EMGUERAMB BE COLCf
long'temps sa présence ; ils espéraient trouver dans son extrême bonté un soulagement aux malheurs qui les accablaient^ Les brigands armés qui désolaient les provinces , leur avaient enlevé denrées , meubles , et jusqu'aux instruments aratoires ; le débordement des rivières vint encore augmenter les calamités causées par ces dévastaticMis. Les lois féodales rendaient les barons les maitres de leurs vassaux, mais elles voulaient aussi qu'ils en fussent les protecteurs c Enguerand répandit des largesses sur les siens, supprima plusieurs droits onéreux | et en restreignit beaucoup d'autres. Il passa ainsi une année entière (1394) , occupé exclusivement à soulager des infortunes : c'est le seul moment de repos qu41 goûta. durant tout^ sa vie. L'absence d'un homme si amoureux du bien. puMîè devait produire une sensation pénible : les oncles du roi, victimes de leurs propres fautes:, prêts à smccombeirsous le faix, implorèrent son appui, ne doutant pas. de se sauver du naufrage en s'adjoigilant Tintègre. Cbuci;:
L'administration éesi duca de Bourgogne et de Berri pouvait être regardée, comme le comble de la démence : le prenxier surtout éiùployait à des acquisitions folles npu - seulement ses immenses revenus , mais encore ceux de la couronne ; la pcodigalité était devenue chez lui une manie : sa maison passait à juste titre pour être plus nombreuse et mieux montée que celle du roi de France , du roi d'Angleterre, ou de l'empereur d'Allemagne: on y comptait »vingt-cinq chapelains., dix-huit valets de chapelle, un grand-aumônier et six sous-r aumôniers, un chancelier, six conseillers de chancellerie , dix-huit lieutenants de chancellerie , deux sergents, un chauffe-cire, cent soixante-trois conseillers, six maîtres de requête , trente secrétaires , dix inten- Jants de finances , quinze receveurs généraux , un tré-.
IKNOUERAND DE COUCI. 89
9orier des guerres , un contrôleur de finances , un maréchal de Bourgogne , un amiral de Flandres , un prévôt du palais 9 quatre premiers chambellans , cent trente chambellans , un capitaine des gardes, douze cavaliers gardes , quinze écuyers de la chambre , un premier mattre d'hôtel, dix- huit maîtres d'hôtel ordinaires, six clercs d'office, douze sommeliers, quatre fourriers de la chambre , quatre fourriers du cabinet , un roi des ribauds , douze sergents d'armes, six pages, six barbiers , six chirurgiens , six médecins , dont un était Thomas Froissard , parent de l'historien ; quinze joueurs de harpe , quinze violons , autant de hauts- bois et de trompettes. Le service de la table occupait cinq cents personnes ; celui de l'écurie , de la louveterie et delà fauconnerie , deux mille. Tous ces officiers et domestiques avaient des gages exorbitants (i). Les chambellans jouissaieAt de traitements fort élevés : Gui de la Bochefoucault et le sire de Tourzel touchaient chacun ^3, 000 livres, somme considérable pour cette époque. Le duc entretenait des pensionnaires auxquels il donnait, à titre de don gratuit, des subsides trèscoûteux. Yalerand de Luxembourg recevait annuelle^ ment 8,000 livres; Butille de Brancas, maréchal du pape , 49OOO livres. Le duc de Bourgogne acheta 5oo livres , de Dine Raponde , conseiller au parlement , un Tite-rLive enluminé en, lettres d'or, et 600 écus une Bible historiée et couverte de velours cramoisi , garnie d'un fermail très-précieux. Enfin , il rassembla , dans l'espace de dix ans, pour 1 00,000 éçus de choses rares.Ori: en préleva le montant sur les revenus dTpres , de Tei--^
(1) Voyez la liste détaillée des gens de la maison du duc d^ Qourigogne » Mémoire de Labarre*
C)0 ENCrERAND DE COfICI.
monde et de Tournai (i). De pareilles dépenses ne pouvaient manquer d^absorber les ressources les mieux établies ; aussi le prince manquait-il souvent d'argent. Un jour , ayant vidé plusieurs parties de paume avec le sire de La Trémouille , le duc de Bourbon et Guillaume du Lion, il perdît deux mille écus d'or, et , comme les dettes du jeu étaient regardées les plus sacrées, Phîlippe-le-Hardi donna en gage sa ceinture ornée de pierres précieuses , faute de numéraire (2).
Les ducs de Bourgogne et de Berri , jugeant qu'ils ne pourraient point se soutenir sans l'assistance du sire de Coucî , sommèrent ce feudataire de venir reprendre sa place au conseil ; ils lui annoncèrent que le bien du royaume l'exigeait ; jamais Enguerand n'avait résisté à une pareille considération : nul autre ne paraissait plus propre à conduire Pimportantie négociation entamée par la France vers le commencement de i3g5. Il s'agissait de concilier les différents élevés en Savoie entre deux princesses de la maison de Bourbon , de ramener au devoir la ville d'Asti appartenant au duc d'Orléans, de prêter main-forte à Jean Galéas Visconfî, attaqué par le duc de Mantoue et les Florentins; il fallait enfin pacifier 6énes , et contraindre cette république à reconnaître pour protecteur un prince de la maison de Valois.
Le sire de Gouci partit Jonc vers la fin de mai accompagné de 1,000 hommes seulement. Arrivé le î^' juillet en Savoie, il trouva ce pays livré à ranarchie : dfes factieux voulaient profiter de la faiblesse de leur souverain, enfant en bas âge. Enguerand fit changer la face des
(i) Compte de Jean LépouLele, conservé à la Cour des comptes, de Dijon, (a) Ihid.
BNGVERAKD DE CODCI. 9I
affaires par son énergie : il s'empressa de placer la régence entre les mains de Bonne de Bourbon , aïeule du jeune prince , une des femmes les plus distinguées de ce siècle, L'faabile coneiliateur, ayant nmiené Tonlre dans la Savoie , se rendit en Italie , oit l'appelaient des soins encore plus:împartaiits»
Jean Galéas Visconti , ep unissant sa fiBe au frère de Charles VI , lui avait donné en dot 3oo,ooo florins d'or, et la ville d'Asti en propriété, he duc d'Orléans envoya un officier de sa maison pour r^ir, en son nom, cette cité. D'abord les habitants parurent charmés^ d'appartenir à un prince puissant; cédant bientôt aprè»>à leur légèreté naturelle , ils se révoltèrent. Jean Galéas Visconti lui-même , trop occupé de ses différents avec la république de Florence , ne put réprimer les rebelles d'Asti. Le sire de Gouci arriva à Milan , conduisant à sa suite i,aoo cavaliers, tous français ; il prit à sa solde 6,000 Lombards , et se composa au bout de deux mois une division de troupes très- redoutable, à la tête de laquelle il entra de vive force dans Asti , le lo avril ïigS : ce général s y établit en qualité de lieutenant du duc d'Orléans; peu de jours après des envoyés de Gênes vinrent le supplier d'aller visiter leur ville , dont la population entière n'attendait que son arrivée pour se déclarer sujette de la maison de Valois. Les Génois conservaient une vive reconnaissance pour l'empressement que Charles VI avait mis à défendre leur commerce contre les Barbaresques.
Enguerand applaudit aux sentiments que les envoyés, de Gênes montraient à l'égard de la France; ayant quitté Asti , il se rendit à Pavie , où Visconti vint le trouver dans l'intention de le tromper par de vaines protestations d'amitié : on savait, à ne pas en douter, que ce prince agissait sourdement pour expulser les Français
(yi I.NGLERAND DK COUCF.
de lltnlie . et [)()ur s'eraparci de Gênes. La fine attitudedu lieutenant de Charles VI lui en imposa : Enguerand s'avança ensuite sur les tenes de la république , en faisant observer à ses troupes une discipline rigouleuse , prit possession de Savone et d'Albenga au nonri du roi de France : il reçut en son quartier-général les députés de Gênes , ainsi que les envoyés du doc^e Adome, et dressa en commun les articles du traité par lequel la république serait placée l'année suivante sous la protection du roi son maître. Les succès qui couronnèrent une mission aussi importante mirent le sceau à la réputation du comte de Soissons.
i:N<;tKHV-M> ini corci. c)!»