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2f2 VIE MS GRANDS HOMMES.
Grignm et qne sa mère a imnKMrtatkée de sa tatbdresse. M. de Séfigné, qae la dernière guerre de la Fronde avait rappelé à l'armée, l'attirait à Paris. Elle y revint avec ses deux enfants an momait où la régaite Anne d'Autriche y rentrait triomphante avec le jeune roi, sous la protection de Ifazarin^
les guerres civiles avaient porté jusque dans les villes la licence soldatesque des camps. Le marquis . de Sévigné s'attacha à une beauté e^bre dont Texistence rappelait à Paris les grandes courtisanes historiques d'Athènes ou de Rome ; profession admise à des conditions de honte dans les civilisations païennes, mais incompatible avec les mœurs chrétiennes qui allaient devenir si austères peu de temps après. Cette exception avouée à la décence publique dans deux courtisanes presque contemporaines, Marion de Lotme et Ninon de Lenclos, ne peut s'expliquer que par deux considérations historiques : l'introduction delà hcence italienne à la cour par les Médicis et leur cortège, et la dépravation de l'aristocratie française par la licence militaire transportée des champs de bataille dans la capitale.
Ninon était fille d'un gentilhomme de Touraine nommé Lenclos. Sa beauté précoce, perfectionnée par les soins d'un père dépravé qui ne lui enseigna pour toute vertu que l'art de séduire, l'introduisit à
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Paris danslesœrdes les plus élégants de \é noblesse. Ckmune nuisicienne et comme danseuse, elle s'y domia ai spectacle dès son enfance. Son esprit sans contrainte, ses passions sans constance, sa philosophie sans frein, la firent rechercher tour à tour par les gentildiommes les plus débauchés de l'époque ; elle ne se vendit point, mais elle se donna à plusieurs, perdant insolemment toute pudeur pour conserver sa liberté. Cette noblesse dans la licence et oette réserve de sa probité dans le vice la firent admettre dans les sociétés légères d'hommes lettrés, et même de femmes peu scrupuleuses qui recherchaient la beauté et l'esprit plus que la vertu. Elle fréquentait assidûment la maison du poëte Scarron, centre alors de la littérature triviale; la jeune et belle orpheline de la maison d'Âubigné, devenue l'épouse de Scarron, était son amie. À la mort de . Scarrcm^ cette étrange amitié subsistait encore; et l'histoire se confond d'étonnement en voyant la jeune veuve, ^euse, irréprochable, qui devait entrer, sipea d'années après, dans la couche de Louis XIY, partager le logement, la société, et quelquefois le lit de la courtisane Ninon.
Le comte de Bussy-Bahutin , pour détacher ie comr de sa consine de son mari et devenir son con- «olateor et son séducteur, instruisit madame de
Sévigné de la passion de M. de Sévigné pour NinoD. La douleur de la vertueuse épouse brisa son cœur, mais ne l'amollit pas aux séductions de Bussy ; eDe lui ferma sa porte avec indignation, et feignit d'ignorerl'infidélitédesonmari. « Sévigné, » disent les mémoires du temps, « n'est point un honnête » homme ; il ruine sa femme, qui est une des plus » agréables de Paris. »
Pour sauver les débris de la fortune de sa nièce et l'avenir de ses enfants, l'abbé de Coulanges la contraignit à se séparer de biens; mais, en prenant cette précaution, elle cautionna son mari pour une somme énorme, égale aux dettes qu'il avait alors. Elle se retira seule aux Rochers avec ses enfants, laissant le marquis de Sévigné à la liberté de ses désordres.
Il s'était attaché à une autre beauté célèbre, rivale de Ninon, nommée madame de Gondran, et d'un nom plus familier, Lolo. Le chevalier d'Albret, cadet de la maison de Miossens, lui disputa sa conquête. Sévigné .triompha à force de prodigalités et de passion. Cette rivalité fit du bruit dans Paris; on prévit un duel, on écrivit prématurément à madame de Sévigné aux Rochers que son mari avait été blessé par son rival. Elle lui adressa une lettre de douleur, de désespoir et de pardon. Le bruit était anticipé, le duel avait été ajourné. Sévigné reçut ainsi en tendres reproches les derniers adieux de celle qu'il trahissait pour un caprice. Le
jour était pris pour le combat. Il fut courtois et chevaleresque; les deux combattants s'expliquèrent et s'embrassèrent avant de tirer Tépée, pour satisfaire à ce qu'un usage barbare appelait en France ITionneur. Sévigné reçut le coup mortel ; il expira à vingt-sept ans, dans la fleur de sa vie.
Sa femme, qui pardonnait tout à son âge, à sa légèreté, aux habitudes du temps, faillit mourir de douleur en apprenant sa catastrophe ; elle accourut à Paris pour s'entourer de ses chers yestiges. Il ne lui restait de son mari que les preuves de son ingratitude. Pour conserver à ses enfants le portrait et les cheveux de celui qu'elle avait tant aimé, elle fut obUgée de les demander à madame de Gondran, cette Lolo, cause de sa perte. Madame de Gondran lui remit ces cheveux et ce portrait, cruelles consolations ; en sorte que cette malheureuse veuve ne put jamais depuis regarder l'image de celui qu'elle adorait sans se retracer en même temps son abandon et son ingratitude I
Cette douleur fut si violente et si obstinée, que madame de Sévigné ne put jamais apercevoir de loin, dans les cercles ou dans les promenades, le chevaher d'Albret ou un des témoins du duel sans tomber en défaillance.
Sévigné avait été son premier amour, il devait être le dernier. De ce jour elle jeta un linceul sur son cœur et l'enseveht, pour ainsi dire, tout jeune et tout vivant avec les cendres de son mari.
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Une autre passion possédait déjà toute l'âme de madame de Sévigné : c'était celle de ses eniants, et surtout de sa fille. Elle renonça pour jamais à ridée d'un second mariage, qui leor aundt donné un autre père. La pensée que ses deux chers fruits de son seul amour pourraient avoir, dans les enfants d'un autre lit, des rivaux de tendresse en son cœur, lui faisait horreur. Elle se dévoua entièrement à leur bonheur, à leur fortune, à leur éducation. La femme n'exista plus en elle ; il n'y eut plus que la mère. « J'ai e£Eacé de ma mémoire » toutes les dates de ma vie , ■ écrit-elle dans sa vieillesse, « je ne me souviens que de celle de mon n mariage et de celle de mon veuvage. » Sous la tutelle de son oncle , le serviable abbé de Coulanges, elle s'occupa, pendant de longues années, à relever les ruines de sa modique fortune des dissipations de son mari, et à administrer Bourbilly et les Rochers. Elle passait une partie de Tannée avec l'abbé de Goulanges dans ces terres, le reste à Paris ou à Livry, séjour chéri de sa jeunesse. Elle avait relâché ses liens avec le monde sans les rompre ; elle prévoyait que son fils aurait besoin de patrons à la cour, et sa fille de mari sortable à sa naissance ; elle cultivait pour ses enfants les amitiés qui pouvaient rejaillir en crédit et en faveur sur eux. Sa
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wli^^ nima réloignait des partis extrêmes ; elle ne 86 croyait pas k «boit' de disposer de son sort tant que cdni de s(m fils et de sa fille ne serait pas fixé. Elle restait mmdaine par devoir et aimable par ¥ertu ; eie, l'était auœi par ineUnation naturelle. Accueillie dans le monde par un enthousiasme universel, regrettée avec passion dès qu'dle s'en absentait, elle jouissait d'autant plus de cette faveur dekcouret desaaloiis, qu'elle ne leur apportait qu'un cceur libre et qu'elle ne leur demandait que des auiitiés.
C'est l'époque où elle se fit lé plus d'amis parmi les hommes célèbres et parmi les femmes remarquables de ce siècle fécond en noms devenus illustrée. On trouverait sur les adresses de ses lettres le catalogue de toutes les gloires, de tous les mérites et de toutes les hautes vertus de son temps : le prince àè Coudé, le duc de Rohan , le comte du Lfide, toujours épris, quoique toujours écarté. Ménage, Marigny, le cardinal de Retz, Montmorency, Brissac, Bellièvre, Montrésw, Chateaubriand, de Chaulnes, Caumartin, d'HacqueviUe, Corbinelli, les Amauk, pères du jansénisme ; Pascal , leur apôtre; d'Humières, d'Argenteuil, Bussy, sans cesse amoureux, sans cesse importun, souvent perfide par ressentiment; Sablonière; l'Écossais Montrose, le martyr héroïque de son roi proscrit ; la duchesse de LongueviBe, Tâme découragée de la Fronde, éteinte malgré son souffle qui l'attisait ton-
jours; la duchesse de Lesdiguières, la duchesse de Montbazon , la princesse Palatine , pour laquelle Cinq-Mars était mort sur l'échafaud; madame Henriette de Coulanges, sœur de l'abbé; madame de Lavardin, madame de Maintenon, mademoiselle de la Vallière, madame de Montespan, mademoiselle de Lavergne, Henriette d'Angennes, devenue comtesse d'Olonne, célèbre alors par sa beauté, depuis par ses scandales ; madame de la Fayette, l'amie du grand duc de la Rochefoucauld, l'auteur des Maximes; la Rochefoucauld lui-même, ce juge difficile et souverain des mérites et des grâces; de Vardes, Turenne, Bossuet, Corneille, Fénelon, Racine, MoUère, la Fontaine, Bçileau, apparaissant ou disparaissant tour à tour sur l'horizon du grand siècle. Voilà cette société de la vie entière de madame de Sévigné; voilà les amis, les correspondants, ou les sujets de son long commerce épistolaire. Si son temps, revivant dans ses lettres, doit beaucoup à l'intérêt que son style sait y répandre, on ne peut nier que ces lettres ne doivent beaucoup à l'intérêt du temps.
Plusieurs de ces hommes, encore jeunes et déjà illustres, s'efforçaient d'effacer dans le cœur de la belle veuve le souvenir de son mari ; le prince de Conti et le surintendant général des finances, le tout-puissant Fouquet, l'obsédaient de leur culte. Fouquet est le seul qui paraît avoir effleuré son cœur. Jeune, beau, respectueux dans les formes,
audacieux dans les pensées, disposlant en maître aussi absolu que Richelieu ou Mazarin des trésors de la France, tenant dans ses mains les rênes du royaume, assez puissant pour inspirer des ombrages fondés au jeune roi, assez téméraire pour affecter la rivalité avec le roi lui-même en amour, Fouquet s'était déclaré hautement Tadorateur de madame de Sévigné. Elle avait été, sinon touchée, au moins reconnaissante d'un hommage qui effaçait par tant d'éclat tous les autres. Être la pensée dominante d'un homme vers lequel se tournaient alors toutes les pensées de l'amour ou de l'ambition des femmes de cette cour , faisait pardonner par madame de Sévigné au surintendant du royaume la témérité de ses hommages secrets et publics. C'est la seule circonstance dans son long veuvage où l'on aperçoive une impression de réciprocité pour les sentiments tendres qu'elle inspirait sans les encourager, et encore ce fut le malheur seul de Fouquet qui fit transpercer au dehors ce sentiment contenu dans l'âme de madame de Sévigné. Si elle aima une fois, cet amour ne se révéla que par des larmes sur les infortunes de celui qu'elle n'avouait que pour ami.
Le coup qui frappa l'ambitieux ministre fut longtemps invisible sur sa tête; la dissimulation néces-
flaire aux rois^ eoseigaée dans ses derniers avis^ sur son lit de mort, par Hasarin à Louis XIV, prépara tout avec lenteur et mystère pour que la dbute n'eût pas de contre-coup capable d'ébranlé son trône. Golbert, esprit probe, sûr, servile, ingrat et envieux, fut son seul confident. Déjà, pendant les derniers mois de la vie de Mazarin, Colbert, quoique créature de Fouquet et confident de ee surintendant des finances, avait dénoncé, dans une lettre secrète à Mazarin, les malversations ou les manceuvres de chiffires à Taide desquelles Fouquet dissimulait dans ses comptes le véritable état du trésor. Cette dénonciation de Colbert avait éveillé l'attention de Mazarin ; sa mort avait prévenu la vérification du crime. Louis XIV, informé par Mazarin^ soupçonnait Fouquet de dilapidation, sans oser Fen convaincre. Les besoins urgents du trésor public le forçaient à ne pas scruter trop avant la conduite de son surintendant, dont Thabile agiotage lui fournissait seul, au premier moment de son règne, les ressources nécessaires à l'administration du royaume et au luxe de la cour. Mais Louis XIV soupçonnait plus que la probité de Fouquet, il suspectait sa fidélité politique ; il le croyait capable de rêver de nouvelles factions suscitées contre son maître pour s'emparer sans rival des affaires et pour devenir un nouveau Richelieu sous un second Louis XIII, ou un chef de factieux contre une cour dont il ne serait plus le premier ministre. Tout
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iadiqne qm ees soupçons étaient fondés, et que, s'fl n'y «wmt pas mciMre assez d'indices pour flipper, il y avait assez d'ombres dans la conduite de Fooqnet pour se prémunir. Tout justifie Louis XIV d'avoir prérenu le coup par le coup. Les femmes et les poètes, salariés par le surintendant ont pleuré sur sa dkgràce ; mais les juges et les hommes d'État ont absous le roi de sa prétendue ingratitude. Fouquet ne dissimulait déjà plus des riches^ ses el des somptuosités dont la source était 4rop inlarissaMe pour 6lre pure; il achetait par des dcms, des pensions, des libéralités royales, les femmes et tes hommies qui pouvaient ou combattre ou assurer sa domination dans Tintimité et jusque dans les amours de son maître; il se faisait un parti tout prêt à devenir une faction dans FÉtat,
Les cassettes trouvées après son emprisonnement dans sa maison de Yaux renfermaient le tarif de ses corruptions et la solde de sa coupable popularité. Maître de plusieurs places fortes du royaume, on le voyait encore fortifier Belle-Isle, sur la côte de Bretagne , et s'assurer un point d'appui solide ou une retraite inexpugnable pour ses desseins. Il avait eu l'audace de tenter même, par l'ambition, le cœur d'Anne d'Autriche, mère du jeune roi, et de lui proposer une Ugue pour dominer ensemble le conseil. Il marchandait aussi avec le cardinal de Retz le prix de sa démission de l'archevêché de Paris, pour s'emparer du clergé comme il s'empa-
ràit de la cour. Sa place de procureur général du parlement de Paris, qu'il avait eu la précaution de conserver, lui assurait le privilège de n'être jugé que par le parlement, dont il se ménageait la faveur toujours séditieuse. Pour le frapper, il fallait le tromper et l'amener à renoncer, par l'appât d'une faveur plus haute, à sa place dans Iq parlement. Le roi y réussit en le comblant d'espérances et en lui faisant envisager ses fonctions subalternes comme incompatibles avec celles qu'il lui destinait. Il fallait, de plus, attendre pour sévir contre lui qu'il eût fait rentrer dans le trésor public , à une époque encore éloignée, les millions nécessaires aux services publics, que son agiotage seul y faisait affluer. Une circonstance Mta le dénoûment, mais sans en être la véritable cause.
Un jour que Louis XIV avait accepté une fête du surintendant en son honneur au château de Vaux, le jeune roi, en parcourant les appartements secrets de cette magnifique demeure, aperçut dans un cabinet de tableaux le portrait de mademoiselle de la Vallière, objet de sa première passion publique. Fouquet avait eu l'audace de l'aimer et la témérité de la faire peindre. Le roi, indigné de cette profanation de ses amours, se retira le ressentiment dans le cœur; mais il n'éclata pas encore. Sa mère fit avertir Fouquet par la duchesse de Chevreuse de se défier de la feinte sécurité qui l'entourait. Le roi redoubla de faveur et de fausse confiance pour dé-
tourner son ministre de ces pressentiments. Fouquet, tremblant de trop croire à son empire ou de trop s'en défier, flottait entre la pensée de se réfugier en Italie ou de s'enfermer dans Belle-Isle.
Il partit pour Nantes dans cette perplexité. C'était là, hors de Paris et loin du parlement, que le roi avait résolu de l'atteindre. A peine Fouquet étaitil parti, que Louis XIV, se défiant lui-même de tous les instruments de son autorité peut-être vendus secrètement à Fouquet, appela un officier obscur de sa garde et lui donna Tordre d'arrêter le surintendant à son arrivée à Nantes. L'officier partit avec dix cavaliers sûrs, devança le ministre à Nantes et le ramena prisonnier à Paris. Ses papiers saisis, portés chez le roi et scrutés par lui seul, livrèrent à Louis XIV le secret des trames, des amours, des ambitions de Fouquet. On dit que le nom de madame de Sévigné se trouva parmi les noms des femmes qu'il comptait au nombre de ses amies, et sur lesquelles il se réservait de répandre les faveurs de sa prédilection et de sa toute-puissance. On attribua à cette découverte, dont madame de Sévigné était parfaitement innocente, la froideur que Louis XIV témoigna constamment à madame de Sévigné, la fenmiela plus éminente de son siècle. Louis XIV ne. pardonnait jamais volontiers deux torts aux hommes et aux femmes de son entourage : le tort d'avoir trempé dans la Fronde et le tort d'une trop éclatante supériorité d'esprit. Tout éclat