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pecter les comptoirs véDitiens autant qu'il l'aurait désiré y plusieurs furent saccagés. Zeno , instruit de la prise de Beyrite , se plaignit vivement au maréchal du pillage des comptoirs vénitiens , et demanda sur-lechamp des réparations et des indemnités. Boucicaut jura sur son honneur que l'on avait envahi les propriétés vénitiennes contre son gré , car il faisait la guerre aux infidèles et non à la répu))lique : « Quant aux dommages éprouvés par les comptoirs , dit-il » je ne puis les payer sur-le-champ ; cette affaire doit être réglée administrativementpar des commissaires des deux nations, et dans un tout autre moment. )>
Le Meingre 9 satisfait d'avoir prouvé aux Barbaresques que l'on ne s'attirait pas impunément la colère de Gênes, remit à la voile pour revenir dans son gouvernement ; deux de ses vaisseaux étaient fort endommagés , il en avait perdu uni autre sur des bancs de rocher. Ses soldats demandaient quelque repos ; il se dirigea donc vers ritalie , passa à la hauteur de Rhodes , et alla relâcher à PortO'Longo de l'ile de Sapienza 9 sur les côtes de la Morée , près M odon. Zeno , qui le suivait de loin , manœuvra toute la soirée , fit force de voiles , et s'arrêta entre l'ile de Gaprara et celle de Sapienza; il envoya chercher à Modon deux fortes galéasses , des armes , et I ,f>oo hommes de renfort. L'ile de Sapienza favorisait ses projets en dérobant ses mouvements à Boucicaut , qui ne pouvait voir pendant la nuit ce qui se passait de l'autre côté de cette ile. Le lendemain matin , 8 octobre i4o3 , le maréchal leva l'ancre et quitta le mouillage de Zonchio ; mais en même temps Carlo Zeno sortit de Modon suivi de toute sa flotte 9 en prenant les dispositions nécessaires pour livrer combat et couper à ses adversaires le chemin de l'Italie.
Boucicaut fut très-étonné en voyant développer devant
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lui la flotte vénitienne. Au même instant la côte de la Horée , depuis Modon jusqu'à Moron , se couvrait de soldats prêts à repousser les Génois dans le cas oii ils voudraient chercher un refuge dans le golfe. Le Heingre se mit aussitôt en défense ; les cris de bataille 1 bar- 4aille ! poussés par les Vénitiens , ne lui laissèrent plus de doute sur la nature de leurs intentions : on voyait clairement qu'ils voulaient se venger de l'affaire de Beyrite; leurs forces étaient supérieures, leurs vaisseaux en meilleur état. Les historiens italiens s'accordent à dire que le combat commença par une vive canonnade , mais il parait qu'après cette première décharge les canons ne jouèrent plus : on ignorait l'art de les charger avec promptitude ; on fut deux siècles à y parvenir. Boucicaut, s'étant attaché à la galère que montait l'amiral , la fit attaquer par trois vaisseaux à la fois : l'un d'eux jeta sur le Vénitien quantité de poix brûlante et de soufre enflammé ; Zeno eut ses armes brisées et fut criblé de blessures. Son bâtiment étant le plus fort et portant beaucoup plus de monde que tous les autres , opposa une résistance opiniâtre : deux des trois vaisseaux génois, attaqués à leur tour, l'abandonnèrent; celui de Boucicaut ^ au contraire , continua l'abordage sur le côté gauche , et déjà les grappins avaient accroché le bord de l'amiral, 5o hommes s'y élançaient , lorsque celui - ci échappa à ce pressant danger par une manœuvre hardie dont les annales de Venise parlent en termes pompeux : elle serait inexécutaUe avec les gros navires de nos jours. Carlo fit rouler tout-à-coup sur le côté opposé les plus pesants fardeaux , et s'y jeta lui-même ainsi que tout son équipage : ce inouveknent violent rompit les grappins , fit pencher la galère et la sépara de celle de Boucicaut. Les 5o Français élancés sur son bord furent jetés à la mer, ou tués à coup de hache. Deux
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bâtiments accourus au secours de l'amiral achevèrent de relever son navire ; alors le combat se* rétablit , et dura pendant quatre heures avec un achaniement inexprimable. Boucicaut , écumant de colère , s'indignait que son ardeur fîit renfermée dans les bornes étroites d*un vaisseau ; attaqué simultanément par trois galères que montaient Moncénigo , Loredano et Zeno , il faisait face de tous cotés ; sa valeur personnelle suppléa au nombre , il sortit victorieux de cette lutte : les pertes éprouvées par les trois assaillants forcèrent les amiraux vénitiens à l'abandonner. Boucicaut, se voyant dégagé , courut au secours de son premier lieutenant Grimaldi, que deux felouques attaquaient en proue et par le ilanc : il livra un nouveau combat qui fut encore plus rude que le premier ; Jean de Loup fut tué d'un coup de hache à côté de lui; Louis de Gulànt, Guichard de Mage, Robert de Tholigni, Richard de Monteil, Odoart de Ghassaigne , le secondèrent dignement , mais les efforts de ces vaillants guerriers n'empêchèrent pas que la fortune ne se déclarât en faveur de leurs rivaux. Déjà deux vaisseaux étaient tombés en leur pouvoir : Boucicaut fit rallier la flotte. Les ennemis , fort maltraités , ne s'y opposèrent pas. Zeno réunit ses forces, et renonçant au dessein de couper le chemin au maréchal , il rentra dans Modon , amenant trois galères génoises et 400 prisonniers parmi lesquels on distinguait les deux Grimaldi , Gassan Doria , le sire de Châteaumorand et Jean de Ony'; il laissait entre les mains de ses adversaires une galéasse et aoo prisonniers. Dans son rapport au sénat, l'amiral déclare qu'il aurait sans aucun doute remporté une victoire complète , si lui et les siens n'avaient eu à combattre que des Génois. ( Ge rapport ce trouve consigné dans l'Histoire de Venise , par Laugier , tom. v , in-12, pag. 180.)
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Boucicaut, ayant rangé sa flotte en bataille , resta en vue de Modon sur les lieux mêmes où s'était livré le combat, comme pour attendre un nouvel engagement; il ne détermina son mouvement sur Zante que le lendemain : personne ne Finquiéta dans sa marche ; il ramenait sept bâtiments génois, et de plus une galère vénitienne prise à l'abordage.
Telle fut la bataille de Zonchio, célèbre dans Thistoire de cette époque, Carlo Zeno se dit vainqueur , et la république de Saint-Marc célébra son triomphe par des réjouissances : cependant la victoire était loin d'être complète, et Boucicaut avait lieu de se consoler de son> malheur. Le Moine de Saint-Denis et Juvénal des Ursins assurent que le maréchal fut entièrement défait , et qu'il eut beaucoup de peine à se sauver sur un esquif. On voit que ces deux historiens ne se piquaient point d'exactitude touchant les événements qui se passaient hors de leur patrie ; ceux de Venise racontent le fait tel que nous l'avons rapporté.
Rien ne donne mieux une idée de l'influence exercée alors par notre pays sur le reste de l'Europe , que l'empressement avec lequel Venise fit des excuses de la violation dont elle venait de se rendre coupable envers l'état de Gênes, depuis peu uni à la couronne des Valois. Lorsque le premier élan de joie fut passé, le sénat, voyant le danger dans lequel il s'était engagé , se hâta d'envoyer une magnifique ambassade à Paris pour faire au roi Charles VI des excuses d'avoir combattu des Français; le sénat adressa au monarque un rapport infidèle, dans lequel on représentait Boucicaut comme agresseur : enfin le doge, voulant donner un témoignage éclatant de ses intentions pacifiques, renvoya sans rançon Châteaumorand et les autres chevaliers de
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la même natioi) faits priâonnters par Carlo Zeno. Cette démarche eut un [dein succès.
Le premier soin deBoucicaut^ en rentrant à Gênes, fut de déclarer la guerre h la république de Saint- Marc : il déploya dans les préparatifs toute l'activité dont la nature l'avait doué ; il commença des armements considérables : mais quel fut son étonnement en apprenant dcr sire de La Vieuville , qui arrivait de Paris, que les Vénitiens avaient fait sur son compte, à la cour <ïe France , des rapports mensongers I 11 reçut en effet peu de temps après un ovàre signé du roi, qui lui enpignait de ne rien entreprendre contre Venise, et de s'en tenir aux traités existants. Cette décision suprême fut pour lui un coup de foudre. Le parti d'Orléans, alors en possession du pouvoir, se montra contraire à Boucicaut, une des créatures du duc de Bourgogne; d'ailleurs le conseil jugea imprudent de s'engager dans une guerre au moment oci mille embarras divers jetaient l'Etat dans la plus affreuse perplexité. Le maréchal, esclave de ses devoirs, respecta les volontés du roi; mais il se crut en droit de venger son honneur cruellement outragé. Le doge et Carlo Zeno l'avaient dépeint comme un provocateur fomentant la discorde, ils avaient même dénaturé les faits en rendant Compte de la bataille de Zonchio : en conséquence , le maréchal fit partir pour Venise le sire de Monteil , chargé de remettre au dôge Michel Sténo et à l'amiral Zeno un cartel portant le défi de se battre en champ clos dans le lieu de la chrétienté choisi par eux , à toutes armes, à pied ou à cheval, dix contre dix, cent contre cent; il leur laissait même le choix de combattre sur mer avec une ou plusieurs galères. ( Voir ce cartel dans le tome a« de FHist. de Gênes. )
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Le (loge et Tamiral, satisfaits de conserver la paix avec l'état de Gênes, rassurés sur les dispositions bienveillantes de la cour de France , comblèrent de présents le messager du maréchal, le renvoyèrent en disant qu'ils examineraient sa proposition, et cependant ils ne rompirent jamais le silence. ^'
La preuve que la bataille de Zonchio ne fut point une défaite , c*est qu'en témoignage de leur vive satisfaction , les Génois doublèrent la pension qu'ils lui payaient comme gouverneur; de 8,5oo écus elle fut portée à i8,6a5. Depuis les quatre années que la république se trouvait gouvernée par ce guerrier, sa prépondérance avait tellement augmenté , que les princes d'Italie s'empressèrent d'abandonner l'alliance de Venise pour celle de son ancienne rivale : le tyran de Padoue de* manda à vivre sous la protection de Gênes ; Agnès , comtesse de Pise, implora son assistance contre les Florentins; la Corse, révoltée depuis quinze ans, fut domptée et rentra dans le devoir. Le Heingre y plaça en qualité de commandant un homme aussi sévère que lui, Ambroise Marini. La vallée de Yoltri recelait des bandes de brigands; on apprit qu'un prêtre les favorisait dans leurs courses, et qu'il les cachait souvent au fond des souterrains pratiqués sous l'église du prieuré : le maréchal fit arrêter ce religieux, ordonna qu'on le liât dans un sac de cuir, et qu'on le jetât à la mer; les supplications de l'archevêque ne purent sauver le coupable.
Tandis que tout pliait devant la volonté du vice-roi , un proscrit, ce Luzai*do échappé miraculeusement au supplice en 1401, ourdissait des trames contre lui et devenait son plus redoutable adversaire. Cet homme avait l'audace que Ton trouve ordinairement chez les Italiens , lorsque la haine et la Vengeance les animent,
Vindicatif h l'excès, ardent à poursuivre ses projets , il voyait le but au(]ucl tendaient ses elForts , sans songer aux obstacles qui Ten séparaient: sa constance les surmonta tous, il devint le principal instrument de la ruine de i>oucicaut , et prépara la cliute de la domiiKttion française en Li^furie.
Caclié depuis deux années dans les terres du comte <l(î Varclii, Lnzardo ne cessait de lancer des émissaires sur les dinV'rents points, afin d'écliauflTer les esprits et (i'au^niiMUer le noinbie de ses ])artisans. Il sut gagnei- (M'Iando Frei;os(; et i^.assan Doria , et les attacha à sa fortunes en pi(|uaiit leur amour-propre. Il parvint à soulever les tiois vallées de Besagno, de Polcevera et d'Arocia; enfin, siî croyant assez fort pour lutter à découvert contre le niaréclial, Luzardo déclara la gueri-e eu son nom à la république, et réunit toutes ses bandes à Sassello , place extrraiement forte, appartenant au comte (\c Varclïi.
Jioucicaut ne voulut pf«s compromettre sa haute disnité de gouverneur en marchant lui-même contre J(^ rebelle ; il envoya à sa poursuite (),ooo hommes, sous le commandement de l>artoloméo Grimaldi. Celui-ci reçut de Le Meingre des instructions si sages, qu'en les suivant ponctuellement il obtint un plein succès. Luzardo, ayant tenté denlever la ville d'Arrezzano , fut repoussé par les habitants : apprenant, le jrndemain de cet échec , Tapproche de Grimaldi, il voulut battre eîi retraite sur Sassello , et se vit couper le chemin de tous côtés. Dans cetle position Grimaldi l\itta(|ua, mit en dt'route ses deux divisions, et le fit {)! isoiuiier ainsi qu'Orlando Fregose. Le bruit de cet avantage porta la joie dans Gcnes, car les patriciens craignaient de voir triomj)hcr Luzanio : ce n'était pas sans laison: (l<*jà la populace s'agil.nf comme à l'ap-
proche cl une crise : hi déiaite du proscrit conioiidit ces criininelles espérances. Au moment où chacun s'attendait à le voir arriver chaigé de chaînes, on apprit cjue ce chef de parti s'était échappe une seconde fois , grâce aux: secours de Téveque et de quelques habitants d'Arrezzano (1404). Luzardo se réfugia chez le marquis de Monlferrat. A cette nouvelle, Boucicaut courut se mettre à la tête des troupes, résolu d'étoufier la révolte à son début, pour qu'elle ne devînt pas générale. Il s'empara de vive force du château de Sassello, qui avait servi de point de réunion aux re])elles , prit le comte de Varchi , et en échange de sa liberté lui fit payer 41 ne rançou qui le ruina.
Après la conquête de Sassello, le maréchal se porta avec rapidité dans la vallée de Chiavari , et y dispersa le reste de la bande de Luzardo; il se rendit ensuite dans la vallée de Sturla, dont les habitants venaient de se lever en masse; mais il apprit que cette insurrection ne se rattachait point aux projets de Luzardo , et que l'impossibilité de payer les impôts en était le véritable motif: une ordonnance les exempta de la taille pour une année ciiticrc, et tout rentra dans l'ordre en peu de jours.
Houcicaut parcourut un vaste circuit ., en comj)riniant dans plusieurs lieux l'esprit de rébellion qui s'y était propagé; il er.tra mJune sur les terres de Gerrirdo Apj)iano, prince de Pionibino, ennemi déclaré de la iéj)ubli(|ue, et que le doge Adorne n'avait jamais pu dompter; il lui imposa des lois , en le condamnant à un.^ taxe annuelle de 10.000 florins dor. Le vice- roi conlraigiiit également Facino Cane à signer un iraiié par letjiK'î il pronivMfait de rcv'Jt)ecter Tautoiité de (lènes^ dépenJ^Muc de la conr<jrine de Fr.aice. Ce l'aciiio Cane r\<\it un ciii'f de caif'^îi.Mi f i es v< '!'>ut<' . co:iMnaU(!ar.t