‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoireChapitre 8 sur 51 · SIRR DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

SIRR DE MONTMORENCY

li tique, ne fut pas assez sage pour rompre ses anciennes liaisons avec sa première fiancée , la belle Rosemonde, fille de Gauthier, lord Clifibrd, et la cacha dans un labyrinthe à Woostock, afin de la soustraire à la fureur jalouse d'Eléonore; mais il ne put y parvenir : pendant un voyage du roi en Normandie , Eléonore s'introduisit dans le labyrinthe, et fit prendre de force du poison à sa rivale , qui mourut au bout de quelques heures (1173). Henri II en avait eu deux fils : Tun , Geoflroi , fut évéque de Lincoln ; Guillaume , le second , devint Tobjet de la prédilection de son père , qui lui donna le comté de Salisbury. Le dernier se fit remarquer par Texaltation de ses sentiments généreux et par une bravoure brill Ate : à l'exemple de Gaillaume-le-Conquérant , il prit l'habitude de porter une épée extrêmement longue , d'oii lui vint le surnom par lequel on le distingue dans l'histoire. Cherchant Toccasion de se signaler, il demanda au roi la per^ mission d'allei^ en Flandres se joindre à l'empereur Othon. Jean-sans-Terre y consentit, sans lui confier néanmoins le commandement des 6,000 Anglais qu'il envoyait aux alliés par Douvres et par Ostende. Il

le Guerroyeur ; ils en font deux personnages, le duc de Brabant et le comte de Louvain : Henri était Fun et l'autre. Ils désignent par le nom d*Othon, Henri. III, comte de Limbourg. Ils appellent le duc de Lorraine, Henri : il se nommait Thibault , il n'y eut jamais de Henri duc de Lorraine dans le moyen âge. Ils font paraître un comte de Namur au nombre des ennemis de la France , et cependant Pkilippe'-le^JYoble » comte de Namur, était mort en 121a sans laisser d'enfants, et le titulaire de ce comté était une femme, Yolande^ sœur de ce Philippe» et femme du comte d'Àuzerre, servant dans Tarraée de Philippe-Auguste. Ils disent encore : « Le comte de Bar portait les armes contre le roi , dont il était le sujet \ » le jeune comte de Bar se faisait remarquer au contraire parmi les yassaux réunis autour de Philippe, et se distingua autant par son zèle que par sa braToure.

choisit pour chef de cette division Heugues de Boves\ banneret picard , qui fut banni par Philippe- Auguste poui' une faute graye dont il s'était rendu coupable. Ce Boves était petit-fils de Robert surnommé le Tyran , qui , ayant conçu quelques soupçons sur la vertu de sa femme Béalrix de Saint-Paul, fit enfermer dans une cabane couverte de paille trois hommes désignés pour entretenir un commerce criminel avec la châtelaine. On y mit le feu par ses ordres : « Les flammes n'atteignirent point ces malheureux i dit la chronique de Turpin , et l'innocence de Béatrix fut ainsi miracur leusement prouvée* » Heugues de Boves hérita de la violence de son aïeul; il répudia sa femme, modèle de vertu, et épousa ^Élennellement .sa favorite , fiUe d'un Juif; ce qui lui attira lea fbi:|drQ9.de TEgUse et les sévère» remontrancea dn: roi de Franjce. U.bravfi les unes ^t les autres ; retiré à Londres , il y guigna l'afiection de Jean-sàns-Terre , soit par leicharmçi de Sje;s .discours, soit par la haine qu'il montrait pour, tout ce qui tenait à la France. Henri II, ayant à se soutenir dans un pays auquel il devait être étranger, se forma i^ne garde formidable d'hommes tirés principalement du Brabant, de l'Ecosse , et du pays de Galles ; il économisait sur les dépenses de sa maison afin de se (ft^ocurer l'argent nécessaire pour acquitter la solde de ces stipendiés , sur qui l'on ne pouvait compter qu'autant qu'on les payait exactement : aussi Jean-sans- Terre eutil grand soin de donner à Boves l'argent de la solde pour quatre mois.

On distinguait encore parmi les chefe de l'armée des alliés , Arnoul d'Oudenardé , Etienne de Halines , Gilles de Sainte-AIdegonde , le sire de Guistall , commandant des gens d'armes flamands, Gérard Ostermall , commandant dç la garde d'Othon. Ces barons , de plusieurs

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pays , parlant divers langages , sentaient le besoin de se reconhattre entre eux ; car rajustement de tous les féodaux de la chrétienté étant façonné de la même manière , il pouvait en résulter une confusion fâcheuse, puisque les visières couvraient absolument le visage : pour y obvier, on convint de fixer, au milieu de la cotte d'armes , une croix rouge*

On voit , d'après la composition des généraux de cette armée , que Philippe-Auguste allait avoir à lutter contre ses ennemis personnels , guidés par lanimosité la plus violente ; ce prince savait que les alliés entretenaient des liaisons secrètes parmi les principaux vassaux de la couronne : les informations qu'il prit à cet égard ne lui laissèrent plus de doute sur l'existence d'une conspiration flagrante. On mettait en question les droits de la maison des Capétiens ; Philippe «e trouva dans une de ces situations difficiles oii la fortune d un prince dépend de l'incident le plus futile. Il fit part aux grands vassaux des projets hostiles des alliés , et de leur intention de porter le théâtre de la guerre dans le cœur du royaume, d'envahir les provinces et de se les partager : il les invita , dans les termes usités , de fournir les contingents fixés par les lois féodales. Mathieu de Montmorency , habitant l'Ile-de-France , fut le premier admo^ nesté ; il répondit à cet appel avec les expressions du plus pur dévouement , et se montra très-zélé pour la levée des troupes : son empressement fut d'autant plus digne d'éloge , que son amour-propre venait d'être mis à de rudes épreuves. Les alliés , qui entretenaient des émissaires en tous lieux , voulurent le séduire par les plus belles promesses ; on alla jusqu'à lui laisser entrevoir la possibilité d'occuper le trône en sa^qualité de descendant de l'oncle du dernier roi carlovingien , de ce Charles de Lorraine qui ne sut pas soutenir les justes

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droits que sa naissance lui donnait à l'héritage de Louis ¥• Les intérêts de Mathieu étant liés à ceux d'une infi* nité d'arrière-vassaux, on doit présumer que si ce puis* sant vassal fût entré dans la coalition , il y eût en* traîné un nombre considérable de clients. Montmorency repoussa énergiquement ces propositions , et conserva sa fidélité au souverain , dont il soutint Pautorité de tout son crédit. L'épreuve que Philippe venait de faire sur Montmorency ne laissa rien à désirer ; mais d'autres leudes , moins loyaux , montraient de l'hésitation : le monarque en fut effrayé un moment. Mathieu , sentant comme lui le danger , redoubla de zèle ; son exemple , suivi par le duc de Bourgogne et par Thomas de Saint- Valeri , donna l'impulsion : Télan fut complet. Les troupes communales se joignirent à )a nombreuse chevalerie accourue de tous les points : cette circons-* lance est une des plus intéressantes, non - seulement de nos annales , mais encore de l'histoire du monde. H appartenait à la France d'offrir le spectacle , aussi rare que beau , d*un peuple se levant tout entier à la voix de son roi pour défendre la terre natale. Le péril fut si imminent , fut tellement senti , que les hommes de diverses classes et de toutes les origines se confondirent pour la première fois depuis Glovis , et représentèrent la nation réunie dans un seul corps* Les chroniques contemporaines de l'Allemagne et de l'Angleterre parlent de l'enthousiasme qui éclata parmi la population ; mais , par une indifi^rence inexplicable , nos écrivains modernes n'ont consacré que quelques lignes à ce mémorable événement.

Philippe-Auguste , assuré de l'appui universel , con-< sidéra sans effroi les vastes préparatifs de la coalition , et prit les mesures les plus énergiques pour lui résister ; il venait d'atteindre sa cinquantième année , et joignais

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à une prudence consommée la prjemière vigueur de la jeunesse ^ quoique le poison, que des mains perfides lui donnèrent en Palestine, eût laissé sur sa personne des traces très-apparentes. Son visage était empreint d'une pâleur mortelle, qui ne s'efTaça jamais plus (i). Aucun détail n'échappait à son active prévoyance : il avait acquis la certitude que le roi d'Angleterre devait combiner son attaque dans le Poitou , avec Pinvasion que l'empereur et les princes belges préparaient du côté de la Flandres. Il ordonna à la chevalerie du midi de se rallier sous les bannières de son fils , récemment envoyé dans l'Aquitaine : Louis , héritier de la couronne , rassembla .en peu de temps 3o,ooo hommes; il choisit pour ses premiers lieutenants le comte de Périgord , les sires d'Albret et de Rochechouart. Mathieu de Montmorency fut d'abord désigné pour l'accompagner ; mais Philippe , le jugeant plus nécessaire dans le nord , le garda auprès de sa personne , le destinant à commander Pavant-garde de la grande armée.

L'hiver de 121 3 se passa en mouvements préliminaires : depuis la Scarpe jusqu'à la Dordogne , et depuis la Meuse jusqu'au Rhône, tous les points vulnérables furent fortifiés et pourvus de garnisons; on ne négligea aucun moyen pour arrêter l'agression des alliés. 11 serait difficile de citer un plan de défense conçu sur une plus grande échelle : en compulsant les nombreuses chroniques contemporaines et les pièces conservées dans les archives de Lille , d'Arras , d'Abbeville , d'Amiens , etc. , on retrouve encore quantité de pièces qui font connaître les dispositions locales prises à cette époque; et c'est en les parcourant qu'on se convaincra de l'erreur dans la-

(1) Rîgordus / Gcsta Philippi Augusti, lib. iv.

3o UATHIBU II,

quelle sont tombés ces écrivains qui ont affirmé que la guerre se faisait dans le moyen âge sans aucune prévoyance, que le hasard seul présidait aux opérations, qu'il n'existait dans le conseil des rois ni sagesse ni habileté.

Philippe, instruit , vers la fin dé juin 12 14 9 f[ue les dernières divisions allemandes de l'armée d'Othon franchissaient le Rhin , ordonna de commencer le mouvement de concentration sur la Picardie; il partit de Paris le 18 juillet, et arriva au camp de Péronne, où se réunissait le gros de l'armée : les troupes seigneuriales et communales de la haute Picardie , du Ponthieu et de l'Artois étaient échelonnées jusqu'à Douay. Philippe quitta Péronne le 20, et prit la route de Lille : les ruines fumantes de cette ville , jadis si florissante , étaient un exemple de la sévérité avec laquelle le roi de France punissait la rébellion. Toutes les forces vinrent camper dans la plaine qui sépare Lille d*Hazebruck. C'est peutêtre ici le cas de jeter un coup d'oeil sur la composition des armées françaises, au commencement du treizième siècle.

L'établissement des fiefs, institués en gSo, sous Raoul , pour légitimer des usurpations, devint fatal à l'autorité royale. Le vassal , dans plusieurs cas, jouissait du droit de refuser obéissance au souverain; les arrière-vassaux, sujets à la fois des leudes et de la couronne, étaient toujours. dans une situation douteuse; souvent ils se virent forcés de servir le suzerain contre le roi, de sorte que le monarque ne disposait en réalité que des soldats levés dans ses propres domaines : ce que l'on appelait le royaume deFrauce était alors gouverné comme un grand fief. Heugues Capet, un des principaux feudataires, avait concouru à cet affaiblissement du pouvoirroyal; mais une fois monté sur le trône, il voulut ressaisir la puissance

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tout entière : il rencontra une opiniâtre résistance dans les barons, précédemment ses égaux , dont il venait de payer les suffrages par d'énormes concessions. S'il ne put réussir dans ce projet , au moins ce prince en conçut-il le plan , et en légua Texécution à ses successeurs; de sorte que plusieurs siècles furent remplis par une lutte continuelle entre le monarque et des sujets trop puissants. La guerre se déclarait-elle, ceux-ci amenaient au roi un nombre de soldats proportionné à l'étendue de leur domaine : ils disposaient ainsi des forces de PEtat , et tenaient son chef dans une sorte de dépendance. Louis-le- Gros, guidé par l'habile Suger, leur porta un coup sensible en protégeant l'émancipation de beaucoup de villes , qui,moyennant un don volontaire , obtenaient un affranchissement définitif; le seigneur de qui elles relevaient octroyait une commune : l'action du pouvoir royal agissait dans cette transaction, en ce quil la sanctionnait de manière à ce qu*elle n'eût jamais d'effçt rétroactif ; et , dans beaucoup de cas , il contraignit le seigneur à rece-^ voir le don qu'on lui offrait pour prix de Tafiranchissement. En vertu de cette modification , les villes eurent la facilité de lever des troupes sans la participation de l'autorité féodale : elles ne le firent désormais que dans l'intérêt de la puissance souveraine. Louis - le - Gros s'empressa de s'adjoindre ces précieux auxiliaires : il se concerta également avec les évêques , qui se montrèrent d'autant plus disposés à le seconder que les grands feudataires n'épargnaient*point dans leurs ravages les biens appartenants à l'Eglise* Les magistrats des villes se chargeaient de procéder à la levée des soldats, et de les mener au lieu du rassemblement. Ces milices furent appelées troupes communales, et prirent pour étendard les bannières de leurs églises : elléâ étaient bien diiH tinctes de celles que les barons tiraient de leurs terres 9

3a MATHIEU II 9

les unes et les autres devaient servir quarante fours , à compter du moment oii l'on entrait en campagne, mais on dépassait fréquemment ce terme. Les milices communales furent toujours très-médiocres : les troupes seigneuriales ne cessèrent de se montrer supérieures aux premières, soit en bravoure, soit en discipline. On remarquait parmi elles une espèce de système d'organisation emprunté aux tournois , image de la guerre , et dans lesquels tout se réglait d'après l'ordre hiérarchique de la chevalerie. Les barons, fréquentant ces jeux militaires , s'accoutumèrent à se voir régir à l'armée par les mêmes règles ; et le premier qui imagina d'asservir des hommes violents à des usages devenus pour eux dans la suite une espèce de frein, rendit à l'Etat un service inappréciable. Cette conquête de l'esprit dordre sur l'anarchie date du coovnencement de la troisième race.

Le roi intimait aux grands vassaux h mandement de la ehevauehée , que ceux-ci transmettaient à leurs arrière-vassaux» Dès ce moment les routes , les campagnes se couvraient de gens armés , se dirigeant sur le point indiqué où se trouvait déjà Yost du roi, formé de soldats pris dans les domaines particuliers du monarque. Ce système de levée était admirable par la simplicité de son mécanisme : souvent le roi n'admonestait que les leudes de deux, trois ou quatre provinces. On a calculé, en supputant les fiefs existants à cette époque , que si Philippe- Auguste eût ordonné la levée sur tout le territoire et d'après les bases rigoureuses de la féo* dalité, son armée aurait présenté un effectif de huit cent mille hommes de troupes seigneuriales, sans^y comprendre les communaux. Le cri et le gonfanon du leude maintenaient dans ces rassemblements une régularité plus réelle qu'on ne pourrait le croire. Chaque

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vassal de la couronne amenait , avons-nous dit , un nombre fixe d'arrière-vassaux, qui se classaient d'après leur rang, leur puissance et même leur âge, de la manière suivante : banneret, chevalier, écuyer^banne^ rei y éouyer , bachelier : ce dernier degré était rempli par de très-jeunes féodaux, qui s'attachaient à un banneret ou à un chevalier; ils le servaient et Paidaient à se revêtir de ses armes : on les appelait aussi varlets^ nom que par désuétude on a avili , ainsi que celui de librée , dont par corruption on a fait livrée. Le mot librée désignait une union d'hommes libres , engagés seulement par honneur sous les bannières d'un leude ; les paladins las plus fameux furent, dans leur jeunesse , varlets de quelque baron : la maison des grands devenait une école où les bacheliers allaient s'instruire , et recevoir du châtelain les leçons de chevalerie ; ce noviciat durait ordinairement sept ans.

Après les bacheliers venaient les tervientes ou sergents; c'étaient les soldats des nobles; on les partageait en deux classes : les servientes proprement dits, entretenus aux frais des barons , et les satellites , serfs affranchis qui s'attachaient à leurs anciens maîtres ; leur dévouement aveugle passa même en proverbe : ils existaient dans la milice romaine. Chaque chevalier se faisait suivre ordinairement de 25 hommes d'armes : un homme d'armes était un épuyer accompagné de deux servientes ; de sorte que le chevalier avait à sa suite 75 soldats (i), qui adoptaient pour signe de ralliement une bannière appelée pewnon. Le banneret , dont le rang était plus élevé, amenait un nombre bien plus considérable de gens de guerre ; la quotité variait suivant l'étendue de ses domaines ; un étendard carré le distinguait de son inférieur : l'écuyer-ban-

(i)Ce nombre diminuait ou augmentait fréquemment. TOM. I. 3

peret conduisait vingt hommes , et le simple écuyer deux êervietktea. Ces degrés de chevalerie ont donné l'idée de nos grades militaires; ils devinrent héréditaires sotis Louis-ier Jeune; les rois les conférèrent plus tard à titre de récompense. On disait d'un bannêrei héréditaire » il déphie hann^ihre ; et d'un banneret institué par Iç roi , il $ntre eH bannière : la richesse des armures se proportionnait au rang que chaque noble tenait dans les degrés de la féodalité. Le haut baron se réservait plusieurs signes distinctifs ^ entre a^utres V oliphant , espèce de trompe ou de cornet fait de métal précieux, ou d'ivoire , richement travaillée : l'oliphant pendait par une chatnette au cou du leude, qui en donnait au milieu des combats afin de rallier les siens autour de sa personne , lorsque le danger le menaçait de trop près. Chaque vassal adoptait, en sonnant de l'oliphant, un re^ frain particulier qui aidait ses hommes d'armes à le reconnaître pendant le désordre de la mêlée (i). Les armes défensives étaient un bouclier taillé en pointe ^ un vêtement triple dont l'épaisseur garantissait des coups les plus violents, espèce de pourpoint bourré de crin, nommé gambei$on » recouvert d'une cuirasse faite de mailles de fer ti^ès-serrées : on appelait cette cuirasse le haubert; plus tard les )ambes et les bras s^enveloppèrent de bandes de fer : maïs à l'époque dont nous parlons les chevaliers les avaient nus (a); ila portaient par-dessus la cuirasse une tunique de peau tannée sans manche, appelée cotte d* armée ; celles des grands et

(i) Aujourd'hui , lorsque des régiments de cavalerie sont réunis , chacun d*euz adopte dans ses sonneries un refrain qui sert & indi" quer aux soldats les appels de leurs corps.

ip) « Je connais l'usage des Français fanfarons , bombanciers , couvrant leur corps ^ mais dédaignant de garnir leurs jambes, et qu^ -vont au combat avec une simple chaussure. » (Histoire des Albigeois , par BOMB AKDE . )

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ties barôfis étaient dé drap d or où d'argeqt,<)ù de fourrure précieuse-, etchairgëes ordinairement de leursanoioiries: on garantissait la tête par un Jbonnet de mailles sur lequel se tllettait le hêatûmey qu'il faut bien distinguer du Casque : le* heaume avait la forme d'un chaperon très-haut , dont les bords touchaient les épaule». Le heaume finit par céder la place au casque , dont Tusage devint gé^ral : il ne fut pendant long-temps qu^une coinbre dife parade, que Ton quittait lorsqu'on allait an combat. Les chevaliers se faisaient raser la téte^ afin que dans la mêlée on ne pût les saisir par les cheveux s'ils perdaient le heaume. On vit souvent des hauts barons s'écarter de cette coutume et affecter de conseil \er rine longue chevelure : par exemple, le fameux Si*»mon de Montfort^ Louis de Glermont, Olivier de Clisson ^ etol

Les artnes^ôfiensiv^ étaient la lance, uneépée longue, droite , résisèmbtant beaucoup à celle des anciens Qslw*lois , une dague retenue dans la ceinture, et une masse dont les ctievàlters^ se servaient pour frapp^^ les che- Taux h la tête: souvent ils les abattaient d'un seul coup* Les troupes communales n'avaient que Tarbalète ^ un léger bouclier, le bonnet de mailles et une tan-ique de cuir qui enveloppait le cou. Les habitants des pays montagneux se couvraient de peaux de bétes fauves , et usaient de la fronde , arme primitive de bien des peu* pies. Nous ferons observer que les possesseurs de terres et châteaux jouissaient seuls du privilège d'aller à la guerre Sived les armes pleines ; l'armure des petits no^ blés' se bornait à la lance , à l'écu , et ao bonnet de maillés : cette disti;âcli6i> disparut insensibl<emeht.

Outre les nobles et les milices provinciales, il existait encore trois sortes de soldats : les sergents d'armes , institués par Philippc^'Auguste en Palestine pour sa garde

ordinaire ; ils portaient l'armure complète , et obser-vaient une sévère discipline : venait ensuite la compagnie des eottereaux^ tirant leur nom de cotterel^ espèce de couteau dont ils jouaient avec une dextérité sans pareille. Ces cottereaux se recrutaient en Brabant , et formaient un corps formidable sous la direction d'un chef suprême qui vendait aux différents princes de l'Europe le service des compagnies ; celui qui traita avec le roi quelque temps avant la bataille deBouvines, se nommait Cadoc ; il recevait mille livres par jour, somme considérable pour cette époque: d'anciens comptes de solde font croire que les cottereaux dépassaient le nombre de huit mille. La féodalité , regardant alors comme un déshonneur de recevoir de l'argent, leur donnait par mépris le nom de soudoyés» Derrière les cottereaux marchaient les ribauds , troupe indisciplinée , formée de vagabonds de tous les pays : ces soldats , méprisés , mais redoutables , menaient une vie dissolue ; leur nom resta long-temps pour exprimer lin homme sans mœurs; leur chef prenait le titre de roi des ribauds ^ rex ri-baldorum (i).

Philippe - Auguste fit procéder, les aa , aS et a4 juillet , à la montre : c'était la vérification du contingent de chaque leude ; cette opération commençait avec le plus grand appareil , à l'issue de la messe que l'on disait sur un autel de gazon. La force de l'armée présenta un effectif de 59,000 hon^mes , savoir : 5, 000 bannerets ou chevaliers, i5,ooo hommes de moyenne noblesse 5 a8,ooo communaux et 11,000 ribauds et cottereaux. Les ao,ooo bannerets ou soldats de moyenne noblesse, tous à cheval, étaient regardés comme la principale force de l'armée. On comptait parmi Ie6 grands vassaux

(1) Giâllauro«-le-Breton , Philippidos, m.

SIRK m MONTMORENCY. 3»J

non-seulement un certain nombre d'évéques possesseurs de terres seigneuriales , mais encore une centaine de dames châtelaines , veuves ou filles majeures jouissant de fiefs , et qui amenèrent leur contingent ; elles demeurèrent à Arras , où s'arrêtèrent les dernières divisions formant la réserve. Les ecclésiastiques tenant fief, qui , admonestés pour le service personnel d'après la teneur des lois féodales , négligèrent de répondre à cet appel, furent privés de leur temporel : le nombre en fut très-borné.

La bannière de Saint-Denis , appelée au commencement l'oriflamme , flottait au milieu des troupes communales ; on ne la mettait en évidence que dans les occasions solennelles : elle se composait d'un large carré de soie rouge. On ne doit pas la confondre avec la bannière royale : celle-ci , faite également de tafietas rouge, marchait constamment devant le roi et jouait un grand rôle dans les batailles; elle transmettait les signaux généraux à toute l'armée , l'instruisait de la position du prince , de ses revers ou de ses succès , et servait principalement à guider les deux ailes sur le mouvement du centre. Pendant les marches le chapelain du roi portait, roulée et suspendue au cou , la soie de cet étendard ; un écuyer tenait la lance ; on ne déployait la bannière qu'au moment d'engager l'action.

Nous avons déjà dit que le fils de t^hilippe-Anguste contenait les Anglais dans lé Poitou àla tétede 3o,ooo hommes, et que les milices des provinces méridionales, au nombre de 35 ,000 soldats , furent distribuées- dans les garnisons de la Guienne; i5,ooo^ archers gardaient les places de la Loire ; 20,000 autres occupaient Paris , la Normandie et la Picardie: ainsi l'an pouvait. x^ompter sur pied plus de 300,000 combattants. '•

Voici quels étaient , après Mathieu de Montiftorency,

33 UATfllED U,

les principaux vassaux servant dans Tannée de Pbi^

lippe.

Eudef Illf duc dç. Bourgogne , âgé de quarantç*neuf ans : il descendait d^ Ro}>eFt.9 cré^ duc de Bourgogne en io3i 9 pa^ 6op frère le roi Hewi P''. Ce prince , Iq vassal le.plu^ iidèle de la couronne , se croisa , en 1209 , contre, les Albigeois, et se comporta dans cette guerre avec humanité ; il gagna l'estime des peuples ; et. après la cpnquête des états de Raymond, il en refusa la souveraineté , que les chefs de l'expédition lui offraient^ ,

Rçiert II y comte de Dreux, petit-fils 4e Louis-^e-Qros: il acqompagna , en 1190, Philippe^Auguste en 'Pa)i.ed-^ tine, et né s'y distingua point ; il aida merveilleusement le roi dans son divorce avec logelburge , et rendit à Philippe des services obscurs , devant lesquels d'autres vas-. saux auraient reculé. Accable sous let poids du mépris public , Robert se hâta de Joindre l'armée de Philippe , gu.idé par le désir de servir le monarque et dans l'espoir de laver sa vie par quelque exploit* Son fils aîné, Robert Gâte-Bled (1) , venait d'être fait prisonnier auprès de Vannes, dans un combat livré contre les Anglais. Pierre , son second fils , fut reconnu duc de Bretagne^ en épousa nt l'héritière de cette principauté.

Philippe 9 évéque dq. Be^uvfiis, frère de Robert II , comte de Dreux , avait ^té pourvu de son évéché en l lySi à lage de dix'^biiit f^ns : s$ f^JM^iUe ne consulta pas son goûi en le me((;apt dans les ordres sa^oiéa '; : aussi sô montra-t-il décidé à suiyre ^on inclination naturelle pour le métier desi ^psi?s : il passa deux fois dans la Pa^ destine, et,4emeur^.pi:i^nni^* à ftigdad. Etant sorti de

(1) Ce kufrnom l«v VèbMt de ce qne, tiatis son enfance , il contracta l'habitude de sortir dur tshâléau' de fiuii père, accdmpagîn^ <ie jtutiM TQr)ets f al al>ia|l|ltms t^léii ^ moment des moissons. . - / /

SlilE Db MONTM'OliENCY. S'')

sa captivité , il fit la guerre contre lés Anglais, et livra , en î-igS, un combat fort opiniâtre à RiéhaH-Cœur-de-^ Lion , auquel il fut obligé de rémettre son gantelet , après une latte de dk heures i son Vaitiqtieur le jeta dans un cachoti Le pape Câestin HI écrivit au roi d*Angle* terre pour lui demander là délivrance de ion ehér fih révéfuê dé BéOUPais ; Richard , pour réponse , lui en* voya la cotte d'armes du prélat, teinte de sang. Richard châtia dOn ambassadeur de répéter les paroles adres-^ sées à Jttceb par ses enfants au sujet de Joseph : Reeon^ fiaisêez^^auf à teè marques la tunique de votre fils T Le roi né Voulut pas briser les fers de son captif, qui resta enfermé pendàut cinq ans. Cette disgrâce ne ra-^ lentit pas son ardeur martiale : il se croisa Contre les Albigeois en i;2io. Toutéâ les chroniques ^'accordent à^ dire que durant la campagne de 12 14 ce prélat se servit dans la mêlée d'une massue^ persuadé, assure-t-on, qu'assommer n'était pas verset* le sang : ce scrupule devait paraître bien tardif, car depuis viugt ans il ne s'était jamais servi que du glaive. Philippe de Dreux atteignait sa quarantième année.

Robert de ChûtUlon , évêque de Laon , n'avait point , comme le précédent , quitté l'autel pour les combats ï il venait de déployer l'activité la plus généreuse dans ia levée des trempes , et mit en asage auprès des peuples tout l'ascendant que lui donnait sur leurs esprits son caractère sacré* Grâce à ses soins , les communaux de la Picardie furent en armes avant ceux des autres pro<vinces : craignant que leur résolution ne fléchit , il voulut les accompagner pendant toute la campagne.

Pierre dé Courtenay, comte d'Auxerre , petit-fils de Louis*]e-Gros : Philippe-Auguste lui ménagea, en ii85\ l'alliaUce de Phéritière de la maison de Nevers i veuf d'Agnès, en 1192 , Pierre de Courtenay épouça l'armée

4o MATHIEU II,

suivante Yolande , qui lui apporta le comté de Namur. Le coi le choisit , en 1 194 9 pour traiter de la paix avec Richard ; des démêle's très-vifs qu'il soutint contre l'évêque d'Auxerre, vinrent troubler le cours de ses prospérités. Le prélat ayant refusé la sépulture à un des of-* ficiers de la maison du comte , celui-ci fit enterrer le cadavre dans la chambre basse où couchait l'évéqne (iao4)« Ce fait attira sur lui les foudres de l'Eglise; tout le clergé se ligua contre ce leude ; ses vassaux ne voulaient plus reconnaître son autorité. Pierre de Courtenay se vit obligé de faire amende honorable : on lui prescrivit de déterrer le corps de ses propres mains » et de le porter sur les épaules , nu-pieds , au cimetière public , pendant la procession des rameaux.

Guillaume de Ponthieu : ce baron se comporta mal dans la croisade des Albigeois (1209) ; le désir de se réhabiliter auprès de la chevalerie de France , le fit sortir de son apathie ordinaire. Il avait épousé Alix , sœur de Philippe- Auguste : son gendre , Simon de Dammartin , servait dans l'armée des alliés.

Gauthier III ^ de la maison de Châtillon, frère de Tévêque deLaon, s'unit, en 1196, à Elisabeth, héritière du comté de Saint-Paul , et fille de Heugues IV, le même qui frappa de son gantelet Renaud , comte de Boulogne. Gauthier prit le titre de comte de Saint- Paul, sous lequel il est plus connu dans l'histoire; on le regardait comme le guerrier le plus franc et le plus résolu de son temps : il se signala au siège de Saint- Jean<d*Acre , et seconda puissamment Philippe-Auguste dans la conquête de la Normandie. Se trouvant dans le Languedoc en 1209, il imita le refus généreux du duc de Bourgogne , et ne voulut pas s'approprier les dépouilles de Raymond. D'injustes soupçons planaient sur son compte : il passait pour entretenir des liaisons se-

SIRB DE HONTUOREIfCr. 4^

crêtes avec les princes alliés , et il savait qu'on se défiait de lui ; mais dédaignant de se justifier, Gauthier désirait ardemment que les combats pussent lui fournir l'occasion de montrer toute sa loyauté.

Enguerand III , sire de Couci , possédait des terres immenses ; son aïeul avait soutenu la guerre contre le roi Louis*-le-Gros: loin de suivre cet exemple , le petitfils ne cessa de donner des preuves de dévouement à Philippe - Auguste , qu'il accompagna en Palestine et dans les expéditions les plus difficiles. Ce puissant baron employait ses richesses à des objets de magnificence ; il fit bâtir un superbe cliâteau, dont on voit encore la haute tour à six lieues de Laon : une tendre amitié unissait Eoguerand à Mathieu de Montmorency.

Amoul , comte de Guines , jadis fort dévoué à l'Angleterre , changea de parti pour des raisons très-légitimes : ayant eu des démêlés avec Férrand (121a) , au sujet de quelques empiétements exercés sur ses terres , il fut très-maltraité ; son ennemi ravagea ses domaines et prit un château qu'habitait Béatrix de Bourbourg, comtesse de Guines , la personne la plus accomplie de son temps. Ferrand se saisit de cette jeune femme et ne voulut jamais la rendre à sa famille , malgré l'offre d'une forte rançon. Béatrix gémissait encore dans la plus dure captivité en 12 14* Ainsi le comte Arnoul , en embrassant les intérêts de Philippe -Auguste , servait sa propre querelle ; il brûlait de briser les fers de la femme qu'on lui avait ravie d'une manière si cruelle.

Thomoê de Samt-Valeri , sire de Dommart , banneret riche, valeureux et très-dévoué : il amena 2,5oo hommes levés dans ses domaines du Ponthieu. Les chroniques d'Abbeville racontent à son sujet un événement déplorable , qui flétrit sa vie, Thomas de Saint- Valeri avait épousé Edèle , fille de Jean F' , comte de Ponthieu. Un

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jour il allait, en ii8^, visiter son beau-père, avec sa femme et une suite de quelques écnyers , lorsque des bandits l'assaillirent, le dépouillèrent et assouvirent sur Edèle leur brutalité : à l'issue de cet horrible événement , les deux époux continuèrent leur route , et gagnèrent le château de leur père. Le vieux comte de Ponthieù , de mœurs sévères , témoigna le plus affreux désespoir en apprenant la catastrophe de sa fille ; il dit à son gendre : <c Partez pour Saint- Valeri , réunissez vos gens , courez après les bandits , votre injure ne peut être lavée que dans le sang ; laissez^moi votre femme. » Thomas de Saint-Valeri obéit. Le surlendemain le comte de Ponthieù conduisit sa fille au Crotoy , et lui proposa une promenade sur mer; lorsque la barque fut à deux lieues de la côte , le baron se leva , donna la bénédiction à sa fille , et d'une voix terrible prononça cette sentence : « Dame de Dommart , recommandez votre âme au Ciel , car il fout que votre mort efface incontinent la vergogne que votre malheur imprime à notre race. » D'après ses ordres , les matelots saisissent la victime , l'enferment dans un tonneau , et la précipitent dans les flots. Un vaisseau hollandais aperçut heureusement ce tonneau porté par les vagues , et le recueillit ; les gens de l'équipage trouvèrent Edèle qui respirait encore. Elle découvrit sa coodition ; les matelots , cédant à ses prières , la mirent à terre sur la côte de Saint-Valeri , si connue des nautonniers. Edèle attendit qu'il ftt nuit , puis alla frapper à la porte du château de son mari, qui, instruit déjà de l'action de son beau-père , pleurait la perte de sa femme : on juge bien que leur réunion dut être fort touchante (i). Deux ans avant ce funeste événement , ils avaient eu

(i) Histoire des Maycurs d'AbhcTillc, i6V > in-4*

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