LXXXVIII
César était déjà parti pour l'IUyrie lorsque ces nouvelles lui parvinrent. Il voulait visiter ces peuples et connaître ce pays qui faisait partie de son gouvernement. Trop éloigné pour arriver aussi rapidement qu'il aurait voulu , il ordonne de construire des* galères sur la Loire , de lever des rameurs dans \3i province et de rassembler des matelots et des pilotes. De plus, dit-il, sachant que presque tous les Gaulois désirent un changement, qu'on les fait courir aux armes avec autant de légèreté que de précipitation , que tous les hommes, naturellement épris de la liberté, détestent l'état de servitude, craignant que, par ce caractère si aisément inflammable des Gaulois, l'insurrection ne gagne toute l'Àrmorique et ne s'étende même au delà, il ordonne à Crassus d'occuper le pays entre la Loire et la Garonne, et d'entrer en Aquitaine s'il en est besoin , à Labienus de surveiller la Belgique, à Titurius Sabinus de marcher contre les Guriosolites (environs de Saint-Malo) , les Unelles (le Cotentin) et les Lexoves (Coutances, Évreux, Lisieux). Il confie à Décimus Brutus le commandées.
m yiE DES GRANDS HOMMES.
meut de la floUe. Lui-même ab réserva l'élite des troupes de terre pour faire la guerre aux Yeuètes qu'il regarde comme le centre du mouvement et la nation la plus redoutable de cette partie delà Gaule. A peine arrivé d'Italie, il se dirige avec son armée sur leur territoire , ordonnant à sa' flotte de faire voile dans la même direction et de venir le rejoindre à la côte.
Sur la presqu'île sauvage qui bomaiMa Gaule à l'occident , César n'avait pas seulement les hommes à combattre, il lui fallait aussi lutter contre les éléments. Le territoire venète était sillonné en tout sens de vastes et profonds marais produits par les inondations de la mer. La plupart des villes étaient bâties au milieu de ces marais d'eau salée ou sur des grèves recouvertes chaque jour par le flux : elles formaient alors de véritables iles inabordables aux piétons pendant la marée haute, et dange* reuses aux navires, parce que le reflux > en se retirant, les laissait engagés dans les bas fonds et dans les sables. Lorsqu'à force de peines les Romains parvenaient à contenir la marée par des digues et à élever leurs terrasses de siège au niveau des remparts, les Yenètes, n'espérant plus se maintenir, faisaient à leur aise aborder un grand nombre de