LIVRE IV
A son retour d'Afrique Louis de Clcrmont vient prendre place au conseiL — Catastrophe arrivc'c à Charles VI dans un baL — Louis de Clerraont refuse la régence. — Il atténue les maux causés par la rivalité des ducs de Bourgogne et d'Orléans. — Mort de Philippe-le- Hardi.
Loi'is DE Clermont se rendit directement à Paris; le bruit de ses exploits l'y avait précédé, La ville d'Africa , boulevard des Barbaresques , dont la conquête était le but principal de larmement, n'avait pas été prise , il est vrai , mais on avait battu les Musulmans dans trois actions ; on les avait forcés à demander la paix , en leur dictant des conditions. La Sardaigne et les côtes de l'Italie s'étaient vues délivrées du joug des pirates : aucune expédition contre les infidèles n'avait eu depuis long - temps de pareils résultats. Charles Yl reçut son oncle avec des transports de joie et pour lui témoigner son admiration , il lui fit présent d'une des quatre lances que le duc de Berri avait rapportées de la manufacture d'armes de Toulouse : le travail en était extrêmement précieux. Les récits que le
r,f,Q tOttS DE CI.ERMONT.
duc de Bourbon faisait de son voyage d'outre-mer enflammèrent teUement l'imagination ardente du roi , qu'il promit d'aller à son tour combattre les infidèles , et de dégager ainsi la parole donne'e par ses ancêtres les rois Jean et Philippe de Valois : d'autres soins, hélas ! réclamaient pour le moment sa présence dans le royaume. Durant l'absence du duc de Bourbon , la France avait joui d'une tranquiUité qui n'était qu'apparente , car une, inquiétude générale agitait les esprits; il régnait en tous lieux un malaise indéfinUsable dont on cachait l'existence au jeune monarque. Clisson, n'ayant plus de rival , continuait à présider aux destinées de l'Etat ; s'd ne montrait pas de grands talents pour gouverner , on ne pouvait au moins soupçonner sa droiture J ses collègues , ou plutôt ses subordonnés , Lebègue de ViUaines , Noviant, Bureau de Larivière, Montagu , dissimulaient vainement leur avidité pour l'argent. La soif des richesses dévorait tout le monde : on voyait avec étonnement Lebègue de ViUaines , guerrier célèbre , compagnon d'armes de Duguesclin , devenir le fermier du fisc. Les brigues , les cabales , partageaient la cour ; les ducs de fiourgogne et de Berri faisaient agir les ressorts les plus secrets , pour renverser Clisson ainsi que toutes ses créatures. Le roi , sans expérience , continuait à montrer un amour chaleureux pour le bien public, mais on le trompait sur le véritable état des choses. Louis de Clermont arriva dans ce moment-là. Les vrais amis du pays ( il s'en trouve dans les temps les plus corrompus ) mirent tout leur espoir en lui , le regardant comme le seul homme capable d'empêcher la ruine du royaume, et le seul assez courageux pour éclairer le souverain sur les fautes de l'administration : tous désiraient qu'il se plaçât lui-même à la tête des affaires publiques ; mais le duc de Bourbon se condamna , par sa réserve , à un rôle
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passif : son caractère se montrait aussi timide au milieu des agitations du monde , que son courage était éclatant dans les combats. Bientôt un attentat effroyable vint changer la face des affaires , et commença cette longue suite de calamités qui pesèrent sur la France plus d'un demi-siècle : nous voulons parler de l'assassinat du connétable de Clisson. Pierre de Graon fut-il poussé par le duc de Bourgogne (i) ? la question est délicate ; la mort précipitée de l'évêque de Laon laissait peser de graves soupçons sur le compte de ce prince. Quoi qu'il en soit , l'attentat commis sur la personne d'Olivier frappa vivement l'esprit de Charles YI ; la raison de ce prince en parut troublée ; ce fut avec un empressement extrême qu'il résolut de porter la guerre en Bretagne , où l'assassin avait trouvé un asile : sa résolution était si bien prise , que les observations les plus sages devinrent superflues. Par une inconséquence bizarre , le roi prit pour auxiliaires , dans cette circonstance , les ducs de Bourgogne et de Berri, ennemis implacables de ce Clisson qu'il voulait venger. Charles VI leur rendit ses bonnes grâces , pour les engager à se montrer favorables à la guerre qu'on allait entreprendre ; il réintégra le dernier dans le gouvernement du Languedoc , au grand regret des habitants de cette province : une faveur aussi insigne ne changea point les dispositions secrètes du duc de Berri.
Depuis dix ans Montfort ne cessait de diriger des attaques contre Olivier j à ce titre seul il devait trouver protection chez les deux oncles du roi. Le duc de Bourbon , étranger aux quereUes qui divisaient les dépositaires du pouvoir , ne voyant dans cette guerre de Bretagne qu'une entreprise intempestive , s'y montra fran-
(0 Voyez , dans la Vie de Clisson , la rrlaliou de cet événement.
a-jB LOUIS DE CLERMONT.
chement opposé : il chercha à faire valoir , auprès de son neveu , des motifs d'économie , et k lui inspirer des craintes sut l'attitude hostile que prenait TÂngleterre. On n*écoutà rieû , le Voyage eut lieu : on en connaît les suites. Le duc de Bourbon marchait à quelques pas du roi , lorsque l'écuyer, ayant laissé tomber sa lance sur le casque de son compagnon , occasionna l'épouvante surnaturelle de Charles VI. Louis de Clermont tut tellement frappé de cette catastrophe , qu'il se tint renfermé deux jours entiers dans le mo^ nastète ôti l'on conservait la châsse et les reliques du preriiier évêque du Mans. 11 y implora le Ciel pour la guérison de son neveu , et , afin de se rendre favorable saint Julien , le duc se constitua son homme -lige , et lui consentit une redevance de cinq florins. En disant expédier cet acte public , le prince déclara que c'était uniquement dû saint et non du chapitre qu'il entendait relever.
Cependant , grâce aux soins du médecin Harsely , Charles VI recouvra à peu près sa raison , et lés peuples n'avaient pas eu le temps de s'apercevoir de ce malheur , lorsque , quelques mois après , un nouvel accident vint provoquer une rechute qui rendit la maladie incurable.
Le 29 janvier 1892 (Tannée commençant à Pâques) , un baron du Vermandois épousa une des femmes attachées à Isabeau de Bavière , et veuve déjà d'un capitaine allemand : ce fut l'occasion de fêtes données chez la reine Blanche de Navarre , dans le faubourg Saint- Marceau , auprès de la rivière des Gobelîns. Un dhambellto du roi , HeUgues de Guisay , homme de mœurs fort déréglées , mais très-recherché comme Tâme des plaisirs de l'hôtel St-Paul , proposa à Charles VI d'être le chef d'un quadrille de satyres qui entreraient dans
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]e bal sans élie connus; selon lui, à Taide de ce déguisement , il deviendrait plus facile de dire des vilenies à la veuve remariée : l'usage autorisait ces sortes de plaisanteries envers une femme qui contractait un second hymen* Charles YI accepta PofTre avec joie. Le comte de Joigny , Aimard de Poitiers , Yvain de Fois , et le jeune Nantouillet , furent choisis ainsi que Guisay pour composer le quadrille. Us se firent confectionner des habits de toile très- jus tes; on enduisit cette toile de poix ^ et l'on y appliqua des toufies de chanvre et de lin pour figurer du poil. Les cinq personnages travestis s'attachèrent les uns aux autres par un cordon de soie très- fort; le roi les conduisait en captifs , il était masqué et habillé conmie eux. On ne connaissait alors que d'une manière très - impaifaite l'art d'éclairer les appartements : il parait que Ton conservait encore l'usage des premiers temps de la monarchie , de faire tenir des flambeaux par des domestiques dans les salles où Ton voulait jouir d'une vive clarté. Yvain de Foix fit observer au roi que leurs habits étant très-combustibles , il devenait nécessaire d'écarter les flambeaux : on donna l'ordre de les tenir éloignés. Charles YI entra en conduisant ces masques , qui se mirent à exécuter la morisque , danse exti^êmement lascive et fort à la mode : on les entoura ; chacun s'efibrçait de savoir quels étaient ces hommes déguisés. La duchesse de Berri , la plus belle personne de l'assemblée , reconnut le roi à l'élégance de sa taille et à sa gi^âce naturelle ; s'étant attachée à lui , elle le força de s'écartei^ de la troupe des sauvages. Dans ce moment survint le duc d'Orléans précédé de (lambeaux portés par ses pages (i) : il chercha en vain à savoir le nom
(i) Prérogative rcscrTCC aux princes du sang, et qu'ils ont cou-
âgo LOUIS DE CLERSfONT.
de ces masques , et prenant brusquement une torche avec son étourderie accoutumée , il l'abaissa sous le visage d'un des satyres ; quelques étincelles tombèrent sur les flocons d'étoupes , le feu y prit , se communiqua., aux cinq autres et les embrasa. La flamme atteignit enpeu de temps les décors de la salle ; la fumée s'élevait de toutes parts : les cris de la multitude qui cherchait une issue , les hurlements de ces cinq malheureux , la certitude que le roi se trouvait parmi eux , firent évanouir Isabeau de Bavière. La jeune duchesse de Berri eut la présence d'esprit d'envelopper dans la queue de sa robe Charles VI qui était demeuré à ses côtés : elle l'entraîna ainsi hors de l'appartement. Au travers de ce tumulte effroyable , on entendit une voix qui criait : Sauvez h roi ; c'était celle d'Yvain de Foix ; l'infortuné ardait comme une chandelle , dit la Chronique de Saint- Denis : il expira sur place au milieu des flammes en poussant ce cri de dévouement (i). On n'osait approcher de ceux qui brûlaient : Yvain de Foix , le comte de Joigny , Aimard de Poitiers , périrent dans la salle même , entièrement consumés. Le jeune Nantouillet s'échappa tout embrasé , gagna la bouteillerie de la reine , et se plongea dans une cuve pleine d'eau : cette présence d'esprit lui sauva la vie. Guisay , inventeur de ce quadrille, vécut encore vingt-quatre heures, en proie
servée encore aujourd'hui : des piqueurs précèdent dans la nuit les ▼oitures des princes, avec des flambeaux de résine semblables à ceux du moyen âge.
(i) Gaston Phœbus, son père , un des hommes les plus célèbres de cette époque, mourut de chagrin en apprenant la triste fin d'Yvain, qu'il avait désigné pour son successeur à ses états de Foix ; il n'avait jamais eu qu'un autre fils : ayant appris que ce jeune prince conspirait contre ses jours , à l'instigaUou de Charles-le-Mauvais , il le poignarda de sa main.
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aux tourments les plus affreux : on l'enterra le ti oisième jour. Il était fort dur envers ses domestiques , les traitant de ehien* , et par un raffinement de cruauté , il les forçait , en les frappant , à imiter les aboiements de cet animal : Aboie , chien , disait-il à chacun d'eux. Le peuple s'ameuta , lorsque le convoi passa , en témoignant sa satisfaction de ne plus voir Guisay au nombre des vivants. Aboie , chien , disait-on , en jetant de la boue sur la bière.
Cependant les clameurs que l'on poussait dans l'hôtel de la reine Blanche , pendant l'horrible scène de Fincendie des cinq satyres , firent ramasser les habitants de ce quartier; une voix dit que le roi était mort : ce fut le signal d'une explosion d'indignation ; on vomissait les imprécations les plus terribles contre les oncles de Charles YI , qui , disait-on , cherchaient à rendre leur neveu victime de quelque catastrophe , afin de régner à sa place. - L'affluence augmentait à chaque instant , toutes les issues se trouvaient assiégées. L'air retentissait de cris menaçants , on demandait à voir le roi ; les gardes ouvrirent les portes , afin d'apaiser le peuple : la foule s'y étant précipitée , envahit les appartements et défila devant Charles YI , que l'on avait placé sur une espèce de trône au fond d'une pièce du rez-de^ chaussée. Le jeune prince , encore tout ému de la scène qui venait de se passer , parut épouvanté à la vue de cette multitude qui lui témoignait son attachement d'une manière aussi désordonnée (i).
(x) Le mariage des TeuTes était funeste à Charles YI : deux ans auparavant une autre femme de la reine , nommée la belle Catherine , se remaria en quatrièmes noces , et selon l'usage on exécuta le soir, devant sa porte , un charivari . Le roi se mêla à ceux qui faisaient le bruit ; mais les officiers du palais de la reine , invités à la noce , sortirent de la maison , et chargèrent à coups de bâton le
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Le leademain , Charles VI traversa les divers quarliei^s de Paris à cheval pour se montrer aax habitants , et se rendit à l'église Notre-{)ame ; il y remercia le Ciel de l'avoir préservé du malheur dont Guisay, Yvain de Foix, Aimard de Poitiers et le comte de Joigny avaient été les victimes* Le duc d'Orléans , cause involontaire de cette catastrophe ^ fonda en expiation une chapelle aux Celestins; chaque mardi on y disait une messe pour le repos des âmes des quatre barons morts dans cette circonstance : on l'appelait la mês$e des Ardeniê,
On crut d'abord que cet événement ne produirait aucune sensation sur l'esprit du roi ; mais , après quelques jours de stupeur, il ressentit un nouvd accès de frénésie , dont le caractère violent annonçait une Ëdiénation complète. Son état empira rapidement : on ne put le cacha: aux habitants de Paris ; cette nouvelle porta la désolation dans les provinces : chaque français comprit d'autant plus l'étendue de ce malheur , que tout annonçait qu'il aurait sur les destinées de la nation l'influence la plus funeste. Les hommes voués aux professions laborieuses , ceux adonnés au commerce craignirent de voir rétrograder l'industrie, à laquelle Charles Y avait imprimé un essor si rapide; les gens sortis depuis vingt ans de la servitude s'épouvantèrent à l'idée qu'ils pouvaient revenir sous le joug , puisque les grands, à la puissance desquels les rois les avaient soustraits, allaient désormais commander sans entraves : les communes tremblaient pour leurs privilèges, si difficilement obtenus sous les premiers Capétiens. Pendant la captivité de Louis IX , le royaume n'avait
charivari el le dispersèrent ; le roi, que l'on no reconnaissait pas au milieu de la nuit , el qui ne voulait pas être connu , fut le plus uirItraité : on lui décl>argea sur la létc des coups si violents , qu'il en demeura tout étourdi pendant plMsieurs jours.
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pas cessé d'être heureux , grâce à la sagesse de Blanche de Gastille; les désastres du règne du roi Jean provenaient autant de la défaite de ce prince , que de son séjour en Angleterre : oh savait donc à quoi s'en tenir sur Fabsence d'un roi , mais le cas d'un monarque privé de raison ne s'était point encore présenté. L'élection d'un nouveau souverain ne pouvait avoir lieu : car, si Charles YI recouvrait la santé , comme la chose s'était déjà vue , il rentrait de droit dans l'exercice du pouvoir , et cette circonstance était de nature à provoquer une guerre civile. L'inconvénient le moins gi'ave se trouvait être une régence provisoire : ce dernier parti épouvantait d'autant plus les gens sages , que la régence revenait aux oncles du roi; chacun avait pu naguère éprouver et leur incurie et leur avidité. Au milieu de la désolation générale , Paris qui exerçait déjà sur le royaume une influence immense , se servît de Torgane de Puniversité pour exprimer le vœu de voir confier la direction des affaires publiques au duc de Bourbon, le seul prince de la famille royale qui joignit à une illustration guerrière des vertus capables d'inspirer à la nation une confiance sans bornes. Le connétable de Clîsson se joignît à l'université. Louis de Clermont , autant par modestie que par loyauté , refusa de se prêter aux vues des Parisiens. Voyant dix-huit princes du sang plus rapprochés du trône que lui , il aurait cm blesser l'équité en se plaçant avant eux: il se contenta d'user de son crédit pour faire porter à la régence son neveu le duc d'Orléans , dont les droits étaient encore plus légitimes que ceux des duCS de Bourgogne et de Berri. Malheureusement ce prince comptait à peine vingt-deux ans , et le plaisir avait pour lui plus de charmes que le pouvoir. Le duc de Bourgogne , dont l'ambition semblait être accrue par l'éloi-
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gneuient clans lequel Cliarles Yl Tavait tenu durant près de quatre ans, se montra moins délicat que le duc de Bourbon , il s'empara de la régence sans décliner ses droits ; le duc de Berri voulut un moment la lui disputer 5 en qualité d'aîné : cédant toutefois à l'ascendant que son frère exerçait sur son esprit , il lui abandonna le champ libre , avec l'assurance d'avoir néanmoins une large part aux tailles et aux impôts : il se retira dans sa belle maison de Wincester (i) , au milieu de savants, de livres et de devins.
Le duc de Bourgogne , soutenu par les quinze ou vingt princes du sang qui l'environnaient , commença son nouveau règne par satisfaire le ressentiment qu'il nourrissait depuis long-temps contre le parti du connétable. Tout ce qui avait pris part aux opérations de l'ancien ministère se vit en butte à sa colère ; Tépouvantc s'empara d'une foule de malheureux.' Le caractère bienveillant de Louis de Clermont le portait à prendre les opprimés sous sa protection : Noviant et Bureau de Larivière durent la vie à son énergique intervention.
Le temps semblait avoir modifié le caractère de Philippe-le-Hardi : sa bouillante ardeur avait fait place au flegme , sa franchise à la réserve ; mais il n'avait acquis ni plus de sagesse ni plus dhabileté. On le voyait commettre faute sur faute, et chercher à réparer une imprudence par quelque acte encore plus condamnable. Ce qui le rendait surtout odieux, c'était la joie qu'il semblait ressentir de la triste position de son neveu , dont lui régent exerçait l'autorité. Au reste , la maladie empirait à chaque instant; (Charles Yï éprouvait des
(i) Cette maison avait été l)àtic à grands fV;ii.s par Tcvcquc de \^ mcester, retiré en France sous Philippe de A'alois ; elle porta le nom de son Condaleur ; ou l'appela ensuite, |»ar connption : Ji iccstery Kicesler^ Biccalrc , puis enfin Biccfrc.
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mouvements convulsifs de rage : durant ses accès l'infortuné niait qu'il fût roi , sa main effaçait avec fureur son chiffre partout où ses regards le rencontraient. Ses affections changeaient comme ses idées. Il ne pouvait souffrir la présence dlsabeau de Bavière sa femme , à laquelle il témoignait la tendresse la plus vive lorsque la raison lui revenait. On essayait de le mettre en état de présider le conseil , de recevoir les ambassadeurs: d'abord il paraissait tranquille et parlait même avec assez de justesse , mais tout-à-coup ses nerfs se crispaient , on le voyait changer de visage : une douleur affreuse le dévorait intérieurement; on l'entendait se plaindre comme s'il eût été piqué p^r mille pointes de fer : c< Ah ! s'écriait-il , que vous ai-je fait pour me percer ainsi? Ahl qu^on s'éloigne de moi, j'aime mieux mourir que de faire du mal à quelqu'un. » Ces scènes déchirantes arrachaient des larmes aux spectateurs. Sa belle-sœur , Yalentine de Milan , semblait être la seuk personne de son sexe pour laquelle le roi manifestât quelque amitié : sa vue paraissait le calmer un peu. La fille de Galéas Visconti , née dans un pays où l'on cultivait généralement les lettres , était plus instruite que les autres femmes de la famille royale; sa conversation offrait beaucoup de charmes. Cette princesse montrait des égards touchants pour son malheureux parent , et ne cessait de lui prodiguer des soins tandis que tout le monde l'abandonnait ; Charles VI , de son côté, en témoignait la plus vive reconnaissance : on accusa Yalentine de l'avoir ensorcelé (i).
(i) Si l'on en croyait les historiens de cette époque, qui sont tous, il est vrai , du parti Bourguignon ( à l'exception de Juvénal des Ursins), Yalentine de Milan ne serait pas une femme aussi intéressante qu'on se la représente. Tous disent que , voulant se défaire du dauphin Louis , âgé de trois ans , elle lai jeta une pomme empoi*
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A la suiCe de $e$ accès de fureur , le roi tombait dans raffaissement , puis dans la stupidité , de laquelle il sortait pour retrouver sa raison tout entière : celte dernière circonstance devint un malheur de plus. En effet , toute mauvaise que fût l'administration du duc de Bourgogne , elle aurait pu opérer quelque bien si sa marche eût été invariable , si elle eût offert quelque fixité. Le roi n'étant pas interdit , reprenait de droit la puissance avec ses sens; et comme Charles VI haïssait son oncle , il désapprouvait sans ménagement tout ce que ce dernier avait fait , s'empressant de rappeler auprès de sa personne les gens qu'on en avait éloignés, il implorait surtout l'appui du duc Bourbon , et prenait plaisir à s'occuper avec lui des détails de l'administration , en se montrant toujours animé de l'amour du bien public ; mais au moment des plus importantes opérations survenait une rechute encore plus grave que les précédentes. Leduc de Bourgogne redevenu régent, supprimait à son tour ce que Charles VI venait d'ordonner, et chassait les hommes -que son neveu avait rappelés. Ce flux et reflux, ces tiraillements perpétuels aigrissaient les esprits; il en résultait des chocs épouvantables. Le duc de Bourbon tâchait d'en affaiblir la violence ; au milieu de ce désordre, lui seul songeait à la patrie : c'est dans ces vues
«ooiiée au rooment où il jouait avec d'aulres enfanls, au nombre desquels éuit le fils de Yalentine. Ce dernier, plas leste que le dauphin, l'ayant saisie » y mordit , et mourut quelques jours après des suites du poison. Froissard rapporte le fait comme une certitude, en Tappayant sur l'ordre que la duchesse reçut de ne plus paraître à l'hôtd Saint-Paul; cet ordre fut bientôt suiW d'un arrêt du roi, qui l'exilait à MeafQhàtel-sar-Loire. En admettant que Yalentine fiit innocante de GO crime , on peut croire cependant que cette princesse , d'an esprit remuant , ne fut point exempte de blâme , et qu'elle ne resU pas étrangère aux fautes de son époux , à qui, du reste, elle conserva une fidéliié a toute épreuve.
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généreuses que ce prince se rendit à Londres afin de jeter les premiers fondements d'une paix durable : son désir était d'empêcher qu'une guerre étrangère ne vint augmenter les embarras dans lesquels la maladie du souverain plongeait le royaume. Il s'aboucha, à cet effet, avec les oncles de Richard II. L'Angleterre avait autant besoin de repos que la France ; on décida d'unir Richard II à la fille de Charles VI, Isabelle , alors âgée de sept ans; Plantagenet en avait vingt-neuf: on signait en même temps une trêve de vingt-huit ans ; la cour de Londres consentait au rachat de Brest et de Cherbourg. La possession de ces deux places et de Calais avait rendu l'Angleterre maîtresse des clefs du royaume : les Anglais ne pardonnèrent jamais au petit-fils d'Edouard III de les avoir abandonnées. De leur côté les Français se montrèrent très-reconnaissants envers Louis de Clermont, dont le zèle soutenu avait rendu à l'Etat un service aussi éminent ; mais il semblait qu'une force invincible poussât la France dans l'abîme , et se plût à tromper les efforts du duc de Bourbon, A peine ce traité, si avantageux pour le pays, venait-il de recevoir son entière exécution, que la bataille de Nicopolis vint mettre la noblesse en deuil ; à ce malheur public vinrent se joindre les querelles religieuses. Le schisme entretenait les haines , échauffait les passions et les disposait aux excès. Les orages s'amoncelaient autour du duc de Bourgogne , ce qui ne l'empêchait pas de savourer les jouissances du pouvoir au milieu d'un faste excessif. On comptait plusieurs souverains de l'Allemagne à ses gages. Ses états étaient beaucoup plus étendus que le Portugal , la Castille , l'Ecosse , la Hongrie , etc. L'inquiétude empoisonnait néanmoins son bonheur; il voyait s'élever en silence un rival biei) dangereux , dans Louis d'Orléans y son propre neveu , que le droit de la naissance appelai!
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avant lui a la régence. Cinq ans auparavant le frère de Charles Vï l'avait dédaignée , mais à vingt-huit ans il pensait plus sérieusement ; il voulait connaître le plaisir de commander , plaisir dont tout ce qui Tentourait paraissait si avide. Jamais prince ne se présenta sous des dehors plus séduisants : il ne le cédait en beauté qu'au roi son frère , dont la taille était plus élevée et plus élégante que la sienne. On remarquait la recherche la plus exquise dans ses moindres ajustements (i): Louis d'Orléans ne cessait de recevoir chaque jour quelque leçon de goût de la part de sa femme Yalenline , née en Italie, patrie des arts; ses manières charmaient autant par la grâce que par la noblesse : affable , libéral , il était encore à peu près ce que le duc de Bourbon l'avait fait ; on ne pouvait lui reprocher jusqu'alors que de la dissipation et de la prodigalité. Le duc de Bourbon avait placé auprès de son neveu , pour l'instruire dans les belles-lettres , Philippe de Maizières , le sage de ce siècle , l'ami , le confident de Charles V , et rhomme le plus savant de l'Europe. Sous un tel maître , Louis d'Orléans fît des progrès si rapides et parvint à une élévation de science telle , que son nom en eût acquis beaucoup de célébrité si la naissance ne Teût placé si près du trône. Il parlait latin avec une facilité merveilleuse ; son éloquence était entraînante : on le vit souvent soutenir des thèses contre les docteurs les plus renommés de l'université , et sortir vainqueur de cette lutte, au milieu des applaudissements unanimes.
(i) Un portrait que l'on voyait dans les vitraux (les Célestins représentait ce prince le cou enlouré d'une collerette très-élevce : cette mode, que Louis d'Orléans mit en honneur en France, fut abandonnée après sa mort , et reprise un siècle après par François I**", son arrièrepetit-fils.
LODIS DE GLERMOMT. ngg
Voici le portrait que Christine de Pisan fait de ce prince :
a n a sens naturel tel que nul de son âge ne le passe ^ maintieng haut , bénigne parole rassise et agmodérée ; n'a en lui félonie ne cruaulté ; doulce réponse et amiable rend à toute personne qui à lui a bésoigner ; et entre les autres grâces qu*il a , certes de belle parleure ornée naturellement de rhétorique , nul ne le passe : merveilles est de sa mémoire et belle loquelle ; avec les autres bonnes condicions n'est mie moult vindicatif de déplaisirs récents ; tout le peut-il bien faire , et certes c'est moult noble condicion à prince jf pitié a de ceux qu'il voit confus : si comme une fois entre autres démontrances de sa bénignité avint conune il regardât luictier ( lutter ) ses gens en mysa court , un jeune homme eschauffé d'ire , trop follement donna une bufie (un soufflet) à un autre. Gelluy fut moult felonnessement pris et menaciez pour l'injure faicte devant le prince y que le poing arait coppé ; le bon duc comme il veist le cas d'homme moult confus , dist à ses gens tout bas : Dictes , dictes , qu'on luy face paour et qu'on le laisse aller. »
Le peuple , qui se prévient facilement pour les hommes favorisés de la nature , aimait le duc d'Orléans avec passion ; il prit hautement son parti contre le Bourguignon. Les courtisans , ne doutant pas d'en obtenir des faveurs plus abondantes , encensèrent cette nouvelle idole. La reine , persuadée qu'elle jouirait d'un crédit très-étendu si son beau-frère parvenait au pouvoir suprême , s'unit aux grands et à l'université afin d'obliger le duc de Bourgogne à partager avec son neveu la direction des affaires. Philippe se vit contraint de plier devant une si forte cabale. On conçoit que ces deux régents devaient difierer de vues : le duc de TOM. III. 19
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Bourgogne , décrié dans l'opinion publique par ses fautes j luttait péniblement contre son collègue , que les suffrages de la nation élevaient au-dessus de lui. '
Charles YI retrouva , dans ces entrefaites , une lueur de lucidité ; il se montra très-satisfait de voir son frère partager l'autorité avec son cmcle. Celui-ci , orgueilleux à l'excès , jaloux du pouvoir , conçut pour le duc d'Orléans une aversion que les liens du sang ne purent affaiblir. A l'animosité des deux princes venait se joindre la jalousie de deux femmes qui rivalisaient de crédit. La duchesse de Bourgogne , très^che , sortie d'une branche royale , alliée à tous les souverains de l'Europe , traitait avec dédain Yalentine , fille d'un aventurier heureux; mais celle-ci, dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté , était aux yeux du public bien au-dessus de son ennemie j vieille , contrefaite et avare. Telle fut l'origine de la rivalité des deux maisons , rivalité dont les suites devinrent si fatales à la monarchie. Les signes les pi us funestes accompagnèrent la naissance de ces désordres ( 1 396) : des vents impétueux régnèrent durant plusieurs mois de l'année , renversèrent des villages , des forêts entières , et furent suivis de pluies continuelles , d'inondations qui ne laissèrent pas vestige de moissons; ce qui amena une famine et puis une mortalité si considérables que , pour ne point effirayer les esprits , on se vit obligé d'enterrer les cadavres pendant la nuit , sans aucune pompe. Le nouveau système d'administration générale qui avait remplacé en grande partie le régime féodal depuis les réformes de Charles YI , était encore trop neuf , et ceux qui le dirigeaient n'avaient ni assez d'expérience ni l'habileté nécessaire pour atténuer la gravité du mal. On ne savait que décréter de nouvelles taxes: la famille royale et ses nombreux clients oubliaient les misères du peuple au milieu des brigues ,
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des cabales et des jeux ruineux que la chevalerie proscris vait ; mais les statuts de cette belle institution étaient aussi méconnus que la voix de la raison.
La longue habitude du gouvernement , son âge même» donnaient au duc de Bourgogne de grands avantages sur son collègue, impétueux , inconsidéré et qui n'usait du pouvoir que pour commettre des fautes de tout genre. Le Bourguignon , voulant perdre dans Topinion publique un rival incommode , agit avec un raffinement de politique surprenant : il lui proposa d'abandonner à sa .surveillance particulière la direction des finances. Le duc d'Orléans , loin de soupçonner le piège , mit beaucoup d'empressement à accepter cette mission , et ne s'occupa qu'à dissiper en prodigalités coupables le peu d'argent qu^on parvenait à faire rentrer au trésor. De leur côté , les préposés au fisc , désireux de gagner les bonnes grâces de ce nouveau maître, redoublèrent de dureté dans la levée de^ impôts* Le mécontentement suivit de près les murmures ; et comme les Français ont de tout temps passé rapidement de l'amour à la haine , ils s'irritèrent contre le duc d'Orléans à un tel point que ce prince se trouva l'objet de l'animadversion générale. Comprenant toute l'étendue de sa faute , il se relira en quelque façon des affaires , laissant au duc de Bourgogne la faculté de reprendre l'autorité tout entière. Philippe-le-Hardi jouit de son triomphe avec un faux air de modération : voyant son neveu en butte à la malveillance des Parisiens, il parut le plaindre et cesser d'être son ennemi ; cette conduite augmenta son crédit , mais ne le rendit pas plus habile pour arrêter le tonent des malheurs qui fondaient de toutes parts sur le pays. L'intempérie des saisons se prolongeait, et le peuple s'indignait que , loin de diminuer ses dépenses , l'hôtel Saint- Paul affichât un faste inconnu au temps de Charles Y. La
aga louis de clermont.
misère se montrait sous les dehors les plus hideux M sein de la capitale , et jusque dans la maison particulière de Charles Vl ; les régents fournissaient à peine au stiûct nécessaire de ce prince. Depuis plusieurs siècles la munificence des monarques avait ouvert dans les maisons royales un asile aux vieux guerriei^s dopt le patrimoine s'était dissipé pour le service de l'Etat ; le nombre de ces officiers s'accrut prodigieusement lorsque les grands feudataires perdirent leur autorité sur les petits nobles. Les guerres du règne de Jean II et de son fils avaient appauvri quantité de ces chevaliers. Charles V , aussi attentif que généreux , se plut à multiplier ces sortes de secours : d'après ses ordres , plusieurs centaines de vieux militaires étaient admis chaque \ jour à des tables servies aux frais de son trésor particulier. Charles YI renchérit sur son père ; mais du moment oh cet infortuné prince fut tombé en démence , le duc de Boui^ogne , ou plutôt les directeurs des dépenses du roi, eurent la cruauté , sous prétexte d'économie , de supprimer ces tables. Ces malheureux écuyers furent réduits au désespoir : ils vécurent quelque temps des bienfaits de plusieurs barons; enfin, on les vit errer dans les rues de Paris , privés de pain. Le duc de Bourbon n'attendit pas que la pitié publique vînt à leur secours ; il les réunit à son hôtel de Forez (1397) , et leur rendit l'existence dont la plupart d'entr'eux jouissaient/juelques années auparavant. Ce n'était pas en roi , en prince qu'il les traitait , mais bien en compagnon d'armes : il s'en trouvait beaucoup parmi eux qui avaient vaincu avec lui en Flandres , en Poitou et en Afrique* Louis de Clermont présidait à ces banquets , placé au milieu de la salle , à une table particulière , entouré de ses enfants. Tant que durait le repas , un clerc de sa maison lisait à haute voix les préceptes de la vraie chevale-
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rie : le prince cherchait ainsi à conserver parmi ces guerriers le feu sacré de l'honneur. Ces pauvres écuyers accouraient en foule chez le duc de Bourbon : le nombre en augmentait chaque jour. Le prince dépensa, dans l'espace de deux années , la moitié de sa fortune ; il contracta pour un million de dettes : a car les marchands lui délivroient ce qu'il demandoit, pour qu'ils le savoient prudhomme et payoit volontiers. » Le duc de Bourbon se vit obligé de quitter Paris , afin d'aller dans ses domaines réparer par des économies les pertes que ses nobles libéralités venaient d'occasionner. « Tout le monde vient manger à votre hôtel , lui disaient les intendants ; vous en êtes content , mais les fournisseurs qui baillent , devront être payés. »
Charles YI , apprenant que son oncle allait partir , fondit en larmes et voulut le voir : « Ah ! bel oncle , il n'est pas temps de vous en aller ; je vous prie de demeurer encore , car il y a moult à faire en notre royaume où vous pouvez beaucoup. — Mon seigneur , répondit le duc , il est temps que je me retrahie avec mes chevaliers , et mon pauvre peuple , et mes vassaux, qui m'ont aidé à vivre , et pour moi acquitter ce que je dois et satisfaire ceux aux qu'eux je pouvois avoir fait lort dans mon temps ; quand je serai en mes terres, je puis toujours venir à vous, afin que me voudrez commander et employer en toutes vos affaires de mon pouvoir. » ( Oronville. )
Le dup prit congé du roi, et arriva dans le Bourbonnais vers le commencement de iSqS. Son premier soin fut d'appeler auprès de lui le sire de Norris , administrateur de ses biens , et ses intendants ; il leur demanda Tétat des revenus de ses domaines , le Bourbonnais , le Forez, le Combrailles et Clermont en Beauvoisis» Une situation exacte de ses biens prouva que les redevances s'élevaient
S4q4 LOL'IS DE CLLRMOIST.
encore à 1,200,000 francs de notre monnaie. Le duc de Bourbon en aiïecta la moitié au paiement des dettes qu'il avait contractées soit pour le service de l'Etat , soit pour venir au secours des chevaliers. L'ordre admirable qui régnait dans la maison de ce prince le peint mieux que les plus beaux discours. Sa présence comblait de joie ses vassaux ; ils espéraient le conserver long-temps parmi eux , lorsqu'un nouvel incident vint l'arracher , peu de temps après , à l'affection de sa famille et à l'amour de ses sujets.
Dans ce siècle , les événements se pressaient avec rapidité: une ligue criminelle venait de précipiter du trône Richard 11 , gendre du roi de France. Cet attentat réagit tellement sur les affaires du royaume , que Ton ])arla de déposer Charles VI. Le duc de Bourgogne, agissant dans des vues d'intérêt personnel , repoussa avec indignation un tel dessein , inventé par des hommes avides de troubles : sa plus grande crainte était de perdre la régence , qu'on lui aurait nécessairement enlevée si le choix d'un nouveau souverain avait eu lieu.
Louis de Clermont résolut de faire diversion à ce projet de déposition qui occupait beaucoup les esprits, en proposant une entreprise de la plus haute importance : il émit le vœu dans le conseil de profiter des troubles qui agitaient l'Angleterre pour ranger sous l'obéissance de la France , Bordeaux , Bayonne et la partie de la Guienne restée au pouvoir des Anglais. Le roi , qui jouissait alors de quelque calme , applaudit à cette heureuse idée , supplia le duc de Bourbon de se charger de l'entreprise , et sut l'y déterminer par ses instances. Comme Varmée se trouvait désorganisée , que l'on ne pouvait opérer aucune levée faute de fonds , que la réunion du ban et de l'arrière-ban olfrait de graves inconvénients dans un moment d'effervescence 5 Louis de
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Clermont se vit réduit à partir pour le midi , accompa* gné de la seule compagnie de cent hommes d'armes qu'il maintenait sur un pied respectable. Le prince s'établit dans Agen , afin de suivre les négociations qu'on allait entamer avec les villes de Bordeaux et de Bayonne : il y arriva vers le milieu de 1400. Ses premières démarches eurent un plein succès : le général français crut un instant pouvoir déterminer les habitants de la Guienne à secouer le joug de Lancastre, assassin de son roi. Mais Henri , habile comme tous les usurpateurs , ne parut pas alarmé des démarches du duc de Bourbon, ce Jamais , disait - il ^ les Bordelais et les Bayonnais ne se tourneront contre nous , ils sont avec nous francs et quittes , et si les Français les dominaient , ils seraient taillés et retaillés deux ou trois fois l'an. » Lancastre envoya en Guienne des émissaires adroits , qui firent aux peuples de l'Aquitaine la peinture la plus efirayante de Tétat où se trouvait le royaume de France , «lequel étoit vexé , molesté de fouages et d'exactions, villainies pour extorquer de Targent.» Ces agents leur montrèrent la ruine de leur commerce comme inévitable , sïls se séparaient de l'Angleterre. Ces raisons parurent d'autant plus puissantes , qu'elles s'appuyaient sur des réalités. Les députés de Louis de Bourbon parlaient au nom de l'honneur , ceux de Lancastre au nom de l'intérêt ; les Bordelais ne balancèrent pas : ils aimèrent mieux vivre dans l'abondance sous la domination d'un usurpateur , que d'être réduits à la misère sous un roi légitime , privé de la raison. Le duc de Bourbon échoua complètement dans ses négociations : il n'en fallait accuser que ceux dont l'impéritie avait réduit la France dans une position aussi déplorable.
Louis de Clermont regagnait ses domaines , fort
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conti*isié j lorsqu'il reçut un message qui le rappelai! au plus vite auprès du roi son neveu. Charles VI venait d'éprouver une crise des plus heureuses ; mais en reprenant la plénitude de ses facultés intellectuelles, il se trouva le plus malheureux des hommes , à Paspect des calamités qui l'environnaient. Le monarque prit la détermination de réparer tant de malheurs , et appela aupiès de lui les hommes qu'il savait les plus capables de le seconder autant par leur sagesse que par l'énergie de leur caractère* Charles VI nomma le duc de Bourbon chef de son conseil : dès ce jour , la marche des affaires prit une assurance qui faisait présager un avenir plus heureux. Le duc de Bourgogne , persuadé que le roi pourrait désormais gouverner par lui-même, abandonna pour toujours la régence, et courut en Flandres où quelques troubles rendaient sa présence nécessaire. A peine ce prince fut-il parti que le duc d'Orléans , poussé par l'astucieuse Isabeau de Bavière, demanda à son frère qu'il le nommât régent , de pré» férence à tout autre , dans le cas où le malheur voudrait qu'un nouvel accès le rejetât dans le néant, Charles VI , aimant tendrement son frère , se rendit à ses désirs ; en même temps , comme les bruits de dépo* sition l'avaient fortement alarmé , il promulgua une ordonnance , le 26 avril i4o3 , qui obligeait la reine , les princes , les prélats , les grands officiers de la couronne, la noblesse et les notables de la ville de Paris , à lui prêter serinent de fidélité , et à jurer de reconnaître , après sa mort , le dauphin Louis pour leur roi et leur souverain seigneur. Le chancelier, accompagné du connétable , apporta cette ordonnance au parlement de Paris , qui en jura l'exécution sur l'Evangile ; la cour des comptes agit de même. Cette précaution , loin de ralfermir le gouvernement , en montrait la faiblesse*
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Rien ne nuit davantage à l'obéissance des peuples , que de leur faire jurer qu'ils obéiront.
La précaution que le duc d'Orléans avait prise de se faire nommer régent fut bientôt après justifiée par l'événement ; car Charles VI ne jouit pas long - temps de la santé : un nouvel accident le fit retomi)er dans la fi'énésie. On célébrait par des fêtes le bonheur que ses sujets ressentaient de le voir rendu à leurs vœux ; aucune réjouissance n'avait lieu sans tournois* Charles YI voulut jouter ; il resta à cheval au milieu de la lice pendant dix heures consécutives , la lance au poing , sous un soleil brûlant. Le roi s'échauffa tellement à combattre , que le sang lui sortit abondamment par le nez ; l'hémorragie dura très-long-temps j et fut suivie d'une longue léthargie , d'où le prince ne sortit que pour passer à un état de stupidité complète , mêlée de convulsions. Dès ce moment on perdit pour toujours l'espoir de le guérir : il n'eut plus que des moments de lucidité très-courts. D'après sa volonté expresse , le duc d'Orléans prit aussitôt après la direction des affaires : les fautes que ce dernier avait commises cinq ans auparavant ne l'empêchèrent point d'en commettre de nouvelles. En vain Louis de Clermont , justement alarmé , lui offrit-il l'appui de ses conseils : la voix de cet homme généreux fut méconnue ; on repoussa ses offres. Louis d'Orléans débuta par se déclarer en faveur de Benoit XIII, et par remettre la France sous l'obédience de ce pontife. L'Eglise gallicane s'y était soustraite en attendant la fin du schisme , sans vouloir reconnaître aucun des prétendants à la tiare. La démarche du régent réveilla les disputes que la sage déclaration du clergé français avait momentanément apaisées ; l'université , les savants , les prélats et les familles en furent encore plus divisés. Le duc d'Orléans , guidé par un sentiment d'ambition
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que Ton n*a jamais pa bien définir , voulait gagner les bonnes grâces du pape (i). Mais , pour être valide , il Ëillait que cet acte solennel , concernant Benoit Xlil , jfilit ratifié par le roi : le duc eut recours aux snbterfiiges les plus misérables , afin d'obtenir la sanction du monarque. Il fit dresser en secret une supplication du clergé de France , qui demandait à rentrer sous l'obéissance de Benoit XIII , et fit revêtir celte pièce de beaucoup de signatures vraies ou fausses; saisissant ensuite le moment oîi le roi priait dans son oratoire ^ il lui présenta ces signatures , et sut facilement persuader à cet esprit faible que la majeure partie du clergé ayant signé , tous les gens sages seraient an comble de leurs vœux de revenir sous la juridiction de BenoiL Ses discours remplis de charmes déterminèrent Charles Yl. Sans perdre un seul instant , le duc d'Orléans rédigea l'acte solennel , et le fit expédier avant que son frère fût sorti de la chapelle ; enfin , il termina cette scène par chanter avec le chapelain le Te Deum , pendant qu'au- dehors le parlement et les conseils ignoraient absolument ce qui se passait.
Après avoir rallumé les querelles religieuses par une déclaration intempestive , le duc d'Orléans ordonna une taxe générale , qui s'étendit même sur les prêtres
(i) Gottigné, dans ses Mémoires (restés jusqu'à présent manuscrits), cherche à rendre le duc d'Orléans odieux , et Teut prouTer que ce prince ne tendait à rien moins qu'à détrôner son frère: selon lui , il machinait cet horrible projet avec Galéas Y isconti , son beaupère, qui désirait ardemment voir sa fille reine de France; et , dans ce but, il s'attacha Benoit XIII, qui devait interdire Charles YI comme incapable de régner, ce qui aurait facilité à Louis d'Orléans de monter sur le trône de son frère. Nous répétons ce que nous avons dit : Cottigné y attaché à la maison de Groy , une des plus puissantes de la Flandres, ne cessa de se montrer un violent partisan du duc de Bourgogne.
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séculiers. Cet édit fit pousser des cris de désespoir ; les provinces étaient pour la plupart ruinées ; depuis deux ans les saisons paraissaient renversées , et Tordre de la nature interverti : il y avait de la barbarie à exiger des impôts d'une population qui manquait du strict nécessaire. Les gens d'église refusèrent , sans explication y de payer la taxe ; l'université les soutint ; les Parisiens s'ameutèrent : il fallut tout le zèle de Louis de Glermont et de quelques autres amis de leur pays pour apaiser ces nouveaux troubles.
Depuis la mort de Charles Y , l'autorité avait passé par bien des mains : durant cette succession rapide de gouvernants , les Français , toujours malheureux , aspiraient sans cesse à un changement d'hommes et de système ; mais à peine avait-on exaucé leurs vœux , qu'ils se voyaient réduits à regretter ceux qu'ils venaient de quitter. Pendant quarante ans leur malaise empira ; ils connurent toutes les gradations du malheur, et acquirent à chaque instant la cruelle certitude que la mesure de leur infortune n'était pas encore comblée. Le dernier roi ayant eu des guerres continuelles à soutenir, s'était vu forcé à regret d'imposer des tailles extraordins^res ; les peuples , qui ne rendent justice aux rois que lorsqu'ils sont dans la tombe , se réjouirent en quelque façon de sa mort , ne doutant pas que son successeur ne s'empressât de diminuer les charges publiques. Leduc d'Anjou fit cruellement regretter Charles Vj ce fut alors que Ton apprécia celui que l'on venait de perdre : on ne l'appela plus que le bon pire , le sage prince , etc.
Les ducs de Bourgogne et de Berri se montrèrent pour le moins aussi avides que leur frère , et se virent obligés de céder la place à Clisson , dont on salua la venue comme l'a.urore d'un beau jour : le ministère du
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connétable trompa ces flatteuses espérances. Le duc de Bourgogne paraissait changé : on croyait que l'âge , Texpérience avaient fdit naître en lui des idées plus saines; chacun faisait des vœux pour qu'il écartât Olivier et Larivière. Ces vœux furent exaucés ; mais Philippe-le-Hardi , loin de justifier la bonne opinion que l'on avait de lui , suivit la même route et augmenta les embarras du gouvernement en se mettant en hostilité ouverte avec son neveu le duc d'Orléans. Ce dernier , par sa jeunesse , sa grâce , son afiabilité , gagnait tous les cœurs. Les Français demandèrent hautement que le prince , objet de leur prédilection , fut placé à la tête de la régence. Louis d'Orléans parvint au pouvoir , et ses premiers actes le firent exécrer : jamais changement ne fut plus prompt. Le duc de Bourgogne , instruit de ces dispositions , accourut de la Flandres et ressaisit la régence , à la grande satisfaction du public. Son neveu chercha vainement à la lui disputer. L'hôtel Saint-Paul et les dignitaires deTEtat se partagèrent d'affection ; ce ne fut plus aux cabales , aux menées sourdes que les partis allaient avoir recours : c'était la force des armes qui devait décider de la querelle. Le duc d'Orléans fit alliance avec le duc de Gueldre , le même qui , treize ans auparavant , avait défié le roi de France ; il prit à sa solde ce prince allemand , ainsi que ses bandes. Les troupes étrangères fi*anchirent les frontières , traversèrent la Picardie , et arrivèrent sous les murs de Paris. Â leur approche , le duc de Bourgogne réunit ses nombreux vassaux ; il trouva un appui dans les Parisiens : la rupture allait éclater ; deux princes français , de la même famille , allaient se déchirer. Louis de Clermont, par la seule puissance de sa haute sagesse , arrêta une telle fiirie , et arracha les armes des mains des deux compétiteurs. Il se fit , sous ses auspices , une espèce
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de réconciliation : les ducs de Bourgogne et d'Orléans convinrent de ne rentrer au conseil que lorsque le roi , de concert avec le parlement , aurait réglé d'une manière définitive le mode de gouvernement qui prévaudrait en cas du décès de Charles VI. Un édit du 26 avril i4o3 ordonnait que si le roi venait à mourir, il n'y aurait plus de régence , et que l'Etat serait gouverné , au nom de son fils aîné , par un conseil composé des princes ses oncles , de son frère , du connétable Charles d'Albret et du chancelier : cette assemblée devait être présidée par la reine. On fut redevable de ces sages dispositions aux vues élevées de Louis de Clermont ; sa fermeté parvint à conjurer pour un instant les orages ; le respect qu'on lui portait , la considération que chacun avait pour ses vertus , le mirent à même de conduire le nouveau conseil , dans lequel il siégeait de droit en sa qualité d'oncle du roi. Afin d'éprouver moins d'opposition dans le bien qu'il voulait opérer, Louis de Clermont demanda que les deux princes rivaux s'éloignassent momentanément de Paris. Le duc de Bourgogne fit les préparatifs du siège de Calais , malgré la trêve qui durait encore. De son côté le duc d'Orléans se porta sur la Loire , afin d'y réunir des troupes et de marcher contre Bordeaux. Plus ces préparatifs étaient ostensibles , moins ils avaient de réalité : il parut évident à tous les yeux que les deux princes s'observaient , et ne voulaient s'occuper d'aucune entreprise qui les tînt éloignés du roi. Le frère de Charles VI n'alla que jus- (ju'à Orléans : comme apanagistc , il y fit son entrée solennelle ; on tapissa les rues , on laissa couler des fontaines de vin ; l'uBiversité le harangua en latin. Le prince répondit dans la même langue : on sait qu'elle lui était familière ; il prit Fhabit de chanoine , et alla s'asseoir , en cotte qualité , dans les stalles de St-Aignan.
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Les deux rivaux revinrent bientôt après à Paris sans avoir rien fait : le duc de Bourgogne , toujours occupé de la grandeur de sa maison , fit conclure le mariage du dauphin Louis , âgé de sept ans , et de son frère Jean , encore plus jeune , avec les deux filles aînées de son fils , le comte de Nevers ; il arrêta aussi le mariage de madame Michelle de France , seconde fille du roi , avec son petit-fils, le comte de GharoUais. Il déploya dans les fiançailles de ces six enfants un faste royal : c'était un triomphe pour lui ; il se flattait qu'une de ses petitesfilles porterait un jour la couronne de reine. Ce faste rendait Targent plus nécessaire. Le duc d'Orléans , toujours plus imprudent, proposa au conseil de décréter une taille générale , à laquelle le duc de Bourgogne s'opposa en alléguant la misère publique ; mais le conseil décréta cet impôt , malgré l'opposition franche et désintéressée de Louis de Clermont. On usa d'une rigueur extrême pour en opérer la levée , et un ordre suprême enjoignit d'enfermer dans la grosse tour du Louvre le produit de la nouvelle taxe. Le duc de Bourbon fit décréter qu'on ne toucherait pas à cet argent sans le consentement du conseil rassemblé en entier. A peine cette décision était-elle prise , que le duc d'Orléans accourut au pied du donjon , accompagné de gens armés ; il fit briser les portes à coups de hache , enleva le dépôt , et le partagea, dil-on , avec sa belle-sœur. Ce vol du trésor public accrut la haine qu\>n portait au duc d'Orléans , et livra la reine à tous les traits de la calomnie : on disait qu'Isabeau , persuadée de la fin prochaine de son époux ^ et n'ayant que des dégoûts à attendre dans un pays oh le duc de Bourgogne domin«rait en maître , faisait passer dans la Bavière tout l'or du royaume , afin de s'y ménager une magnifique existence lorsqu'elle serait veuve.
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Louis de Clermont n'avait cessé de gémir sur les écarts du duc d'Orléans , son ancien élève : un reste d'affection le montrait à ses yeux moins répréhensible que chacun ne le représentait ; mais l'opprobre dont ce jeune prince venait de se couvrir par l'enlèvement du trésor du Louvre , ne lui permit plus de se faire illusion sur le compte de son neveu. Son indignation fut extrême ; il adressa au coupable de vives remontrances , et rompit avec lui toute relation d'amitié. Louis d'Orléans se consola facilement de cette rigueur ; le départ du duc de Bourgogne, que des révoltes répétées appelaient en Flandres, lui laissa le champ libre: tout plia devant sa volonté; il devint en peu de temps le fléau de sa patrie. Ce n'était pas un tyran farouche , altéré de sang , mais un imprudent qui se jouait avec une légèreté coupable des destinées de la France entière : il ti^emblait cependant de se voir enlever une seconde fois le pouvoir , quand la mort le délivra de son redoutable collègue. Le duc de Bourgogne , surpris à Bruxelles par une indisposition grave , se fit transporter à Liège ; mais en traversant ia ville de Hall , il se vit obligé de s^arrêter ; sa maladie augmenta , et devint bientôt mortelle : il expira le 27 avril 1 4o4 , dans l'hôtellerie du Grand-Cerf, à 1 âge de soixante-trois ans. Au moment de mourir ce prince se rappela qu'il était Français , chosp qu'il avait oubliée toute sa vie. Le duc exhorta ses enfants à conserver une fidélité inviolable au roi , à ne perdre jamais de vue l'honneur du sang dont ils étaient sortis.
Des écrivains , et principalement dom Plancher , ont dit que Philippe-le-Hardi était prudent , libéral , capable de tout entreprendre ; nous avons vu en effet que le duc de Bourgogne entreprit beaucoup, mais qu'il échoua dans presque tous ses projets , hors ceux qui regardaient l'agrandissement de sa famille : sa libéra-
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lîlé ne fut qu*uae prodigalité excessive ; son ambitioa loi faisait répandre l'or de la France pour acheter des partisans, dans le senl désir d'accroître la splendeur de sa maison et l'étendne de ses domaines. Tel ibt ce Philippe-le*Hardi , qoi ne laissa après loi qoe des tem* pétes.
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