince, aigri par une longue détention, mais nullement corrigé, revint à Paris, escorté de tous les malfaiteurs, dont, par ses ordres, on rompit les chaînes dans les villes qu'il traversait : les prisons vomirent ainsi des milliers de bandits, qui devinrent à l'instant ses auxiliaires. Charles, irrésolu, dépourvu d'énergie , n'ayant aucun plan arrêté, ne voulait qu'assouvir sa fureur contre les hommes qui le méprisaient ; le nombre en était grand. Marcel, devenu le ministre de ses vengeances, demanda la destitution du chancelier, le renvoi des principaux personnages de la magistrature et des plus fidèles sujets, afin d'isoler le dauphin ; manœuvre pratiquée de tout temps par les chefs de faction. Le dauphin,, tenu dans une sorte de captivité, se vit en butte aux agressions les plus sérieuses; on massacra en sa présence Robert de Clermont , le vainqueur de Geoffroi d'Harcourt, et Jean de Conflans, maréchal de Bourgogne; le sang de ces dévoués serviteurs rejaillit sur le prince et l'inonda ; la rage des meurtriers allait s'étendre jusqu'à lui, lorsque Marcel l'en garantit en posant sur sa tête son chaperon rouge , signe de ralliement adopté par les rebelles.
Plusieurs villes importantes levèrent l'étendard de la révolte à l'exemple de la capitale. Pour comble de maux, les compagnies soldées ne recevant plus de paie, ne pouvant obtenir de Targent d'aucun parti, se mirent à piller les campagnes, dont ils appelaient .les habitants Jaques bonhomme. Ces villages, jadis protégés par leurs seigneurs , se trouvèrent livrés sans défense à la merci des brigands. Arnoul de Cervolle prit le commandement de ces bandes, auxquelles se joignirent, au bout de quel* ques mois, les troupes navarroises. Elles ne respectaient pas plus les églises et les couvents que les châteaux et les chaumières ; les soldats établis dans les abbayes TOM. I. 24
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traitaient les religieuses comme des courtisanes. Le continuateur de Nangis assure qu'on voyait fuir de toutes parts moines et nonnes. Ces religieux cherchaient un refuge au sein des villes, dont auparavant ils fuyaient le séjour profane. Les paysans, expulsés de chez eux, se rassemblèrent dans les bois : la faim , le désespoir , leur donnèrent du courage. Résolus de périr, ils repoussèrent les brigands , les exterminèrent, et devinrent à leur tour dévastateurs. Ces gens se rappelant les misères attachées à leur condition, se mirent à poursuivre tous ceux qu'ils savaient riches : les châteaux furent li-^ vrés aux flammes ; c'est ainsi que l'on détruisit celui de Montmorency, l'un des plus beaux du royaume, et dans lequel on voyait encore les aigles impériales conquises à Bouvines par le valeureux Mathieu IL
La fureur des Jaques s'augmentait avec leurs succès ; les nobles, sans distinction d'âge ou de sexe, devinrent les objets de leur ressentiment ; vieillards , femmes , enfants, furent massacrés avec un raffinement de barbarie dont les détails fonl reculer d'horreur. Ce terrible fléau d'un genre particulier, suscité par le mauvais génie de la France, s'étendit rapidement dans toutes les provinces. Les excès des paysans surpassèrent les calamités ordinaires* Un de leurs conducteurs, Jacques Gouge, des environs de Sens, se faisait appeler le chef suprême de ta désolation. C'est à tort que plusieurs écrivains ont dit que cet homme donna son nom à l'association des campagnards armés : la Jaquerie portait ce nom avant l'apparition de Gouge. Tous les partis politiques firent trêve à leurs dissensions , pour se réunir contre des en* nemis qui confondaient, dans leur aveugle rage, les nobles et les plébéiens , les laïques et les ecclésiastiques.
Le roi de Navarre , les généraux anglais eux-mêmes en furent si épouvantés, qu'ils se joignirent aux féodaux
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pour mettre un ternie aux dévastations des paysans. On vit à la tète de cette étrange croisade le captai du Bucli , et Gaston de Foix , surnommé Phœbus à cause de sa beauté , prince d'un caractère bizarre , qui promenait dans les diverses contrées de l'Europe son humeur inquiète. Le bruit des ravages commis par les Jaques lui parvint au fond de la Germanie ; il accourut en France, seulement pour garantir de toute insulte les dames à la défense desquelles son bras s*était voué exclusivement.
Les Jaquet cherchèrent à résister à de si vaillants redresseurs , mais ils ne purent tenir contre des soldats couverts de fer; une stupide lâcheté avait remplacé chez eux une fureur brutale; on les extermina facilement: le sire de Gouci en tua 7,000 dans un seul jour. Cependant les représailles, non moins cruelles que les méfaits, ne réparèrent pas les maux causés par tant de crimes. Durant ces temps de massacres la terre cessait d'être cultivée , elle n'offrit bientôt plus que des ruines ; les décombres des châteaux se confondaient avec ceux des chaumières; le royaume se trouvait dans un état pire que celui où il se vit réduit vers la fin de la seconde race , lorsque les Normands désolaient les campagnes : jamais la société ne fut plus près de sa dissolution. Jean II , abtmé sous le poids de la douleur au récit des malheurs qui pesaient sur son pays , s'imagina que sa seule présence en arrêterait le cours. La députation des états du Languedoc , qui vint le visiter daps le mois de février iSSq, l'avait encore plus excité à obtenir sa liberté à quelque prix que ce fût ; ce prince la négocia aussitôt avec Edouard. Jacques de La Marche , partageant les mêmes rigueurs , était aussi le confident de ses plus secrètes pensées ; il fut chargé de traiter en son nom. Edouard proposa dés conditions qui tendaient à démem-
Sjîl JACQUES DE LA MAHCHE.
brer le royaume en le réduisant de moilié; cependant , quoique fort dures , le roi et le comte de La Marche les acceptèrent , ne doutant pas de reconquérir par les armes ce que la nécessité leur arrachait ; la déplorable convention fut signée à Londres en août iSSg. Cet accord conclu entre un roi prisonnier et ses vainqueurs avait besoin de l'assentiment de la nation pour devenir valide : on l'envoya à Paris , oîi devaient l'examiner les différents corps de l'Etat. Dans les moments de troubles la face des affaires change avec promptitude ; un seul jour vaut souvent une année de temps ordinaire. Tandis que Jacques de Bourbon se voyait obligé de traiter à Londres de la liberté de son maître à des conditions si onéreuses , la France prenait un aspect moins sombre : son gouvernement acquérait de la force et de la régularité. Le dauphin continuait de déployer un courage mâle , une merveilleuse habileté ; ce prince avait trouvé de puissants auxiliaires dans le jeune duc de Bourbon , neveu du comte de La Marche , et dans Charles de Montmorency. Ces deux feudataires lui amenèrent 3oo lances (i,5oo hommes) , qui furent les premiers gardes que le dauphin eut auprès de sa personne. Les états de Champagne refusèrent de communiquer avec les rebelles parisiens, fournirent des subsides assez abondants , et conférèrent le titre de régent au dauphin retiré à Chartres. Le jeune Charles se vit en position de contenir les factieux. Le prévôt des marchands venait de recevoir le prix de ses crimes : quelques bons citoyens tuèrent cet audacieux au moment oil il ouvrait lui-même une des portes de Paris , pour donner entrée aux troupes anglaises unies à celles du roi de Navarre. On devait , à la faveur de l'effroi causé par la présence de ces soldats étrangers , proclamer dans la journée Charles-le-Mauvais, roi de France.
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La mort de Marcel rappela le dauphin à Paris, et lui servit autant que le gain de plusieurs batailles ; les honnêtes gens , toujours timides lorsque le danger est pressant, accoururent en foule auprès du prince; ce fut dans ce moment de triomphe et de joie que le sire de Tancarville arriva de l'Angleterre, apportant le traité conclu à Londres entre les deux rois. Le dauphin et les états jugèrent que Ton avait profité de la position pénible de Jean II, pour obtenir de lui de semblables concessions ; voyant que les affaires du royaume prenaient chaque jour un tour plus favorable , ils refusèrent hautement de ratifier la convention , et remirent au sire de Tancarville une réponse absolument négative. Edouard, irrité de ce refus courageux, abjura cettemagnanimité simulée dont il s'était paré jusqu'alors , et iit enfermer dans la Tour de Londres Jean ainsi que les autres prisonniers (i). Cet étrange traitement aurait pu affecter Jacques de Bourbon s'il n'avait eu à déplorer que cette rigueur; mais un chagrin plus vif vint l'assaillir, lorsque Edouard prit la résolution d'obtenir par la force ce qu'on persistait à ne pas vouloir lui céder de bon gré : il put voir les immenses préparatifs que le monarque anglais faisait pour porter la guerre en France , et la fortune cruelle l'empêchait de voler à la défense de son pays !
La réputation brillante d'Edouard et du prince de- Galles , les succès éclatants de leurs premières expéditions, l'espoir de piller impunément de riches provinces, attirèrent sous leurs bannières , non-seulement tout ce qui , en Angleterre , suivait le métier des armes , mais* encore les aventuriers des diverses contrées de l'Europe. Edouard entra dans le port de Calais le 28 octobre iSS^^,
(i) Froissard^ liv. 1, ch. ccii. — Hist. univ. angll
accompagné de ses quatre fils, Edouard, Lionel , Jean et Edmond ; il réunit en peu de temps dans l'Artois 80,000 hommes , 6,000 chariots de vivres et un bagage immense. Le jour même du débarquement des Plantagenet , le dauphin recevait une déclaration de guerre formelle de la part de Gharles-le-Mauvais , que des échecs récents avaient transporté de fureur. Après la mort de Marcel, cette espèce de prestige qui la veille fascinait les yeux de la multitude s'était évanoui ; Charles de Navarre parut tel qm'on le jugeait depuis quelques années, un vil scélérat , dépourvu du courage nécessaire pour soutenir son ambition démesurée : le perfide fut obligé de sortir de la capitale pour échapper au courroux populaire ; mais il trouva un nouveau soutien dans Edouard. Ces deux princes, unissant leurs efforts, ne doutaient point d'anéantir les Valois et d'asservir le royaume; celte ligue formidable vint échouer contre le destin de la France. Le dauphin prit les mesures les plus énergiques pour op* poser aux Anglais la résistance qu'on pouvait déployer dans des circonstances aussi délicates : les provinces parurent disposées à le seconder ; le Languedoc , moins maltraité que les autres , régi par l'administration sévère du comte d'Armagnac , vota un don considérable. Le régent, loin de s'opposer de front au torrent qui allait inonder le territoire , abandonna les campagnes à la fureur de Tennemi , renferma ses ti^oupes dans les places fortes avec toutes les provisions qu'on put ramasser, détruisit les ponts sur les principales rivières, afin d'embarrasser la marche d'Edouard et rompre l'ensemble de ses opérations : ce système de défense, savant pour l'époque, fut inventé par un prince qui ne parut jamais à la tête des armées; c'est ainsi que le dauphin attendit les Anglais, résolu de s enterrer sous les débris delà monarchie.