‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 27 sur 42 · JEAN LE MEIKGRE DE BOUCICAUT. ^'J · texte numérisé non relu

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sa famille : le vainqueur l'envoya à Paris sous bonne escorte , et resta en Périgord pour reprendre les places qu'Archambaad avait livrées aux Anglais (i). La vigueur qu'il avait déployée dans ses opérations étonna et retînt dans le devoir d'autres rebelles , qui se seraient déclarés ouvertement si Boucicaut eût échoué : la tranquillité fut rétablie poui* long-tempa dans les provîntes méridionales.

Le Meingre venait de défendre d'une manière glorieuse les droits de la couronne : on le regarda comme le seul général capable de commandei* l'armée qui allait marcher à la délivrance de l'empire grec.

Jean Cantacuzène , premier ministre de Manuel Paléologue , avait si bien agi auprès du conseil de France, qu'enfin il obtint les secours promis depuis longtemps à son souverain. Philippe - le - Hard i , duc de

(i) Les éditeurs des Mémoires sur Boucicaut, l'historien Pilham, et Moréri lui-même , confondent Archambaud V avec son grandpère et aTec son fils , ce qui occasionne une confusion inextricable. Nous croyons nécessaire de rétablir les faits. Archambaud IV ( et Bon V) fut père de Roger Bernard ; celui-oi laissa un fils , Archambaud V, révolté contre la France : ce dernier, conduit prisonnier à Paris, fut jugé par le parlement, qui le condamna à mort et prononça la confiscation de ses biens. Le roi fit grâce à ce feudataire, et le duc d'Orléans , qui convoilatt la souveraineté du Périgord , donna à Archambaud Y une somme assez forte pour qu'il se retirât eu Angleterre : il y mourut au commencement de iSgg. Mais l'arrêt de confiscation n'avait pas été exécuté. Charles YI, dans uu moment de lucidité , ordonna que le fils , Archambaud YI , fut réintégré : celui-ci ne fut pas plus sage que son père, se réyolta et s'unit aux Anglais. Ou prononça la confiscation pour la seconde fois, et le cbmié du Périgord fut donné au duc d'Orléans. Archambaud YI ▼oulul y rentrer après la bataille d'Azincourt, dans laquelle il combattait pour Henri Y; les Français l'enchâssèrent de nouveau, et depuis cette époque le Périgord fut perdu pour sa famille. (Chronique des comtes de Périgord , par D. Clément.)

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Bourgogne , qui gouvernait en maître , saisit ce prétexte pour éloigner cette noblesse bouillante , plii3 attachée au duc d'Orléans , son rival , qu'à lui-même. De son côté la chevalerie , dégoûtée des dissensions qui agitaient le pays , désirait quitter ce funeste théâtre. Les gens de guerre soldés , dont le seul emploi était de combattre pour le prince ou de se livrer au brigandage, ne pouvaient plus vivre dans une contrée réduite à la plus profonde misère par l'intempérie des isaisons : on ne fut donc pas en peinede former une armée de ia,ooo hommes. A cette époque l'Etat n'était obligé ni d'organiser, ni d'équiper, ni d'exercer les troupes. Le duc d'Orléans se jeta aux pieds du roi , pour demander le commandement de ces forces ; le duc de Bourgogne le lui fit refuser, craignant sans doute que ce prince ne fût plus heureux que son fils , et qu'il ne parvint à acquérir une gloire dont l'éclat mettrait la maison d*Orléans bien au-dessus de la sienne. Il fit tomber le choix sur Boucicaut , le guerrier le plus en réputation , et le seul dont on pût disposer : Couci , le connétable d'Eu, La Trémouille, BlainviUe, n'existaient plus ; Sancerre, appesanti par l'âge , n*aspirait qu'au repos ; les soins de la couronne réclamaient à Paris la présence de Louis de Clermont, chef du conseil. Le maréchal avait séjourné à Constantinople et à Pruse, auprès de Bajazet; il connaissait la politique de ce conquérant , la manière de combattre des Turcs ; les malheurs de Nicopolis l'avaient rendu plus calme, et le mettaient à même de montrer aux Grecs la ligne qu'il fallait tenir pour résistar aux Ottomans. Le Heingre désira que Jean Cantacuzène l'instruisît de la véritable situation de l'empire grec : quelques entretiens suffirent pour réclairei\

Les sultans , ayant conquis les provinces de l'empire

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g^ec 9 resserraient Gonstantinople au point de ne pas lui laisser deux lieues de territoire hors de son enceinte. On devait prévoir que la métropole ne tarderait pas de tomber elle-même au pouvoir du croissant : cependant cette ville renfermait dans son sein une population qui surpassait celle de toutes les capitales de la chrétienté , et pouvait fournir 3oo,ooo combattants. Venise, Gênes, Pise , l'alimentaient par mer : dans cette situation elle offrait un appât bien vif aux Ottomans. Les chefs des infidèles ne négligeaient rien depuis cinquante ans pour s'en assiu*er la possession : néanmoins des événements importants avaient, durant ce dernier siècle, retardé leurs agressions. Le Ciel paraissait se plaire à éloigner la ruine de la cité de Constantin. Et en effet Amurath , après avoir vaincu tous ses ennemis , donna la dernière bataille dont le gain , suivant lui , devait livrer Bysance à ses armes : il périt au milieu de son triomphe. Bajazet , plus terrible encore , se vit rappelé en Asie au moment oîi il allait fondre sur cette, ville à la tête de forces immenses. La réduction de la Syrie étant accomplie en entier, il revint à Pruse et y réunit de nouvelles armées destinées à la conquête de Constantinople. La ligue des princes chrétiens, provoquée par Sigismond , le contraignit à porter ses coups sur un autre point ; la victoire de Nicopolis lui coûta 3o,ooo hommes tués ou mis hors de combat par des blessures graves ; il lui restait cependant assez de monde pour tenter de profiter de l'effroi que causait aux Grecs un désastre si capital ; mais les soldats turcs, peu accoutumés au climat de l'Europe , demandèrent impérativement à revenir sous le ciel plus doux de TOrient. La puissance de Bajazet n'allait point jusqu'à pouvoir mépriser iinpunément de semblables manifestations ; il repassa donc le détroit de Gallipoli , non sans éprouver un vif

5o JEAN LB MEIlfGRË DE BOUCICACT.

réglait, ^K r^mU î^^qwelqm^ç wpéq? plus t^rd Vexécution do ^gn pFQJcit favox-i. J^l04X d'ea préps^rer le^ voi^ ^ Ici c^Qf^qviéF^nt mit eq ii^e tous les moyens que lui suggérait unç pQlUiqvci astucieuse ? lea fei^toriçns di^nt qu'il 9aTd( reM^tir tWVÀ tow, et $iùvmt 1^* çivconstano^ ., \^ poeiu du Uqp et la pea» du rciii$urd^

SfaQi^el Paléojkigu^» dixième fil^ de Je^n, 3'éuit eQip^ré d» kic. cQ^rQDi]^ au préjudice de $Qa neveu ; celui-ci ^ uQPui]^ égalemeipkt jçau 9 trouva uq protecteur dans Bajazeil > qui lui ofl^rit de le replacer $ur le tFon€i U3tayenusui| la cessiiou de Constaptinoplie 9 çn écl^^Uge de h Hore^* On est étpuu^ que Ba)a3et, d foiriuidAble , eut reçoui^ à tout autrç moyen qu& la force des anuea pom* devenir le maître de la capitale de l'em^ pire gre® ; cet étonnemeait cessera lorsqu'on saura que les Turcsi regardaient Tancieune Bysance comme une vUle s^ipte 9 Qt c^oyaiiçut qt^'uue puissance surnaturelle la protégeait cojç^tr^ les eutrepfises des armées. Ces scrupuljQS religieux s^'aiFaibUreat insensibleçiient , e( l^'exis^tai^nt dej^ plus Ipr^qu^ Ifaho^^t H succéda à sou père, lie jj^upe priiiQe acoueUli^ I:(es propositiiops du sultaa, qui ne fit aucune difficulté de l'^vqyer sui; le contù[\ent d'Ejarop^, esçqrté d'un corps de 20,000 hommes. L'app]?9içbe. de Jean Paléolpgu^ ^t éclater une. nouvelle révolution dans Couçjbantinople : te peuple volage de; cett^e Qité se partagea d'aûeçtiop ; Manuel ^ voyant sop parti ]^ plus faib}e , e4 ue voulant pas devenir, la cause d'une gijkerre civile:, abandonna Yoloutairement le. trône à son neveu » et se retira dans rOcci-^ dent) afin, d'éclairer les princes chrétiens sur les dangers qu'ils couraient tous en laissa n.t prendre à la puissance ottomane un si va$te accroissement. Lç nouvel emp^ rcur ue se crut pas lié par le traité conclu naguère avec Baja/et y et , loin de céder au sultan la ville de

4BAM LE HEIRGRB DE BOUCIGàCT. Si

GoDStantiûople , il prit an contradre les mesures les plas énergiques pour iheWe celte Ènétropole sur un pied respectable de défend. Les hofadtants savaient que Manad pressait les secours promis par la chr^ tienté; ils secondèrent Pîddologue, ne doutant pas qu'on Bfe Inarchât bientôt h leur délivrance : ils ne s'étaient point abusés. Le roi de France ordoànâr it Boucicaût de conduire sur-le-^champ daàs le midï lest troapes qui venaient de donquérir le Pé^igord , et d'aller attendre sur les dotes dur Languedoc les flottes de Ve^ nise et de Gènes , qui devaient prendre cette année et la transporter en Grèee^

Aignes-Mortes , où: Saint-Louis s'était embarqué lors de la f^emière croisade^ fut désigné poisr lé lieu du rendez-^ous. Bôucicaut arriva dans cette ville le i5 mai 9 et y trouva réunlis 8,000 hommes : un tiers dé bandes soldées ^ un tiers def troupes seigneuriales, et le reste dé nobles volontaires. On distillait patwi ces derniofs Arnaud de Barbazàn , Chftteattmorand ^ de Torsaî , de Milfi 5 d'Houdetot , de Talaru , de Graucey, de^ Lagn& , de' Gestas , de Cervillon , etc. Ces troupes montrent sur quatre vaisseaux et siic frégates génoises } on- devait trouver dans les ports de laf le^é-* publique d'autres bâtiments. L^escâdre vénitienne avait Tordre d^agir de concert avee Boueicaut , et dé l'attendre daàs TArchipeL La flotte leVa Tancre vers la fin de mai 1399, et alla prendre à Savone i,5oo arbalétriers ;> puis elle cingla vers le cap Bon , afin de doubler la Sicile et de gagnek- ensuite les eaux de Candie oà Fou espérait trouver les Vénitiens ; mais ïeà vents avaient dispersé leurs vaisseaux» Boueicaut, jugeant que le moindre retard pouvait devenir préjudiciable aux intérêts des Grecs , résolut de faire route sur-^le^champ pour Gonstantinople , quoiqu'il n'eût à sa- dis^o^ion que

5a JEAN LE MKIN6RB DB BOUCICAUT.

le tiers des forces maritimes destinées par les confédérës à occuper le canal des Dardanelles. 11 se dirigea donc vers ce passage si difficile à franchir, et détacha deux galères commandées par Ghàteaumorand et Torsai , en leur ordonnant d'éclairer sa marche , et de s'assurer si l'Archipel était libre. Le gros de la flotte devait les suivre d'assez près , pour les secourir si l'ennemi les attaquait. L'événement justifia cette prévoyance : les Turcs , avertis de l'approche des chrétiens, n'inquiétèrent point leur marche à travers TArchipel, ni dans le défilé de Metelin , ni même à la pointe de Ténédos; ils les attendirent à l'entrée du détroit des Dardanelles , et rangèrent des deux côtés seize gros vaisseaux pourvus d'équipages considérables. A peine les deux galères d'avant-garde se furent -elles engagées dans le canal , qu'elles se virent enveloppées. Ghàteaumorand et Torsai, loin delre étonnés de cette rencontre fortuite , laissèrent venir les Turcs à l'abordage, et les hachèrent sur leurs bords. Les Génois, efiirayés de la supériorité de l'ennemi , refusaient d'aller au secours de Ghàteaumorand , disant qu'il valait mieux perdre deux galères que d'exposer la flotte entière à une défaite qu'on ne pourrait réparer. Le maréchal repoussa cet avis ; il frémit à l'idée de laisser accabler ses compagnons d'armes presque sous ses yeux : il contraignit les Génois à poursuivre leur route jusqu'à Feutrée du détroit. Le vent étant favorable , la flotte des chrétiens cingla à pleines voiles sur celle des Turcs : la victoire ne resta pas long-temps indécise. Les Français s'élançaient sur les vaisseaux ennemis avec un courage et une adresse qu'on aurait à peine attendus de la part d'hommes accoutumés à combattre sur mer. Les Turcs prirent la fuite après deux heures d'engagement ; leur vaisseau amiral alla se briser contre

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une chaîne de rochers^, et coula à fond , entraînant dans Tabime le commandant en chef ainsi que tout son équipage : trois gros vaisseaux furent pris , le teste se sauva à la faveur de la nuit, et courut chercher un refuge sur les côtes de l'Asie -'Mineure. C'est par ce triomphe inespéré que le général français annonça aux Hellènes son approche.

Le maréchal Boucicaut alla relâcher à Tile de Ténédos , afin de radouber ses vaisseaux et mettre h terre ses blessés ; il y trouva la flotte vénitienne avec une nouvelle division génoise , et deux frégates de Tordre de Rhodes, Le Meingre prit le commandement de ces escadres réunies ^ et sans plus tarder il fit mettre à la voile , résolu de s'engager dans le canal ; ce trajet périlleux de quinze lieues s'effectua sans accident. La flotte des chrétiens, sortie de ce mauvais pas , traversa fièrement la Propontide et arriva au bout de trois jours en vue de Constantinople : à son aspect les habitants poussèrent des cris de bonheur; Bysance ne douta plus de son salut, les Français aiTivaient à son secours.

Boucicaut dut s'applaudir de s'êtt*e hâté de franchir le détroit , car depuis une semaine les Turcs assaillaient le faubourg de Péra , dont les Génois avaient fait l'entrepôt de leurs marchandises. A l'approche des chrétiens les Musulmans abandonnèrent l'attaque, et se jetant sur leurs vaisseaux , ils s'empressèrent de gagner la mer Noire sans se donner le temps de charger leui^ bagages.

Manuel , que le vœu des Grecs avait rappelé , partageait le trône avec son neveu ; il vint lui - même recevoir le maréchal à son débarquement , et ie combla de caresses. Boucicaut arriva au palais impérial au travers d une immense population ivre de joie ;

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les habitants , pressés sur son passage , le proclamaient le sauveur de l'Etat : le général français brûlait de mériter cp titre par des services encore plus réels. Gomme tous les hommes supérieurs , il connaissait le prix du temps ; en conséquence il annonça à l'empereur que son intention était de prendre sur^-le-champ TofFensivc , autant pour relever le courage des Grecs que pour ôter aux Turcs cette confiance extrême qu'ils mettaient en leur fortune , confiance que lui, regardait comm£ la véritable source de leurs succès. Manuel y souscrivit , et fit les dispositions nécessaires ; il voulut passer en revue les troupes amenées par Boucicaut: elle eut lieu sur l'hippodrome. L'armée se composait à peine de io,oop hommes , mais tous excellents soldats î on y comptait 6,000 Français et 4^oeo Génois ou Italiens, L'aspect de ces guerriers nourris dans les combats électrisa les Grecs ; des souvenirs de gloire vinrent ranimer l'ardeur de ce peuple , que de longs revers avaient flétri. La revue étant terminée, l'empereur conduisit Boucicaut devant le front de l'armée, et lui déclarant qu'on le nommait grand connétable de l'empire , le prince lui ceignit l'épée , marque distinctive de cette dignité exercée avec tant d'éclat par Bélisaire et Narsès.

Manuel fut un des princes les moins médiocres du Bas-Empire ; peut-être , s'il eût commandé à un autre peuple, son nom tiendrait dans l'histoire une place plus honorable. Ne voulant pas rester tranquille spectateur des exploits du maréchal , il lui demanda la permission de l'accompagner comme volontaire. Depuis la fin de la domination des princes latins , c'est-à-dire depuis plus d'un siècle , aucun empereur n'avait pris la cuirasse. Manuel organisa sur-le-champ un corps de 6,000 archers , ([ni fiuent mis sous \es ordres du maréchaU Les

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Génois et les Vénitiens , intéressés au salut d un empira dont ils se partegeàient le commerce , avaient réuni une flotte nombreuse : itela placèrent égàlemëfit sous lé comtnandetnetil de BoiloicaHl J* ce génial êki laissa utie partie pour garder le détroit dés Dat^n^e^^ balaya^ à Paîdê des aulres divisions , les <^oteâ de la Romélie jUs(}u'à Dercou , et détruisit tous les camps turcs établis le long de la plage. Au bout de deâi^ mois le terri^ toire dé ConstantiUople ^ resserré jusquVuk faubourgs 9 acquit un rayon de quiUzé lieueS ; ôe qui rànféUa l'abondance àu sein de cette dàpitalè ^ et permit du^t habitants de se procurer des approVtsioUUements t&n** sidérables.

Cette expédition termiuée , le maréchal couduisit une seconde fois la flotte dans là rade de GôUSlantinople; et après avoir donné à ses soldats quelques jours dé repos , il reprit la mer , décidé è pl*ofiter de la rupture qui venait d'éclatei' etitre tâàiérlati et Bajatet. Il aborda sur la côte opposée , se pro^ posaât d'opérer une diversiou puië^âhte , afin de fôroei^ les Turcs à quitter leurs possessions d'Europe pour défendre celles d'Asie. Le Méihgre débuta par aita*^ quer une petite ville située en face de BysatiCé : elle n*exi*te plus aujourd'hui , et son nom h> pôiift été conservé } la Chronique de Boucicâut , âitasi qtle l'His-» toire du Bas ---Empire, en désigne seulement la placé. Bâjaiet s'était plu à l'embellir: il y avëlt fait bÀtiiuft superbe palais pour ses femmes, tlùît hiîUfe l'urtls , 'fch'^ mant la garnison , furent taillés en pîfeeês* àû^ pi^îpft^^ dans la mer t les soldats y ramassèrent un Hfcîife-fiiitîiil Après ce su6<rès , qui ouvrit la t^ampàgné^d'iànc ttiàriifo'è brillante, le géhéral français alla teritér de prertdi^e Isnik-mid , l'ancienne Nicomédie , devenue par les soins du sultan une des plus fortes placés de»«e^ possessions? : les

5(> JEAN LB MEINGRE DE BOUCICACT.

portes étaient recouvertes de lames de fer qui les mettaient à répreuve des coups du bélier. Jamais on n'avait vu de murailles plus épaisses et plus élevées : on y avait employé pour les construire plus de 3o,ooo pionniers, durant deux années consécutives. L'ardeur dont les Grecs et les Français étaient animés vint échouer au pied de ces formidables remparts ; on essaya vainement de forcer les portes de fer : les échelles se trouvèrent de la moitié trop courtes pour monter à Tassaut. Les assiégés lancèrent sur les assaillants des quartiers de pierres , des statues antiques mutilées , et même des statues entières (i), chefs-d'œuvre des artistes du siècle de Périclès , et que les Turcs n'estimaient guère plus que des blocs de pierre ordinaires.

Boucicaut abandonna le siège , ne voulant pas se consumer en efforts superflus , ni décourager ses soldats par des revers : la conquête de Nicomédie n'était pour lui d'aucune importance ; il leva le camp et se dirigea sur une autre ville appelée Isnid, l'ancienne Nicée. Elle fut enlevée de vive force , sans que les 10,000 Turcs qui la défendaient eussent le temps de se reconnaître ; les Grecs secondèrent dignement leurs auxiliaires.

Dès que Koufli eût été détruit , le vainqueur se porta rapidement sur Chofta , occupée par 3, 000 Osmanlis. On ne doit pas être étonné de la force de ces garnisons : dans le système des Ottomans , une place de guerre n'avait pas d'autres habitants ; tout était soldat. Voyant que leur^ remparts ne les défendraient pas contre Pardei^* martiale des Français , les assiégés eurent recours à un stratagème : ils remplirent les fossés de bois vert imprégné de goudron , le haut des murailles en fut recou-

(i) Chrouiquc àetBootetcaift; .

JEAN LB HEINGRB DE BOU^ICAUT. b^

vert ; et lorsque les Musulmans vii^ent les chrétiens prêts à monter à Passant, ils mirent le feu aux matières combustibles : en peu d'instants la ville se trouva enveloppée d'une épaisse fumée , ce qui n'empêclia pas de livrer l'assaut. Barbazan , Lajaille et Toligni arrivèrent aux remparts au milieu des tourbillons de flammes , et sautèrent dans l'intérieur de la place , suivis d'une poignée de soldats. Boucicaut ayait fait construire une échelle ^colossale , au moyen de deux antennes de frégate. Les assaillants se précipitèrent sur cette échelle si rapidement , que le maréchal fut obligé d'en garder le pied pour écarter la foule. Les Turcs , épouvantés de l'audace des chrétiens 9 ne présentèrent plus de résistance dans l'intérieur ; la moitié de la garnison gagna le rivage de la mer , l'autre partie fut passée au fil de l'épée.

Boucicaut , désirant poursuivre le cours de ses avantages , détruisit une infinité de petits forts sur les côtes de la Natolie : néanmoins ses plus chères espérances ne se réalisèrent point. Il avait compté que cette diversion attirerait les Turcs en Asie et leur ferait abandonner l'Europe ; mais lui-même se vit obligé de quitter l'Asie pour voler au secours de l'Europe. Pendant son excursion en Natolie, la flotte turque, venant de la mer Noire, avait passé le détroit et attaquait Gonstantinople ; les habitants , persuadés qu'ils seraient bientôt secourus , leur opposèrent une vigoureuse résistance. Manuel et Boucicaut rembarquèrent donc leurs troupes avec une promptitude merveilleuse , et , favorisés par un bon vent , ils arrivèrent sur Péra au milieu de la nuit. Les chefs turcs , qui ne s'attendaient pas à une marche si rapide , avaient mis à terre la moitié de leurs hommes, qui se répandirent sur la grève et dans les villages voisins. Le maréchal attaqua la flotte dégarnie de soldats,

53 J£A^' LE HElNCnE DE DOLCICAl^T.

s'empara de la majeure partie des vaisseaux , et précipita dans la mer tout ce qui s'y trouvait : cet exploit inattendu annonça le retour du gâterai français aux habitants de Gonstantinople* Boucicaut ne s'arrêtait pas au milieu du âuccès ; le souvenir du désastre de Nicopolis et l'espoir de le venger enflammaient son eèle : il continua la campagne pendant deux mois Avec 1^ même bonheur. Les Turcs y depuis cent ens accoutumés à vaincre , se virent enfi» contraints de se tenir sur la défensive*

Les avantages immenses remportés par le maréchal en faisaient espérer d'autres } mais ces deux expéditions avaient coûté beaucoup de monde , car les Turcs sa-^ vaient fort bien disputer le terrain : l'armée se trouvait extrêmement réduitOi II devenait donc indispensable d'intéresser les princes chrétiens à la cause des Hellè^ nés, et d'en obtenir de nouveaux secours , à l'aide desquels on pûl reprendre l'offensive l'année suivante ^ et mettre enfin l'empire dans une situation asse2 prospère pour braver ses redoutables adveiMires (i). fiti consé^ (fuence , Boucicaut engagea Manuel à l'accompagner en France. Profitant de la saison dumnt laquelle les deux partis ne pouvaient guerroyer sur mer ^ l'empereur et son connétable quittèrent Bysauce ^ vinrent débarquer à Venise ^ traversèrent l'Italie septentrionale et prirent la route de Paris , où ils arrivèrent en décembre 1400. On fit an monarque grec une réception dont le faste con-^

(i) Nous ne pouvons citer ici des historiens greos natioiRiux , car i\ se trouve une lacune de trente ans dans la Cbroniquebysantine : c'est ce qui explique comment Le Beau et Gibbon , arrivés à cette période , sont obligés de puiser comme à une source première dans les Mémoires sur Boucicaut ; ils n'ont pu rencontrer d'autorité plus compétente.

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tiâstait avec le dénûment dans lequel se trouvait TElat. Deux mille artisans , vêtus de la couleur distinctive de leur métier , allèrent au-devant de l'illustre éiranger« Maquel oifrit de se déclarer, vassal de la couronne de France ; mais le conseil de Charles YI s'y oppoça 9 en disant que le roi se contentait du titre de protecteur de l'empire. L'empressement que Ton montrait pour Paléologue n'empêcha point d'accueillir Boucîcaut comme il le méritait : on devait en effet b^u* coup djs reconnaissance à ce guerrier ; car, tandis que la France éprouvait dans l'intérieur toutes les calamités qu'entraîne une administration désastreuse , Le Meingre soutenait au-dehors la majesté du trône et l'honneur de la nation. Ce guerrier , rentrant dans sa patrie , trouva des changements infinis , jusque dans les mœurs ; il ne put retenir son indignation en voyant les préceptes de la chevalerie méconnus : les femmes ne trouvaient plus de protecteurs. La bataille de Nicopolis avait fait beaucoup de veuves; quantité de châtelaines y avaient perdu leurs fils uniques : des chevaliers déloyaux profitaient de leur abandon pour les persécuter ; des chefs de bandes envahissaient leurs demeures , et y conunettaient mille outrages. Jaloux de réprimer de pareils excès , Boucicaut conçut l'idée de créer un ordre de chevalerie dont les membres s'engageraient à combattre les hommes assez barbares pour attaquer des femmes sans défense. La réputation qu'il venait d'acquérir dans l'Orient , et que la renommée avait encore augmentée , lui donnait Tautorité nécessaire pour effectuer un tel projet : un puissant baron , ne jouissant d'aucune célébrité , y aurait échoué. Boucicaut , autorisé par le roi , fonda Tordre militaire de la Darne blanche à Vécu vert : le nombre des chevaliers fut d'abord fixé à treize seulement.

6o Jean le meikgre de boccicaut.

L'iostitution de cet ordre militaire produisit des ettèîs salutaires ; en ne fixant qu'à treize le nombre des chevaliers de la DawM blanche à Féeu vert , le fondateur avait voulu piquer l'amour-propre des bannerets : il en porta le nombre jusqu'à soixante, lorsque les nobles de tout rang eurent manifesté un vif empressement d'y être admis. Dès ce moment cbacnn se mit à comrir les aventures , à poursuivre les malfaiteurs discourtois. Telles étaient les généreuses occupations de Boncicant, lorsqu'un nouvel incident vint le port^ sur un théâtre où son grand caractère devait jeter encore plus d'éclat.

JKAN m: MUI^GRK de KOUCICAi:!. 6l

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