‹ Vies des grands capitaines français du môyenage pour servir de complément à l'histoire générale de la France aux XIIeXIIIe, XIVe et XVe siècles /Chapitre 15 sur 22 · VI · texte numérisé non relu

VI

Rouhaut, arrivèrent avec 3,ooo hommes, traver- » sèrent la prairie de Saint-Gilles, et vinrent prendre position à l'abbaye de la Trinité , menaçant le faubourg Saint-Gilles , fortifié avec beaucoup de soins par les assiégés. Ainsi , Caen était attaqué sur trois points. Cette ville passait pour une des plus belles du royaume ; les Anglais l'avaient considérablement augmentée, beaucoup de leurs familles s'y étaient établies , et depuis trente ans qu'elle appartenait à ces étrangers, elle avait doublé sa population. Le jeune Henri VI l'affectionnait beaucoup; il l'habita quelque temps, et y établit une université savante, à l'instar de celle d'Oxford (i).

Pendant, que le connétable et Dunois exécutaient leurs mou vemens préparatoires, CharlesVII partit de Carentan avec le roi de Sicile, les ducs de Calabre , d'Alençon , de Lorraine , le comte du Maine, les sires de Tancarville, de St.-Pol, de Blainville, et i5,ooo hommes dont 6,000 decavalerie; on traînait à sa suite un nombre considérable de petits canons et de machines de guerre. Il logea le premier jour à St.-Sauveursur-Dive, le deuxième à Argenne, et le troisième il arriva au faubourg de Vaucelles , dîna dans les

(t) Hapin Thoiras , t. n.

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quartiers de Dunois , passa ensuite l'Orne sur le pont nouvellement construit, coucha à l'abbaye de la Trinité, laissa sur ce point 8,000 soldats, sous le commandement du roi de Sicile et du duc d'Alençon , et le lendemain il alla avec 7,000 hommes de réserve à l'abbaye d'Ardainne, où il resta pendant tout le siège. Ainsi il y avait 4o,ooo combattans réunis sous les murs de Caen. Le connétable apprenant que le roi de Sicile était à la Trinité , se lia avec ce prince en plaçant le sire de Beauvoir et i,5oo hommes entre l'abbaye St.-Étienne et le château ; certain que Charles VII et Dunois avaient terminé leurs mouvemens et se trouvaient en harmonie avec lui, il fit attaquer sur-le-champ les ouvrages avancés de la porte Bayeux, et les enleva après quatre heures d'une résistance très-vive ; les Anglais abandonnèrent l'extérieur, fermèrent les portes avec une promptitude admirable, et se retirèrent derrière les premiers murs très-épais, qu'on ne pouvait attaquer qu'avec des canons. Arthur en envoya demander au roi , mais Charles VII les refusa : quelque extraordinaire que fût ce refus, il ne dégoûta point le comte de Richemont , et servit même à sa gloire, puisque ce général réussit sans artillerie (1). Il abandonna l'attaque et fit

(1) Jean Gruel, p. 128. — St.-Rémi.

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travailler toute la nuit ses soldats à combler les fossés et à miner une tour de bois recouverte en maçonnerie, qui s'avançait en saillie et formait l'un des angles de la muraille. Les Bretons, encouragés par l'exemple de leur illustre chef, parvinrent à détacher du sol cette tour, l'étançonnèrent , et le lendemain , vers le milieu du jour, ils enlevèrent les supports; la moitié de la tour s'écroula avec un fracas épouvantable , entraînant dans sa chute les Anglais qui la défendaient, l'autre moitié resta debout mais enflammée , car les Bretons avaient mis le feu aux solives. La muraille présenta alors une vaste brèche vers laquelle les assiégeans s'élancèrent; ils y trouvèrent plus de résistance qu'ils ne le pensaient, car les assiégés, s'étant tous portés sur ce point comme le plus menacé , parvinrent à contenir les assaillans. Cependant leur danger augmentait à chaque moment : le comte d'Alençon avaitattaqué du côté delà Trinité, et s'était logé, malgré les efforts du duc de Sommerset, dans les fortifications les plus rapprochées du corps de la place. La présence de Charles VII, qui s'était avancé jusque sous les murs, transportait de joie les Français, dont les progrès devenaient rapides sur tous les points; Sommerset et les autres généraux, craignant d'être pris d'assaut, demandè-

rent à parlementer en s 'adressant au comte de Richemont , celui de tous qui avait pénétré le plus avant. Le connétable fu cesser le combat, et accorda une trêve de deux heures, en y mettant la condition de ne pas éteindre le feu de la tour; cette condition fut religieusement observée : une poutre enflammée s'étant détachée, enferma dans l'angle du mur un soldat anglais ; celui-ci, par respect pour le traité , ne détourna pas la poutre, quoiqu'elle brûlât ses vêtemens et ses cheveux. (Jean de Berry. )

Le connétable reçut les ouvertures des assiégés, et les transmit sur-le-champ au roi, en lui montrant le danger qu'il y avait de livrer au soldat une ville si opulente ; le roi se rendit à ces observations. Héricart, bailli de Caen , fut délégué par les Anglais; on convint que la place serait remise entre les mains du roi de France le i er juillet, si dans cet intervalle aucune armée ne se présentait pour faire lever le siège; on convint de plus que Sommerset paierait 3o,ooo écus d'or pourles frais de l'expédition, en laissant entre les mains des Français quatre généraux comme garans de cette clause : le château fut compris dans le traité. Sommerset s'y était renfermé avec sa famille et a,5oo soldats. On s'étonna avec justice que le gouverneur n'essayât

Digitiz

pas de conserver plus long-temps cette citadelle pourvue de vivres et réputée imprenable; plusieurs de ses lieutenans voulurent l'y contraindre; mais Sommerset persista dans sa détermination. Il obtint la faculté de s'embarquer à Cherbourg et d'emmener tous ses bagages, pour le transport desquels il fallut plus de 60 chariots (1).

Le i er juillet, aucune armée anglaise n'ayant encore paru, le bailli de Caen sortit par la porte St.-Julien, vint remettre les clefs au connétable, qui s'était avancé jusqu'à la tour de

(1) Le duc de Sommerset fut très-mal accueilli en Angleterre. On lui imputait la perte de la Normandie; on lui reprochait surtout de ne pas avoir fait son devoir à Caen. La chambre des communes présenta une adresse au roi pour le supplier d'envoyer le duc à la Tour, jusqu'à ce que sa conduite fût examinée. Les cris de la populace appuyèrent cette motion ; Henri VI se vit obligé de sévir contre Sommerset, qu'il chérissait. Le peuple, transporté de joie en apprenant que l'ancien gouverneur de la Normandie était arrêté, alla piller son hôtel; on fut obligé de publier la loi martiale pour mettre un terme à ces désordres. Le duc sortit de la Tour un mois après, devint premier ministre, prit le parti de la reine Marguerite, et fut fait prisonnier par Moutaigu à la bataille d'Exham, en i463; il eut la tète tranchée un mois après.

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Sylli (i ); Arthur les prit, et les remit sur-le-champ à Dunois qui se trouvait à côté de lui et que le roi avait désigné d'avance pour gouverneur de la ville et du château. Le comte de Richemont, à la.tête de 10,000 hommes, escorta les Anglais qui sortaient de la place, et les empêcha de se répandre dans la province ; il les conduisit tou* à Grand-Camp, où Ton avait rassemblé des moyens de transport. Après avoir présidé à l'embarque- « ment de ces troupes étrangères, lç comte de Richemont traversa le Cotentin une troisième fois, et alla mettre le siège devant Cherbourg, On assurait que César avait bâti cette ville lorsqu'il forma le projet de faire une descente en Angleterre; ce lieu fut appelé dans son origine Césarn bourg. Guillaume-] e*Gonquérant en fit une place maritime; les murs de la ville étaient beaucoup plus élevés du côté de terre que du côté de la grève, couverte chaque jour par la marée montante. L'attaque était regardée comme impossible de ce côté : beaucoup de canons, de bombardes et d'autres machines de guerre garnissaient les fortifications extérieures.

Le gouverneur se nommait Gouvel, vieux guerrier, frère d'armes deTaihot, et qui avait

(1) Jean Berry. — Grucl, p. 129.

défendu Rouen avec ce général; il s'était vu forcé de donner son fils unique comme caution de la somme souscrite par Sommerset, lors de la reddition de la capitale de la Normandie. On n'avait pas encore payé cette dette, et le jeune Gouvel marchait prisonnier à la suite du connétable, qui demanda cet otage à Charles VII , dans l'espoir de le faire servir à ses projets ultérieurs. La garnison de Cherbourg se composait de 1,000 Anglais et de i ,000 Français , reste du parti modéré. Ces hommes, qui n'eurent point le courage de se prononcer au commencement de la guerre civile, finirent par combattre leurs compatriotes réconciliés après tant d'orages. Le connétable en trouvait dans chaque ville qu'il prennait ; d'abord il les traita comme des ti altres , plus tard il les épargna comme des coupables malheureux. Les Anglais avaient grand soin de les faire comprendre dans les capitulations, pour prouver qu'ils n'abandonnaient jamais leurs partisans; Cherbourg était leur dernier asile; ils se montraient décidés à s'y défendre jusqu'à la mort.

Le connétable déploya à ce siège toutes les ressources de son génie. Il s'attacha d'abord à tromper les espérances que les assiégés avaient fondées sur la nature des lieux. Ils portaient tous

leurs moyens de défense sur la partie de la ville qui regardait la route de Noinville, seul côté accessible; car l'angle opposé se trouvait protégé par la Divette, qui formait à cet endroit une espèce de ceinture ; le côté de la grève était le seul vulnérable ; mais il paraissait impossible d'élever des ouvrages au milieu d'un sable mouvant que la mer recouvrait chaque jour. Les assiégés vivaient à cet égard dans une sécurité parfaite. Pour mieux les y entretenir, Arthur ordonna à l'amiral Coëtivi de placer ses quartiers devant la partie la mieux fortiBée, et de faire les démonstrations d'une attaque prochaine. Pendant que l'amiral exécutait ces ordres, le connétable tourna la place par le côté de l'ouest avec 4>ooo hommes et i,5oo travailleurs, entra dansla grève pour reconnaître la position , et se retira à la marée montante. Il s'établit dans le lieu où se trouve aujourd'hui le bourg d'Equendreville ; le lendemain il commença à faire travailler aux platesformes destinées à recevoir les batteries. Ce projet n'effraya aucunement les assiégés, qui le regardaient comme inexécu table. Le jour suivant, la mer enleva les travaux commencés ; cet accident ne rebuta ni la constance ni le courage de Richemont,qui ne cessa de présider chaque jour à de nouvelles constructions; mais le transport

des matériaux demandait beaucoup de temps.

Après un mois de tentatives inouïes l'entreprise n'avait fait aucun progrès ; les assiégés riaient de l'inutilité de tant d'efforts, et de leur côté les Français désespéraient de surmonter les obstacles; l'amiral Coè'tivi, dont l'esprit ne s'élevait pas à la hauteur des conceptions d'Arthur, résolut d'employer les moyens ordinaires pour réduire la place; en conséquence, sans consulter . le connétable , il livra du côté de terre un assaut général ; cet assaut échoua complètement, et coûta la vie à plusieurs milliers de braves soldats, l'amiral lui-même fut tué d'un coup de canon ; une bombarde frappa à mort Tugdugal de Rermoisan, le plus vieux de tous les capitaines bretons; il avait assisté à l'âge de seize ans à la bataille de Rosebec, et servit long-temps sous les ordres de Clisson (i).

Cet échec , à la suite duquel les assiégés espéraient faire lever le siège, ne découragea point encore le connétable , il ne servit qu'à le mieux convaincre de la nécessité d'attaquer la ville du côté de la mer ; il redoubla de soin pour accélérer la construction des plates-formes, et enfin, au bout d'un mois et demi , les travaux se trou-

(i) Loin n eau, t. il.

vèrent enfin au niveau de la muraille, mais la mer les couvrait encore pendant le flux, c'était, un inconvénient de force majeure; le général français le subit en cherchant seulement à le modifier autant qu'il serait en son pouvoir; il rendit sa bâtisse assez compacte pour résister à la violence des vagues, plusieurs essais le rassurèrent à cet égard; il y fit transporter les canons et les bombardes; cette opération très-difficile demanda beaucoup de temps, enfin les pièces furent mises en batterie, elles foudrçyèrent les remparts, et jetèrent quantité de projectiles jusqu'au centre de la ville ; les assiégés espéraient que la marée montante enlèverait cette artillerie, ou la mettrait hors d'état de servir; leur joie fut de courte durée ; le connétable avait tout prévu , il trouva moyen de soustraire les canons et les munitions à l'action de l'eau en les enveloppant entièrement d'une peau huilée préparée à cet effet (1), ce qui réussit fort bien ; après le reflux les batteries recommencèrent le feu ; mais 4 canons crevèrent ; ces machines de guerre étaient encore fort mal établies, et les soldats ne savaient pas les manier, cependant il en resta assez pour couvrir la ville de décombres ; la consternation

(i) Lobincau, t. n. — Jean Gruel , p. i3i.

s'empara des habitans, qui, jugeant leur position désespérée, demandèrent vivement à capituler; Gouvel, partagé entre son devoir et la crainte d'être pris d'assaut, montrait beaucoup d'hésitation : il ne paraissait pas éloigné de parlementer , quand un message du connétable bannit ses incertitudes; Arthur proposait de lui rendre son fils unique, qu'il gardait comme otage; or tout faisait croire au gouverneur que la somme consentie dans la capitulation de Rouen ne serait jamais payée , et que dans ce cas son fils serait condamné à une captivité perpétuelle ; quelques menaces mêlées aux propositions du général français alarmèrent Gouvel sur le sort de son fils ; la tendresse paternelle triompha du devoir; le gouverneur consentit à rendre la place. Arthur remit le jeune homme entre les mains de son père, et prit possession de Cherbourg dont la réduction couronnait la conquête de toute la Normandie.

Ainsi au bout de dix mois cette belle province fut enlevée aux Anglais, qui, à la faveur de nos discordes civiles , en étaient restés maîtres pendant trente-cinq ans.

Pendant que le connétable terminait la conquête de la Normandie par la prise de Cherbourg, François, duc de Bretagne, l'instituait son

exécuteur testamentaire : ce prince mourut le 19 juillet. Arthur se rendit aussitôt auprès dé Pierre II son troisième neveu, et nouveau souverain de la Bretagne; il l'accompagna dans son entrée àRennes; et, sur ses sollicitations, le duc se décida à rendre à Charles VII l'hommage de vassal exigé par les lois féodales : cette formalité resserrait les liens du feudataire. Quelques seigneurs bretons, vendus aux intérêts de l'Angleterre, détournaient Pierre II de cette démarche; mais la voix du comte de Richemont fut plus puissante. Arthur conduisit son neveu à Montbazon, où Charles VII tenait sa cour. «Le duc fit au roi telle redevance comme il le devoit, à cause de la duché, et hommage à cause de la comté de Montfort. » ( Jean Gruel. )

Les deux princes bretons séjournèrent quinze jours à Montbazon ; dans cet intervalle le connétable apprit qu'Olivier de Meel , le chef des meurtriers de Gilles, était caché à Marcoussi, château près de Paris, appartenant au sire de Graville; il donna commission aux sires d'Epinai et de Quelen de se transporter à Marcoussi avec des archers , et d'enlever d'autorité Olivier de Meel , ce qui fut exécuté malgré la résistance du sire de Graville : on conduisit le criminel à Rennes. Mais le roi et son conseil se montrèrent

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fort mécontens de cet enlèvement fait sur les terres de France sans aucune autorisation; on députa à Vannes deux conseillers pour réclamer le prisonnier, on s'y refusa: il allait en résulter un éclat fâcheux, lorsque le connétable s'interposa entre les gens du roi et les magistrats bretons. D'après une convention approuvée par Charles VII , on remit Meel entre les mains des conseillers du parlement de Paris, qui l'ayant gardé un jour entier, le rendirent le lendemain sur la supplique écrite des magistrats de Rennes. Olivier de Meel et quatre de ses complices eurent la tête tranchée le jour suivant. Après avoir fait subir à ces criminels un châtiment réclamé par toute la Bretagne, le comte de Richemont se rendit en Normandie, dont le roi l'avait nommé gouverneur général : il s'appliqua à raffermir le pouvoir royal dans cette province ; le pays goûta une paix profonde sous l'administration paternelle du comte de Richemont, qui passa dans cette province ou dans sa retraite de Parthenay six années, les plus tranquilles de sa vie.* Ayant appris en 1457 que Pierre son neveu était dangereusement malade, il se rendit auprès de lui, et reçut ses derniers soupirs le 22 septembre de la même année. Pierre se plaignait sans cesse d'un feu intérieur qui le dévorait; les médecins,

ne connaissant pas ce genre de maladie , ne pouvaient lui porter, aucun soulagement : le vulgaire ne douta point que ce mal ne lui vint d'un sort que l'évêque de Rennes, son ennemi personnel, lui avait jeté. Plusieurs empiriques offrirent leurs services pour le guérir avec l'aide de l'esprit des ténèbres; mais le duc répondit : « qu'il aimait mieux mourir de par Dieu , îjue de vivre de par le diable (i). » Il ne laissa pas d'enfans de Françoise d'Amboise , sa femme , douée de toutes les qualités du corps et de l'esprit; il déclara au lit de mort qu'il laissait cette princesse aussi pure qu'il l'avait prise; conduite singulière dans un souverain héréditaire, et qui paraît encore plus étrange lorsque Ton réfléchit qu'il laissa une fille naturelle. Pierre avait toujours été sombre , inquiet, et tellement emporté qu'il battait la duchesse sa femme ; mais la singularité de£a vie privée n'eut aucune influence sur la destinée de ses sujets , qui bénirent longtemps sa mémoire ; il réduisit considérablement les impôts, et diminua par ses largesses le nombre des malheureux.

I^a mort successive de ses trois neveux rendit le comte de Richemont l'unique héritier du

(i) Lolnmau, t. 11. — Dom Morice, t. 1.

duché : les états réunis à Rennes le reconnurent pour souverain; les Bretons saluèrent son avènement avec enthousiasme. Arthur, troisième du nom, envoya le sire de Saint-Simon au roi, pour lui faire part de son élévation au trône ducal, et déclarer en même temps que son nouveau rang ne l'empêcherait pas de conserver la charge de commandant des armées de France, et qu'il serait toujours prêt à l'exercer si l'État' se trouvait en péril* La noblesse bretonne ne vit pas d abord avec plaisir cette déclaration; elle pressa Arthur de se démettre d'une dignité secondaire pour un prince souverain. «Je veux, répondit le héros , honorer dans ma vieillesse une charge qui a honoré ma jeunesse (i). »

Le premier acte de son règne fut de satisfaire la vindicte publique , en recherchant ceux qui avaient eu part, directement ou indirectement, au meurtre du prince Gilles; la nation entière demandait une réparation éclatante, d'un forfait inouï, qui imprimait une tache au caractère breton. On arrêta Henri de Villeblanche, Michel de Parthenay , Jean de Hingant , Hogier et Coetlogon, accusés d'avoir été instigateurs de cet attentat : on instruisit contre eux; mais ces

(i) Toutes les chroniques.

nobles ayant prouvé qu'ils n'y avaient eu aucune part, le duc rendit hommage à leur innocence , les fit mettre sur-le-champ en liberté, et l'on continua les recherches.

Nous avons dit qu'Arthur s'était empressé d'envoyer une ambassade au roi pour l'informer de son avènement au trône ducal; sa communication réjouit fort Charles VII, qui le pria de venir le joindre au plus tôt, pour le consulter sur le mariage projeté de Madelaine sa fille avecle jeune Ladislas, roi de Hongrie. Le prince breton ne plaisait pas au roi à cause de la raideur de son caractère; mais comme son dévouement n'était pas douteux, et que la sagacité de son jugement égalait sa valeur, on ne traitait rien d'important sans le consulter.

Le duc partit de Nantes le i janvier, accompagné d'une suite très-brillante, car il aimait le faste; il menait avec lui les officiers de sa maison, 200 nobles, 100 valets, 5o chevaux hauts destriers, 4 chevaux de bataille, plusieurs équipages de chasse, et même des lutteurs: les souverains de la Bretagne aimaient beaucoup l'exercice de la lutte; Arthur voulait en donner le spectacle à la cour de France. Il prit le chemin de Tours , où Charles VII résidait alors ; en pas- Isant à Angers, il se trouva saisi d'un mal violent

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