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CATALOGUE HISTORIQUE DES ÉVÊQUES DE RENNES

Il nous paraît impossible de fixer d'une manière précise l'époque à laquelle la foi fut préchée à Rennes, et de dire quand cette ville devint le siège d'un évêché.On ne connaît pas davantage le nom du premier évèque qui a occupé ce siège et dans quel temps il vivait. S'il était possible de s'en rapporter au témoignage du P. Albert le Grand, et à celui de quelques autres écrivains, il faudrait admettre que la religion chrétienne aurait été établie dès le ier siècle dans cette partie de la Bretagne, et qu'au moins l'un des disciples de l'apôtre saint Philippe, nommé Maximin, y aurait, dès cette époque, annoncé l'Évangile; mais l'assertion de ces auteurs n'est appuyée d'aucune preuve satisfaisante. Un historien assez récent rapporte qu'il se trouvé, dans l'église métropolitaine de Vienne en Dauphiné, une chapelle dédiée à saint Juste, lequel, après avoir été archevêque de cette ville, serait allé prêcherla foi dansl'Armori-

'■ On appelle collégiale une église desservie par des chanoines séculiers formant un chapitre, et dans laquelle 11 n'y a pas de siège épiscopal. Toutes les collégiales de France ont été détruites au commencement de la révolution.

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que, et y aurait souffert le martyre, dans le n« siècle

FEBEDIOLUS est le premier évéque de Rennes de l'existence duquel la tradition fournit des preuves a. Il souscrivit par procureur au concile tenu à Fréjus, vers l'an 439 \

ARTHEMIUS, ATHEMIUS ou ATHENIUS * assista au concile de Tours en 461, et à celui de Vannes en 465.

Saint AMAND gouverna l'Eglise de Rennes immédiatement avant saint Melaine, qu'il désigna pour son successeur. On ignore l'année de sa mort. Sa fête se célébrait le 14 novembre dans l'abbaye de Saint -Melaine, dont l'église conserve encore une partie de ses reliques. Il est regardé comme le patron de la ville, et c'est à lui que les fidèles ont recours dans les calamités publiques.

1 il \ avait autrefois effectivement à Rennes une chapelle dédiée à saint Juste, martyr, qui, suivant le P. Albert le Grand, a en la téte tranchée puur Jésus-Christ pendant la persécution de Marc-Aurèle; mais est-ce bien un martyr de Rennes ? est-ce bien le saint penti fe de Vienne qui serait devenu évéque en Bretagne et y aurait fini sa carrière ? Nous sommes très-éloigné de vouloir l'affirmer. Des historiens de la province mettent en téte du catalogue qu'ils ont dressé des évéques de Rennes, saint Moderan Ier, saint Justin, le même sans doute que saint Juste dont nous venons de parler, saint Riothimc, saint Electrammes, et saint Jean, surnommé le Blanc; mais comme ils ne donnent aucune preuve de l'existence de ces saints prélats, dont ils ont sans doute trouvé les noms dans quelque ancien catalogue de l'Eglise de Rennes, nous n'en ferons pas autre mention.

Si l'on voulait s'en rapporter au catalogue qui se trouve dans le Dietionnaire historique et géographique de Bretagne, par Ogée, il faudrait admettre un Moderan 1er dès Tan 3&S. Cet écrivain ne parait pas a voir apporte une bien grande attention à cette partie de son travail. Il prétend que l'existence de Moderan dans le rv* siècle est prouvée; mais il n'indique pas la source où il a puisé cette assertion. 11 assure que Dora Lob in eau reconnaît comme évéques de Rennes saint Justin, Electran et Riothime ou Riothisme, et cet auteur parle de ces personnages comme s'ils n'avaient jamais existé. Ogée est si peu exact pour les dates, qu'il n'indique pas même l'époque de la mort de M. de La Muzauchêre, décédé évéque de Nantes sept ans seulement avant la publication de son Dictionnaire, et qu'il ne marque pas plus la translation de M. Desnos de Rennes à Verdun, effectuée en 1770.

« Martène, t. 4, Jnccdot., p. 57.

* Dom Morice se trompe Ici ; il n'y a pas eu de concile à Fréjus dans )e v* siècle, mais bien à Riez, autre ville de Provence, en 439. Voyez V Analyse des conciles, par le P. Richard, Dominicain, t. i«r. C'est un ouvrage estimé.

* Labbe, t. 4, Conc ., et in Btblhth. Ms. 1 ,

10 LÉGLISK DE BRETAGNE.

Saint MELAINE était originaire du diocèse de Vannes et d'une famdle noble. Dès sa plus tendre jeunesse il fit profession de la vie monastique. Ses progrès dans la Yçrtu et dans les sciences lui méritèrent d'être élevé sur le siège de Rennes après la mort de saint Amand. 11 se conduisit dans ce redoutable ministère avec tant de sagesse, que sa réputation vola jusqu'à la cour de France. Glovis, maître du pays de Rennes, admit saint Melaine dans ses conseils les plus secrets. Le nom de ce saint prélat se lit dans les souscriptions du concile tenu à Orléans l'an 51 1 , et dans celles du concile d'Angers en 550. L'année (te sa mort n'est pas connue 1 ; mais le jour en est marqué dans les calendriers des abbayes de Saint-Melaine et de Saint-Meen au 6 novembre". L'ancien martyrologe, qui porte le nom de saint Jérôme, met son ordination et la translation de ses reliques au 6 janvier.

FEBEDIOLUS IIe du nom, que quelques auteurs nomment Fidiolus, et d'autres Ebediolus, souscrivit au cinquième concile d'Orléans, tenu en 549.

V1CTORIUS ou VICTÙRUS c assista, en 567, au concile de Tours et à la dédicace de l'église de Nantes, faite par Euphronius, archevêque de Tours. Il est fait mention de ce prélat dans une épitre de sainte Radegonde, rapportée par Grégoire de Tours.

DURIOTORUS d souscrivit par procureur au concile tenu à Châlons en 650.

DIDIER e assista au concile tenu à Reims en 682 K

■ (tous avoijs montre. Fies des Saints de Bretagne, t. Ie', p. 124, que saint Melaine est mort en 530. Il n'y eut pas cette année-là de concile à Angers, comme le dit Dom Morice, mais seulement une simple réunion de quelques évéques pour la consécration de l'église du Konceray.

a Labbe, t 5, ConciL Martène, t. 3, Anecdote p. 155t.

* Labbe, t. S, Qmc.

« l. 9, ch. 39, et |iv. 8, p. 406. Fortunat, Cap. in Dedicat. ecclesiat Nannetensis, et Labbe, t. V, ConciL d Labbe, t. ô, Concil.

* Rolland us in notis ad Vitam sancti Ausberti, Rotamag. arch., t. 2; februarii.

* Il n'y eut pas de concile à Reims en 662, maia bien a Rouen en 093, ainsi que nous Tarons montré Vies des Saints de Bretagne, t. 2,

DIOCÈSE DE REIflfES. "

BoIIandus croit que ce prélat fut martyrisé au territoire de Besançon avec Rainfroi, son archidiacre, en un lieu qui porte encore son nom. Levéché fut usurpé par le comte Agathée, ainsi que celui de Nantes.

Saint MODERANa, nommé aussi quelquefois saint Moran, monta sur le siège de Rennes du temps de Chilperic, roi de France. Ayant obtenu de ce prince la permission de visiter le tombeau des apôtres, il alla d'abord à Reims, où il reçut quelques portions de l'étole, du cilice et du suaire de saint Remi. Il déposa ces précieuses reliques dans l'abbaye de Berzetto, au diocèse de Parme, en Italie. De retour de Rome, il se fit donner un successeur, et distribua son bien aux pauvres. Ayant ensuite pris congé de son troupeau, il se relira au monastère de Berzetto, où il mourut en odeur de sainteté, le 22 octobre de l'an 751, selon Ferrarius. 11 fut inhumé dans l'église de ce monastère, qui était dédiée à saint Abundius, martyr, et qui a pris depuis le nom de saint Moderan.

On trouve ici, dans le catalogue des évêques de Rennes, une lacune de plus d'un siècle. Le P. Albert le Grand la remplit, et donne les noms des prélats qu'il prétend avoir occupé ce siège depuis 702 jusqu'en o22; mais comme il ne fournit aucune preuve authentique des faits qu'il avance, nous sommes forcés de les rejeter.

GERNOBRE* souscrivit au concile assemblé à Quierci, en 849, par Hincmar, archevêque de Reims.

WARNAIRES* gouverna l'Eglise de Rennes sous le règne d'Erispoé, roi de Bretagne. Il est fait mention de ce prélat dans une charte de Redon, datée de l'année 858.

ELECTRAN* fut sacré, le 29 septembre 866, par Hérard, archevêque de Tours, assisté de Robert, évêque du Mans, et d'Actard, évêque de Nantes. Ce fut lui qui reçut les pénitents Fromond et ses frères, venus en pèlerinage à Redon pour vénérer le corps de saint Marcellin, pape/ et

« Flodoard, lib. 1, cap. 20.

b Joanoes Maan, p. 58

• Cartulaire de Redon.

* Sirmoad, Concil. G*Mee, «art. de Redon

12 l'église de Bretagne.

qui pourvut charitable ment à leurs besoins a. Il vivait encore en 871, selon une charte de l'abbaye de Redon.

NORDOARD b souscrivit, vers Tan 054, à la charte donnée par Ragenfroi, évéque de Chartres, pour le rétablissement de l'abbaye de Saint-Père-en-Vallée.

THÉOBALD, THIBAUD, THÉOTBALDUS ou DÉOT- BALDUS est indiqué comme évéque de Rennes dans une charte du Mont- Saint-Michel, datée du 28 juillet 990. MM. de Sainte-Marthe nous apprennent que ce prélat s'était démis, quelque temps auparavant, de sou évéché, et qu'il s'était retiré dans le monastère de Saint-Melaine, dont il avait été abbé.

WAR1N ou GUÉRÏN souscrivit à la donation de Villamée, faite au Mont -Saint -Michel en 990, par Gonan, comte de Rennes ; à une autre de ce prince à la même abbaye en 1009; au droit de bouteillage accordé en 1008 par les bourgeois de Rennes au chapitre de Saint-Pierre ; au rétablissement de l'abbaye de Saint-Meen, fait la même année par la duchesse Havoise et les princes ses enfants ; à la fondation de l'abbaye de Saint-Georges, faite en 1032, et à celle du prieuré de Saint-Cyr, faite en 1037. Il mourut la même année ou la suivante.

Daus le même temps on trouve un autre évéque de Rennes, nommé Vautier ou Gautier, que les historiens font père de Guérin, dont nous venons de parler, mais sans en donner des preuves. Ce qui nous paraît vraisemblable, c'est que ce prélat se sera démis dans un âge avancé, et aura survécu plusieurs années à sa démission. Ainsi on peut le regarder comme le prédécesseur de Guérin. DomLobineau dit que i'évêque de Rennes fonda, vers l'an 1035, un maître d'école, et mit des chanoines dans son église.

MAIN ou M AINO c succéda à Varin. Il est fait mention de cet évéque dans la fondation du prieuré de Quiberon, datée de 1027; mais cette date est fausse, ainsi que les caractères

a ries des Saints de Bretagne, t. 2.

* Ex seculo v SS. Benedicf.

« «Hartènc, t 3, Jnecd.y p. 103Î. Act. SS. Bsotdict.

qui raccompagnent. Henriler, roi de France, sons le règne duquel elle est dressée, ne parvint à la couronne qu'en 4033. Guérin était encore évêque én 1037. Ainsi, le pontificat de Main ne peut commencer qu'à la fin de l'an 1037; et c'est aussi à cette époque qu'il faut rapporter la fondation du prieuré de Quiberon, au diocèse de Vannes. Main souscrivit au concile tenu à Rome, par le pape saint Léon IX, en 1049; à celui de Tours, en 1055 ; et à celui de Rennes, en 1079 *. Sa mort est marquée sous l'an 1076, dans la chronique de Saint-Melaine, insérée dans celle de Nantes.

SILVESTRE DE LA GUERCHE a, seigneur de Pouancé et chancelier de Bretagne, épousa d'abord N..., dont il eut Guillaume et Geoffroi de La Guerche, mentionnés dans une charte de Saint-Melaine, datée de Tan 1115. Son épouse étant morte, il embrassa l'état ecclésiastique, et fut sacré évêque de Rennes en 1076. C'est en cette qualité qu'il fit don, l'an 1087, à l'abbaye de Saint-Serge, de l'églfse de Brièles. Il fut du nombre des commissaires nommés en 1087, par le duc Alain Forgent, pour juger le différend que ses chapelains avaient avec les religieux de Redon. Ce prélat eut pour coopéra teur, en qualité d'archiprêtre, le célèbre Robert d'Arbrissel, qui fut ensuite le fondateur de l'ordre de Font-Evrault. La mort de Silvestre est marquée au 18 janvier 1096, dans l'ancien Gallia Christiana.

MARBODE *, archidiacre d'Angers , fut élu en 1096 e. Il était originaire d'Anjou, et avait étudié avec beaucoup de succès. Destiné à l'état ecclésiastique, il entra dans le chapitre d'Angers, dont il fut successivement chanoine, scolastique et archidiacre. Son évêque le mit à la tête de l'école publique établie dans sa ville épiscopale; Marbode y enseigna avec tant de succès, qu'il est regardé comme le restaurateur de cette école. Il se conduisit dans tous ses

* Ce concile fut tenu en Bretagne par Aîné, évêque d'Oleron et légat du saint Siège ; mais il n'est pas bien certain que ce soit à Rennes. On y condamna un abus alors commun en Basse-Bretagne, celui d'absoudre les pécheurs publics qui persévéraient dans leurs désordres. Voyea V Analyse des Conciles, par le P. Richard, t. 5.

* Bist. de Sablé, 1. 4, p. 119, 120, 133.

* Spicilegatm, t. 0, p. 24 et 25.

« Labbe, 1. 10, ConciL Jeta Jtp. Cenoman., t. 3. Analec, p. 320.

14 l'ÉGUSB DE BRSÎAGlfl.

emplois» avec tant de sagesse et de prudence, que le clergé de Rennes te choisit pour son pasteur, après la mort de Silvestre de La Guerche. Quelque répugnance qu'eût Mardobe pour lépiscopat, on le contraignit de consentir à son élection l. Il fut sacré à Tours, en 4096, par le pape Urbain II, qui y tenait un concile. Après la dissolution de cette assemblée, il se rendit dans son diocèse, qu'il gouverna pendant vingt-sept ans. 11 souscrivit au concile de Troyes en 1104, et à celui de Loudun en 1107 2. Appesanti par le poids des années et des inûrmités ordinaires à la vieillesse, il se démit de l'épiscopat et se retira dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, où il mourut le ii septembre 1123.11 fut enterré dans l'église de Saint-Àubin, où l'on voyait encore son tombeau dans le dernier siècle *.

1 Indépendamment de son humilité, il avait peut-être encore pour autre motif l'opinion défavorable qu'il s'était formée de la ville et dû peuple de Rennes. On a de lai une épi grain me latine dans laquelle il fait un portrait peu flatteur de cette ville et de ses habitants. *

* Le P. Richard, Analyse des Conciles, t. 4, place celui-ci en lt($. il fut assemblé au sujet d'un différend survenu entre les religieox de Marmoiitier et ceux de Tournus.

1 Ulger, chanoine d'Angers, composa pour lui l'épitaphe suivante :

Si quis quantuserat Marbodus noscere quftràt,

Postulat hoc quod ego dicere posse nego. In toto muodo non invenietur eundo,

TJllus compar ei nominis atque rei, Omnes facundos sibi vidimus esse sccundos,

ISullus in ingenio par, nullus in eloquio. Cessitei Cicero, cessit Marojunctus Homero;

Ut dicaui breviter, vicit eos pariter.

Per cunctas metas pcr quas sua se tulit œtas,

Nulla sibi placuit res, nisi quae decuit, Curans ut fieret virtutem quod redoleret,

Transtulit hue studium, transtulit ingeniura. 111 • sic noto dédit, ejus sed sine voto,

Christi judicium, pontifleis solium Hic praesul sanctus nolens licet atque coactus,

Effecit melius quas bona cuncta prius.

Ab qtiâ mensurâ mensurus singula jura,

Lenis erat placidis, et rigidus tumidis, Jugiter orabat, jejunabat, vigilabat,

Quodque sibi minuit, pauperibus tribuit, Hic tam laudari dlgnus, quam dignas amaH,

Sorte cadens hominum, transi il ad Dominum. Omnes personas, qu*e sunt in relli^ione,

lngemuére nimis planctibus et lacrymis.

DIOCÈSB DÉ RENNES. 15

Marbode laissa plusieurs ouvrages qui ont été recueillis par les soins du vénérable Yves Mayenc, et imprimés à Rennes, en 4524, chez Bauduin. Le P. Beaugendre, religieux de la congrégation dè Saint-Matir, a revu cette collection sur les manuscrits, et Ta fait réimprimer à la fin des œuvres de Hildebert, archevêque de Tours.

ROTALD a succéda à Marbode, et mourut le 21 novembre 1126. suivant le nécrologe de l'abbaye de Saint-Serge. Il est fait mention de ce prélat dans la permission accordée par Hamelin, évêque de Rennes, à deux particuliers, de terminer par le duel les différends qu'ils avaient ensemble.

HAMELIN, abbé de Saint-Aubin d'Angers, fut élu le 15 mai 1127 , suivant la chronique de cette abbaye. Il assista la môme année au concile tenu à Redon par Hildebert, archevêque de Tours, pour la réconciliation de l'église de Saint-Sauveur !. L'année suivante, il se trouva à la translation des reliques de saint Aubin, faite le 17 octobre par Girard, évêque d'Angoulême et légat du saint Siège en France. On lit son nom dans les souscriptions du concile, tenu à Reims, en 1131, par le pape Innocent II, et auquel assista saint Bernard, et dans celui tenu à Redon, en 1135

Nnbilitas flevit, nec plebs à flendo quievit, Tùra gémit et plorat, cùm bona commémorât.

In cunctis annis nova mors erat ista Britaonis, Quae vivens tenuit, quos aluit, docuit.

Praecipuè Rhedoni, proprii quae morte patroni Est velut aegra j a cens, factaque muta tacens.

Autre épitaphe, par Rivallon, archidiacre de Rennes.

Reddidit ingeniura sapientem, lingua disertum,

Mens meniorem, vigilem, sollicitudo gregis, j£tas looga senem, jucundum gratia moris,

Ordo pontificem, relligioque sacrum*.

Sobrietas parcum sihi, munifleentia largum

Pauperibus, rectum régula justifia?.

Hic basis Ecclesiae pondus portabat, et idem

Mansuetudine boa, et feritate leo.

« Lob., t. 2, p. 204. Vide et notas Sirmundi ad lib. S; Gaffredi Vindocinensis.

• 11 n'est pas bien certain que cette assemblée de Kedon puisse **re regardée comme un concile: il parait que ce fut seulement une réunion de l'archevêque de Tours et de ses suffraganta, uniquement pour là cérémonie de la réconciliation.

16 l'église de bretagnb.

on 112(6, par Hildebert, archevêque de Tours, pour défendre les droits de cette abbaye et frapper d'excommunication Raoul de Mont fort, qui en avait envahi les biens1. Hamelin mourut le 2 février 1141, selon les chroniques de Nantes et de Saint-Aubin d'Angers. On trouve une lettre de ce prélat publiée par le P. Sirmond dans ses notes sur Geoffroy de Vendôme. H rapporte dans cette lettre qu'il y eut en sa présence un combat singulier sur le bord de la rivière d'ille et dans le pré de l'évéque , et qu'après que les champions eurent vaillamment combattu , on s'occupa de les réconcilier. Le nom d'Hamelin se lit, ainsi que celui de Rotait! , son prédécesseur, dans une charte de Guillaume, seigneur de Fougères, datée de l'an 1150, laquelle fait mention de la donation d'une église à une autre église ; donation approuvée par Guillaume, seigneur de Fougères, et successivement confirmée par les deux prélats. Cette charte, qui est en faveur de l'abbaye de Savigny, est, comme on voit, postérieure à l'époque à laquelle Hamelin vivait 'J. On remarque dans cet acte que Rotald y est nommé Roald.

ALAIN fut élu l'an 1141, et souscrivit la même année à la fondation du temple de Nantes , faite par le duc Conan III. Le grand nombre de chartes qne l'on trouvait de cet évêque dans les abbayes de Marmoutier, de Saint- Melaine, de Savigni, de Saint-Georges et de Saint-Sulpice, prouvait l'estime qu'il faisait de l'ordre monastique. En 1151, il assista, avec plusieurs autres évêques de Bretagne, à la translation du corps de saint René à Angers. Il mourut le 1«* mai 1156, suivant la chronique de Normandie et celle de Robert , abbé du Mont-Saint-Michel.

Etienne DE LA ROCHEFOUCAULD fut, suivant la chronique de Saint-Florent, sacré en 1156. Il était né à Angoulême, d'une famille honnête; mais, comme l'ont

1 L'Histoire de Bretagne de Dom Morice place cette assemblée en 1 133, et dans les Actes qu'il a publiés, il la met en 1 135 ou 1 136.

* Quelques auteurs lui ont donné le titre de chancelier de Bretagne ; mais l'acte sur lequel ils se sont fondés est daté de l'an 1 1 58, temps auquel Hamelin ne vivait plus. Le chancelier Hamelin, présent à cet acte, n'est point désigné comme évêque; mais il pouvait être trésorier de i'Eglise de Rennes, car on trouve un Hamelin trésorier à cette époque.

fait observer MM. de Sainte-Marthe, différente de l'illustre famillede La Rochefoucauld, qui subsiste encore aujourd'hui. Prévenu dès ses plus tendres années de la grâce céleste, il embrassa la vie monastique dans l'abbaye de Saint-Florentlès-Saumur. Il venait d'en être élu abbé, lorsque le clergé de Rennes le choisit pour son évêque. II fit paraître une grande habileté à manier les affaires civiles et ecclésiastiques pendant son épiscopat ; mais la mort l'enleva trop tôt à un troupeau auquel il était très-cher. Elle arriva le A septembre 1166, selon la chronique de Saint-Florent et l'obituaire de Rillé. Son corps fut inhumé dans le cloître de Saint-Melaine, auprès de la porte de l'église, lieu que son humilité lui avait fait choisir pour sa sépulture.

ROBERT, chanoine de Saint-Pierre de Rillé, succéda à Étienne de La Rochefoucauld, et ne tint le siège qu'un an, étant mort le 9 décembre, suivant l'obituaire de Rillé.

Étienne DE FOUGÈRES, chapelain de Henri II, roi d'Angleterre, fut élu en 1168. Il était né avec beaucoup d esprit, et avait cultivé les belles-lettres dans sa jeunesse. Il s'appliqua surtout à la poésie, et composa plusieurs pièces qui lui acquirent une grande réputation. Dieu lui ayant fait connaître dans une vision qu'une telle occupation ne convenait pas à un évêque, il y renonça entièrement. Pour réparer le passé, il composa la Vie de saint Firmat, évêque ; et celle de saint Vital, premier abbé de Savigni. Il reçut dans son église, en H69, Godefroi, fils de Henri II, roi d'Angleterre. Son palais épiscopal ayant été détruit par un incendie, il le reconstruisit à ses frais. De son temps, Barthélemi, archevêque de Tours, tint, en 1176, un concile provincial à Rennes Etienne mourut deux ans après cette assemblée, c'est-à-dire le 23 décembre 1178, suivant Robert, abbé du Mont-Saint-Michel, auteur contemporain et ami du défunt.

* Ce ne fut pas précisément un concile, aussi ne le trouve- t-on pas dans les catalogues des conciles du xne siècle ; c'était une assemblée provinciale, tenue par l'archevêque de Tours, Barthélemi de Vendôme, avec ses suffragants, pour chercher les moyens de s'opposer à fa fureur des Albigeois, qui dévastaient le midi de la France

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PHILIPPE a, religieux de l'ordre de Cîteaux, fut élu en 1179. Il avait d'abord élé abbé de Notre-Dame-des- Fontaines au diocèse de Tours» d'où il avait été transféré à l'abbaye de Clairmont dans le Maine. Il passa de ce dernier siège à celui de Rennes, dont l'église menaçait alors ruine. Philippe, n'ayant pas de fonds pour la faire réparer, s adressa à Dieu, qui lui fit connaître qu'il y avait un trésor caché dans son église. Pleiu de confiance en la Providence, il fit démolir cet ancien édifice et le rebâtit avec l'argent qu'il avait trouvé dans les fondements. Le duc Geoflroi lui confia les sceaux ; mais il n'exerça pas longtemps les fonctions de chancelier, étant mort le 8 avril 1182, selon le nécrologe du Roncerai.

JACQUES ne nous est connu que par une charte de l'abbaye de Saint-Melaine, dans laquelle cet éveque ratifie la donation de l'église de Moulins, faite par Bluin et Etienne, ses prédécesseurs. Il mourut vers la fin de l'an 1183, ou au commencement du suivant.

HERBERT, abbé de Clairmont dans le Maine, fut élu et sacré en 1184. L'année suivante il assista au règlement fait par le comte Geoflïoi pour le partage des fiefs de Haubert et de Chevalerie* Il obtint en 1197, de l'abbé de Marmoutier, le patronage de l'église d'Antrain et la moitié des oblaiions.il mourut le 11 décembre 1198, et fut inhumé dans le chœur de son église. MM. de Sainte-Marthe disent qu'il opéra des miracles après sa mort.

Pierre DE D1NAN, fils de Roland, seigneur de Montafilant, chanoine et archidiacre de l'église d'Yorck, en Angleterre, fut élu l'an 1199, suivant Roger de Houveden. La duchesse Constance lui confia les sceaux, et le fit chancelier de Bretagne. Il ratifia, en 1207, la fondation de l'église collégiale de La Guerche, faite par Guillaume, seigneur de cette ville. Sa mort arriva le 24 janvier 1210, selon le nécrologe de son église.

Pierre DE FOUGÈRES *, neveu de l'évêque Etienne,

a Sigebert, adannum 11 81. T. 10. Spicilegii : de prœlatis Claromon. b Vol. C,p. 155.

DIOCÈSE DE RENNES. j$

succéda à Pierre de Dinan. Du Paz assure qu'il fut sacré par Jean de Faye, archevêque de. Tours, dans un concile tenu à Rennes au mois de mars 1210; mais il ne donne aucune preuve de ce concile Ce qui est plus certain, c'est que Pierre de Fougères, en qualité d evêque de Rennes, confirma, le 1er juillet 4210, la fondation d'un chapitre de chanoines érigé dans l'église de la Madeleine de Vitré. Il* mourut le 10 juillet 1222, et fut inhumé dans son église.

Josselin DE MONTAUBAN fut élu à la place de Pierre de Fougères. II assista, en 1224, à la dédicace de l'église de l'abbaye de Villeneuve, où se trouvèrent presque tous les évêques de la métropole et les seigneurs du pays. Un acte de l'an 1234 nous apprend que ce prélat fonda un anniversaire dans les églises de Saint-Pierre, de Saint-Melaine et de Saint-Georges de Rennes, pour être célébré tous les ans, le vendredi avant la Toussaint. Il mourut le 30 octobre 1234, selon le nécrologe de Saint-Jacques de Montfort, où il fut inhumé.

Jean GICQUEL confirma, en 1247, les chanoines de Montfort dans la possession ^ patronage de l'église de Bourg-des-Gomptes, comme avait fait Josselin son prédécesseur. Joinville nous apprend que cet évêque fit le voyage de la Terre-Sainte èu 1250, et qu'il se signala dans les combats que les Croisés livrèrent aux Sarrasins. Il fit son testament, en 1258, le vendredi après l'Epiphanie, et fonda un anniversaire dans son église cathédrale. Sa mort est marquée au 15 janvier dans le nécrologe de la même église.

GILLES ratifia, au mois d'octobre 1258, le testament de Jean Gicquel, son prédécesseur. Il mourut le 26 septembre 1259, selon le nécrologe de son église, et eut pour successeur Maurice qui suit.

Maurice DE TRELID1 « ou DE TRESIGUIDI, con-

• L'historien des archevêques de Tours, Jean Maan, ne dit pas un mot de ce concile supposé de Rennes. En 1210, Jean de Faye était occupé à se défendre contre les prétentions d'un compétiteur qui loi disputait le siège de Toura.

I^^a^a^C^ *i • ^yOFiCti* *S £J(~)fl (1(1/1 US y (HÎ f(nFlIlfï\ 1263*

ûrma, en 1260, une transaction passée entre Gilles, son prédécesseur, et Roger, abbé de Saint-FIorent-lès-Saumur, pour le prieuré de Livré. Gui, comte de Laval, prit la croix en 1265, et nomma Maurice, évêque de Rennes, son exécuteur testamentaire. Il y eut deux conciles provinciaux tenus à Rennes sous le pontificat de Maurice : l'un en 1263 \ et l'autre en 1273. Sa mort est marquée au 18 septembre 1282, dans le nécrologe de son église.

Guillaume DE LA ROCHE-TANGUI, docteur en théologie, fut élu vers la fin de l'année 1282. Il scella, l'annéè suivante, un traité passé entre le duc Jean le Roux et Henri d'Avaugour, seigneur de Goello. Exécuteur testamentaire du premier, il rendit en 1288, aux habitants du Gavre, l'usage de leur forêt, dont le feu duc les avait privés. En 1294, il unit à la chambrerie de Saint-Meîaine l'église de Noyai sur Vilaine, union qui fut confirmée en 1298 par son successeur. Il mourut en 1297, le 28 septembre, selon le nécrologe de son église.

Frère Jean DE SAMOIS, religieux franciscain, succéda au précédent, suivant les annales de Vading et l'acte cité ci-dessus. 11 était né dans^m village du diocèse de Sens, dont il portait le nom, et embrassa l'institut des Frères- Mineurs. Elu évêque de Rennes, il occupa le siège pendant deux ans seulement, car le pape Roniface VIII le transféra à Lisieux en 1299. Il assista au concile provincial tenu dans l'église de Notre-Dame-du-Pré, près de Rouen, et mourut en 1502, le 30 octobre, selon le nécrologe de l'église de Rennes, ou le 5 décembre, suivant le nécrologe de Lisieux \

YVES occupait le siège épiscopal en 1304, suivant un acte du chapitre. Il mourut la même année ou la suivante.

GILLES fit serment de fidélité au duc en 1306, au mois

1 Dom Morice 8e trompe, lorsqu'il prétend qu'il s'est tenu on concile a Rennes en 1263 ; cette Tille n'en eut point dans le xiii* siècle d'autre que celui de 1273, présidé par Jean de Montsoreau, archevêque de Tours.

* Aucun des écrivains bretons qui ont publié le catalogue des évôques de Rennes ne parait avoir connu les détails que nous donnons ici touchant Jean de Seraois, qu'ils nomment par erreur de Semois ; nous les avons tirés du Gallia christiana nw/r, t. Il, imprimé en 1759.

de mars, et mourut quelques mois après. Son temporel, - saisi par les officiers du duc, fut affermé en 1507 pour la somme de mille francs.

Alain DE CHATEAUGIRON , fils de Geoffroy, seigneur de Châteaugiron, était trésorier de l'église de Rennes et secrétaire du duc Artur II, lorsqu'il fut élu en 1306. Mais il y a apparence que son élection se trouva défectueuse et que l'archevêque de Tours y suppléa par la nomination d'un autre sujet. En effet, le pape Clément V écrivit, en 1310, au duc de Bretagne pour lui recommander Guillaume, évêque de Rennes ; et ce Guillaume conféra, la même année, la chapellenie de Saint-Louis. Ces raisons nous donnent lieu de penser que l'élection d'Alain de Châteaugiron n'eut lieu qu'après la mort de ce Guillaume. Alain fut extrêmement zélé pour l'honneur du clergé, auquel il procura plusieurs privilèges pendant son épiscopat. Il fit son testament en 1327, et mourut le 12 avril de la même année. Jacques de Châteaugiron, son frère, fut l'exécuteur de ses dernières volontés, et termina sa carrière quelques années après, revêtu de la dignité de trésorier.

Alain DE CHATEAUGIRON, archidiacre de Rennes, succéda à son oncle, et ne tint le siège qu'environ dix-sept mois. Son décès arriva le 21 novembre 1328, et il fut inhumé dans son église, derrière le grand autel, où l'on voyait cette épitaphe : HicjacetD. Àlanus de Châteaugiron , dumviveret episcopus Rhedonensis, qui decessit anno 1328.

Guillaume 0UVR01N fit sa soumission à la chambre apostolique au mois de juin 1528, en qualité d'élu de Rennes. Il assista au concile provincial tenu à Châteaugontier en 1339, et fonda son anniversaire le samedi après la Pentecôte, en 1341.

Yves DE ROSMADEC, d'une famille noble de Bretagne, succéda au précédent en 1345. Il n'occupa que deux ans le siège de Rennes «, et mourut en 1547, le 14 octobre, suivant le nécrologe de son église.

ArtTAUD paya les droits de la chambre apostolique, en

«Grtlliachristiana nova, t. 7, i>. 595.

qualité d'évèque de Rennes, le 87 octobre 1548. Du Paz met sa mort en 4554.

Pierre DE LAVAL est indiqué comme évéque de Rennes dans un acte de son église daté du premier samedi de mai 1554. Il mourut le 11 janvier 1557, suivant MM. de Sainte- Marthe.

GUILLAUME fuj élu en 1557, et paya les droits de la , chambre apostolique le 14 octobre 1558. Il ratifia, cette dernière année, la fondation de l'hôpital de Saint- Yves, de Rennes, faite par Eudon le Bouteiller, prêtre du diocèse de Tréguier.

Pierre DE GUÉMENÉ fit son entrée solennelle à Rennes le 5 novembre 1559, et consacra le même jour son église cathédrale. Il paya, le 27 janvier 1561, les droits dus à la chambre apostolique, et mourut deux ans après.

Raoul DE TRÉAL fit sa soumission à la chambre apostolique le 28 janvier 1564 a. 11 était chanoine de Rennes et d'une famille distinguée dans la province. Riche en patrimoine, il en employa les revenus aux réparations de son église et au soulagement des pauvres. Savant théologien et très-versé dans la connaissance des saints canons, il travailla beaucoup à la réformation de son diocèse et à soutenir les droits de son siège. Il assista, en 1565, au concile d'Angers, où il eut un très-grand différend avec l'évêque du Mans pour la préséance. De retour dans son diocèse, il s'appliqua à y faire observer les canons des conciles tenus dans la métropole. Cette application lui attira bien des traverses, même de la part de Jean IV, duc de Bretagne ; mais il les surmonta par sa patience et par sa charité. 11 mourut en 1585, et fut inhumé dans son église.

Guillaume DE BRIS fit sa soumission à la chambre apostolique le 8 juillet 1584, et obtint mainlevée de son temporel au mois de septembre suivant. Il ne fit cependant son entrée solennelle à Rennes qu'au mois de juin 1585"; il la commença, comme ses prédécesseurs, par l'abbaye de Saint-Melaine; mais au lieu d'y prendre un repas, il transi-

« Joan. Maan., p. 151.

gea avec l'abbé pour la somme de soixante francs d'or, sans tirer à conséquence pour l'avenir. 11 mourut en 4586.

Antoine DE LOVIER", natif de Revel en Dauphiné, docteur en droit civil et canonique, doyen de l'église de Vienne, fut pourvu en 1586, et fît sa soumission à la chambre apostolique le 45 octobre de la même année. Il ratiûa, le 48 avril 4587, le douaire accordé par le duc Jean le Vaillant, à la duchesse de Navarre, son épouse. Le pape Urbain IV, qui, selon toutes les apparences, l'avait placé sur le siège de Rennes, le. transféra, en 4589, à celui de Maguelone, où il mourut le 25 octobre 4405.

Anselme DE CHANTEMERLE fit sa soumission à la chambre apostolique le 48 octobre 4589, et son entrée solennelle à Rennes en 4590. Les belles qualités de l'esprit et la piété remarquable que Dieu avait données à ce prélat le mirent en grand crédit auprès des souverains de Bretagne, surtout auprès du connétable de Richemont, dont il fut l'ami intime. 11 établit dans son église la féte de la Présentation de la sainte Vierge, et légua, par son testament, à toutes les paroisses de son diocèse, un calice de la valeur de vingt francs. Il fut inhumé dans son église le 4er septembre 4427 l.

Guillaume BRILLET, natif de Vitré, homme doux et pieux, fut, après avoir possédé l'évêché de Saint-Brieuc, transféré à Rennes en 4427. Le concile de Bile lui donna commission, en 4455, de lever un impôt sur le clergé de Bretagne. 11 se démit, en 4447, en faveur de Robert

« Gallia christ., t. 6, p. 796.

• On mit aur son tombeau de marbre l'inscription suivante :

Hic jacet Anselmus clarus praesul Rhedonensis,

De Canturaerulae, patiens, pi us atque benignus,

Oui: m verus papa pal lio sacro decoravit

Martinus Quintus, sumpto de corpore Pétri,

Dumque présentât Virgo, festuin célébra vi t ,

Per quem fundantur missie, sancti venerantur:

Anno milleno cùm C. quater XXVII.

Septembris primâ cadavcr defcrtur ad ima :

Parcat ei Dominus, qui régnât trlnus et unus. Amen *.

* D'Argenté, Gai. christ. De Saiote-Marthe, Hevin ior Frain, p. 3*, AU.

de Rivière, son neveu ; et le pape lui donna le titre d'archevêque de Césarée en Palestine. D'Ârgentré, garant de cetle démission, nous assure qu'il mourut en 1470, dans une grande vieillesse ; mais le P. Du Paz met sa mort en

1448, au 1er février.

Robert DE LA RIVIÈRE ", fils de Jean, seigneur de La Rivière , chambellan du duc François Ier, chancelier de Bretagne, et de Jeannette Brillet, fut d'abord chanoine et chantre de Saint-Pierre de Rennes. Guillaume Brillet, son oncle, s'étant démis en sa faveur, il obtint ses bulles le 7 juin i447. L'année suivante îl assista au concile provincial tenu à Angers par l'archevêque de Tours. Il fut député en 1449 vers le roi de France pour lui demander du secours contre les Anglais, qui avaient surpris la ville de Fougères. Il mourut le 18 mars 1450, et fut enterré dans le chœur de son église, sous une tombe d'airain .

Jean DE COETQUIS, archidiacre du Désert, fut élu à la place du précédent; mais le pape Nicolas V le nomma à l'évêché de Saint-Malo, et transféra Jacques d'Espinai à Rennes, par bulles datées du 4 mars 1450. Le duc Pierre II n'agréa pas ces nominations, et pour en empêcher l'effet, il accusa Jacques d'Espinai d'avoir fomenté la division dans sa maison, et d'avoir eu part à la mort de M. Gilles de Bretagne. Le pape écrivit au duc le 1er janvier 1451, pour justiûer l'évêque de Saint-Malo sur les crimes dont il était accusé ; mais le duc persista dans ses préventions, et reçut le serment de fidélité que lui fit Jean de Coëtquis. Cependant il agréa Jacques d'Espinai en 1454, et consentit à la translation de Jean de Coëtquis sur le siège de Tréguier.

JACQUES D'ESPINAI, fils de Robert, seigneur d'Espinai, grand-maître de Bretagne, et de Marguerite de La Courbe, se fraya un chemin à l'épiscopat par le crédit d'une famille distinguée dans l'Etat, et encore plus dans l'Eglise. 11 fut d'abord nommé à l'évêché de Saint-Malo le 9 janvier

1449, et sacré à Tours la même année. Le siège de Rennes ayant vaqué quelques mois après, le pape NicolasV l'y trans-

« Labbe, 1. 13, Concil.

DIOCÈSE DE RBNNES. 2K>

féra le 4 mai 4450, et nomma à l'évêché de Saint-Malo Jean de Coëtquis, que le clergé de Rennes avait cboisi pour son pasteur. Ces changements, comme nous l'avons vu, ne plurent pas au duc Pierre II ; il persista dans son sentiment, malgré les raisons que nous avons rapportées plus haut, et reçut le serment de fidélité que lui fit Jean de Coëtquis. Ainsi, Jacques d'Espinai se trouva sans siège, celui de Saint-Malo ayant été rempli par Jean L'Espervier. N'ayant rien à attendre de la part du duc, il fit le voyage de Rome, où il sut si bien plaider sa cause, qu'il obtint du pape un bref justificatif. Muni de cette pièce, il revint en Bretagne, et se conduisit avec tant d'artifice qu'il recouvra les bonnes grâces du duc. La mort de l'évèque de Tréguier facilita l'accommodement entre eux. Par celte translation, Jacques d'Espinai demeura paisible possesseur du siège de Rennes, sur lequel il monta enfin, le 10 avril 1450.

Après tant de traverses et d'accusations, il semble que ce prélat n'aurait dù s'occuper que de son troupeau; mais, né avec un esprit vif et brouillon, il forma des entreprises séditieuses contre l'autorité de son souverain, et il excommunia plusieurs de ses officiers. Le duc en porta ses plaintes au pape, qui commit le cardinal de Sainte-Praxède pour examiner l'affaire. Après quelques informations, le cardinal donna pouvoir aux abbés de Qui m perlé , de Saint-Meen et de Bégard, d'absoudre les officiers du duc, et d'informer secrètement sur la vie et les mœurs du prélat. Il fut assez heureux pour ne pas succomber à cette première attaque ; mais il se ménagea si peu dans la suite, qu'il donna de nouveau prise sur lui. Ses ennemis en profitèrent pour l'accuser encore à Rome d'avoir trempé dans la mort de Gilles de Bretagne, et d'avoir formé plusieurs entreprises contre les deux derniers ducs et le duc régnant. Le pape Pie II commit, en 1461, l'archevêque de Tours et l'évêque du Mans pour faire les informations nécessaires en pareil cas. Jacques trouva encore moyen de se tirer d'un si mauvais pas; il profita même de cette seconde disgrâce pour se conduire avec plus de précaution; mais les disgrâces changent rarement les caractères. Après quelques années de ménagements, Jacques forma de nouvelles entreprises, et

commit quelques violences dans son diocèse. Le trésorier Landais, qui avait fait nommer son neveu coarijuteur de Rennes, profita de l'occasion pour lui faciliter la possession de ce siège, et pour en faire descendre Jacques d'Espinai. Il porta ses plaintes à Rome contre ce prélat, et obtint, en 1479, une commission adressée aux abbés de Bégard et de Prières pour informer de sa conduite. Après une longue enquête, les commissaires déclarèrent le prélat suspens de ses fonctions, au mois d'octobre 4481, et nommèrent Jacques Troussier, chantre de Saint-Malo, grand vicaire de Rennes. Son temporel, et même son patrimoine, furent saisis par ordre du duc. Jacques ne put survivre à un si grand affront, et mourut au mois de janvier 1482. Il fut Inhumé dans l'église collégiale de Champeaux, près le château d'Espinai, où il s'était retiré après sa disgrâce. La saisie fut mise sur le temporel de l'évêché vacant, le 26 janvier de la même année.

Michel GUIBÉ, fils d'Adenet Guibé et d'Olive Landais, sœur du trésorier, évêque de Dol, fut transféré à Rennes en 1482, et fit serment de fidélité au duc le 29 juillet de la même année. Les ornements dont ce prélat décora son église furent des preuves de sa magnificence et de son zèle pour la décoration des temples. Il mourut en 1502, et fut enterré dans la chapelle qu'il avait fait bâtir. Après sa mort, le chapitre élut pour évêque Gui le Lyonnais, frère de Jean, abbé de Saint -Melaine. L'acte de cette élection fut dressé, le 13 mars 1502, sous le bon plaisir de la reine Anne ; mais cette princesse n'agréa pas ce choix, et nomma à l'évêché de Rennes Robert Guibé, frère du défunt. Du Paz, p. 258, dit que cette princesse donna l'évêché à Pierre Le Baud,son aumônier; mais si Le Baud a été nommé à l'évêché de Rennes, il ne l'a point accepté, et il fut donné à Robert Guibé, qui en jouit paisiblement jusqu'en 1507, qu'il fut transféré à Nantes.

Robert GUIBÉ ", évêque de Tréguier, prêta serment de fidélité au roi pour l'évêché de Rennes, le 21 mai 1502.

« Voyez ton histoire à l'article det éféquea de Mantes.

Le pape Joies II l'honora de la pourpre et le transféra en 1507 à Nantes. Ce prélat mourut à Rome le 9 septembre

Yves MAYEUO, confesseur de la reine Anne, succéda au cardinal de Sainte»Anastasie. H était natif du diocèse dé Léon, et avait embrassé l'état religieux dans le couvent des Dominicains de Morlaix. Sa probité et sa vertu lui acquirent une si haute réputation, que la reine Anne et les roffc ses époux le choisirent pour leur confesseur. Cet emploi le conduisit à l'évêché de Rennes, dont le pape Jules II lui donna les provisions, le 29 janvier 1507. Revêtu de la plénitude du sacerdoce, il ne changea rien dans son habit, ni dans sa manière de vivre. Dieu ayant disposé du roi Louis XII, il prononça son oraison funèbre dans l'église de Notre- Dame de Paris. Il se retira ensuite dans son diocèse, d'où il ne paraît être sorti que pour assister aux états de la province. Son amour pour les pauvres fut si grand qu'il leur distribua tous ses biens dès son vivant. Il mourut en odeur de sainteté, le 20 septembre 1541 , âgé de soixantedix ans, dont il avait passé trente-cinq dans l'épiscopat. Après sa mort on trouva des gouttes de sang répandues en forme de croix sur sa poitrine. Il fut inhumé, le 20 septembre, dans son église, hors le chœur, et son tombeau a toujours été fréquenté par le peuple.

Claude DOD1EU *, seigneur de Velly, dans le Lyonnais, et maître des requêtes au couseil de Bretagne, fut fait coadjuteur de Rennes en 1540, et prit possession l'année suivante. Né pour les grandes affaires, il fut successivement ambassadeur de France auprès du pape Paul III, de l'empereur Charles V, et des Pères du concile de Trente. De retour dans sa patrie, il assista au sacre et au couronnement de la reine Catherine de Médicis, qui eurent lieu à l'abbaye de Saint-Denis en 4549, et aux états généraux tenus à Paris en 1557. Il mourut dans la même ville en 1558, et fut inhumé dans l'église des Célestins.

Bernardin BOCHETEL, originaire de Bourges, fils de

* Voyez sa »ie, t. 3 des Vies des saints de Bretagne.

* Martène, t. 8. Collect. M. p. 1139. Sammartan, t. 3. Gai. christ.

l'église de Bretagne.

Guillaume, seigneur de Sassi, fut nommé à l'évéché de Rennes en 1558, et le tint pendant sept ans. H avait été secrétaire du roi François Ier, et Tétait aussi du roi Henri II. ' Les ambassades et les négociations dont il était chargé lui firent juger qu'il ne pouvait pas servir Dieu et le roi en même temps : aussi se démit-il, en 1565, sans avoir été sacré.

* Bertrand DE MARILLAC, fils de Gilbert, seigneur de Saint-Genest et de Marguerite Genest, était d'Auvergne et appartenait à une famille noble, dévouée depuis longtemps aux Bourbons, auxquels elle avait été attachée. Il avait d'abord embrassé la règle des Frères -Mineurs, chez lesquels il avait pris le bonnet de docteur en théologie et s'était distingué par ses prédications. Après avoir passé quarante ans dans cet ordre, il le quitta pour des raisons qui ne nous sont pas connues. Charles de Marillac, archevêque de Vienne, son frère, le choisit pour grand vicaire et le chargea d'aller, en son nom, prendre possession de son nouveau siège. Le roi lui avait donné précédemment l'abbaye de Tbiers, et il la posséda, quoique dans le diocèse de Ciermont. Enfin il fut nommé à l'évéché de Rennes, vacant par la démission de Bernardin Bochetel. La cérémonie de son sacre fut faite le 27 décembre 1565, dans la chapelle de l'archevêché de Paris. Cette nouvelle dignité ne ralentit point son zèle pour le salut des âmes : il continua ses prédications, et Dieu bénit ses travaux par la conversion de plusieurs hérétiques, qui rentrèrent dans le sein de l'Eglise. Plein de jours, il mourut à Rennes le 29 mai 1575, et fut inhumé dans le chœur de son église 1 .

1 L'épitaphc qui se lisait sur son tombeau était conçue en ces ternies :

Mon rem, Christe, tibi, teUuri corpus, egenis

Caetera do, moriens haec Mo ri la eu s ait. Mentem Ghristus habet, corpus reparabile serTat

Tel lus, arca inopum cœlica condit opes. Inclyta mens cœli corpus cœlestc moratnr,

Ipsa suis solidum tune fruitura bonis, Praesulis hoc mer ui t pietas, hoc inclyta virtus,

Coinmissi hoc meruit sedula cura gregis

« Saramarlin, t. 3, Cal. christ. Le Laboureur, I 1", r 497.

Aimar HENNEQUIN «, chanoine de Notre-Dame de Paris, et abbé de Saint-Martin d'Épernai, fut sacré vers la fin de Tannée 4575, par le cardinal de Lorraine, assisté de Pierre de Gondi, évêque de Paris, et d'Antoine Le Cirier, évêque d'Avrauches, en présence de trois archevêques, de douze évêques, de son aïeul, de six frères et de cinq sœurs. Il prit séance au parlement de Bretagne, comme conseiller-né, le 21 mars 1575. Député par les trois ordres de la province de Bretagne, il assista aux états généraux tenus à Blois en 1580. Quelque triste que fût la conjoncture des temps, il ne négligea point son troupeau, et il suivit exactement les traces de son prédécesseur. Persuadé que toute l'espérance d'un diocèse est fondée sur la jeunesse, ilse donna tout entier à son éducation. Il composa en sa faveur un excellent catéchisme. Les réponses de cet ouvrage sont ordinairement tirées des paroles de l'Ecriture sainte, des conciles et des saints Pères. Il corrigea le bréviaire du diocèse, et le fit imprimer, en 1589. Enfin il traduisit en français les Confessions de saint Augustin et les lettres de saint Jérôme, qu'il enrichit de notes pieuses et savantes. Mûr pour le ciel, il rendit son âme à Dieu; le 15 janvier 1596, et fut enterré dansson église à côté d'Yves Mayeuc, son prédécesseur, comme il l'avait ordonné par son testament.

Arhaot) D'OSSÀT*, né, en 1557,dans un village du diocèse d'Auch, de parents pauvres et obscurs, ne dut sa fortune qu'à sa vertu, à son mérite et à sa rare capacité pour les affaires. Orphelin dès l'âge de neuf ans, il fut obligé de se mettre en service. 11 se trouvait dans la maison de ses maîtres un enfant aussi jeune que lui. Arnaud profita si bien des leçons qu'il entendait donner à cet enfant, qu'il en devint bientôt l'émule et ensuite le précepteur. Il se ren- ' dit à Paris à l'âge de vingt-deux ans, y soigna l'éducation de trois jeunes gens, et suivit ensuite les cours de l'université avec tant de succès, qu'il fut choisi pour y enseigner. II alla étudier le droit à Bourges, sous le célèbre Cujas, et, de retour à Paris, il y obtint la place de conseiller an pré-

* Labbe, t. 15, Concil. Sa m m art., tom. 3. Gai. christ. .

* Ciaconius, Hist. rom. Pont-, !, 28, p. 322. Lettres du cardinal d'Ossat.

sidialde Melon. A la per suasion de Paul de Foix, il quitta

cette charge pour embrasser l'état ecclésiastique. M.deFoit ayant été nommé ambassadeur de France à Home, y amena avec lui, en qualité de secrétaire, d'Ossat, qui survécut à son protecteur, et se trouva chargé de traiter, avec le pape Clément VIII, de la réconciliation de Henri IV avec le saint Siège. II était doyen de Varen, an diocèse de Rodei, lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Rennes, le 45janvier 1596, et sacré, le 27 octobre suivant, à Rome, où il résidait pour les affaires de France. Tout le monde connaît les talents supérieurs de ce prélat et les services qu'il rendit au roi Henri IV dans l'affaire de sa réconciliation avec l'Eglise. Le pape Clément Vf II l'ayant revêtu de la pourpre en 1599, il fut transféré à Buyeux, sans avoir vu son premier diocèse. Il ne vit pas davantage le second, ayant été obligé de rester à Rome, où il était retenu par des affaires importantes pour le bien de l'Eglise. Ennuyé de ne pouvoir résider, il donna au roi sa démission de son siège, qui fut acceptée peu de jours avant sa mort. Il termina à Rome son honorable carrière, à l'âge de soixante-sept ans, le 44 mai 4604, et fut inhumé dans l'église de Saint-Louis des Français.

On a du cardinal d'Ossat des lettres plusieurs fois réimprimées; elles sont regardées comme des chefs-d'œuvre de bonne politique.

Séraphin OLIVIER a était né à Lyon, d'un père français et d'une mère italienne. Après avoir fait ses premières études, il passa en Italie pour étudier le droit dans l'université de Bologne. Instruit à fond de cette science , il l'enseigna ensuite aux autres avec tant de succès, que le pape Pie IV le nomma auditeur de Rote l; Clément VIII lui donna la Daterie, le doyenné de la Rote et le patriarcat d'Alexandrie. Nonce en France, il fut nommé à l'évêché de Rennes en 4569, par le roi Henri IV ; mais il ne prit point^possession de son siège, et s'en démit en 4602, en faveur de François Larchiver. Il fut fait cardinal le 9 juin 4604, à la nomina-

« Gallia purpurat., p. 680. Saramart., t. 3. Gai. christ.

• Tribunal ecclésiastique établi à Rome pour juger toutes les causes civiles et bénéficiais de la ville et des Etats Ro ains. Il est composé de douze prélats de diverses nations

Si

tion du roi de France , et mourut à Rome, le 9 mars 1609.

François LARCHFVER, natif de Plouezoc'h, paroisse de l'ancien diocèse de Tréguier, aujourd'hui de celui de Quimper, et grand pénitencier des Bretons en cour de Rome, fut pourvu sur la résignation du précédent, et sacré le 24 juin 1602. Il fit son entrée solennelle à Rennes le 1er septembre suivant, et prit séance au parlement le 9 du même mois. Député des trois ordres de la province , il assista aux états généraux tenus à Paris en 1614. Il mourut le 22 février 1619, et fut inhumé dans le chœur de son église. Le P. Camart, célèbre prédicateur et général de l'ordre des Minimes, prononça son oraison funèbre, et le loua surtout d'avoir partagé son temps entre les offices divins, la prédication, 4e confessionnal et la visite des malades '.

Pierre ÎORNULIER", d'une famille noble de Bretagne, était du comté nantais et de la maison de La Touche. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il fut successivement pourvu des abbayes de Saint-Meen et de Blanche - Couronne, puis nommé, en 1617,évêque de Tréguier. Louis XIII le transféra à Rennes en 4619. Dans ces deux sièges il fit briller toutes les vertus d'un bon pasteur; l'assemblée générale du clergé qui se tint à Paris, et ensuite à Poitiers, en 1621, choisit M. Cornulier pour aller faire ses remontrances au roi, alors occupé au siège de Montauban.Ce prélat, accompagné des cardinaux de Retz et de La Valette, ainsi que de plusieurs archevêques et évêques , se rendit au camp du monarque , et lui adressa le 1 8 octobre un discours qui a été conservé 2. Ce discours, en langage suranné, renferme force citations, suivant le goût de son temps ; mais il est écrit d'une manière sage et ferme, qui prouve un esprit judicieux. Il y fait surtout un tableau déplorable des ravages et des cruautés des protestants, qui dans leur fureur profanaient tout ce qu'il

1 Son épitapbe est conçue en ces termes :

Me Britones genuere, inter capitolia creri,

Suscepit mores inclyta Roma meos.

Ad Rhcdonum ascendi Rumano è colle thiara

Ad cœlum hinc, jam non altius, ire volo

a Sammartban, t. 3. Gai. christ.

* Mémoires du clergé^ édition de 1771, in-4% t. 14.

32 l/éGLISË DE BRETAGNE.

y a de plus sacré, et devenaient les bourreaux des catholiques De retour à Rennes, il y fonda un couvent de Minimes en 1622, et eut la consolation de voir plusieurs pieuses communautés de femmes s'établir dans sa ville épiscopale. Il ne tint pas à lui que la cause de la canonisation de l'un de ses prédécesseurs, le vénérable Yves Mayeuc, ne fût entreprise. Son église cathédrale éprouva les effets de sa libéralité , et lui dut une partie des réparations que Ton fit de son temps à cet édifice. La peste, qui pendant dix ans désola son troupeau , lui fournit de fréquentes occasions de faire briller sa charité. Après avoir pendant vingt ans gouverné son diocèse avec zèle, M. Gornulier mourut le 22 juillet 1639, emportant au tombeau la réputation d'un prélat d'une vertu éminente. Le souvenir dg sa piété s'est conservé jusqu'ici par tradition dans sa ffmille, qui tient encore un rang distingué en Bretagne.

Henri DE L A MOTTE-HOUDANCOURT*, fil&de Philippe de La Motte-Houdancourten Picardie, et de Louise-Charles DuPlessis-Piquet, frère des évéquesde Mende et de Saint- Flour, docteur et proviseur du collège de Navarre, théologal de Paris, abbé de Saint-Martial-de-Limoges et de Souillac , fut nommé à l'évêché de Rennes en 1639. Il en prit possession par procureur le 4 août 1641, et fut sacré le 16 janvier 1642, dans l'église de Saint- Germain-des- Prés, par son métropolitain, Victor Le Bouteillier, archevêque de Tours. En 1633, il fut pourvu de la charge de premier aumônier de la reine Anne d'Autriche , vacante par là démission du cardinal Barberin. L'assemblée du clergé de 1653 le choisit pour un des commissaires qui furent chargés par elle d'examiner dans quel sens on devait entendre les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, touchant la condamnation du jansénisme, et ce prélat eut la gloire de concourir à la conservation de la saine doctrine, qui courait des dangers à cette époque en France,

1 II rapporte que les Huguenots s'étant emparés de Clapiers, près de Montpellier, ils se saisirent du curé du Heu, lui coupèrent le nez, et le précipitèrent du haut en bas du clocher de son église. Quelle humanité dans ces prétendus réformateurs !

« T. i, c. î>, Nova Gai. christ.

par les subtilités des sectaires. 11 fut nommé en 1664 commandeur des ordres du roi , et transféré à Auch le 1er juillet 1662. Son nouveau diocèse lui dut un grand séminaire, dans lequel il fonda plusieurs places gratuites , et sa cathédrale des embellissements si considérables, qu'il y dépensa plus de quatre cent mille francs. Ennemi de la morale relâchée , M. de La Motte se montra sévère contre les casuistes qui la défendaient. La reine-mère étant décédée en 1666, il en fit les funérailles dans l'église de Saint- Denis, le 22 février. Il mourut à Mazères, le 24 février 1684, et fut enterré sous la tour de son église, selon qu'il l'avait ordonné par son testament. Lorsque le pape Innocent XI apprit sa mort, il s'écria qu'une des colonnes de l'Église était tombée. Ce prélat avait voulu faire lui-même son épitaphe, qui est un monument de son humilité1.

Charles-François DE LA VIEUVILLE*, fils de Charles, duc de LaVieuville, et de Marie Bounier, devint abbé commendataire de Savigni, en Normandie, de l'Esterp et de Saint-Martial, au diocèse de Limoges. Par ses soins la stricte observance fut rétablie dans le premier de ces monastères, et il mit la réforme dans le second, en y introduisant les chanoines réguliers de la congrégation de France. Il permuta cette abbaye de Saint-Martial contre l'évêché de Rennes , dont il prit possession en 1664. Il mourut à Paris le 29 janvier 1676, et fut inhumé dans son église. C'était un homme savant et d'une érudition très-profonde, dit un auteur contemporain.

Denis-François BOUTHILLIER DE CHAVIGNY,filsdu comte de Chavigny et d'Anne Phelipeaux, docteur de Sorbonne, ecclésiastique très-remarquable par sa science, et

1 Voici cette épitaphe :

Hic jacet Henricus de la Mothe-Houdancour, indignas archiepiscopus Auxitanus, expectann resurrectionem mortuorum, obiit 1684, die 24 februarii.

On lit ce qui suit sur la muraille ? oisine :

Quod Heorici meritis détruit h umilitas, id reddit veritas, illum pictate, doctrina et nobili ta te clarissimum vrn t ur i s retrô sec uli s comraendans, 1684.

« Gallia christ., t. 2, p. 565.

surtout par la profonde connaissance qu'il arait du droit canonique et du droit civil, abbé commendataire de plusieurs abbayes, fut nommé à 1 evèché de Rennes, après la mort de M. de La Vieuville ; mais il ne prit pas possession de ce siège, et avant d'avoir été sacré, il passa à celui de Troyesen 1679. Après avoir gouverné ce diocèse pendant dix-huit ans, il se démit en 1697, et se retira dans la maison des Chartreux de Troyes. Il fut nommé membre du conseil de régence pendant la minorité de Louis XV, et mourut à Paris, à 1 âge de quatre-vingt neuf ans, le 15 septembre 1731.

Jean-Baptiste DE BEAUMANOIR DE LAVARDIN, fils de Claude et de Renée de la Chapelle, fut nommé en 1677, èt sacré le 20 février 1678. Il devint, en 1696, abbé commendataire de Moutier-Ramey, ainsi que de Béaulieu, et mourut le 25 mai 1711, emportant avec lui au tombeau la réputation d'un évèque des plus recommandables de son temps. 11 fut enterré dans son église cathédrale. Le séminaire des pauvres écoliers de la ville de Rennes devait son établissement à la charité et à la bonne économie de ce prélat, qui donna en 1709 une ordonnance à ce sujet. • .

Christophe-Louis TURPIN-CRÏSSÉ DE SANZAÏ, d'une ancienne famille du Poitou, né en 1670, docteur en théologie de la Faculté de Paris, abbé de Moreaux, au diocèse de Poitiers, et doyen de Saint-Martin de Tours, fut nommé évêque de Rennes le 15 octobre 1712. Il fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale, le 31 décembre de la même année, et prit séance au parlement le 12 janvier 1713. Le roi ayant uni le doyenné de Saint-Martin de Tours à cet archevêché, il s'en démit en 1717, et obtint à la place l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé. C'est au zèle de ce prélat que la paroisse de Saint-Sauveur de Rennes doit la construction de son élégante église. 11 ne se contenta pas d'élever des temples matériels au Seigneur ; il soulagea avec beaucoup de sollicitude les membres souffrants de Jésus-Christ. Ce fut son active charité qui soutint ùn grand nombre d'établissements ruinés par suite du système

de Law. Lors du terrible incendie, arrivé dans sa ville épiscopale en 1720, M. de Sanzai se montra comme un véritable pasteur, et n'épargna aucun des moyens qui étaient en son pouvoir pour soulager les victimes de ce déplorable événement. Doux, affable et plein de charité, ce prélat était chéri de son troupeau, lorsqu'il fut transféré à Nantes en 1723, et pourvu, quelques mois après, de l'abbaye de la Chaume, dans le même diocèse. Nous parlerons plus bas de tout le bien qu'il fit dans le diocèse de Nantes.

Charles-Louis-Auguste LE TONNELLIER DE BRE- TEU1L, frère du marquis de Breteuil, secrétaire d'état et ministre de la guerre, fut nommé le 17 octobre 1725, et sacré le 15 juillet 1725. Le nouveau prélat ne tarda pas à manifester son opposition au jansénisme, par la fermeté qu'il montra, surtout à l'égard du P. Mellet. dominicain, professeur de théologie dans son ordre. Ce religieux, janséniste prononcé, avait, dans une thèse imprimée, soutenu deux propositions erronées, qu'il ne voulut jamais rétracter. M. de Breteuil, n'ayant pu vaincre son obstination, publia, le 20 juillet 1726, un mandement par lequel il condamna solennellement ces deux propositions, et interdit nonseulement le P. Mellet, mais aussi tous ses confrères, qui lui donnèrent bientôt satisfaction : plus heureux que ce professeur, qui continua de résister à son évêque, et se relira en pays étranger. Ce prélat publia des statuts synodaux en 1726, et mourut d'une attaque d'apoplexie, le 24 avril 1752. Il fut enterré dans son église. Outre cet évêché, il tenait l'abbaye de Saint-Pierre de Chaume, dans le diocèse de Sens, et la charge de maître de la chapelle-musique du roi.

Louis Guy GUÉRAP1N DE VAURÉAL, fils de Michel- Antoine, comte de Belleval, et de Françoise Frétel de Bazoehe, né en 1690, reçut à l'âge de vingt-quatre ans le titre de docteur de la Faculté de théologie de Paris. Le cardinal de Bissy, évêque de Meaux, le choisit pour son grand-vicaire. En 1718 il fut nommé maître de l'oratoire du roi, puis abbé commendataire de Molesmes, et enfin évêque de Rennes en 1752. En même telnps il devint mal-

tre de la chapelle-musique du roi. Envoyé en Espagne comme ambassadeur en 1740, il y retourna de nouveau, en 1745, pour y négocier le premier mariage du dauphin, (ils de Louis XV. Ce fut dans cette dernière ambassade, qu'ayant su se concilier la bienveillance du roi d'Espagne, il obtint de lui le titre de grand de première classe de ce royaume. L'Académie française ouvrit ses portes à M. de Vauréal en 1749 ; il y remplaça le cardinal Armand Gaston de Rohan,évéque de Strasbourg, dont il fit un éloge mérité dans son discours de réception Ce prélat publia un Catéchisme et donna, en 1752, un nouveau Propre des saints de son diocèse. Ce sont presque les seuls actes un peu remarquables d'administration que nous connaissions de lui. Chargé de diverses missions diplomatiques et attaché à la cour par un emploi assez important, il ne paraît pas avoir pu bien exactement résider dans son diocèse ; cependant il ne s'en éloignait que par nécessité, faisait régulièrement ses visites pastorales, pendant lesquelles, pour être moins à charge aux curés chez lesquels il allait, son usage était de se faire suivre par un fourgon rempli de vivres. Nous devons dire aussi à sa louange qu'il veilla constamment à la conservation de la pureté de la foi parmi son troupeau, travaille alors avec activité par les intrigues des jansénistes. Secondé par ses vicaires généraux, et surtout par l'un d'eux, nommé l'abbé Perrin, très-zélé contre les nouvelles erreurs, M. de Vauréal arrêta les entreprises des sectaires, et montra contre eux une louable fermeté; ainsi il frappa d'interdit tous les Carmes déchaussés de Rennes, qui avaient confessé un avocat appelant ; fit refuser les derniers sacrements au sieur Leloué, recteur de Saint-Etienne de Rennes, janséniste fanatique, et réussit à éloigner de son diocèse quelques brouillons qui y entretenaient le trouble et propageaient la mauvaise doctrine. Du nombre de ces derniers était le P. de Gennes, ancien oratorien, appartenant à" une bonne famille de Vitré, caractère ardent et esprit inquiet, qui, après sa sortie de l'oratoire, s'agita beaucoup pour

• Le célèbre Fontenellc, alors âgé de quatre-vingt-quinze ans, était à cette époque directe* de l'Académie ; il reçut Téréque de Rennes et répondit à son discours.

défendre et soutenir le jansénisme. M. de Vauréal s'était démis de son siège en 1758 ; mais il conserva en commende les abbayes de Molesme, de Joni et de Saint- Aubin d'Angers, qui lui donnaient environ cinquante mille francs de revenu annuel. Parvenu à l'âge de soixante-onze ans, il termina sa carrière à Nevers, le 47 juin 1760. Les pauvres de Rennes, auxquels il distribuait d'abondantes aumônes, le pleurèrent comme un père.

Ce prélat s'exprimait avec grâce et facilité ; il possédait aussi le talent de bien écrire, et, lorsqu'il était ambassadeur, on regardait ses dépêches comme des modèles dans leur genre. Son discours de réception à l'Académie se fit remarquer par sa noblesse et sa simplicité. La Bretagne lui dut l'établissement de la commission intermédiaire, utile institution qui subsista jusqu'à l'époque du bouleversement révolutionnaire. Pendant vingt -huit ans que dura son épiscopat, il présida plusieurs fois les Etats de la province; le crédit qu'il avait à la cour le rendait propre à remplir avec succès cette mission assez difficile.

Le fameux d'Alembert, dans ses Eloges des Académiciens, i. 5, a consacré quelques pages à la mémoire de M. de Vauréal. '

J. Antoine DE BEAUMONT DES JUNIES, né dans le diocèse de Cahors en 1705, était vicaire général et grand archidiacre de Tours lorsqu'il devint le successeur de M. de Vauréal. Nommé évêque le 3 février 1759, il fut sacré le 13 mai suivant, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, par M. Dillon, alors archevêque de Toulouse, assisté de MM. Marthonie de La Gaussade, évêque de Meaux, et de Roquelaure, évêque de Senlis. Le nouveau prélat ne fit en quelque sorte que paraître à Rennes? car il se démit de son siège dès le commencement de l'année 1761. Nous n'avons pu connaître l'époque de sa mort.

Henri-Louis-René DESNOS, né à Ernée, diocèse du Mans, en 1716, d'une famille honorable, qui subsiste encore dans ce pays, obtint en 1747 l'abbaye de Redon en commende. Il remplaça sur le siège de Rennes M. de Beaumont des lûmes, etfutsacré parM.de Beaumont, archevêque de Paris,

58 LÉOtlSB »E BRETAGNE.

dans la chapelle de l'archevêché, le 46 août 1761. La situation d'un évèque était alors délicate et difficile dans la capitale de la province. Le parlement, affectant une indépendance à peu près entière, était en mésintelligence avec le gouvernemeot. M. Desnos, qui avait reçu des marques flatteuses de la confiance de Louis XV, et que ce monarque avait plusieurs fois choisi pour présider lés Etats de Bretagne, crut devoir soutenir les intérêts de la cour dans les querelles des parlements contre l'autorité souveraine. Il n'en fallut pas davantage pour lui susciter un grand nombre d'ennemis, parmi ceux qui partageaient les passions de ces corps remuants. Les désagréments que M. Desnos éprouva lui firent désirer de quitter Rennes, quoiqu'il y eût conquis toute l'affection du clergé. Le roi, qui l honorait de sa confiance, lui proposa l'archevêché de Bordeaux; mais il ne l'accepta pas, parce que cette ville avait aussi un parlement. L'évéché de Verdun, l'un des plus riches de France, étant venu à vaquer, ii y fut nommé en 1770, et se démit aussitôt de plusieurs riches abbayes qu'il possédait 'en comroende, et qui lui avaient été données pour fournir aux dépenses qu'il était obligé de faire pendant la tenue des Etats de Bretagne. A Verdun comme à Rennes, M. Desnos se fit chérir de son clergé, et se montra plein de compassion pour les pauvres. Son nouveau siège mettant à sa disposition de grands revenus, il en profita surtout pour multiplier ses aumônes. Elles se montaient à vingt mille francs chaque année, sans compter les secours extraordinaires qu'il donnait aux hôpitaux. Sa ville épiscopale lui dut une maison de Filles de la Charité, dont l'établissement lui coûta cent trente mille francs. Il augmenta de nouvelles salles pour les^ialades l'hôpital de Saint-Hippolyte dans la même ville, et lui assura des revenus plus abondants. Les pauvres des campagnes de son diocèse n'étaient pas étrangers à ses bienfaits, il en répandait par les mains de leurs curés. Pendant le rigoureux hiver de 1782 à 1783, le charitable prélat épuisa ses ressources pour soulager les indigents, et vendit même toute son argenterie pour subvenir à leurs besoins.

Telle était la conduite vraiment pastorale que tenait^

M. Desnos, et le noble usage qu'il faisait depuis vingt ans de ses richesses à Verdun, lorsque la révolution éclata. Il en prévit de bonne heure les affreuses conséquences, et en éprouva bientôt les déplorables effets. Le refus qu'il fit de prêter le serment sacrilège, dît de la Constitution civile du clergé, l'obligea en 1791 de .quitter son palais épiscopal et le sol de sa patrie, il se retira à Trèyes, où l'électeur archevêque de cette ville l'accueillit avec toute la considération que méritaient son rang, son mérite et la sainteté de la cause pour laquelle il souffrait. Du lieu de son exil l'evêque de Verdun entretenait des relations avec les nombreux membres de son clergé, qui étaient restés fidèles, et gon* vernait encore son diocèse. L'entrée des troupes alliées en France dans l'année 1792 lui permit de revenir dans sa villa épiscopale ; mais sa satisfaction ne fut pas de longue durée, et la retraite des armées coalisées le força de nouveau à s'éloigner de son troupeau. Pénétré de douleur, il retourna à Trêves, et, bientôt après, l'invasion des Français le força de se réfugier à Coblentz. Il y mourut à l'âge de soixantedix-sept ans, en 1793. L'électeur de Trêves fit rendre à sa dépouille mortelle les honneurs funèbres dus à un comté palatin et à un prince de l'empire, parce que l'évêque de Verdun avait ces titres par le droit de son siège.

François BAREAU DE G1RAC, né à Angoulême en 1732, fit ses études ecclésiastiques à Paris, au séminaire de Saint-Sulpice, et de retour dans sa ville natale, il fut nommé grand-vicaire et ensuite élu doyen du chapitre de la cathédrale. Il assista, en qualité de député de la province ecclésiastique de Bordeaux, à l'assemblée du clergé de 1763. La supériorité de son esprit, la sagesse, la prudence et l'aménité de son caractère, fixèrent sur lui les regards de cette assemblée et ceux des ministres du roi. La Bretagne était alors agitée ; le siège de Saint-Brieuc étant devenu vacant en 1766, par la mort de M. Thépault du Brignou, Louis XV, qui avait voulu voir l'abbé de Girac et avait apprécié son mérite, le nomma à cet évêché en 1766. M. de Beaumont, archevêque de Paris, assisté des évêques d'Orléans et de Béziers, sacra le nouveau prélat dans fé-

glise de Saint-Roch le 34 août de la même année. L evêque de Safnt-Rrieuc eut bientôt l'occasion de donner des nouvelles preuves de sa capacité ; les Etats de Bretagne s'étant assemblés dans sa ville épiscopale, en 1768, il les présida avec beaucoup de prudence, et sut maîtriser des esprits qui s'échauffaient facilement. M. Desnos, ayant quitté le siège de Rennes, eut pour successeur, le 22 décembre 1769, M. de Girac, qui montra dans son nouveau poste toute la capacité dont il avait déjà fait preuve. Il fut encore plusieurs fois chargé de la présidence des Etats, et refusa avec un grand désintéressement une somme de quatre-vingt mille francs que le gouvernement lui destinait pour fournir aux frais qu'il était obligé de faire dans ces circonstances importantes. Louis XV lui donna, en 1769, l'abbaye de Saint-Evroult, et Louis XVI, en 1773, celle de Froidmont, pour le dédommager de ses dépenses à cette occasion *. Administrateur habile, l'évéque de Rennes s'occupa de tous les besoins de son diocèse. Il pourvut aux nécessités des pauvres, surtout dans les temps calamiteux, forma de nouveaux établissements destinés à propager l'instruction ou à secourir l'indigence, et fonda des retraites annuelles pour les deux sexes. Le petit séminaire, placé dans la maison des religieuses de Sainte-Catherine, fut aussi l'objet de sa sollicitude. Une assemblée provinciale du clergé ayant été convoquée à Tours en 1780, M. de Girac fut un des prélats qui la composèrent. En 1785, il adopta pour sa cathédrale le bréviaire de Tours, qui devint, plus tard, celui de tout le diocèse de Rennes.

Tandis que M. de Girac s'occupait ainsi du bien de son diocèse, la révolution s'avançait menaçante, non-seulement pour le trône, mais aussi pour l'Eglise. Un des premiers» il eut à résister au schisme funeste qu'on voulut introduire en France, afin de pouvoir plus facilement ensuite arracher la religion du cœur des peuples. Expilly, recteur de Saint-Martin de Morlaix, venait d'être élu évêque Consti-

* Les revenus de ces deux abbayes s'élevaient à unr somme annuelle de plus de quarante mille francs.

ttitionnel du Finistère. Suivant la sacrilège constitution

civile du clergé, le siège de Rennes devait être métropolitain, et le faux évêque devait aller solliciter de M. de Girac l'institution canonique. L'un et l'autre se trouvaient à Paris. Expilly eut l'effronterie de se présenter, le 11 janvier 1791, chez le vénérable prélat, accompagné de notaires, et, après lui avoir demandé l'institution, de le prier de le sacrer. L'évôque de Rennes ne donna pas d'abord sa réponse, et voulut avoir quelques jours de réflexion. Lorsque l'apostat se présenta de nouveau le 15 du même mois, M. de Girac lui fit un refus si solidement et si clairement motivé, qu'il aurait dû s'éclairer s'il avait eu de la bonne foi. Ce refus fut le signal de la persécution contre M. de Girac, et il faillit être la victime de la fureur de ses ennemis. Il eut bientôt après la douleur de voir son siège envahi par un intrus1. Alors, ne se trouvant plus en sûreté en

1 Cet intrus fut Claude Le Coz, né à Plonevez-Porzay, dans le diocèse de Quirapcr, le 2 décembre 1740. Il était dis d'un tisserand. Ayant fait ses études, il devint professeur au collège de Louis-le-Grand à Paris, et ensuite principal du collège de Quimper. Lorsque la révolution commença, il en adopta les principes avec ardeur, approuva les innovations que l'Assemblée nationale entreprit de faire dans l'Eglise, et chercha è les justifier par un écritque M. Haméon, recteur de Trégommeur et syndic du diocèse de Sainl-Brieuc, réfuta solidement dans une exposition de la doctrine catholique qui fut signée par un grand nombre de prêtres fidèles du même diocèse. Les électeurs du département d'Ille-et-Vilaine voulurent récompenser le zèle patriotique de Le Coz, en le choisissant pour leur évéque, et il fut sacré en cette qualité, le 10 avril 1791. La majeure partie de la population du diocèse de Rennes, qui le regardait comme un loup ravissant, n'eut aucune communication avec lui; mais cet éloignement que lui montraient tous les bons catholiques ne put lui dessiller les yeux; au contraire, il persévéra dans le schisme et fut un des appuis qui retardèrent le plus possible la chute de l'Eglise constitutionnelle. Il présida au faux concile que les jureurs tinrent à Paris en 1797, et a un autre qu'ils tentèrent de tenir en 1801. Il avait assemblé à Rennes un synode en 1799 et sacré, la même année, un évéque intrus à Laval. Nommé à l'archevêché de Besançon en 1802, Le Coz désola ce diocèse, persécuta les prêtres fidèles, et s'entoura d'évéques et de prêtres schismatiques. Loin de reconnaître ses anciennes erreurs, il les défendit de vive voix et par écrit. Admirateur exagéré de Bonaparte, il le louait outre mesure dans ses mandements. La Restauration lui causa une peine sensible ; aussi, pendant les Cent-Jours, entreprit-il de prêcher une sorte de croisade contre les alliés qui vinrent en 1815, rétablir Louis XVIII sur son trône. Les forces de l'arche véque ne répondant pas à son ardeur, il succomba à la fatigue, et mourut le 3 uiai fie la même année, à l'âge

France, il crut devoir chercher un asile dans un pays étranger, et se fiia d abord à Bruxelles; mais les progrès des armées républicaines, qui bientôt envahirent ce pays, l'obligèrent à s'avancer davantage dans l'Allemagne. La Bohême et Vienne furent les lieux qu'il habita successivement. Le dernier roi de Pologne, retiré à Saint-Pétersbourg, et qui connaissait, le mérite de l'évoque de Rennes, voulut l'avoir auprès de lui. M. de Girac se rendit aux désirs du monarque, devint pour lui un ami précieux et un instrument de salut; il l'aida puissamment à passer les dernières années de sa vie dans la pratique de la religion, et a mourir en parfait chrétien. Il était en même temps pour la cour impériale de Russie, et pour la ville, un objet d'édification.

Lorsqu'en 4801 le pape Pie Vil crut devoir demander aux évêques de France la démission de leurs sièges, M. de Girac s'empressa de lui adresser la sienne, en lui exposant que son âge, ses infirmités, et trente-cinq années d'épiscopat étaient les graves motifs qui le déterminaient à cette démarche. U ne craignit pas dans sa réponse, datée du 21 décembre 1801, de représenter au pape combien était insolite dans l'Eglise cette demande générale de démission de sièges, et finissait par le prier de convoquer les évéques catholiques de France, afin qu'ils pussent délibérer sur les besoins de l'Eglise gallicane et chercher les moyens de détruire le schisme qui la désolait. Ce désir ne fut pas réalisé : le saint Siège vit sans doute une impossibilité réelle à réunir les évêques. M. de Girac rentra bientôt après en France, et ifut remarqué par Bonaparte, qui, ne tardant pas à connaître son mérite, voulut le nommer à un nouvel évêché ; mais le vénérable prélat refusa toutes les offres qu'on lui fit, et n'accepta qu'un canonicat de Saint -Denis, faible dédommagement de la fortune dont la révolution l'avait dépouillé. Il passa le reste de ses jours à Paris, entouré des soins de l'amitié et jouissant de la considération que lui donnaient

de soixante-quatorze ans, avec la triste réputation de sebismatique obstiné. Il est auteur de plusieurs ouvrages dont le premier n'avait pour but que de soutenir Terreur ; quelques autres ont pour objet la défense de la religio».

ses vertus, ses lumières et la sagesse de ses conseils. Il termina son honorable carrière à l'âge de quatre-vingt-huit ans, le 25 novembre 1820. On publia à cette époque une notice assez incomplète sur sa vie ; elle fut imprimée chef De mu, et n'a que Vingt-quatre pages format in-8°; cependant elle nous a été utile.

Jean-Baptiste- Marie DE MAILLÉ DE LA TOUR LAN- DRY remplaça M. de Girac dans le siège de Rennes. Il était né le 6 décembre 1 745 au château d'Entrames dans le diocèse du Mans, et commença par être vicaire général du vénérable M. de Hercé, évéque de Dol, son compatriote. Elevé à l'épiscopat en 1778, il occupa d'abord le siège de Gap, d'où il passa, en 1782, à celui de Saint-Papoul. C'était un, évêché dépendant de la métropole de Toulouse, peu important par son étendue, car on n'y comptait que quarantequatre paroisses, mais d'un revenu assez considérable, La révolution vint, au bout de quelques années, en dépouiller M. de Maillé. Obligé de quitter sa ville épiscopale, il se retira à Paris, on son zèle le rendit bientôt célèbre ; il fut à peu près le seul prélat resté en France qui ne cessât pas de remplir ses fonctions épisçopales. C'était lui qui, pendant les temps les plus orageux, faisait les ordinations. Retiré à Passy, pendant la terreur, avec u« ancien ami, il sut éviter alprs le sort cruel qui attendait tous les ministres de Jésus- Christ lorsqu'ils tombaient entre les mains des révolutionnaires ; mais il finit par être leur victime. On l'arrêta immédiatement après le 18 fructidor, et on l'envoya en détention à l'île de Rhé, en attendant son transport à la Guyane, moyen que le Directoire avait inventé pour faire périr lentement (es prêtres fidèles qu'on n'osait plus mettre a mort avec autant de facilité qu'on l'avait l'ait du temps de |a terreur. Le voyage de 1 evêque de Sai»t-Papoul, pour se fendre dans le lieu de son exil, fut accompagné de circonstances atroces. Il était enchaîné, n'eut d'autre voiture qu'une mauvaise charrette découverte dans laquelle il était couché sur de la paille, et il n'avait qu'une méchante coUf verture pour s'envelopper dans la saison la plus rigoureuse de l'année. La Providence ne l'abandonna pas dans son

malheur ; des personnes charitables pourvoyaient à ses besoins dans les lieux qu'il traversait, et une, entre autres, lui jeta par une fenêtre une couverture. U supporta les rudes épreuves qu'on lui fit subir avec une patience et une dignité qui ne se démentirent pas un seul instant, et prouva par sa conduite qu'il est plus facile de maltraiter un évéque que de l'avilir. Son séjour à l'île de Rhé se prolongea jusqu'à la fin de 1799, époque à laquelle Bonaparte, arrivé au pouvoir, rendit la liberté aux prêtres déportés. Il fit plus pour M. de Maillé; après avoir signé en 1801 le concordat avec Pie VII, il le nomma en 1802 au siège de Rennes. L'ancien évêque de Saint- Papou! ne tarda pas à se rendre dans son nouveau diocèse ; mais de grandes tribulations l'y attendaient. Si le parti des jureurs n'était pas nombreux dans un pays si catholique, ceux qui le composaient suppléaient à leur nombre par leur obstination et leur audace. Parmi eux se trouvait surtout un fameux janséniste ; il était frèré d'un homme que 1* révolution avait tiré d'une position modeste pour en faire un personnage important. L'appui de ce frère, qui partageait ses opinions erronées, le rendait exigeant, d'autant plus qu'il était aussi soutenu par l'autorité civile. On ne parlait rien moins que de lui faire donner une des cures de la ville de Rennes, et M. de Maillé eut beaucoup de peine à empêcher ce scandale. U y parvint cependant, et à organiser son diocèse d'une manière convenable; mais les efforts qu'il fit dans cette lutte devinrent funestes à sa santé. Malade de corps, desprit et de coeur, comme il le disait lui-même, il se rendit à Paris en 1804. Là, s'apercevant que. son mal empirait, il voulut que le vénérable M. Emery, supérieur général des Sulpiciens, fût le dernier dépositaire des secrets de sa conscience, et il lui fit sa confession. Sa mort suivit de près cet acte de piété; il rendit son esprit à Dieu le 27 novembre 1804, n'étant âgé que de soixante-deux ans. Quelques jours après ses obsèques, les curés de Paris, en témoignage de leur reconnaissance, célébrèrent pour lui un service très-solennel, auquel assistèrent presque tous les évêques qui se trouvaient dans la capitale.

Etienne-Célestin ENOCH, né à Henin-Liétard le 22 novembre 1742, devint le successeur de M. de Maillé. Il avait fait ses études à l'université de Douai, sa théologie à Louvain, et était entré dans la congrégation de l'Oratoire. Lorsque la révolution éclata, il gouvernait le grand séminaire de Grenoble en qualité de supérieur. A cette époque désastreuse, il eut le malheur de faire le serment; mais il le rétracta bientôt, et chercha dans les Etats du roi de Sardaigne un asile contre la persécution. On croit que ce fut le préfet d'Ille-et-Vilaine qui, connaissant le mérite de cet ecclésiastique, l'indiqua à M. de Maillé, et engagea ce prélat à se l'attacher en qualité de vicaire général. M. Enoch n'en remplit pas longtemps les fonctions : Bonaparte le nomma en 1805 à levêché de Rennes, et il reçut dans l'église métropolitaine de Paris, le 21 avril de la même année, la consécration épiscopale de M. le cardinal de Belloy, assisté des anciens évêques de Mende et de Quimper. Le choix qu'il fit de M. Morin pour vicaire général parut un trait de prudence propre à lui gagner l'affection du clergé ; car cet ecclésiastique, ancien supérieur des Eudistes de Rennes, jouissait de l'estime générale. Son diocèse lui dut bientôt un grand séminaire, dont il était jusqu'alors privé* ; plusieurs communautés de femmes se rétablirent pendant son épiscopat et sous sa protection. Chargé de gouverner un diocèse dans des temps difficiles, il sut joindre au zèle la prudence, et se préserver des rigueurs d'un gouvernement ombrageux. Il assista au concile convoqué à Paris en 1811, et s'en retira un des premiers. Diverses infirmités, et notamment la perte de la vue, ne lui permettant plus de remplir la plupart des fonctions épiscopales, il se décida en 1819 à donner sa démission, qui fut acceptée. Il obtint alors un canonicat de Saint-Denis, et se fixa dans cette ville. Depuis cette époque il vécut dans la retraite jusqu'à

' 11 n'y avait dans le diocèse que des écoles particulières dans les* quelles on formait les jeunes gens à l'état ecclésiastique. Elles étaient au nombre de trois : celle que M. Blanchard, ancien Eudiste, tenait à Rennes dans le couvent des Cordeliers; celle du Loup, tenue par M. Texier, aussi Eudiste, et celle de Saint-Malo, qui était sous la direction de M. Viel, maintenant chanoine de Saint -Brieuc, et de M. La Mennaîs aîné. L'Université détruisit plus tard tous ces établissements.

46 l'église de bretignb.

sa mort, arrivée le 19 mai 1825. Le séminaire de Rennes reçut de M. Enocb une somme de plus de cinquante mille francs fruit de ses économies.

Charles MANNAY, né le 14 octobre 1745, à Champeii, diocèse de Glermont, succéda en 1820 à M. Enoch. Il avait fait ses premières études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice, puis en Sorbonne, et avec tant de succès qu'il fut le premier de sa licence. 11 prit le bonnet de docteur en 1775; c'était alors la coutume que les jeunes ecclésiastiques appartenant à de grandes familles eussent un directeur de leurs études sous le nom de théologien. À la sortie de sa licence. If. Mannay devint celui de l'abbé de Talleyrand-Périgord, depuis évêque d'Autun. Cet emploi temporaire le fit connaître de M. le cardinal de Talleyrand- Périgord, alors archevêque de Reims, qui le choisit pour vicaire général, et lui donna ensuite un canon irai de sa métropole. Il était chanoine depuis quelques années, lorsque là révolution arriva. Plus heureux que son ancien élève, il ne fit pas comme lui naufrage dans la foi, et se retira en Angleterre; puis il passa en Ecosse, où il fut accueilli de la manière la plus généreuse par un grand seigneur de ce pays. Revenu en France à l'époque de la publication dit concordat, M. Mannay fut nommé par Bonaparte à l'évêchA de Trêves, et en cette qualité sacré à Paris dans l'église dite des Carmes, le 18 juillet 1802, par M.Maynaud de Pance* mont, évêque de Vannes, assisté des évêques de Digne et de Nice. Ce ne fut pas sans peine que le nouveau prélat parvint à organiser un diocèse jusqu'alors étranger à la France, et dont la langue uinsi que les mœurs étaient différentes des nôtres; aussi son administration éprouva-t-elle plus d'une fois des difficultés; mais la douceur, la prudence et la circonspection qui formaient son caractère surmontèrent unê partie des obstacles qu'il avait à vaincre. A l'époque où Napoléon persécuta si rigoureusement etsi injustement le pape Pie Vil, on reprocha à l'évêque de Trêves de se montrer beaucoup trop complaisant pour les volontés du persécuteur. Il fut un des membres du conseil ecclésiastique formé à Paris en 1809, lors de l'arrestation du souverain pontife;

deux fois en 1811 il fit, comme député de Bonaparte, le voyage de Savone pour tenter de décider le chef de l'Eglise à se rendre aux désirs impérieux de l'usurpateur. Il participa au Concordat provisoire de Fontainebleau, qui causa tant de regrets à Pie VII, et à cette occasion il devint conseiller d'Etat; mais la chute de Bonaparte apporta au bout de quelques années du changement dans sa situation. En 1814 il se vit séparé de la France, le pays de Trêves ayant été réuni au royaume de Prusse. Le gouvernement prussien ayant inquiété M. Mannay pendant les Ont-Jours, ce fut sans doute la raison qui l'engagea aussitôt après à donner sa démission, et à rentrer dans sa patrie. Louis XVIII le nomma à Auxerre en 1817; mais ce siège n'ayant pas été rétabli, ce monarque lui donna en 1820 lévêché de Rennes. Il y gagna les cœurs par son aménité, sa sagesse, 'et son zèle pour le bien. C'est à lui que ce diocèse doit l'établissement du petit séminaire de Saint -Meen, et d'une société de missionnaires qui subsista encore dans la ville épiscopale, ainsi que le rétablissement du Refuge pour les repenties, et de la maison des Retraites de Rennes. Un prêtre constitutionnel, connu depuis longtemps comme janséniste, le même qui avaitcausé tant de soucia M. de Maillé, continuait de donner du scandale par son attachement à Terreur, l'évôque de Rennes l'obligea de s'éloigner, et prouva dans cette circonstance qu'il savait joindre à l'occasion la fermeté à la douceur. Une opération qu'il subit en 1824 produisit une plaie qui finit par devenir mortelle. II termina sa carrière, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, le 5 décembre 1824.

Mgr. Claude-Louis DE LESQUEN a succédé à M. Mannay. Né d'une ancienne famille noble, le 23 février 1770, à Trégon, paroisse de l'ancien diocèse de Saint-Malo, aujourd'hui de Saint-Brieuc, il suivit d'abord la carrière des armes, et mérita la croix de Tordre de Saint-Louis. Ayant ensuite embrassé l'étal ecclésiastique, il fut ordonné prêtre à Saint- Brieuc en 1806, et remplit avec zèle dans cette ville les fonctions du saint ministère. Il devint successivement curé de Pommeret, vicaire général de Rennes et chanoine de Saint-Brieuc. Louis XVIII le nomma en 1823 au siège de

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Beau vais, et il fut sacré le 4 3 juillet de la même année dans la*chapelle du séminaire d'Issy, près Paris, par M. de Beausset, ancien évêque de Vannes, alors archevêque d'Abc, assisté des évéques de Nevers et de Gap. L'évéché de Beauvais, supprimé depuis plus de vingt ans, venait d'être rétabli. Tout y était à créer; cependant M. de Lesquen, dès Tannée qui suivit celle de son sacre, eut, grâce à ses soins, la consolation de voir son chapitre reconstitué, ses grand et petit séminaires organisés, et l'un des plus illustres sièges épiscopaux de France reprendre une partie de son ancien lustre. Le nouvel évêque visita son diocèse, et réveilla par sa présence les sentiments de religion parmi les habitants des pays qu'il parcourait. Son séjour à Beauvais ne fut pas long; le siège de Rennes étant devenu vacant, et ChâVles X l'ayant, en 4825, choisi pour le remplir, il en prit possession dans la même année. Très-exact à observer la résidence, ce digne prélat consacre tous ses instants au soin de son troupeau, qu'il édifie par ses vertus, et qu'il sanctifie par son zèle.

Cette ville, Tune des plus considérables et des plus belles de France, est appelée par les anciens géographes Condivicum, et par les historiens Nannetwn, du nom des peuples qui habitaient cette partie de la troisième Lyonnaise1. Son origine se perd dans la nuit des temps. Située sur la Loire, près de l'embouchure de ce fleuve, elle est remarquable par son heureuse position, la fertilité de son sol et les facilités qu'elle possède pour le commerce, soit intérieur, soit extérieur. Les ducs de Bretagne la regardaient comme une des clefs de leurs Etats ; ils y avaient fait con-

* On nomme Nantes en breton Nanvnet et Naonet. Le diocèse de Nantes est, en latin : Diœcesis Nannctensis.

struire pour sa défense un très-beau château 1 dans lequel ils passaient une partie de Tannée. A la fin du ive siècle, Nantes devint la capitale d'un Etat particulier qui a subsisté pendant plus de six cents ans sous te nom de comté Nantais. C'est là sans doute ce qui est cause que les habitants de ce pays ne se regardent presque pas comme Bretons, quoique ce comté ait toujours fait partie intégrante de la Bretagne.

Le siège épiscopal de Nantes est très-ancien, puisque son établissement remonte au me siècle, époque à laquelle cette église eut dans saint Donatien et saint Rogatien deux martyrs célèbres. Il paraît que le territoire de ce diocèse s'étendait primitivement jusqu'en Poitou. A l'époque du concordat de 1801, il était borné au nord par le diocèse de Rennes, à Test par celui d'Angers, au midi par celui de Luron, et par la mer qui, avec le diocèse de Vannes, lui servait aussi de limites à l'ouest. Il renfermait deux cent quarante paroisses et vingt annexes ou trêves s, trois collégiales, huit abbayes d'hommes, celles de Blanche-Couronne, la Chaume, Saint-Gildas-des-Bois, Buzay, Mellerai, Villeneuve, Geneston et Pornic; quarante prieurés à nomination royalé. Les paroisses de la ville épiscopale étaient au nombre de douze, savoir : Sainte-Croix, Saint-Nicolas, Saint-Similien, Saint-Clément, Saint-Jean-Baptiste-dans- Saint-Pierre 3, Saint-Laurent, Saint-Saturnin, Sain te- Rade gonde, Notre-Dame, Saint-Denis, Saint-Léonard et Saint- Vincent. Les huit dernières ont été supprimées en 1802, et depuis cette époque on a formé trois nouvelles paroisses, celles de la cathédrale, de Notre-Dame et de Saint-Jacques.

* Ce château fut en partie détruit, le 25 mai 1800, par une explosion qui fit périr un assez grand nombre d'habitants et en blessa beaucoup d'autres. Le curé constitutionnel de Sainte-Croix célébrait à ce moment la messe. Son servant fut tué au pied de l'autel.

* C'est une étonnante chose de voir combien les écrivains qui ont parlé du diocèse de Nantes ont varié sur le nombre de paroisses dont il était composé. La France ecclésiastique de 1790, qiie nous avons mi i vie, porte ce nombre à deux cent quarante ; Ogée, à deux cent cinquante* six ; Le Boyer, à deux cent trente-sept ; le volume des arrêts du parlement de Bretagne concernant les paroisses, et un ancien almanach de la province, à deux cent vingt et un.

3 Elle était desservie à l'un des autels de la cathédrale, et n'avait que quelques maisons pour territoire.

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La paroisse de Saint-Donatien, qui était autrefois de la banlieue, est aujourd'hui comptée parmi celles de la ville, qui est ainsi divisée en huit cures. Nantes possédait aussi un grand séminaire, deux prieurés d'hommes appartenant à l'ordre de Saint-Benoît : Sainte-Croix et Saint-Jacques-de- Pirmil; onze communautés d'hommes et dix de femmes. La cathédrale de Nantes, dédiée à l'apôtre saint Pierre, a été plusieurs fois reconstruite ; elle le fut d'abord avec la plus grande magnificence, dans le vie siècle, par l'évèque saint Félix, qui en fit une merveille de l'art ; les Normands la brûlèrent en 843, et on ne la rétablit qu'à la fin du xe siècle, mais beaucoup moins belle qu'elle ne l'était autrefois. Le duc Jean V la fit démolir, puis il en entreprit la reconstruction sur un plan plus vaste, et y plaça la première pierre en 1434, ainsi qu'on l'apprend par une inscription placée dans l'intérieur de l'église prèsde la porte principale. L'anniversaire de sa dédicace était autrefois fixé au 22 septembre ; mais la fête n'était d'obligation que dans la cathédrale seulement. Pendant la révolution, cette église fut transformée en temple décadaire et en parc d'artillerie, puis rendue en 1802 au culte divin. On y célébra la messe pour la première fois le 15 août de la même année *.

Le revenu de 1 evêché de Nantes était, en 1740, estimé trente-cinq mille francs; mais, à l'époque de la révolution* il était porté à quarante-quatre mille francs, et la taxe était de deux mille florins. L'évèque était seigneur d'une partie de sa ville épiscopale, conseiller-né au parlement de Bretagne et chancelier-né de l'Université. Le chapitre de la cathédrale était composé d'un doyen, de deux archidiacres, celui de Nantes et celui de la Mée,d'un chantre, d'un trésorier, d'un scolastique et de seize chanoines. Le pape et l'évèque nommaient alternativement aux six dignités et aux canonicats, suivant les mois dans lesquels vaquaient ces bénéfices.

Nantes conserva son évêché à l'époque de 1801, et la circonscription de ce diocèse éprouva peu de change-

1 Deux membres du chapitre de Nantes périrent en 1793 victimes de la barbarie du trop fameux Carrier : M. de La Tullaie, archidiacre, qui mourut en prison, et M. Douaud, chanoine, qui fut noyé dans la Loire. Avec ce dernier périrent également plus de soixante-dix curés et autres prêtres du diocèse de Nantes.

ments. 11 perdit néanmoins la ville de la Hoche - Bernard et cinq paroisses voisines, qui fureui réunies au diocèse de Vannes. Il est maintenant composé de deux cent vingt paroisses, dont cinquante ont le titre de cures et les autres sont succursales. La ville de Nantes possède un grand et un petit séminaire, une communauté pour les philosophes, une maison destinée aux prêtres occupés des missions du diocèse, une nombreuse communauté de Frères des écoles chrétiennes, quatre maisons de religieuses cloîtrées, une de Filles de la Charité, trois de Filles de la Sagesse et une de Filles de la Providence.

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