‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siécles (volume 2)Chapitre 15 sur 25 · TOM. H · texte numérisé non relu

TOM. H

de la dame de Belleville , cette fureur précoce lui paraissait plus agréable que le développement des plus rares vertus. Voulant donner un père à son fils , seul rejeton d une malheureuse famille , voulant lui assurer un protecteur dans un temps de troubles , elle contracta un nouvel hymen ; Jeanne épousa en 1849 ^^ ^^^^ ^^ Bertelay , banneret pauvre, mais d\in caractère aventureux et entreprenant : elle espérait que la valeur éprouvée de ce piari la^ ferait rentrer en possession des domaines dont un décret du roi l'avait dépouillée si cruellement. Sur ces entrefaites , Edouard III , toujours guidé par des vues politiques , la combla de bienfaits , en dédommageaient de la perte de son premier époux^ immolé en quelque façon pour avoir trop bien servi ses intérêts. D'un autre côté, la comtesse de Montfort, veuve à son tour, consacrant son existence à soutenir les prétentions dont son fils Jean venait d'hériter , s'efforçait à lui gagner des partisans : l'air martial dvi jeune Glisson , son humeur impétueuse, le montraient comme un défenseur qu'il importait d'attacher à la fortune de sa maison par les liens de la reconnaissance. Mais Glisson devait tromper et la prévoyance de Jeanne de Flandres el la politique d'Edouard : ce Montfort dont il partagea les jeux , les premières sensations y n'eut pas de plus cruel ennemi que lui ; ces Anglais, parmi lesquels il fit ses premières armes , ne trouvèrent pas de haine plus implacable que la sienne , et cependant on ne peut l'accuser ni d'ingratitude ni de légèreté: l'enchaînement des circonstances opéra seul-ces variations.

La comtesse de Montfort voulut défendre elle-même les droits de son époux, sans exposer son fils aux hasards de la guerre ; elle l'envoya à Londres : Glisson accompagna le prince ; il étonna par sa mâle beauté , assure Wasingham; on le regardait bien plus digne de ré-

gner sur le duché que Montfort , dont la complexion délicate n'inspirait que des inquiétudes. EdonardlII conçut pour le jeune Olivier une affection singulière , il se plut à le combler de présents : lorsque Montfort dut paraître en Bretagne , le monarque donna à Clisson un équipage qui rivalisa de luxe et de richesse avec celui du prétendant.

Le duc de Lancastre , comme nous l'avons déjà vu débarqua en Bretagne conduisant une armée formidable; voulant frapper les esprits par une entreprise majeure, il assiégea Vannes (i357). Ce fut devant ces murs que les deux -guemers dont la Bretagne s'enorguedlit le plus, fixèrent, dans deux armées opposées l'attention générale par des faits d'armes éclatants • Duguesclin du côté de Blois , et Clisson du côté de Montfort : le premier avait trente-six ans, le second vingt-an.

Dans toutes les rencontres Olivier se fit remarquer par une audace peu commune ; les soldats , auprès de qui le premier mérite est la vaillance , lui montrèrent un attachement qui blessa l'atoour-propre du duc de Lancastre. Clisson attirait tous les regards par une grâce chevaleresque j ses armures étaient magnifiques , ses coursiers les plus beaux de l'armée : ce goût pour le faste ne le quitta jamais. On a conservé , comme modèle , le desàn de son casque (i). Ses exploits , déjà l'objet des chants des ménestrels , enflèrent tellement sa vanité , que le rôle d'un brillant paladin , borné à quelques faits d'armes saiUants , lui parut désormais au-dessoas de lai; il aspira à exercer une influence politique sur les grands événements dont» son pays était devenu le lliéâtre. Il se trouva placé naturelle-

(i) Voyez les Antiquités du père Montfancon , t. t.

ment à la tête du parti qui défendait les intérêts de Montfort : ceux qui le composaient se royant, non sans dépit , liés à l'Angleterre , cherchaient un centre commun ; ils le rencontrèrent dans Clisson , et, quoique agissant toujours de concert avec les troupes britanniques, ils se réjouissaient de marcher sous les ordres immédiats d'un chef né breton : ils auraient vainement demandé la même garantie au comte de Montfort, entièrement soumis aux volontés d'Edouard III. Dans cette situation difficile, Jean lY, pour conserver l'affection de ses partisans , se vit contraint de s*appuyer sur Olivier et dç se mettre en quelque façon sous son égide. L'autorité que Lancastrc tirait de sa qualité de généralissime, pâlit auprès du crédit dont jouissait le jeune banneret. Olivier, soit qu'il eût des talents de Lancastre une opinion désavantageuse, soit qu'il ne pût commander à son aversion contre les Anglais, ne chercha point à gagner l'amitié d'un prince qu'une seule tête séparait du trône des Alfred ; bien au contraire , il agit à son égard avec une hauteur qui flattait autant l'orgueil de ses compatriotes qu'elle blessait la fierté de Lancastre. On vit bientôt, dans une circonstance mémorable, jusqu'où pouvait aller son influence. Lors du malheureux traité de Bretigny , le duché occupa l'attention des plénipotentiaires : une clause portait que les places prises dans le cours de la campagne, seraient rendues de part et d'autre. Clisson , rentré par la force des armes dans une portion des fiefs dont sa famille avait été dépouillée par i'édit de Philippe de Valois , espérait que le nouveau traité de paix allait lui assurer la jouissance de Tautre portion ; niais il fut trompé dans son attente : les villes et les châteaux- forts , réclamés pi^ lui, restèrent entre les mains des Français. Olivier les envoya demander à Jean H d'un ton d'arrogance, qui surprit étrangement

toat le monde ; et telle était la prépondérance da ban-^ neret , que les deux souverains , guidés par les mêmes vues , obtempérèrent à ses désirs. Edouard insista sur la restitution des domaines , voulant que le jeune Breton fût bien persuadé que c'était à ses bons offices qu'il en devait le recouvrement ; d'un autre côté , le dauphin alors régent , depuis Charles V , dominé par de sages prévisions , essayait de préparer les voies pour attirer dans son parti un guerrier qui paraissait destiné à diriger en quelque façon les affaires de la Bretagne. Glisson retira de ces diverses combinaisons tous les avantages qu'il en attendait* Cet homme , qui dans son enfance n'avait eu qu'une frêle barque pour asile , qui naguère encore vivait des bienfaits d'un prince étranger , se trouvait, par la restitution de ses fiefs , le baron le plus considérable du duché ; les Laval , les Rohan , les Beaumanoir, jouissaient d'une illustration mieux établie, mais ils possédaient moins de territoire. On lui remit Garnache, Château*de- Veaux et Château-Guy. L'importance de ses domaines s'accrut encore par son mariage avec Jeanne de Laval : cette alliance le rendit une puissance d'un poids déterminant dans la querelle de Hontfort et de Charles de Blois : jamais le premiei" ne fût devenu maître du duché , même après la victoire d'Auray , s'il n'eût compté Clisson au nombre de ses partisans. Ce fier vassal se forma une suite de 400 chevaliers et de i,ooo écuyers ou bacheliers. Bouillant , emporté , d'une irascibilité extrême , il entendait que tout fléchit devant sa volonté : la moindre résistance ramenait en lui cette violence qu41 avait contractée au milieu des périls dont sa feunesse s'était vue menacée. Jaloux de dominer , dédaignant les plaisirs à une époque de la vie oh ils ont le plus de charmes, Olivier se montrait animé d'une ambition d'autant plus.

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incommode qu'elle flottait sans direction : Tunique but de ses désirs fut constamment de faire trembler son mattre en le servant. Ce caractère si fortement prononcé dis^ tingue Clisson de tous ses contemporains, et le dessine d'une manière particulière <ians le grand tableau du moyen âge.

Une prépondérance exclusive , des richesses immenses, une très-haute considération ne satisfaisaient pas encore le fils de Jeanne de Belleville : en effet , le banneret se trouvait , contre son gré , placé dans une fausse position. Les infortunes de sa mère , aussi bien que la reconnaissance, l'avaient jeté dans le parti anglais qu'il détestait au fond de l'âme. La mort cruelle de son père lui imposait l'obligation de combattre la France , pour laquelle son cœur nourrissait une véritable prédilection: les succès de DuguescUn , et la gloire que ce héros acquérait sous les étendards de Charles V, lui causaient une mortelle envie.

Le dénoûment de l'affaire relative à la succession de Jean III, approchait. On sait qu'en i364 les plaines d'Auray virent le terme de tant d'incertitudes* Vous avons déjà fait , dans la Vie de Duguesclin , le récit de cet événement mémorable ; nous y revenons , afin de montrer la part que Clisson eut au succès.

La veille de la bataille , le conseil de Blontfort insista pour qu'on attaquât lennemi au moment oîi , accablé de fatigue , il débouchait par Brech. ce Je m'y oppose , s'écria Clisson ; je me fais un scrupule de vaincre des hommes harassés de lassitude ; un pareil triomphe est indigne de gens de cœur : attendons à demain^ le repos aura rendu la partie moins inégale, d Cet avis, plus chevaleresque que sage , fut adopté sans difficulté , et , en raison d'une générosité qui tenait à l'esprit du temps , on repoussa les chances offertes par la fortune. Le len-

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demain, Clisson , dans la disposition des chefs principaux , reçut le commandement du corps opposé à DnguescUn. Le Spectacle qu'auraient offert ces deux guerriers se rencontrant dans la mêlée , eût sans doute été d'un intérêt bien vif: le sort en décida autrement. Oli- , vier était d'une taille médiocre , mais elle grandissait au combat ; sa force prodigieuse lui ouvrait partout un passage : il abattait à ses pieds ^ à coups de hache , des ennemis vulgaires ; dédaignant de pareils avantages , le paladin perçait les rangs en y cherchant son ennemi personnel ^ Beaumanoir : une haine héréditaire divisait leurs familles. « Beaumanoir , Beaumanoir , où es*tu ? s'éci'iait Glisson d'une voix terriUe; viens te mesurer avec moi. » Enfin il l'aperçoit au milieu de la mêlée, agissant en simple chevalier : nous avons dit ailleurs comment Beaumanoir, prisonnier sur parole , ne put obtenir un commandement. Olivier le joint à Tinstant où celui-ci abattait le casque de Gauthier Huet; il allait Taborder lorsque Geofiroi de Kerimel le croise , l'attaque de front, fend sa visière et le frappe violemment au-dessus de l'œil gauche : nonobstant une blessure aussi dangereuse , Olivier ne cessa point de prendre part à la lutte. Kerimel venait d'échapper à sa furie en se réfugiant derrière un gros d'arbalétriers français. En ce moment tous les efforts se réunissaient contre le centre , où combattait Charles de Blois. Ayant contraint l'aile gauche des ennemis à lui céder le terrain, Olivier arriva sur ce point avec sa division, lorsque l'époux de Jeanne de Penthièvre recevait lé coup mortel. Dès-lors la bataille fut gagnée ; mais il importait de dissipef le reste des vaincus , de crainte que ces débris , ralliés par quelques chefs audacieux , ne parvinssent à former une masse capable de défendre la cause des enfants de Charles de Blois. Plein de cette idée , Glisson se mit a la poursuite du

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ce ntre et de l'aile gauche , tandis que Cliandos et Montfort s'unissaient pour accabler Duguesclin , dont Topiniâtreté tenait en échec les vainqueurs. Olivier, emporté par sa fougue , harcela les fuyards pendant trois heures^ sans se laisser arrêter par les douleurs de sa blessure ; le '.sang qui en sortait l'animait encore davantage : son bras immola un nombre considérable de ces malheureux; enfin Olivier, las de frapper, prit la résolution de rejoindre l'armée. Il revint au camp vers la chute du jour, ramenant une foule de prisonniers. Montfort courut audevant lui , Tembrassa en disant : € Après Dieu et Chaudes , c'est à vous que je dois la victoire. » En même temps il versa du vin dans le hanap ducal, voulant que le général anglais et le banneret breton y bussent ensemble : c'était une distinction insigne ; mais Gisson refusa cet honneur, attendu qu'un autre devait le partager. Ce refus piqua extrêmement Hontfort , et devint la première origine de la mésintelligence qui , un peu plus tard , éclata entre le duc et son trop puissant vassal.

Jean IV ne tarda point à s'apercevoir qu'il ne pourrait jamais se soutenir en Bretagne , si le roi de France ne cessait de lui être hostile : il s'agissait donc de se ménager ses bonnes grâces. En conséquence , on prépara une magnifique ambassade, à la tête de laquelle fut placé Clisson. Le plénipotentiaire entra dans Paris accompagné d'une suite nombreuse et d'un train fastueux. D'abord le souvenir du trépas de son père lui fît regarder d'un œil irrité les lieux dans lesquels les malheurs de sa famille avaient commencé ; il reçut d'un air de hauteur^raccueil bienveillant du monarque. Charles Y ne se laissa point rebuter : ce La haine que vous portez à la France , lui dit-il , est légitime , et honore votive cœur ; mais elle serait injuste , si l'on n'y mettait

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point de terme. « Depuis long-temps Charles V formait des projets. sur Clisson , dont la réputation et Tinfluence balançaient en Bretagne le pouvoir de Montfort ; il sut teDement flatter ce caractère superbe , que dès ce mo^ ment tout lui fit espérer que la conquête d*01ivier ne rencontrerait pas d^obstacles. Fier des avances qu'on venait de lui prodiguer, Clisson, rentré dans le duché , traita son souverain avec une morgue encore plus prononcée y ne cessant de lui adresser des remontrances de ce qu'il accordait aux Anglais une confiance si entière qu'elle blessait profondément ses sujets. Leduc répondit en termes évasifs. Olivier, excité par les barons, voulut provoquer un éclat : il insista auprès de Montfort pour qu'on lui cédât le château de Gavre , voulant le réunir à la seigneurie de Blain. Le Gavre avait. été donné en dotation à Chandos^le lendemain de la victoire d'Auray : Clisson devait d'autant moins l'ignorer , que la bannière de ce général flottait depuis lors sur la haute tour du château. Le duc étonné lui répliqua par un refus : «Ne savez-vous pas, dit-il, que j'en ai disposé en faveur de Chandos? » Sur cette réponse, Clisson entra dans une colère inexprimable : ce Vous abandonnez vos vrais amis , pour ne penser qu'aux étrangers ; mais sachez que )e me donne au diable si jamais Anglais est mon voisin (i). » En disant ces mots il quitte brusquement le prince , court dans ses domaines, réunit ses hommes d'armes, se porte sur le Gavre, s'en empare et le livre aux flammes. Olivier termina cette expédition en ordonnant de charger sur plusieurs centaines de chariots les pierres du château : il s'en servit pour construire l'aile qui manquait à celui de Blain. Le duc, dont l'autorité était mal affermie» dévora

(i) Tous les historiens de Bretagne.

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cette offense. On ne peut concevoir comment le valeureux Ghandos ne chercha point à venger par les armes un outrage aussi sanglant; il se contenta d'en porter ses plaintes au prince de Galles , que sa réputation rendait l'arbitre des chevaliers de toute la chrétienté : on en ré«ferait à sa décision quand il s'élevait un différeiul entre deux paladins. Le vainqueur de Poitiers, jugeant la conduite de Clisson fort répréhensible , lui adressa de vifs reproches. L'impétueux Breton , loin de se soumettre à un arrêt que tout autre aurait reçu avec respect , le regarda comme une insulte : traitant en égal l'héritier présomptif du trône d^Angleterre , il l'envoya défier , en réparation des reproches qu'on lui avait adressés. Deux de ses écuyers arrivèrent à Bordeaux, oh résidait le prince Noir : introduits dans la salle du conseil , ils jetèrent un gantelet d'acier, en signifiant le défi; les spectateurs restèrent pétrifiés* Edouard répondit, sans s'émouvoir , qu'il refusait le combat , empêcha même EenoUes et Roos de relever le gaulelet , et intima aux écuyers bretons l'ordre de sortir sur-le-champ des terres de son gouvernement : en même temps il dépêcha un message à Jean IV pour lui témoigner sa surprise de la conduite de Clisson , en demandant si la Bretagne oubliait déjà qu'elle tenait son maître de l'Angleterre. Ceci aigrit davantage les esprits* Hontfort, très-embarrassé , crut atténuer le mal en éloignant Olivier : il le chargea d'aller une seconde fois soumettre quelques réclamations au conseil de France* L'objet de cette nouvelle mission était d'assurer Charles V de la constante amitié du duc de Bretagne , et de demander la restitution de plusieurs placer $uf* lea frontières du duché. Olivier déploya beaucoup de zèle conlme. négociateur; il peignit en termes chaleureux l'attachement de son souverain à la France : mais quelle fut sa confiisioa

lorsque Charles V rinforma qu'au mépris de la foi jurée, Montfort preoait ses dispositions pour livrer passage auir troupes britanniques qui allaient en Guienne rejoindre l'armée du prince Noir! Le monarque se plaignit amèrement de ce que le duc de Bretagne l'assurait de sa fidélité par la voix d'un ambassadeur, tandis qu'il violait de la manière la plus manifeste les traités existants. Olivier, confus de jouer un rôle indigne de son caractère, déclara à Charles Y que dès ce moment, abandonnant le parti de Montfort , il acceptait les offres que le roi de France lui faisait depuis long-temps.

Le royaume se trouvait privé de ses plus vaillants défenseurs :Duguesclin combattait en Espagne pqur la cause de Transtamarre, le maréchal deBlainville remplissait une mission auprès du roi de Danemark , Sancerre défendait le Quercy contre les attaques de Gharles-le-Mauvais: il D<e restait à la disposition du roi aucun général de réputation. Les services de Clisson . furent agréés; on le nomma lieutenant pour le roi dans la province de Guienne , oh la France possédait encore un certain nombre de places fortes. Cet emploi le rendait l'égal du duc d'Anjou, commandant en Languedoc , et mettait sous ses ordres les troupes disséminées dans les provinces de l'ouest. Décoré de son nouveau titre , Olivier revint en Bretagne , brava le duc jusque dans son palais , étalant partout les insignes de sa haute dignité , et précédé toujours de deux hérauts aux armes de France. Il se hâta de visiter ses domaines , y leva une compagnie de 3oo lances , i ,800 hommes parfaitement équipés , et vint les présenter à Charles Y, qui liu fournit âur-le*champ l'occasion de se signaler.

Edouard ne pouvant , en raison de la trêve , attaquer la France ouvertement, rejeta sur son territoire le reste des malandrins ramenés de la Castille par

le prince Noir. Ces aventuriers , grossis d'autres soldats licenciés et de quelques chevaliers anglais , envahirent la Saintonge : ils y exercèrent d'afireux ravages. De son côte Charles V, qui depuis long-temps nourrissait des projets hostiles contre Edouard III, excitait les barons aquitains à secouer le joug de l'Angleterre , n'étant pas lui-même en mesure de provoquer le trop redoutable Plantagenet ; mais arrêter les dévastations des malandrins parut le plus pressé : le roi chargea Olivier de ce soin ; c'était lui confier le salut de l'Etat. Le guerrier breton passait pour aussi expérimenté que brave : il partit de Paris dans le mois de mai i369, suivi de 3,ooo hommes, traversa le royaume, et arriva à Saintes sans avoir rencontré d'obstacle sérieux ; il forma un corps de 8,000 vieux soldats , en ramassant les troupes disséminées dans les provinces voisines, et courut assaillir l'ennemi auprès de Jonsac. Quoique surpris , les malandrins reculèrent en bon ordre jusque sur la rive droite de la Charente , et s'y concentrèrent, attendant de pied ferme les Français: Clisson les suivit pas à pas, et se trouva bientôt en leur présence. C'était la première fois que le fils de Jeanne de Belleville allait croiser le fer contre ces Anglais dont il avait naguère partagé les triomphes ; mais sa liaison avec eux devait son origine à un concours de circonstances indépendantes de sa volonté : en les combattant il reprenait sa position naturelle; aussi mit-il dans son attaque une vigueur qui semblait accrue par la contrainte dans laquelle des motifs politiques Pavaient tenu si long-temps. Les malandrins n'étaient pas des ennemis faciles à vaincre; durant un mois ils défendirent vaillamment les deux rives de la Dordogne : ils furent enfin obligés de plier devant un général qu'une résistance trop prolongée enflammait

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davantage. Les débris de leurs divisions essayèrent de passer la rivière sur beaucoup de barques , réunies depuis long-temps à cet efiet : Clisson, devinant leur projet , avait pris la même précaution , et parut aussitôt qu'eux à la tête d une escadre qu'il manœuvra avec la supériorité d'un guerrier accoutumé aux combats de mer. On a vu que , dès ses premiers ans , il en avait fait l'apprentissage au milieu des plus tristes circonstances. La majeure partie des embarcations fut enlevée à l'abordage ; tout ce qui les montait périt en combattant : des 8 ou 10,000 aventuriers vomis par l'Angleterre , il ne resta que quelques centaines d*hommes. La défaite des malandrins renversa tous les projets des deux Edouard, donna le temps à Duguesclin de revenir d'Espagne, et acquit à Olivier une réputation d'habileté que personne n'osa lui contester.

Le vainqueur abandonna la Guienne : Charles Y le rappelait à Paris, voulant le consulter sur son projet de devancer les Plantagenet dans l'attaque qu'ils préparaient sourdement. Clisson , loin de l'en détourner, ne fit que l'y encourager : car son humeur belliqueuse recherchait avidement les occasions de se signaler. Désirant témoigner au monarque le zèle qui l'animait, il se hâta de se rendre en Bretagne , autant pour lever des soldats sur ses propres terres , que pour exciter ses compatriotes à servir la cause de la France. Duguesclin , guidé par de semblables motifs , arriva dans le duché le mois suivant. Clisson témoignait à Bertrand une amitié qui tenait de la vénération , lui montrant une déférence dont il n'avait usé à l'égard de personne. Olivier alla le visiter au château de Pontor*son y accompagné d'une nombreuse escorte de clients. Le vainqueur de Montiel le reçut avec sa simplicité

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ordinaire , non toutefois sans un empressement mar« que : de son côté Olivier , charmé de Bertrand , lui déclara vivement qu'il aspirait à la favénr de porter le titre de son frère d'armes* Cette confraternité tombait en désuétude depuis que le zèle chevaleresque se refroidissait; il appartenait à deux hommes comme Duguesclin et Olivier , de la remettre en honneur. Bertrand ne pouvait concevoir pour Clisson une affection bien réelle , car leurs caractères différaient essentiellement : le premier, humain , affable, libéral , brillait par un désintéressement antique , rehaussant son mérite par une excessive modestie ; le second , dur, emporté , avantageux , montrait pour le faste un goût qui lui faisait trop aimer les richesses : l'un gagnait la confiance de ceux qui l'approchaient, l'autre n'inspirait que de la crainte. Bertrand , invariable dans sa conduite , fournit une carrière exempte de trouble ; Olivier , livré aux écarts d'une ambition démesurée , fut souvent abreuvé de dégoûts. On ne remarquait de conforme entre eux que le courage, la loyauté , et le ressentiment qu'ib portaient à Montfort. Ainsi ce fut la politique , plutôt que la véritable amitié , qui engagea Duguesclin à choisir Clisson pour son frère d'armes. Admirable jusque dans les moindres détails , il avait jugé qu'Olivier abandonné à la fougue de ses passions, aujourd'hui l'ennemi de l'Angleterre et du duc de Bretagne , pouvait le lendemain changer d'opinion ; il importait donc de l'attacher à la France par de nouveaux liens : ceux de la confraternité d'armes paraissaient plus propres à le fixer que tous les antres. Pas un seul guerrier ne se rappelait alors (1369) ^^^^^^ vu former une de ces associations , ce fut une raison de plus pour que Bertrand voulût en donner le spectacle.

OLIVIER DB CLISSON. iôj

Les bannerets bretons, français et normands, ac-* coururent à Pontorson pour assister à cette curieuse solennité. Duguesclin et Clisson y déployèrent beaucoup d'appareil. Comme toutes les réunions de barons se terminaient par un tournoi , c'était dans le champ destiné à la joute que la solennité devait avoir lieu. On consacrait aux prières les deux fours qui précédaient la eirimonie , car les hommes valeureux de cette époque préludaient constamment aux actions importantes de leur vie par implorer l'assistance de Dieu. On disposait la lice avec soin ; des femmes, richement parées , garnissaient les estrades ; d'anciens bannerets, la baguette blanche à la main , prenaient place comme juges du camp* Les armoiries des deux preux déco** raient l'entrée de la barrière; enfin eux-mêmes arrivaient au bruit des fanfares. Les deux chevaliers , pré-^ cédés de la bannière de leur maison , paraissaient sans armes, la tête couverte d'un bonnet de mailles; les écuyers d'honneur les suivaient , chargés des différentes pièces de leurs armures : Tun soutenait le casque sur le pommeau de la selle , un autre conduisait le deitHer, grand cheval de bataille, appelé de ce nom vu que l'écuyer le tenait toujours de la main droite. Les chevaliers se rapprochaient de manière à croiser les destriers , chacun ôtait alors les pièces de son armure et les échangeait avec celles àe son frère d*armes ; ils mettaient ensuite leur main droite gantelée l'une dans celle de l'autre , pendant que le héraut lisait h haute voix la formule du serment (i)« La lecture terminée, les deux chevaliers mettaient pied à terre, mangeaient les épices , et buvaient dans le même

(i) Voyez Sainte-Palaye. De la Chevalerie , t. ii.

hanap (coupe) le clairet , liqueur faite de vin blanc et de miel. La cérémonie se terminait là , mais la fête continuait : les deux paladins allaient s'asseoir auprès de leurs armoiries ; les ménestrels entonnaient des chants , prenant pour sujet les hauts faits d'armes et les traits de vertu des deux frères; h ces chants succédaient des entremets , espèce de représentations théâtrales semblables à nos proverbes » et joués par des bateleurs : ils servaient aussi à remplir les intervalles des services dans les festins splendides.

A l'issue des entremets les fanfares guerrières annonçaient l'ouverture du champ , et appelaient les che- :valiers poursuivants; les deux frères se présentaient comme tenante d'armes ^ c'est-à-dire disposés à satisfaire tous les jouteurs qui se présenteraient. Nous avons dit que les armoiries des héros de la fête décoraient lea abords de la barrière : chaque poursuivant qui entrait en lice , touchait du bout de sa lance l'écu de Tun des paladins , et le défiait ainsi au combat ; alors celui des deux guerriers auquel n'appartenait pas le bouclier, répondait pour son frère 9 voulant prouver ainsi que les injures faites à l'un étaient communes à l'autre. Les juges ordonnaient de clore le tournoi par le coup de lance des dames , et puis par la mêlée : la lice offrait alors l'image d'une véritable rencontre, tous ceux qui avaient couru y prenaient part, et souvent les chevaliers vaincus dans le cours de la joute attendaient ce moment pour venger leur défaite. Ces jeux guerriers se terminaient rarement sans quelques accidents graves. Philippe Mouskes parle d'un tournoi donné à Nuys , dans la mêlée duquel il périt 4^ chevaliers : les dames obtenaient fréquemment que la mêlée n'eût pas lieu.

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Olivier et Duguesclin partirent le surlendemain de la cérémonie, et allèrent ouvrir la campagne de 1870 , si glorieuse pour les armes de la France : nous en avons donné la relation dans la Vie de Bertrand y nous en parlerons encore pour retracer les faits particuliers qui se rattachent à Olivier. Il commandait Parrière-garde , lorsque Duguesclin se mit en marche à la chute du )Our pour ^ler surprendre Grandson au milieu de son camp de Pontvallain ; le général en chef devança la colonne, comme nous l'avons vu, avec très-peu de troupes, car le mauvais état des chemins empêcha que tous ses gens ne pussent le suivre : le héros breton, sans se laisser arrêter par ce contre-temps, avait commencé l'attaque. Grandson, nullement déconcerté, sut résister au premier choc, et se trouva même en position d'écraser son agresseur; il y serait parvenu sans l'arrivée successive des divisions françaises; Olivier conduisait les dernières. Un trajet de quatorze heures les avait accablées de fatigue; mais il sut ranimer la résolution de ses soldats, en leur montrantde loin les Français enveloppés de tous côtés par les Anglais : il s'élance de la forêt, entraînant ses divisions, et franchit rapidement l'espace qui le sépare du champ de bataille ; la jonction de Glisson rétablit d'abord l'équilibre, et fait ensuite pencher la balance. A travers les horreurs de la mêlée, il aperçoit Duguesclin entouré d'as« saillants, il voit la hache de Grandson suspendue sur la tête de son frère d'armes : Olivier se précipite et survient dans l'instant où Grandson, ayant porté à faux le coup destiné à Duguesclin , venait d'être renversé par ce dernier. Glisson, s'étant jeté surl'Angl&is, allait lui abattre la tête , lorsque le généreux Bertrand écarta la hache avec son gantelet.

Lapiûsede Grandson n'avait pas terminé l'action; de nombreux pelotons ralliés par Hennequin , Guifart et TOM. II. 24

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Thomelin , oflraient aux fuyards un point de réunion en formant dans la plaine une masse imposante: agglomérés en un seul corps, ils déterminèrent en bon Qrdre leur mouvement de retraite s le succès remporté en ce jour allait ne présenter aucun avantage majeur, si on laissait échapper ces divisions* Duguesclin et Glisson sont ani-> mes do la même pensée, les soldats la putagent, et, malgré une extrême lassitude, ils s'avancent impétueuse-ment pour compléter leur triomphe : l'un et l'autre attaquent de front les Anglais, tandis que le maréchal de Blainville et le sire de Rohan les enveloppent par les ailes. La résistance devient aussi opiniâtre que l'agression. Les trois cbe£i) Hennequia, Goifart et Thomelin , tenaient la fortune en suspens, grâce à leur valeur personnelle : le dernier surtout se faisait remarquer par une taille gigantesque; armé dun gros bâton, ferré aux deux bouts , il brisait les lances et les épées; les casques ne garantissaient même pas de ses atteintes : chaque chevalier qu'il touchait roulait à ses pieds* C'est ainsi que périt le jeune Cresson nailles , varkt et élève de Clisson. Olivier voit chanceler son <}coyer; enflammé de colère , il perce la foule qui entourait Tho« melin , aborde ce terrible adversaire, et d'un revers de hache coupe le bâton ferré de l'Anglais : celut**ci jçtte les débris de son arme , et , mettant l'épée à la main , fond sur son ennemi , le frappe droit à la poitrine en poussant un cri de joie , croyant l'avoir percé ; mais le Breton portait cuirasse sous sa cotted'armes , et Tépée cassa dessus. Le capitaine désarmé tombe aux genoux de son vainqueur, qui lui donne la vie. La défaite de Thomelin et des autres chefs , vaincus par le maréchal de Blainville et par le connétable, termina le combat.

Olivier venait de contribuer puissamment au brillant début de cette campagne , qui ramena la fortunée sous

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