LE CHATEAU
Sur l'immense place de Santa-Maria-Novella, on construisit un magnifique château, garni de boulevarts, de cavaliers, de casemates, de courtines, de fossés, de contre-fossés, de portes secrètes, et, en un mot, de tout ce qui constitue de bonnes et vigoureuses fortifications. Pendant deux jours, on devait avoir le spectacle de l'attaque et de la défense de ce château, qui était occupé par de nombreux et vaillants soldats, dont le capitaine était un des plus nobles seigneurs de la cour. Le premier jour, on vit arriver d'un côté une troupe de cavaliers richement équipés, et d'un autre côté quelques bataillons d'infanterie commandés par un habile capitaine. A leur suite venaient l'artillerie et des caissons remplis de munitions. Ils étaient aussi accompagnés de pionniers et de vivandiers, comme dans les guerres les plus sérieuses. Les gens du château allèrent reconnaître leurs ennemis, et engagèrent, tantôt avec l'infanterie, tantôt avec la cavalerie, de chaudes escarmouches, mêlées de fréquentes et ef-
froyables détonations, produites par l'artillerie et les arquebuses
Enfin, après divers combats, où Ton employa toutes les ruses de la guerre, les assiégés, accablés par une force supérieure, battirent peu à peu en retraite, et rentrèrent dans le château. Le second jour, les assiégeants, qui, durant la nuit, avaient dressé des gabions, établi des plates-formes, et mis leur artillerie en batterie, commencèrent une canonnade terrible, qui jeta à terre une partie des remparts, tandis qu'une mine en éclatant pratiquait une large brèche dans les murailles. Après avoir reconnu le terrain, la cavalerie se forma en bataille, et des bataillons, les uns armés d'échelles, les autres sans échelles, montèrent successivement à l'assaut. Ces attaques furent plusieurs lois vigoureusement et habilement repoussées. Enfin les assiégés, fatigués, mais non vaincus, capitulèrent honorablement avec leurs ennemis, et leur ayant cédé la place, en sortirent avec tous les honneurs de la guerre, suivis de leurs bagages, enseignes déployées et tambours en tète.
L'histoire rapporte que le célèbre capitaine Paul- Émile, en donnant de nobles et nombreux spectacles aux Grecs et autres peuples assemblés à Amphipolis, ne leur inspira pas moins d'admiration
que lorsqu'il vainquait Persée et conquérait glorieusement la Macédoine. Il avait coutume de dire que, pour un bon capitaine, il n'était ni moins habile, ni moins prudent, ni peut-être moins nécessaire, de savoir bien ordonner un banquet en temps de paix, que de savoir bien manœuvrer une armée en temps de guerre. Tous les spectacles dont Florence fut témoin, et particulièrement celui que je m'apprête à décrire, ayant fourni maintes preuves de la prudence et de l'habileté de notre illustre duc, il me permettra, j'espère, de déclarer qu'il en fut l'inventeur et l'ordonnateur, et, en quelque sorte, l'exécuteur. Le génie et la magnificence qu'il déploya dans ces fêtes peuvent assurément lui être comptés pour des titres glorieux. Maintenant, occupons-nous de la généalogie des dieux. Toutefois, commençons par dire que nous passerons sous silence ce qui nous semblera superflu, et que, si l'on est curieux de voir combien les moindres détails de cette mascarade furent conformes aux documents produits par les meilleurs écrivains, on n'a qu'à consulter un savant ouvrage qui a été publié avant celui-ci. La fable raconte qu'une partie des dieux seulement fut invitée aux noces de Pélée et de Thétis; mais on jugea qu'il ne devait point en être ainsi pour celles de nos augustes époux; que toutes les divinités, sans exception, devaient y assister, comme si elles fussent venues de leur propre mouvement : les bonnes, pour leur promettre le bonheur; les mauvaises, pour les assurer qu'elles ne leur seraient point nuisibles. Cette idée fut éléx. 8
1H GÉNÉALOGIE DES D1ËUX.
gamment exprimée dans les quatre madrigaux suivants, que quatre chœurs chantèrent dans les principaux endroits de la ville :
L'alta che fino al ciel fama rimbomba
Délia le ggiadra sposa,
Che'n questa riva erbosa
D'Arno, candida e pura, aima colomba
Oggi lieta sea vola e dolce posa,
Dalla céleste sede ha noi qui tratti,
Perché più leggiadri atti,
£ bellezza più vaga e più feiice
Veder già mai non lice.
Kè pur la tua festosa
Vista, o Flora, e le belle aime tue dive
Traggionne aile tue rive,
Ma il lume e'I sol délia novella sposa,
Che più che mai giotosa
Di suo bel seggio e freno,
Al gran Tosco divin corcasi in seno.
Da' bei lidi, che mai caldonè gielo Discolora, vegnam : nè vi crediate Ch' altrettante béate
Schiere e santé non abbia il mondo el cielo ;
Ma vostro terren velo,
E lor soverchio lume,
Questo e quel vi contende amico hume.
Ah quanti il cielo, ah quanti
Iddii la terra e l'onda al parer vostro;
Ma Dio solo è quell* un, che H sommo chiostro
Alberga in mezzo a mille ange H santi,
A cui sol giunte avanti
Posan le pellegrine
£ stanche anime al fine, al fin del giorno, Tutto ûllegrando il ciel del suo ritorno.
Je crois pouvoir affirmer que cette mascarade, à
laquelle prirent part presque tous les seigneurs et gentilshommes florentins et étrangers, fut la plus nombreuse, la plus magnifique et la plus splendide qui eût été vue depuis des siècles. En etfet, nonseulement la plupart des costumes étaient formés de toiles d'or et d'argent, de plusieurs autres riches étoffes, et de fourrures précieuses, mais encore ils étaient composés avec tant de goût et d'originalité, que l'art l'emportait sur la matière. Afin que les dieux que l'on voulait représenter fussent aisément reconnus par les spectateurs, on les distribua en vingt et un quadrilles commandés par les principales divinités, placées, selon la description des poètes anciens, sur des chars traînés par les animaux qui leur sont particulièrement consacrés. Ces chars ét incelaient tellement d'or et d'argent, et les animaux qui leur servaient d'attelage étaient si habilement imités, que jamais spectacle n'approcha de celui-ci, et que l'on désespéra d'en jamais pouvoir contempler un second semblable. Comme il s'agissait de figurer la Généalogie des pieux, le premier char fut attribué à Démogorgon, leur père à tous. Ce char était précédé de l'ancien poète Hésiode, vêtu en berger, et couronné de lauriers, qui le premier, dans sa Théogonie, écrivit la généalogie des dieux. Il portait un vaste étendard carré, sur lequel on avait peint le ciel et les quatre éléments, et un immense O grec traversé par un serpent à tète d'épervier. Derrière Hésiode, huit trompettes se livraient à mille jeux divers et rappelaient ces tibicins de l'antiquité, qui, furieux d'à-
voir été chassés du temple, s'enfuirent à Tibur, d'où ils furent reconduits à Rome en grande pompe, pendant leur sommeil, causé par l'ivresse. Venait ensuite le char de Démogorgon, traîné par deux épouvantables dragons. Sur le devant de ce char, qui avait la forme d'une obscure et double caverne, était paresseusement couché Démogorgon, vieillard pâle, sale, et enveloppé de nuages et de brouillards. A ses côtés, se tenaient la jeune Éternité, vêtue de vert, et le Chaos sous l'aspect d'une masse presque informe. Derrière la caverne qui renfermait ces trois personnages s'élevait une gracieuse petite colline, couverte d'arbres et déplantes, et représentant la Terre. Cette colline était percée d'une seconde caverne, occupée par Érèbe, fils de Démogorgon. À sa droite était la Nuit, fille de la Terre, portant sur ses bras deux enfants, l'un blanc et l'autre noir. A la gauche de TÉrèbe, l'/Ether, fruit de son union avec la Nuit, tenait un globe bleu.
A côté du char chevauchait la Discorde, fille de Démogorgon, en compagnie des trois Parques; puis on voyait Python, autre fils de Démogorgon, et son frère le Pôle, sous la figure d'un jeune homme vêtu de bleu, et tenant un globe terrestre. Venaient ensuite l'Envie, fille de l'Érèbe et de la Nuit, et son frère, !e dieu Timoré1, pâle et iremblant vieillard,
* La crainte, chez les Italiens, devait passer pour un Dieu, parce qoe le nom italien Timoré, aussi l ien que le nom latin Timor, que nous ne pouvons tra duire en notre langue que par le seul nom de Crainte, n'est pat
ftuiinin, comme en français t\vh masculin.
dont la coiffure et les vêtements étaient formés de la peau d'un cerf. Derrière marchait leur sœur, la noire Obstination, enveloppée de branches de lierre, et coiffée d'un dé de plomb, emblème de l'Ignorance qu'on lui donne pour compagne. Près d'elle étaient ses sœurs, la Pauvreté, pâle et furieuse, vêtue également de noir, et la Faim, qui semblait se nourrir d'herbes et de racines sauvages.
Ces personnages étaient suivis par trois autres de leurs sœurs, la Plainte, vêtue de drap tanné, et sur la téte de laquelle un passereau solitaire avait bâti son nid ; la Vieillesse, toute chenue et vêtue de noir, et la Maladie, bien reconnaissable à sa maigreur, à sa pâleur et à sa guirlande d'anémones. A la suite cheminaient l'Hydre et le Sphinx, enfants du Tartare; puis d'autres fils de l'Erèbe et de la Nuit, c'est-à-dire la Licence, nue, échevelée, couronnée de pampres, la bouche ouverte, et le Mensonge, couvert d'habits de différentes couleurs, le front surmonté d'une pie, et tenant en main une sèche. Sur le même rang était le Souci, vieillard vêtu de noir, couronné de noyaux de pêche, et dont le corps était déchiré par mille épines aiguës. Momus, dieu de la raillerie, se présentait ensuite sous la figure d'un vieillard voûté et bavard. 11 était accompagné du jeune Tagès, qui, bien que fils de la Terre, se montrait vêtu d'habits éclatants, parce qu'il fut l'inventeur de l'art des aruspices. Par la même raison, il portait, suspendu à son cou, un agneau éventré, dont on apercevait les entrailles. Près de lui, son frère, le géant africain Antée, cou-
vert d'un costume barbare, brandissait fièrement un javelot; puis le Jour, fils de l'Érèbe et de la Nuit, sous les traits d'un jeune homme joyeux, vêtu de blanc et couronné d'ornithogalon , s'avançait avec le Travail, son frère. Ce dernier était vétu tfune peau d'âne, dont les oreilles se dressaient sur sa tète, non sans exciter les rires des spectateurs. Deux ailes de grue complétaient cette coiffure. Le Travail tenait, en outre, deux pattes de grue, parce que cet oiseau passe pour rendre les hommes infatigables. Enfin, le Serment, fils de l'Érèbe et de la Nuit, sous la figure d'un vieux pâtre effrayé, portant l'image d'un Jupiter vengeur, fermait le cortège de Démogorgon, où l'origine de tous les autres dieux sembla assez clairement indiquée pour qu'on n'y joignît point de nouvelles divinités.
Le second char, d'un aspect plus agréable que le premier, fut destiné au Ciel, fils de l'iEther et du Jour. Ce jeune dieu avait ses vêtements couverts de brillantes étoiles et le front couronné de saphirs. 11 tenait un vase d'où s'élançait une flamme étincelante, et était assis sur un globe bleu orné desqna* rante-huit images célestes. Le char, traîné par la grande Ourse et la petite Ourse, était orné de sept tableaux dont les sujets étaientempruntés à l'histoire du Ciel. J^e premier représentait sa naissance, et le
second, son union avec la Terre, de laquelle naissaient Cottus, Priarée et Gygès, qui avaient ceut bras Qt cinquante têtes , et les Cyclopes , ainsi nommés p*rce qu'ils n'avaient qu'un œil au milieu du front. Dans Je troisième tableau, on voyait le Ciel emprisonnant dans les cavernes de la Terre leurs enfants communs, Le quatrième tableau montrait la Terre exhortant ses enfants à se révolter contre la tyrannie de leur père. Le cinquième tableau représentait Saturne obéissant aux conseils de la Terre, et mutilant son père- Du sang qui s échappait de la blessure du Ciel, naissaient d'un coté les Furies et les Géants, et de l'autre côté la belle Vénus. Dans le sixième tableau on avait figuré la colère du Ciel contre les Titans qui l'avaient laissé mutiler, et enfin dans le septième et dernier tableau , le Ciel adoré par les Atlantides qui lui élevaient des temples et des autels. — A côté du char chevauchait le noir et vieux Atlas, tenant un globe bleu et étoilé pour rappeler qu'il soutient Je ciej sur ses épaules. Derrière lui s'avançait le beau et jeune Hyas, son fils, accompagné de ses sept sœurs appelées Hyades. Cinq d'entre elles, resplendissantes d'or, portaient sur le front une fête de taureau; les deux autres qui, dans le ciel, sont moins brillantes que les premières, étaient vêtues de drap d'argent. Elles étaient suivies des sept Pléiades également filles d'Atlas. L'une d'elles, se moptrant moins lumineuse dans le ciel que les autres, était y£tue de drap d'argent. I^es six dernières étaient couvertes de vêtements qui devant reluisaient d'or, et derrière étaient formés d'une
simple étoffe blanche, pour indiquer que leur venue annonce le joyeux et chaud printemps, et leur départ le froid et neigeux hiver, comme l'exprimait encore leur coiffure qui, devant, était composée d'épis, et derrière, de glaçons et de givres. Venaient ensuite le vieux et difforme Titan et le fier et audacieux Japet, son fils; puis on voyait Prométhée, fils de Japet, tenant d'une main une statuette de terre et de l'autre main une torche allumée, emblème du feu qu'il avait dérobé à Jupiter. Le cortège était fermé par deux des Atlantides qui , dit-on, furent les premiers adorateurs du ciel. Leur costume était moresque. Une tète d'éléphant leur servait de coiffure. En souvenir des offrandes qu'ils faisaient dans leurs premiers sacrifices , ils portaient un énorme bouquet d'herbes diverses.
Le troisième char, traîné par deux énormes boeufs noirs, était occupé par le vieux Saturne qui semblait dévorer avidement quelques petits enfants. Sur le char on avait peint cinq tableaux , dont les sujets étaient empruntés à l'histoire de ce dieu.
Le premier tableau le montrait se métamorphosant en cheval pour échapper à sa femme Opis qui l'avait surpris avec la belle nymphe Phylira, de laquelle naquit le centaure Chiron. Dans le second tableau, ou voyait l'union de Saturne avec Latina
Enotria qui mit au jour à la fois Janus, Hymnus, Félix et Festus. Le même tableau représentait Janus sur le point d'être lapidé par les habitants du Latium auxquels il avait enseigné , suivant les instructions de son père, l'art de cultiver la vigne et de faire le vin, et qui, après s'être enivrés avec cette nouvelle et agréable liqueur, l'accusaient d'avoir voulu les empoisonner. Pour les punir, Saturne les frappait d'une horrible peste dont ils n'obtenaient la fin qu'à force de prières , et en lui élevant un le m pie sur la roche Tarpeia. Dans le troisième tableau, on avait figuré la ruse à laquelle la femme de Saturne eut recours en lui donnant une pierre emmaillottée à dévorer pour soustraire à sa cruauté son fils Jupiter. Dans le quatrième tableau on avait peint Saturne mutilant le Ciel, son père. Enfin le cinquième tableau renfermait Jupiter délivrant Saturne que Titan avait fait prisonnier. A l'arrière du char un Triton s'appuyait sur une double queue et soufflait dans une conque marine. A côté du char s'avançait la Pudicité, revêtue d'un costume vert et la tête enveloppée d'un voile jaune. Sur son bras elle portait une blanche hermine dont le cou était entouré d'un collier de topazes. Elle était accompagnée de la Vérité qui, pour tout vêtement, avait un voile blanc et transparent. Entre ces deux déesses, l'Age d'or était représenté par une charmante vierge nue et couronnée de fruits. On reconnaissait ensuite la Quiétude sous les traits d'une femme vêtue de noir, à l'aspect jeune, mais grave et vénérable. Sur sa tête était un nid où reposait une vieille cygogne
déplumée. À ses côtés marchaient deux prêtres vêtus de noir, couronnés de feuilles de figuier et tenant chacun d'une main une branche du même arbre et de l'autre main un bassin contenant un gâteau de miel et de farine, en mémoire des offrandes qu'ils avaient coutume de faire à Saturne et aussi pour rappeler que ce dieu fut l'inventeur de l'agriculture, comme le prétendent quelques auteurs. Deux autres prêtres romains portaient des cierges qu'ils semblaient vouloir offrir en sacrifice à Saturne, à l'exemple d'Hercule qui avait aboli l'usage impie d'immoler des victimes humaines, introduiten Italie par les Pélasges. Entre ces deux prêtres, la vénérable Vesta, étroitement drapée, portait une lampe allumée. Le cortège du troisième char était fermé par le centaure Chiron, fils de Saturne, armé d'une épée, d'un arc et d'un carquois, et par un autre fils de Saturne qui tenait le bâton recourbé des augures. Ce dernier personnage était complètement vêtu de vert. Sur sa tète était posé un pivert, parce qu'il fut, selon la fable, métamorphosé en cet oiseau par
Au splendide Soleil était destiné le quatrième char étincelant de dorures et de pierreries, et attelé de quatre destriers ailés , guidés par la Vélocité, portant sur le front un dauphin et une voile. Le
char était orné de sept tableaux renfermés dans des compartiments aussi gracieux et aussi beaux qu'on pouvait les imaginer. Le premier tableau contenait la chute de Phaéton , le second la mort du serpent Python, le troisième le châtiment de Marsyas. Dans le quatrième tableau, on vpyait Apollon ou le Soleil gardant les troupeaux d'Admète , et, dans le cinquième, se métamorphosant en corbeau pour échapper à la fureur de Typhée. Le sixième tableau le montrait se changeant en lion, puis en épervier. Enfin, le septième et dernier tableau représentait ses malheureuses amours avec ûaphné que les dieux métamorphosèrent en laurier. A coté du char chevauchaient les Heures qui toutes étaient ailées, et différaient les unes des autres par leur âge et la couleur de leur costume. Chacune d'elles était couronnée de lupins fleuris, et tenait en main un hippopotame, suivant la coutume égyptienne. A leur suite venait le Mois , jeune homme vêtu de blanc, couronné de feuilles de palmier oriental et portant un veau dont le front était orné d'une seule corne. Derrière le Mois marchait l'Année. Sa tète était couverte de glace et de neige, ses bras étaient enveloppés de fleurs, sa poitrine et son vendre étaient couverts d'épis. Ses cuisses et ses jambes semblaient teintes de vin. D'une main elle tenait un serpent qui se mordait la queue, et de l'autre main un de ces clous dont les anciens Romains se servaient pour conserver la mémoire des années. Puis la rose et charmante Aurore, revêtue d'un manteau jaune et portant une lampe antique, se montrait gracieuse-
m LE CHAR DU SOLEIL,
menl assise sur le cheval Pégase. Elle était accompagnée d'Esculape couvert d'un habit sacerdotal, tenant un bâton noueux et un serpent, et suivi par un chien. A coté de l'Aurore cheminait également le jeune et ardent Phaéton , fils du Soleil comme Esculape. Le cygne qu'il portait sur son poing rappelait le funeste accident dont il fut victime. Derrière ces personnages on reconnaissait Orphée, frère de Phaéton, sous les traits d'un jeune homme à l'aspect grave et vénérable. Il était coiffé d'une tiare et semblait jouer d'une lyre richement ornée. Près de lui marchait la magicienne Circé, le front ceint d'un bandeau royal. Au lieu de sceptre, elle tenait une branche de mélèze et une de cèdre dont elle avait, dit-on, coutume de se servir pour opérer ses enchantements. Ce cortège était fermé par les neuf Muses, représentées sous la figure de nymphes élégantes tenant des instruments de musique et couronnées de plumes de différents oiseaux, pour rappeler la victoire qu'elles avaient remportée sur les sirènes. Au milieu des muses se trouvait Mnémosyne, leur mère, tenaut dans ses mains un petit chien, emblème de la mémoire. Sa coiffure était bizarrement composée d'une foule d'objets divers, par allusion aux innombrables choses dont la mémoire a la faculté de conserver le souvenir.
uiçjmze
Jupiter, fils de Saturne, était monté sur le cinquième char, qui surpassait tous les autres en richesse et en splendeur. En effet, il était orné, nonseulement de cinq tableaux , mais encore de trois magnifiques statues, dont la première représentait le jeune Épaphus, fils de Jupiter et d'Io, la seconde la belle Hélène, fille de Léda, et soeur de Castor et de Pollux , et la troisième, Arcesius, aïeul du sage Ulysse. Le premier tableau renfermait Jupiter changé en taureau et transportant Europe en Crète. Dans le second tableau, on le voyait métamorphosé en aigle et enlevant le Troyen Ganimède. Dans le troisième tableau, il s'enveloppait d'une flamme de feu pour visiter Égine, tille d'Asope. Dans le quatrième tableau il tombait en pluie d'or sur le sein de sa bien-aimée Danaé. Le cinquième et dernier tableau le montrait délivrant Saturne prisonnier des Titans. Le char contenait lin superbe trône composé de divers animaux et de Victoires dorées, sur lequel était majestueusement assis Jupiter couronné de feuilles d'olivier, et tenant de la main gauche un sceptre surmonté d'une aigle impériale, et de la main droite une Victoire dont le front était ceint d'une bandelette de laine blanche. Sur les pieds du trône on avait figuré, d'un côté, un enfant entouré de sept guerriers, et Niobé et ses fils percés de flèches par Diane et Apollon, et de l'autre côté Hercule et Thésée
combattant les Amazones. Près du char que traînaient des aigles énormes, marchait Bellérophon, vêtu d'habits royaux et ortté d'utt diadème surmonté d'une Chimère. A ses côtés étaient Kpaphus coiffé d'une tète d'éléphant, et le jeune Persée, fils de Jupiter et de Danaé, tenant la tête de Méduse. Ils étaient suivis par Hercule, filsdeJupiteretd'Alcmène, brandissant une massue, et par Scythas, armé d'un arc et de flèches. Venaient ensuite Castor et Pollux montés sur deux fiers coursiers blancs. Une brillante flamme ondoyait sur leurs casques dont i'un était orné de huit étoiles, et l'autre de dix, par allusion à la métamorphose que leur fit subir Jupiter en les transportant au ciel où, sous le titre de gémeaux, ils sont l'un des signes du zodiaque. Ces deux frères précédaient la Justice qui resplendissait de jeunesse et de beauté, et accablait de coups de bâton une femme laide et difforme. Elle était en compagnie de quatre dieux Pénates. Ces derniers avaient sur la téte un fronton , dont la base était tournée en l'air et supportait une tête de jeune homme et une tète de vieillard. Malgré cet accoutrement bizarre, la chaîne dorée, fermée par un cœur, qu'ils portaient au cou , et leurs amples et pompeux vêtements, leur impiimaient un profond caractère de gravité et de prudence, et non sans raison, car les écrivains de l'antiquité les donnent pour conseillers à Jupiter. Derrière eux s'avançaient les deux Paliques, fils de Jupiter et de Thalie, vêtus de drap tanné et couronnés d'épis. Ils tenaient en main l'un et l'autre un autel. Avec eux était Iarbas,
roi de Gétulie et fils de Jupiter. Des feuilles de canne et de papyrus, entremêlées de divers monstres, composaient sa coiffure. Il tenait une torche allumée et un sceptre. On voyait ensuite le jeune Scamandre, fils de Jupiter, et son frère Sarpedon, roi de Lycie, revêtu d'un costume majestueux et portant une petite montagne couverte de lions et de serpents. Le cortège était fermé par quatre Curetés, marchant deux à deux, et frappant fréquemment leurs épées les unes contre les autres, pour rappeler que* sur le mont Ida, ils avaient soustrait Jupiter enfant à )a voracité de Saturne en étouffant ses cris sous le bruit de leurs armes. Enfin, entre les deux derniers Curetés, on reconnaissait laitière et superbe Fortune.
Le fier et belliqueux Mars, couvert d'une armure brillante, occupait le sixième char, traîné par deux loups d'un aspect féroce. Les trois tableaux dont on avait orné le char étaient séparés par Néréine, femme de Mars, et sa fille Evadné, toutes deux modelées en bas-relief. Dans le premier tableau, on voyait Mars tuant Allyrothicus, pour le punir d'avoir violé Alcippe; le second tableau représentait son entrevue avec Rhéa Silvia, et la naissance de Romiilus et de Rémus, fondateurs de Rome ; le troisième et dernier tableau le montrait prisonnier d'Othus et
d'Éphialte. Devant le char chevauchaient deux prêtres saliens, armés de boucliers nommés ancilia, et coiffés de bonnets qui s'élevaient en cône. Ils étaient suivis parRomulus et Rémus, vêtus de peaux de loup. Romulus était reconnaissable aux douze vautours qui couvraient sa tête, tandis que son frère n'en portait que six. On voyait ensuite CEnomaus, roi de Pise, et fils de Mars, tenant d'une main un sceptre, et de l'autre un petit char brisé, par allusion à la trahison dont son cocher Myrtil le rendit victime au profit de Pélops, amant de sa fille Hippodamie. Puis s'avançaient Àscalephus et Ialmenus, également fils de Mars. Us étaient revêtus de riches habits militaires, et portaient de petits vaisseaux , en mémoire du puissant secours qu'ils avaient amené, sur cinquante navires, aux Troyens assiégés. Ils étaient suivis par la belle nymphe Brytona, fille de Mars, et par la non moins belle Hermione, fille de Mars et de Vénus, et femme du Thébain Cadmus. La partie inférieure du corps d'Hermione était couverte d'écaillés, pour rappeler qu'elle avait été métamorphosée en serpent Derrière marchaient deux autres fils de Mars, le terrible Étolus et le farouche Ipervius, qui, dit-on, enseigna le premier aux hommes à tuer le bétail. Il tenait un couteau sanglant, et avait un chevreau éventré en bandoulière. Entre ces deux personnages cheminait l'aveugle Colère, la bouche écumante. Elle était vêtue d'un habit rouge, brodé de noir, et portait sur sa tête un rhinocéros et sur son dos un cynocéphale. Venaient ensuite laFraude,
telle que Dante l'a décrite dans son Enfer, et la Menace, vêtue de rouge et de gris, et armée d'une épée et d'un bâton. Elles précédaient la Fureur et la Mort, fidèles ministres de Mars. Ia Mort, d'une pâleur livide et les yeux fermés, était vêtue de noir. La Fureur, vêtue d'un rouge sombre et les bras liés derrière le dos, s'appuyait sur un faisceau d'armes. Après, on avait représenté le Butin sous la figure d'une femme couverte d'une peau de lion, portant un trophée antique, et placée entre deux prisonniers blessés et enchaînés. Enfui, la Force, le front surmonté de deux cornes, et tenant un éléphant dans sa main, et la Cruauté, vêtue de rouge et poignardant un petit enfant, fermaient ce terrible cortège.
La bénigne Vénus était montée sur le septième char, étincelant de dorures, et traîné par deux blanches et amoureuses colombes. Quatre tableaux ajoutaient encore à sa beauté et à sa magnificence. Le premier représentait Vénus se métamorphosant en poisson pour échapper à la fureur du géant Typhée; dans le second tableau, on l'apercevait suppliant Jupiter démettre fin aux malheurs de son fils Énée; dans le troisième tableau elle était emprisonnée, avec Mars, dans les filets de Vulcain ; enfin, le
quatrième tableau la montrait convenant avec Junon d'attacher Énée, par un doux lien, à la chaste reine de Carthage. Devant le char, deux gracieux petits Amours, ailés et armés d'arcs et de flèches, marchaient, accompagnés du bel Adonis, vêtu en chasseur. Ils étaient suivis par le jeune H y m énée, couronné de marjolaine et tenant un flambeau allumé, et par Talassius, armé d'un javelot et d'un bouclier, et portant une corbeille remplie de laine. Venait ensuite Pitho, déesse de la persuasion, revêtue d'un costume de matrone. Sur sa tjste au voyait un œil sanglant, encastré dans une langue. De plus, elle tenait une autre langue liée à une main postiche. A coté d'elle cheminait le berger Paris portant la fatale pomme de discorde. Derrière ces personnages s'avançait la Concorde, belle et majestueuse femme couronnée de fleurs, et tenant d'une main une coupe et de l'autre un sceptre fleuri. Elle était placée entre Priape, dieu des jardins, armé d'une faux, et la déesse Manturne, que les femmes avaient coutume d'invoquer dévotement le premier soir de leurs noces, dans l'espoir quelle inspirerait la confiance à leurs maris. On avait ensuite représenté de la manière la plus bizarre l'Amitié sous les traits d'une jeune femme, la tète nue, couronnée de feuilles de myrte et de grenadier, les épaules cachées sous un manteau rustique, sur lequel était écrit, Morset'vita1 la poitrine couverte de façon à laisser lire sur le cœur les mots suivants : Longé etpropè. Elle portait un orme desséché, entouré d'un cep de vigne frais et vigoureux.
Elle était accompagnée par le Plaisir honnête et le Plaisir déshounête» qui se montraient sous la figure de deux jeunes filles, indissolublement liées ensemble parle dos. L'une éteit blanche, mais louche et bancroche; l'autre, quoique noire, avait des formes gracieuses et pudiques. Une ceinture, dorée et enrichie de pierreries, entourait sa taille. Dune main ejle tenait un fmn> et de l'autre une brasse géométrique» Fuis on voyait k déesse Virginense, qoe Ton invoquait chez les anciens lorsque Ton déliait la ceinture virginale d'une nouvelle épouse. Elle était vêtue d'une blanche étoffe de lin, brodée d'émeraudes, et avait la tète surmontée d'un coq. Dans sa main, elle tenait une ceinture et une branche d'agnua-castus. A ses cotés marchaient la Beauté, couronnée de lis, et Hébé, déesse de la jeunesse. Cette dernière, couverte d'un costume aussi riche qu'élégant, et le front ceint d'un diadème doré, portait un rameau d'amandier fieuri. Ce gracieux cortège était fermé par l'Allégresse, ornée de guirlandes, et tenant un thyrae couronné de feuillages et de fleurs.
Le huitième char, traîné par deux cigognes, et orné de cinq tableaux, fut donné à Mercure. Le premier tableau représentait ce dieu, messager de Jupiter, apparaissant sur les murs de Carthage, et
commandant à l'amoureux Énée de se rendre en Italie ; le second tableau le montrait changeant en rocher la malheureuse Aglaure ; dans le troisième tableau, il attachait à un rocher, sur le mont Caucause, le trop audacieux Prométhée ; dans le quatrième tableau, il métamorphosait Battus en pierre de touche ; enfin, dans le cinquième tableau, on le voyait coupant la tête d'Argus. Ce dernier personnage, vétu d'un habit tout couvert d'yeux, marchait devant le char, en compagnie de Maïa, mère de Mercure, laquelle était richement costumée et portait un sceptre. Venait ensuite la Palestre, fille de Mercure, sous la figure d'une vierge nue, mais fière et vigoureuse. Elle était ornée de guirlandes de feuilles d'olivier, et avait les cheveux ras pour ne pas donner prise à ses adversaires en combattant. A côté d'elle était l'Éloquence, également fille de Mercure, revêtue d'un costume grave et respectable. Sur sa tète était posé un perroquet. Derrière elle s'avançaient les trois Grâces, se tenant par la main, et couvertes d'un voile léger. Elles précédaient deux dieux Lares, vêtus de peaux de chien, et entre lesquels on apercevait l'Art sous la figure d'une femme portant un levier et une flamme de feu. On voyait ensuite le subtil voleur Aubolicus, fils de Mercure et de la nymphe Chioné. Ses pieds étaient chaussés de brodequins de feutre. Une large barette lui cachait le visage. Des deux mains il tenait une lanterne sourde, des rossignols et une échelle de corde. Enfin, l'Hermaphrodite, fils de Mercure et de Vénus, fermait ce petit cortège.
Le neuvième char, entièrement argenté, et attelé de deux chevaux, l'un blanc et l'autre noir, guidés par la Lune, couverte d'un voile léger, était orné de quatre tableaux. Le premier montrait la Lune forcée de se métamorphoser en chatte pour se soustraire à la fureur de Typhoë ; dans le second, on la voyait embrassant tendrement le bel Endymion, endormi; le troisième tableau la représentait allant se livrer, dans une foret obscure, à l'amoureux Pan, dieu des bergers; le quatrième tableau renfermait Endymion menant paître ses troupeaux. Devant le char marchait Endymion, le front ceint de dicta me. A ses côtés étaient le Génie du mal, noir et effroyable géant, portant un hibou, et le Génie du bien, blond enfant couronné de feuilles de platane, et tenant un serpent; venait ensuite le dieu Vagitanus, qui présidait aux vagissements des enfants. Il était revêtu d'un costume de couleur de tan, et portait sur son bras un petit enfant. 11 était accompagné de la déesse Égérie, que les femmes enceintes avaient coutume d'invoquer, et de la déesse Nundina, protectrice des petits enfants. Elles étaient toutes deux richement costumées. La première tenait une clef, et la seconde une branche de laurier et un vase à sacrifices. Derrière elles s'avançaient le dieu Vitumnus, qui passait pour communiquer le principe de la vie aux
nouveaux-nés, et le dieu Sentinus, auquel ils devaient le don des cinq sens. Ce dernier était vêtu de blanc, et avait pour coiffure les têtes des cinq animaux que Ton croit avoir les sens le plus développés, cest-à-dire une tète de singe* une de vautour, une de sanglier, une de lonp-cervier, et une (l'araignée. On voyait ensuite Edula et Potina, qui avaient soin de la nourriture des enfants. Elles portaient un costume de nymphe, et avaient de longues et grosses mamelles. L'une tenait un bassin rempli de pain blanc, et l'autre un beau vase plein d'eau. Le cortège était fermé par Fabulinus, dieu qui présidait aux premières paroles des enfants. Son costume était composé d'étoffes de diverses couleurs, et sa tête était couverte de bergeronnettes et de pinsons.
Minerve, armée d'une lance et de sa fameuse égide, occupait le dixième ebar qui était colorié en bronze, de forme triangulaire et traîné par deux ebouettes colossales. De tous les animaux dont les ebars étaient attelés, aucun n'avait été exécuté avec autant d'habileté que ces deux ebouettes; car elles remuaient leurs pieds, leurs ailes, leurs cous, et ouvraient et fermaient leurs yeux avec une vérité qui surpasse toute croyance. Mais revenons au char de Minerve. Sur rune de ses faces on avait peint la
naissance de cette déesse, sur l'autre face on tg voyait combler Pandore de ses présents, et sur la troisième face métamorphoser en serpents la chevelure de Ja malheureuse Méduse. La base du char était également divisée en trois compartiments. Le premier renfermait Minerve disputant à Neptune l'honneur de donner le nom à la ville d'Athènes : Neptune frappant le rivage de son trident en faisait sortir un cheval fougueux : Minerve produisait le fécond olivier et remportait la victoire. Le second compartiment la montrait sous la figure d'une vieille femme s'efforçant de déterminer Arachné à lui accorder la gloire de travailler mieux quelles en broderies. Le troisième compartiment la représentait mettant courageusement à mort le superbe Typhon. Devant le char, la Vertu, jeune femme à l'aspect mâle, an costume pudique, marchait à côté de l'Honneur couronné de palmes, resplendissant d'or et de pourpre, et armé d'une lance et d'un bouclier. L'Honneur portait deux temples dont l'un lui était consacré et dans lequel on ne pouvait entrer sans passer par l'autre qui était dédié à la Vertu. Sur le même rang s'avançait la Victoire couronnée de laurier et tenant une palme. Venait ensuite la bonne Renommée, les épaules garnies de deux blanches ailes et sonnant de la trompette. Elle était accompagnée de la Foi portant sur son sein un petit chien blanc, et de la Santé tenant d'une main une coupe qu'elle offrait à un serpent, et de l'autre main un bâton mince et droit. Derrière ces personnages cheminait Némésis, fille de la Nuit, préposée àrécom-
penser les bons et à châtier Jes méchants. Elle avait sur la tête une couronne surmontée de cerfs et de petites Victoires, et tenait d'une main une branche de frêne, et de l'autre une coupe. A ses cotés étaient la verte Espérance tenant un vase à boire en forme de lis, et la Paix avec un rameau d'olivier en main, et l'aveugle dieu Plutus suspendu à son cou. Elles étaient suivies par la Clémence montée sur un lion tenant une haste et une foudre, et précédant l'Occasion que le Repentir frappait à coups redoublés. On voyait ensuite la Félicité tenant d'une main un caducée et de l'autre une corne d'abondance; puis la déesse Pellonia que Ton invoquait pour chasser les ennemis. Elle était armée de pied en cap, avait la tête surmontée de deux grandes cornes et tenait d'une main une grue vigilante et de l'autre un rocher. Le cortège était fermé parla Science, représentée sous la figure d'un jeune homme portant un livre et couronné d'un trépied doré, emblème de sa solidité et de sa stabilité.
Le dieu du feu, Vulcain, vieux, laid et boiteux, eut le onzième char, traîné par deux grands chiens et représentant l'île de Lemnos. C'est dans cette île, qu'après avoir été précipité du ciel il fut, dit-on, nourri par Thétis. Devant le char marchaient les trois cyclopes, Brontes, Sterope et Pyracmon, qui
l'aidaient ordinairement à forger les foudres de Jupiter. L'amant de la belle Galathée, Polyphème, vêtu en berger, un chalumeau suspendu à son cou et un bâton à la main , les suivait accompagné du difforme mais ingénieux Erichtonius, fils de Vulcain, couronné de sept étoiles et portant un chariot dont il avait , dit-on , le premier imaginé l'usage pour cacher les deux serpents qui lui tenaient lieu de jambes. Derrière lui s'avançaient deux autres fils de Vulcain, le féroce Cacus jetant des étincelles par la bouche et les narines , et Cœculus vêtu en berger, et le front ceint d'un diadème royal. Ce dernier tenait d'une main une flamme, et de l'autre une ville située sur une montagne, en mémoire de Prœneste qu'il avait fondée. On voyait ensuite Servius Tullius, roi de Rome, qui passait aussi pour être fils de Vulcain. Une brillante couronne de feu lui entourait la tête. Il précédait Pandion, roi d'Athènes et fils d 'Erichtonius, placé entre ses deux sœurs Orithye et Procris. Cette dernière semblait avoir la poitrine traversée par le dard avec lequel Céphale, son mari, l'avait tuée. Puis venaient Progné et Philomèle, 611e de Pandion. La première était vêtue d'une peau de cerf et avait une haste à la main et une hirondelle sur la tête. La seconde, richement costumée, mais accablée de tristesse, avait le front surmonté d'un rossignol et portait une toile par allusion à celle dont elle se servit pour instruire Progné du crime dont Terée l'avait rendue victime. Le cortège était fermé par Caca, sœur de Cacus, que les anciens adoraient parce qu'elle avait averti Hercule du vol de son frère.