‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 20 sur 42 · JEAN LE HEINGRE DE BOUCICAUT · texte numérisé non relu

JEAN LE HEINGRE DE BOUCICAUT

qui lui donnerait armes, chevaux et harnais: c'était un vrai désespoir que rien ne pouvait calmer. Touché de ses lamentations, dont on lui faisait chaque jour le récit, le roi se le fit amener; il lui dit de patienter encore quelque temps , et qu'à la première guerre on lui permettrait de reprendre le métier des armes. L'occasion se présenta l'année suivante. Bukingham, ayant pénétré en France , ravageait les provinces du centre; les ducs de Bourbon et de Bourgogne furent chargés d'aller le repousser. Boucicaut fit partie de l'ost de Louis de Bourbon; il voulait être de Routes les reconnaissances, et s'élancer dans les escadrons anglais : la vue de cet enfant afi*rQntant le danger de la manière la plus intrépide, électrisait tout le monde. Bukingham ayant été rejeté en Bretagne , le précoce giierrier supplia le maréchal de Sancerre de l'emmener en Guienne. Ce général y consentit, et cessa de traiter Le Meingre en enfant : le maréchal le voyait déployer un courage, une prudence qu'on n'aurait pu attendre quç d'un capitaine consommé : « Sire, dit-il au roi à son retour de Guienne en lui présentant son élève, si cet enfant vit, ce sera un homme de grand fait. »

Le jeune Boucicaut sentait bien que sa constitution était trop délicate pour soutenir long-temps les fatigues de la guerre; il résolut de la rendre plus forte par dos exercices violents, ainsi qu'en agissaient les Romains aux beaux temps de la république. « Les Romains , dit Montesquieu , se rendirent plus qu'hommes par un travail continuel qui augmentait leurs forces, et par des exer-cices qui leur donnaient de l'adresse, laquelle n'est autre chose qu'une juste répartition des forces que l'on a. D

Boucicaut, s'endurcissant à la fatigue, franchissait de larges fossés , le casque en tcte et la cuirasse sur le

f; JEAN LE MI:IN(;RE î>E liOUClCAUT.

dos; il faisait des lieues entières, chargé de Tarmure d'un homme très-fort; il courait durant plusieurs heures sans s'arrêter, afin d'accoutumer ses poumons à un travail forcé : le jouvencel devint tellement adroit et leste qu'en s'appuyant sur la croupe de son cheval, il le franchissait dans toute sa longueur sans toucher les oreilles ; on le vit très-souvent sauter d'un bond sur les épaules d'un cavalier. Il s'exerçait à porter des fardeaux très-lourds, dont plusieurs écuyers augmentaient progressivement le poids jusqu'à ce que leur maître tombât sous le faix. Au moyen de ces labeurs volontaires, Boucicaut acquit au bout de quelques années une force prodigieuse. Sa taille était trcs-élevéc (i), son visage fortement coloré, quoique brun : il parlait et riait peu. Ses habitudes sérieuses s'allièrent néanmoins à son goût pour la poésie: l'historien anonyme du i5^ siècle lui attribue des ballades , des virelais et des couplets , qu'on n'a malheureusement pas conservés.

Nourri dans un monde où brillaient de tant d'éclat Duguesclin, Clisson, Couci, La Trémouille, Sancerre et Louis de Clermont, le jeune homme respirait Pair de l'héroïsme; ses regards n'apercevaient de tous côtés que de pompeuses renommées : quel est le cœur qui ne se serait pas enflammé près d'aussi beaux modèles !

Enfin Boucicaut apprit avec des transports de joie que l'on allait porter la guerre en Flandres : il comptait à peine seize ans ; mais le roi en avait tout au plus quatorze, et marchait a la tète de cent mille Français. Boucicaut pouvait prétendre à l'honneur de raccompagner : on le désigna en effet pour faire partie de Tost

(i) Quelques historiens fiançais disent fjii'il élait petit ; mais les historiens d'Angleterre, d'Allemagne , de Flandres, cl surtout ceux (P/talie, le représentent d'une t.iille colossale : Umi nous porte à croire que ropiiiion do ces derniers est mieux londro.

JEAM LE MËtNGRS DE fiOCCIGÀDT. 7

particulier de Charles VI ; il obtint cependant de suivre i'avaat-garde commandée par Clisson. Arrivé an pont de Commifies, il fut du nombre des cAieTaliers qui franchirent la Lys, à l'aide de barques, conduits par Rehsn , Saimpi , Rieux, Laval et Rochelbrt; il agit sur la rive apposée, c<»itre Jean du Bois. On ne peut louer ici Boucicaut plus que les autres, car dans cette rencontre mémoraUe chaque combattant acquit en particulier une gloire impérissable. Cependant, de l'aveu même de tous ses compagnons d'armes, Le Meiogriey mérita l'honneur de la chevalerie : le duc de Bourbon la lui conféra avec tout le bonheur qu'il aurait pu ressentir en donnant Tordre à son propre fils* Rarement voyait -on un adolescent recevoir les éperons dorés. Quelques jours après le connétable livra la bataille de Rosebec : l'armée française étant concentrée sur un seul point , chaque ost reprit sa place , et les chevaliers leurs postes respectifs. Boucicaut se mêla aux nobles <]ui for- >maient masse autour du roi : on sait que le choc des soldats d'Artevelle fut si terrible, que le corps de bataille de Olisson se vit obligé de reculer. Durant quelques instants le désordre régna du côté de Charles YI ; les bannerets arrêtèrent néanmoins la «marche impétueuse de Tennemi par leur sang-froid autant que par leur binllante valeur. Un Flamand , du .pays de Gourtray , haut de sept pieds, portait le ravage dans tous les rangs à coups de bâton ferré^ vomissant contre les féodaux, et en langue française > mille injures ^ossières: il s'était formé un large cercle autour de lui, et. défiait les ;plus braves. Boucicaut s'élance vers ce redoutable en<nemiy et se grandit pour lui porter un coup de hache; le Flamand le regarde en pitié, et d*.un revers de son bâton fait voler l'arme de ce nouvel adversaire : « Va tëler , enfant, » lui dit-il. Le Meingre furieux tire sa

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dague , se jette dans les jambes du géant, et lui enfonce le fer jusqu'à la garde au-dessus de la hanche; le Flamand chancelle, tombe, et couvre l'espace laissé libre autour de lui. Le vainqueur, tenant sa dague fu* mante de sang , le regarde se débattre contre la mort : '( Les enfants de ton pays , lui dit-il, jouent-ils à de teb jeux ? » Cette scène , rapide comme un éclair , glaça d'épouvante les Belges et électrisa les Français , lesquels, faisant un nouvel effort, repoussèrent les assaillants et regagnèrent le terrain perdu : en peu d'instants la ligne fut redressée d'une manière complète.

Au retour de la campagne de Flandres , Boucicaut revint à Paris , jouissant déjà de la réputation d'un guerrier valeureux. Il se prit alors d'affection pour une jeune demoiselle , Antoinette de Turenne , fille aînée de Raymond , vicomte de Turenne , et d'Ëléonore de Conmiinges. « Ja avoit choisi dame belle et gracieuse et digne d'être aimée ; j'y la voyoit quand il pouvoit sans blâme d'elle , et quand à danse ou à feste s'esbattoit ou elle fust , là nul ne le passoit de gracieuseté et de courtoisie en chanter ; là chantoit chansons , rondeaux:, dont lui-même avoit fait le dict, et les disoit gracieusement , pour donner couvertement et secrètement à entendre à sa dame conmfient Testime d'elle destreignoit; ainsi devant elle et entre toutes dames étoit plus doux et bening qu'une colombe. »

Ce fut dans des fêtes données à l'occasion du mariage de Charles VI , que Le Meingre se fit le plus remarquer au milieu des tournois par sa force et son adresse. « lia étoit le jouvencel Boucicaut , joli , richement habillé, bien monté , lequel en recevant le doux regard de sa dame , lance baissée , vous poignoit son dextrier de telle vertu que plusieurs en abattoit en son encontre. »

Dans ce siècle de vaillance , la règle exigeait que

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chaque preax , pour rehausser sa réputation , allât guerroyer dans les pays lointains , principalement contre les ennemis de la Croix. Quoique les communications fussent difficiles et les routes très-peu praticables , il était rare de voir un banneret qui n'eût pas visité la moitié de TEurope. La Flandres venait de rentrer sous Fobéissance de ses souverains , la Bretagne se soumettait , l'Angleterre demandait une prolongation de trêve, l'Espagne se reposait de ses longues querelles intestines: 'ainsi Boncicaut ne voyait nulle part la possibilité d'occuper son bras. Il résolut de partir pour le nord (i385), dans l'intention d'aider les chevaliers Teutoniques à chasser de la Prusse et de la Lithuanie les hordes idolâtres qui avaient envahi ces contrées.

L'ordre Teutonique, institué en iigi par Frédéric duc de Souabe , à l'instar de celui de St-Jean de Jérusalem , jetait alors un vif éclat. Le fondateur se proposa de créer une association militaire et religieuse dont les membres devaient défendre et soigner tout à la fois , en Palestine , les pèlerins de la nation allemande ou teutonique. Cet ordre rivalisa bientôt de bravoure ainsi que de puissance avec celui des Templiers. Hermann de Salza , quatrième grand-maitre , mourut en 1239 , ayant acquis la réputation d'un des hommes les plus remarquables de son temps ; il laissa à son successeur d'immenses richesses et le titre de prince de FEmpire , que l'empereur Frédéric II lui conféra. Peu de temps avant de mourir , Salza envoya en Prusse la moitié de ses soldats , sous la conduite de Hermann de Balk : ce pays lui avait été concédé par le pape Grégoire IX , avec la condition de convertir à la foi chrétienne les habitants qui adoraient encore les divinités des anciens Sarmates. Les Teutoniques devinrent les législateurs des peuples réduits par la force des armes ; ils fonde-

îo ji:a:i kl 51i:i.ncuj: di: coucicalt.

icnt les villes de Thorn , dElbing , de Culni : mais ces chevaliers eurent à se maintenir contre les efforts de tous les peuples Slawes. Les Russes , les Lithuaniens, les Prussiens , les Polonais , les Danois et les Suédois 5 depuis long-temps convertis à la religion catholique , se déclarèrent contre eux par jalousie. La modération dont les Teutoniques usaient au milieu de succès prodigieux 5 le zèle que chacun d'eux montrait pour la foi , le but qu'ils se proposaient , rendaient leur cause fort respectable. Depuis deux siècles , l'armée rassemblée sous leurs bannières passait pour une école de vaillance où rhomme voué au métier des armes apprenait l'art de la guerre , aussi bien que la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Du temps de Boucicaut , Wenrick de Kniprode, vingtième grand-maître, jouissait d'une haute réputation d'habileté. Vers la fin de 1870 , il battit dans les plaines de Rudaw 70,000 confédérés russes, prussiens , polonais et lithuaniens, leur tua 12,000 hommes, et en prit un égal nombre , auxquels le vainqueur rendit la liberté , en leur imposant la seule obligation d'embrasser le christianisme. Ces avantages non interrompus relevèrent l'ordre , qui tombait en décadence. La réputation de Kniprode s'étendit dans toute l'Europe ; les généraux les plus célèbres allèrent le visiter, et prendre de lui des leçons de valeur. Gaston de Phébus , comte de Foix , le captai du Buch , Amédée de Savoie , Boniface de Castellane avaient servi plusieurs années sous ses ordres , et acquirent de la gloire dans les rangs des Teutoniques. Boucicaut voulut suivre un si noble exemple : il partit donc pour se rendre à Thorn. Kniprode n'existait déjà plus ; sou successeur , Conrard de Rolluer , l'accueillit d'autant mieux que sa position critique lui faisait encore plus ressentir le besoin do pareils anxiliniiiv^ : car Jaqcllon . mand (lue fie Lilluut-

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nie , profitant de la mort de Kniprode , venait de former une ligue avec la Pologne afin d'écraser Fordre Teutonique. La guerre fut acharnée ; Boucicaut y rendit des services signalés. La rigueur de la saison ayant interrompu les opérations , il reçut la mission d'aller dans son pays exciter le zèle d'auti'es chevaliers ; mais , en arrivant en France , le paladin ne put remplir les intentions du grand-^maitre. Le royaume , attaqué une troisième fois par l'Angleterre , réclamait ses services et ceux de tous les bannerets. Le duc de Bourbon le choisit pour son lieutenant dans la campagne'qt4î allait s'ouvrir en Poitou. Nous avons déjà dit que fcs résultats de cette expédition furent la prise de TaiHèbt)ui^ , de Verteiiil, et la destruction de la ligne anglaise. Boucicaut s'y fit remarquer autant par son habiletéque par sa bravoure, soit en remplissant des missions fort délicates auprès des villes soumises à l'Angleterre , soit en balayant le plat pays.

Au siège de Mauléon , Boucicaut monta le premier à l'assaut en portant lui-même une échelle énorme, pliant par le milieu comme les échelles de celte époque. n parvint tout seul jusqu^aux remparts , car les autres échelles étaient renversées par les poutres que lançaient les assiégés : il s'attacha aux créneaux , s'y adossa , aflrontant ainsi les javelots et les pierres ; les efforts réunis des Anglais ne purent lui faire abandonner le poste. Le spectacle d'un courage si éclatant transporta d'admiration les autres assaillants ; un élan subit les poussa vers les murailles , ils s'y logèrent , et la ville fat prise, en dépit d'une résistance qui rendit la victoire plus belle.

Après la prise de Verteuil , qui suivit de près celle de Mauléon , Charles VI rappela à Paris son oncle le duc de Bourbon, Ce prince quitta à regret le Poitou;

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ayant poussé les Anglais depuis La Rochelle jusqu'à Périgueux , il aurait voulu les acculer sous les murs de Bordeaux. Les ordres du roi e'taient pressants , il fallut partir. Louis de Glermont, forcé de se démettre de son commandement , jugea Boucicaut capable de le remplacer : cet hommage dut flatter le jeune guerrier , car il lui venait de la part d'un prince qui n'accordait que très-difficilement son estime.

Le caractère entreprenant de Le Meingre devait faire présumer qu'il profiterait de ce commandement temporaire pour augqotenter une renommée qu'il avait acquise en si peu de temps^ Le nouveau général s'unit plus étroitement avec r Em^ry de Rochechouart , le plus puissant feudataire du Poitou. Boucicaut , ayant fort peu de troupes à sa disposition , mit un soin extrême à ne point les compromettre dans des expéditions hasardeuses. Il commença par profiter |de la sécurité qu'inspirait aux Anglais le départ du commandant en chef. Norfolk et les siens , persuadés que les Français ne pouvaient garder l'ofTensive , sortirent de leurs châteaux et se répandirent dans le pays : Le Heingre réunit les deux divisions formant au plus i,5oo hommes , et arriva après une longue marche de nuit devant le fort Lagrange , dont la moitié de la garnison venait de sortir ; il enleva la place à la suite d'une attaque aussi brusque que vive. Son intention n'étant pas de s'affaiblir en gardant de telles conquêtes , il réunit les paysans des environs , et les fit travailler à la démolition de ce château, refuge des partisans anglais: Tardeur des ouvriers fut telle , qu'au bout de vingt - quatre heures Lagrange fut rasé en entier. Boucicaut alla reprendre ensuite ses chevaux , laissés dans la foret sous une forte garde. Depuis un siècle ^ les chevaux ne servaient aux gens de guerre qu'à les transporter d*nn lieu à Vautre ; on ne

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combattait monté que dans les rencontres fortuites ou dans I^s tournois. A Rosebec 6,000 hommes sur 60,000 restèrent à cheval ; leurs charges précipitées sur les deux ailes décidèrent di> sort de la journée , exemple fort rare pour cette époque.

Le Meingre , en quittant Lagrange , se dirigea d'abord sur Gorbie , place très-forte qu'on ne devait espérer de prendi^e que par surprise. Ce fut aussi à cet expédient que le général français eut recours ; il franchit à travers champs l'espace qui le séparait de cette ville , et fut assez heureux pour dérober son mouvement à Fennemi. 11 prit position dans un bois qui fermait la plaine, au milieu de laquelle les hautes tours de Corbie s'élevaient. D'après ses ordres , son frère Eustache prit la moitié de la division , déjà fort peu considérable , et alla insulter la place. A l'approche de cette faible colonne , qui arriva jusqu'à portée de trait , le gouverneur sortit à sa rencontre , suivi des deux tiers de ses forces ; le frère de Boucicaut battit en retraite du côté opposé au bois qui cachait le reste des Français , afin d'éloigner le plus possible les Anglais de cette direction. Dans le même instant le général sortit de son embuscade , arriva bride abattue sur le pont-levis de Gorbie et s'en rendit maître , ainsi que de la barrière , dont il extermina la garde. Il ne put néanmoins aller plus avant, car on leva un second pont-levis intérieur. En conséquence , il prit position devant les fossés , en faisant mettre pied à terre à la moitié de ses gens. Dès son apparition , la sentinelle anglaise placée sur les remparts avait donné du cor pour sonner Talarme et rappeler Bradshav^r , le gouverneur. En effet , celui-ci abandonna sur-le-champ la poursuite du premier détachement, et accourut en toute hâte vers Corbie : il trouva l'ennemi rangé en bataille devant l'entrée de la principale porte.

l4 JEAN Lt MLKN.r.K DL liML'dCAUT.

Les Anglais du dehors poussaient les Français vigoureu sèment, tandis que ceux du dedans les attaquaient également en queue : c'était une position fort critique. L'audace , le sang-froid , la valeu-r individuelle pouvaient seuls tirer les Français de ce mauvais pas ; jamais ils n'en firent paraître plus que dans cette circonstance. Boucicaut fut atteint de plusieurs blessures; la trace de son sang montrait à ses soldats le lieu où combattait leur chef. Deux fois on lui fit mordre la poussière , deux fois il se releva plus terrible et porta de plus rudes coups. Enfin les Anglais , dont le nombre diminuait à vue d'œil , perdirent totalement courage en voyant tomber Bradshaw leur commandant , tué d'un coup de lance par le sire de La Vieuville ; ils battirent en retraite , laissant toute la ligne couverte de leurs morts : ceux de Finlérieur furent obligés de mettre bas les armes. C'est ainsi que Boucicaut se rendit maître de cette forteresse , devant laquelle , six ans auparavant , le duc d'Anjou et le maréchal de Sancerre avaient échoué complètement (i).

Les Anglais, jugeant la saison fort avancée, crurent la campagne terminée et prirent des quartiers d'hiver. Le général français envoya dans leurs divers cantonnements des hérauts pour annoncer qu'il ne voulait point profiter d'une sécurité bien naturelle de leur part, et que son désir était de poursuivre sans interruption les hostilités. Les Anglais répondirent fort mal à un procédé si généreux. Boucicaut, les ayant harcelés une partie de l'hiver, se vit contraint de regagner Corbie, car ses blessures venaient de se rouvrir : il se trouva hors d'état de continuer la guerre. Sa convalescence durait encore

(i) Ce boulov.ird , dont parle avec détail l'aiitciir des Mémoires sur Koiiciraul , n'cKisle plus aiijourd'iiui.

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lorsque des personnes du pays lui apprirent qu un capitaine gascou nommé Labarde ^ gouverneur, pour les Anglais, du ch&teaude Choisi , ne cessait de mal parler de lui j et de dire que le hasard seul l'avait Jusqu'alors favorisé ; mais quil ne le croyait pas taillé pour être aussi brave quon le disait. Boucicaut , piqué , envoya sur-le-champ le défi d'un combat à outrance : on choisit le voisinage du château de Chaluzet pour vider la querelle. Les deux champions arrivèrent au lieu convenu , escortés chacun par une compagnie de loo hommes: les habitants des campagnes voisines vinrent en foule, afin d'assister à un spectacle bien nouveau pour eux. Dans la première course, leFrançais traversa la lice sans toucher son adversaire ; son cheval broncha sur le terrain , et lui-même reçut au milieu de la poitrine un violent coup qui pensa lui faire vider les arçons ; mais à la seconde passe il atteignit Labarde dans la visière, et lui enleva le bassinet : le choc fut si terrible que le capitaine en fut étourdi , et serait tombé de cheval si un de ses écuyers ne l'eût retenu ; le troisième coup de lance fut encore plus glorieux pour Le Meingre : la cuirasse de son adversaire fut percée d'outre en outre , et Labarde tomba sur la poussière , demi-mort. Ainsi se termina ce combat , que tous les ménestrels de la Guienne célébrèrent dans leurs chants. Quelques jours après, le vainqueur se rendit sur les frontières d'Espagne. Le duc (ie Bourbon venait de le nommer son lieutenant dans l'expédition qu'il allait entreprendre pour secourir Jean 1*', fils de Henri de Transtamare. On sait que Louis de Çlerraont arriva trop tard : le duc de Lancastre perdit les avantages que lui donnaient deux batailles gagnées; il signa un arrangement avec son compétiteur , et les Français repassèrent les monts.

Boucicaut , déçu dans son espoir , voyant la Francç

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paisible et respectée de ses voisins , voulut aller affronter les dangers dans d'autres pays. Il forma une confraternité d'armes avec Renaud de Roye , capitaine jeune et bouillant comme lui: tous deux convinrent de parcourir l'Europe en redresseurs de torts ; ils partirent accompagnés de 20 écuyers , s'embarquèrent au port d'Agde en Languedoc , abordèrent à Livourne et allèrent par terre à Venise. Ils y arrivèrent ( 1887 ) au moment où le doge , Antoine Yernieri , s'unissait au duc de Milan ^ Galéas Visconti , contre François Garan*a , tyran de Trévise. Yernieri voulut déterminer Boucicaut à lui prêter l'appui de son bras ; le paladin s'y refusa , en objectant qu'il ne se battait pas contre des princes chrétiens en paix avec la France. Afin de ne pas demeurer tranquille spectateur d'une lutte à laquelle il s'imposait l'obligation de ne prendre aucune part , Le Heingre se hâta de quitter la république. Il fréta une galère , et arriva devant Constantinople au moment oii la capitale de l'empire d'Orient se trouvait livrée aux plus affreux désordres , à l'instant même oii Andronic faisait jeter dans un cachot son père et son frère , après avoir ordonné de leur crever les yeux. Révoltés du spectacle qu'offrait la cour de Bysance , Boucicaut et Renaud de Roye envoyèrent demander un sauf- conduit au sultan Amurath qui habitait alors Pruse en Bithynie : ils désiraient observer de près ces hommes terribles qui menaçaien^^^à d'imposer le joug du croissant à une partie de TEurope.

Le sauf-conduit leur fut envoyé sur-le-champ. Les deux frères d'armes avaient vu à Constantinople un empire en décadence ; ils virent à Pruse une grandeur naissante , dont les progrès ne s'arrêtaient pas un seul instant. Amurath l^^ mérite d'être classé parmi les potentats les plus remarquables de son siècle : législateur

JI^AN LE UBINGRE: DB BOVCICAtT. 17

avtant que conquérant , il rangeait sons ses lois dans l'espace de quelques mois des provinces entières , et y établissait une administration dont ta régularité rappelait celle des Romains. Gomme sftous les grands hommes de l'Orient , Amurath offrait néanmoins ^assemblage des qualités les plus éminentes etdesdéfautâ les plus condamnables. Ses soldats , ainsi que leur chef, ne respiraient que le carnage ; le succès augmentait encore leur- férocité: on les voyait, après la victoire, élever sur le champ de bataille des pyramides avec les têtes des morts et des prisonniers. Vers l'Occident le christianisme tendait h adoucir lesmœursdes hommes; vèrsrOrient,au contraire,' Fislamisme semblait vouloir les rendre plus sauvages.' Amurath, qui méprisait la plupart des chrétiens , professait pour le caractère français une estime particulière ; les chevaliers de cette nation, parcourant sous ses yeux TAsie , la Palestine et même TAfrique , dans le seul but d'obtenir de la gloire , lui commandaient le respect. Les Turcs ne volaient aux combats que pour se gorger de pillage , que pour se baigner dans le sang de leurs ennemis ; les preux de France passaient les mers pour rompre une lance, pour affronter mille dangers , et souvent dans le seul espoir de plaire aux dames de leur:^ pensées. Cette différence de caractère n'échappait point à l'esprit observateur d*Amurath, qui savait apprécier chez les autres tout ce que la valeur généreuse avait de noble et de sublime.

Le sultan accueillit Boucicaut et son frère d'armes .avec la plus haute distinction ; les deux paladins lui demandèrent la permission d'accompagner son armée dans Texpédition qu'elle allait entreprendre : leur but était d'étudier la manière de combattre des peuples de l'Asie, et de, constater les diverses oppositions qui éxistâiententre leur taclique'etcelle des chrétiens. Les aritiées

TOH. IV. 'À

l8 Jl^A.N LF. MKr.NGP.E DE BO'JCIC AU T .

tun[utîs pouviiient î'tre roj^^ai dees iilors comme la meilleiu'c école de lart militaire.

Aladia , Soudan de Caramanie , avait pris les armes contre Amurath , son beau-père ; il comptait beaucoup sur la coopération des Tar tares. Le grand-visir Charaïdin, réputé le capitaine le plus expérimenté de l'Orient , venait de mourir; son fils Ali lui ayant succédé, prit sous Amurath le commandement de l'armée. Boucicaut et Renaud de Roye le suivirent au milieu des eng;agements les plus opiniâtres sans vouloir tirer l'épée , se faisant une loi de rester neutres dans celte querelle. La campagne fut glorieuse ; les Caramans se soumirent, et pour la première fois Amurath usa de modération.

Les deux Français assistèrent aux fêtes qui eurent lieu à Toccasion du mariage de Bajazet , second fils du sultan , avec Clionoï , princesse du sang impérial grec. Ces réjouissances furent troublées par la déclaration de guerre de Lazare , chef servien , prince chrétien , et l'un des plus formidables ennemis des Ottomans. Amurath invita Boucicaut à combattre dans les rangs de son armée; le chevalier français s'en excusa, en objectant que nulle considération ne pouvait le décider à porlei' les armes contre des chrétiens en paix avec son pays : ce noble refus, loin de déplaire au sultan , augmenta l'estime qu'il avait conçue pour lui, et , par une distinction toute particulière , il le fit escorter jusqu'en Syrie , confins de ses états (1387).

Le Meingre , accompagné de Renaud de Roye , arriva k Jérusalem : là il apprit que Philij^pe d'Artois, comte d'Ku , prince du sang, revenant de visiter les lieux saints , avait été arrêté par les ordres du Soudan et conduit à Damas. Boucicaut y accourut , et fit beaucoup de démarches pour briser les fers de Philippe d'Artois: voyant ses prières infructueuses , il voulut j^artager la

JEAN LE MFJN((;RB 0£ BOUCIGAUT. jg

captivité da prince, afin d'en, diminuer la rigueur. Il resta ainsi prisonnier volontairement pendant quatre miçns , au fond d'un cachot infect. Renaud de Roye était allé chercher en France la rançon du comte d'£u ; il Tap* porta , ^ le prince , libre de revenir dans sa patrie , fut si touché du procédé magnanime de Boucicaut y qu'il voulut devenir son frère d'armes et lui voua une amitié qui ne se démentit jamais ( i388 ).

A son retour en France , Boucicaut suivit le. roi dans son expédition de Gueldre ( i388 ) ; il maraha CDnatiun^ mept à Pavant-garde, dirigeant toutesles reconnaissance». Cette campagne tirait à sa fin , quand un jour Le Meingre s'aventura trop dans un pays coupé de bois » y fut sur^ pris , enveloppé et fait prisonnier : on le rendit à la liberté bientdt après. Ce malheur hii apprit à.quel point Charles VI le chérissait, car le mop arque ! fit de son élargissement la première condition de la paix qu'on implorait de sa générosité.

Ce fui à Tissue de l'expédition de Gueldre qu<^ Boucicaut tint le pas d'armes de Juquelvert : cet |événen»ent fut si remarqué au xiv^ siècle , qu'on nous saura gré sans doute d'entrer dans quelques détails à ce sujet»

La trêve avec l'Angleterre venait d'éire prolongée ^ 1389); les insulaires britanniques débarquaient en. foule pour jouir des douceurs de la vie , qu'ils savaient pour , voir trouver plus facilement au-delà du. détroit q^e dans leur pays. La plupart d'entre eux ne pouvaient cootenir leur dépit en parcourant ces contrées si souvent «arrosées de leur sang , où ils avaient acquis quelque gloire ^ :mai^ que Charles V avait soustraites à leur domination ; il3 se livraient au;K invectives k« plgs grossières contre ks Français y contestaient leur bravoure et rabaissaient leur renommée* De tels .p^^opos indispoçaient tout le monde ; néanmoins , grâce à cettq bienveillance 9 à

'20 JEA.N LK MtINGlŒ DK LOLCICAUT.

cette politesse qui de tout teni[)S ont distingué la nation , on usait d'indulgence sans songer à punir de pareilles injures. Roucicaut , rentré depuis peu de ses voyages , s'en trouva fort offensé , et forma le projet de venger d'une manière éclatante l'honneur de son pays. 11 résolut d'inviter les chevaliers de la chrétienté à venir se mesurer avec lui , en s'adjoiguant Saimpi et Renaud de Roye. 11 demanda au roi la licence de tenir la joute : cette permission devenait indispensable, car le cartel devait être proclamé au nom de la chevalerie. Le bouillant Charles VI fut transporté de joie lorsqu'on lui proposa ce pas d'armes. Les gens de son conseil ne partageaient point un tel enthousiasme , regardant comme très-imprudent d'attacher Thonneur de tout un peuple aux exploits passagers de trois hommes dont la défaite pourrait compromettre la gloire que Ton venait d'acquérir dans les guerres soutenues par Charles V.

Les prières des trois chevaliers furent si pressantes , que Charles V[ ne put résister davantage : le chancelier expédia la licence ; des hérauts aux armes du roi se rendirent dans les différentes cours de la chrétienté , et principalement en Angleterre; car c'étaieut surtout les gens de cette nation qu'on voulait provoquer , sans cependant rompre la trêve.

Le cartel portait qu'un pas d'armes serait tenu , du 20 mars au 20 avril ï3r)0 , par trois Français , Roucicaut , Saimpi et Renaud de Roye , qui fourniraient à tout venant six coups d'épée ou six coups de lance , soit en joute cVoutra^ice , soit en jotïte de tournois , ou en paix ou en guerre , d'après les termes usités. Ce défi retentit dans tout Albion : le comte de Uolland déclara qu'il serait le premier à se mesurer contre les trois tenants : il était frère utérin de

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Bicliard II ; nous, lavons vu condaQuné à mprt pour avoir tue le jeune StafTort dans une querelle pendant Texpédition de Northumberland. Le trépas de sa mère lui valut sa grâce: cette princesse expira de doule.ur en voyant repoussées les prières qu'elle adressait au roi Richard en faveur de. son second fils. Ce valeureux chevalier réunit une foule de bannerets • tous trèshabiles jouteurs et bien décidés à ne rien négliger pour confondre l'orgueil des Français , dont chacun regardait le défi comme une bravade injurieuse.

On avait désigné, pour tenir le pas d'armes , une petite plaine fort unie qui aboutissait à l'abbaye de Juquelvert , entre Calais et Boulogne : le choix, de cç lieu indiquait assez clairement l'intention de provoquer la noblesse d'Angleterre, Charles VI voulut que les trois chevaliers tinssent un état fort brillant , que les pages de son hôtel vinssent les servir ; il ordonna que toutes les dépenses fiissent faites au compte du. trésor royal. Des bannerets , beaucoup de dames de Paris et des provinces voisines assistèrent aux joutes ; on les traita aux frais du roi.

La lice était disposée en carré long ; le côté du nord regardait les tentes des paladins : ces tentes se composaient de trois pavillons de forme très*élégante , et décorés avec magnificçnce. Entre la lice et ces pavillons on distinguait. un orme très-toufiu , aux branches duquel pendaient trois doubles boucliers aux armes des tenants, et ornés de devises ; celle de Boucicaut se composait de ces mots : Ce que vous voudrez ; depuis lors il les conserva dans son écusson. Les instructions du cartel disaient qu'on frapperait de la lance le bouclier de guerre ou de paix , suivant le genre de combat que le provocateur voudrait soutenir. A l'une des branches de l'orme pendait, un olipiiant en argent (nn cor),

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dont chaque poarsaivanl devait doûDet* pour annoncer son arrivée et l'intention de combattre ; on venait au pied de l'arbre six lanCes , trois à fer émoola , trois à fer ^moussé. Les deux côtés de la liôe avaient été disposés , i^un pour placer les dames , et l'autre les fuges du camp choisis parmi les chevaliers allemands , italiens , espagnols , bretons et anglais : ces juges devaient au préalable faire profession de foi catholique , et prou* ver que leur croyance n'était pas entachée d'bér&ie. (Dévoila de là chevalerie , La Ccdombière.)

Durant un mois et demi chacun put souscrire sur la liste des poursuiranb; les clercs de la maison du roi tenaient les registres : il fallait annoncer d'avance si l'on voulait joôter on en paix ou en guerre; tous les arrivants , sans exception d'un seul , se prononcèrent pour le dernier mode. Les trois tenants , loin d'en paraître intimidés , s'en montrèrent plus jojeux. Hais les gens sages ne partageaieht point leur sécurité ; on les blâmait fort d'avoir piqué d'une manière aussi vive l'amour-propre des chevaliers de toute la chrétienté.

Le 19 mars , veille des armes , Boucicaut , Saimpi , Renaud de Roye jeûnèi-ent , assistèrent aux offices dans la chapelle de l'abbaye , et y reçurent l'hostie sainte i le premier n'avait que vingt-cinq ans , le second vingthuit , et le troisième trente-trois. Le lendemain matin ils s'armèi^nt de pied en cap , se renfarmèrent chacun dans un pavillon : ils y demeurèrent en prières jusqu'à l'ouverture du camp. Un nombre considérable de trompettes et d^autres instruments de guerre jouaient des fanfares depuis le lever du soleil; les juges occupaient leurs places , les spectateurs couvraient la plaine et se pressaient autour de la lice. Parmi eux se trouvait Charles VI : ce pririce avait quitté Creil sans prévenir ni ses oncles ni aucun officier de sa maison , et s'était

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rendu à Juquelvert , ^ccQOipagpé d'w.ï^ul €lta«bell^f^ le sire de Garencière : l'un et l'aalre se mêlèrent dè&s la C(>uk , ^n, conservant toujours la vtsière baissée. Le roi montrait un ^oùt particulier pour ces sortes de >dégiûsei)DeDt. . ->. .

Aa mobdent oix Vhorloge 4^ J^qO^eit Connaît la <lo«9iètDe heures du jour., ^qUe le:l^0mi âtnt»oDpak V4m9eluê , on vit a'avaa^r. datis la, plaine v y^tauA dn côté deCaHm ^ tous ks cbavfili^s anghÀsiioàcrirts comme poaciMiîv^ts; ils sp liUsaieiitf)récâ(iei;;d^iiae aopibiBuse inwiq^e goerrÂère.; lewa.niHteea jetaient le fdiis.wif jodati, et ieîirs cbevaax.bIancbimiie»t<.$oa$;^'écuine. i^fi oomie de HoUand marchait en a^ratit de <3eUe colbnne ; on le distinguait .,.moikté(Sui:luja «uperbe oounsisr.noir dotit la t^oukur bmaé était '.nobnu^sée far^de Jarres j^atides d'ai^gentpoli» Depuâs^oiilqfriaQie ansilesban&eareÊs avaient albiifKkfiné 4a «coivltti^e idt* couvl*ûr. Isa chmaux d'une ample^robe armoriée;» onise JiomaitiaiQraà lès barderL Un oasiqpie » ombragé de. iiûhes. peoaiQhes «galtœeut soirs , parait la tête d»'frèi^ ât Htcband II. £nuaf>pno^ dbant de la lÀoe , le primée^ atigblist se détacha tde ses compagnons 9 qui allèrent se raiiiger>mi>aladlle sur 1^ côté opposé aux j^vâloftS;* Hîillatid >QMil ut à Tosme ^ prit r<diphaiit , en siDOna •« moull bâuleniedt, «* dit Froissard I et puis alla $e ireplao^ à laAete des siens :11 envoya aussitôt' son jécuyei* frapper de' la lance Técu do guerre de Boucicaiit, Le paladin sortit à rinstant oa^mede sa tente, la targe au cou et bouclée par dierrâère : fill était droit ciHBiBe un jonc , » dit la Chronique ; l'armure de Rolland peut seule rivaliser de jEuagniGôëcice avec 4a sienne* Les barrières s'ouvrent par les c& tés opposée 4 les deux champions y enu^ent à la fois,; Les fanfares redoublent; les hérauts commencent à pousser par intervalle les cris accoutumés : Sonneur avic fih dex preux ! la mort aux

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