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les étendards des Valois; il en suivit le cours en se si-* gnalant par mille exploits divers , et eut l'honneur de la terminer par un fait éclatant. Après le combat de Pontvallain et la prise de Bressuire , cette vaste ligne anglaise, qui partageait le territoire de Paris à Bordeaux, disparut comme par enchaînement. Robert KeaoUes se crut trop heureux de recueillir les débris de son années et conçut Pespoir de les soustraire aux pouFfultes des Français , en les embarquant sur la flotte qui croisait devant La Rochelle* Six mille hommes se trouvaient rassemblés par ses soins: ces soldats, épouvantés des revers essuyés sans interruption depuis trois mois, demandaient instamment de quitter une terre qui avait . dévoré tous leurs compagnons d'armes. KenoUes se rapprocha. des grèves de la Bretagne ) en longeant les marais du Poitou: il devança cette division , afin de hâter les préparatifs de l'embarquement , laissant le commandement au sire de Neuville. Celui -i- ci , persuadé que la marche ré^rp^ grade de sa troupe avait trompé les calculs de l'ennemi , se dirigeait en pleine sécurité vers les côtes de l'Océan. Glisson , chargé de veiller sur la retraite des Anglais , les suivait de loin sans perdre un seul de leurs mouvements : il tenait une route tracée au travers des fondrières. Le vicomte de Rohan , les sires de Rochefort, de Beaumanoir, et 4)000 hommes de troupes Taccompa^ gnatent. Cependant les soldats de KenoUes avaient gagné beaucoup de chemin sans rencontrer d'obstacle ; déjà ils apercevaient l'élément protecteur qui allait les dérober au fer d'un vainqueur irrité , lorsque tout-à-coup ils distinguèrent devant eux ces bannières chargées d'hermines , dont la vue , pendant cette campagne , n'avait cessé d'être pour eux le pronostic d'une défaite certaine. Les cris deC/iMon, de Rohan ^ les remplissent d'une
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épouvante telle , qu'ils ne songent point à se défendre ; chacun d'eux cherche son salut dans la fuite. En vain le sire de Neuville et les autres chefs essaient de les rallier; ils se voient abandonnés : le petit nombre de soldats qui se serrent autour d'eux sont taillés en pièces. Le sire de Neuville , désespéré, tend son gantelet à Clisson ; on poursuit les fuyards jusque sur la plage ; ils sont tous tués ou précipités dans les flots. Olivier ne comptait pour rien ce brillant succès , s'il ne tenait en sa puissance Robert KenoUesr , comme trophée de sa victoire : il le chercha dans tout le Poitou ; mais Robert parvint à lui échapper, et alla cacher sa honte au fond du château de Derval, situé au milieu des possessions de Montfort.
L'anéantissement de Tarmée de KenoUes ne termina point la guerre ; elle continua toujours au désavantage de l'Angleterre. Clisson, envoyé en Poitou en qualité de lieutenant-général, força les troupes du prince de Galles à lever le siège de Moncontour, et les rejeta en Guienne. Les Anglais ressentaient doublement ces revers , car celui qu'ils en accusaient sortait de leurs rangs. Le vieux Edouard ne pouvait se consoler d'avoir élevé dans sa maison , en quelque sorte , un homme dont le courage lui était si fatal. Pour servir le ressentiment de ce. monarque et calmer ses regrets , les principaux chevaliers jurèrent en sa présence de prendre Clisson mort ou vif. Ils n'épargnèrent aucun soin pour accomplir cette promesse , et en effet dans toutes les rencontres Olivier avait à soutenir le poids de milliers d'ennemis conjurés pour consommer sa perte. Cet acharnement à le poursuivre flattait sa vanité , mais sa sûreté le forçait nécessairement de ne point accorder de quartier : il en résulta une lutte horrible, qui perdit le caractère de générosité , Ta-
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panage distinctifde ce siècle. Nous nous contenterons de citer un seul exemple qui montrera jusqu a quel point Clisson et les Anglais poussaient le ressentiment.
Olivier, ayant terminé ses opérations par la prise de Taillebourg et d'Angoulême, s'unit au connétable dans le but de former en commun le siège de La Rochelle ; cette ville tomba au pouvoir des Français : mais la conquête ne devait recevoir son complément que par la réduction des forteresses qui l'entouraient. La plus redoutable était Benon , elle appartenait au captai du Buch : ce général y tenait une garnison nombreuse. Duguesclin vint l'investir ; Clisson fut chargé d'en bloquer la partie orientale. Les Anglais firent une belle défense , leurs sorties continuelles coûtaient beaucoup de monde aux assiégés : le gouverneur en dirigea une, dans la nuit, vers la tour qui se trouvait placée en face de la porte de Test ; une compagnie aux ordres de Geoffroy Payen , ami et parent de Clisson , occupait ce poste avancé. La tour fut enlevée, en dépit de la courageuse résistance de ses défenseurs : GeofTroi Payen , atteint de plusieurs coups , dut rendre les armes. Les vainqueurs , ayant admiré sa vaillance , usèrent envers lui de beaucoup d'égards : ils le conduisirent à Benon, ainsi que les autres prisonniers. Dans le trajet , le chef anglais demanda à Payen de quelle division de l'armée française il faisait partie; celui-ci répondit sans défiance : « Nous sommes tous de la chevauchée de Clisson. — «De Clisson l s'écrièrent en fureur les Anglais , de Clisson ! » Au même instant ils font main-basse sur Geoffroy Payen , et regorgent impitoyablement; ses compagnons subissent le même sort : deux de ces malheureux eurent néanmoins le bonheur d'échapper aux barbares, et vinrent au camp raconter le fait tel qu'il s'éiait passé. L'annonce de cet attentat , qui violait les lois de la guerre et de l'huma--
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nîté , fit pousser un cri d'indignation. Olivier, dans le délire de la rage, se porta rapidement, escorté d'une troupe de cavalerie i sur le chemin de Betion , espérant couper la retraite aux Anglais; mais il titriva trop tard, ayant eu seulement le temps de recevoir led derniers soupirs de Geoffroy, qui lui demanda vengeance ; on la lut promit éclatafite ; le reste des hommes d'armes gisaient mutiléâ sur la poussière^ Clisson fit entre les knains de trois chevaliers le serment d'user de représailles, de n'épargner aucun Anglais renfermé dans Benoo. On sait avec quelle fidélité les guerriers de ce temps observaient leurs serments* La garnison , dépourvue de vivres , af^ faiblie par des sorties réitéï'ées ^ se vit obligée de capi* tuler ; Olivier demanda au connétable la faoulté de disposer des prisonniers suivant son bon plaisir ; ce qui se pratiquait en maintes circonstances. Duguesclin, soit qu'il ignorât le serment de son frère d'armes , soit que le souvenir n'en fût point présent à sa pensée , lui accorda les prisonniers. Clisson, s'autorisbnt de l'agrément du connétable , ordonna à ses soldats de faire sortir les Anglais par une petite porte latérale de la fortei^esse , et lui-même se mit en travers de cette ouverture, teûant une hache d'aci^ ; il brisa la tête du premier qui sortit , et immola ainsi aux mânes de ses amis jusqu'à douze Anglais. Des chevaliers accoururent avec Duguesclin , et parvinrent à mettre un terme à cette boucherie. Si les lois de la gueire autorisent les représailles, l'humanité n'en déplore pas moins cette affreuse coutume. La gloire de Clisson serait plus pure s'il avait su modérer la violence qui le portait à venger sans merci le froid assassinat de ses compagnons d'armes , égorgés en haine de lui.
Une trêve ménagée en l 'iyi par les bons offices de Grégoire XT, interrompit cette guerre acharnée; des plénipo*
tentiaires se réunirent à Bruges pour traiter d'une paix définitive. Olivier de Glisson alla se reposer de ses £itigues dans le château de Josselin , acheté au comte d'AIençon : ce château, bâti sur un roc , dominant une vallée arrosée par rOust, appartint jadis aux Templierâ. Olivier en fit l'acquisition, le jugeant susceptible d'être transformé en forteresse, qui deviendrait le point central de ses autres^ domaines.
Montfort ^ sentant le danger de laisser établir au milieu de ses états un homme aussi redoutable, traversa près de trois ans cette négociation ; mais il échoua , et Olisson put se mettre en possession de Josselin le iS mai 1873. Il se hâta d'en augmenter les fortifications (i), et l'embellit de la manière la plus élégante : c'est là qu'Olivier reçut la visite de Charles-le-Mauvais , roi de Navarre. U donna à ce prince des fêtes magnifiques , et le conduisit chez le duc de Bretagne , qui , à la faveur de la tnève, venait de rentrer dans son duché. Montfort montra de l'empressement auprès du Navarrois , en raison de la haine que Charles nourrissait contre les Valois'; maïs il reçut très-froidement ce superbe Clisson, jadis son ami et aujourd'hui l'allié de son plus cruel adversaire* Cette animosité n'était pas tellement enracinée dans son cœur, qu'elle ne pût disparaître devant une explication fhM^cbe : ce rapprochement, tant désiré par les amis désintéressés de Jean IV , aurait eu lieu peut -'être sans la présence de Charles -le -Mauvais,
(t) Ce liteau cfnste en partie. La fnçadeest demeurée intacte ; c'est fm chefnl'ceQvre j'ardiitûctare go(hM|ue. La devise de Clissoo» à plus, est reprxxiuile sur la galerie et dans les appartements intdV rieurs : les leUres sont formées par des serpents qui se replient. Le temps détruit chaque jour ce beau monument. Il appartient maintenant aux héritiers de M. le duc de Rohan-Chabot, mort archevé<^ue de Besançon.
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dont le génie malfaisant se plaisait à provoquer le désordre.
La duchesse de Bretagne, fille d'Edouard III, passait pour la plus belle personne de son temps; Montfort en paraissait fort jaloux : moins aveuglée par la haine que son époux, Isabelle pensait que Ton pouvait ramener les bannerets bretons au moyen d'afiectueuses prévenances , et non en les traitant avec une raideur continuelle. Elle fit donc un accueil distingué à Clisson, riiomme le plus influent du duché. Il lui paraissait d'autant moins impossible de fléchir ce caractère altier, que le fils de ce même Beaumanoir , qu'Olivier cherchait dans la mêlée à Auray pour Timmoler , était devenu un de ses plus chers amis. Les attentions de la duchesse flattèrent Tamour-propre de Clisson; il crut que son mérite personnel inspirait seul Isabelle en cette circonstance. Le Navarrois , à qui rien n'échappait , se fit un malin plaisir d'exciter la jalousie de Montfort, en lui montrant la duchesse éprise de Clisson, et celui-ci ardent à poursuivre ses succès jusque dans le palais de son souverain : ce J'aimerois mieux mourir, disait Charles-le-Mauvais à Jean IV, que de soufirir une telle vilenie comme le sire de Clisson vous fait. 11 aime la duchesse votre femme, je l'ai vu causer avec elle très-vivement derrière une courtine (i). » Montfort s*en rapporta aux discours du Navarrois , et oubliant tout à la fois sa propre dignité et les devoirs d'un chevalier , il conçut le projet de faire périr Clisson dans une fête annoncée pour le lendemain. D'après ses ordres, douze valets devaient s'emparer d'Olivier à la faveur d'un incendie, allumé à dessein pour causer de la confusion, le traîner au fond des jardins , et l'y étrangler. Mais Clisson^
(i) Tous les historiens de la Bretagne.
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averti du danger dans la salle même du bal , sortit furtivement du château : il courait sur la route de Vannes, que le duc le croyait encore occupe des plaisirs de la fête. Trompé dans ses désirs de vengeance, honteux d'une action qui le dégradait à ses propres yeux, Montfort perdit toute retenue , et querella sa femme ; il fit un éclat fâcheux. Le Navarrois , tout joyeux du mal qu'il occasionnait, craignit néanmoins que tout ne s*éclaircit, car la crainte l'obsédait sans cesse : le fourbe , s'imagi^ nant que les deux rivaux, raccommodés entre eux, pourraient le punir de sa noirceur , se hâta de quitter des lieux où , pour prix d'une hospitalité généreuse, il venait de fomenter la haine et la discorde.
Dès ce moment toute réconciliation entre Jean IV et son puissant vassal devint impossible : le premier, blessé dans tout ce que l'honneur a de plus sensible , jura de laver son affront dans le sang de son ennemi ; le second , tirant vanité de l'accusation qui pesait sur lui , dédaigna de se justifier. Le duc , au mépris de la trêve , recommença les hostilités contre le parti des feudataires confédérés ; il sut que Clisson et Beaumanoir s'étaient jetés dans Quimperlé avec très-peu de troupes. A cette nouvelle Montfort leva le siège de St-Brieux , entrepris la veille, marcha deux jours entiers, et investit Quimperlé , au grand étonnement de Clisson. Malgré l'héroïque défense de celui-ci , la ville ne put tenir j Olivier et Beaumanoir se retirèrent, accompagnés de quelques chevaliers, dans la citadelle, qui passait pour imprenable. Jean IV ^ que la fureur animait , les y resserra sans essayer d'emporter la tour de vive force. Clisson, escorté par tous ses gens , sortit au milieu de la nuit , pour incendier le camp et se frayer un passage à travers les flammes. Soit qu'il eût mal pris ses dispositions, soit qu'on eût deviné son intention , il fut reçu vaillam-
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ment et assailli de toutes parts : enfin , après avoir combattu avec un acharnement dont lui seul était capable ) Olivier regagna péniblement l'entrée du fort } mais redoutable jusque dans sa disgrâce , le banneret, secondé on ne peut mieux par ses braves compagnons , avait tué 800 hommes. Cette perte accrut la colère de Jean IV, qui mit plus d'obstination ft continuer ie blocns. Les assises, réduits au désespoir, privés de Vivres ^ demandèrent à capituler. Clisson, sachant le sort que lui préparait un vainqueur impitoyable, se montrait décidé à subir les sacrifices les plus cruels , pour s'y socistraire. Beaumanoir et lui oflrirent de se rendre , sous condition d'être mis à rançon , pour laquelle ils promettaient la moitié de leurs domaines et une somme considérable. Quoique ces propositions dussent paraître on ne peut plus avantageuses aux yeux de Montfort qui manquait d'argent, elles furent cependant repoussées, tant les hommes se laissent aveugler par la passion ! Le duc déclara qu'il voulait avoir Olivier k discrétion. Néanmoins, par considération pour les bannerets bretons ren« fermés dans Quimperlé , il accorda huit jours de délai durant lesquels on devait dresser les termes de la capitulation : Montfort ne fit même aucune difficulté pour laisser entrer des vivres dans la place, tant il était certain que son rival ne pouvait s'échapper de la citadelle , et qu'il pourrait bientôt assouvir sur lui toute sa vengeance. Le sort trompa son attente ; dans Tin-^ tervalle des huit jours accordés , deux chevaliers apportèrent de la part du duc de Lancasti^e la copie du traité de paix signé à Bruges (i 375), et l'invitation trèsexpresse de cesser k l'instant même les hostilités. Biont^ fort, au désespoir, fiit obligé de lever le siège , et Olivier de Clisson échappa par ce moyen à un danger plus pressant que celui qu'il avait couru dans les champs
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d*Auray et de Ponlvallain. En vertu de la convention conclue à Bruges , la paix était assurée entre la France et l'Angleterre pour quarante ans : le duc d'Anjou et le chancelier La Rivière d'une part, le duc de Lancastre et le sire de Latimer de Tautre, devaient régler les affaires de la Bretagne^ Les plénipotentiaires , jaloux de garantir le pays de toute espèce de désordre durant les négociations , décidèrent que les troupes anglaises, ainsi queHontforti videraient le duché :Jean lY se vit contraint de subir cette dure condition ; il s'embarqua dans le port de Brest vers la fin de novembre 1870» Dès ce moment Glisson ei^erça sur la Bretagne une espèce de protectorat , et il la régit à son gré pendant près de deux années. Montfort , retiré en Angleterre , y vivait non pas comme le gendre du roi , mais comme un réfugié obscur : il n*espérait plus rentrer en posses* sion de ses états, lorsqu'un incident vint relever toutà-coup ses espérances. Dans la fortune des princes, le temps les sert souvent mieux que leurs propres efforts.
La mort d'Edouard III avait modifié la politique des deux puissances rivales : les hostilités recommencèrent eu Guienne et en Poitou. Le conseil de Ri«^ chard II s'occupa activement à ranimer le parti de Montfort; d'un autre côté Charles V, guidé par une ambitioki aussi imprudente qu'injuste, n*aspirait qu'à réunir k la couronne le duché, afin de le soustraire entièrement à l'influence de TAngleterre. Olivier de Clisson , le vice-roi du duché , reçut l'ordre d'enlever les places que Jean IV y conservait encore t Brest , St-Brieux et Auray. Cette dernière ville avait vu renouveler en entier sa population , qui se trouvait alors composée d'Anglais et de Bretons , zélés partisans de la maison de Flandres : la conquête en avait été ten^
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tée plusieurs fois sans succès. Glisson en forma le siège le i5 août 1378. Les habitants, abondamment pourvus de vivres , défendus par des fortifications nouvellement élevées , rirent d'abord des efforts du roi borgne : ils appelaient ainsi Olivier, qui treize ans auparavant avait perdu un œil devant leurs murs. Ces sarcasmes aigrissaient le guerrier; il fit combler les fossés, animant les ouvriers par son exemple. Ces apprêts terminés, les machines de guerre s'approchèrent , et battirent les murailles à coups redoublés : les assiégés répondirent par une grêle de traits et de pierres. Les machines furent brisées , ne pouvant supporter le poids des blocs de bois et de meubles qu'on laissait rouler du haut des remparts. Clisson , voyant que cette résistance lassait la résolution de ses soldats , fit distribuer les échelles comme dernière ressource. U en saisit une d'un bras vigoureux, l'applique contre la muraille , et monte le premier , au milieu d'une pluie de pierres; le choc d'une poutre casse son échelle, et l'étend. lui-même tout étourdi. Cet échec, loin de rebuter les assaillants, les enflamme davantage* Clisson , remis de sa chute , accourt animé de fureur, et conduit de nouveau ses soldats à l'escalade : afin de suppléer aux échelles, il pique dans le mur son poignard et sa dague, et s'élève ainsi à une certaine hauteur. A cet aspect, les Bretons électrisés l'imitent sur tous les points; les dagues, les poignards sont enfoncés dans les fentes des pierres ; chacun gravit, chacun se pousse avec une ardeur sans exemple : les assiégés, saisis d'efiroi , abandonnent la défense des remparts. Clisson, porté par ses soldats, atteint les créneaux, monte sur les bastions, et y plante sa bannière , qu'il prend des mains de
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Jean de La Hunaudaye son écuyer. Ainsi fut conquis Auray, en septembre 1378. (Tous les historiens de Bretagne. )
Tandis que Clisson détruisait les dernières espérances de Montfort , Charles Y les relevait par la seule faute politique qu'on doive lui reprocher. Le monarque français aurait pu rester mattre de la Bretagne en faisant régir le duché au moyen d'une autorité provisoire, soumise à ses volontés ; il préféra le réunir à la couronne par un coup d'éclat : on sait que le succès ne couronna point cette entreprise. Olivier, flatté de tenir le premier rang parmi les dignitaires du royaume de France , ne fît point cause commune avec ses compatriotes, il se montra décidé à servir les vues de Charles Y : il le fit néanmoins en hésitant, et ne mit point dans sa conduite toute la franchise qu*on avait lieu d'attendre d'un homme tel que lui. Renfermé dans Nantes, secondé par une garnison nombreuse, Olivier aurait pu neutraliser les efforts des généraux de Richard II , opérant de cœ^cert avec les troupes féodales du duché : il n*eut pas la force de résister aux sollicitations des magistrats, et pour gagner leur affection il sortit de la place , feignant d'y être contraint par le soulèvement de toute la population. Honteux cependant de tels ménagements, Clisson assaillit impétueusement la ville de Guerande ; mais les habitants le repoussèrent delà manière la plus vigoureuse. Cet échec bannit de chez lui toute espèce d'irrésolution; il redoubla de zèle pour justifier la confiance du roi. Il visita ses domaines, y fit des levées extraordinaires, échauffa le zèle de quelques bannerets, et rentra en campagne à la tête de a,ooo hommes , bien décidé à tenir une conduite franche dans les événements remarquables dont la Bretagne allait devenir le théâtre.
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La flotte anglaise, commandée par le comte d'Arundel, croisait le long des côtes de Bretagne ^ afin de protéger les opérations de Monlfort; elle fut anéantie par la violence des tempêtes. La nouvelle de la dispersion des escadres ennemies fit concevoir à Olivier le projet de reprendre l'ofiensive ; il fondit sur Dinan : la population , accourue sur les remparts, Taccneillit par une grêle de pierres et des huées prolongées, l'appelant traitre à son pays. Clisson fut si sensible à ce reproche, qu'il fit sur sa bannière le serment de laver une pareille offense , en n'accordant aucun quartier aux habitants : on sait s'il tenait fidèlement ces sortes de promesses. Le sire de Rohan et les autres bannerets, épouvantés, le supplièrent de rétracter ce serment, déclarant qu'ils lui refusaient le secours de leurs bras, ne voulant pas se baigner froidement dans le sang de leui*s compatriotes» Olivier se rendit , non sans peine , à de si pressantes sollicitations , et donna aussitôt après le signal de l'assaut. Les imprudents Dinantais avaient consulté plutôt leur indignation , que leurs propres forces : la ville , défendue par une simple chemise et des fossés sans eau , fut enlevée au bout de quelques heures de combat. Clisson se précipita au milieu dea rues , tenant sa hache levée ; Rohan s'attacha à ses pas , en lui rappelant sa récente rétractation. Les femiaes éplorées se jetèrent à ses pieds, en demandant la vie de leurs époux: la voix de la patrie se fit entendre à son cœur , et pour cette fois l'humanité n'eut point à gémir.
Cependant Olivier poursuivait son enli*eprise avec rhabileté la mieux soutenue : les talents qu'il déploya dans cette circonstance doivent le placer au raug des capitaines les plus expérimentés de son siècle. Ne dis-* posant que de forces très-médiocres, il contraignit
cependant le duc à lu,i abandonner la campagne. Montfort, épouvanté ,. craignait de se voir obligé de sor<tir de ses états une troisième fois « lorsque les opérations de Clisson furent tout-à-qoup paralysées par la défection de son gendre , le sire de Rohan, Réduit à la défensive, fatigué de combattre des Bretons, craignant de compromettre sa renommée dans une lutte aussi opiniâtre , Olivier quitta le duché le dernier jour d'août i37g, et alla rejoindre son frère d'armes Bei^ trand , qui préparait une nouvelle expédition.
Clisson partit , en i38o , avec Duguesclin et le maréchal de Sancerre. Nous avons déjà dit que Châteauneuf- Randon fut le terme fatal de la carrière du connétable* L'ame altière d'Olivier ne put supporter sans émotion la vue de son ami expirant , pour la première fois le fi^r Clisson ver^a des larme3; mais l'ambition reprit bientôt le dessus. On le retrouve à Paris bien peu de jours après la mort de Bertrand, Il y était sans doute venu pour réclamer l'espèce de legs que le vainqueur de Cocherel fit en sa faveur dans ses derniers moments. « Je vous remets, lui dit alors Duguesclin, l'épée de connétable { assurez bien le roi que j'avois bon espoir de lui vuider son royaume de ses ennemis d'Angleterre : il a de bons serviteurs qui s'employèrent h, cet effet, et vous, Olivier, le premier*. ••« » Ces paroles pouvaient être regardées comme le plus bel éloge de Clisson. Le témoignage de Duguesclin ne détermina pas d'abord Charles Y 9 le mo« narque flottait entre Louis de Sancerre, £nguerand de Couci et Olivier; les deux premiers refusèrent, par véritable modestie, la plus haute dignité de l'Etat, en disant que le défunt connétable l'avait exercée avec tant d'éclat, qu'ils craignaient de ne pouvoir lui succéder dignement. Clisson se vit contraint de les imiter. Charles Y, guidé par une prévoyante politique , ne négligea rien
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pour s'attacher Olivier, comme le plus paissant feudataire de la Bretagne ; cependant il ne lui témoigna ja* mais une amitié sincère : le caractère emporté de Glisson ne se trouvait point en harmonie avec celui de Charles, toujours calme et même timide. La question de la connétablie demeura donc indécise. Sur ces entrefaites la France perdit le plus sage de ses rois, le réparateur de ses maux : ce monarque , miné par une maladie dont Torigine fut le poison versé dans ses veines par l'affreux Charles de Navarre, expira âgé de quarante-huit ans.
Lorsqu'on examine attentivement les avantages que notre patrie retira de la prudence de ce prince, on ne peut lui donner trop d'éloges : son corps débile renfermait une âme à l'épreuve des plus rudes coups; mais d«ins cette âme si forte régnait une modération admirable. On le vit, au milieu d'une prospérité constante , conserver une retenue qui ne lui permettait pas de se livrer à une joie excessive : il tirait cette hamilité dans la fortune, de sa piété profonde, qui l'avait aussi aidé à supporter sans faiblesse les rigueurs du sort. Cette piété fut à ses yeux la vraie science de la sagesse , et comme elle ne cessa de lui servir de guide , oh se convaincra facilement, en considérant les améliorations dues au règne de ce prince , que la philosophie chrétienne peut procurer aux peuples des bienfaits qu'ils' n'ont jamais retirés d'une philosophie profane. C'est ici le cas de défendre la mémoire de Charles Y contre les imputations de Mably et de quelques autres écrivains. « La France , disent-ils, dut en grande partie à Charles Y les malheurs du règne de Charles Yf. » Comment Charles Y pouvait-il prévoir que son fils, qui donnait les plus belles espérances, et dont le règne s'ouvrit par des triomphes éclatants , serait privé de la raison de la manière la plus funeste ? Devant cette seule objection s'écroule tout Té—
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chafaudage de paradoxes et de sophismes élevé dans l'inteotion de rabaisser la gloire de ce monarque, le Salomon de notre pays.
Charles Y voyant approcher la mort à pas lents, laissant un héritier du trône trop jeune pour gouverner par lui-même, forma un conseil de régence; il voulut que Clisson en fit partie, et mit son fils sous sa protection spéciale. Olivier reçut le mandat avec respect.
Le duc d'Anjou, en sa qualité de Painé des oncles du jeune roi, fut proclamé chef de la régence : il débuta par des fautes. Au lieu de ménager Olivier de Clisson, dont les airs hautains l'indisposaient, il s'en déclara ouvertement l'ennemi, et conclut avec le duc de Bretagne une alliance défensive contre le banneret, comme deux souverains auraient pu agir envers un monarque trop redoutable. Cependant il devenait urgent de nommer un connétable, car une des fonctions essentielles de cette charge était de tenir les soldats dans les bornes du devoir. Duguesclin ne cessa de s'en acquitter de manière à mériter la reconnaissance de ses concitoyens : ce grand homme expiré, la discipline militaire disparut une seconde fois, et une licence effrénée succéda à l'ordre qui régnait dans l'armée pendant la vie de Bertrand. Cette nouvelle calamité dut son origine ^ une faute du régent, qui renvoya les deux tiers des compagnies salariées : Charles V, au contraire, ne les avait conservées sur pied que pour préserver le peuple de la fureur de ces bandes. Non-seulement le régent congédia ces légions , mais il s'appropria les sommes affectées au paiement de leur solde. On sait que la rapacité de ce prince devint une des causes principales des désastres qui fondirent sur le royaume durant le règne de Charles Vî.
La prompte nomination d'un connétable pouvait seule arrêter les ravages commis pailles compagnies mutinées :
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Popinion publique désignait Clisson. Le duc d'Anjou , qui le craignait, voulait trancher la difficulté en supprimant la connétablie, comme on le fit trois siècles plas tard; mais le conseil de régence , en particulier Bureau de La Rivière 9 s'y opposa fortement. Il fallut céder au vœu général : Clisson fut nommé le 28 octobre i38o« En mourant, Charles Y avait dit à ses frères ; « Or, faif^ le sire de Clisson connétable » je n'y vois nul plus propre que lui. »
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