‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoireChapitre 7 sur 51 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Bataille de BouTines. — Montmorency en est le héros.

Lorsque Philippe- Auguste monta sur le trône, il trouva la maison de Plantagenet en possession de la moitié des Gaules. Henri II , roi d'Angleterre , tenait sôus son sceptre la Normandie , une partie du Yexin, le Poitou, la Saintonge , TAuvergne , le Limousin , le Périgord , TAngoumois, l'Anjou, le Maine, la Touraine, la Guienne, qui comprenait une partie du comté de Toulouse. Ce prince ne tarda point d'ajouter à toutes ces contrées }a Bretagne, dont il fît épouser l'héritière à l'un de ses fils. Les Plantagenet , secondés par toute la puissance britannique , auraient fini par ranger la France entière sous leurs lois , si le Ciel ne leur eût suscité un prince aussi énergique que Philippe-Auguste. Doué d'une activilé infatigable, d'une vigueur d'esprit peu commune, le monarque annonça de bonne heure la résolution d'arrêter l'Angleterre dans ses empiétements , et de lui arracher les provinces dont Louis -le -Jeune, son père, s'était laissé dépouiller. Il marcha à son but avec une

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constance admirable, en employant les moyens les plus extraordinaires , sans jamais manquer de loyauté : rien ne put le détourner un seul jour de son projet ; les actions les plus importantes de sa vie, comme les moins considérables , se rapportèrent à ce grand objet. 11 ne se décida à prendre part à la croisade que dans la seule pensée d'empêcher Richard, son émule, d'acquérir trop de renommée : à cette époque on n'exerçait de l'influence sur les peuples que par la gloire des armes. Enfin , le succès couronna ces efforts prodigieux : Philippe parvint non-seulement à ressaisir les provinces détachées du royaume, mais encore à donner à l'empire germanique un maître de son choix ; bien plus , il devint l'arbitre des destinées de l'Angleterre , et plaça sur le trône des Alfred son propre . fils , qui fut couronné dans la ville de Londres après avoir battu Jean - sans - Terre , son rival.

Nous avons dit que Philippe-Auguste dicta un choix aux électeurs de l'empire germanique : en effet , après la mort de l'empereur Henri VI , on élut Othon lY, duc de Brunsv^ich , en raison de la trop grande jeunesse de Frédéric , fils du monarque défunt. Mais Othon était neveu de Jean-sans-Terre , et trop dévoué aux intérêts de l'Angleterre ; à ce titre , son élévation ne pouvait convenir à Philippe. Ce dernier eut assez de pouvoir pour engager les électeurs à réviser l'élection d'Othon, et ses habiles menées eurent pour résultat de partager la Germanie en deux factions : la majeure partie de l'empire se prononça en faveur de Frédéric. Dès ce moment, les Plantagenet se virent privés de l'auxiliaire sur lequel ils comptaient le plus. Philippe, qui redoutait sans cesse une invasion de la part des Tudesques , voulut leur opposer une forte barrière en mettant la Flandres, le Brabantet le Hainaut , sous son influence immédiate : le

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sort le favorisa singulièrement , car les souverains de ce pays moururent successivement , en ne laissant que de9 filles ; le roi leur donna pour époux des hommes dont il voulait s'assurer le dévouement, en procurant à chacun d*eux une fortune au-dessus de ses espérances.

Jeanne et Marguerite , filles de Baudouin , comte de Flandres, retenu en Orient, eurent pour mère Marie, fille aînée de Louis - le - Jeune et d'Eléonore : elles étaient par conséquent nièces de Philippe- Auguste. Le roi ayant appris la mort de Baudouin, arrivée en i2o5, fit venir auprès de lui les deux princesses flamandes , invoquant la double qualité d'oncle et de suzerain. D'aT près Tusage établi , lorsqu'un vassal ne laissait en mourant que des filles, elles passaient sous la garde-noble du suzerain ; la loi féodale le chargeait d^élever ses pupilles et de leur procurer des époux. Philippe retira les deux sœurs de chez le comte de Namur, pro-ourateur^ et fixa le lieu de leur demeure à Paris , dans son propre palais : il fît déclarer Tainée comtesse de Flandres , à l'exclusion de la cadette , attendu que les grandes seigneuries , dit le chancelier d'Aguesseau , étaient impartables de leqr nature.

Le roi maria la comtesse de Flandres, en 121 1 , à Ferrand , second fils de Sanches F', roi de Portugal ; faveur insigne pour le prince lusitanien, qui servait dans l'armée du roi comme simple chevalier. Philippe sut néanmoins se la faire payer; car il exigea de lui la cession de la Flandres gallicane , composée de Lille , de Douay, d'Orchies, Saint-Omer et Aire: Ferrand signa le traité à Paris. Le nouveau souverain de la Flandres se montra bientôt dun caractère très<-difiîcile. et ne craignit pas d'user envers Jeanne des procédés les plus violents. Aimant passionnément les échecs , il y jouait souvent avec sa femme, qui , étant fort habile à ce jeu ,

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le battait constamment ; elle le faisait mat (mataverat)) dit la chronique du contemporain Richer, abbé de Senones ; Ferrand , de dépit , jetait les pièces au visage de Jeanne et la frappait rudement. La jeune princesse supporta d'abord patiemment ces mauvais traitements ; elle finit par adresser des plaintes à Philippe- Auguste : celui-ci fit des reproches très*vifs à Ferrand , qui les reçut avec mépris , et qui même s'étudia à provoquer de nouvelles observations, pour mieux les braver. On se piqua réciproquement : Philippe se montrait d'autant plus irrité , qu'il aurait voulu que le Lusitanien se souvint qu'il ne devait ses états et sa position brillante qu'aux bons offices du roi de France. Sur ces entrefaites, Jean - sans - Terre terminait les immenses préparatifs d'une attaque qu'il voulait diâ*iger contre le royaume. Philippe prit des mesures vigoureuses pour lui résister : à cet effet , il convoqua ses grands vassaux auprès de Soissons. Ferrand s'y rendit ; mais il refiisa de fournir . le contingent que le roi exigeait de la Flandres , à moins qu'on ne remit les villes cédées par lui en se mariant. Aucune remontrance ne put le toucher. Ferrand se retira dans ses états , et mit la population sous les armes : il passa en Angleterre , et , dans une assemblée tenue à Cantorbéry, le Lusitanien fit hommage de la Flandres au roi Jean-êans-^Terre ; revenu à Bruges , il engagea dans sa querelle Renaud , comte de Boulogne. Encouragé par ce succès , cet homme passionné alla dans la Thuringe trouver Othon , et le détermina à se mettre à la tête de la ligue formée contre Philippe , en lui persuadant que s'il pouvait accabler le roi de France , l'Allemagne tout entière se prononcerait en sa faveur : les discours de Raymond , comte de Toulouse , qui , chassé de ses états , se trouvait au-delà du Rhin, vinrent donner plus de poids aux raisonnements de Fenand.

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En même temps on informa l'empereur que Frédéric , son compétiteur, était venu secrètement en Lorraine, et qu'il avait signé àToul, vers la fin de laia, un traité d'alliance d'après lequel il s'engageait à ne conclure ni paix ni trêve avec Tempereur et le roi d'Angleterre , sans le consentement de Philippe. Frédéric entrait à peine dans sa dix-huitième année, mais il déployait déjà une fermeté remarquable.

Surmontant son apathie habituelle , Othon consentit à diriger une expédition formidable contre Ja France. De son côté Philippe, ayant inutilement invité Ferrand à venir le trouver à Gravelines , envoya en Flandres les troupes destinées à tenter une descente en Angleterre. Il marcha d'abord contre Lille , qui s'était révoltée , emporta la ville à la suite d'un siège fort opiniâtre, et la livra aux flammes, afin d'effrayer, par cet exemple, les pays qui oseraient entrer en insurrection. Mathieu jde Montmorency, commandant la première division , contribua puissamment à la prise de Lille ; il enleva , au bout d'une semaine , Gys/zdng et Tournay ( fin de iai3«) D'autres détachemeifits venaient de conquérir Bruges, Ypres, CasseL Mathieu s^'avança rapidement sur Gand, qui , à l'approche des Français, se soumit en payant trente mille marcs d'argent pour que l'armée n'entrât pas dans ses murs. Le bruit d'un échec essuyé sur un autre point vint troubler la joie que causaient tant de succès. Ferrand, le comte de Salisbury et Renaud, comie de Boulogne, ayant surpris dans le port de Dam la flotte française venue de Calais, l'avaient incendiée. Le roi accourut à Dam , tailla en pièces les Flamands et les Anglais réunis. L'hiver le contraignit à suspendre les opérations de la guerre ; il ordonna à Mathieu de mettre garnison dans Douay et Tournay, et le mois suivant le roi le rappela auprès de lui, le jugeant

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capable de le seconder dans les mesures qu'il prenait pour ifésister à une attaque des plus sérieuses. Toutes les informations annonçaient que les alliés faisaient d'immenses préparatifs dans le but d'assaillir le royaume : en eSet , la plus grande activité régnait en Flandres et en Allemagne.

Les princes confédérés décidèrent de se réunir à Bruxelles dans l'hiver de I2i3. Othon, ayant effectué de nouvelles levées dans le duché de Brunswick , dans la Thuringe , en Saxe et sur les bords du Rhin , en forma une armée de 60,000 hommes qui franchit le fleuve vers le milieu de novembre iai3 (l'année commençant à Pâques ). L'empereur se rendit un des premiers à Bruxelles ; voulant resserrer les nœuds nouvellement formés avec les princes belges , Othon , veuf de Béatrix de Souabe , épousa Marie , fille du duc de Brabant : le mariage fut célébré à Maestricht le a5 avril iai4*

Othon IV, surnommé le Superbe, comptait alors trente-sept ans : il était fils de Louis, duc de Brunswick , et deMathilde^ fille de Henri II, roi d'Angleterre; par conséquent il se trouvait neveu de Jean-sans-Terre : on ne devait donc pas s'étonner de le voir prendre ses intérêts. Une portion des électeurs Télut empereur le 4 juillet 11989 à la place de Philippe de Souabe, nommé trois mois avant lui ; mais , battu par son compétiteur sous les murs de la ville d'Ulm, en iao6, il s'était retiré en Angleterre auprès du roi son oncle. La nouvelle de la mort de son rival le rappela deux ans après sur le continent ; Innocent III le couronna à Rome en iitog, en lui faisant promettre cession entière des biens allodiaux de la princesse Hathilde. Othon le promit sur l'Evangile; mais une fois reconnu empereur il refusa de tenir sa promesse, et exerça même d'injustes empiétements sur les terres du Saint-Siège.

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Innocent (H) irrité à bon droit, excommunia le prince, sur le front duquel ses mains venaient d'attaclier la couronne impériale. C'est alors que Philippe^Auguste , voyant, non sans un vif regret, l'empire entre les mains du neveu de Jean-sans-Terre , se joignit au pontife, et fit revivre les droits que le jeune Frédéric avait au trône impérial. Une partie des princes de la Germanie se déclara pour le protégé du roi de France; ils l'élurent à Mayenoe, le 6 décembre laïa. Sur ces entrefaites , Othon , désirant rallier à sa cause les partisans de la maison de Souabè, épousa Béatrix, fille de Philippe son anoien compétiteur ; mais Béatrix mourut le second jour de son mariage. Ce trépas subit causa une douleur extrême à l'empereur , qui l'attribua à son excommunication : dès ce moment il ne garda [dus de ménagements à l'égaixl du clergé, dont il se fit le persécuteur. Ainsi que tous les princes allemands , ce monarque était d'une haute stature et d'une épaisse corpulence. Vaniteux à l'excès, il indisposait les grands par sa morgue 9 et les traitait avec un mépris insultant; d'ailleurs son caractère n'avait aucune fermeté; et , si Othon montrait du courage dans les combats , il montrait également beaucoup de timidité dans le reste de sa conduite : tel se présentait l'Agamemnon de celte ligue des princes de l'Europe.

Après Ferrand, comte de Flandres, qui avait quarante ans , on distinguait , parmi les principaux chefs de la coalition , Renaud de Dammartin. Ce baron , d'un caractère impétueux , annonçait une ambition démesurée; indigné que la fortune l'eût placé dans un rang secondaire, il s'agita constamment pour s'élever ^ sans se laisser arrêter par la honte d'employer des moyens que réprouvait Thonneur. 11 apprit en 1191 que Ide, comtesse de Boulogne, veuve de deux princes, vdulait

se remarier pour la troisième fois, et qu'elle avait choisi Amould, baron d'Ardres : sur ce seul bruit Re* naud répudie sa femme Marie de Ghâtillon , sous pré^ texte de parenté , et se met sur les rangs pour épouser Ide et devenir ainsi possesseur du comté de Boulogne, un des plus beaux fiefs de la chrétienté. Ide , persécutée par la foule des prétendants , donne un rendezvous au baron d'Ardres dans un presbytère isolé, dont le prêtre consent à les unir; mais Renaud, informé de ce projet , précède son rival dans le lieu désigné , enlève Ide et Temmène en Lorraine , dont le souverain lui accorde asile et protection. Le baron d'Ardres se met à la poursuite du ravisseur; arrivé auprès de Verdun, il est arrêté et jeté dans un cachot. Renaud sut capter la bienveillance de la comtesse Ide , et, grâce à l'intervention de Philippe-Auguste , il parvint à épouser cette princesse. Le roi de France conçut de bonne heure une prédilection singulière pour Renaud , dont rhumeur altière offrait quelque conformité avec la sienne : cependant Philippe-Auguste ne favorisa Renaud à l'occasion de cet hymen , que sous la condition expresse que le comté de Boulogne relèverait directement de la couronne ; et afin de mieux s'attacher ce nouveau vassal, le monarque permit que Philippe, son second fils , épousât la fille de Renaud : ce dernier montra une vive reconnaissance pour tant de bienfaits. Une circonstance imprévue vint changer en une haine violente un dévouement qui semblait ne devoir jamais finir. Renaud se trouvait en 1197 au palais de Philippe, à Bapaume; il s'y prit de quei^Ue avec Heugues lY, comte de Saint- Paul : celui-ci ne put se contenir en parlant à l'homme qui avait répudié sa nièce , et lui appliqua sur le visage un coup de gantelet si rude, que le sang jaillit à l'instant par le nez, par la bouche, et couvrit les

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dalles du plancher. Le comte de Boulogne ayant tiré sa dague , voulut en percer le comte de Saint-Paul ; les barons de rassemblée s^interposèrent. Le roi parut donner tort à Renaud : ce dernier , transporté de fureur, quitta sur-le-champ la demeure du monarque. Philippe-Auguste voulut l'y rappeler, et envoya vers lui frère Guérin , son premier ministre, qui invita le comte de Boulogne à s'en rapporter à son suzerain pour la réparation de l'injure : « f y consens , répondit le vassal , pourvu que le roi fasse remonter de terre à ma tête le sang qui en est tcHnbé. i> En même temps il remit à Guérin le collier de t Espérance , ordre de chevalerie fondé par Philippe en II 90 : ce Tenez, lui dit-il , voilà la bride, nous aurons bientôt le cheval (i). » Renaud parlait ainsi, parce qu'il ne doutail pas que Philippe ne fût accablé par la ligue que tant de princes de l'Europe formaient contre le monarque français. Au bout de quelques mois, sans égard pour les traités qui plaçaient ses états sous la mouvance immédiate de la couronne, Renaud déclina cette suzeraineté, se reconnaissant vassal direct du comte de Flandres. Philippe k déclara traître à la patrie, coupable de haute trahison , et détacha deux divisions, qui s'emparèrent de ses états. Renaud , dépouillé de ses domaines , erra plusieurs années sur le continent, et finit par se retirer en Angleterre, l'asile habituel de tous les ennemis de la France.

Simon de Dammartin , frère de Renaud , fut doté du comté d'Aumale par le roi ; comblé des bienfaits de Philippe-Auguste, il se prononça à regret contre ce prince , n'agissant ainsi que pour ne pas. abandonner Renaud , auquel l'amitié la plus tendre le liait depuis l'enfancev

(i)Meycr.. — Buzclin , Gallta Flaiidria, lib. i\.

Guillaume de PontLieu, son beau-père, 'servait dans l'armëe de Philippe.

Henri^le^Guerroyeur , duc de Brabant , acquit beau* coup de gloire dans les guerres soutenues par Frédéric Barberouiiê , et perdit un œil dans un combat - où il sauva la vie à ce monarque. Henri , devenu le serviteur dévoué de Philippe-Auguste , l'accompagna à la Terre- Sainte ; et , quoique plus âgé que ce prince» il épousa sa fille Marie , veuve du comte de Namur. Le Brabançon eut à soutenir de vifs démêlés contre Hugues, prince-évêque de Liège, au sujet de la succession du comte de Huy : le prélat, d'une humeur très-martiale , se mit à la tête de ses troupes, battit complètement Henri dans les premiers jours de 1214» et s'empara de la moitié des domaines de son ennemi. Le duc , craignant de perdre ses états , consentit à venir lui demander pardon à genoux, se promettant bien néanmoins de saisir l'occasion la plus favorable pour satisfaire sa vengeance. En effet , il mit un empressement extrême à s'unir au comte de Flandres , et donna sa fille à l'empereur Othon IV , chef de cette ligue, y mettant la condition que le monarque allemand commencerait par humilier l'orgueilleux prélat. Othon le promit , et tint parole; car en arrivant en Flandres il débuta par saccager la ville de Liège , sans respecter les églises , ni les reliques de saint Lambert, que l'on conservait précieusement dans une châsse.

Albert , duc de Saxe, venait de se lier avec Othon , quoique la maison de Brunswick eût disputé pendant long-temps à la sienne la possession de la Saxe. Albert aurait été le prince le plus remarquable de cette époque , si lambition tenait lieu de mérite : il s'agita toute sa vie , sans améliorer sa position ; sa taille était

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si élevée , qu'elle devint un objet de curiosité : dans un voyage qu'il fit à Londres en 1192, Albert fixa l'attention de tous les habitants de cette ville; on sortait dans les rues pour le voir passer.

Guillaume , comte de Hollande e$ de Zélande , âgé de trente-huit ans, regardé conune un de9 princes. les plus riches de la chrétienté , avait passé sa jeunesse en France , et fut entraîné on ne sait comment dans la ligue formée contre Philippe-Auguste.

Thibault P' ^ reconnu duc de Lorraine depub un an , passait pour Thomme le mieux dit et le plus ro^ l>uste de ses états j ami particulier d'Othon et de Jeansans-Terre^ il resta constamment fidèle à leurs intérêts.

Hervé IV , baron de Donzi , de la maison de Gien , pajra de la plus noire ingratitude Pj^ilippe-Auguste-, qui lui avait fait épouser llahaut, héritière de la maison de Nevers* Guerrier brave et violent , â fit la guerre aux Albigeois en 1209, et les traita très-durement* L'historien Mathieu Paris Pappelle « prince issu du traître Gandon, » ce qui passait alors pour la plus grosse des injures*' Son beau-père Pierre de Gourtenay» comte d'Auxerre, servait dans l'armée du roi de France.

Conrad de Termone ^ palatin du Rhin, aventurier célèbre du treizième sièele : il commanda long-temps en Italie les armées de l'empereur Henri YI. Son im*pétuosité ressemblait souvent à de la folie; aussi les Italiens ne balançaient pas à dire qu'une mouche logeait' dans son cerveau i ils le surnommèrent Mosea in oervello. L'empereur Henri YL, dont il fut un des plus vaillants généraux, le dota du duché de Spolette; mais le pape Innocent IH , refusant de reconnaître la validité de cette donation , commanda aux babît^nts de Spolette de ne point prêter serment de fidélité à Conrad de Termone. Celui-ci, ayant voulu user delà force, fut excommunié,,

et obligé de se retirer en Allemagne : la haine dans le cœur, il embrassa avec chaleur le parti d'Othon, que des motifs semblables portaient à détester le Saint-Siège.

Henri III , comte de Limhourg^ le prince le plus versatile de son siècle : naguère allié intime de l'évéque de Liège, il venait de se liguer avec Othon et le duc de Brabant, ses anciens ennemis; il fit partie de la croisade entreprise par Richard et Philippe - Auguste. Henri de Limbourg jeta un grand éclat en Palestine par son audacieuse valeur.

Raoul iTIssoudun , un des principaux tenanciers du Poitou , était devenu comte d'Eu en épousant Alix , héritière de ce fief; il se montra constamment fid^e à la cause de PAngl^terre, mais son attachement lui avait coûté cher , car Philippe* Auguste , irrité de voir le comté d'Eu entre les mains d'un partisan des Plantagenet, le somma de prêter l'hommage de vassal : or , cet hommage emportait l'obligation de ne jamais prendre les armes contre son suzerain. Raoul s*y refusa i le roi k fit attaquer sur-le-champ par un gros de troupes françaises que commandait Philippe de Dreux, évéque de Beauvais : le prélat guerrier acheva la conquête du comté d'Eu en iiqS; Raoul embrassa la cause des alliés, dans l'espoir de se venger amplement de Philippe-Auguste (i).

Guillaume Longue-Epie , comte de Salisbury, frère naturel de Jean-sans-Terre : son père Henri H n'ayant épousé Eléonore de Guienue que par des motifs de po^

(i) En donnant la liste purement nominative des principaux alliés» Daniel, YcUy et surtout Anquetil ont accumulé erreurs sur erreurs, de sorte que cela met dans leur récit une confusion inextricable; nous croyons nécessaire de rétablir les faits dans leur véritable jour.

Ces écrivains discut : Guillaume , duc de Brabant; c'est Henri

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