LIVRE VII
Arthur commence une nouvelle campagne dans la basse Normandie. — Bataille de Forroigny . — Arthur y défait Kiriel. — Siège de Caen et de Cherbourg. — Réduction de toute la basse Normandie. — Arthur devient duc de Bretagne après la mort de ses deux neveux. — Il en fait hommage à Charles VII et meurt en i458.
D'après le dernier traité conclu entre le roi de France et le duc de Bretagne, celui-ci s'était engagé à fournir un contingent de troupes dans la guerre que Ton allait soutenir contre l'ennemi commun. François 1 er pouvait d'autant moins se refuser à devenir l'auxiliaire de son oncle, que la rupture n'avait eu lieu qu'à son occasion. En conséquence, le connétable se rendit dans le duché pour rallier les troupes destinées à agir contre les Anglais; il se fit accompagner de trois compagnies de 600 hommes chacune , dont le maréchal de Lohéac, les sires de Couvran et de Rouhaut étaient les chefs; il laissa ces
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troupes à Pontorson, et se rendit à Rennes avec les officiers de sa maison. Comme la noblesse bretonne ne se trouvait pas encore réunie, le connétable s occupa à fortifier Saint-Aubin , et envoya son lieutenant Jacques de Saint-Pol investir Saint-James de Beuvron, qui fut enlevé après quelques jours de siège; il sortit lui-même de Rennes, et rejeta dans Fougères de nombreux détachemens qui battaient le pays. Le contingent breton ne fut prêt à marcher qu'à la fin d'août i449- Les Bretons formèrent un corps de 7,000 combattans, qui, joints aux 3oo lances françaises, composaient deux divisions de 5,ooo hommes chacune. Arthur obligea son neveu à faire cette campagne ; il voulait en même temps fournir au duc l'occasion de se signaler, et le soustraire aux menées des ennemis du prince Gilles, retenu toujours dans les fers.
Le 4 septembre i449 > k duc François nomma Pierre de Bretagne, son frère, régent de ses états pendant son absence et commandant des troupes employées au blocus de Fougères. Deux jours après il quitta Rennes, accompagné du comte de Laval, des sires de Rohan, de Blossac, d'Estou te ville, deBriquebec,'de Derval, de Malestroit , de Coetquen , de Broon , de Mon tauban , de Rosnevinen, et se rendit à Pontorson, lieu désigné
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pour le rendez-vous général. Dans l'espoir d'accroître l'énergie de son neveu en flattant son amour-propre, le connétable se démit en sa faveur du commandement général , consentant à servir sous ses ordres et à Faider de ses conseils ; il donna à l'armée pour mot de ralliement, le cri de guerre de la Bretagne , « Saint-Yves. » Les Français et les Bretons passèrent le Coésnon et marchèrent vers Saint •Michel. L'avant -garde, commandée par Lohéac, s ? avança jusque sur la rive droite de ta Scée , et le lendemain l'armée combinée arriva sous les murs de Granville. Ce mouvement se coordonnait avec celui du duc d'Alençon, qui agissait dans le pays dont il était apanagiste. Pierre de Bretagne, placé à Fougères, liait le duc d'Alençon au connétable; celui-ci, après avoir passé la Fienne à Quatreville, prit position à une lieue de Coutances; le jour suivant il vint déployer tontes ses forces en vue de la ville, et resta en bataille pendant que le maréchal de Lohéac s'avançait jusqu'au pied des remparts pour sommer le gouverneur. Celui-ci (Étienne de Montfort qui n'était pas de la maison de Bretagne) déclara du haut du bastion qu'il périrait plutôt que de se soumettre. Sur son refus le général français investit le faubourg du Pont de Soûle et l'enleva. Montfort, intimidé par
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la vigueur decette attaque, capitula sur-le-champ. Godefroy de Couvran fut nommé gouverneur de la place; Saint-Lô se rendit après six jours de siège; Valognes, Carentan et tout le Cotentin, à l'exception de Cherbourg , furent soumis aux armes françaises avant la fin de septembre. Les habitans du pays secondèrentles efforts du connétable. Les Anglais , abandonnés à eux-mêmes, ne pouvaient se soutenir, quoiqu'ils se comportassent avec leur bravoure accoutumée.
Après, avoir placé des garnisons dans les villes les plus importantes du Cotentin , Arthur revint sur ses pas en passant entre les deux rivières de la Vire et de Fienne; il traversa la forêt de Bénastre, et rentra en Bretagne par Fouquerolte, dans l'intention de presser le siège de Fougères. Pierre de Bretagne était retenu depurs deux mois devant cette place, sans avoir obtenu le plus lé- ^er succès; Arthur investit la ville, qui n'avait que deux portes ; il se chargea d'en attaquer une, laissant à son neveu, le duc François, le soin de forcer l'autre ; on établit quatre pièces d'artillerie sur une éminence qui dominait la ville , et l'on parvint à balayer les remparts; Surrenne fit plusieurs sorties pour enlever cette artillerie, mais il fut repoussé avec une perte considérable; malgré cet échec, il sut encore tenir dans sou
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poste; sa résistance devenait de jour en jour plus* opiniâtre , et le siège durait depuis deux mois et demi; les maladies commençaient à se mettre dans le camp des assiégeans; le jeune comte de Rohan et plusieurs autres chevaliers furent emportés par l'épidémie ; le duc de Bretagne, effrayé de ces ravages, dégoûté de la guerre, qui n'avait jamais eu aucun charme pour lui, voulait abandonner l'expédition, mais le comte de Richemont eut assez d'ascendant sur son esprit pour le déterminer à rester encore quelque temps ; il poussa les travaux avec une nouvelle activité; les remparts, battus à coups redoublés , cédèrent enfin parla partie supérieure; la brèche parut praticable à plusieurs endroits, et Ton fit les apprêts d'un assaut général. Les Anglais, affaiblis par les combats et par les privations , ne voulurent pas attendre cette extrémité ; ils demandèrent à capituler , mais sous des conditions fort avantageuses. Le connétable, craignant de les réduire au désespoir, les leur accorda; ils sortirent de la ville le 4 novembre. Surienne , la cause première de cette rupture , voyant les rois d'Angleterre perdre leur supériorité en France, les abandonna après avoir combattu pendant trente ans sous leurs drapeaux; il offrit ses services à
Charles VII , qui le nomma chef d'une compa-
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gnie de cent lances. Après la prise de Fougères, François I er , satisfait de cette conquête , se hâta de quitter l'armée, et revint à Rennes; le connétable mit ses troupes en quartier d'hiver entre Alençon et Vire, et regagna sa retraite chérie de Parthenay. Mais il était dans sa destinée de ne jamais goûter le repos. Un nouveau renfort d'Anglais, débarqué à la pointe de La Hogue, venait d'attaquer Valognes; il importait de se hâter si l'on voulait sauver la place. Le connétable s'empressa d'envoyer les officiers de son hôtel dans le comté d'Alençon avec ordre de rassembler les troupes encore en pleins quartiers d'hiver; lui-même allait les suivre de très-près lorsqu'un avertissement sinistre l'arrêta. Le sire de Montauban, jusqu'alors ennemi du prince Gilles, était revenu , on ne sait comment , à de meilleurs sentimens ; voyant le comte de Richemont prêt à monter à cheval , il le retint en lui disant tout bas: « Monseigneur, je vous avertis que l'on veut faire un mauvais parti à votre neveu , et je m'en décharge. » Montauban disait l'exacte vérité : François, nourrissant une haine violente contre son frère, avait conçu le projet de s'en défaire puisque les états ne voulaient point le condamner. L'aveu de Montauban remplit d'horreur Vame du connétable, qui se rendit auprès de
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François , l'accabla de reproches. « Je suis instruit, lui dit-il , du dessein formé contre Gilles, et je saurai m'opposer à cet attentat.— Qui tous a dit , demanda François frémissant de colère, qu'il est question d'attenter aux jours de mon frère? — Montauban, répondit sans détour le comte de Richemont. — Le perfide ! s'écria le due; je Tais le punir d'avoir tenu de semblables discours. » Arthur n'empêcha qu'avec beaucoup de peine l'arrestation de ce seigneur; il prit la résolution de demeurer auprès de son neveu , de peur qu'il n'arrivât quelque catastrophe. Mais le soin de sa gloire l'empêcha de rester k Dinani Valognes venait d'être pris, et les envieux du guerrier breton attribuaient la perte de cette place à son séjour trop prolongé dans le duché. Voulant concilier les devoirs de sa charge le désir d'arracher la famille de son frère au péril imminent dont elle était menacée, il fit tous ses efforts pour engager François à le suivre dans sa nouvelle expédition. Le duc resta sourd à sa voix; le connétable se vit obligé de partir seul; bien plus, il ne toi fut permis d'emmener aucun chevalier breton ; François défendit à ses vassaux de sortir du duché. Cette défense équivalait à une rupture avec la cour de France , et cette dissidence était d'autant plus
fâcheuse qu'une révolution venait d'avoir lieu en Angleterre dans l'administration du royaume. Suffolk, premier ministre de la reine, et partisan des Français, avait été disgracié; après avoir rompu la trêve a regret, il ne faisait la guerre qu'avec mollesse; le conseil, ayant renversé Suffolk, résolut de pousser vigoureusement les opérations du continent; on ramassa à la hâte 2,000 archers que l'on mit sous les ordres de sire Thomas Kiriel, chevalier de la Jarretière, général de réputation, qui avait eu une grande part au renvoi du favori. La flotte portant ces troupes mit à la voile (fin de 1449)9 et aborda près de Cherbourg après quatre jours de navigation. Comme le froid se faisait encore sentir, les troupes françaises n'avaient point quitté leurs quartiers. Thomas Ririel, profitant de cette circonstance, tira 1,000 hommes de la garnison Je Cherbourg , les joignit à ses 2,000 archers, se dirigea sur Valognes , assiégea cette ville, et s'en rendit maître après une courte résistance. Il remonta ensuite vers le Cotentin , dans le dessein d'opérer sa jonction avec le duc de Sommerset qui venait de Caen , Robert de Ver qui accourait de Bayeux, et enfin Henri de Norbery qui était sorti de Vire pour le renforcer. La réunion de ces généraux de-
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vait faire échouer les projets que les Français avaient formés sur la Basse-Normandie. Le connétable, connaissant le plan d'opérations de Pcnnemi , se rendit dans ses quartiers , rassembla 3,5oo hommes, et courut à la poursuite de Kiriel: en même temps le comte de Clermont, fils aîné du duc de Bourbon, partit de Falaise, et Joachim Rouhaut de Coutances , dans l'espoir d'arrêter les progrès du général anglais. Celui-ci manoeuvra habilement, longea la côte de St-Marcou , sa gauche à la mer, évitant de s'engager au milieu duCotentin de peur d'être enveloppé; il s'arrêta sur la Douve pour attendre les déta^chemens anglais qu'il savait être en marche pour venir le joindre. En effet, Robert de Ver, lieutenant du ducdeSommerset, sortit de Caen avec 600 archers et vint à Bayeux, point intermédiaire de la ligne d'opérations , et ordonna au gouverneur de cette place , Mathieu Got, de le suivre avec 800 hommes ; le jour même Henri de Norbery arriva de Vire avec 5oo Anglais. Ces trois généraux joignirent Kiriel à Cardouville, au moment où il venait d'essuyer un échec au passage difficile du Grand- Vay. Grâce à ce renfort, Kiriel se trouva à la tête de 6,000 combattans : mais sa position n'en était pas inoins critique; car ayant été contraint par la nature du
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terrain de s'engager dans les terres, il se trouvait resserré dans un des angles de la Normandie, entre la mer et la rivière d'Aure , ayant les Français en tête , en queue et sur son flanc droit. Celui qui le menaçait le plus était le comte de Clermont, qui avait sous ses ordres 2,400 hommes, et pour lieutenans l'amiral Coëtivi, Joachim Rohuaut,les sires de Castres et de Brezé. Celui-ci dirigeait une batterie de deux couleuvrines : c'est la première fois qu'il est réellement question de pièces de canon en rase campagne. Pendant que le comte de Clermont essayait d'arrêter la marche des Anglais, le connétable s'avança rapidement jusqu'à St.-Lo; il en repartit avec 3,ooo combattans , parmi lesquels on comptait 5oo nobles bretons qui avaient enfin obtenu la permission de venir le joindre ; il se dirigea vers la rivière d'Aure, dans l'espérance d'effectuer sa jonction avec le jeune Bourbon, assez à temps pour empêcher Ririel d'arriver à Bayeux; il fit au pas de course les sept lieues qui séparent St.-Lô de Trevières, marcha toute la nuit, et arriva dans ce dernier lieu vers neuf heures du matin, le 1 5 avril i45o ( l'année commençant à Pâques). Il se vit obligé de s'arrêter pour donner quelque repos à ses hommes , surtout à ses chevaux ; il envoya plusieurs officiers afin de s'assurer si l'on
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était encore loin de l'ennemi, dont il ne se croyait pas si près. Il occupait Trevières depuis une heure, lorsqu'une alerte vint l'arracher au sommeil: des fuyards du oorate de Clermont, ayant quitté le champ de bataille , avaient gagné en désordre le chemin de Trevières, en criant : tout est perdu , les Anglais nous poursuivent et vont arriver. A ces cris, le connétable sauta sur son cheval, partit au galop avec quelques chevaliers, et se porta dans la direction de Formigny, pour connaître le véritable état des choses; sa cavalerie ne le joignit que trois quarts d'heure après. Arthur ne pouvait arriver plus à propos pour sauver le comte de Clermont dune ruine jeune prince était arrivé à Gran ville le i4 avril, quinze heures avant que le connétable entrât à Trevières ; s étant mis en relation par des exprès avec le connétable , il combina ses mouvemens de manière à se trouver au pont de Formigny en même tempsque lui; mais il pressa trop sa marche ; il partit de Gran ville au lever du soleil , eu poussant son avant-garde sur le chemiu de Bayeux à S t. -Clément, et arriva dans un viUrçje nommé Su renne, situé en face de Formigny, à 4 lieues de Bayeux , et à 3 au nord tlux^p Gra«d-Gamp. Les Anglais,instruits de l'approche des Français, s étaient fortifiés à For-
migny, en creusant devant leur front de larges fossés ; ils savaient que 4 divisions ennemies ac- , couraient par plusieurs routes différentes, et voyant que le comte de Clermont arrivait seul , ils sortirent de Formigny et se mirent en bataille, afin d'attirer le prince français à une action générale, dans laquelle ils comptaient bien le battre avant l'arrivée dû connétable; ils avaient choisi une fort belle position, ayant derrière eux Formigny où ils laissèrent leurs bagages; leur gauche était couverte par un verger fort épais , et comme aucun obstacle naturel ne protégeait leur droite, ils la firent couvrir par un corps de 1,000 cavaliers aux ordres de Mathieu Got.
Le comte de Clermont voulait se borner à escarmoucher en attendant la venue du connétable qu'il savait près de lui; mais l'action s'engagea plus sérieusement qu'il ne le désirait. Le sire de Mauny , commandant les francs-archers, chercha à déloger les Anglais du verger qui garantissait leur gauche; après trois heures d'efforts impuissans, il fut obligé de se retirer ayant essuyé une perte considérable. Le comte de Clermont, engagé malgré lui, fit avancer contre l'aile droite de l'ennemi, plus exposée que la gauche, les deux couleuvrines conduites par le sire de Brezé; cette tentative ne fut point heuvi. i\
reuse : Mathieu Got chargea avec sa cavalerie sur les couleuvrines et les enleva. Kiriel, suivant le mouvement, s'avança avec le centre, attaqua vivement les archers du bailli d'Evreux, qui lui étaient opposés, les tailla en pièces, et en jeta une grande partie au-delà de la rivière d'Aure : ce furent ces fugitifs qui dQnnèrent l'alarme au connétable. Kiriel aurait pu achever la défaite du comte de Clermont s'il avait marché à l'instant sur ce prince placé en arrière avec la réserve; mais il perdit un temps précieux à faire des prisonniers. Reconnaissant bientôt sa faute, il forma de nouveau sa ligne, et s'avança pour fondre sur le comte de Clermont, qui n'avait pas encore songé à se retirer; il allait le joindre et commencer un second combat dont l'issue ne pouvait être douteuse, puisqu'il avait quatre fois plus de monde que son ennemi, lorsqu'un grand tumulte annonça la présence du connétable. Après une heure de marche, ce général vint occuper une éminence couronnée par un moulin à vent; il découvrit de cette position les deux armées , et put juger de l'état des choses; il fat obligé d'attendre quelque temps le reste de ses troupes , qui n'avait pu le suivre. Ayant enfin réuni à peu près 2,000 hommes, il les forma en colonne serrée, la cavalerie en
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tête, et déboucha par un large pont bâti sur la d'Aure ; il attaqua par le flanc la cavalerie de Mathieu Got, l'enfonça du premier choc, et reprit les deux couleuvrines ; Mathieu Got, effrayé de cette attaque subite , qui semblait être combinée avec le mouvement du comte de Clermont, ne songea plus qu'à la retraite ; il s'élança dans l'intervalle qui existait encore entre les deux divisions françaises, quitta le champ de bataille, et prit la direction de Bayeux en criant aux siens : Une bonne fuite vaut mieux qu'une mauvaise attente. Il' entraîna avec lui les débris de sa cavalerie. Ce revers rompit toutes les combinaisons deKiriel, qui, en apercevant le connétable, avait manœuvré pour changer de front et se former en ligne de bataille sur son aile droite; mais il n'eut pas le temps d'exécuter en entier ce mouvement. Arthur l'aborda vigoureusement pendant que le comte de Clermont , prenant à son tour l'offensive , attaquait l'aile gauche par le verger. Dès ce moment l'engagement devint général; J'animosité des deux nations, qui se battaient depuis trente ans sur le même terrain, rendit la lutte plus meurtrière ; Kiriel reculait pas à pas en bon ordre; mais une charge fournie par la cavalerie bretonne enfonça son centre, et lui-même fut pris par des
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officiers de la maison du connétable. Presque en même temps Henri de Norbery, défendant le verger, tomba au pouvoir du comte de Clermont. La perte de ces deux généraux n'empêcha pas le3 Anglais d'opposer à leurs adversaires la résistance la plus* opiniâtre, leur courage n'avait pas diminué : ils pouvaient espérer d'être vainqueurs à Formigny, comme ils l'avaient été à Verneuil, puisqu'ils étaient un peu plus nombreux que les Français ; mais ceux-ci faisaient chaque jour des progrès dans la tactique; les habiles manœuvres du comte de Richemont acculèrent l'ennemi au village de Formigny et assurèrent le gain de la journée. 4 9 ooo Anglais périrent sous le fer des Français, i,4oo furent faits prisonniers ; il ne s'en échappa que aoo avec Robert de Ver, qui regagna Caen; Mathieu Got en entraîna 4<>o dans sa fuite , ce qui complétait les 6,000 hommes de Kiriel. Ce général avait été pris avec 4& officiers supérieurs , parmi lesquels on remarquait Henri de Norbery , Hennequin Basquier , Henri Morbec, Laurent Rumfort, Thomas Druist , Jean Hairr et Thomas Jaquessy. Cette affaire fut assez meurtrière pour laisser sur le champ de bataille grand nombre de morts qui furent enterrés dans quinze grandes fosses qu'on creusa exprès.
Les deux divisions du connétable et du comte de Clermont ne firent >eur jonction qu'après la dispersion totale de l'armée ennemie; on se félicita réciproquement de ce mémorable succès. Les sires de Brezé, de Villars, de Montgascon , de Saint-Sèver , de Boulogne, de Polignac-Chalençon,de Vanvre, de Gastres, de Latour, de Cottigny, de Vauban, de Meulan et d'Ânglure furent cités comme s'étant particulièrement distingués dans le cours de l'action ; les six derniers furent armés chevaliers sur le champ de bataille. Un incident vint troubler la joie générale : le comte de Clermont éleva Pétrange prétention de vouloir s'adjuger l'honneur de la journée. Il est à présumer qu'il ne fit pas cette démarche de son propre mouvement : à peine comptait-il vingt-trois ans , il n'avait pas encore assisté à une seule rencontre; mais plusieurs autres barons ses lieutenans l'y excitèrent , quoiqu'ils eussent la conviction que ce prince eût été entièrement défait sans l'arrivée du comte de Richemont. Pour la première fois celui-ci contint les mouvemens de son caractère impétueux, peut-être à cause de l'évidence de ses droits. Malgré les vives réclamations de ses officiers, il repassa aussitôt la rivière d'Aure, et alla reprendre position sur le chemin de St.-Lo,
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laissant au comte de Clermont l'honneur de coucher sur le champ de bataille. « Je ne veux pas, lui dit-il, troubler la joie d'un si beau jour par une contestation intempestive; je laisserai le roi juge de ce différend. »
Voici comment s'exprime à ce sujet l'historien du connétable : « Monseigneur alla se loger en un village nommé Trivières ; quant au comte de Clermont , il demeura cette nuit audit Formigny sur le champ, et voulut bien y consentir icelui connétable , parce que c'était la première besogne que ledit comte de Clermont avait eue en guerre, attendu sou bas âge. »
Au reste , on ne sut point gré au connétable de ce sacrifice d'amour-propre; quelque temps après, le roi voulut avoir connaissance de ce démêlé qui avait causé une scission dans l'armée. Les chevaliers de la division de Richemont faisaient valoir l'arrivée si opportune de leur général , son attaque impétueuse, la dispersion totale de la cavalerie ennemie, et la défaite de Ririel fait prisonnier par les propres officiers d'Arthur; ces chevaliers faisaient valoir encore la dignité de connétable, qui donnait le droit de commander en chef toutes les batailles, même quand le roi était présent. Les bannerets de la division du comte de Clermont répondaient que
ce prince était gouverneur général du pays dans lequel l'action avait eu lieu.
Charles VII montrait beaucoup de froideur au connétable depuis l'affaire du prince Gilles; il jugea en faveur de son rival. Le public et la postérité vengèrent le comte de Richemont. Les historiens d'Angleterre eux-mêmes , en faisant la relation du combat de Formigny, proclament Arthur vainqueur de Kiriel sans faire mention une seule fois du comte de Clermont; les écrivains français de cette époque rapportent les détails de la bataille sans décider lequel des deux contribua le plus à la victoire. Mézerai, Velly , le président Hainaut et les auteurs de l'Art de vérifier les dates, qui avaient sans doute médité cet épisode de notre histoire, ne balancent pas à attribuer le triomphe de Formigny aux savantes manœuvres du comte de Richemont ; ils parlent peu ou point du comte de Clermont.
La bataille de Formigny fournit matière à plusieurs observations touchant l'art militaire. Les nobles y combattirent toujours à cheval et par escadron , et non sur un seul rang comme ils l'avaient fait àPoitiers , dans la malheureuse journée d'Azincourt et à Verneuil; on put se convaincre dans cette circonstance que la discipline double la force des armées : les Français, as-
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treints depuis six ans à suivre une règle sévère , battirent les Anglais, supérieurs en force, tandis que jusqu'alors les Anglais , moins nombreux , les avaient toujours battus.
Le lendemain du combat le comte de Clermont passa la rivière et réunit ses soldats à ceux du connétable. Les deux généraux se rendirent ensemble à St.-Lô; ils se séparèrent dans cette ville; le premier alla faire le siège de Bayeux, et le second celui de Vire, dont le gouverneur, Robert de Norbery, était son prisonnier. Cet officier anglais engagea lui-même les 3oo hommes de garnison à rendre la place, régla les conditions de la capitulation , et obtint sa liberté pour prix de cette complaisance, qu'il aurait payée de sa tête sous Édouard m ou sous Henri V.
Vire, un des entrepôts d'armes des Anglais, renfermait quantité d'artillerie , dont les Français se servirent avec avantage dans les sièges qu'ils entreprirent le mois suivant. Charles VII montra beaucoup de joie en apprenant que ses drapeaux flottaient sur les remparts de Vire. Afin de reconnaître les services que le connétable ne cessait de rendre à la couronne, il lui donna cette ville pour en jouir sa vie durant. Arthur en nomma gouverneur Michel de Parthenay, un de ses officiers , et se rendit devant
Avranches, dont son neveu, le duc de Bretagne, faisait le siège. Il conçut beaucoup de satisfaction en voyant le parti que François I er avait pris d'abandonner son genre de vie, indigne d'un prince chef d'une nation belliqueuse ; mais il ne fut pas long-temps sans apprendre le véritable motif qui l'avait engagé à quitter le duché.
François n'était venu dans la Normandie que pour ne pas être témoin du meurtre de son frère, meurtre qu'il avait commandé. La nouvelle de cet attentat arriva au camp du connétable deux jours après la capitulation d'Avranches. La fureur avec laquelle on poursuivait le prince Gilles a quelque chose de surprenant : n'ayant pu le faire condamner d'après les lois en vigueur, on le laissa au fond d'un cachot, dans le château de la Hardouinaie ; l'infortuné ne cessait de supplier ses geôliers de faire agréer à son frère les protestations de son respect et de son dévouement; les cruels ne transmettaient que des menaces , en disant que Gilles faisait tout haut le serment de tirer une vengeance éclatante de ses persécuteurs, si Dieu lui rendait jamais la liberté. Ces discours mensongers irritaient au dernier degré le crédule François, qui manifesta clairement le désir de se voir débarrassé de son frère , et il quitta le duché pour que sa présence ne gênât
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point ceux qui voudraient le satisfaire à cet égard. On confia la garde de la victime à huit scélérats, qui s'offrirent pour remplir cette horrible mission; leur chef se nommait Olivier de Meel. Ces individus ne songèrent qu a torturer le prince , dans l'espoir d'abréger sa vie , afin de ne pas être obligés d'en trancher le fil d'une manière évidente ; ils ne lui donnaient à manger qu'à de longs intervalles, de sorte qu'il dévorait les mets qu'on lui portait , et dans lesquels on avait soin de mêler des substances vénéneuses; mais la force de son tempérament le sauva, ce qui augmenta la fureur de ses bourreaux. On résolut alors de le faire mourir de faim. En conséquence, ses gardiens le transférèrent , du premier étage où il logeait, dans un cachot au rez-dechaussée de la tour, espérant que l'humidité de ce lieu hâterait sa fin : ils lui laissèrent des provisions pour plusieurs jours , bien résolus de ne pas les renouveler. Le cachot n'avait qu'une petite fenêtre donnant sur les fossés , et fermée par des barreaux de fer; le malheureux Montfort se tenait toujours à cette ouverture, et jouait de la flûte sauvage : seule consolation que ses geôlires lui eussent laissée. Les sons plaintifs de cet instrument rustique peignaient ses infortunes et l'état de son ame; les échos les répétaient au
loin, et les habitans de la contrée s'approchaient pour mieux les entendre. La plupart ignoraient le nom et l'état du prisonnier. Au bout de quatre jours ses provisions furent totalement épuisées; Gilles, voyant l'abandon dans lequel on le laissait , devina qu'on avait l'intention de le laisser mourir de faim; collé aux barreaux de sa fenêtre, le frère du duc de Bretagne, le neveu du roi de France, suppliait les passans, avec des cris lamentables, de lui donner du pain ; mais de hautes palissades empêchaient les paysans de descendre dans le fossé ; et Olivier de Meel , placé sur la tourelle avec ses compagnons, tous l'arbalète à la main, menaçait de percer quiconque oserait franchir la barrière. Ces menaces arrêtèrent tout le monde, à l'exception d'une paysanne vieille et pauvre , qui trompa la vigilance homicide des barbares. Chaque soir elle se coulait au travers de la barrière, descendait dans le fossé, et venait placer sur la fenêtre une portion du pain noir 'dont elle se nourrissait : elle prolongea par ce moyen' pendant six semaines la vie du prisonnier; mais ce pain , donné en petite quantité, ne suffisait pas pour soutenir un homme dans la vigueur de l'âge , et renfermé dans un cachot malsain.
Gilles sentait ses forces diminuer graduellement; il pouvait compter le peu d'instans qui
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lui restaient à vivre. Dans cette situation , il supplia la pauvre femme d'amener un religieux pour qu'il pût se confesser ; un cordelier accourut de trois lieues pour remplir ce pieux office; il arriva au milieu de la nuit, et se laissa glisser dans les fossés. Gilles lui découvrit sa condition ( car les geôliers avaient caché son nom avec beaucoup de soin ) ; il se confessa à travers les barreaux de sa prison , et chargea k religieux d'aller trouver le duc de Bretagne , de lui annoncer qu'il l'appelait au jugement de Dieu. Le prêtre se rendit en toute hâte auprès du duc, dans l'espoir de toucher son cœur, en lui faisant le tableau des souffrances de son frère ; mais les bourreaux qui veillaient sur leur proie ne laissèrent pas au duc François le temps de réparer ses torts. Étonnés de ce que Gilles subsistait si long-temps sans nourriture, ils cherchèrent à découvrir le moyen qu'il avait employé pour s'en procurer; ils apprirent bientôt ce que la vieille femme avait fait pour lui : craignant que le sort de cet infortuné n'intéressât les habitans des bourgs voisins , ils prirent la résolution de le mettre à mort sur-lechamp. Comme le bruit se répandait que le connétable accourait pour délivrer son neveu, Olivier de Meel resta sur la tourelle pour s'assurer si quelqu'un venait, et, d'après ses ordres»
quatre de ses satellites entrèrent de très-grand matin dans le cachot , le 1 5 avril 1 760 , se jetèrent sur le prince, qui gisait languissamment près de son lit , et lui passèrent une serviette au cou pour l'étrangler; Gilles, quoique épuisé, opposa quelque résistance ; il se défendit avec sa longue flûte , et blessa au visage un de ces scélérats. La lutte fut courte : les cruels le saisirent, et l'étouffèrent entre deux matelas; ils lui bouchèrent le nez et les oreilles pour que le sang ne sortît pas , et le transportèrent ainsi dans le plus bel appartement du château ; ils le placèrent dans un lit , et partirent ensuite pour une chasse qu'ils avaient arrangée exprès ce jour-là avec plusieurs nobles des alentours. Quant à Olivier de Meel , il se rendit aux offices du matin dans l'église d'un bourg éloigné du château de plus d'une lieue; il était prosterné au pied des autels , lorsqu'un page, à qui il en avait donné l'ordre, vint le trouver en toute hâte , et lui dire que le prince Gilles avait été trouvé mort dans son appartement. A cette nouvelle , Olivier de Meel joua le désespoir, mais sa contenance décelait sa perfidie; les habitans, réunis dans la chapelle, ne furent point dupes de cette feinte; ils avaient conçu déjà des soupçons; aucun d'eux ne douta qu'Olivier n'eût commis lui-même le meutre; on s'éloi-
gna de ce misérable en le couvrant de malédictions (1).
Tous ces détails (a) furent apportés au camp devant Avranches ; le connétable en conçut un violent chagrin; il accabla de reproches son neveu ; l'arrivée du religieux qui avait confessé Gilles vint mettre le comble à sa douleur. Le cordelier lui fit la peinture la plus vraie et la plus piteuse de l'état de souffrance dans lequel il avait trouvé son malheureux neveu , et signifia courageusement au duc François l'ajournement fatal, tel que son frère l'avait annoncé. Saisi de frayeur, poursuivi par des remords tardifs, accablé des reproches de son oncle , le duc quitta l'armée , et se hâta de rentrer dans ses états, laissant sous les ordres du comte de Richcmont les i ,800 -Bretons-, pour continuer à servir le roi dans la conquête de la Normandie. Le connétable serait mort de chagrin, si la guerre ne lui eût offert une occupation coutinue : l'amour de la gloire guérit de bien des maux.
Arthur savait que la conquête de la haute Nor-
(1) Lobineau, t. 11. — Dom Morice.
(a) M. le vicomte Joseph Walhs a publié un ouvrage fort intéressant intitulé le Fratricide , dont le sujet est la vie et la triste fin du prince Gilles de Bretagne.
mandie avait été terminée dans l'espace de quelques mois, parDunois et le roi en personne; celle de la basse Normandie, dont il avait été chargé, n'é* tait faite qu'à moitié; ce qui le chagrinait beaucoup, quoiqu'il jtut trouver une excuse dans la situation naturelle du pays , cette partie delà province étant d'un accès bien plus difficile, à cause du grand nombre de places fortes qu'elle renfermait. Il rentra donc en campagne, pour terminer l'expédition que l'honneur lui faisait une loi d'achever. Il reprit Valognes en peu de jours, et envoya le maréchal de Lohéac, son lieutenant, assiéger Saint-Sauveur-le- Vicomte, qui se rendit après deux assauts , ainsi que Briquebec et Tombelaine. Après la soumission de ces places , le connétable se dirigea vers Cherbourg, poste d'autant plus important à conquérir que c'était un des points de débarquement des Anglais ; mais au moment où il aflait investir la place , il reçut de la part du roi un message qui l'empêcha de pousser plus loin l'entreprise.
Le duc de Sommerset, obligé de capituler dans le palais de Rouen, avait obtenu la permission de se retirer à Caen; il espérait tenir assez de temps dans cette ville pour recevoir des renforts considérables , que le conseil d'Angleterre ne cessait de lui promettre. Arrivé à Caen, il y
réunit les débris de ses garnisons, et parvint à rassembler autour de lui 5,ooo soldats, mais la plupart découragés : il importait de le forcer dans cette position, avant l'arrivée du renfort annoncé avec beaucoup de joie par les partisans de l'Angleterre. Le roi et le comte de Dunois formèrent le dessein d'investir sur-le-champ la ville de Caen. Charles VII fit part de son projet au connétable, en lui demandant son avis; Arthur répondit que le plan était d'autant mieux conçu, que la prise de cette ville devait être la conséquence de la victoire de Formigny , mais que le succès dépendait de la promptitude de l'exécution. «Et si le roi, dit-il au sire de Chatelux envoyé par la cour , n'est pas encore en mesure pour tenter cette entreprise, j'assiégerai Cherbourg , afin de priver les Anglais d'un point si utile à leur débarquement. » Un second message lui apprit que Charles VII était en mesure d'arriver sur les bords de l'Orne dans trois jours, et qu'il réclamait sa coopération. Le connétable ajourna le projet d'assiéger Cherbourg, rappela tous les détachemens envoyés dans le Cotentin , les concentra sur Saint-Lô, et partit de cette ville le i er juin i45o, à la tête de 1 1,000 hommes , dont 6,000 Bretons ; il avait avec lui les sires de Laval , de Lohéac , de Rieux , de Raitz ,
d'Estouteville, Jacques de Luxembourg, Pierre de Traougoff, de Boussac, de Saint-Sever, de Lan veaux et de Malestroit; il s'arrêta à trois lieues de Caen pour attendre que les autres corps eussent terminé leurs mouvemens.
Depuis deux jours Dunois manœuvrait avec 3,6oo hommes sur la rive droite de l'Orne ; il prit position à Saint-Paix. Le comte de Clermont arriva à Breteuil avec les sires de La Fayette , de Montgascon, deFloquet, et 5,ooo combattans; il fit sa jonction avec Arthur à Cheux. Ces deux généraux partirent de ce lieu le 5 juin, et débouchèrent sous les murs de Caen , près l'abbaye Saint-Étienne; ils établirent leurs quartiers entre la tour de Chatemoine et la Crapaudière, en dehors de l'Odon : c'est ce que l'on appelait la vieille ville. Tugdugal de Kerraoisan , écuyer breton de l'hôtel d'Arthur, fut chargé de reconnaître les fortifications de la tour de Lourette , et marqua la place des mines sous une pluie de traits. Le lendemain, Dunois attaqua le faubourg de Vaucelles , l'emporta après une vive escar-
mouche, et s'y logea. Il employa 5oo ouvriers à bâtir un pdnt sur l'Orne au-dessus de la ville; ce pont ne fut terminé qu'après quatre jours d'un travail opiniâtre. Bientôt les comtes de Nevers , les sires Dubreuil , de Montenay et Joachim