‹ Vies des saints de BretagneChapitre 20 sur 130 · ORIGINE DU DIOCÈSE DE DOL · texte numérisé non relu

ORIGINE DU DIOCÈSE DE DOL

Cet évéché a pris son nom du monastère de Doî, bâti par saint Samson avant le milieu du vie siècle, et où il s'est formé peu à peu une ville. Quelques modernes prétendent quecetévêché fut érigé, pour la première fois, par Nominoé, prince des Rretons, vers l'an 848. Leur sentiment est fondé sur une pièce publiée par le P. Sirmond, et qui est un fragment de la Chronique de Nantes. Nominoé, dit l'auteur de cette Chronique, de quatre évéchés en forma sept, dont le premier fut établi dans le monastère de Dol avec le titre «d'archevêché. Il changea les monastères de Saint-Brieuc et de Saint-Tugdual en deux sièges épiscopaux, et laissa les «quatre autres dans les anciennes villes. C'est ce qu'il faut •examiner en peu de mots, ainsi que le droit de métropole, prétendu autrefois par les évéques de Dol.

Que saint Samson, évéque ou archevêque, ait établi son siège à Dol dans le vie siècle, et ait eu pour successeurs saint Magloire, saint Budoc et saint Thuriau, c'est une vérité constante par les actes de ces saints évéques. Le clergé de JDol, fondé sur la lettre du pape Innocent III, soutenait

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que Restoyald et Junemene avaient été reconnus pour archevêques dans le viu° siècle et revêtus ùupalhum par les papes Sirice et Adrien. Dans le long différend qu'ont eu entre eux les archevêques de Tours et de Dol, touchant le droit métropolitain, jamais les premiers n'ont allégué pour la défense de leur droit, que le siège de Dol avait été érig# par Nominoé, quoique cette affaire ait été agitée avec beaucoup de chaleur de la part des Français en présence de plusieurs papes et dans les conciles de Tours et de Soissons. Une érection si récente aurait suffi pour terminer le différend en faveur de l'archevêque de Tours. Si 1 église de Dol alléguait sa longue possession qu elle prouvait par les actes des saints évêques, par la lettre du pape Innocent III et par la conduite du pape Nicolas Ier, qui donna le pallium à Festimen, celle de Tours se fondait aussi sur une possession immémoriale : mais elle n'a jamais avancé que l'église de Dol ne fût pas un ancien siège épiscopal.

Enfin Salacon, que la Chronique de Nantes fait, mal à propos, évêquè d'Aleth, était du nombre de ceux que Nominoé chassa de leurs sièges : il était donc véritablement évéqoe de Dol, et on n'en peut pas douter après ce qu'en ont dit Hugues de Flavigni et les Pères du concile de Soissons en 866. Cette assemblée était composée de trente évêques, dont il y en avait plusieurs qui pouvaient connaître Salacon. Dans leur lettre au pape Nicolas Ier, ils disent que Salacon, quoique chassé de son siège, était encore vivant, et qu'on lui avait donné deux successeurs sans la participation du métropolitain.

Ces considérations ne nous permettent pas de rapporter l'érection du siège de Dol à Nominoé ; c'est un honnenr qoi n'est du qu'au roi Childebert, qui fonda et dota cette église en faveur de saint Samson, si nous en croyons le pape Alexandre III. Pour ce qui est de la Chronique de Nantes, l'auteur fait paraître trop d'aigreur contre les Bretons. Il écrivait dans un temps où les comtes de Nantes et de Rennes se faisaient la guerre à outrance, et sa narration parait suspecte par cette circonstance «. Tout ce qui peut 1%

« Martène, t. 3, p. 906, Jnecdot.

rectifier, c'est la nouvelle forme que Nominoé donna au diocèse de Dol et à sa juridiction. Ce prince érigça en évêchés les monastères de Saint-Brieuc et de Saint-Tugdual, où ces deux saints avaient exercé les fonctions épiscopales et avaient peut-être eu des successeurs *. 11 y a apparence, que du temps de Nominoé les territoires de Saint-Brieuc et de Tréguier étaient gouvernés par l'évêque de Dol, qui y possédait des églises et pouvait facilement veiller sur tout le pays.

De là vient que les lieux qui appartenaient en propre à l'église de Dol, lors de l'érection des évêchés de Saint- Brieuc et de Tréguier, sont demeurés jusqu'en 1801 sous la juridiction des évêques de Dol 2. Ils ont eu jusqu'à la fin du xviii6 siècle deux officiaux, l'un à Lanmeur et l'autre à Lannion, qui jugeaient les causes des paroisses enclavées dans le diocèse de Tréguier, mais soumises à leur siège. L'official de Lanmeur avait sous sa juridiction les paroisses de Lanmeur .et de Lanvelecj celui de Lannion avait les paroisses de Loguivi, de Perros et le Trévou. L'évêque de Dol avait pareillement un officiai à Lanvolon, qui exerçait sa juridiction sur les paroisses de Saint-Quai, de Lanloup, de Keriti, de Lannevez et de Bréhat, situées dans le diocèse de Saint-Brieuc. C'est pour la même raison que dans le territoire de Bouen les paroisses de Saint-Samson, sur la rivière de Lizaire, et celle de la Boque étaient seumises à l'évêché de Dol. C'était un bien donné par Childebert à saint Samson, ainsi que les Iles de Jersey, de Grenezey, et le lieu nommé Pentale-Saint-Samson, comme on l'apprend des actes de ce saint. 11 faut attribuer au même principe la possession où était l'église de Dol d'avoir sous sa juridiction plusieurs autres églises dans les enclaves du diocèse de Saint-Malo : ces églises dépendaient du monastère de Saint-Samson, et y étaient demeurées annexées par respect pour le saint prélat, lorsqu'on érigea les nouveaux

• Il t'en faut beaucoup que cette érection par Nominoé soit certaine; nous pensons le contraire. Foyez Saint-Brieuc.

* D'après ce sentiment, qui parait très-fondé, il faut conclure que les paroisses de Dol enclavées dans les autres diocèses sont très-anciennes.

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évêchés. Quelle autre raison pourrait-on donner d'une telle dispersion d'églises dans un seul et même évêché '?

Nominoé, ayant donc pris la résolution d'augmenter le nombre des évêchés de son domaine, restreignit celui de Dol au seul territoire de Dol, et lui laissa le gouvernement des églises qu'il tenait en propriété dans les évêchés de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Car il ne convenait pas que l'église de Dol fût soumise aux évêques ses suffragants. Si donc Nominoé fit sept évêchés de quatre, comme l'a écrit l'auteur de la Chronique de Nantes, ce ne fut qu'en réunissant une partie du diocèse de Vannes à ceux de Saint-Brieuc et de Tréguier, car l'évêché de Vannes n'a jamais été soumis à celui de Dol. Examinons maintenant et à quel titre le siège de Dol s'est attribué le droit de métropole sur les évêchés de Bretagne contre les archevêques de Tours,

L'ancien droit observé dans les Gaules était pour le siège de Tours ; car, suivant la dernière divison de l'Empire, toute la Bretagne Armorique, qui était de la troisième Lyonnaise, reconnaissait Tours pour sa métropole : et c'est principalement pour cette raison que plusieurs conciles de France ont soumis les Bretons au siège de Tours. Cependant les Bretons ne manquaient pas de raisons pour se soustraire aux archevêques de Tours; car la loi des empereurs, qui ordonnait que l'Eglise suivrait dans son gouvernement la distribution des provinces de l'Empire, n'éiait pas observée partout, et elle ne l'était pas en Bretagne, dont leshabitants, devenus un peuple particulier, ne se croyaient pas obligés de se conformer aux lois faites par les évêques de France.

D'ailleurs les Bretons révéraient dans les évêques de Dol la sainteté de saint Samson, et ils ne jugeaient pas qu'un peuple trôs-éloigné de Tours, qui faisait un Etat séparé, qui avait sa langue et ses mœurs particulières, et qui était

• On en donne une autre. C'est, dit-on, que plusieurs évêques de Bretagne, voyant l'évêché de Dol beaucoup moins étendu que les leurs et d'un revenu modique, lui cédèrent chacun d'eux quelques-unes de leurs paroisses. Cette raison ne parait pas fondée. Jamais il n'a été Ubre aux évêques de démembrer leur territoire. ,

déjà pourvu de six évêchés, dût reconnaître pour le spirituel un chef étranger.

Quant à la possession réelle du droit de métropolitain que les deux parties s'attribuaient, il est très-probable que dès le commencement les Bretons négligèrent le métropolitain de Tours. Il n'est personne qui n'ait cette idée en lisant le décret des évêques français assemblés à Tours en 567, et qui fut dressé, suivant les apparences, sur les plaintes de l'archevêque de Tours.

c Nous défendons aussi, disent ces Pères , qu'un Breton » ou Romain ordonne un évoque dans l'Armorique sans le > consentement du métropolitain ou de ses suffragants. >

Ajoutez à cela que depuis saint Samson on ne trouve point d'évêques bretons dans les conciles de France ; ce qui fait assez voir qu'ils avaient peu de relations avec les archevêques de Tours.

Mais on n'eut pas recours à ces principes lorsqu'on décida ce différend à Rome. Sans parler de l'intérêt des princes, il ne fut question que de savoir si les papes avaient accordé l'usage du pallium et la dignité de métropolitain aux évêques de Dol. Ces derniers soutinrent que Restovald et Junemenus avaient obtenu ces privilèges; mais ils ne purent le prouver. D'où il arriva que l'église de Dol fut couverte de confusion, comme l'assure le pape Innocent, qui soumit l'évêque de Dol et les autres évêques de Bretagne à la métropole de Tours en 1199.

11 faut cependant observer que les évêques de Rennes et de Nantes, qui avant Nominoé étaient sujets des rois de France, ont toujours été soumis au métropolitain de Tours, comme il paraît par l'exemple d'Electran, qui fut sacré en 866 par Airard, archevêque de Tours. On peut dire la même chose des évêques de Vannes avant Nominoé, saint Patern ayant élé sacré dans le concile tenu à Vannes par Perpétue, archevêque de Tours. Mais les évêques des autres sièges de Bretagne paraissent avoir été établis sans la participation des archevêques de Tours. Aussi voyons-nous ces prélats pendant plusieurs siècles reconnaître l'archevêque de Dol comme leur métropolitain, et vivre dans sa dépendance. Ce qui prouve qu'ils regardaient les droits de

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ce siège comme certains, droits qui ne furent peut-être pas assez examinés à Rome, lorsque Innocent III rendit sa sentence.

La ville et le siège épiscopal de Dol a doivent, ainsi qu'on vient de le dire, leur origine à saint Samson, qui, dans le vie siècle, y établit un monastère. Dol est situé sur un ruisseau, dans une contrée marécageuse, mais très-fertile. 8onévêché n'était composé que de quatre-vingt-dix paroisses et dé cinq trêves ou annexes : il avait aussi des enclaves dans les évèchés de Sain t-Malo, de Saint-Brieuc, de Tréguier et de Léon.Ce diocèse6 était borné au nord par l'Océan, au levant par ceux de Rennes et d'Avranches , au midi et au couchant par celui de Saint-Malo. L'évêque de Dol prenait le titre de comte de sa ville épiscopale ; il avait le pas sur tous les autres évéques de la Bretagne, et jouissait du droit de faire porter devant lui la croix dans toute l'étendue de son diocèse, reste de dignité archiépiscopale qui fut autrefois attachée à ce siège. Les revenus annuels de l'évêque s'élevaient à vingt mille francs. La cathédrale, qui subsiste encore et sert aujourd'hui d'église paroissiale, est dédiée à la sainte Vierge et à saint Samson. On célébrait l'anniversaire de sa dédicace le dimanche qui suivait la fête de la Toussaint. Le chapitre était composé de quatre dignitaires qui étaient le grand chantre, l'archidiacre, le scolastique et le trésorier, et de seize chanoines. Le pape seul conférait la dignité de grand chantre; les autres dignités et les canonicats étaient à la nomination du pape et de l'évêque, suivant les règles établies pour la Bretagne. Le

1 En latin, Dolum. Le diocèse, diœcesis Dolensis. a Voyez^ sur l'étymologie du mot Do/, les Vies des Saints de Bref., t. i9tt p. 224.

à Voyez, sur l'antiquité du siège de Dol, une lettre critique d'un abbé ^e Bretagne établi depuis peu à Paris, à un provincial de ses amis, Mtrcure de mal 1703; les preuves en sont tre*cOncluantts.

BlOCtSI M DOL.

diocèse de Dol renfermait trois abbayes d'hommes : Saint- Jacut, le Tronchet et la Vienxville, et un prieuré à nomination royale. Ce siège antique a été supprimé en 1801, et sou territoire fait aujourd'hui partie de l'évéché de Rennes, à l'exception de plusieurs des enclaves qui sont réunies à d'autres diocèses. La ville épiscopale n'avait qu'une paroisse, desservie à la cathédrale ; elle renfermait de plus un grand séminaire, un Couvent de Carmes, un monastère de Bénédictines, un hôpital desservi par les Dames hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve, et une maison de charité tenue par les Filles de la Sagesse.

SÉMINAIRE

C'était à M. de ChamiHart, évêque de Bol, que le diocèse devait cet établissement. Il en confia la direction aux Eudistes qu'il appela en 1701, et qu'il plaça dans une ancienne abbaye située à une petite distance de la ville épiscopale. La révolution a détruit ce séminaire , mais les bâtiments subsistent, et l'on y a transféré l'hôpital, que desservent les Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve.

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