HT
ii94 VIE BES 6KAlfD9 mmiES.
ff ivâie caii^Ssîeiiiie). Il est tristt à& n^êtrë oeeispê ■ ^e (fatomes et âe rais o M ie mai ri t y si subtillr
i qne Ton n'y puisse atteindre^.
' • c Quoi qu'il puisse arriTer, je ▼oos assure que » iaa reconnaissance et ma tencfresse seront Um* » jours les mêmes pour \ous, me b«lte petite 9 sœur. »
Cbmeflle, fei Fontaine, Beurdaloue, BSossuet, Fé^ nêlon, FArioste, le Tasse, Pétrarque, Hfontai^e, Boiieau, Don Quichotte, le Koran, Nicole, Pîascat, Kblière, étaient ses faveris ; elle ne pressentait pas la grandeur de Racine, dissimulée s€n» runiferme perfection du stylle, dians le poète jeune encore qui tenait éclipser ses vieilles admirations. Racine, d^ailleurs, alors amoureux de la Chsmipmeslé, actrice et beauté célèbre, était le rival heureux du baron son fils, épris de la même comédienne, et qui lui prodiguait son cœur et sa fortune. Les préventions de madame de Sévigné contre Racine étaient une antipathie de famille. Dans tout te reste, son jugement sain était le précurseur aie celui de la postérité. Son parti pris contre les jésuites et son engouement pour les jansénistes ne Tempêchaient pas de proclamer Bossuet et Bourdaloue les maîtres de la chaire sacrée, et de s'extasier à leur prédication. Sa dévotion cependant , conforme en cela aux autres sentiments de son âme, sacrifie tout à son unique passion pour sa fille ; elle était plutôt une science
MJJèAME J>E SEYlfiXÉ. m
qu'une ifiBpual.iftn, un devoir de sa vie qu'un élap db MOU âme. La f<n apprise ea faisait le fond^ l|i piété tendre n'y était pour rien, elle croyait p|ui; qu'elle n'adorait. « Je viens de classer ma petite B bibliothèque en une matinée, » dit-elle. « J'opi » apporté ici une quantité de livres, je les ai rang^ ji œ matin ; on ne met pas la main sur tel que c^ » i»oit.sans qu'on ait envie de le lire tout entieir^
• toute une tablette de dévotion. Bon Dieu! quçl » point de vue pour honorer notre religion I L'auti^B « tablette est toute d'histoire admirable ! l'autre dfi » morale, l'autre de poètes, et de nouvelles, et dfi
• mémoires . Les romans sont méprisés et ils oijit » gagné les petites armoires.' Quand je rentre dai^3 » 'Ce cabinet, je ne comprends pas pourquoi j'en » sors. Il serait digne de vous, ma fille. »
Les plus hautes questions de métaphysique sacrée BB jouent alors sous sa plume avec la même souplesse de mouvement que les badinages de sa pensée. Elle soutient, en les modérant par son sens exquis, les théories sur la grâce et sur Yaction de Dieu dans les créatures, sorte de fatalité chrétienae de ses amis de Port- Royal. Une femme, simple disciple, corrige, en les expliquant, les apôtres.
« Vous lisez donc saint Paul et saint Augustin? « Voilà les bons ouvriers pour jétablir la souvç-
raine volonté de Dieu ; ils ne marchandent point à dire que Dieu dispose de ses créatures. Gonune le potier, il en choisit, il en rejette ; ils ne sont point en peine de faire des compliments pour sauver la justice, car il n'y a point d'autre justice que sa volonté : c'est la justice même, c'est la règle, et, après tout, que doit-il aux hommes? Rien du tout. Il leur fait donc justice quand il les laisse à cause du péché originel, qui est le fondement de tout, et il fait miséricorde au petit nombre de ceux qu'il sauve par son fils. Jésus-Christ le dit lui-même : « Je connais mes brebis, je les mènerai paître moi-même, je n'en perdrai aucune ; je les connais, elles me connaissent. Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres ; ce n'est pas vous qui m'avez choisi. » Je trouve mille passages sur ce ton, je les entends tous, et, quand je vois le contraire, je dis : C'est qu'ils ont voulu parler communément ; c'est comme quand on dit que Dieu s'est repenti, qu'il est en furie, c'est qu'ils parlent aux hommes ; et je tiens à cette première grande vérité, qui est toute divine, qui me représente Dieu comme Dieu, comme. un maître, comme un souverain créateur et auteur de lunivers, et comme un être enfin très-parfait selon la réflexion de votre père (Descaries). Voilà mes petites pensées respectueuses dont je ne tire point de conséquences ridicules et qui n'ôtent point l'espérance d'être du nombre choisi après
MADAME DE SËYIGNÉ. 337
» tant de grâces qui sont des préjugés et des ■ fondements de cette confiance. Je hais mor- » tellement de vous parler de tout cela, pourquoi » m*en parîez-vous? Ma plume \a comme une » étourdie ! »
Elle passe de ces sublimités de la métaphysique aux plaisanteries les plus enjouées et les moins maternelles sur les amours de son fils, qu'elle livre à la risée un peu amère de sa sœur. Par une fatalité héréditaire contre le cœur des Sévigné, cette même Ninon de Lenclos, qui avait enlevé à vingt ans Tamour de son mari à madame de Sévigné, lui enlevait à cinquante-quatre ans le cœur de son fils. La Qeur de la beauté survivait aux années dans cette courtisane. Sa renommée d'esprit, de goût, de philosophie qui s'accroissait avec le nombre de ses adorateurs, ajoutait pour Sévigné à sa séduction. Ninon n'était plus seulement un attrait, elle était une mode; on se glorifiait d'être asservi à ses charmes. Les hommes les plus illustres par le talent, et quelques-uns même des plus austères par leurs principes, ne se déshonoraient pas en fréquentant sa maison. On voit par les plaintes de maiame de Sévigné à sa fille que Racine et Boileau sou paient chez Ninon aux dépens de son fils, après avoir lu le matin leurs vers au roi et à madame de Maintenon.
Cette double séduction dans la même famille, à trente ans de distance rouvrit, la blessure au cœur
Z9% VIE DES CiRANIlS HOMMES
de madame de Sévigné ; elle ae révolta contre Ninon et s'efforça de faire rougir Bon fils d'une pasaion contre nature. « Mais qu'elle est dangereuse cette Ninonl • écrit-elle à sa fille ; « ai tous aaviez comme elle dogmatise sur la religion, cela tous ferait horreur. Son zèle pour perrerUr les jeunes gens est pareil à un certain M. de Saint-Germain, que nous avons vu quelquefois à Livry.
Elle trouve que votre frère a la simplicité d'une colombe ; il ressemble à sa mère; c'est madame de Grignan qui a tout le sel de la maison et qui n'est pas si sotte que d'être dans cette docilité. Quelqu'un pensa prendre votre parti , et voulut lui 6ter l'estime qu'elle a pour vous : elle le fit taire et dit qu'elle en savait plus que lui. Quelle corruption I Quoi ! parce qu'elle vous trouve belle et spirituelle, elle veut joindre à cela cette bolme qualité sans laquelle, selon ses maximes, on ne peut être parfaite 1 Je suis vivement touchée du mal qu'elle fait à mon fils sur ce chapitre. Ne lui en mandez rien : nous faisons nos efforts, madame de la Fayette et moi, pour le dépêtrer d'un engagement si dangereux. »
Plus loin : o Je crois que le chapitre de votre frère vous a fort divertie. Il est présentement en quelque repos : il voit pourtant Ninon tous les jours, mais c'est en ami. Je l'emmène en Bretagne, où j'espère que je lui ferai recouvrer la santé de l'âme et du corps. «
MADAME D£ SËYIGNÉ. aao
X'ékngnement, les reproches tendres de sa mèrç, «fibis eonfid^ite de ses désordres que la décenee mijLtemeUe ne le tdérerait aujourd'hui, enfin la guerre arrachèrent Sévigné à l'amour de Ninon. Madame de Sévigné le conduisit en Bretagne et ût diversioA ii ses regrets par le charme de ses entretiens et de ^on indulgence.
Madame de Sévigné alla ensuite passer quinze jnois en Provence auprès de madame de Grignan, <et reconquit tous les cœurs aliénés par la froideur dfi sa fille.
« Il y a huit mois que je suis ici, mon cher cou- » .sin, écrit-elle à Bussy. « Je vous mandai le n courage que j'avais eu d'y venir de Bretagne ; je
# ne m'en suis pas repentie. Ma fille est aimable, » comme vous le savez; elle m'aime extrêmement. » M. de Grignan a toutes les qualités qui rendent m la société agréable. Leur château est très-beau et M très-ondignifique. Cette maison a un grand air; on
# y fait bonne chère^ et on y voit mille gens. Nous
• y «avons passé l'hiver sans autre chagrin que d'y m avoir le maître de la maison malade d une fièvre
• dont le quinquina a eu toutes les peines du m monde à le tirer, tout quinquina qu'il est. Enfin
^ j> il est guéri. 11 a fait un voyage à Âix, où l'on a » été ravi de le revoir. JD'un aufjre côté, jsyon fils
» est venu encore de Bretagne prendre des eaux » en ce pays, où la bonne compagnie, qu'il aug-
• mente fort par sa présence, lui fait plus de bien
• que tout autre remède. Nous sommes donc ici
• tous ensemble. 11 y a une jeune petite Grignan
• que vous ne connaissez pas, qui tient fort bien sa
• place. Elle a seize ans; elle est jolie, elle a de » l'esprit, nous lui en donnons encore. Tout cela » ensemble fait fort bien et trop bien ; car je trouve
■ que les jours vont si vite, et les mois et les
• années! je ne puis plus les retenir. Le temps
• vole et m'emporte malgré moi; j'ai bien voulu
• le retenir, c'est lui qui m'entraîne , et cette pensée
• me fait grand'peur. Le pelit Grignan a passé
■ l'hiver avec nous, il a eu la fièvre ce printemps; » il n'est que depuis quinze jours retourné à son
■ régiment. Il est encore dans les secrets de la
■ Providence de savoir quand nous partirons pour » Paris. »
De là elle revint à Paris, de là aux Rochers. La Bretagne était alors agitée par des soulèvements de paysans, occasionnés par la misère publique. Les termes dans lesquels madame de Sévigné s'exprime sur les supplices en masse infligés aux malheureux Bretons sont plus que cruels, ils sont légers ; l'air de la cour avait endurci son âme sur les souffrances de ce qui mourait ainsi au-dessous de son niveau. Cette femme si sensible à un pli de feuille de rose dans la destinée de sa fille rit des potences où les troupes
MADAME DE SËVIGNÉ. 341
du roi pendent de malheureux paysans agenouillés devant leurs bourreaux, et qui ne savent pas même la lan^e de leurs oppresseurs. Il faut arracher ces feuilles de la correspondance de madame de Sévigné pour croire à sa sensibilité. Une femme qui peut chercher dans le spectacle de ces supplices des agréments de style pour amuser sa fille peut être mère, mais elle n'est plus femme. Hâtons-nous de glisser sur cette tache qui attriste ces lettres.
Le bonheur d'être cinq ans réunie à sa fille interrompt Toeuvre de ga \ie, écrire et regretter. Elle marie son fils à une jeune héritière de Bretagne, qui ramène le baron de Sévigné des égarements de sa jeunesse à une vie honnête, retirée dans son bonheur* et presque acétique. Il de\ient un des plus fervents et des plus austères disciples des amis de sa mère à Port-Royal. Madame de Sévigné, seule désormais, partage sa vie entre Paris, Livry et les Rochers. Elle retrouve dans ce recueillement les sources de ses sensibilités et les grâces tristes de son style. Elle écrit à cette époque :
« Nous avons eu ici les plus beaux jours du » monde jusqu'à la veille de Noël. J'étais au bout t de la grande allée, admirant la beauté du soleil, » quand tout d'un coup je vis sortir du couchant ■ un nuage noir et poétique, où le soleil alla se
ut VIE DSS fiRÂMD8 HOIIMES.
» plonger, et en même tempBuabroiuilardAŒ^ » et mm de m'enfuir. Je ne mm pokxi sortie de oia » chambre ou de la chapelle jusqu'à aujouinl'iiiii » que la colombe a apporté le rameau. La tarne a • repris sa couleur, et le «deil ressortant de <sûb » trou fera que je reprendrai aussi le cours de mes » promenades; car vous pouvez compter, ma très- » chère, puisque vous aimez ma santé, que, quand
■ le temps est vilain, je suis au coin de mon fen
■ lisant et causant avec mon fils et sa femme. » Dans cette solitude elle perdit peu de l'intérêt de
son existence, car elle était de ces âmes de température tiède, auxquelles la vieillesse enlève peu de leur chaleur en ajoutant à leur sérénité. La seule passion, ou plutôt le seul instinct qu'elle avait eu dans toute sa vie était son instinct de mère : celui-là s'accroît au lieu de décroître dans la femme avec les années. Moins on \it en soi, plus on revit dans son enfant. Sa vie ne s'épuisait pas, elle se transvar sait de plus en plus dans une autre.
Dans une telle disposition d'esprit on ne sent pas le vide, car le cœur qui n'a jamais débordé est toujours aussi plein. L'amitié suffît à la température de pareilles âmes. Madame de Sévigné avait beaucoup d amis avec lesquels elle s'entretenait par un doux exercice de plume de causer spirituellement de toute chose ; à l'exception de sa fille, sa vie n'avait été qu'une conversation de soixante-dix ans. Un seul homme, parmi ces nombreux causeurs, paraltavoir
VABAME DE SÉYtGNÏL 34t
é thmsIK é mm âan jasqu'à la eiialeur de ht TéritaUe âmîtâé r cet honnMétadt COTbineiii. C'est le noat qm wnetti te ptœ sMi^eat dasks se» lettres.
e<»rbhieni éîmî un dé ces hommes rares cpw In oatiwe sembla aroip créés pour être les spectateurs bénévoles èe» cbMW Inoiiaines, sans y prendre jamai» êtavive part çp» 1» c«riosit,é du spectacle et Fkitérél qo'M» portent aux auteurs. Ces hommes neideste», mais nécessaires, ressemblent aux ccm-fiéeats sur la seène ;- ils écoutent, ils sont là pour remplir le Tide en théâtre et pour donner la répUque arax personnages; its ont besoin d'autant d'intelli"gence et de finesse que les premiers rôles , mais ils n'ont pas^ besom d'aotsmt de passion, et les applaudfssemeitts ne sont pas pour eux .
Corbinelti' n'aivarit rien de cette vanité française qm veut être regardée, il lui suffisait de jouir. Italie» de naissance, indifférent comme un étranger, lettré comme un Florentin de la grande époque philoso^ jinqvte et poétique de Léon X, amené en France par le cardinal Mazarin, employé quelques années à Rome par ce ministre à des négociations secondaires, où il avait eu le secret des grandes affaires pol^'tiques dénoiïées par son adresse sans en avoir le mérite apparent et la récompense, Corbinellî était resté à Paris vivant d'une pension médiocre et ne désirant rien de plus que son loisir. Il cultivait pour hii-même les lettres, l'antiquité, l'histoire, la philosophie, la société éminente de son temps. C'était
un Saint-ÉYremond italien, égal aux plus grands esprits , mais craignant la peine que donne la recherche de la gloire, et se renfermant par paresse autant que par défaut d'ambition dans le rôle d'amateur. 11 avait été un des premiers à sentir l'exquise supériorité de grâce attique dans madame de Sévigné, et il avait fait d'elle sa Béatrix. Son admiration, son assiduité , son culte qui ne demandait aucun retour, l'avaient apparenté dans la maison ; il était devenu Ihomme nécessaire. Madame de Sévigné, d'abord charmée de son esprit, puis touchée de sa constance et de son désintéressement, avait fini par parler et par sentir tout haut devant lui ; tout cœur qui bat fortement dans la poitrine a*besoin de s'entendre dans un autre cœur. Corbinelli était l'écho de l'esprit, de l'âme et de la vie de madame de Sévigné. Il partageait par complaisance ou par prévention jusqu'à ses adorations maternelles pour sa fille. À Paris, Corbinelli voyait tous les jours madame de Sévigné; il la suivait quelquefois à Livry ou aux Rochers ; absente, il lui écrivait ou en recevait des lettres fréquentes. L'empire de son amie sur lui était si doux qu'il ne se sentait pas esclave en étant asservi à tous ses goûts ; cet empire était si absolu, qu'à l'époque où madame de Sévigné devint dévote, Corbinelli devint mystique. Il la suivit comme le satellite suit la planète, depuis les dissipations mondaines de sa jeunesse jusqu'à l'ascétisme de Port- Royal et au pied des autels.
Tel était le principal ami de madame de Sévigné. Si on ôtait son nom de ses lettres, on mutilerait ce monument; il y est incrusté jusqu'au cœur, et il le mérite. 11 ne faut pas priver de tels dévouements de leur seule gloire, la gloire d'avoir aimé. Corbinelli, dont la douce philosophie et l'aimable insouciance de lui-même prolongèrent démesurément l'existence^ survécut à son amie comme il aurait survécu à sa propre vie ; il ne mourut qu'à l'âge de cent quatre ans. Les sentiments doux vivifient l'homme.
LU
Ceux de madame de Sévigné étaient trop vifs pour qu'elle n'en fût pas consumée. L'obsession d'une seule pensée la suivait de plus en plus jusque dans ses retraites. La vie de sa fille, devenue mère à son tour, agitée par l'ambition, gênée par la prodigalité de M. de Grignan, se répercutait douloureusement dans la sienne. Elle avait de temps en temps quelques cris de joie, bientôt changés en réflexions et en larmes, à la vue des sites que remplissait pour elle l'image de son enfant.
' t Me voilà, ma fille, » lui écrit-elle de la Silleraie, dans les dernières années, « me voilà dans un heu » où vous fûtes un jour avec moi ; mais il n'est pas » reconnaissable, il n'y a plus pierre sur pierre de » ce qui était en ce témps-là »
Et, en retournant aux Rochers :