LIVRE III
Arthur, nommé connétable, ramène la fortune sous les
drapeaux de la France.
Arthur de Richemont arriva en Bretagne vers le milieu de i4a5 , dans l'intention de mettre en usage son crédit pour enrôler sous les drapeaux <le la France le plus de troupes qu'il pourrait. Le duché n'avait point essuyé de malheurs notables ; les oscillations politiques de Jean V avaient épargné beaucoup de calamités à son pays ; la Bretagne regorgeait d'hommes qui n'attendaient qu'un signal pour voler aux armes. Arthur parut au milieu d'eux comme le dieu* de la guerre; il parcourut les diverses contrées du duché, revêtu des insignes de sa haute dignité, et précédé d'un chevalier, qui portait l'épée du connétable. La vue de cette épée rappela à tous les Bretons des idées de gloire; ils l'avaient vue dans les mains de Duguesclin et de Clisson, leurs compatriotes, qui s'étaient illustrés par leurs victoires sur les Anglais. Ce souvenir les entraîna sur ses pas; vi. 10
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en peu de temps il en compta 6,000 réunis autour de lui; malheureusement c'était pour la plupart de jeunes chevaliers, bouillans de courage» il est vrai, mais inexpérimentés dans le métier des armes ; néanmoins des nobles du Berri , du Maine , de l'Auvergne , qui faisaient la guerre en partisans, accoururent en Bretagne, et se réunirent à eux , dans l'espérance de concourir à des résultats plus importans, sous le commandement d'un général célèbre.
Le comte de Richemont partit à la tête de 7,000 hommes pour aller joindre le roi ; mais quel fut son étonnement , en passant à Angers , d'y trouver l'évêque de Clermoht et le sire de Brignac, qu'il avâit laissés auprès de Charles VII pour veiller à l'fe*écution du traité qui l'avait fait consentir à prendrë I'épée de connétable. Ils lui apprirent qu'il était à peine parti de Chinon, que le rôi, d'un caractère extrêmement faible, cédant aux pressantes sollicitations du président Louvet, avait hôn-seulement gardé près de lin les personnes dont Péloignement était une des condition^ formelles de son alliance avec le prince bretoii , mais qu'il avait triêntè chassé de sà cour celles que le nouveau Connétable y avait laissées; ils diraient vrai, car Louvet avait su gagner la confiance de Chartes VII par
sa souplesse, et surtout en flattant son goût pour les plaisirs; il avait offert aux yeux du roi sa fille aînée , jeune personne d'une beauté rare et d'un esprit remuant; le prince , charmé à la première vue, avait pris pour maîtresse cette femme dangereuse. Louvet , régnant par le crédit de sa fille, éloigna de son maître les hommes rigides dont la voix importune aurait pu le rappeler à ses devoirs; il peupla la cour de favoris pusillanimes* dont la présence faisait le désespoir de Tanneguy- Duchâtel et des vrais amis du trône.
Arthur, indigné du renvoi de ses conseillers, instruit de la position du roi , prit la résolution de Je délivrer des indignes flatteurs qui lui faisaient oubliet* le soin de sa gloire ; il continua sa route avec son armée * dans l'espérance de trouver le roi à Saumur; mais le jeune monarque, redoutant sb présence, avait quitté cette ville pour aller à Chinon; le connétable l'y suivit; il arriva trop tard ; enfin il ne l'atteignit qu'à Bourges, après l'avoir poursuivi comme un ennemi que l'on veut réduire. L'arrivée de ce général inspira l'effroi àux courtisans; Frottier, d'Àvaugôur, le chancelier Le Masson , dont l'éloignement avait été demandé, se retirèrent au seul bruit de son approche. Arthur fit son entrée dans la capitale du Berri, à là tète de 7,000
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Bretons ; après avoir salué Charles VII, il lui rappela son traité, en le sommant de bannir de sa cour les personnes désignées par lui : Charles refusa sèchement; le connétable insista avec fierté; il allait en résulter un éclat , lorsque Tanneguy, sentant combien une rupture serait préjudiciable au royaume dans la position où se trouvait la France , se sacrifia et se retira de luimême , malgré les instances du roi; il partit pour Beaucaire, dont il était sénéchal (i). Louvet n'imita point ce généreux dévouement; il espérait se soutenir par le moyen de ses deux filles, dont Tune était la maîtresse du roi , et l'autre la femme du bâtard d'Orléans ( Dunois ) ; mais tout ce qui entourait le monarque se déclara tellement contre lui , qu'il se vit dans la dure nécessité de céder à l'orage : il alla cacher son dépit au fond du Comtat venaissin, emmenant avec lui le bâtard d'Orléans, son gendre, qui partagea quelque temps sa disgrâce.
Arthur, que nul autre soin ne retenait à Bour-
(i) Tanneguy-Duchâtel ne reparut plus à la cour, mais il continua à rendre à l'État des services signalés. C'est à tort que Moreri le fait mourir en i449« ^ se trouvait à Montpellier en ifôb comme plénipotentiaire du roi de France ; il fit conclure avec le roi d'Aragon une alliance très-avantageuse. (Hist. du Languedoc, t. h, p. 35.}
ges , entra en campagne, attaqua plusieurs divisions qui occupaient le Bas-Maine, les tailla en pièces, et reprit la Flèche, place très-importante;
ce succès, aussi prompt qu'inespéré, arrêta la marche des Anglais sur le centre, et rassura Charles VII et sa cour. L'hiver vint interrompre les opérations; c'est dans ce moment de relâche que le connétable, tour à tour guerrier et négociateur, se hâta de resserrer les liens qui unissaient déjà le duc de Bretagne son frère au nouveau roi de France; il aplanit les difficultés existantes, et parvint à réunir les deux princes; l'entrevue eut lieu à Saumur. Jean V y fit hommage de son duché à Charles VII (fin de ); k la nouvelle de cette alliance , Bedfort fit les démonstrations les plus hostiles ; il ordonna au comte de Suffolk, gouverneur de la Normandie , de concentrer sur un seul point les troupes disséminées dans cette province, de pénétrer en Bretagne , et de mettre tout à feu et à sang. Le comte de Richemont, aussi prompt dans l'exécution que dans la conception , prévint les Anglais; il fondit sur la Normandie à la tète de 1 5,ooo hommes, dispersa les détachemens qui s'opposaient à son entrée dans la province, et prit Pontorson , passant au fil de l'épée la garnison, qui avait refusé de se rendre à la première
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sommation ( i4*6 ). Avant dq commencer cette campagne , le connétable avait eu soin de rappeler le gendre de Loqvet , le bâtard d'Orléans , dont les talens lui étaient connus; il le nomma son lieutenant , afin de montrer qu'il protégeait le mérite partout où il le rencontrait.
Après la conquête de Pontorson , le connétable forma le siège deBeuvron , forteresse de première ligne , qui couvrait la frontière de la basse Normandie : 6,000 Anglais défendaient ce point important. Le général français avait sous ses ordres près de 20,000 borames , la moitié Bretons volontaires , et qui n'avaient jamais fait la guerre ; l'autre moitié se composait de vieilles bandes. D'après le traité de Saumur , Charles VII s'était engagé à payer ces soldats, et l'on avait même affecté à cet objet les contributions du Langue* doc, les seules qui rentrassent avec régularité.
Les Bretons se montraient très-exigeans dans le paiement de leur solde ; le connétable demanda de l'argent au chancelier de Bretagne, entre les mains de qui l'on était convenu de verser les contributions du Languedoc ; mais le chancelier répondit qu'il n'avait encore rien reçu : ces délais impatientaient les soldats bretons , qui abandonnaient partiellement le siège. Le comte de Richement lit dés efforts impuissans pour les
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retenir; il échoua complètement dans son entreprise , se vit obligé de lever le siège , et de battre en retraite devant Suffolk et Salisburi , accourus à la tête de i5,ooo hommes; il gagna les frontières de la Bretagne avec 5 ,000 soldats. En arrivant dans le duché , il fit arrêter le chancelier de son frère , se le fit amener, et Lui annonça qu'il allait payer de sa tète les revers qu'on venait d'essuyer, revers que le connétable attribuait avec raison au manque d'argent. Le chancelier se défendit , prouva victorieusement son innocence ; il rejeta tous les torts sur Giac, nouveau ministre de Charles VII , qui , ayçnt touché le produit des contributions du Languedoc , avait refusé constamment d'en faire le versement entre ses mains. Bichemont, aussi juste que sévère, fît mettre en liberté le chancelier de Bretagne, se proposant de faire tomber le poids de sa vengeance sur l'indigne favori qui avait compromis le sort de FÉtat. La voix publique légitimait le ressentiment du connétable; ou accusait Giac d'avoir favorisé les Anglais par des délais calculés ; le caractère de ce ministre donnait du poids à l'accusation : Giac avait trahi à W^ontereau le duc de Bourgogne, son maître et son bienfaiteur; il s'était fait ensuite la créature de Louvet , qui , à son départ , l'avait donné à Charles VII. Il de-
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vait naturellement se montrer disposé à venger le président; il ne pouvait mieux y parvenir qu'en faisant manquer les opérations militaires du connétable, afin de montrer au roi le comte de Richemont comme un allié inutile et un général sans talent. Arthur saisit le fil de cette trame; il ne lui fut plus permis de douter que le ministre, dont l'avarice égalait la duplicité, avait détourné à son profit la majeure partie de l'argent destiné à la solde des troupes. Richemont jura de punir le coupable; il lui était d'autant plus aisé de se satisfaire à cet égard, que toute la noblesse partageait son indignation. Pour mieux gouverner Charles VII, le favori le plongeait dans la mollesse, et le tenait dans une espèce de captivité, en le rendant inaccessible à ses plus fidèles serviteurs , et même à sa famille. Aucune plainte ne parvenait au roi : la puissance du favori avait triomphé de toutes les attaques; mais elle ne put résister à celles du comte de Richemont.
Après avoir levé le siège de Beuvron, ce général, redoutable même dans ses revers, tailla en pièces 5,ooo Anglais qui voulaient lui couper la retraite sur le Maine, et enleva de vive force Garlande. Il rentra ensuite en bon ordr3 dans la Touraine, et fit annoncer au roi qu'ayant à coi>
verser avec lui pour régler le plan de la campagne suivante, il venait le trouver à Chinon. En effet il s'y rendit , et fut reçu aux portes de la ville par Giac lui-même.
Malgré l'impétuosité de son caractère, Arthur put contenir son indignation à la vue de ce traître; mais après un séjour d'une semaine à Chinon , la cour s'étant transportée à Issoudun , le connétable l'y suivit, et annonça sans déguisement aux vrais amis de Charles qu'il les délivrerait bientôt de l'indigne favori. Ayant passé quelques jours à Issoudun, il manifesta l'intention de se mettre à la tête des troupes pour disputer le terrain aux Anglais. Charles VII, que l'austérité du guerrier breton importunait, l'y encouragea; le connétable prit congé du roi, donna aux gens de sa maison les ordres du départ, et le lendemain matin à l'aube du jour il se fit dire la messe; à peine le chapelain commençait-il la cérémonie, qu'on vint dire au comte de Richemont que tout était prêt ; il descendit précipitamment, et trouva dans la cour Jean d'Albret et La Trémouille avec (\o hommes. Il leur commanda d'aller investir la demeure de Giac , et de se saisir de ce ministre ; ces deux officiers obéirent sur-le-champ, enfoncèrent les portes de la maison, entrèrent dans l'apparte-
ment du favori qu'ils trouvèrent endormi; ils l'arrachèrent des bras de sa femme. Le misérable n'eut pas le temps de se vêtir, et ne put emporter que son manteau et une seule bottine. On le plaça sur un cheval , et malgré la garde du roi, accourue à son secours, on l'entraîna à la porte de la ville où l'attendait une escorte de 4oo hommes placés en ce lieu par le connétable. Alain de Girons, commandant de ce détachement, conduisit Giac au château de Dun-le-Roi , appartenant au comte de Richemont; un tribunal institué d'avance y attendait le coupable pour le juger : l'instruction commença sur-le-champ. Le ministre fut accusé d'avoir empoisonné sa première femme, Jeanne de Naillac, grosse de six mois; Giac ne nia point le crime. On l'accusa ensuite d'avoir détourné à son profit des sommes considérables destinées au service du roi. Le prévenu convint de tout, espérant racheter sa vie par un aveu volontaire : il fut condamné à mort. Il demanda alors un sursis, en suppliant le tribunal de permettre qu'on portât de sa part des propositions au connétable, qui, ne voulant pas venir à Dun-le-Roi pendant la procédure , s'était arrêté à Levroux. Giac offrait au comte de Richemont de ne plus reparaître à la cour, et de payer 3oo,ooo écus, en réparation des doni-
mages que ses retards avaient causés lors de l'expédition de Beuvron. L'inflexible connétable répondit que tout l'argent du inonde entier ne sauverait pas le coupable, et que Giac devait subir la, peine prononcée contre lui. Ce malheureux fut enfermé dans un sac de cuir , et jeté dans la Loire.
Tous les gens de la cour remercièrent le comte de Bichemont de les avoir délivrés de Giac. Charles VII se montra fort courroucé; mais peu de jours après il parut joyeux de la disparition du favori dont la présomption commençait à le lasser. 11 le remplaça sur-le-champ par Le Camus de Beaulieu, qu'il nomma égale* ment ministre de sa maison. Le Camus était un simple écuyer d'une naissance obscure, jeune et rempli de grâces; la faveur l'aveugla tellement que, sans songer à la funeste destinée de son prédécesseur, il marcha sur ses traces , et déclara qu'il vengerait la mort de Giac sur le comte de Richemont lui-même. Ce général apprit avec mépris ces menaces, et toujours guidé parle bien de l'État il vola ou la gloire l'appelait.
Il se rendit dans la haute Bretagne menacée par Suffolk, présenta la bataille à ce général, qui la refusa et se retira précipitamment vers la Normandie : satisfait d'avoir préservé le duché
d'une invasion, Arthur licencia les communes, ne garda que les troupes bretonnes au service de France, et s'occupa à augmenter les fortifications de Pontorson. Il laissa dans cette ville le sire de Rostremen avec une forte garnjson , et vint joindre le roi à Poitiers (fin de i4*6). Il trouva la cour ce qu'elle était du vivant de Giac; Beaulieu, abusant de son crédit d'une manière fâcheuse, entretenait le roi dans ses goûts pour la mollesse. En vain le connétable suppliait Charles VII de se montrer à ses troupes, afin de soutenir le zèle de ses partisans en paraissant partager leurs dangers. Le monarque , sourd à sa voix, restait enfermé au fond de son hôtel, passant les journées entières à jouer aux cartes, jeu nouvellement inventé, et qu'il aimait passionnément : Beaulieu et la fille de Louvet étaient les seuls qui partageassent sa solitude. Le favori isolait Charles VII de tout le monde, et fermait les portes aux personnes les plus en droit d'approcher de leur maître. Le connétable essuya les mêmes refus; outré d'un pareil procédé, le prince breton résolut d'arracher le roi à l'esclavage dans lequel il vivait.
La façade intérieure de l'hôtel habité par Charles VII regardait une belle pelouse que bordait la Vienne; le prince avait coutume de se placer
au balcon après son dîner, et prenait plaisir à voir jouer sur ce gazon son favori, très-habile à tous les exercices du corps. Un soir que Beaulieu s'esbattait avec un autre écuyer nommé Lagrange, six hommes de la compagnie d'armes du maréchal de Boussac , sortirent d'une embuscade 011 ils s'étaient tenus cachés , franchirent les palissades qui bordaient la prairie, entrèrent dans le jardin, et firent main-basse sur le favori, qu'ils laissèrent mort. Les cris que Charles VII poussait sur son balcon pendant ce massacre n'arrêtèrent point les meurtriers, qui, après avoir consommé leur crime, se jetèrent dans la rivière, et parvinrent au bord opposé, sans qu'on songeât à courir après eux.
Personne ne douta que le coup n'eût été commandé par le connétable. La nouvelle de la mort de Beaulieu causa des transports de joie universels. Le même soir, le comte de Richemont alla visiter le roi , qui lui reprocha avec fureur l'attentat de la journée. Le général répondit froidement :« Monseigneur , c'est pour le bien de votre royaume. — Mais puisque vous m'enlevez tous mes ministres sous prétexte qu'ils vous déplaisent, répliqua Charles, indiquez-m'en un qui vous convienne. » Arthur savait que son maître ne pouvait se passer de favori , il prit le parti de
lui en donner un de son choix ; il lui désigna LaTrémouille, qui avait épousé la veuve du duc de Berri, et en dernier lieu la veuve de Giac. Charles VII refusa avec impatience ce nouveau favori; Arthur insista, et le roi céda selon sa coutume. « Vous me le baillez , dit-il à Richement ; mais prenez-y garde , vous serez le premier à vous en repentir. » Cette prédiction se vérifia.
Georges de La Trémouille, comte de Guines et de Boulogne , était un des plus illustres et des plus puissans seigneurs du royaume; son père, pris à Nicopolis , avait terminé sa vie dans les fers; lui-même, après avoir combattu vaillamment à la bataille d'Azincourt , tomba au pouvoir des Anglais ; il' n'avait recouvré la liberté qu'à la mort d'Henri V; sort mariage avec Jeanne, comtesse d'Auvergne, veuve d'un prince du sang , en augmentant sa fortune * avait donné plus de relief à sa famille ; il avait trente-huit ans , c'est l'âge dô l'ambition ; il était altier, amoureux du pouvoii 4 , et profond politique; il avait brillé dans plusieurs négociations difficiles, et personne ne contestait ses talens. On voit que c'était un homme d'une autre importance que Giac' et Beaulieu* et peut-être Arthur fit-il une faute d'en faire un favori. En effet, le regardant comme
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sa créature, il voulut lui tracer sa ligne de conduite ; mais le nouveau ministre ne se montra pas disposé à suivre ses instructions; le connétable, vivement piqué, lui témoigna son mécontentement, en lui rappelant avec hauteur qu'il ne devait qu'à lui seul sa nouvelle élévation , et ces deux hommes, remplis de fierté, se séparèrent ennemis irréconciliables.
Le comte de Richemont partit pour le Gatinais , où les Anglais faisaient de rapides progrès. Le comte de Salisbury assiégeait Montargis, place voisine de Paris, et que jusqu'alors on avait eu le bouheur de soustraire à leur domination. la garnison et les habitans se défendaient vaillamment; mais ils manquaient de vivres. Le général français s'avança jusqu'à Gien , et y concentra plusieurs divisions commandées par le bâtard d'Orléans * Guitry i Gaucourt, Xaintraillé, La Hire , Girard de Pallière et Alain Girons. Ces officiers déclarèrent qu'ils étaient charmés de faire la guerre sdus ses ordres , mais qu'ils ne marcheraient que lorsqu'ils auraient reçu de 1 argent. « Depuis long-temps, disaient-ils, nous avons dépehsé notre bien à solder les bandes, pendant que le roi, renfermé dans son hôtel, emploie aux plus folles dépenses le peu de revenus que l'on retire des provinces. » Arthur
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sentait la justesse de ces observations, mais le moment de les faire était mal choisi ; il aurait pu dire à ses généraux qu'il ne fallait pas songer à l'argent au moment de tirer l'épée ; il aima mieux mettre en gage, à Bourges, sa couronne de comte, faite d'or massif et garnie de pierreries estimées 10,000 écus (200,000 francs d'aujourd'hui). Un riche bourgeois nommé Jean Besson, lui prêta les deux tiers de cette somme. Arthur donna sur-le-champ cet argent aux capitaines ; alors on quitta Gien , et on alla prendre position en avant de Jergeau pour tenir en échec le comte de Warvick, qui protégeait les opérations du siège. Le comte de Richemont voulait aller lui-même jusqu'à Montargis pour y introduire des vivres et quelques compagnies; mais ses officiers l'en dissuadèrent : « Ce n'est pas le fait d'un homme de telle maison , dirent-ils , ni d'un connétable, d'aller ravitailler une place.» Le général se rendit à cette représentation , et fit choix de Xaintraille et du bâtard d'Orléans, dont il appréciait le mérite; il leur donna 1,600 hommes et un convoi; le bâtard passa sur le corps de l'ennemi, et entra triomphant dans la ville. Nous donnerons, dans la vie de ce guerrier, les détails de cette glorieuse expédition. Warwick leva le siège de Montargis, et se retira
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vers Paris, sans chercher à attaquer le connétable ; celui-ci profita de cette retraite pour faire reconnaître l'autorité de Charles VII dans le Gatinais; il quitta ensuite cette province, entra une seconde fois dans le Maine, où les Anglais , commandés par le duc dé Bedfort en personne, avaient pénétré de nouveau. Déjà St.-Ouen, Montsur, étaient tombés en leur pouvoir; ils assiégeaient La Gravelle. La marche du connétable fut si rapide et si secrète, qu'il arriva avec 6,000 combattans sous les murs de la place , au moment où le gouverneur , désespérant d'être secouru, réglait les conditions de la capitulation. Bedfort, qui avait cru le général français beaucoup plus éloigné , surpris de son apparition imprévue, leva le siège, et se retira précipitamment sur la Normandie , sans oser se mesurer avec lui. Le connétable, tranquille sur le sort de la province, renforça les garnisons de Laval , de Craon , d'Angers , et arriva à Loudun où il croyait trouver Charles VII ; mais la cour avait quitté cette ville. Il apprit que LaTrémouille, de plus en plus jaloux de son mérite, travaillait à le perdre entièrement dans l'esprit du roi, et montrait à Charles VII le danger qu'il croyait voir à confier le commandement des armées au frère de l'allié de l'Angleterre , car le duc de Bretagne