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étant pris , les murailles oQraient de ce côté un accès facile , attendu que le njiisseau , ne rasant pas le pied des remparts , laissait un espace assez large pour permettre les apprêts de Tescalade. Le général français se transporta dans une forêt voisine , y fit confectionner un nombre considérable d'échelles que Ton distribua aux soldats pendant la nuit : cette précaution fut en pure perte , l'assaut tenté au jour naissant ne réussit point. Les assiégés , ayant prévu cette attaque , avaient ramassé sur le haut des murs un monceau de pierres , de poutres, de pièces da fer; ils les firent pleuvoir sur les assaillants. Les échelles , construites à la hâte , ne pouvant soutenir un pareil choc , furent pour la plupart brisées , et les chrétiens tombèrent accablés sous le poids des pierres et des madriers. Une seule échelle resta debout , c'était celle de Gui de Chevernon , qui portait la bannière de Boucicaut : cet audacieux guerrier parvint jusqu'aux créneaux 9 et, malgré les eObrtsde l'ennemi , il voulait y planter l'étendard de son maître. Les Turcs, se réunissant contre lui , arrachèrent lepen* non de ses mains et s'en firent un trophée. Gui de Chevernon fut précipité au pied des remparts , et rendit le deiTiier soupir au bout de quelques heures. Sur les deux autres points , Sigismond et le connétable d'Eu avaient été repoussés dans l'attaque qu'ils avaient entreprise pour favoriser celle du maréchal. Le conseil réuni décida la levée du siège , mais Boucicaut s'y opposa hautement; Pidée de laisser sa bannière entre les mains des Turcs le désespérait. Sur sa proposition , on tenta encore deux assauts qui n'eurent pas plus de succès que le premier : ce double échec ne rebuta ni LeMeingrc, ni les chevaliers , ni les soldais ; on reprit les apprêts d'une nouvelle escalade avec un fracas inexprimable. Les Musulmans, qui avaient perdu l'élite de la garnison ,
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craignirent que la place ne fût enlevée de vive force ; ils se rendirent ,. en demandant la faculté d'emmener les bagages. Boucicaut y souscrivît; néanmoins » quelques jours après , Sigismond déclara que ces conditions ne seraient point exécutées. Les Turcs s'étaient montrés si cruels envers ses soldats ^ que les Hongrois jurèrent sur TËvangile de ne laisser échapper aucune occasion d'user de représailles* Au mépris des efforts et des supplications des f'rançais qui cherchaient à défendre la garnison de Croja , elle fut entièrement passée au fil de l'épée ;. une centaine de Turcs, furent sauvés par des chevaliers bretons et normands^ :
Les diHicultés qui s'oflrs^ient à chaque pas p la vigoureuse défense des Ottomans , auraient dû rendre Jes chrétiens plus circonspects dafis leurs o^ér^ion^,. I^ous avons déjà dit ( Vie d'Enguerand) .qu'on .voyait à. la tête des Français une foule déjeunes baronj$ ^ans exp^érience et sans dlsc^)line. L'amiial Jean de yienhe et le sire de Couci tachaient demodérqr cette impétuosité; Bpuçioaut ne. put les seconder ; l'attachement qu'il, portail ^à Jean de Nevers ne lui permit pas ^e différer d'opinion avec ce prince : d'ailleurs | le 61^ du duc de Bourgogne] était d'un caractère .tel , que. les observations les plus sages ne pouvaient le toucher en rieu.
Au moment de l'apparition de Bajazet , les chefs de l'armée confédérée mirent en délibération si Ton marcherait sur-le-champ à Tenneml sans avoii^ égai d ^ux avis de Sigismond , ou si l'on n'agirait qu'en seconde ligne derrière les H<>ngrois. Boucicaut soutipt l'opinion du connétable d'Elu , qui voulait fondre sur les Turcs tête baissée : cette déférence inconsidérée prenait encore sa source dans l'intimité qui unissait Philippe d'Artois au maréclial , depuis que celui-ci avait partagé volontairement la captivité du prince français à Damas.
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Nous ne chercherons pas à excuser Boucicaut , car notre but est de peindre les hommes et non de les juger.
Nous avons déjà fait le récit de la bataille de Nico— polis (i) : après avoir détruit les 8,000 tirailleurs à cheval dont Bajazet avait couvert le front de son corps de bataille , les Français se trouvèrent en face d'une double ligne d'infanterie, la meilleure troupe de l'Asie. Ces Turcs armés d'arcs , dont ils se servaient avec une rare supériorité , firent tous à la fois leurs décharges : « si druement , que oncques grésil (grêle) ne goûte de pluie ne churent plus espoissement du ciel ; là eschoient les flèches , qui en peu d'heures occirent hommes , chevaux à grande foison. » (Chronique sur Boucicaut, p. io3. )
Les armes à feu de nos jours n'auraient pas été d'un éfiet plus terrible. Le sire de Couci voulait que l'on exécutât un mouvement rétrograde , afin de se mettre , pendant quelques instants seulement , hors de portée du trait , soutenant que la véritable manière de vaincre cette redoutable infanterie , c'était de lui faire épuiser ses flèches (2), et de l'aborder ensuite à la lance ou à l'épée ; mais Boucicaut , écoutant moins la prudence que son bouillant courage , fit repousser cet avis : ce Beaux seigneurs , s'écria-t-il , que faisons-nous ici? nous Taironsnous en cette manière larder et occire lâchement ? eh ! sans plus faire , assemblons vistement à eux et les requérons hardiement , et nous escherons ainsi les traits de leurs arcs. » A peine eut-il prononcé ces mots , que l'on s'élança vers la ligne ennemie. Les chevaliers , quoique armés pesamment , préféraient combattre à pied ; la majeure paiiie abandonna les chevaux , en les faisant
(i) Voyez les délaik de ccUe bataille claus la Vie de Couci. (a) Chaque Êintassin lurc portait quarante flèches dans sou carquois. (Institua dcTaracrIan, Londres, 1765, p. 76 )
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passer en arrière. Boucicaut resta sur son destrier, ainsi que le sîre de Couci , Philippe d'Artois , Jean de Nevers et quelques autres ; il s'enfonça dans les plus épais bataillons, et en fit une boucherie horrible : il se trouva bientôt séparé de ses compagnons d'armes , n'ayant à ses côtés que le comte de La Marche , « qui le plus jeiisne estoit , ne encore barbe n'avbit. » Ces deux preux passèrent sur des monceaux de cadavres pour opérer leur jonction avec Enguerand et le comte de Nevers, et battirent ensuite en retraite vers le camp. 11 fallut enfin céder au nombre : 3oo guerriers, seul reste de cette belle armée , furent enfermés au milieu de 5o,ooo Turcs, qui les prirent exténués de fatigue. A l'exception de cinq-, tous furent dévoués à la mort. Boucicaut , nu comme les autres, passait lentement devant Bajazet pour aller recevoir, le trépas ; sa vue fit tressaillir le comte .de Mervers : les pleurs de ce prince touchèrent l'âme du ter^ rible vainqueur , qui laissa la vie au maréchal. Lq sultan aurait bien pu reconnaître Boucicaut, car dix ans auparavant il s'était trouvé aux fêtes données à Pruse par Amurath à l'occasion du mariage de son fils, qui était ce même Bajazet. On a tout lieu de croire que le sultan le reconnut plus tard , puisqu'il se relâcha en sa faveur de la sévérité dont on usait envers les autres prisonniers : il lui permit de passer dans 111e de Metelin , dont le gouverneur vénitien , Jacques Gatilufio , avait fait la guerre en Prusse avec lui. La confraternité d'armes fut dans tous les temps un lien puissant : Gatilufio s'oOrlt pour caution du maréchal envers les marchands de Metelin , qui prêtèrent au général français 100,000 écus d'or, le prix de la rançon qu'exigeait Bajazet ; mais , au lieu d'employer cette somme à racheter sa liberté , le héros la fit servir à soulager la misère de ses compagnons d'infortune et vint reprendre ses fers : il sauva ainsi la
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vie à ces prisonniers ; car les Turcs les traitaient si impitoyablement , qae plusieurs moururent de faim faute d'avoir de quoi acheter des aliments. La diflërenoe de religion inspirait aux Musulmans une bainc implacable contre les chrétiens : quatre siècles nont pas aflfaibli ce ftnatisme dâirant.
Enfin , après huit mois d'attente , Châteanmorand arriva à Burse : il apportait des présents et les 300,000 écus d'or exiges pour la rançon des six {tisonniers ; mais à peine cette somme fut-elle comptée que le sire de Conci , Philippe d'Artois et le jeune comte de Bar moururent des suites de leurs blessures. Jean de Ne* vers, Boucicaut et quatre ou cinq antres findaCaires revinrent seuls en France ; leur aspect fit couler bien des larones : mie foule de mères , d'épouses , allèreiit au-<levant d'eux lorsqu'ils arriverait à Paris , s'infisrmant à grands cris des nouvelles des obyets de leur sollicitude ; elles ignoraient encore que les plaines de Nicopolis avaient tout dévoré , et que ces six chevaliers avaient seuls survécu à ce £ital désastre.
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