ENGUERAUD DE COL'CI
rand poursuivit les Anglais avec beaucoup plus de chaleur qu'on ne l'avait fait Jusqu'alors ; il les atteignit dans le Vendômois , écrasa leur arrière-garde , les poussa vers la rivière de la Sarthe , et les contraignit à la passer en toute hâte. Profitant de ce désordre , il les attaqua jusqu'au milieu des flots, leur tua i,ooo hommes, fit i,5oo prisonniers et enleva tous les bagages : cette brillante action sç livrait le i6 septembre , le jour même où Charles V expirait. Le règne de ce prince avait commencé par une victoire, et finissait par un autre triomphe. Le lendemain du combat , Enguerand franchit lui-même la rivière sur trois ponts , et suivit les Anglais jusqu'à Sablé. Le comte de Buckingham , instruit de la mort de Charles V, prit la ferme résolution de ne point sortir du royaume , ayant la confiance de venger ses revers à la faveur des divisions qui allaient survenir dans le conseil du nouveau roi de France; mais Enguerand sut réduire au néant ces belles, espérances.. Ménageant habilement ses ressources, retranché une seconde fois sur la défensive, il mît le général anglais hors d'état de subsister plus longtemps dans le Maine , et le contraignit à se réfugier en Bretagne. Les combats partiels livrés par le sire de Couci avaient coûté au comte de Buckingham, depuis son débarquement , 9,000 hommes ; les maladies , le manque de vivres lui en avaient enlevé 5,ooo , de sorte qu'il ne ramenait que des débris : c'était la troisième armée anglaise qui , depuis huit ans , traversait le royaume sans avoir pu se rendre maîtresse d'une seule ville importante. Le sire de Couci venait de ti'aiter la dernière de ces armées comme Duguesclin avait mené celle de KenoUes. Dès que le comte de Buckingham eut vidé les terres de France, Enguerand licencia une partie des troupes mises sur pied pour défendre le territoire >
44 ENGL'fcRAND DE COICI.
et se lidta de gagner Paris : une des clauses du testament de Charles V le nommait membre du conseil de régence pendant la minorité du jeune roi.
Charles VI, possédé d'admiration pour les guerriei-s illustres , fît au vainqueur de Buckingham une réception magnifique , et voulut qu'il remplit à son sacre une des hautes fonctions de la couronne : en effet on vit, le jour même de la cérémonie , Enguerand , avec Clisson , Sancerre et La Trémouille , servir à cheval le roi dans la grande salle du festin. Le comte de Soissons s'arracha promptement aux. fêtes données à cette occasion , pour aller, comme négociateur, acquérir de nouveaux droits k la reconnaissance de son pays.
Le comte de Buckingham , ne ramenant que 7 à 8.000 hommes harassés , découragés , fut très - mal reçu en Bretagne. La mort de Charles V avait changé la politique de Jean IV : * La haine et la rancune que j'avais pour le royaume de France , dit Montfort en apprenant le trépas du roi , est bien affaiblie de moitié ; tel qui hait le père, aimera le fils; et tel a guerroyé l'un , qui aidera l'autre. » Le conseil de Charles YI , informé de ces dispositions , résolut d'envoyer sur-le-champ en Bretagne un homme assez habile pour les faire tourner entièrement au profit de la France. Le choix ne fut pas douteux : Enguerand partit en décembre i38o, muni de pleine pouvoirs , afin de terminer les contestations qui s'étaient élevées sous le règne précédent. Charles V n'avait jamais traité avec la Bretagne que par Tintermédiaire du tenible Clisson, dont la morgue blessait les deux Montfort au plus liaut degré; Enguerand mettait, au contiaire , dans ses manièies une grâce et en mhne temps une dignit»* qui lui gagnaient tous les cœurs. Ce qu Olivier ne put obtenir par ses menaces durant quinze années , Coucz
ENGCER.VND DE C0I7CI. 4$
Tobtint par ses discours au bout de quelques entretiens. Jean IV signa , le i5 janvier i38i , un traité d'après lequel il se séparait sans retour de l'alliance de l'Angleterre, et rendait hommage de vassal an nouveau roi de France . Tandis que le comte dé Soissons portait un si rude coup à la puissance des Plantagenet , il apprit que la discorde régnait au sein de Paris , et reçut bientôt après un message très-pressé de la part des principaux membres du conseil de régence, qui le suppliaient de venir se joindre à eux pour conjurer ce nouvel orage.
Louis d'Anjou , frère du dernier roi , avait été déclaré régent pendant la minorité de son neveu : ce prince n'usa de son pouvoir temporaire que pour lever des impôts ; non qu'il fût guidé par la soif de l'or, car un sentiment s^ussi vil ne trouvait point accès auprès des grands de cette époque* Louis d'Anjou , magnifique et même dissipateur dès sa jeunesse, changea du moment oii Jeanne la Boiiefue l'eut déclaré héritier du royaume de Naples. Le régent n'entassait des richesses qu'en vue de les faire servir à se ménager des partisans en Italie: tous les moyens pour obtenir de nouvelles sommes lui parurent légitimes ; il établit sur le commerce de Paris un impôt fort onéreux , dont le produit , selon lui , devait servir à acquitter la solde arriérée de l'armée. Les Parisiens, assez clairvoyants, refusèrent de payer ; les habitants de Rouen frappés par la même taxe allèrent plus loin , ils se révoltèrent avec fracas. Charles VI et son conseil se virent obligés de se rendre en Normandie, afin d'arrêter la sédition : à peine le jeune souverain se trouvait-il aux portes de Rouen qu'un message vint lui apprendre que Paris, profitant de son absence , s'était mis en pleine rébellion ; les troupes destinées à réprimer les agitateurs s'étaient unies à eux , ou avaient été repoussées. C'est au milieu de ces
46 EMGUKllAND DE COtCU
embarras que le sîré de Coucl réjoignit tè rôi ^ auquel il apportait It traité nouvëlTement (rônclu 'aveé lé 'duc de Bretagne. Le comEe^dé Qermont et lés'ménlbTes les plus influents' du conseil de régence le supplièrent? d^àUer essayer son éloquence auprès des Parisiens , comme il venait d'en user auprès de Montfort. Yoici en i[]uéli fermes Froissard raconte cet épisode , liv. ïi ', chsip. ï'xiiVv.
« A donc s'en vint le sire de Coucl ^ bon pas 'à Inain armée , mais tout simplement avec leis génis de sbnliôtel: il manda ceux qui de cette besogne s'ê linesloiènt et qui avoient le plus avant , et leur remontiia dbucetnént et sagement quils avoient mal erré de ce qu'ils avoient occis les officiers et les ministres du roi , rompu et brisé les prisons et délivré les prisonniers , et que se le roi vouloitils seroient gravement amendés. Ils' répondirent qu'ils ne vouloient ne guerre ne maltalënt aii rdi leut iâire; mais ils vouloient que ces impositions et subsides fussent nulles à Paris; et exemptés dé telles (ihoses , ils aideroient le roi d'une autre manière; la mena si avant la chose par beau langage le sire de Goucï ', qti'& se taillèrent à leur volonté à dix mille francs la semàihë pour aider à payer avec les autres villes du rôyàuibe les sou^ doyers et gens d'armes de France. Sur cetui estât se départit d'eux le sire de Couci, et retourna à Meàuix' : il montra ce traité. Le roi fut conseillé pour le miédx qu'il prehciroit l'offre de Parisiens. Se retourna à Pafîi^ lé sire de Conci et apporta , de par le roi , la paix âux'Paifsiéns.- L'esprit cle rébellion s'était propa^^ jusque dans la fidèle Picardie. Enguerand de Cpùcî ^ le principal feu* dataire de cette province , y viot.éù toute liâte , entra de force dans Pérbane, dont oii ydcijlâit lui ferméi^ ïèà portes, fit saisir lès plus 'mutins, et 6rdfonnàqVon^ instruisit leur procèsi Tout ser borna à la simple' formalité des in-
terrogàlaîreà.: ortine pi'onbnça la peine de mort qiie:canlre le seûl'HepBe^ain Qk>iitart, regarde comole rinaligateur de cesl tfjéubles ; cet bouuoe eondait aa sapplicp allait perdis Jà: vie ^ilorsipi'iine jeune fille, qui s'était mêlée parmi! lesspectatearsv eW«r j^4eeyS*4)SFrit d'épouser HenneK|aia, eè ^afùcterttiesdeSiCOiiliiiBefl de Picardie , l'arradia par qermôyenaatrépaS'Ci).' (•'.... ,
Deux mois Âpres la nehtlréé âft:Gharle»YLdaBS.la' capitale, le sire deCoùci^Teiif depuis* deUx ïui&>dè la fille d'Edouard III , cohtràctb une seconde alliance en épousant la nièce de Jean V^j duc de Lorraine* Enguerand n'eut pas le loisir de goûter loiig-temps^lea. charmes de sa nouvelle union ; la guerre vint Farraclier au repos , dont il ne jouissait que depuis trois mois. La révolte des Flamands provoqua une prise d'armes : la campagne de i3d2' eut lieu. Toutes les chroniques assurent que le sire de Gouci contribua d'une manière glorieuse au suc* ces de cette expédition:, en seccmdant merveilleusement le connétable. . i ::. ^ ;..,
. Nous avons dit que, la veille de la bataille deAosebec, Charles YI réunit en un festin le commandant en chef de r^rmé?- jajiKsi que les quatre ou cinq princtpatix de s^s Heatçnania ^r etque 1^ aoupeioyale càrcida Ireis fois,
(|k)y9ipi;)a tepcSur Aes |e^tf e< 4^gk*4ce'4Diiiiëç8 en fiiTear de cet Hennecium : ,' .;. . .,.., ^ .. I .•...,■. . .
«r Heoneqivn Dputar^ a été condamna par nos hommes-liges jugeant en' nott'é cônr'k^Pérôtinè, à être trayné et pendu, pour lequel jugement antérieur il a Jrë'ti^^bé eii'ùfae charrette par le pëndeur jus-qu'au gibet ;,liJki'fit)leHaPtau col ,'et alors viâf4ioe)leiJëamiett6 llourchon, josne fille née d^ là vUlp 4e *p9ifn9ÎKH)PMrit , en supi^iant et requérant audit prévôt que ledit DQiitart eUe peust, avoir en mariage
en cas qu'il nous plairoit ; pourquoi il futrameu^ esdites prisons
Par la teneur de ces lettres remettons , pardonnons et quittons le fait en cas dessus dict, »
48 KNGIJBRAMO DE COUGI*
suivant l'usage , en l'honneur de la très-sainte Trinité* Au moment de se séparer de ses généraux , le jeune monarque annonça à Olivier de Glisson que le lende-^ main , jour de l'action j il demeurerait auprès de sa personne comme un gardien fidèle ^ et que le sire de Gouci dirigerait les mouvements. On [sait que le ban-^ neret breton réclama d'une manière très-énergique contre cette décision , et qu'il sut la faire rapporter. Gomment doit-on interpréter cette résolution du conseil à l'égard de Glisson et de Gouci ? Le roi désirait-il donnar à Olivier un insigne témoignage de son estime, en lui confiant la garde de sa personne ? ou bien , craignant sa fougue impétueuse , voulait-il l'enchatner par des soins d'une nature toute particulière , et mettre le commandement général dans les mains de Gouci , dont le courage froid et réfléchi paraissait plus propre à diriger l'affaire ? Aucun historien n'explique les motifs qui engagèrent le roi à vouloir déférer temporairement au comte de Soissons la charge de connétable. Enfin , Qisson Texerça sans restriction , et personne ne mit en doute que les succès obtenus dans cette journée mémorable ne fussent dus autant à ses sages dispositions qu'à son audacieuse valeur. De son côté Gouci , en le secondant dignement , justifia la bonne opinion que chacun avait conçue de son courage et de son habileté. Placé à l'aile droite , il exécuta la charge ordonnée par le connétable ; mouvement qui , en accomplissant cette partie du plan de Glisson , plaça en un instant les Flamands dans la position la plus critique. Il fit replier ses divisions sur le centre afin d'opérer sa jonction avec l'extrémité de l'autre aile , en pas^ sant entre la gauche de l'ennemi et la montagne du Montd*Or : au moyen de cette manœuvre on enveloppa les deux flancs et les derrières des Flamands 1 et l'on mit Artevelle
£fî6D£RAMD DE COUCI» 4^
dans rimpossibilité de regagner l'excellente position qa'il avait si imprudemment abandonnée.
Les Flamands , pressés de tous côtés , perdirent d'abord les distances qui séparaient leurs divisions , ensuite ils s'amalgamèrent confusément ensemble et se changèrent en une masse incapable de rien entreprendre de sage pour leur salut. Gouci les serrait pas à pas, sans chercher à pénétrer au milieu de cette forêt de piques : cependant on devait redouter que , par une résolution désespérée , les Flamands ne rompissent eux-mêmes la muraille de fer qui les entourait. Le comte de Soissons s'apercevant que cette multitude menaçait d'abîmer par son seul poids le front de bataille des Français , exécuta avec précision l'ordre que Clisson venait de lui donner d*ouvrir une issue aux Flamands. Ceux-ci s'y précipitèrent en foule ; Enguerand les laissa gagner la plaine , et les y voyant engagés , il partit à la tête de la cavalerie , fondit sur eux et les tailla en pièces. Des chefs intrépides rallièrent quel-^ ques milliers de Belges , et voulurent défendre l'entrée d'un village oii se trouvait Piètre Dubois qui venait d'amener 4900<^ hommes de troupes fraîches : ils croyaient s'y ménager un refuge. Enguerand, uni au duc de Bourbon , les culbuta et finit par les disperser : il ne rejoignit que le lendemain le quartier*général.
La mutinerie des Parisiens , qui s'insurgèrent aumo-^ ment où l'on commençait la campagne , empêcha le. roi de poursuivre en personne ses premiers succès ; il laissa une partie de son armée dans Ypres , Menin et Gourtrai , et revint en toute hâte à Paris. Gouci l'y suivit. On a vu précédemment que Gharles VI déploya beaucoup de sévérité envers les rebelles ; grâce à l'énergie employée en cette circonstance , l'ordre fut bientôt rétabli : il fallut penser ensuite à continuer l'expédition de Flandres. Tov. ni. 4
'r:,} 1 N'-l.- r. 4M' IJ. f OliA.
La ii^'U\«JI«- J.- l:t xiLt'jjie de Fi.»m1)v^- a\tijt cJ.iimL- K» cuui il Atul'-lciî t.'. L*j cjn-^eil de Ricljdi J hkI en mer mii- Ic-cliainp une limite qui debarquà au poi t d Ariwrs une armée de i5.ooo homme?, commandée par le comte de Beauraont et par Cawerlav. L'arrivée de ces U oupes
I éleva le courage des Flamands : ils reprirent roffensive, et Louis de M 'île se vit aussi embarrassé qu'avant la défaite d'Artevelle. L'honneur de la France se trouvait intéressé à terminer cette enireprise d'une manière décisive. Chai les VI quitta une seconde fois sa capitale: accompagné de l'élite des hommes d'aï mes . il rentra en Flandres (mar< i383) sans rencontrer une rési-tancc «sérieuse, et enleva . aprts un siège meurtrier . la ville de Bercues ; il investit ensuite Bourbourg , un des boulevards des rebelles. Son armée se STOSsit d'un crand îiombre de nobles de divers pavs de l'Europe : le bruit des avantages remportés en Flandres avait enflammé leur ardeur : ils accoururent pour parta^^er les dangers f^t la ::loire que promettaient de nouveaux succès. On disiincuait paimi eux les deux fds du duc de Lorraine, le duc de Dar , le comte de Savoie .. le duc de Bavière . Sanche de Casîille . etc.. tous dans l'appui eil le plus fastueux ; mais Couci les effaçait en magnificence. ■- La tut le sire de Couci (dit Froissard , liv. ii . chap. cxlii) et ses états . \oulouties vu et recommandé , car il avoit coursiers parés et armés . et goussures des anciennearmes de Couci et aussi de celles qu'il portoit alors . et
II étoit le sire de Couci monté sur un coursier bien ^i main . qui chevauchoit de î"un à lautie , et moult bien hii avenoit de faire ce qu'il faisoit . et tous ceux qui le revoient le prisoient et l'honoroient peur la faconde de lui. :) C'est à l'occasion du siéi:e de bourbourg que les bi^^'onens de cet i'ge parlent p ui L: j>:eniieie ioi:>
tfèâ^claifement des canons inventés depuis peu. Une vigoureuse dédharge mit }e feii à la ville , et fut suivie d'un assaut que la nuit vint interrompre. Le lendemain qui était dimanche , jour oh Ton ne se battait pas , se passa en joutes. Le lundi les Anglais rendirent Bour^ bourg , et l'on convint de les laisser sortir de la Flandres «anslèâ inquiéter. Le roi entra danâla ville accompagné du Comte de Soissons et du tiers de l'armée: il s^ cômmil quelques désordres inséparables de la btusque occupa^ tion d'une place* A ce sujet la chronique de ce pays ra^» conte , entr'autres merveilles , que des soldats entrèrent dans l'église cathédrale pour piller i l'un d'eux monta sur Tautel , et voulut enlever Une pierre précieuse de la ceinture de la Vierge; mais , au même instant , la statue fit un geste si Violent que le soldat tomba sur les dalles et se rompit le Côu : uii autre eàsaya de commettre le même sacrilège; mais à peine sa main touchait-^ elle l'image sainte , que toutes les cloches de. l'église sonnèrent à la fois, sans que personne les fit mouvoir. Gé miracle , Continue la chronique , arrêta le pillage. Le roi quitta Farmée pour regagner Paris. Le sire de Couci né lé suivit pas , car Un ordre suprême le chargeait de prendre possession des principales villes de la Flandres au nom du souverain» Une paix définitive fut signée entre les deux couronnes, au bout de quelques mois; Mais telle était la réputation de Couci , tel était le ptîx que Ton attachait à ses sévices , que la cessation des hostilités ne lui procura pas un seul instant de repos} car Charles VI né le rappela de la Belgique que pour l'envoyer au secours de son oncle le duc d'Anjou , déclaré roi de Naples , et qui se voyait disputer sa courontie par un puissant adversaire.
LouiS d'Anjou , deuxième fils de Jean II ^ fut un de»
5a ENGVERAISD Î>E GOUCT.
Otages de son père après le traité de Bretigni ; mais il quitta Londres malgré la foi jurée , et revint furtivement à Paris contre le gré du prince dont il tenait la place dans les fers d'Edouard III. Pendant tout le règne de son frère Charles V , Loub d^ Anjou se montra courageux , libéral , magniâque , rendit d'éminents services à l'Etat , soit en gouvernant le Languedoc , soit en défendant la Guienne contre les Anglais. Par malheur pour lui et pour la France , ces qualités brillantes éblouirent Jeanne F^, reine de Naples et comtesse de Provence , si célèbre par ses malheurs aqtant que par ses fautes. Veuve de quatre époux et sans enfants , elle adopta d'abord pour Gis Charles de Durazzo ; -indignée de voir ce favori ourdir des trames contre sa vie , afin de jouir un peu plus tôt de la toute-puissance , elle changea ses dispositions , et , d'après les conseils de Clément d'Avignon , elle institua (28 juin t38o) Louis d'Anjou son héritier universel. Celui-ci n'accepta pas d'abord l'adoption de Jeanne de Naples , malgré les pressantes sollicitations de Clément d'Avignon , qui , en plaçant sur le trône un prince français , espérait obtenir par ce moyen assez d'influence en Italie pour se faire reconnaître pape à Rome , et exclure de la chaire de saint Pierre Urbain VI, son compétiteur. Cette affaire demeura en suspens plus de deux années. Louis d'Anjou, qui s'était fait à l'idée de porter une couronne , se prononça enfin pour l'acceptation , contre l'avis de tous les princes de la maison de France , qui ne se dissimulaient point les difficultés que leur parent aurait à surmonter pour entrer en possession d'un pareil héritage. Louis d'Anjou déploya une ardeur extraordinaire à l'effet de se procurer les moyens d'accabler ses rivaux : c'est ce qui explique comment il se montra si avide d'argent pen-
ENGUERÀND DE COUCf. 53
clant sa régence : injustices , exactions , rien ne lui coâta ; ce prince , que l'on avait surnommé la Joie de la France , ruina le royaume , et commença le premier à creaser le gouffre où l'Etat faillit s'abîmer quelques années plus tard (i).
Huit mois après l'acceptation définitive dil duc d'Anjou, on apprit que Jeanne F^ courait le plus grand danger. Charles de Durazzo, regardant son adoption comme la seule légitime, voulut contraindre la reine à rétracter la déclaration faite en faveur de l'onde de Charles YI. Sur le refus de Jeanne, il vint mettre le siège devant Naples qui renfermait un nombre considérable de ses partisans. Instruit de ce qui se passait, Louis d'Anjou
(i) Âirant que rambilion se iut emparée de Louis d'Anjou , avant cette funeste donation de la Feine Jeanne , ce prince s'était montré sous les apparences les plus iaYorables ; ceci est incontestable , c'est donc à tort que Froissard se sert d'expressious odieuses lorsqu'il parle de ce régent. Le Journal de l'évéque de Chartres , chancelier du duc d'Anjou^ nous explique là cause singulière du ressentiment de Froissard :
a Le dit jour 12 décembre i38i furent scellées deux lettres doubles d'une teneur et forme faisant mention que Mgr. le duc d'Anjou avokt fait prendre et retenir par devers lui pour faire sa volonté en ce qu'il lui plaira cinquante-six quayers (cahiers) que messire Jean Froissart, prélre recteur de l'église de Leseines près Mons en Hainaut , aToit fait écrire , faisant mention de plusieurs et diverses batailles , besognes et faits-d'armes au royaume de France au temps passé; lesquels cinquante-six quayers de romans et chroniques le dit messire Jea,n avoit envoyés pour enluminer h Guill. Bailly, enlumineur, et lesquels messire Jean se proupousoit d'envoyer au roi d'Angleterre , adversaire du royaume de France. » L'historien ne pouvait pardonner cette saisie de ses œuvres , et dans ses nouvelles compositions il s'eo vengea en déversant le blâme sur le duc d'Anjou.
Au reste, cette saisie paraîtra beaucoup moins arbitraire de la part du régent , si l'on considère que Froissard l'avait provoquée en ne cessant de dénigrée dans sçs écrits tout ce qui se faisait en France.
$4 ENGirCRÀMD DE COtJGIi.
lie balança pa$ à voler au secours de sa bienfaitrice* Il prit le titre de prince de CalalH*e , affecté à l'héritier pré-* ^mptifdu tr^e; de Naples , ^t partit de Paris le i5 juin i389, la même cannée que fttt gagnée la bataille de Rose^ bec ; il emportait avec lui des spuimes immenses y el menait à sa ^uîte près de 3,ooo soldat;s. Arrivé dans Avignon le aa février , il y trouva le comtç de G^^erte el Juan de Costanza» envoyés de la reine, qui le pressèrent de partir au, plus vite» Le duc ne voulut pas néanmoins entrer en Italie saps connaître les véritables sentiments des Provençaux , dont il devenait le souverain par Ta-* doptioa de Jeanine. D'après ses désirs, les états de la Pro^ vence se réunirent à Aix au mois d'avril : une partie de la noblesse se montra peu disposée en sa faveur; mais il trouva des amis dévoués p£a*mi les barons les plus considérables du pays , les Forbin , les Sabran , les d'Agoult ^ celui qui le servit le mieux fut Reforciat de Gastelanne :: ce banneret se montrait le plus chaud partisan de la reine Jeanne, non par esprit de soumission , car lui et ses ancêtres se firent constamment remarquer par une humeur des plus indépendantes. Les Gastelanne avaient conquis le tiers de la Provence sur les Sarrasins ; à ce titre , ils refusaient de rendre hommage de vassal aux souverains de ce pays : Jeanne de Naples , loin de vouloir les y contraindre , accorda de nouveaux privilèges à Reforciat V^ (i) , qui , par reconnaissance , embrassa avec? enthousiasme le parti de la reine. D'ailleurs, il entrait dans les devoirs d'un preux chevalier de défendre une femme opprimée. Grâce aux soins de Reforciat de Gastelanne, l'opposition qu'on avait montrée d'abord contre
(i) Ilisloire de la noblesse de Provence, t. i, p. a3/j..
EKCUERAKD D£ COICI. 55
Louis d'Anjou cessa d'être dangereuse (i) : i^Soc chevalliers demandèrent à marcher sous ses bannières , afia d'aller briser les fers d une souveraine qu'ils chérÎAsaieDt; mats au moment où l'armée se mettait en marche ,'0n apprit que Jeanne avait cessé de vivre* Charly de Duraszo s'était rendu maître de Naples , fst , d'après ses «*dre$ , la reine fut étouffée entre deux or^jllers dans le château de rOEuf. On accusait cette princesse d'avoir fait périr de la même manière André de Hongrie, un de aes ^poUXi»
Au premier bruit de cet attentat, Louis d'Anjou. envoya un cartel à Durazzo pour venger, en champ dos , la mort de sa bienfaitrice; il s'empressa de revenir à Avignon, désirant y être sacré. Clément le pro*clama roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem, le ^ mai i383 : deux mois s'étaient à peinç écoulés depuis qu'Urbain VI, pape de Rome, avait couronné avçc beaucoup de pompe Charles de Durazzo , comme légitime successeur de Jeanne P® (a). Ainsi , deux pontifes dont l'autorité était contestée faisaient des rois dpnt les droits reposaient sur des bases encore plus incertaines.
Louis d'Anjou ayant franchi leVar à la tête d'une armé^ de 3o,ooo hommes , entra dans le Piémont. Il écrivit aux Florentins pour se les rendre favorables. La république
(i) Histoire de Profence , par Bouche , liv. tu,
(2) Urbain VI eut à se repentir dans Ja suite de cet acte de coni^ plaisance : Durazzo le paya d'ingratitude. Le pontife courroucé vint à Naples , et essaya de tenter l'opinion du peuple en faveur de son neveu Butillo qu'il voulait mettre sur le trône h la place de Purazzo; celui-ci, fort irrité, ne garda plus de mesure; la rupture di^viut éclatante. Le pape excommunia Charles de Durazzo, et se relirn a Nocera » sou ennemi vint l'y assiéger^ et rail sa léte à prix pour 10,000 florins d'or. Pendant le siège , Urbain VI se mettait trois ou quatre fois le jour à l'une des fenêtres du château, cl excommuniait les assiégeants.
56 ENGCERAND DE COUCI.
répondit qu'elle désirait garder la neuti^alité dans cette querelle (i); mais effrayée à l'approche de l'armée expéditionnaire, ses magistrats envoyèrent des ambassadeurs pour protester de leur attachement à la nation française. Louis d'Anjou, satisfait de cette démarche, n^entra même pas daiËs Florence ; il traversa la Romagne , la Marche d'Ancône , les Abnizzes , et menaça les frontières du royaume de Naples. La nouvelle de son arrivée y jeta l'épouvante. Dans cette situation critique , Charles de Darazzo eub l'adresse de se ménager l'appui de la république 7 de Florence, qui naguère sMtait liée d'intérêt avec son rival ; il sut aussi gagner à sa cause les princes de Piombino et ceux de la maison d'Est. Louis , ne pouvant faire face lui seul à tant d*ennemis , envoya sup~ plier Charles YI, son neveu , de diriger sur l'Italie un corps de troupes assez imposant pour occuper dans le nord les coalisés , tandis que lui-même irait attaquer Naples. L'honneur de la maison royale , autant que celui du pays , commandait de secourir un prince français : c'est alors que le sire de Couci reçut la mission de conduire en Italie de nouvelles forces, afin de seconder les opérations de Louis. L'amour de la gloire , le désir de courir de brillantes aventures , réunit sur-le-champ sous ses bannières une foule de nobles,^ Il rassembla dans le midi du royaume 12,000 chevaux et 49OOO archers , et entra en Italie en suivant la route que Louis d'Anjou avait tenue (2). Arrivé dans le voisinage de Milan , il trouva les ambassadeurs du vieux Bemabo qui , ayant déjà
(i) Aretino, liv. « , p. i83.
(•2) L'anno seguente (i384) un' ahra corapagnia dî Franzesi, passando PAlpi per niedesirao cammino che l'altra , venue in Ilalia in si^pplemenlo e favor del duca d*Angio. Era capilano di questa genïc uup.Enghierano (Engucrand) Franzcse, signor potentç a c^sa s^9.«
SNGUBBARD DE COUCI. . Sj
éproavé sa valeur et craignant de s'attirer sa colère , lui envoyait des présents ainsi que des vivres.
Enguerand laissa reposer quelque temps ses troupes dans le Milanais ; sortant ensuite de la Lombardie , il se dirigea vers Plaisance et envahit le territoire des Florentins , s'empara de quelques places fortes et établit ses quartiers à Sieijne , en laissant derrière lui 3,000 hommes pour conserver les communications. Le sire de Couci menaça la république de commencer une guerre en règle , si elle n'abandonnait pas incontinent la cause de Charles de Durazzo , et si elle ne payait pas 30O9OO0 florins en punition d'avoir violé les promesses faites naguères au duc d'Anjou. Les Florentins ayant répoussé ces conditions , Enguerand se mit en devoir d'exécuter ses menaces. Il investit la ville d'Arezzo , la plus importante de la république , après Florence , et trouva le moyen de se ménager des intelligences dans la place : le quatrième jour de siège le général français feignit de vouloir lever ses quartiers , et prit le chemin de Perouse ; mais dès que la nuit fut venue, il fit faire contre-marche à ses divisions 9 revint reprendre ses an*^ ciennes positions sous Arezzo , et attaqua les murailles sur trois points. Le sire de Couci , qui dirigeait une des colonnes, força la porte principale, pénétra dans la ville à la lueur des flambeaux et combattit long-temps au milieu des rues ; enfin , avant le lever du soleil il se trouva maître de la place , à l'exception néanmoins de la cita-^ délie oîi la majeure partie des habitants s'était réfugiéca» La nouvelle de la prise d'Arezzo porta la consternation dans Florence: les magistrats avisaient aux moyens de
fàinoso nelP artc mil! tare ^ e passava questo esercito il numéro dodici mila caYalJi. ( Âretino, Hisloria di Vcuelia, i56i, in-^^ Ub. ix* p, ^^ bisO
58 ENGUERAND 0E COUCI.
calmer le ressentiment ^des Français , lorsque ce jour-là même on apprit la mort de Louis d'Anjou. Ce prince avait débute par remporter des avantages signalés : la ville d'Aquila lui avait été livrée par Romandicio Caldero ; il avait pris d'assaut Nola et Maddalone ; d'autres places se soumirent à la première sommation. Il trouva des amis dé* voués parmi les anciennes faipilles françaises venues à Naples avec Charles d'Anjou , et restées en Italie depuis celte époque. Les chefs de ces maisons étaient alors Mainfroi, Chiaramonte ( Clermont-Tonnerre ) , Colla Brancazzio ( Brancas ) , Jean Alneto ( d'Aulnai ) , Jacques de Caldorna ( CandoUe ); François Caetano (Caeian) , comte de Fondi; Paul de Ganselmo (Gantelme) , Baltazar Cossa ( de Cossé) , Jean Galgoto (Galiot) > Jean Janvero (Jean Janvre, sire de la Bouchetière); Jean de Laufrico ( Lautrec ), comte de Hirabella ; Pierre Lhospitaleto (rHospital) 9 comte de Galluci (i). Toutefois les deux familles françaises de Pagan et Saint^Sevrain se déclarèrent en faveur de Durazzo. Les anciens clients de la reine accouraient dans le camp de Louis d'Anjou. On distinguait parmii eux Gilbert Filiarini , André CarraiTa , Serge Carracioli , seigneur de Capoue , François Ratta y etc. Les uns et les autres disaient au prétendant que s'il pouvait jeter dans Naplçs quelque argent parmi le bas peuple , cette grande ville serait obligée de se rendre. Louis d'Anjou , à qui l'arrivée de sommes considérables était annoncée , promit beaucoup : il trouva sur sa paille dix mille florins , mais pour peu de jours seulement. Cependant le temps se passait, Tarmée expéditionnaire se fondait insensiblement , et plus le combat devenait nécessaire , plus Cliarles de Durazzo apportait
(it) L'hcniiUc de SoUcrs, llifil. des giaudci fainijlcs de Piovcacc^
ENGUERAND DE COUCI. 5c)
de soin à l'éviter. Le duc d^Anfou, désespéré, envoya un nouveau cartel à son compétiteur; c'était le huitième qu'il lui adressait : l'Italien accepta cette fois. On con-> vint du jour , du lieu , et on prépara la lice ; les piges du camp furent désignés. Enfin , le moment si ardem** ment désiré arriva : Louis se rendit accompagné de loo chevaliers auprès de Bari , où la rencontre devait avoir lieu ; mais les hérauts du camp appelèrent en vain Charles de Durazzo (i). Alors Louis d'Anjou le fit déc}a* rer solennellement déloyal et discourtoiê ; son rival riait de cette sentence : il n'avait accepté le défi que pour exaspérer le prince français et gagner du temps. Au même instant où l'onde de Charles VI apprenait qu'on s'était joué de sa bonne foi^iin messager arriva.qt de Venise Tinstrulsit que son chambellan j Pierre de Craon (a) j avait dissipé çn foll^ dépenses , dans cette ville , les sommes qu'il apportait à son maître. Louis se voyait enlever sa dernière espérance ; l'argent sur lequçl il comptait pour satisfaire aux emprunts contractés avait été dissipé. Les soudoyés espagnols, génois ^ italiens, voyant l'embarras dans lequel l'infidélité de Craon jetait
(i) n semblait qu'il fût de la destinée du royaume de Niqdes d^tre le prix d'im combat singulier. Cent ans auparaTant ( i383), Charles, chef de la première maison d'Anjou , et frère de saint Lonis^ proposa au roi d'Aragon son compétiteur de décider la querelle par un oambal à outrance. Les circonstances furent semblables à celles de t3â4* Bordeaiu avait été indiqué pour le lieu de la tenoontre; Charles d'Anjou y arriva avec loo chevaliers provençaux parmi lesquels on distinguait Raimond d'Agoult , Jean de Barras y U sire de Yintimitle» Fouqnel dePontèveSy Rostain de Pontëves, Guillaume de Villeneuve » Jean de Glandevez ,. Pierre de Biacas , Puget de Fos , Boniface de Caste-t lanue , etc. : Charles d'Anjou et ses chevaliers attendirent vainement If roi d'Aragon ne parut point.
(a) Le même qui depuis assassina le connétable de Glisson,*.
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cueillir les tristes débris de rarmée de Louis d'Anjou \ mais il trotiva le passage gardé par Ancut , cet ancien partisan anglais avec lequel il avait fait la guerre douze ans auparavant dans les mêmes lieux , sous les bannières d^Amédée de Savoie. Ce chef de bandes s'était mis au ser^ vice dé Durazzo, qui lui donna en paiement de la solde de ses troupes la rançon des chevaliers français et pro^ Vençaux venus en Italie avec son rival, et qui cherchaient péniblement à regagner leur patrie. Redoutant la valeur désespérée de ces preux , Ancut n'osa pas les attaquer de front ; il se contenta de les suivre dans leur retraite en les harcelant. Le sire de Couci l'aborda impétueusement ^ le battit et arracha de ses mains plusieurs milliers de prisonniers. Dès ce moment il redoubla d*efforts pour rassembler les chevaliers et écuyers échappés au désastre de Bari ; mais son cœur ne put goûter la satisfaction de les rallier tous , quelques détachements assez nombreux employés dans les Abruzzes n'ayant pu le rejoindre. On vit long-temps par les chemins de l'Italie des gentilshommes français presque nus ^ qui tâchaient en mendiant d'atteindre les frontières de leur pays. Cette fatale expédition de Louis d'Anjou coûta 3o,ooo hommes et des sommes considérables.
Enguerand traversa en dominateur la moitié de l'Italie^ et arriva à Milan au moment oh le vieux Bemabo voulait frustrer son neveu de l'héritage de son père Galéas Visconti.Gouci embrassa la défense de l'opprimé , et devint l'arbitre de cette puissante famille. Enguerand fit promettre à Mathieu II Yisconti , que , pour prix du service qu'on venait de lui rendre , il se montrerait dans toutes les circonstances rallié fidèle de la France* Un an après le départ de Couci (i385) , Bemabo , ayant voulu empoisonner Yisconti dans un repas , s'empoisonna lui-même
InGtfiUANI) DE COlXt. 6i
ainsi que ses deux (ils; il laissa 800,000 écus d'or et la charge de sept chariots de vaisselle , fruit de ses rapines. Visconti » paisible possesseur d'ëtats florissants j songea k s'acquitter de la dette contractée par lui envers la France : il donna au duc d'Orléans» frère de Charles VI, sa fille Valentine j réputée la femme la plus accomplie de ritalie. 3oo,ooo florins, la ville d'Asti et toutes ses dépendances composaient la dot de Valentine.
Le comte de Soissons ramena son armée en Provence (i), jaloux d'y soutenir les droits du fils de Louis d'Anjou. Sa prudence et son énergie y secondées puissamment par les maisons de Castelanne et de Forbin , dissipèrent la ligue formée dans l'intention de faire passer la Provence sous la domination étrangère. Ainsi , grâce k ses soins et à sa persévérance , la possession de cék belles contrées ne tomba point en des mains ennemies. Après quelque séjour à Aix , il prit le chemin de Paris , ramenant les chevaliers bourguignons, normands et picards. Charles VI , désirant témoigner au sire deCouci sa reconnaissance d'avoir si bien défendu au-delà des monts l'honneur du royaume , et dans la Provence les intérêts de sa famille , lui conféra la charge de grand boutillier , vacante par la mort du comte de Saarbruk : c'était une des cinq principales charges de la couronne. Le grand boutillier pouvait disputer le pas au conné-
(1) Froissard) Mézerai et les historiens modernes qui les ont copiés , assurent que le sire de Gouci s'arrêta dans Avignon , et qu'il n'entra pas en Italie. Les détails que nous Tenons de donner sur son expédition contre la république de Florence sont la traduction littérale du ix« livre de l'Aretino, écrivain fort exact et très au courant des afl&ires de son pays. Sumnionte et Muratori confirment de leur coté , dans l'Histoire de Naples , ce que nous avons emprunté k l'Aretino.
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table, et présidait de droit la chambre des comptes, heé rois ne la conféraient ordinairement qu'à ceux dont les talents administratifs , les connaissances dans les lois et dans les coutumes , étaient généralement reconnus. Les archives de la cour des comptes font voir que le sire de Couci exerça mainte fois les droits extraordinaires de sa <;harge , principalement durant les années i387 et i388.
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