JEAN LE MtINGUK Dt ÊOl CICAl'T
chevaux ! souviens-toi de qui tu es ftU , et ne forliijne pas.
Après s'être considérés quelque temps , les deux rivaux lèvent la lance, les écuyers laissent tomber le cordon de soie qui partage la lice , le grand juge du camp crie ; Laissez aller, lîoucicaut et le comte de HoUand se précipitent l'un sur l'autre ; le premier perce la targe de son adversaire , et lui passe le fer de sa lance sous le bras sans le blesser. Les poursuivants, ayant repris du cliamp , se choquent une seconde fois , et demeurent fermes sur les étriers ; mais leurs chevaux se heurtent si violemment , qu'à la reprise suivante ils refusent d'avancer. Le comte de Holland changea de coursier , et Boucicaut ne continua pas la joute contre le prince anglais ; la Chronique n'en dit pas le motif. Holland envoya son écuyer frapper le bouclier de Saimpi : ce dernier arriva au galop , et du premier coup enleva le heaume de son adversaire. Les deux jouteurs se portaient des coups si terribles , que le feu jaillissait de leur armure. Saimpi fut à son tour déheaumé : Holland se retira. Le reste de la journée fut rempli d'un côté par le comte Maréchal , Clifton , Courtenay , Jean Galaffre , Jean Roussel , Thomas de Schwbrunne , et de l'autre par les trois Français. La lutte fut regardée comme à peu près égale ; on pencha même pour les Anglais. Le lendemain , les tenants reprirent leur revanche : ils combattirent brillamment contre le sire de Mussidan , navarrois au service de Richard H , et contre Clifton, Sattora , Héron, Stadon , Lciccstcr, Blaquet, Guerry , Clinet, et Talbot , gouverneur de Guines , père du héros de ce nom. On se battit à l'épéc , ce qui augmentait le danger. Boucicaut et ses frères d'armes achetèrent la victoire par des blessures assez graves. Le trdi^ièmr joui' fut pour eux un m'i rlnblo Irionipht^ :
nsAN LE xeiugre de BOrciCAUT. a5
Jean Sevestre , Staplcton , Guillaume de Hacqueri ^ lean de Robasque , Nicolas Longwex , Jean d'Auberticomt , Jean Bellot , Hermanez , castillan v et Richard de Verd , flamand , furent obligés de quitter la lice , percés de plusieurs coups , sans avoir seulement déheaumé aucun des trois paladins. Six autres assaillants se présentèrent pour les venger ; ils frappèrent tous sur Péeu de guerre de Renaud de Roye : e^étaient Henri de Dura» y Mourlent, Lucteberry*^ Robin de Stéry, Jean Hull, et Edouard Hunigton. > Renaud de Roye les jetai :tou& sur la poussière; il fut proclamé vainqueur par acclamation. La journée suivante ne fiit pas aussi heureuse ; le comte de HoUand , rentrant en lice accompagné de Maréchal , Roslay , André Hague , Hugues Lutterel , mena si rudement Boucicaùt et Renaud de Roye , que ces deux guerriers furent obligés de rester dans leur tente une semaine entière* Pendant leur absence , Saimpi tint le camp tout seul , excepté le dimanche et le vendredi , suivant la convention d'usage. Il se comporta si vaillamment, que pas un de ses» adversaires ue put lui résister ; tous se laissèrent battre de la manière la plus complète. Saimpi fut reconduit à son pavillon par les juges du tournois , et couvert dés applaudissements de la multitude.
Boucicaùt , quoique très-affaibli , eut enfin la gloire de vaincre le comte d^ HoUand , et cinq autres bannerets parmi lesquels on distinguait le neveu du fameux Chandos. Le quinzième jour, Renaud de Roye cassa quatre épées contre huit jouteurs qu'il désarçonna. Les trois Français paraissaient reprendre de nouvelles forces en combattant ; le vingt - deuxième jour, Robert Felleton , Jean Cusat , Richard de Salvin, et Robert de Rochcforde , doués tous qnatre d'nne
vigueur peu commune, s unirent pour tenir la lice: ils furent vaincus et désarconne's. Rocheforde se montra fort piqué de sa de'faite; ayant fourni contre Boucicaut les six coups d'e'pée convenus , il se re'cria en disant n'en avoir donné que quatre. Boucicaut rouvrit aussitôt le champ; la colère l'animait , le dépit poussait son adversaire, la lutte prit un caractère d'acharnement que l'on n'avait pas encore vu : les deux champions fondirent l'un sur l'autre ; Le Meingre perça du premier coup la targe de son ennemi, lui traversa . le flanc , et le jeta à terre : cet exploit termina le pas d'armes. Le lendemain 2 avril, le comte de Holland, accompagné de Maréchal, de Beaumont et de Cliffort, vint complimenter les trois tenants : (^ Tous chevaliers et écuyers qui vouloient jouter, leur dit-il, ont fait armes et se prennent congé de vous , car nous retournons à Calais et de là en Angleterre; nous vous certifions que tous chevaliers et écuyers que nous verrons, qui à nous de ces armes parleront, nous leur prierons qu'ils vous viennent voir. — Grand merci, répondirent les François, ils seront accueillis de bonne volonté; nous vous remercions grandement de vostre courtoisie que vous nous avez faite, w (Froissard.)
Boucicaut, Saimpi et Renaud de Roye tinrent encore le pas d'armes pendant huit jours pour compléter le mois annoncé dans le cartel, mais personne ne se présenta. Durant toute V emprise^ les officiers de l'hôtel du roi traitèrent les étrangers avec une magnificence et surtout une politesse dont les écrivains contemporains font un brillant éloge.
Charles Vï s'était retiré le huitième jour, craignant qu'on ne remarquât trop son absence. Les trois chevaliers étant venus le remercier a Pai is , il mit le plus
JEAN LE MEINGRE DE BOUCICAUT. l'j
rand apparat dans leur réception, «et ce fut avec raison, car vaillamment ils s'étoient portés et avoient gardé llionneur du roi et du royaume,» dit Froissard , qui ne se montre pas ordinairement empressé à louer les Français.
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