I-.es états de Bretagne se réunirent à la fin de
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i446, dans la ville de Redon, à l'effet de prononcer sur le sort de Gilles, qui, en sa qualité de prince, ne pouvait être jugé que par ce tribunal. Le duc, par l'organe du chancelier, se porta plaignant contre son frère, qu'il accusait de haute trahison. L'unique but des ennemis du prévenu était de le faire condamner sans l'entendre ; mais ils échouèrent pour cette fois , grâce aux soins du duc de Richemont qui siéga dans cette assemblée comme feudataire breton , qualité qui ne se perdait jamais. Arthur prit la parole le premier après le chancelier. « Je pense, dit-il, qu'il est de toute justice d'entendre la défense de Gilles, et d'ailleurs je suis convaincu qu'il n'y a pas lieu à accusation. » Une assemblée composée de Bretons, gens éminemment nationaux, devait prendre en considération l'opinion d'un grand homme , d'un compatriote qui faisait rejaillir sur son pays la gloire qu'il avait acquise par vingt-cinq ans de travaux fameux. Les états se rangèrent de son avis à l'unanimité, et déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu à poursuivre: ainsi le prince ne fut pas mis en jugement. Mais on ne put obtenir son élargissement, et, par un raffinement 'de cruauté, on confia la garde de Gilles au sire de M ontauban , son plus mortel ennemi, qui le promena de
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prison en prison. Le connétable, satisfait d'avoir sauvé la vie à son neveu , ne voulut pas insister alors pour le faire mettre en liberté , espérant que le temps affaiblirait le ressentiment de François I* r , et qu'alors il obtiendrait facilement ce qu'il demanderait. Il quitta la Bretagne dans cette persuasion (commencement de i447 ) ? et se rendit à Razillé près Ghinon, où Charles VII habitait; il ne lui fut point permis d'y rester long-temps oisif.
Le conseil d'Henri VI venait d'annoncer qu'il regardait la détention du prince Gilles comme une infraction à la trêve, et menaçait de faire une irruption en Bretagne si on ne le mettait sur-le-champ en liberté. On savait que chez les Anglais les effets suivaient de près la menace, et le duc se hâta d'informer le roi du péril qu'il courait. Quoique le connétable eût lieu d'être mécontent de son neveu, cependant, sans attendre les ordres de Charles VII , il accourut à son secours avec 200 lances; il visita toute la ligne frontière de la Normandie, et mit les places en état de résister à un coup demain. Pour reconnaître cet empressement, François I er fit présent au comte de Richemont d'une magnifique coupe d'or. La cour d'Angleterre n'était pas en état de soutenir contre la France une guerre en règle; mais elle avait à
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cœur de se venger du duc de Bretagne, qui avait abandonné la politique de son père; on ne pouvait cependant l'attaquer sans rompre la trêve signée avec Charles VII; elle, eut recours à un terme moyen : elle lança sur les frontières du duché i,5oo aventuriers commandés par Surien ne, capitaine aragonnais, homme féroce et très-actif, quoique fort âgé ; il était gouverneur pour les Anglais d'une partie de la basse Normandie. Ce partisan investit dans la nuit la ville de Fougères ( mai 1 44^ ) , la prit par escalade , la pilla , après avoir impitoyablement massacré la garnison composée de Français et de Bretons. Quoique d'une médiocre grandeur, Fougères était une des villes les plus riches du duché ; située à l'extrême frontière , elle servait d'entrepôt aux marchandises allant et venant de la Normandie. Maître de cette ville, Surienne poussa ses ravages jusqu'à quatre lieues de Rennes. Le roi apprit cette invasion au moment où il sortait de Tours pour se rendre à Bourges ; il revint précipitamment à Chinon , où il avait laissé la cour, assembla sur-le-champ son conseil, et rappela auprès de lui le comte de Richemont, comme il avait coutume de faire dans les momens difficiles. Il envoya aussitôt le maréchal de Culant vers le comte de Somrperset, gouverneur
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général de la Normandie, pour rendre Fougères, et lui signifier qu'il eût à payer 180,000 écus en réparation des dommages causés par Surienne. Sommerset désavoua le capitaine aragonnais, mais il répondit que la satisfaction demandée pour la surprise de Fougères était de trop grande importance pour qu'il osât s'en mêler sans là permission expresse du roi d'Angleterre, tf J'ai ordre de ne pas rompre la trêve , répétait-il sans cesse, je ne l'ai point rompue; qu'on s'adresse pour le reste au roi mon maître. » Cette réponse prouvait que l'on n'aurait jamais réparation de cette offense, si on n 'employait la force des armes ; il était facile de prévoir que la guerre allait éclater. Charles VII envoya des ambassadeurs à Londres, et fit traîner les négociations au sujet de la prise de Fougères, désirant gagner du temps. Dans cet intervalle , le connétable fut chargé de procéder à l'organisation de l'infanterie permanente, comme il l'avait fait pour la cavalerie. Cette opération offrait plus de difficultés que la première : on trouvait facilement assez de nobles pour compléter la cavalerie, dont la tenue était fastueuse ; les nobles, qui, jusqu'à l'organisation des compagnies de gendarmerie , descendaient de cheval pour combattre à pied , ne voulurent plus corn-
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Lattre qu'à cheval, dès que l'on lit ta distinction des armes. Comme le nouveau système militaire tendait à affranchir le roi de l'influence <les grands feudataircs,il devenait indispensable de changer le mode de la levée des communes, levée qui ne pouvait se faire sans la participa* tion de ces feudataires. A près de mûres réflexions, le roi rendit dans lemois<le juin i44S une ordonnance qui rappelait d'anciennes dispositions de Charles V, et les régularisait en leur donnant phis d'extension. ( Voyez Encyclop., Art mi lit.,
Arthur employa huit mois à établir les bases de cette nouvelle organisation ; il choisit parmi les ardiers 6,000 hommes d'une taille moyenne qu'il monta pour en faire la cavalerie légère; outre la levée des francs archers , on doubla les cadres de la gendarmerie ; on y admit une foule de jeunes nobles qui demandaient à servir comme volontaires. Depuis l'institution de cette troupe permanente, c'est-à-dire depuis quatre ans , la solde n'avait pas manqué un seul jour; cette exactitude dans le paiement mettait le prince en droit d'exiger à son tour beaucoup de régularité dans le service ; les troupes étaient disciplinées et très-bien équipées , l'artillerie faisait des progrès sensibles sous la direction des frères Bureau vi. ao
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(Jean et Gaspard) ; ces deux hommes, doués d'un grand génie , avaient rendu des services tellement signalés, que le roi, après les avoir couverts de grâces,, croyait ne pas avoir assez fait pour eux. La fortune des frères Bureau leur attira beaucoup d'envieux , mais Charles VII fut assez prudent pour fermer l'oreille aux discours de ceux qui voulaient les desservir.
Le roi se trouvait en mesure de soutenir avec avantage la guerre contre la maison de Lan castre; outre le comte de Richemont, il avait à sa disposition vingt autres généraux de réputation et 5o,ooo hommes, dont Jacques Cœur assurait la solde pour une année entière. Les vingt-cinq ans de malheurs qui avaient pesé sur la France avaient donné à ses habitans une énergie merveilleuse ; chacun se montra jaloux de servir le père commun de la patrie ; on vit des bourgeois envoyer à Charles VII de l'argent pendant que les Anglais occupaient leur ville ; aussi ce * monarque fat- ilsurnommé de son vivant le-bienservL
La campagne qui allait s'ouvrir avait pour but de reconquérir la Normandie , province la plus riche du royaume et la plus importante par sa proximité de la capitale. Les Anglais , chassés de presque toutes les autres , s'étaient retranchés
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dans celle-ci, s'estiraant heureux de pouvoir conserver cette première conquête de Henri V.
Charles VII publia un manifeste pour démontrer que le refus de réparation de la part des Anglais le mettait dans la nécessité de reprendre les hostilités. Il importait à ce prince de montrer aux peuples la justice de ses droits, soit pour les préparer à de nouveaux sacrifices, soit pour rendre l'opinion publique favorable à sa cause. Il fit attaquer Pont-de-l'Arche le jour même que son manifeste parut : cette opération n'était qu'un préliminaire pour tenir les Anglais en haleine, en attendant que la totalité des troupes fut arrivée dans l'Ile-de-France. Le connétable réunit 4o,ooo hommes dans les plaines de la Beauce, et en forma quatre corps qui devaient agir à la fois contre les Anglais; le soin de soumettre la Haute-Normandie fut confié à Dunois, que le roi venait de nommer son lieutenant-général dans ses guerres. Arthur de Richemont se chargea d'expulser l'ennemi de la Basse-Normandie; il choisit pour son premier lieutenant Charles d'Artois , prince du sang. Le bâtard d'Orléans venait de prendre pour lieutenant Charles de Valois : ainsi la conquête de la Normandie allait être faite par des généraux dont les apanages étaient placés dans cette province. Depuis le
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commencement de son règne, Charles VII avait eu la politique de donner à ses partisans des terres, des comtés, des seigneuries occupées par l'ennemi. Le connétable était comte de Dreux, Dunois comte de Longueville, Charles d'Artois comte d'Eu, et Charles de Valois comte d'Alençon.
Le roi resta à Mantes avec le corps de réserve, composé de l'élite de la noblesse , destiné à soutenir les deux grandes divisions en cas de revers , et à suivre leurs mouvemens en cas de succès. Les troupes disséminées dans le midi de la France reçurent l'ordre de se réunir sous le commandement du sire d'Albret, pour faire une diversion en attaquant dans la Guienne les possessions anglaises. Pendant que ces divers corps de troupes se rendaient à leur destination , Charles Vil concluait une alliance défensive et offensive avec les rois d'Ecosse et d'Aragon.
L'apathie du conseil d'Angleterre contrastait singulièrement avec l'activité de Charles VIL Les Anglais , fiers de vingt ans de succès , avaient conçu pour leurs rivaux un mépris ridicule^ Talbot, qui voyait se former l'orage, demandait en vain du renfort; rien n'était prêt pour résister à une attaque bien combinée, La cour de Lon- Londres agissait mollement : on sait qu'elle
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était alors divisée en deux partis , celui de la reine , la fameuse Marguerite d'Anjou , et celui du duc d'York. Le comte de Sommerset , gouverneur général de la Normandie, prenait fastueusement le titre de régent de France; nommait pour ce royaume des maréchaux, un connétable, un chancelier, ne s'inquiètent pas des préparatifs des Français, dont il croyait qu'il serait toujours temps d'arrêter les progrès ; ceuxci entrèrent en campagne au commencement de 1 449- Le Cotentin , les pays de Caux , de Lizieux , de Bayeux et de Seez, furent attaqués à la fois. En traçant la vie de Dunois, nous donnerons la relation de l'expédition de la haute Normandie ; nous allons faire maintenant le récit de la conquête de la basse Normandie , dont le connétable avait été chargé.
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