‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 32 sur 42 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Boucicaat cootinae à cominandcr en chef ramiée lojale. — Sièges de Bourges et de Soissons. — Le maréchal dâÎYie le danphiii de la tyian» nie des chefs populaires de P^ris. — D est nomme gonTemeor du Languedoc , et rétablit l'ordre dans cette ptOTince.

Le roi venait de passer une année entière sans jouir d'un moment de ludicité ; ses domestiques ne pouvaient le gouverner que très-difficilement : il fallait user de violence pour lui renouveler son linge; la vermine le couvrait en entier. Tout-à-coup , à la suite d'un sommeil assez prolongé, l'infortuné monarque retrouva sa raison : il fut effrayé de son état , et plus encore des désordres du royaume ; il redevint en peu de jours ce qu'on l'avait vu dans sa jeunessse , impétueux y ardent pour le travail , mais sans jugement, et toujours Fesclave d'une volonté étrangère ; désireux du bien y mais incapable de prendre une forte résolution. Le duc de Bourgogne, qui se trouvait auprès de lui, s*empara de son esprit; il le détermina à sanctionner tout ce qui

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s'était fait depuis un an , se donnant le mérite d'avoir dispersé la ligue des princes du sang. Charles VI se montra fort irrité contre ceux-ci et surtout contre le duc de Berri y que l'on savait occupé h rassembler une nouvelle armée pour reprendre les hostilités. Le roi ordonna sur-le-champ l'armement des milices et de la noblesse , et annonça l'intention de prendre luimême le commandement de 3e3 troupes (141a}. Les confédérés , remplis de frayeur en voyant un nouvel orage se former contre eux , et ne se croyant pas assez forts pour y résister, implorèrent Passistance de la maison de Lancastre. Le duc de Berri et le duc d*Orléans, le premier oncle et le second neveu du roi de France, oflTrirent à Henri lY de se reconnaiti*e vassaux de la couronne d'Angleterre , et de lui livrer quatre provinces méridionales. Le duc de Bourbon et le comte d\4rmagnac souscrivirent aux mêmes conditions , au vasselage près. Henri leur promit un secours considérable : six mois auparavant ses soldats avaient fait triompher le duc de Bourgogne. Il enti*ait dans sa politique de ruiner alternativement les deux partis : politique abominable, que Lancastre légua à ses successeurs. Charles YI, informé de l'alliance que les princes venaient de former avec l'Angleterre , les déclara trattres à la patrie ainsi que leurs adhérents. Ce manifeste, au lieu de produire l'effet qu'on en attendait, ne fit qu'aigrir les esprits; une partie de la France , la chevalerie surtout, accusait Jean-sans-Peur d'avoir plongé le royaume dans un chaos de malheurs ; on lui reprochait sou ambition et l'assassinat de Louis d'Orléans : nonobstant la déclaration du roi, les princes trouvèrent beaucoup plus de partisans qu^on ne l'aumil cru. Dès ce moment la guerre civile prit un caractère effrayant; chaque bourg, chaque cité devint une forteresse : il se livra des combats

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furieux dans l'intérieur des villes. Charles VI, qui poussait avec ardeur les préparatifs de la campagne , alla prendre à Saint -Denis Foriflamnie, le 8 avril 141 2 (l'année commençant à Pâques), et la remit au sire d'Aumont , qui la reçut au pied des autels après avoir communié. Le maréchal de Boucicaut fut nommé commandant du premier corps , qui formait l'avant-garde: l'armée était forte de 5o,ooo hommes , dont les deux tiers se composaient de troupes seigneuriales ; die marchait fîère d'avoir son roi à sa tête, et se dirigea vers la Loire sur trois colonnes, par Chartres , Melun et Provins: Charles YI commandait en personne celle du centre ; le comte de Saint-Pol , nouvellement nommé connétable, la droite (Chartres), et Boucicaut la gauche. Le roi parvint le II mai (i4i3) aux portes de Melun, passa la Seine et ensuite l'Yonne ; arrivé dans le voisinage d'Auxerre , il s'arrêta , et voulut inspecter les deux derniers corps de l'armée qui venaient d'opérer leur jonction dans la Bourgogne. Pendant la revue , un écuyer de sa suite fut emporté par un cheval très-fougueux qui , venant se ruer sur celui de Charles YI , blessa d'un coup de pied la jambe droite de ce prince (i). Les barons voulaient fondre sur cet écuyer, pour le châtier j le roi les retint : il dévora la douleur que lui causait cette violente atteinte ; mais , le soir même , le prince sentit son mal empirer tellement , que , malgré le désir de se trouver au plus tôt dans le Berri , il se vit obligé de séjourner en Bourgogne afin de soigner sa blessure. La nouvelle de cet accident porta la consternation dans Paris ; les églises se remplirent de fidèles , on fit des prières publiques pour demander à Dieu la prompte guérison du roi : on vit défiler 3o,ooo personnes à

(i) Ju vénal des Ursins , liv. xiv.

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de SOQ temps : Charles VI ne pouvait oublier qu'elle Tavait préservé du feu dans le bal de iSga , en l'enveloppant dans la queue de sa robe ; il envoya sur-lechamp Tordre au maréchal de diriger ses coups sur un autre point.

Malgré les projectiles qui pleuvaient sans cesse , les habitants de Bourges criaient du haut de leurs remparts: Vive h rai I vive le roi 1 à mort le due de Bourgogne! Tous les matins ils envoyaient des présents à Charles YI , en s'informant de sa santé; ils ne négligeaient rien pour lui prouver que leur conduite n'avait pour but que de défendre la majesté du trône ^ les droits de la couronne, et que leur intention ne serait jamais de les attaquer. Les Bourgeois laissaient même les portes ouvertes , pour qu'on ne pût les accuser de les avoir fermées devant le roi (i).

Le comte d'Armagnac et le duc d'Anjou firent une sortie à la tête de 6, ooo nobles , afin d'enlever les machines de ^erre ou de les détruire ; le maréchal de Boucicaut les reçut avec sang-froid , et leur livra combat au pied des remparts : la lutte fut longue et opiniâtre , comme elle devait Têtre enti^ des Français. Le comte d'Armagnac ne put arriver jusqu'aux machines, mais il tua tellement de monde au maréchal , que ce dernier se trouva hors d'état de lui couper la retraite et de l'empêcher de rentrer dans la place.

Tout annonçait que le siège serait long. Malgré les soins infinis que prenait Boucicaut , et son extrême vigilance , les maladies envahirent le camp ; elles provenaient de l'intempérance et de la manière irrégulière dont les troupes vivaient. Pierre , frère du roi de Navarre , mourut le premier; Gilles de Bretagne le

(i) Paradiii , Annales de Bourgogne , liv in , p. 535.

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plimenter le roi son neveu , tout en déclarant néanmoins que lui et les autres confédérés ne déposeraient les armes que lorsque ' le duc de Bourgogne serait éloigné du conseil, et que l'attentat commis sur la personne de Louis d'Orléans aurait été puni. On traita de rebelle le duc de Berri , et Pon ne voulut plus recevoir ses messages. Ce prince n'essaya point de tenir la campagtie contre Boucicaut , dont l'impétuosité ne connaissait pas d'obstacle ; il abandonna le plat pays , et se renferma dans Bourges. Si Ton en croit les chroniques du temps , cette ville , quoique étendue et fort peuplée , était fortifiée avec beaucoup de soin; il se trouvait dans son enceinte , outre ses habitants, i5,ooo soldats de troupes seigneuriales commandés par les ducs de Berri , d'Orléans , de Bourbon , de Bar et d'Anjou; les comtes d'Auxerre , d'Alençon , d'Armagnac ; par les sires de Gaucourt , de Barbazan , de Le Borgne , de Foucaut; par les évêques de Paris , de Chartres et de Meaux. Les 5 0,000 hommes que Charles VI conduisait suffisaient à peine pour cerner cette vaste enceinte. Gomme le comte de Saint - Pol , nouveau connétable , ne possédait aucun talent militaire , et que le duc de Bourgogne ne voulait pas quitter le roi un seul instant, Boucicaut se vit chargé de la direction du siège. 11 plaça les machines de guerre et les canons sur des points qui dominaient la ville , il les dirigea luimême , et causa beaucoup de dommages aux assiégés. Lé duc de Berri fut obligé huit fois de changer de maison : la duchesse sa femme , réfugiée dans le château, vit pleuvoir sur elle une immense quantité de projectiles et de pierres ; effrayée au dernier point , elle envoya supplier le roi de ne pas tirer sur le château qu'elle venait de choisir pour sa dememe. La duchesse^ jeune encore , passait pour une dçs plus belles personnes

JEAN LE MEINGRG Ï>E ROUCICAUT. \'^']

de son temps : Charles VI ne pouvait oublier qu'elle l'avait préservé du feu dans le bal de iSga , en l'enveloppant dans la queue de sa robe ; il envoya sur-lechamp l'ordre au maréchal de diriger ses coups sur un autre point.

Malgré les projectiles qui pleuvaient sans cesse , les habitants de Bourges criaient du haut de leurs remparts: Vive le roi ! vive le roi ! à mort le duc de Bourgogne! Tous les matins ils envoyaient des présents à Charles VI , en s'informant de sa santé ; ils ne négligeaient rien pour lui prouver que leur conduite n'avait pour but que de défendre la majesté du trône, les droits de la couronne, et que leur intention ne serait jamais de les attaquer. Les Bourgeois laissaient même les portes ouvertes , pour qu'on ne pût les accuser de les avoir fermées devant le roi (i).

Le comte d'Armagnac et le duc d'Anjou firent une sortie à la tête de 6, ooo nobles , afin d'enlever les machines de guerre ou de les détruire ; le maréchal de Boucicaut les reçut avec sang-froid , et leur livra combat au pied des remparts : la lutte fut longue et opiniâtre , comme elle devait l'être entre des Français. Le comte d'Armagnac ne put arriver jusqu'aux machines, mais il tua tellement de monde au maréchal , que ce dernier se trouva hors d'état de lui couper la retraite et de l'empêcher de rentrer dans la place.

Tout annonçait que le siège serait long. Malgré les soins infinis que prenait Boucicaut , et son extrême vigilance , les maladies envahirent le camp ; elles provenaient de l'intempérance et de la manière irréguliôre dont les troupes vivaient. Pierre , frère du roi de Navarre , mourut le premier ; Gilles de Bretagne le

(r) Paradiii , Annules de lîuurgognc , In in ,. \>. ».>r>.

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suivit de près ; les soldats périssaient par centaines : un grand nombre de milices , eflrayëes de ces ravages, abandonnèrent le camp. Pour comble de malheur le roi, qui depuis six mois jouissait de la plénitude de sa raison , redevint malade et donna à toute Tarmée le spectacle le plus déchirant. La paix entre les deux partis pouvait seule arrêter les maux qui menaçaient la France ; Boucicaut eut la gloire de la proposer, et le bonheur de la faire conclure : ce général , quoique fort sévère et peu communicatif , brillait par son élo* quence; il savait ramener à son avis les opinions qui s'y montraient d'abord les plus opposées.

Les confédérés, renfermés dans Bourges, offrirent les premiers de cesser les hostilités , quoiqu'ils fussent à l'abri des calamités qui pesaient sur l'armée royale. Le duc de Bourgogne voulait que l'on poussât le siège jusqu'à la reddition de la place; le maréchal eut le courage de lui résister , et usaauprès du dauphin Louis , pour la seconde fois régent , de tout l'ascendant qu'un guerrier fameux pouvait exercer sur un jeune prince. Le sire de Lignac, grandmaître de l'ordre de Rhodes, le seconda dignement. On finit par entrer en pourparlers, en dépit des .menées de Jean-sans-Peur : celui-ci comprenant qu'il ne pouvait s'opposer à la paix, voulut du moins en régler les conditions. Un rapprochement eut lieu entre lui et le duc de Berri son oncle , mais ils ne se parlèrent qu'à travers une barrière gardée par une forte escorte. Depuis l'assassinat du duc d'Orléans, Jean voyait partout des vengeurs prêts à le frapper. Ses prétentions parurent. si exorbitantes , que l'on rompit les pourparlers. Boucicaut les fit reprendre sur-le-champ au nom du dauphin : on échangea les clauses respectives demandées par les deux partis ; les princes ne tenaient qu à une seule condition , c'est qu'en vertu de Tédit de Charles Vf , du mois de

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