‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 37 sur 42 · JEAN LE ME1^GRE DE BOUCIGAUT · texte numérisé non relu

JEAN LE ME1^GRE DE BOUCIGAUT

encore plus fâcheux : les archers gallois , obligés de se jeter dafis les bois qui bordaient le défilé du côté de Tramecourt, s'y étaient ralliés ; ils revinrent au combat transportés d'une nouvelle ardeur. Placés sur la lisière de la forêt , ils prirent en queue l'extrême gauche des Français , pendant que le duc Jean s'occupait à réparer le désordre de la droite , et lui firent essuyer une perte considérable au moyen de décharges continuelles. La ligne rompue à ses deux extrémités céda par le centre aux efforts de Henri V , qui s'y jeta suivi de divisions toutes fraîches. Le mouvement de retraite s'étant déterminé , se changea bientôt en fuite. Le duc d'Alençon , le héros de cette malheureuse journée , conserva son sang-froid au milieu de cet horrible désastre : il céda lui-même au torrent quelque instants ; puis s'arrétant tout-à-coup , le prince parvint à rassembler autour de lui un noyau d'hommes valeureux. 11 se trouvait alors éloigné de trois cents pas du dernier corps, formé des milices , lequel était resté jusqu'à ce moment tranquille spectateur de la scène. 49O00 hommes des premières lignes de ces troupes communales , entraînés par leurs baillis , s'avancèrent précipitamment et se joignirent au duc d'Alençon : celui-ci avait déjà rallié 2,000 combattants. Les Anglais n'auraient remporté qu'un avantage sans résultat décisif, si le prince se fut replié sur le dernier corps et s'il eût attendu de pied ferme que l'ennemi vînt Tattaquer. N'écoutant que sa bouillante valeur, le duc Jean s'élança une troisième fois, décidé à reconquérir la victoire ou à périr d'une mort glorieuse. Ayant franchi des barrières de cadavres , il joignit les Anglais et se précipita sur eux : rien ne put résister à sa fougue. Le prince ne combattait plus en général , mais en soldat. Il se dirigea vers le point ou flottait la bannière d'Angleterre , ne doutant pas d'y

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rencontrer Henri V; personne ne sut arrêter sa mar-» che • déjà près du monarque, il le menaçait de sa voix ; il n^en était plus séparé que de la longueur de son arme , lorsque le duc de Glocester ( i ) se jeta entre Henri Y et le duc d'Alençon : celui-ci l'atteignit à la tête , et le renversa. Henri se baissa pour retenir son frère , qui tombait ; le prince français lui assena un coup si violent, que la couronne surmontant le casque du roi en fut brisée ; il releva son bras et allait immoler Lancastre du second choc , lorsque les barons anglais se jetèrent sur lui , brisèrent son sabre dans ses mains et le fraf^èrent de tous côtés; le prince, désarmé, se mit à crier , en s'adressant au roi Henri : ce Je suis le duc « d'Alençon , je me rends à vous ; » il était tué avant que Henri eût eu le temps de prendre son gantelet. Les 6,000 combattants qui suivaient le jeune prince le secondèrent dignement tant qu'il vécut ; David Deram* bure , Jean Leborgne , les sires de Beaufremont , de Noailles , de RoncheroUes , d'Aumont , de Laroche* Guyon , Jean de Uontagn , archevêque de Sens , se firent hacher sons ses pas , ainsi que les baillis de Mâcon , de Sens , de Caen, de Sentis et de Meamc (2). Un guerrier de cette division échappa par miracle à tant d'adversaires réunis ; ce fut Louis de Bourdon, banneret picard , qui se distingua dans cette journée par des traits de bravoure inconcevables. On croit que le duc d'Yori^, cousin de Henri V , reçut le coup mortel de sa main. La destinée de Louis de Bourdon eût été bien plus douce , s'il avait trouvé le trépas dans les champs d*Azincourt.

(1) Elmham dit le duc de Glocester et non le duc d'York , et il dit Trai, puisque ce dernier commandant Taile droite venait d*y être tué.

(2) La place sur laquelle se livra cette action opiniâtre conserva le nom de Champ de la Bataille, (Chronique de Traroecourt.)

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