DIOCÈSE D AL ET II LT SAINT-HALO
fut inhumé dans son église Il avait, en 1644, obtenu l'un
« Le diocèse de Saint-Malo perdit, pendant l'épiscopat de M. de Harlay, un prêtre d'une vertu très-remarquable. Il se nommait René Richard et était né près de Bécherel. Son dessein avait été dans sa jeunesse d'entrer chez les Capucins; mais n'ayant pu l'exécuter, il s'imposa les jeûnes et les austérités que pratiquent ces religieux, et fut toute sa v ie fidèle à les accomplir. U fit plus, car il s'assujettit a porter habituellement la haire et à se flageller trois fois la semaine avec une discipline de fer. Un peu de paille lui servait de lit, et une pierre d'oreiller. Tout en se livrant ainsi à une mortification continuelle, U avait une extrême défiance de lui-même, et veillait sur ses sens avec le plus grand soin. Sa coutume était de réciter à genoux son office; il y joignait souvent celui de la sainte Vierge et les sept Psaumes de la pénitence.
Quoique toujours attentif à la présence de Dieu, il en paraissait encore bien plus profondément pénétré lorsqu'il célébrait la messe. Son extérieur avait alors quelque chose d'angélique ; mais si sa piété brillait d'un plus vif éclat pendant cette sainte action, c'était bien contre sa volonté; car il ne désirait rien tant que d'être caché au monde, et loin de se croire digne de l'estime des créatures, U se regardait comme un très-grand pécheur. Dans cette persuasion, il cherchait à se rendre favorables les pauvres, que sa foi lui représentait comme les amis de Dieu. On peut dire que la charité de M. Richard pour eux parut inimitable ; car, non content de les visiter dans leurs maladies et de les secourir dans leurs besoins spirituels et temporels, il les faisait venir chez lui, afin d'en prendre un soin plus par. ticulier, et souvent il se dépouilla de ses habits pour les donner a ceux qui en manquaient.
La peste, qui à cette époque désola le diocèse de Saint-Malo, ne put affaiblir la charité de ce digne prêtre; au contraire, il se dévoua au service de ceux qui furent frappés de ce terrible fléau, et malgré tout ce que ce service avait de pénible, il le continua avec l'ardeur d'un cœur rempli de l'amour du prochain. Dieu se hâta de récompenser son fidèle ministre. M. Richard mourut à Bécherel le 1er décembre 1637, n'étant âgé que de quarante-deux ans, et son corps fut inhumé dans l'église paroissiale. La confiance que les fidèles avaient en ses mérites était si grande, qu'ils réclamèrent bientôt son assis, tance, visitèrent son tombeau comme celui d'un saint, et lui donnèrent le titre de bienheureux. On assure que plusieurs faveurs signa, lées, qu'on regardait comme miraculeuses, ont été obtenues par son intercession, et l'on en dressa des procès* verbaux. On assure aussi que son tombeau ayant été ouvert environ cinquante ans après sa mort, parce qu'on voulut y mettre un autre corps, le sien fut trouvé entier et qu'il rendit du sang. La pierre qui couvrait ses précieux restes, et sur laquelle une croix était gravée, avant été enlevée pendant la révolution, on ignore maintenant l'endroit précis de sa sépulture; mais on croit qu'elle est dans le sanctuaire.
Si nous avions connu plus têt la vie de ce vénérable prêtre, nous n'eussions pas manqué de l'insérer parmi celles des saints de Bretagne.
Tiré de l'histoire manuscrite des ëvéques de Saint-Malo9 par It P. Lelarge,
112 l'écusk »* mim*.
de ses neveux pour coadjuteur. Il le sacra lui-même, sou»
le titre d'évêque de Sébaste, et lui donna l'habitude de l'administration ecclésiastique.
Ferwnakd DE NEUFVILLE, fils de Charles, marquis deYilleroi, et de Jacqueline de Harlay, naquit à Rome, en 4608, pendant l'ambassade de son père, et eut pour
Errain Ferdinand de Médicis, grand-duc de Toscane, qui i donna son nom. Il fut d'abord destiné à l'Ordre des chevaliers de Malte, mais ayant embrassé l'état ecclésiastique, le roi le nomma à l'abbaye de Saint-Vandrille. Achille de Harlay, son oncle, le demanda au roi pour son coadjnteur, et le sacra le 28 août 1644, assisté des évêques de Quimper et de Saint-Brieuc. Après la mort de son oncle, il fut pourvu de l'abbaye de Saint-Meen. Marchant sur les traces de son prédécesseur, il travailla avec zèle au salut du peuple qui lui était confié. Son affabilité et sa bonté lui gagnèrent les cœurs de ses diocésains. Il se montra le protecteur du vénérable M. Buisson, de qui on lui avait fait des plaintes.Le diocèse deSaint-Malo ne posséda M. de Neufville que pendant dix ans. Transféré à Chartres en 1637, il occupa longtemps ce siège, et gouverna son d.ocèse avec beaucoup de prudence et de douceur. Ce fut ce prélat qui reconstruisit à ses frais le séminaire du Grand-Beaulieu. Il mourut à Paris, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le 8 janvier 1690. Son corps fut rapporté à Chartres, et inhumé dans la chapelle du séminaire, où l'on voyait
son tombeau.
François DE VILLEMONTÉE, d'une ancienne famille du Poitou, filsdu seigneur de Villemontée, conseiller d'Etat ordinaire, et de N. de Mâupeou, se livra d'abord à l'étude des belles-lettres <?t du droit, et devint conseiller au parlement de Paris en 1620. il fut ensuite maître des requêtes, et le roi Louis XIII lui confia diverses intendances et !e nomma conseiller d'Etat. Il épousa une demoiselle de La Barre, d'une noble et ancienne maison de Flandre. De plusieurs enfants issus de son mariage, il ne conserva qu'une fille, qui, ayant été mariée au comte de Belloy, gouverneur de Meaux, eut deux filles, lesquelles se consacrèrent à
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Dieu dans la vie religieuse. M. de Villemontée, s'étant sév paré de son épouse, entra dans l'état ecclésiastique, et fut ordonné prêtre. Louis XIV, qui connaissait son mérite, ne tarda pas à l'élever à l'épiscopat; il le nomma à l'évêché de Saint-Malo en 1658. Le nouveau prélat reçut dans l'église de la maison professe des Jésuites dè Paris, le 29 juin 1660, la consécration épiscopale de M. de Bouthilli'er, archevêque de Tours, assisté par les évéques de Saint-Brieuc et de Léon. Sa bonté ne tarda pas à lui gagner l'affection de ses diocésains. 11 montrait tant d'aménité dans ses relations avec les.Malouins, qu'on disait de lui qu'il vivait avec eus comme un père avec ses enfants. Il gouverna son troupeau avec beaucoup de sagesse et de zèle. Les religieuses Dominicaines de Dinan obtinrent de lui la permission de changer de maison, et il fit leur translation de la manière la plus solennelle au mois de juin 1664. Ce fut à M. de Villemontée que les Bénédictins de la congrégation de Saint* Haur durent leur établissement à Saint-Malo, où ils remplacèrent les Bénédictins anglais. Ce prélat termina son épiscopat par une cérémonie qui intéressa vivement les habitants de sa ville épiscopale. On avait en 1657 trouvé sous l'autel de Saint-Malo, dans la nef de l'église cathé«* drale, des ossements qui furent reconnus pour être des reliques du saint évoque d'Âleth, auquel cet autel était dé* dié. M. de Villemontée résolut, d'accord avec son chapitre, de faire une cérémonie extraordinaire, afin d'inspirer plus de respect pour ces précieux restes. Une procession générale, qui eut lieu le 7 avril 1670, et dans laquelle les reli» ques de saint Malo furent portées avec beaucoup de pompe, causa une joie universelle, et fournit aux Malouins une occasion favorable de manifester leur dévotion envers le saint patron de leur ville. Cet acte public de piété fut Ul dernier de ce prélat. Etant allé à Paris, peu de temps après la cérémonie dont nous venons de parler, il y mourut le % 7 juillet 1670. Outre la dignité épiscopale, il avait encore le titre de conseiller honoraire au parlement de Bretagne, titre pour lequel Louis XIV voulut bien lui donner son agrément.
Sébastien DEGUÉMADEUC fut le successeur de M. de
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Villemontée dans le siège de Saint-Malo. Il était Breton, fils de Thomas de Guémadeuc, gouverneur de Ploermel. Ayant de bonne heure embrassé l'état ecclésiastique, il alla continuer à Paris ses études, qu'il avait commencées en Bretagne. Doué d'un esprit vif, il acquit des connaissances, et se rendit surtout recommandable par une conduite constamment sage. Sa prudence, jointe à ses autres qualités, lui mérita l'estime de personnes considérables, qui le firent connaître à la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. Cette princesse choisit l'abbé de Guémadeuc pour un de ses aumôniers, titre qui lui donna entrée à la cour. Il y porta cette régularité de mœurs qu'il avait montrée jusqu'alors, et s'acquit ainsi la bienveillance de la reine, qui le fit nommer abbé commendataire de Saint- Jean-des-Prés, bénéfice qu'il conserva étant évéque, et dans lequel il passait assez souvent la belle saison. Il avait continué d'étudier avec succès; aussi fut-il reçu docteur de la maison de Navarre, le 17 août 1664. L'année suivante il devint agent général du clergé. Louis XIV, témoin de son mérite, le nomma, en 1670,àl'évéché deLavaur, puis, presque aussitôt après, à celui de Saint-Malo : mais son sacre n'eut lieu qu'en 1671. M. de Harlay, archevêque de Paris, fit cette cérémonie le 5 juillet, dans la chapelle du château de Vîncennes, assisté desévéquesde Nantes et de Dol. Le nouveau prélat ayant pris possession de son siège, donna d'abord ses soins à son diocèse, puis s'occupa, au bout de quelques années, de faire ériger en abbaye le prieuré des religieuses Bénédictines du Mont-Cassin près de Josselin. Le roi, par une faveur spéciale, lui ayant accordé le privilège d'en nommer les deux premières abbesses, il choisit pour cette dignité Suzanne de Guémadeuc, sa sœur aînée, et plus tard sa propre nièce, Suzanne-Eléonore de Guémadeuc. Le marquis de Guémadeuc, son neveu, obtint à sa sollicitation la place importante de gouverneur de Saint-Malo , et se montra digne d'occuper ce poste de confiance. Cet évéque assista aux assemblées du clefgé tenues en 1680 et en 1682, et l'on trouve son nom parmi les signataires des qua. tre articles qui furent adoptés dans cette dernière. Sa ville épiscopale fut de son temps deux fois attaquée et bombar-