‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 33 sur 42 · JEAN LS MKINGBS DE BOUCICAUT · texte numérisé non relu

JEAN LS MKINGBS DE BOUCICAUT

mai 1408 , le daupliio prit les rênes de lElat et gouvernât d'après ses propres vues , sans se laisseï* guider par des impulsions étrangères. Cette clause unique flatta Pamour-propre du jeune Louis , qui fut moins exigeant; on convint que les princes licencieraient leurs troupes, renonceraient à l'alliance de l'Angleterre , et rendraient les clefs de la ville de Bourges , mais par forme seulement. Quelques bannerets , créatures du Bourguignon, essayèrent de rompre les conférences et de réduire au néant les généreuses résolutions du dauphin ; ce prince répondit à leurs discours spécieux ces belles paroles : ce Le bien de l'Etat consiste dans l'union et la bonne intelligence de la royale maison de France. ^> La paix fut signée le 1 3 juillet i4i3 ; le lendemain matin Boucicaut alla prendre le duc de Berri, et le conduisit dans la tente du dauphin. Le duc mit un genou à terre en saluant son petit-neveu , et fit acte de soumission au nom de tous les confédérés. Les feudataires du parti contraire murmuraient hautement de ce que le négociateur portait encore l'écharpe blanche , signe avoué de la confédération; ils voulaient même profiter de cette circonstance pour provoquer une rupture : le duc de Berri , devinant leurs intentions , dénoua son écharpe et la remit au dauphin , voulant ôter ainsi toute, espèce de prétexte.

L'armée royale ne franchit point les barrières de BourgeS) mais elle laissa des garnisons dans Montfaucon, Sancerre , Châteaudun , et se replia sur l'Yonne. Auxerre fut choisi pour le lieu de réunion des principaux chefs des deux partis ; la convention y fut ratifiée le 3o juillet ; on oublia pour un instant les inimitiés , ou plutôt chacun feignit de les oublier : on vit les ducs d'Orléans et de Bourgogne parcourir les rues de Paris montes sur le même cheval; le premier se faisait remar-

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quer à ses habits de deuil, qu*il n'avait pas quittés depuis le meurtre de son père.

La paix de Bourges , en terminant la guerre , semblait promettre au duc de Bourgogne la paisible jouissance du pouvoir , puisqu'il allait Fexercer au nom de son gendre , reconnu solennellement comme régent unique ; mais il se vit trompé dans ses plus chères espérances. Son plus redoutable rival fut précisément ce gendre , ce dauphin Louis âgé de dix-^ept ans , et qui se sentait dijà^ dit la chronique. Ce fetme prince avait reçu de la nature un tempérament aussi bouillant que celui de son père; Jean-sans-Peur n'avait pas craint de le pousser lui-même au libertinage, afin de mieux le capter : cet infâme moyen lui réussit pour quelque temps. Isabeau de Bavière , dont l'âme ne fut étrangère à aucun genre de crimes , guidée par les mêmes motifs , mit encore plus d'ardeur à corrompre son fils : la dépravation de cet enfant faisait le scandale des Parisiens, et achevait de livrer au mépris public la famille de Finfortuné Charles YI. Le duc de Bourgogne voulut écarter ce nouveau concurrent ; mais le dauphin, stimulé en secret par la faction orléaniste , annonça qu'en qualité d'héritier présomptif de la couronne, il entendait gouverner sans entraves "pendant la maladie du souverain , ainsi que le prescrivait le principal article du traité de paix signé récemment aux portes d'Auxerre. Grâce à celte fermeté, le dauphin devint un point de ralliement pour tous les bons Français qui gémissaient sur les malheui*s causés par les querelles des deux partis.

Boucicaut, quoique fort attaclié au duc de Bourgogne, se rangea le premier sous la bannière du dauphin ; et comme son nom jouissait de beaucoup de crédit auprès des gens de guerre , il entraîna avec lui de nombreux partisans qui déclartrcnt , par Torgane du maréchal ,

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