JEAN LE MKINGRE DE BOUCICAUT
ferez cesser, les courses et les brigandages de ceux qui s'avouent de vous pour traverser le repos de votre pays, que vous arrêterez les incendies, et que vous vous rendrez en votre devoir auprès de nous, où nous avons dessein de vous bien recevoir et de vous bien traiter par la continuation de nos bonnes grâces.» (Hoine de Saint-Denis, liv. xviu, p. SqS.)
Cette lettre ne toucha point l'orgueilleux feudataire: voyant l'Angleterre disposée à le soutenir, il continua ses enti^eprises , et fit annoncer aux habitants de Périgueux qu'on allait les punir de s'être adressés au roi. Le conseil de France résolut d'employer la force des armes pour dompter le rebelle : l'intercession de Jean de Talleyrand, prince de Challais , chambellan de Charles YI, demeura impuissante. Boucicaut reçut Tordre de se rendre sur-le-champ en Auvergne, d'y réunir les garnisons des provinces centrales, et de marcher contre le vassal félon. Le maréchal s'étant transporté à Clermont-Ferrand, y rassembla en peu de temps un corps de 8,000 hommes : il fut secondé dans cette levée par Guillaume Le Boutillier, sénéchal d'Auvergne. Avant de commencer les hostilités , Boucicaut envoya vers Archambaud le sire de Nangiac , afin de l'engager à se soumettre aux ordres du roi. Sans donner aucune réponse au généreux conciliateur, le comte de Périgord fondit sur un détachement avancé , le tailla en pièces , et blessa grièvement Robert de Milli , qui le commandait. Le maréchal, indigné, forma une seule colonne de son armée , et pénétra dans la partie la plus riche des domaines de son ennemi : celui-ci, n*osant pas tenir la campagne devant un capitaine aussi con* sommé, alla se renfermer avec ses deux sœurs, Eléonore et Marguerite, dans le château de Montagnac, forteresse réputée inexpugnable , à sept lieues de Péri-
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gueax. Le maréchal 1 j investi!, après avoir pris Sarlat, Boardeilles et d'Amberoches.
A peine les Français earent-ils établi les lignes, que des sorties consécutives leur firent éprouver des pertes notables : il fallut tont le sang-froid de Boocicaut et toute sa présence d'esprit pour résister à ces attaques. On tenta deux assauts qui ne forent pas heureux : les dispositions des fortifications rendaient l'escalade impossible. Le maréchal avait envoyé chercher des machines de guerre à La Rochelle : c'étaient des pierriers ; la Chronique de Saint-Denis parle de canons. Hontagnac, imprenable pour des hommes armés de traits , se vit obligé de capituler, parce que Boacicaut eut rhabileté de placer son artillerie sur des points dominant la ville ; nous disons l'habileté , car beau^ coup de généraux , ayant des machines de guerre à leur disposition , ne savaient point s'en servir. Cette artillerie fit pleuvoir sur la place une quantité considérable de pierres et de morceaux de fer. <c Si prend à lancer grosses pierres d'engins et de canons contre les murs , et si druement qu'un coop n'attendoit pas l'autre , dont ils abattoient la mnraille à grands quartiers. » Cependant les eSeis de cette artillerie devaient être bien bornés , car au bout d'un mois la ville tenait encore , quoique le jeu des machines ne discontinuât pas; enfin, on pratiqua dans le mur une brèche qui pouvait donner passage à six hommes de firout. Le maréchal arrêta ses soldats , qui s'y élançaient ; il voulait épargner h la ville les horreurs qui accompagnent une prise d'assaut. Il somma une seconde fois Archambaud de se rendre prisonnier : ce fimdataire , dont la valeur personnelle avait contribué h cette longue résistance, ne put résister aux cris des habitants ; il vint se mettre entre les mains du mai^chal , accompagné de toute