‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 22 sur 42 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Boucicaut se rend une seconde fois dans le nord auprès des chevaliers Teutoniques. — A son retour le roi le nomme marëchal. — Le Meingre accompagne le comte de Neyers en Hongrie. — Il est fait prisonnier à la bataille de Nicopolis.

Le duc de Bourbon allait s'embarquer pour l'Afrique; il portait à Boucicaut l'intérêt d'un père : cependant on ne voit pas le jeune banneret au nombre des feudataires qui firent partie de cette expédition ; Charles YI lui refusa la permission d'accompagner le prince français : ce qui est d'autant plus difficile à expliquer, qu'il le laissa aller quelques mois après à Kœnisberg , où d'autres preux accouraient de toutes parts au secours de l'ordre Teutonique attaqué par une ligue formidable (iSgo).

Jagellon , prince de Lithuanie , avait embrassé le christianisme pour épouser Edwige, reine de Pologne: malgré la conformité de croyance, le nouveau converti n'en resta pas moins l'ennemi le plus acharné des chevaliers Teutoniques; il fit alliance avec Wassili II, fils

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de Dmetri IV Donski , tzar de Russie. Jagellon voulut entraîner dans cette confédération la fameuse Marguerite de Waldemar, reine de Suède, de Norwége et de Danemark; mais cette princesse persista dans sa neutralité. Jagellon , qui avait pris le nom d'Uladislas , mit sur pied une armée de 160,000 hommes composée de Polonais» de Lithuaniens, de Russes et de Tatares. Les chevaliers de l'ordre firent un appel à toute l'Allemagne, qui les regardait comme son bouclier. La nation germanique y répondit: ^Autriche, la Bohême, la Saxe, la Bavière et la Silésie leur envoyèrent des ti*oupes ; des guerriers français , anglais , espagnols, allèrent oiTrir au grand- maître de marcher sous ses bannières. Conrad de Zolem attendait d^éminents services de ces étrangers; il les accueillit avec empressement, et se plut à combler de caresses Boucicaut , que les Teutoniques avaient déjà vu combattre dans leurs rangs. 100,000 soldats, bien supérieurs à ceux dé Jagellon , furent réunis au bout de trois mois sous les enseignes de l'ordre; ainsi, près de 3oo,ooo combattants allaient se trouver en présence : le nord n'avait pas vu depuis long -temps une réunion d'hommes armés aussi considérable. Conrad de Zolern mourut au milieu de ces préparatifs ; on lui donna pour successeur Conrad de Wallenrod, dont le caractère n'offrait pas l'énergie désirable dans des circonstances aussi difficiles. Tandis qu'on achevait les dispositions préliminaires de la campagne , le comte de Douglas , chef de clan écossais , accouru au secours des Teutoniques ^ fut lâchement assassiné par les . Anglais au milieu des rues de Kœnisbei^. Ce banneret avait secondé, six ans auparavant , l'amiral Jean de Vienne et Enguerand de Gouci dans leur invasion en Angleterre. Ce précédent suffisait pour que Boucicaut se liât avec lui. Les Ecossais de la

3o JKAN LE MEIiSGRE DE BOUCICAUT.

suite de Douglas n'osèrent pas élever la voix contre un attentat aussi épouvantable; le chevalier français, généreux autant que brave, ne songea qu'à venger son ami : il annonça hautement aux Anglais que , s'il se trouvait parmi eux quelqu'un qui voulût soutenir que ce meurtre n'était pas la trahison la plus insigne , lui se tenait prêt h le prouver les armes à la main. Les Anglais ne répondirent point à ce défi : «Si les Ecossais, dirent-ils, ont à se plaindre de nous , qu'ils jettent leur gage de bataille , nous le relèverons; nous sommes en paix avec la France, et nous ne voulons pas engager de querelle particulière dont le résultat pourrait occasionner la rupture de la trêve. » Les hostilités, qui commencèrent subitement entre les Teutoniques et les Polonais , vinrent faire diversion à ces débats.

Boucicaut , qui avait organisé un corps de 3oo cavaliers , demanda à diriger l'avant-garde. I/armée du grand-maître prit l'oflènsive ; elle se divisa en trois corps: le premier se porta sur Wilna , capitale des états héréditaires de Jagellon ; le second se dirigea sur Danebrog , appartenant k la Russie; et le troisième traversa la Courlande, pays neutre, pour aller se rendre maître du golfe de Riga. Boucicaut marchait en tête de cette dernière colonne avec ces 3oo cavaliers et 400 Bretons , Normands , Gascons ou Picards ; il perça jusqu'à Hapsal, aux confins de la Livonie et de Tlngrie : jamais les Français n'avaient visité ces lieux, même du temps de Charlemagne. La Chronique dit que leur commandant fît construire une forteresse sur la côte , afin de faciliter la descente dans une île voisine , qui pourrait bien être l'île d'Oëzcl ; les Busses lui livrèrent des combats sanglants pour l'empêcher de fortifier cette position, mais ils ne purent le contraindre à renoncer à son projet. La rigueur de la saison vint terminer la campagne de iSgo.

9EÀIS LE MEINGRE DE BODClGAUT. 3l

Jagellon et les confédérés, effrayés des pertes qu^ils araient éprouvées , montrèrent des intentions pacifiques ; Marguerite de Waldemar se porta pour médiatrice , et l'on signa un traité de paix définitif.

La guerre une fois terminée, Boucicaut quitta le nord pour gagner Paris , oîi Charles VI l'appelait (iSgi) : les service^ rendus par lui aux chevaliers Teutoniqnes dans la demièfe expédition avaient aug-^ inenté sa renommée; on l'accueillit avec une grande distinction. Le duo de Bourbon venait d'arriver de sa croisade d'outre -m^^r s tous deux ils avaient rehaussé la gloire du nom français ^ l'un «ous }e$ glaces du nord, l'autre sur les plages brûlantes de TAfrique. Le Meîngre rejoignit Charles Yl à Tours, sa ville natale : le prince le reçut même dans ThôteV qu'avait long-4emps occupé son père, comme gouverneur de la province. ^ Le maré« chai votr« père est inhumé dans cette ville, lui dit le monarque en le voyant : on nous dit- que vous êtes né dans ce même appartement; je Fai choisi pour vous conférer la charge de maréchal.» Le lendemain, jour de Noël îSgi, le roi lui donna le bâton. Boucicaut prêta serment entre les mains du duc de Bourbon. Il n'existait alors que deux maréchaux de France; on devait nécessairement comm/encer par être second tna* réchal avant d'occuper le rang de premier i Bôubioaut ne fut révéla de cette dernière chaitge qu'en 141a. Louis de Saocerre l'exerçait en idgi; Le Meingre comptait vingtrsix ans au phis ; tout le monde néanmoins le trouva digne de succéder ait sirs de- Blaibviile t il faisait la gueiTe depuis la moitié de sa vie* Son élévation aplanit les difficultés qui s'opposaient depuis long-^temps à son union avec Antoinette de Turenne, pour laquelle il nourrissait une vive affection. Mûsieurs margraves de rAllemagne, et même un prince du sang de France,

3a JKAN Lt: Ml'.lNGKE Di: BOtXICAtT.

Charles d'Anjou, aspiraient à la main de la fille du comte de Beaufort ; Boiicicaut fut preTe'ré, et reçut pour dot de sa femme les comtés d'Alais et de Beaufort , ce qui le rendit un des plus riches bannerets du royaume : la félicite' que lui procurait cette union parut augmenter encore l'ardeur qu'il mettait à se montrer digne des faveurs dont le roi le comblait. Une mission fort délicate qu'il remplit à Bordeaux, vers la fin de iSgS, auprès du duc de Lancastre, lui fournit l'occasion de prouver que son habileté dans les négociations égalait sa bravoure dans les combats. Le conseil lui ordonna de se rendre, en compagnie du maréchal ae Sancerre et de Renaud de Roye, dans le comtat , afin d'aviser au moyen de mettre un terme au schisme qui divisait l'Eglise. Comme Boucicaut joua un rôle important dans ces négociations , nous croyons nécessaire de donner quelques développements à l'histoire de ces fatales divisions qui vinrent accroître les calamités du règne de Charles VI.

Grégoire XI ( Pierre Roger ) fut le dernier pape que l'Kglise gallicane donna à TEglise universelle; il quitta le siège d'Avignon , revint à Rome le 17 janvier 1877, et finit ainsi ce que les Italiens appellent la cajjtivité de Balt/lone. Grégoire XI mourut au Vatican le 27 mars 1378 : de violentes querelles s'élevèrent k l'occasion de l'élection de son successeur ; les seize cardinaux réunis portèrent leurs suffrages sur le Napolitain Pri-. gnagni, qui prit le nom d'Urbain VI : ils auraient bien voulu élire un Français, mais la populace de Rome , qui entourait le conclave, se montrait animée de fureur, et menaçait de massacrer les cardinaux si l'on ne choisissait pas un Italien. L'élection étant terminée, on garda les cardinaux à vue; ceux-ci , sous prétexte d'aller prendre l'air au bord de la mer, se rendirent à Fondi , première ville du royaume de Naples : là ils décla-

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