L-ÉGUSE DB BR ET A GIT F
Guihenoc. Il lui donna pour dot tout ce qu'Alain, fils de Prient, tenait dans le territoire de Dol, et tout ce que les héritiers de Geldouin, fils de Hamon, avaient dans le marais de Dol. Ce ne furent pas les seuls biens de son église que Juhel aliéna ; mais tous ceux qui les retinrent furent excommuniés dans la suite.
Le procès de la métropole, interrompu depuis longtemps, fut repris sous le pontificat de Juhel et vivement agité dans le concile tenu à Reims en 1049, en présence du pape Léon IX a. On y accusa lévêque de Dol de s'être soustrait avec ses suffragants à la juridiction de l'archevêque de Tours. Il y fut réglé que ce faux archevêque et ses prétendus suffragants se trouveraient au concile indiqué à Rome pour l'an 1050, afin de se justifier non-seulement sur cet article, mais encore sur la simonie dont ils étaient accusés. Juhel n'alla point à Rome, et fut excommunié avec tous les évêques qui lui étaient attachés.
Les catalogues et les historiens font succéder à Juhel Jehone ou Jehove , qu'ils accusent d'être monté par simonie sur le siège de Dol, et d'avoir dissipé les biens de cette église, ce qui lui attira une honteuse déposition. Ils ajoutent qu'on élut en sa place Gilduin, que le pape Grégoire VII trouva trop jeune pour gouverner une église, et à la place duquel il sacra Even, abbé de Saint-Me- Iaine. Mais si l'on examine sérieusement ce qui est dit de Juhel dans l'enquête de l'an 1181, et ce que les historiens rapportent de Jehone, on conviendra que Juhel et Jehone ne sont qu'un même homme.
1° Dans l'enquête faite sur la dissipation des biens de l'église de Dol, on attribue toutes ces profusions à Juhel ou Juthael, et on n'y fait aucune mention de Jehone, dont le nom ne se trouve dans aucun ancien monument.
2° Grégoire VII écrivant à Henri, roi d'Angleterre, marque positivement que l'évêque dont il s'agissait entre eux avait envahi par simonie l'église de Dol ; qu'il avait fait, pour y parvenir, des présents considérables à Alain, comte
* Epist. Innocent. III. Leonis IX t'a mppendie. Ep. Hincmar. Marténe, t. S, Anecd , p. 171.
WOCÉSE DE DOL. 36?
de Bretagne; qu'en se mariant publiquement il avait plutôt pris une concubine qu'une femme légitime, et qu'il avait doté des revenus de son église les filles issues d'un mariage illicite, ce qui lui avait attiré une sentence d'excommunication. Toutes ces accusations, rapportées dans l'enquête de 1481, ne peuvent certainement convenir qu'à Juhel.
Enfin, Alain IH a étant mort en 1040, il n'y a que Juhel qui ait pu obtenir l'épiscopat de Dol par des présents faits à ce prince. Juhel ayant donc été excommunié pour sa mauvaise conduite, abandonna le siège de Dol, et se retira an Mont-Saint-Michel. Le chapitre élut en sa place Gilduin qui suit.
G1LDUIN h, fils de Rivallon de Dol et neveu de l'archevêque Junkene, fut destiné pour remplir la place de Juhel, qui fut chassé vers l'an 1076. Il entreprit le voyage de Rome avec Even, abbé de Saint-Melaine, pour y être sacré par le pape Grégoire VII. Ce pontife trouva dans Gilduin une piété et une capacité suffisantes pour son âge; mais le jugeant trop jeune pour porter le fardeau de l'épiscopat, il ordonna l'abbé de Saint-Melaine archevêque de Dol, a la prière de Gilduin et des personnes de sa suite. Après cela Gilduin se retira dans l'abbaye de Saint -Pierre de Chartres, où il embrassa la vie monastique et mourut en odeur de sainteté. Du Paz avait recueilli ses actes, mais il ne les a pas publiés
EVEN ou YVON tf, abbé de Saint-Melaine, homme sage et prudent, très-instruit des vérités de la religion et d'un âge mûr, fut sacré archevêque de Dol en 1076 par le pape Grégoire VII, malgré sa répugnance pour un fardeau si pesant. Une charte du Mont-Saint-Michel lui donne la qualité d'archevêque de Dol dès l'an 1075, mais c'est une erreur qui doit être corrigée par la lettre du pape Grégoire VII au chapitre de Dol ; cette lettre a pour date :
« Act. Turon. Ecoles. Epist. 23, lib. 6, Gregorii VII, ad comités Britonum.
*> Labbe, t. 10, Conc. Martène, t. 3, Anccdot., p. 872. 1 Voyez sa "rie : Fies des Saints de Bretagne, t. 2. » Epist. Gregor. VII ad Guillem. regem et ad comités britonum.
268 l'église de Bretagne.
Vkal. mdictione incipiente XV, et cela ne convient qu'à l'an 1076. Le pape dans cette lettre rend compte au chapitre des motifs qui l'ont porté à ordonner Even plutôt que Gilduin. Il lui déclare ensuite qu'il a accordé à Ëven l'honneur et l'usage du pallium par amitié pour lui; mais à condition qu'il se trouvera à Rome en temps convenable pour y discuter le différend qu'il a avec Raoul, archevêque de Tours, pour le droit métropolitain. Il accorde le môme honneur aux successeurs d'Even, pourvu que leur entrée et leur conduite n'aient rien de répréhensible : mais en exemptant l'église de Dol du joug de la soumission, il lui ordonne de respecter toujours celle de Tours. Cependant Juhel, portant avec impatience son expulsion, gagna la protection de Guillaume, roi d'Angleterre, et demanda au pape que son affaire fût examinée. Cette démarche obligea Even de faire un second voyage à Rome en 1077 pour y répondre à sa partie. Pour faciliter le jugement de cette affaire, le pape commit Hugues, évêque de Die, sous-diacre de l'Eglise romaine, et le moine Lieuson pour examiner les choses sur les lieux et faire justice aux parties. Il écrivit en même temps au roi d'Angleterre pour le prier de ne pas donner sa protection à un scélérat, et aux comtes de, Bretagne pour fournir de bons témoins de la conduite de Juhel. On ne voit pas que l'affaire ait eu d'autres suites.
Mais Even trouva un adversaire plus redoutable dans l'archevêque de Tours. Après de longues procédures faites en 1080, les deux prélats allèrent à Rome pour y défendre leurs droits dans le concile qui y avait été indiqué. Le pape, après avoir écouté leurs raisons, ordonna que les Bretons reconnaîtraient l'église de Tours pour leur mère, à moins qu'ils ne prouvassent leur exemption par des titres authentiques et ratifiés par le saint Siège. Il réserva Fusage du pallium à l'élu de Dol, de manière cependant qu'aucun de ses successeurs ne pourrait aspirer à cet honneur. Pour mieux éclaircir l'affaire, il envoya des légats en France, qui tinrent un concile à Saintes. Un clerc de l'église de Dol produisit dans cette assemblée les lettres du pape Adrien, que l'évêque de Dol reconnut lui-même
être falsifiées dans l'endroit qui concernait le pallium. Sur cet aveu, les Pères du concile ordonnèrent à tous les évêques bretons de reconnaître l'archevêque de Tours pour leur métropolitain, comme Even l'avait promis au pape Grégoire VIL Ce pieux évêque et abbé mourut quelques mois après ce jugement, c'est-à-dire le 17 novembre 1081. Pierre Frison et Biaconius l'ont mis au nombre des cardinaux.
JEAN, de Dol, succéda à Even et fut sacré en 1082. Il avait été marié et l'était peut-être encore, car Rivallon, seigneur de Dol, est nommé fds de Jean l'archevêque dans une charte de Marmoutier datée de Tan 1095. Quoi qu'il en soit, Jean, archevêque de Dol, Silvestre, évêque de Rennes, et Gervais, abbé de Saint-Melaine, furent les arbitres du différend que les religieux de Saint-Serge eurent avec ceux de Saint-Jouin pour la chapelle, de Brael. Silvestre étant mort en 1093, on ne peut se dispenser d'admettre un Jean archevêque entre Even et Rolland. Il nous reste une lettre de ce prélat à Roger, abbé du Mont-Saint- Michel, par laquelle il lui accorde dix sous monnaie sur le moulin de Sainz. Il fut en 1115 et 1118 témoin de
donations faites aux premiers. On ignore l'année de sa mort; le jour en est marqué au 27 janvier dans l'obituaire du Mont-Saint-Michel.
ROLLAND II *, religieux du Mont-Saint Michel, fut élu vers l'an 1093, et fut sacré par Raoul, archevêque de Tours, si l'on en croit l'historien Jean Maan. Il fît la même année le voyage de Rome pour demander au pape Urbain II l'usage du pallium. Le pape le lui accorda, sauf les droits 4e l'archevêque de Tours sur les églises de Bretagne. Dans les lettres que ce pontife écrivit à ce sujet aux princes bretons et au chapitre de Dol, il donne le titre d'archevêque à Rolland. Raoul, archevêque de Tours, ayant su la démarche du pape, ne tarda pas à se rendre à Rome. Il y plaida si bien sa cause, qu'il détermina le pape à la juger en sa faveur. Mais comme Rolland était en possession du pallium, le pape lui permit d'en user le reste de ses jours,
• Maan, p. 26. Martène, t. 3, Anccd., p. 879. Labbe, t, 10, Concih
270 LÉGLlgJS DE BRETAGNE.
et il en défendit l'usage à ses successeurs. Rolland assista au concile de Saintes en 1096 et à celui de Bordeaux en 4098. L'année de sa mort est inconnue; cependant nous croyons qu'il termina sa carrière en 1107, ainsi que le dit le P. Albert le Grand ; le jour en est marqué au 12 mars dans l'obituaire du Mont-Saint-Michel1.
Jean DE DOL °, IIe du nom, fils de Rivallon, seigneur de Combourg, et frère de Gilduin, dont nous ayons parlé plus haut, fut élu en 1096, suivant la Chronique de Nantes; mais l'auteur de cette compilation s'est trompé, Rolland ayant souscrit au concile de Bordeaux en 1098. Jean avait fondé dans sa jeunesse le prieuré de Saint- Florent, près de Dol; il avait ensuite renoncé au monde, et s'était mis sous la discipline de Guillaume, abbé de Saini-Florent de Saumur, Son oncle. Le chapitre de Dol l'ayant élu pour son pasteur, il fit le voyage de Rome pour demander au pape le pallium : mais il mourut avant que d'être sacré, et' fut inhumé dans l'église de Sainte- Sophie 2.
VULGRIN *, chancelier de l'église de Chartres, fut élu en 1107 à la place de Jean de Dol. Le chapitre écrivit
* Noua pensons que c'est ce Rolland que l'on honorait comme saint dans la cathédrale de Saint-Paul-deLéon le 31 octobre avec office double, mais sans leçons propres.
« Chron. Nannct, Acta sancti Florentii ad ann. 1086.
* Baldric lui a dressé l'épitaphe suivante :
Splendidus ex atavis, atavorum splendor et ipse,
Gente Britannus, homo conditur hoc tumulo. tlic arniis, patria, natis cùm matre relictis,
Dux modo, continuo de duce fît monachua. Metropolitanae sedi, quia vixit bonestè,
Cui Dolus est nomen, pnc.su 1 hic elîfcitur. Ut quibus extiterat consul, de consule prsesul,
Prœsul quam consul consuleret melius. ■ Ad papam venit, sacrari poscit ab ipso ;
Quod dùm differtur, in Domino moritur.
r Ponitur hic cultor et religionis amator,
) Quemque dolent Britones sancta Sophia fovet.
Si quœras nomen, nomen sibi scito Johannem ;
Si quis diem mortis, da decimam dccinii.
à Epist. Yvonis Carnot. Lettres ordin. ad Pascalem papam et ad Dolensea, n° 176, 178.
DIOCÈSK DB DOL. 274
au pape Pascal 11 pour lai donner avis de cette élection, et lui en demander la confirmation. Le pape, qui était alors au concile de Troyes, souhaitait que la chose eût lieu : mais il céda à l'humilité de Yulgrin et aux prières d'Yves de Chartres, qui craignait de perdre son chancelier.
BALDRIG ou BAUDR1 a, né vers le milieu du xi« siècle, à Meung-sur-Loire, fit de très-bonnes études à Angers, dont l'école était alors célèbre. 11 embrassa la vie monastique à Bourgueil en Anjou, et en devint abbé en 1079, Son goût pour la poésie fut cause qu'il négligea d'abord les devoirs que lui imposait la charge de supérieur, et qu'il ne travailla pas à rétablir dans sa maison la régularité qui y était très-affaiblie. Ce tort n'est pas le seul qu'on ait à lui reprocher. Yves de Chartres J'accuse d'avoir cherché à obtenir, à prix d'argent, l'évêché d'Orléans, en mettant, en 1097, la reine Bertrade dans ses intérêts. Supplanté par un concurrent, il ne put réussir, et le roi Philippe Ier, auquel il s'en plaignait, lui répondit : « Laissez-moi maintenant profiler de l'argent de votre concurrent ; faites-le ensuite déposer, et j'aurai égard à votre requête. » On croit que cette mortification, jointe aux grands exemples de pénitence qu'il avait presque sous les yeux dans le nouvel établissement de Fontevrault, qui n'était qu'à trois lieues de son abbaye, le fit rentrer en lui-même; car, depuis cette époque, sa vie ne présente plus rien que d'édifiant, et les historiens de son temps assurent que ce fut en considération de sa vertu et de sa piété qu'on l'éleva en 1107 sur le siège de Dol. Le pape Pascal II lui accorda, deux ans après, le pallium qu'il alla recevoir à Rome. Il en revint par Saumur, y trouva Jean, évêque de Saint-Brieuc ; et après avoir prêché dans l'abbaye de Saint- Florent, il confirma toutes les possessions que les religieux de ce monastère avaient dans son diocèse. Jean en fit autant. Baldric travailla avec zèle à la
• Sammarth. Martène, t. 3, Antcd.% p. 88?, 920, 944. Labbe, t. 10,
Conc.
sanctification du peuple dont il était le pasteur *. Il fit un voyage en Angleterre pour s'y édifier de la régularité qui régnait dans les monastères de ce pays. Rentré en France par la Normandie, il retrouva le même spectacle et l'accueil le plus favorable dans les grandes abbayes de cette province. En 1H2 il avait assisté à une donation faite par Henri Ier, roi d'Angleterre, à l'abbaye de Savigny, et l'on voit son nom avec le titre d'archevêque dans l'acte de cette donation, ainsi que dans plusieurs autres actes. Vers la fin de ses jours il se fixa dans une terre dépendante de son évêché, et située en Normandie ; il s'y livra à l'instruction des peuples du voisinage, y construisit deux églises, et y mourut dans un âge avancé, le 6 janvier 4130, après plus de vingt-deux ans d'épiscopat2.
Baldric fitf appelé et assista à presque tous les conciles de son temps. Il en tint un lui-même à Dol en 4128, en présence de Gérard, évêque d'Angoulême, légat du saint Siège. Il composa en latin les ouvrages-suivants :
f 1° Historien hierosoty mi tance libri quatuor;
2° Gesta pontificum Dolensium ; • •
3° Vita B. Roberti de Arbrissello.
On trouve dans la Collection des historiens de France de D. Bouquet une lettre de Baldric aux religieux de Fécamp,
* Dcnoual de La Houssaie et Tabaraud, auteurs de l'article de Baldric dans la Biographie universelle que nous suivons ici, disent que ce prélat voulut prêcher les Bas-Bretons, dont ils font un portrait trèspeu flatteur, mais que nous croyons infidèle. 11 n'avait que quelques paroisses isolées en Basse-Bretagne ; H n'en savait sans doute pas la langue. Nous croyons donc que ces écrivains se trompent.
* On voyait dans l'église paroissiale de Saint-Samson-sur-Rille une épitaphe de ce prélat, ainsi conçue :
Notum sit pra?sentibus et futuris, quod Baldrictis bona» mémorise, Ttolcnsis archiepiscopus, dedicavit hanc ecclesiam in honorent béate Virginis Maria? et beat i Pétri, apostolorum principis, et sancti Samsonis, beatissimi confessons, VIII idus deccrabris anno ab Incarnatioue Domini 1U9. Eodem anno dedicavit ecclesiam Sancti Laurentii de Marisco, VI idus decembris, quœ sunt juris sanctae Dolensis ecclesiae. Qui Baldricus rexit Dolenscm ecclesiam 22 annis et 44 diebus. Trigesimo autein die post consecrationem hujus praesentis ecclesiae obiit in Christi confessîone, et Pratellis dormit, cujus anima aeternam requiem possideat.
sur les mœurs des Bretons et l'état des monastères d'Angleterre et de Normandie.
On conserve à la Bibliothèque du roi le fragment d'un grand poëme de ce prélat sur la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard, duc de Normandie.
Geoffroi LE ROUXa fut élu en 1130, suivant une charte de Marmoutier, qui concerne l'église de la Fresnaie, près de Dol; il assista, l'année suivante, au concile de Reims avec les évêques de Saint-Brieuc et de Tréguier, ses suffragants. Le pape Innocent II, qui présidait cette assemblée, lui donna le pallium : mais il le cita au concile indiqué à Pise en 1134, pour y répondre aux plaintes de l'archevêque de Tours contre sa prétendue métropole. Le pape Célestin II fit la même citation en 1143, sans qu'il paraisse que ces deux papes aient rien décidé sur cette matière. Enfin le pape Luce II fit venir les deux prélats à Rome, écouta leurs raisons, confirma la sentence portée par le pape Urbain II, son prédécesseur, et soumit les églises de Bretagne à celle de Tours, en donnant au pasteur de cette dernière un bâton que l'on a conservé jusqu'à la fin du xvme siècle. Le pape réserva cependant à l'évêque de Dol l'usage du pallium pendant sa vie, et ordonna qu'il ne reconnaîtrait point d'autre supérieur que le souverain pontife : mais il déclara en même temps que les évêques de Dol n'auraient plus, après Geoffroi, l'usage du pallium. Il dispensa les évêques de Saint-Brieuc et de Tréguier de l'obéissance qu'ils avaient promise à l'archevêque de Dol, et les soumit à celui de Tours, en recommandant aux princes bretons de ne point s'opposer à ce jugement. Gomme Geoffroi le Roux aspirait à l'archevêché de Gapoue, il fut soupçonné d'avoir mal défendu les droits de l'église de Dol, et plusieurs crurent qu'il y avait eu de la connivence entre lui et l'archevêque de Tours. Ce soupçon fut confirmé, lorsqu'on vit tous les clercs qui étaient à sa suite s'établir dans la Pouille. Pour ce qui est de Geoffroi, il revint en Bretagne et souscrivit à une charte
« Epîst. Innocent. III. Martène, t. 3, Jnecd», p. 889, 890, 897, 919, 920, 945.
relative à l'abbaye de La Vieuville, datée de 1145. Il avait approuvé la fondation de cette abbaye faite en 1137 par Gilduin, fils de Hamon, et il ne parait avoir quitté sa patrie qu'en 1146.
OLIVIER a, successeur deGeoffroi, conserva ses suffragants, nonobstant la sentence du pape Luce II. Cette conduite obligea le pape Eugène III à charger saint Bernard, abbé de Clairvaux, du soin de terminer ce différend. L'église de Tours, si l'on en croit le clergé de Dol, ne voulut pas se soumettre au règlement dressé par ce saint abbé, et elle fit confirmer dans la suite les sentences portées par les papes Luce II, Eugène III et Anastase IV. Eugène III confirma de plus la sentence d'excommunication lancée par Engelbaud, archevêque de Tours, contre le clergé de Dol et de Saint-Brieuc, qui ne voulait pas le reconnaître pour métropolitain, si l'on en croit l'église de Tours; car nous n'avons plus ces actes. Olivier mourut vers l'an
Après la mort de ce prélat le chapitre élut Guillaume, religieux de Gîteaux; mais son élection fut cassée parle chapitre de cet ordre, à la requête de l'archevêque de Tours, parce que Guillaume n'avait pas observé les usages de son ordre dans l'acceptation des dignités ecclésiastiques.
Hugues LE ROUX *, prieur de Sainte-Croix de Nantes, fut élu archevêque de Dol vers l'an 1154. Comme il était peu versé dans les belles-lettres, il n'osa se présenter devant le pape ; mais ayant pris le chantre de son église avec quatre chanoines, il alla trouver à Angers Engelbaud, archevêque de Tours, dans le dessein de s'accommoder avec lui. Le chantre et un des chanoines s'opposèrent à l'accommodement qui fut conclu; les trois autres chanoines, gagnés par les bénéfices qu'on leur donna, s'engagèrent, par serment, à observer tout ce qui avait été arrêté; et en conséquence Hugues fut sacré par l'archevêque de Tours. Les lettres dressées dans cette occasion furent regardées comme fausses et abusives, attendu qu'on y
• Epist. Innocent. III.
* Martène, t. 3, Anecdot., p. 910.
avait mis le doyen à la tête des chanoines, honneur dû au seul chantre, qui était le premier dignitaire du chapitre de Dol. Les chanoines n'ayant pas voulu par cette raison recevoir Hugues, . il se retira au Mont-Saint-Michel, où il séjourna quelque temps. Enfin il alla à Rome, où il fut absous par le pape Adrien IV de l'obéissance qu'il avait prpmise à l'archevêque de Tours.
Satisfait par cette démarche, le clergé de Dol demanda au pape le pallium pour son archevêque, en vertu de l'accord qu'ils avaient fait avec Engçlbaud et de la coutume de tout temps a. Les députés de l'église de Tours demandèrent en même temps au pape la conûrmaiion d'un accord fait entre les deux églises par l'abbé de Fontaines, et par lequel celle de Dol avait renoncé à ses sufTragants. Le pape Adrien cassa ce dernier accommodement, accorda à Hugues l'usage du pallium, et ordonna à Engelbaud ou de convenir avec Hugues du nombre de leurs sufTragants, ou de se trouver à Rome pour la fête de saint Michel prochaine, lui défendant cependant d'excommunier personne. Il ne paraît pas qu'Engelbaud ait obéi à cet ordre ; car le clergé de Rome a soutenu depuis que Hugues, après son retour de Rome, se soumit à Engelbaud, et qu'il assista à ses synodes ; mais que Hugues, ayant violé son serment, fut excommunié par Joscius, successeur de Hugues; quêtant devenu aveugle, il reconnut sa faute, et confessa son parjure; et qu'il en reçut l'absolution du même Joscius, à qui il remit son anneau. Hugues se démit, suivant Robert, abbé du Mont-Saint-Micbel, en 1160, après avoir gouverné son église pendant près de six ans et y avoir fait beaucoup de réparations; il avait donné, en 1 158, l'église duMont-Dol au Mont-Saim-Michel, avec le consentement de son chapitre.
Richard D'HUMEZ ou DU HOMMET \ archidiacre de Baveux, fut élu en 1161, et mourut en 1164, selon la Chronique de Robert, abbé du Mont - Saint - Michel. Mais son successeur étant contemporain de Jean, évêque de Saint-Malo, et ce dernier étant mort en 1163, on ne
a Epi s t. Innocent. III. Martène, t. 3, Anecdote p. 897, 912. Ckron. norm, apud Du Cbesne, t. 5, p. 997.
* Bpist. Innocent. III. Rerum anglic. script., p. 362.
276 i/ÉGLISK DE BRETAGNE.
peut se dispenser de mettre la mort de Richard dans la même année. Le pape Alexandre III, qui monta sur le saint Siège en 1159, examina tout ce qui avait été fait avant son pontificat sur le différend des églises de Tours et de Dol. Les droits de la première lui parurent si bien établis, qu'il les réserva, et manda au chapitre de Dol, que s'il trouvait un sujet propre à le gouverner, il le présentât à l'archevêque de Tours pour être confirmé et sacré.
JEAN est indiqué comme archevêque de Dol dans une transaction passée entre les religieux de Marmoutier et ceux de Saint-Florent, touchant une chapelle située à Lande-Hugues, en présence de Jean, évêque de Saint-Malo. Ce dernier fut élu en 1143 et mourut en 1163. On ne peut donc mettre plus tard la date de cette transaction et l'élection de Jean, archevêque de Dol. Il fit confirmer, par le pape Alexandre III, en 1174, toutes les donations faites à son église.
ROLLAND III doyen de l'église d'Avranches, fut élu, Tan 1177, en présence des évêques de Rayeux et d'Avranches et de Robert de Thorigny, célèbre abbé du Mont- Saint-Michel, qui jouissait alors d'un grand crédit et qui persuada aux chanoiues de faire ce choix.
Rolland était originaire de Pise, selon l'enquête qu'il fit faire en 1181 pour soutenir les droits de son église et pour recouvrer les biens aliénés ou usurpés. Le pape Luce III l'envoya en Ecosse, en 1182, pour y terminer la question de l'épiscopat de saint André. Roger de Houveden, qui nous apprend cette particularité, donne à Rolland le titre de sous-diacre de l'église de Rome, et d'évêque élu de Dol. Cependant le procès de la métropole se poursuivait, et les deux contendants se rendirent à Rome sur la fin du pontificat d'Alexandre III. Barihelemi, archevêque de Tours, n'y vint que pour éviter l'excommunication dont il était menacé. Rolland demanda une enquête sur plusieurs articles proposés; le pape y consentit, et commit Guy de Noyers, archevêque de Sens, Henri, évêque de Bayeux,
a Epist. Innocent, papae III. Roger de HouTeden, ad ann, 1182, p. 617, Robert de Monte, ad ann. 1184. Martène, t. 3, Anecd.,?. 905.
l'abbé de Sainte-Geneviève et le doyen de Baveux, pour recevoir les dépositions des témoins, non-seulement sur la soumission de l'église de Dol envers celle de Tours, mais encore sur la franchise dont se flattait l'élu de Dol. Le pape Luce III, qui succéda à Alexandre III en 1181, nomma d'autres commissaires, et cependant sacra, en 1184, Rolland archevêque de Dol, qui devint plus tard cardinal diacre du titre de Sainte-Marie in Porticu. On ignore Tannée de la mort de cet évêque ; le jour en est marqué au 4 mars dans le nécrologe de son église.
HENRI « succéda à Rolland, si l'on en croit Roger de Houveden. Il fit le voyage de Rome, comme ses prédécesseurs, pour y recevoir la consécration épiscopale : mais il y mourut d'une maladie contagieuse, en 1188, avec tous ceux de sa suite. C'est vers ce temps que Harsculphe de Soligné, seigneur de Gombourg, fit une donation aux religieux de Marmoutier, dans laquelle il se qualifie porte-enseigne de Saint-Samson et régent de l'archevêché vacant.
Jean DE VAUNOISE, abbé de Saint-Jacques de Montfort, fut le successeur de Henri; mais son épiscopat dura peu de temps, car ayant été sacré en 1188, il termina sa carrière en 1190, et fut inhumé au milieu de la nef des chanoines de Montfort, selon le nécrologe de cette église. On ne peut se dispenser de lui donner pour successeur Jean de La Mouche, élu de Dol, suivant une charte de La Vieuxville, au lieu de Jean de Lizannet, nommé dans une charte de l'an 1220, parce que Jean de La Mouche s'est toujours qualifié élu, procureur ou humble ministre de l'église de Dol, même après le décret du pape Innocent III, et Jean de Lizannet est le premier qui n'a pas trouvé mauvais qu'on ne lui donnât que le titre d'évêque. Peut-être est-il le premier, après Hugues, qui se soit fait sacrer par l'archevêque de Tours : mais comme les évêques mettent rarement leur surnom, il est assez difficile de distinguer les trois Jean.
Jean DE LA MOUCHE ou JEAN*, élu de Dol, est . nommé dans des actes datés de 1190, H95 et 1197. Il alla
* Rog. de Houveden, p. 64D- f
* Martène, t. 3, Anecdot., p. 922.
278 l'église de Bretagne.
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à Rome muni d'une lettre de son chapitre, qui priait Innocent III, alors assis sur le siège de saint Pierre, de le consacrer et de lui donner le pallium : mais le pape, au contraire, profita de l'occasion pour mettre fin au procès de la métropole, qui durait depuis plus de trois cents ans. Avant l'énoncé de la sentence, Jean voulut se démettre de son droit à l'archevêché de Dol entre les mains du pape ; ce pontife ne voulut point admettre sa démission, et, à l'instance de Barthelemi, archevêque de Tours, il ordonna que l'église de Dol serait à jamais soumise à celle de Tours, comme à sa véritable métropole ; que tous les évêques de Bretagne rendraient à l'archevêque de Tours l'obéissance qu'ils lui devaient ; que les évêques de Dol ne pourraient jamais prétendre au pallium ; et afin de leur ôter toute ressource, il fut réglé que quelques actes qu'ils pourraient retrouver et produire, on n'y aurait aucun égard. Cette sentence fut rendue en l'église de Latran au mois de mai 1199. Jean de La Mouche mourut quelques mois après ce jugement, et ne paraît pas avoir été jamais sacré.
Jean DE LIZANNET a reçut de Barthelemi, archevêque de Tours, la consécration épiscopale en présence d'À, car*dinal et évêque de Véronne, qui revenait d'Angleterre, où il avait visité le tombeau de saint Thomas de Cantorbéry. On conservait le certificat de ce cardinal, qui porté que le nouvel évêque de Dol avait promis l'obéissance à l'église de Tours. Jean de Lizannet fut, en 1207, témoin d'un accord fait entre les chanoines de la cathédrale d'Avranche et les religieux de l'abbaye de La Luzerne, relatif au revenu des prébendes vacantes. Ce prélat en signa l'acte, dans lequel il ne prit que le titre d évêque. 11 porta toujours ce titre ou celui d'humble ministre de l'église de Dol, et mourut le 13 novembre 1251, suivant l'obituajre de son église.
Clément DE COETQUEN *, chanoine et archidiacre de Dol, fut élu évêque de cette église en 1231. Le chapitre en conséquence écrivit à Juhel, archevêque de Tours, pour le prier de confirmer cette élection. Leur lettre est datée du
« Martène, t. 3, Jntedot.% p. 956, 067. » ftfartlu, ihii.
mardi après la fête de sainte Luce. Clément reconnut, en 1256» que le patronage de l'église de La Fresnaie appartenait à l'abbaye de Marmoutier. Il tenait encore le siège de Dol en 1241, mais il ne tarda pas à se retirer dans l'abbaye de Saint-Pierre de Chartres, où il finit ses jours. L'année de sa mort n'est pas connue ; le jour en est marqué au 9 octobre dans Pobituaire de Dol.
ÉTIENNE, évêque de Dol, conféra, l'an 1243, la cure de Saint-Quai sur la présentation du prieur de Lehon. Son nom se trouve dans les actes, depuis cette année jus-j qu'en 1265. Il écrivit en 1264 à Vincent, archevêque de Tours, pour s'excuser de ne pouvoir assister au sacre de l'élu de Saint-Malo. Son décès arriva le 16 novembre
Jean MÀHÉ, chanoine de Dol et archidiacre d'Outre- Loire en l'église de Tours, fut élu au mois de janvier 1266. Le chapitre écrivit en conséquence pour lui notifier cette élection, et le prier de la ratifier. Jean Mahé mourut, en 1279, le 13 mai, jour auquel on a fait pendant longtemps son anniversaire dans l'église de Dol.
ThibaudDE P0UENCÉ0, fils du seigneur de LaGuerche, chanoine de Dol et tloyen de l'église de Bayeux, fut élu le mardi avant la fête de sainte Marguerite 1279 ou 1280 ; car toutes les lettres écrites à ce sujet sont datées de 1280» Thibaud assista, en 1283, an jugement rendu entre le roi Philippe III et Charles, roi de Sicile, sur la propriété du comté de Poitou, qui fut adjugée au premier. Il écrivit la même année à Juhel, archevêque de Tours, pour s'excuser de ne pouvoir assister au sacre d'Even de La Forest, élu de Quimper. En 1284 il devint un des exécuteurs du testament de Philippe le Hardi, roi de France. Son diocèse lui dut un recueil de statuts synodaux qu'il publia en 1502. En 1292 il fonda une nouvelle prébende dans son chapitre, et assista au concile de Lyon. Il obtint, en 1299, une bulle du Jpape Boniface VIII, qui ordonne à l'archevêque de
« S pond. , ad ann. 1296, n° 4. Martène, t. 3, Anecdot., p. 967,969, 973. Gall. christ., t. 6, p. 81. Spicilegium, 1. 10, p. W2.
Tours, lors des assemblées, d'y convoquer l'é vêque de Dol par une lettre particulière, et non par une lettre commune à tous les suffragants. Sa mort arriva le 30 mars 1301 , selon l'obi tuai re de son église et la lettre écrite par le chapitre à l'archevêque de Tours.
Thibaud DE MORÉAG fut élu et sacré en 1301. Il tint son chapitre général le lundi après la f ê te de la Trinité 1302, dans lequel il fut réglé que la moitié des gros fruits des églises vacantes, appliqués par ses prédécesseurs à la fabrique de l'église de Dol, serait partagée entre l'évêque et les chanoines résidents. Son décès arriva le vendredi après la féte de saint Hilaire en 1312. Cette époque est constatée par la lettre que le chapitre de Dol écrivit dans le même temps à l'archevêque de Tours pour obtenir la permission de procéder à une élection, et par des actes de 1312 qui marquent la vacance du siège. Ainsi il faut corriger l'obituaire de Vannes, qui met la mort de Thibaud en 1322, et celui de Nantes, qui la rapporte en 1324.
Jean DU BOSQ ou DU BOIS, natif du Mans, docteur en droit civil et canonique, avocat du roi au parlement de Paris, fut élu et sacré en 1312. Il permit à ses chanoines, en 1314, de vendre leurs blés, quand bon leur semblerait, et de corriger les clercs de l'église, lorsqu'ils seraient en faute. La dévotion qu'il avait pour saint Julien, apôtre du Maine, le porta, en 1322, à fonder un office solennel le jour de la fête de ce saint, et à augmenter les rétributions de ce jour. Il mourut le 25 janvier 1324, et fut inhumé dans la chapelle de saint Samson, sous un tombeau de marbre
Guillaume MELGHIN ou MESGHIN fut élu en 1324, et fit sa soumission à la chambre apostolique le 24 avril 1325. II traita en 1328 avec le duc Jean 111, pour les redevances
et prérogatives de son église. Sa mort arriva un mois après
1 On y voit cette inscription :
Hic jaret Joannes de Bosco, quandam episcopus Dolenais, de Cenommauià natus, utriusque juris doctor excellent et fuit in parlamento régis advoCatus, qui obiit anno Domini 1323, die Mercurii, in festo Conversions sancti Paali. Orate pro eo.
ce traité, c'est-à-dire le 15 mars, jour auquel on faisait son anniversaire à Dol.
Jean D'AVAUGOUR fit sa soumission à la chambre apostolique le 8 juin 1328, en qualité d'élu de Dol. Il écrivit en 1335 au chapitre de Tours, le siège vaquant, pour s'excuser de ne pouvoir assister au sacre de Gui, élu de Saint-Brieuc. Son décès arriva le 8 mai 1340, suivant la lettre écrite par le chapitre à l'archevêque de Tours, pour avoir la permission de procéder à une élection.
Henri DU BOIS, archidiacre de Dol, fut élu en 1340. Il n'était encore que diacre, et son élection, quoique faite avec unanimité, fut rejetée à Tours : mais le pape écrivit à l'archevêque, et le pria de ratifier ce qui avait été fait. L'archevêque obéit. Henri traita au mois de février 1348 avec Guillaume de Monferrand, pour les dîmes de la Ville- Artur. L'année de sa mort ne nous est pas connue ; le jour en est marqué au mois de juin dans le nécrologe de Saint- Meen.
Simon LE MAIRE*, abbé de Marmoutier, fut en 1331 élu à la place de Henri Du Bois Il visita le tombeau des apôtres le 25 février 1355, suivant le registre du pape Innocent VI. Simon fut transféré à Chartres en 1357, paya les droits de la chambre apostolique le 27 juin de la même année pour l'église de Dol, étant sur le siège de Chartres. Après avoir gouverné pendant trois ans cette dernière église, il mourut le 21 juin 1360, et fut inhumé à Marmoutier.
NICOLAS succéda à Simon Le Maire selon le registre des provinces accordées sous le pontificat du pape Urbain V. Il mourut le 16 mars 1366, selon le même registre.
Jean DES PAS, de passibus, fut élu en 1366 ; mais son élection ayant été défectueuse, le pape le cassa et le nomma néanmoins à l'évéché de Dol, par bulles données à Avignon le 7 juin 1367. Jean Des Pas tint, le lundi après la fête de saint Samson, en 1373, un chapitre général dans
« Vide tibrum 2, ligni Vitœ Ardoldi Wion, p. 896.
' Plusieurs auteurs le nomment Simon Le Maye ; mais en Bretagne il a porté constamment le nom de Le Maire, aussi bien qu'à Marmoutier.
lequel il assigna des revenus pour distribuer chaque jour du pain aux chanoines. Il mourut dans la même année, et fut inhumé dans son église1.
Geoffroi DE COETMOISAN ou COATMOHAN , abbé de la Couture, fut fait évêque de Quimper en 1358, et transféré à Dol en 4373 ou 1374. 11 assista au Parlement tenu à Paris en 1373, pour fixer la majorité des rois à quatorze ans*. Sa mort arriva en 1380, le jour en est marqué au 30 novembre dans l'obituaire de la Couture. Pierre, abbé de Saint- Me en, succéda à Geoffroi de Coetmoisan ; il avait été confesseur du pape Urbain VI, et évêque de Sinigaglia dans les Etats romains. Ce pape, qui l'avait transféré à Dol, le recommanda par lettre à Charles V, roi de France, et demanda pour Pierre la protection de ce monarque; mais le prélat ne put voir les effets de cette honorable recommandation, car il mourut le 24 décembre 1381.
Gui DE ROYE, fils de Matthieu, sire de Roye et grand maître desarbalestriers de France, devint d'abord chanoine de Noyon, puis doyen de Saint -Quentin, auditeur de Rote à Avignon, et ensuite évêque de Verdun. Pendant qu'il était auditeur à Avignon, il s'était fait connaître du pape Grégoire XI, qui l'employa dans plusieurs négociations importantes, même après lui avoir conféré l'évêché de Verdun. Il fut transféré à Dol par l'anti-pape Clément VII, et fit sa soumission à la chambre apostolique le 9 août 1381. Mais il tint peu de temps ce dernier siège, ayant été transféré successivement à Tours, à Sens et à Reims, où il était en 1383. L'année suivante il fit présent à son succès seur de tous ses biens, joyaux et livres qu'il avait laissés au Mont-Saint-Micbel en sortant de Rretagne. Sa mort arriva en 1409; comme il passait par Voutré, petite ville de l'Etat de Gênes, il fut frappé d'un coup de javelot dans une émeute populaire, et succomba aussitôt. Son corps
1 Le Gallia chrtstiunu, t. 13, compte au nombre des évéques de Dol Jean de Dampierre, d'abord évêque de Verdun dans la même année. Les auteurs de cet ouvrage disent que ce prélat y fut transféré en 1375 par le pape Grégoire XI ; mais, si le fait est vrai , il ne parait pas que cette translation ait été effectuée.
« Hist. de la Maj. des rois, par Du Put, p. 160.
ayant été porté à Gênes, on l'inhuma dans f église cathédrale, après qu'on lui eut fait de magnifiques funérailles.
ERARD ou EVERARD DE TREMIGON, d'une noble et ancienne maison, qui tire son nom de la terre de Tremigon, fut d'abord docteur en décret de la Faculté de Paris, ensuite doyen de Chartres et conseiller du roi ; il fut chargé de diverses ambassades en Espagne, et pourvu d'une charge de maître des requêtes. Son mérite et ses services l'élevèrent sur le siège de Dol en 1382. Se trouvant à Paris en 1484, il y rencontra au Louvre l'écuyer Guillaume de Chamborant, auquel il reprocha en termes injurieux et devant le roi, que ce seigneur était la cause de la mort d'un frère queceprélatvenaitde perdre. Chamborant attaqua en justice l'évêque de Dol, qui fut condamné par arrêt du Parlement à une amende de cinq cents livres. Il mourut en 1386.
Guillaume DE BRIE, évéque de Rennes, fut transféré à Dol le 27 août 1386, suivant une procédure faite au Parlement de Paris en 1405*. 11 fit sa soumission à la chambre apostolique le 15 avril 1387, et ratifia le 18 du même mois le douaire accordé à la duchesse Jeanne de Navarre. Sa mort arriva le 2 février 1390, selon le compte rendu au duc pour les fruits recueillis pendant la vacance du siège.
Richard DE LESMENEZ fit sa soumission à la chambre apostolique, tant pour lui que pour Guillaume son prédécesseur, le 18 avril 1391. Il fut témoin de la réconciliation faite à Tours, le 26 janvier 1392» entre le duc Jean le Vaillant et le connétable de Clisson. Son nom se trouve dans le rôle des prélats qui assistèrent au parlement général tenu à Rennes en 1398. Deux ans après, il eut quelques différends avec Hamelin, archevêque de Jours; ce prélat ayant visité les diocèses d'Angers, de Nantes, de Vannes, de Quimper, de Léon , de Tréguier, de Saint-Brieuc et de Saint -Malo, voulut aussi visiter l'église de Dol le 25 mai 1400; mais il trouva les portes de la ville fermées. Sur le refus qu'on fit de les lui ouvrir, il assigna l'évêque et le chapitre à comparaître à Rennes dans six jours,
* Ilegist, parlant. Paris., ai ann. 1405.
284 l'église bb bmsïigke.
sous peine d'interdit, de suspense et d'excommunication ; et dès lors il les interdit et défendit l'entrée de l'église à révéque. Personne n'ayant comparu au jour marqué, il dé— \ clara de nouveau l'évêque et les chanoines interdits, suspens, excommuniés, et les somma de comparaître devant lui après la fête de saint Remi. Cette ordonnance est datée de Tours le 27 juillet 1400 ; mais nous n'avons pu découvrir quelle en fut la suite. Richard de Lesmenez mourut le 20 mai 1405, selon le compte rendu au duc des fruits recueillis pendant la vacance du siège. Il avait commencé en 1401 la fondation des Pères Carmes de Dol, qui fut continuée par son successeur et autorisée par le saint Siège.
EfiENNE CUEVRET", natif de Fougères, d'abord officiai de Paris, ensuite archidiacre de Nantes, devint évéque de Saint-Brieuc vers l'an 1404, et fut élu à Dol en 1405. Il continua la fondation des Carmes qui avait été commencée par son prédécesseur, et la fit confirmer en 1407 par l'ant-ipape Benoît XIII ; il assista par procureur au concile de Pise en 1409, et en personne à celui de Constance en 1415. Par nécessité ou par quelque autre motif, il ouvrit en 1411 la châsse de saint Samson, dans laquelle se trouvèrent un bras, deux os de la jambe et quelques os du cou. Il fonda, le 2 août 1429, une messe basse pour être dite tous les jours après matines au maître-autel de son église cathédrale. Ce prélat eut la faiblesse de prêter, au préjudice de son souverain légitime, le serment de fidélité au duc de Bedfort, qui se prétendait régent du royaume pour Henri VII, roi d'Angleterre. Il mourut le 6 décembre 1429, et fut inhumé dans le chœur de son église. Le siège vaqua près de dix-huit mois.
Jean DE BRUC, évêque de Tréguier, fut transféré ù Dol le 9 janvier 1451, et prit possession le 15 mai suivant. Il fit confirmer par le pape Eugène IV la fondation faite par son prédécesseur d'une messe basse après matines, et tint un chapitre générai en 1454. Le jour de sa mort ne nous est
a Labbc, t. 11 et 12, Concil. Sptalegium, t. 6, p. 374. Martène, t. 3, Antcdot., p. 1550, et t. 7, Cotiect. Ms., p. 1222.
pas connu, mais TatfJrée 1457 se trouve dans son épitaphe1. Son écu représente un sautoir chargé de douze besans ou tourteaux.
Alain DE L'ESPERVEZ, fils de Jean, seigneur de l'Espervez, premier président de la chambre des comptes de Bretagne et conseiller des ducs, s'étant consacré au service de Dieu, entra dans l'ordre des Frères Mineurs, connus en France sous le nom de GoTdeliers, et se distingua dans son ordre par ses vertus ainsi qu e par son érudition. Dans un âge assez avancé il fut nommé à févêché de Doi parle pape Eugène IV, le il décembre 1437, et ensuite transféré à Quimper le 24 août 1444; il y mourut le 17 mars 1455.
Raoul DE LA MOUSSAIE, d'une maison noble de Bretagne, protonotaire du saint Siège, fut pourvu de l'évêché de Dol vacant par la translation d'Alain L'Espervez à Quimper \ Raoul fît son entrée solennelle à Dof le 25 décembre de la même année, suivant les registres du chapitre, et assista par procureur au concile provincial tenu en 1448, dans le réfectoire de l'église d'Angers, par Jean Bernard, archevêque de Tours. Ce procureur était Jean de La Moussaie, docteur en droit, et régent à l'Université d'Angers. Robert, évéque de Rennes, Jean, évêque du Mans, Guillaume, évêque de Nantes, et Pierre, évéque de Saint-if alo, furent les seuls prélats qui se trouvèrent à cette assemblée ; les autres y assistèrent par députés. L'archevêque ayant statué que pour cette fois seulement les évêques se placeraient suivant le temps de leur sacre, Jean de La Moussaie s'opposa à ce règlement, et représenta que depuis un temps immémorial l'évéque de Dol était en possession d'avoir un fauteuil décemment orné, et placé vis-à-vis celui de l'archevêque de Tours. L'archevêque répondit qu'il ne voulait porter aucun préjudice à l'évéque ; qu'il connaissait «es droits, et qu'il lui avait fait mettre un fauteuil; que s'il
* Elle est conçue en ces ternies :
Hie jacet pi* recordationis et Ecclesias defensor D. Joanncs de Bruc, Venetensis diœccsis parochiœ de Glennac oriundus.... 1437*
* Les registres cousis tori aux ne conviennent pas du jour de cette promotion, quoiqu'ils s'accordent sur Tannée ; les uns la marquent au 24 tout, et les autres au 25 novembre 1444.
286 l'église de Bretagne.
n'était pas plus orné décemment, c'est qu'il ne s'était pas présenté en personne. Jean de La Moussaie demanda acte de sa réclamation et de la réponse de l'archevêque, qui lui fut délivré par les notaires du concile.
La dispute survenue entre les archevêques de Tours et les évêques de Dol par rapport aux visites durait encore. Raoul de La Moussaie entreprit de la terminer, et tint plusieurs conférences à ce sujet. La première dont nous ayons connaissance eut lieu chez les Cordeliers de Dinan, le 16 novembre 1450. 11 y fut réglé que l'archevêque de Tours ne pourrait visiter qu'une fois dans sa vie le diocèse de Dol, et que la visite se ferait dans l'église de Bobital, où il recevrait soixante boucliers d'or pour son droit de procuration : mais ce règlement n'eut pas lieu.
La seconde conférence fut tenue à Tours le 17 mars 1561, en présence de l'archevêque de Tours et de maître Robert Ruellan, licencié ès lois, chanoine et chantre de l'église de Dol, procureur de l'évêque et du chapitre. Après bien des discussions, il fut décidé et accordé 1° que l'archevêque de Tours et ses successeurs feraient la visite dans l'église de Dol de la même manière qu'ils le faisaient dans les autres églises de la métropole ;
2° Que dans la première visite que ferait chaque arche? vêque de Tours dans l'église de Dol, l'évêque et le chapitre seraient tenus, au lieu de procuration, de nourrir l'archevêque et toute sa suite ; mais que dans les autres visites l'évêque et le chapitre seraient tenus simplement de donner à l'archevêque, pour droit de procuration, quatorze boucliers d'or à raison de soixante-quatre au marc, ou leur juste valeur ;
3° Que l'abbé et les religieux de Saint-Jacut paieraient au même archevêque, pour droit de procuration, dix livres ; l'abbé et les religieux du Tronche t cent sous, le prieur de Dol huit livres, le prieur du Pont-à-Dinan cinquante sous, le prieur de Saint-Broladre soixante sous, le prieur du Mont-Dol vingt sous, le prieur de Lanmeur soixante sous monnaie, à raison de sept livres et demie par marc d'argent ;
4° Gomme toutes ces procurations particulières ne suffisent pas pour faire la somme due à l'archevêque, il pourra, par lui ou par d'autres, visiter plusieurs de ces églises jusqu'à ce qu'il ait reçu sa procuration en entier;
5° Que si l'évêque de Dol est présent à la visite, il pourra avoir un siège préparé, mais inférieur à celui de l'archevêque, comme on le pratique dans les conciles provinciaux ;
6° Que l'archevêque et l'évêque feront ratifier dans un an ou plus tôt, par notre saint Père le pape, le présent traité, afin qu'il puisse servir de règle pour toujours. Le pape Nicolas V le ratifia par ses bulles du 20 janvier 1452, et obligea les parties à s'y conformer, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait, et dont il se réserve la connaissance. Raoul de La Moussaie fonda en 1456 trois chapelains pour chanter tous les jours une messe solennelle dans son église, immédiatement après celle d'Etienne Cuevret, son prédécesseur. Il mourut le 16 avril de la même année, suivant Du Paz. On faisait dans la cathédrale deux anniversaires pour le repos de son âme, l'un le 12 janvier, et l'autre le 17 juillet.
Alain DE COETIVI *, évêque d'Avignon et cardinal du titre de Sainte-Praxède, obtint, suivant les registres consistoriaux, l'évêchéde Dol encommende le 17 juin 1456. Comme il ne pouvait résider dans ce diocèse, il y fit transférer, le 18 juin 1456, Ambroise de Cambrai, évêque d'Alet. Ambroise eut pour successeur dans le spirituel Gabriel, pourvu le 6 juin 1460 par le pape Pie II. C'est au cardinal d'Avignon que l'on doit l'établissement de cinq officiaux, qui se trouvaient dans le diocèse de Dol, et que l'on appelait de Dol, de Lanmeur, de Lannion, de Lanvolon, et de Saint-Samson. Ce cardinal fut par son mérite un des hommes les plus remarquables de son époque. Choisi par le pape Callixte III pour remplir les fonctions de légat en France et en Bretagne, il fit à Vannes, au mois de juin 1456» l'élévation du corps de saint Vincent Ferrier qui venait d'être canonisé l'année précédente. Ce cardinal était venu en France pour solliciter, de la part du pape, le roi Char-
• Gall. christ., t. !•». Auberi, Hist. des canL/ranp.f U J, ^ M*.
288 l'église de Bretagne.
les VII de porter du secours aux Grecs contre les Turcs qui assiégeaient Constant. nople, dont ils ne tardèrent pas à s'emparer. Doué d'une élocution facile et brillante, il persuada au roi d'entrer dans les vues du pape ; mais la mort de ce pontife, qui arriva peu de temps après, empêcha l'exécution de ce projet. Ce fut le cardinal de Coetivi qui s'opposa, dans le conclave où se fit l'élection de Callixte III, à ce que le cardinal Bessarion, Grec très-savant et trèsrecommandable, fût élevé au souverain pontificat: « Comme • s'il manquait, dit-il, dans l'Eglise latine des sujets dignes » de parvenir à la papauté. > Le cardinal d'Avignon décéda à Rome le 22 juillet 1474, âgé de soixante-six ans, et fut inhumé dans l'église de Sainte-Praxède
Christophe DE PENMARC'H fut pourvu de l'évôcbé de Dol sur la résignation du cardinal d'Avignon, son oncle, malade à Rome. Il écrivit au duc de Bretagne pour lui demander son agrément, et il l'obtint. Mais le cardinal étant décédé avant que la réponse du duc fût arrivée, le pape lui conféra l'évêché vacant per obitum, et non sur la résignation précédente. Le duc, ayant eu connaissance de cette collation, ne voulut point reconnaître Christophe de Penmarc'h pour évéque de Dol, ni recevoir son serment de fidélité. Les choses restèrent dans cet état jusqu'en 1478, que Christophe fut transféré le 14 janvier sur lé siège de Saint-Brieuc, vacant par la translation de Pierre de Laval à Reims, et mourut dans cette ville en 1505.
Michel GUIBÉ, neveu du fameux Landais, favori de François II, duc de Bretagne, fut d'abord évêque de Léon, puis transféré à Dol en 1478, et fit serment de fidélité au duc le 4 août de la même année. Il paya les droits de la chambre apostolique le 5 mars 1479, et assista aux Etats de Vannes en 1480. Le ^iége de Rennes ayant vaqué en 1482, par la mort de Jacques d'Espinai, le trésorier
1 On voit dans cette église son tombeau avec cette épitaphe :
Sedente Sixto IV, Alanus, episcopus S ab menais, Ecclesiae romans cardinalis, nobilissimâ apud Britones Coetivorum gente oatus, illustri legatione ad Gallos pro ride functus, cujus tita exeniplum virtutis, actiones autem privatim et publicè salutares fuere, boc monumento conditus est. yixit anuos lvi, menses yni, aies xv. mcdlxxiv.
Landais y plaça Michel Guibé, qui, le 29 mars 1482, obtint ses bulles du pape Sixte IV, et mourut en 4501.
Thomas JAMES, né à Saint-Àubin-du-Cormier, homme recommandable par sa piété, sa prudence et son érudition, docteur en droit et archidiacre de Penthièvre dans l'église de Saint-Brieuc, fut pourvu en 4478 de l'évêché de Léon, d'où il fut transféré à Dol le 28 mars 1482. Il paya lesdroits de la chambre apostolique le 45 juillet suivant, et le 28 il envoya une procuration au trésorier Landais pour prêter en son nom le serment de fidélité au duc. Il était de retour de Rome en 1486, suivant un acte du Mont-Saint-Michel, et il ne pensa plus qu'à bien gouverner son troupeau. Le pape Alexandre VI lui rendit le privilège de faire porter la croix devant lui dans son diocèse, d'en timbrer ses armes et de s'en servir dans ses sceaux. Sa mort arriva le 5 avril 1504, après vingt et un ans et sept jours d'épis- . copat. Il fut enterré dans la croisée de son église, du côté de l'Evangile, où l'on voit encore son magnifique tombeau *.
* On y lit cette inscription :
D. Thomas James, jurium doctor, patriâ Albinus de Cormerio, pitre Petro, Sixti papa: tempore arcis Sancti-Angeli Remue casteUano et Francisci Britonnm ducis oratore ac procuratore, Penthevriaeque archidiacono, Leonensis episcopus creaîus, et paulo post in Dolensem episcopatnm transfertur. Vir quidem optimus ac diviui cultûs cupidos et assidnns ; in delinquentes clemens ; pauperum, pupillorum et viduarum causas et vitam propriâ manu ità tutatus est, ut ab omnibus mérité pater pauperum diccretur : in religiosos benignus, virgines egenaa clàm dotabat ; cilicio utens, bis aat ter in hebdomada jejunans ; familîares, parentum loco babens ; post bellorum turbines inter Francorum regem Car ol um VU et Britanni iv ducem Franciacum, Dolensisque civitatis direptionem et ecclesise depredationem tî factam,quae fuit 11 octobris 1482, et urbis et nundinarum, P. Halle, et castrorum atque molendinorum factus est restaura tor, ab Alexandro papa VI ob ejue eximias virtutes crucis deferendae beneflcium ante se per diœcesim et sibi et successoribus obttnuit ; et in a nui s ac sigillis ubique palla pussent Dolenses episcopi uti, ecclesiam mirificè fandationibus dota- ▼it, juraque ecclesise et dignitatem semper tutatus est ; ornamentisque ex auro et serico, vasisque argenteis et a uratis décora vit. Obiit praesul nouas aprilis, d ie Veneris sanctâ, horâ nonâ 1503. Passionem de voté audiendo. et hic collacrymantibus omnibus sepelitur. Sedit annis uno et viginti, diebus septem, cuj'us anima requiescat in pace. Amen*
D. Thomae hoc sepulcrum Joannes James ejus nepotis, jurium licentiati, Lehonnensis commendatarii, Dolensis thesaurarii et canonici, im-
290 L^GLISB DE BRETAGNE.
Mathurin DE PLEDRAN, gentilhomme breton, chanoine de Nantes, fut élu le 12 juin 1504, et fit son entrée à Dol le 18 juin 1507. Il rendit foi et hommage au roi Louis XII pour le temporel de son église, le 1er février 1514». Ce fut lui qui la même année officia pontiûcalement dans 1 église des Carmes de Nantes, lorsque le cœur d'Anne de Bretagne, reine France, y fut apporté, pour être déposé dans le tombéau de son père, qui se trouvait dans la même église, et mourut le 10 décembre 1521, selon Du Paz. C est à ce prélat que le diocèse doit son premier bréviaire imprimé. Il était autrefois représenté sur les vitraux de la chapelle Saint-Hervé.
Thomas LE ROY ou RÉGIS était originaire de la paroisse de Messac, diocèse de Rennes. Né avec toutes les qualités qui font les grands hommes, il apprit les sciences qui étaient en usage de son temps. Reçu docteur en droit canonique et civil, il fut fait archidiacre de Plougastel dans l'église de Tréguier, et maître des requêtes au conseil de Bretagne. La reine Anne l'honora de sa confiance, et l'envoya à Rome poury négocier quelques affaires. Cette commission le fit connaître dans la capitale du monde chrétien, où il forma peu à peu un établissement. Les papes Jules H et Léon X le firent successivement clerc de la chambre apostolique, secrétaire des brefs et président des lettres apostoliques, il fut leur procureur au concile de Latran, commencé en 1512 et terminé en 1517. En reconnaissance de ses services, on le gratifia de plusieurs canonicats et cures en Bretagne. Comblé d'honneurs et de biens, Thomas ambitionna d'être noble, et sollicita si bien cette faveur auprès du roi François Ier, qu'il l'obtint par lettres données à Lyon au mois de mai 1522. 11 fut pourvu la même année de l'évêché de Dol, et mourut à Rome deux ans après sans avoir été sacré, parce que le roi, qui, à cette époque, avait conclu avec Léon X le fameux concordat par lequel il devait nommer à tous les sièges épiscopaux de son royaume, ne voulut pas admettre sa nomination, et choisit un autre sujet pour l'évêché de Dol.
Avant sa mort, il fit un testament par lequel il légua tous ses biens à Raonl Le Roy, sieur Du Plessis-Raffrai, son
neveu, qu'il avait fait comprendre dans son arrêt de noblesse. Entre les biens légués il y avait un palais à Rome, situé sur la paroisse de Saint -Laurent in Damaso, que Thomas donna à son neveu et à ses descendants, à condition que s'ils le vendaient, ils en seraient déchus, et qu'il appartiendrait à la Société de Saint-Thomas, qu'il avait établie dans l'église collégiale de Nantes, et, après l'extinction de cette Société, au tribunal de la Rote, Son cœur fut déposé dans l'église de Notre-Dame de Nantes, sous une lame de cuivre qui représentait sa figure. Outre les bénéfices dont on a parlé ci-dessus, il était chefcier de la col- • légiale de Nantes, chanoine des églises cathédrales de Nantes, de Rennes et de Quimper, recteur perpétuel et commendataire de Nozai,deDerval et de Fougeré dans le diocèse de Nantes; de Massac, de Poligné et de Domaigné dans le diocèse de Rennes; de Bothoa dans celui de Quimper. Cette multiplicité de bénéfices, réunis sur une même tête, était un abus énorme, introduit dans le xve siècle, et que le concile de Trente a condamné depuis comme contraire aux saints canons, qui ne permettent pas à un prêtre de posséder plusieurs bénéfices à charge d'âmes.
Après la mort de Thomas Le Roy, décédé en cour de Rome, le pape Clément VII nomma à l'évêché de Dol lean de Staphiléo, dont les provisions sont datées du 25 octobre 1524; mais cette nomination n'eut pas lieu.
François DE LAVAL, fils naturel de Guy XVIe du nom, comte de Laval, et d'Anne d'Espinai, trésorier de la Madeleine de Vitré, abbé de Painpont et du Troncbet, fut nommé évêque de Dol par François I*' en 1528. Le chapitre vit cette nomination avec peine et montra de la répugnance à le recevoir ; aussi n'était-il pas encore sacré le 10 décembre 1530. Le roi lui procura des bulles, et il corrigea tellement dans la suite les défauts de son entrée par son mérite et sa bonne conduite, qu'il gagna l'amitié de ses chanoines, qui eurent pour lui une estime particulière. Charles Pineau, religieux dominicain, célèbre prédicateur et abbé de Montfort, fut son suffragant. François mourut dans son prieuré de Sainte-Catherine de Laval le 2 juillet 1556, et
fut enterré dans le milieu du chœur de sa cathédrale Il avait été légitimé au mois de mars 1539, son père et sa mère n'étant pas mariés.
Jean DU MAZ, doyen de l'église d'Angers, fils de René, baron de Matefelon et de Duretal, et de Marguerite de La Jaille, prit, par procureur, possession de l'évêché de Doi le 25 septembre 1556. Il mourut le 12 septembre 1557 sans avoir été sacré, et fut inhumé dans l'église de Saint- Maurice d'Angers, sous un magnifique mausolée qu'il avait fait construire en le chapelle des chevaliers du Croissant.
Chaules D'ESPINAI, fils de Gui, seigneur d'Espinai, et de Louise de Goulaine, clerc du diocèse de Rennes et abbé de Saint-Gildas-des-Bois, fut d'abord chantre et chanoine de la cathédrale de Rennes, puis nommé à l'évêché de Dol en 1558. Il assista au concile de Trente n'étant pas encore sacré, et y donna des preuves de son zèle et de son érudition. On lit son nom parmi ceux des Pères de cette auguste assemblée. Il assista 'aussi au concile provincial d'Angers, tenu par Simon de Maillé, archevêque de Tours, en 1583. La cérémonie de son sacre se fit le 16 septembre 1565, dans 1 église de Gahart, par Antoine Le Cirier, évéque d'Avranches, assisté d'Etienne Boucher, évéque de Quimper, et de Rolland de Neuf ville, évéque de Léona. Charles d'Espinai décéda le 12 septembre 1591.
Enehond REYOL, conseiller au grand conseil, fils de Louis Revol, secrétaire d'Etat sous les rois Henri III et Henri IV, fut nommé à l'évêché de Dol pendant le siège de Rouen : mais il ne prit point de bulles. Après avoir joui des revenus de l'évêché pendant treize ans, il s'en démit en 1603 en faveur d'Antoine Revol son cousin germain, en se réservant une pension de quatre mille livres.
Antoine REYOL, né à Paris en 1548, mais originaire du Dauphiné et cousin d'Enemond, embrassa dans sa jeu-
* On mit sur son tombeau cette inscription :
Messire François de Laval, évéque de Dol, abbé de Painpont et du Troncbet, qui fonda céans douze obits, décédé le 2 juillet, dort ici. acquiesçât in pace. Amen.
« Martène, Collcct. M., t. 6, p. 1234.
DIOCÈSE DB DOl.
nesse l'état religieux, et fut d'abord chanoine régulier de Saint-Ruf à Valence en Dauphiné, puis chanoine et chantre de l'église de Dol. Il possédait celte dignité lorsque Henri IV le nomma, en 1605, évéque de Dol. Il fut sacré à Paris le ,6 janvier 1604, dans l'église de Saint-Martin-des- Champs, par Paul Hurault, archevêque d'Aix, et prit possession le 20 février suivant. Aussitôt le nouveau prélat s'appliqua tout entier à bien conduire son diocèse, but qu'il atteignit surtout par ses synodes, ses visites fréquentes et les beaux établissements qu'il fit. Ami de saint François de Sales, il fonda à Dol un monastère pour les filles dont ce saint prélat a été l'instituteur. Mais ces religieuses abandonnèrent dans la suite cet établissement, à cause du mauvais air de la ville, qu'elles ne purent supporter. Enemond Revol, neveu d'Antoine, chantre de Dol et prieur de Notre- Dame dans la même ville, mit, l'an 1634, les religieuses bénédictines de la Trinité à la place des filles de Sainte-Marie, pour seconder les pieuses intentions de son oncle qui était décédé dans son manoir des Ormes le 6 août 1629, après vingt-cinq ans et sept mois d'épiscopat. Il avait été enterré dans la chapelle de Saint-Sam son, où ses neveux avaient fait placer sur la muraille une grande lame de cuivre sur laquelle étaient deux inscriptions l.
* Il suffit de transcrire ici celle qui fait mieux connaître le caractère de ce prélat :
D. 0. M. Siste viator, morse pretium feres. Hic Titae purioris Tel sectanda norma, Tel colenda memoria : tibi subjicitur Tir maximus Antonius, patrift Delphinus, génère ReTolius, haud impar majoribus suis, annis junioribus utramque militiam professus egregiè , tandem aetate maturiori unîcè Christi m il i tic se addixit. Primùm apud su os Sancti Rufi abbas, dein apud Armoricos hujus Dolensis ecclesia? praesul effectua est , eam rexit annis 15, prorsùs incumbens illit cavensque ne quae débet vel ab episcopo pietas, Tel a comité fortitudo, à quoquam in eo desîdepari posset. Cathedra ause convulsum honorem tenendi primas in comitiis bujus prOTincia? penitùs asseruit ; monasteriorum bâc in urbe existentium unum ad strictiorem pietatem compulit, alterum è suo fundavit, dùm ad compesccndos tùm temporis insolentissimos impctus maris ad cjus ripam sacrum facturus accederet ex pcrtinacia lahoris et acris injuria febrim contrahit, a quâ diebus novem Texatus, 10 conficitur anno R. S. 1039, ad diem Augusti sextam, omnia sua moricns in pias largitiones cffitndit. Hoc in sacello juge sacrifie! um jugiter et diebus singulis pro animas suae remedio curât offerendum. Quid à magno praesulc majus exspectas? Abi, viatur, et quam tibi optas quielem, eamdera ei deprc. ar». Edmundus, hujus ec-
Hector DOUVRIER* appartenait par sa naissance à une famille honorable de Toulouse, et qui occupait dans la magistrature des postes élevés. Il était docteur en droit Civil et canonique, abbé de Saint-Menge-de-Châlons et aumônier de la reine Marie de Médicis, lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Dol le 1« septembre 4629, et sacré à Paris le 2 août 1630, par Jean-François de Gondi, archevêque de cette ville, assisté des évéques de Die et de Luçon. Il devint conseiller d'État et gouverneur de la ville et du château de Dol au mois de septembre suivant. Il assista a l'assemblée du clergé qui se tint en 1643. Ayant consenti à permuter son évêché avec celui de Nîmes, occupé par Antoine Cohon, le roi le transféra à Nîmes le 19 février 1644, et il y fit son entrée le 14 février 1646. Son église cathédrale avait été détruite par les protestants, et en partie reconstruite par son prédécesseur ; il la bénit un mois après son arrivée. Les protestants qui étaient dans sa ville épiscopale, et qui étaient très-remuants, lui donnèrent souvent du souci, et allèrent l'attaquer Un jour dans son palais. Il jeta un interdit sur la ville, et se retira à Beaucatre ; mais bientôt après, ayant reçu les soumissions des magistrats, il leva cet interdit et rentra dans sa ville. On l'avait soupçonné d'abord de favoriser le jansénisme, et il avait peut-être fourni un peu matière à ce soupçon ; mais, à ses derniers moments, il déclara qu'il se soumettait sans aucune restriction aux décision^ de f Eglise. Ce fut dans ces sentiments qu'il mourut, le 30 juin 16Sg, après avoir mis la dernière main à son église cathédrale.
Astomib-Dbnis COHOfl, fils d'un chandelier de Craon, en Anjou, naquit en 1 594. Après a voir commencé ses études, U se rendit à Paris, y lutta contre l'indigence, y acheva avec succès son éducation, et devint ensuite chanoine et prévôt de Mesancey, dans l'église de Chartres, puis prédicateur ordinaire du roi et conseiller en tous ses conseils. Ses talents et sa science théologique lui avaient, dès l'âge de vingt-cinq ans, acquis la réputation d'un excellent prédica-
clesiae prœcentor et prior Subdolensûs, sanctae Sedis apostolicae protonotarius, ex fiatrc primogenito fllius, mœstissimus poni curavit. « Gatl. christ., t. 6, p. 461.
mocfcsE DE BOL.
teur .LouisXIH le nomma à Févêché de Nlmesle 49 novembre 1635, et le pape ayant agréé sa nomination, il fut sacré le 39 octobre 1654. Les Calvinistes triomphaient alors sur la ruine des églises et des monastères qu'ils avaient renversés dans le Languedoc ; le nouveau prélat ne fut point épouvanté de leurs conquêtes. À peine eut-il reçu la consécration épiscopale, qu'il se rendit à son diocèse, où il s'appliqua sans relâche à fortifier les restes du troupeau, et à {'augmenter par ses prédications et ses aumônes. Dieu bénit ses travaux, et il eut la consolation d'en recueillir les fruit» avec abondance. Il n'y a aucune église dans le diocèse, pas même la cathédrale, qui n'ait été relevée par ses soins et ses largesses. Il signala sa charité au péril de sa vie dans diverses occasions, mais surtout dans la peste qui frappa son troupeau en 1 640; fléau dont les ravages furent très-grands à Nîmes, et qui cessa presque subitement, a la suite d'un vœu qu'il fit à la sainte Vierge. Nonobstant les bénédictions que Dieu répandait sur ses travaux, il désira quitter le pays qu/il habitait, où son zèle lui avait fait des ennemis parmi les Huguenots, et auxquels il donnait aussi de justes sujets de plainte, par ses manières trop hautaines et quelques torts graves ; il permuta son évéché avec Hector Douvrier, évêque de Dol . Le roi agréa cette translation le 19 février 10 44, et le pape Innocent X la ratifia le 2 mai suivant ; mais il abdiqua entièrement le 24 novembre 1648, pour ne plus penser qu'à son salut. Cependant Hector Douvrier étant mort le 20 juin 1655, le roi, à la demande du clergé et du peuple de Nîmes, nomma à cette église M. Cohbn, qui n'eut ses bulles que le 27 août 1657. Il y eut de nouveau à • essuyer beaucoup de persécutions de la part des protestants, qui ne pouvaient supporter l'ardeur de son zèle pastoral ni les lumières de sa doctrine. Ce prélat, recommandable surtout par sa piété et ses abondantes aumônes,
église et dans son diocèse plusieurs fondations et ornements précieux, qui sont des monuments éternels de sa foi et de sa libéralité. M. Cohon parut en chaire dans les occasions les plus remarquables : il prononça en 1645 l'oraison funèbre de Louis XIII; il fit, pour le sacre de '
avoir fait dans son
Louis XIV en 4654, un discours qu'il prêcha pendant la cérémonie, et qui fut trouvé excellent. Il avait en 1644 donné dansl église de Notre-Dame de Paris l'oraison funèbre île la reine d'Espagne; en 1653 il prononça celle du cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon et frère du grand ministre de ce nom.
Robert CUPIF, natif d'Anjou, doyen de Noire-Dame du Folgoet, grand archidiacre, officiai et vicaire général de Quimper, puis évêque de Léon, fut transféré à Dol en 1648, par suite de la permutation qu'il fit avec Antoine de Gohon de ses bénéfices contre cet évêché. Ayant obtenu ses bulles au mois de novembre 1652, il prit possession le 16 février 1653. Il n'occupa pas longtemps son nouveau siège, car son décès arriva en 1657.
Mathieu THOREAU, issu d'une ancienne famille de Poitou, docteur de Sorbonne, chanoine et doyen de la cathédrale de Poitiers, agent du clergé de France en 1660, charge dans laquelle il signala son zèle contre le jansénisme, fut, dans la même année, nommé à l'évêché de Dol. Son sacre eut lieu dans l'église des Grands-Augustins, à Paris. Il assista à l'assemblée du clergé en 1665. Après avoir gouverné sagement son diocèse, il mourut le 31 janvier 1691, âgé de quatre-vingts ans. Il fut inhumé dans la chapelle de Saint-Samson sous une tombe de marbre '.
1 On y a gravé cette inscription :
Hoc marmore tegitur reverendus in Christo pater et dominus D. Mathseus Thorean, episcopus et cornes Dolensis, régi a aanctioribus consiliia, clero Gallicano quondam rébus ab uni ver sis, génère in ter Pic ta vos i 11 us tris, pi et a te inter presules conspicuus, in regendo prudens,
praesidem integerrimura habucrunt, non mu! t o post v i t A f unctum mœstissimi viderunt.
Anno redemptae S. H. 1G92, aetatis 80, pontiflcatûs 32, pridiè kalendas februarii.
Reqniéfcat in pace.
quem postquam V
iis Armorici
DIOOèSE DÉ DOL. 297
.ïkan-François DE CHAMILLART, né en 1657, appartenant à une famille honorable, et docteur en théologie, devint d'abord abbé commendataire de Font-Gombault en 1687, et fut sacré évêque de Dol le 5 avril 1692. Il signala son zèle pour le bien de son diocèse par rétablissement d'un séminaire, dont il confia la direction aux Eudistes. Transféré à Senlis en 1702, il se montra véritable pasteur par sa vigilance, et se rendit recommandable par l'intégrité de ses mœurs. Senlis lui dut aussi un séminaire, dont il donna encore la direction aux Eudistes, et les revenus de l'hôpital furent augmentés par ses soins. Ses aumônes étaient abondantes, surtout en faveur des pauvres honteux. M. de Chamillart succéda au grand Bossuet dans la charge de premier aumônier de la duchesse de Bourgogne, et, en 1702, il obtint son admission à l'Académie française. Il mourut à Paris, à l'âge de cinquantesept ans, le 16 avril 1714, après avoir fondé son anniversaire. Son corps fut transporté à Senlis et inhumé dans sa cathédrale.
François-Elie DE VOYER DE PAULMY D' ARGENSON, né en 1653, fils du comte d'Argon son, conseiller d'État et ambassadeur à Venise, fut d'abord chanoine, puis doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris, ensuite nommé évêque de Dol le 15 avril 1702, et sacré le 18 mars 1703, dans la chapelle de l'archevêché, par le cardinal de Noailles, assisté de M. de Chamillart, qui venait de passer à l'évêché de Senlis, et de M. d'Aubigné, évêque de Noyon. M. d'Argenson, qui manifesta son opposition au jansénisme, occupa pendant douze ans le siège de Dol, après lesquels il fut, en 1715, transféré à l'archevêché d'Embrun, d'où il passa, en 1719, à celui de Bordeaux. Il y mourut, avec le titre de* conseiller d'État, à' l'âge de soixante-quinze ans, le 25 octobre 1728. Il avait en commende l'abbaye de Preuilly en Touraine, et celle du Relec en Basse-Bretagne.
Jean-Louis DU BOUCHET DE SOURCHES, d'une famille honorable, né en i669, était chapelain de la reine,
298 l'église de bbbtàgne.
lorsqu'il fat sacré évéque de Dol le 42 juillet 1746. Pendant tout le temps de son épiscopat il se montra véritable pasteur. « La bonté de son caractère, dit un auteur contemporain, la régularité de ses mœurs, sa tendre et vive sollicitude pour les intérêts spirituels et temporels de son troupeau, le saint usage qu'il faisait de ses revenus, sa généreuse tendresse pour les pauvres, ses aumônes abondantes, et autres bonnes œuvres de toute espèce, lui avaient acquis pendant sa vie l'affection, l'estime, la vénération de tous ses diocésains, et le firent généralement regretter après sa mort. Il n'eut guère d'ennemis que ceux de l'Eglise, qu'il combattit toujours avec vigueur et fermeté, mais sans fiel ni aigreur. En 4748, il publia un mandement daté du 27 septembre de la même année en faveur de la constitution Unigenitus. On y découvre aisément l'esprit de modération, de sagesse, de vérité et de zèle qui animait constamment l'illustre prélat.
«Après avoir combattu les appels, il prouve l'œcuménicité de la bulle Unigenitus et réfute les principaux subterfuges qu'emploient les novateurs pour se soustraire à l'autorité de ce décret, puis il conclut ainsi : c A ces causes, vu la 9 constitution Vnigenitus de N. S. P. le pape, du 8 sep-
> tembre 4713, les délibérations et instructions pastorales » de l'assemblée de 1713 et 4744, le mandement de notre » prédécesseur (de Voyerde Paulmy d'Argenson), du 20
* juin 4714, les mandements de plus de cent dix évêques » de France pour l'acceptation de ladite constitution, dû> » ment informés de l'acceptation des évêques des différentes » nations catholiques ; vu en outre un imprimé qui a pour » titre : Instrumentum appellationis interjectœ die primâ
> martii 4747, et en français : Acte d'appel interjeté le
• 1er mars 4747, et plusieurs libelles répandus pour la dé- » fense dudit imprimé... Nous adhérons à l'acceptation
> faite par notre prédécesseur de ladite constitution I7nt-
> genitus, et l'adoptant , renouvelant et confirmant, etc., or- » donnons à tous les prêtres et ecclésiastiques, séculiers et » réguliers, exempts et non exempts, et à tous fidèles de » notre diocèse, de se soumettre à ladite constitution Vnv
» genitus, comme étant un jugement dogmatique de l'Eglise
> universelle, duquel tout appel est nul, frivole, illusoire, '• téméraire, scandaleux, injurieux au saint Siège et au » corps des évéques, contraire à l'autorité de l'Eglise, » Schismatique, et tendant à renouveler et fomenter des
> erreurs déjà condamnées.
» Défendons à tous nos diocésains, sous peine d'excom-
> munication encourue par le seul fait, dont nous réservons » le pouvoir à nous et à nos vicaires généraux, d'interjeter » aucun appel de ladite constitution... comme aussi de ne » rien dire, croire ou faire qui puisse être contraire au res- » pect et à l'obéissance due à ce jugement de l'Eglise ca-
> tholique... Enfin, de lire et retenir le libelle intitulé en » latin : Instrumentum appellationis, et en français, Acte » d'appel, ensemble les écrits ou mémoires imprimés ou » manuscrits qui ont paru jusqu'ici ou qui pourront paraître » dans la suite, tant pour la justification dudit appel que
> contre ladite constitution. >
> Telle fut la loi que M. de Sourches publia en 1718, et qu'il fit observer durant tout le cours de son épiscopat. Il eut aussi grand soin de n'employer dans les fonctions du sacré ministère, et de n'admettre aux saints ordres, aucun sujet légitimement suspect en matière de doctrine. Il n'était pas moins attentif à maintenir la pureté des mœurs quà conserver l'intégrité de la foi. Au reste, il punissait sans irritèr et refusait sans offenser, parce que ses démarches étaient toujours guidées par la religion et animées de la plus tendre charité. 11 termina sa carrière le 23 juin 1748.»
Jean-François DONDEL, né dans le diocèse de Vannes en 1694, devint vicaire général de M. Fagon, évêque de cette ville, et montra un grand zèle pour la pureté de la foi, à une époque où le jansénisme comptait dans cette partie de la Bretagne d'assez nombreux sectateurs. Ce zèle déplut à son évéque qui était gouverné par les parti* sans de l'erreur, et il lui en fit sentir son mécontentement. M. Dondel fut choisi pour remplacer dans le siège de
Dol M. Du Bouchet de Sourches, et reçut, le 46 février 1749, la consécration épiscopale à Paris, dans la chapelle intérieure de la maison professe des Jésuites, de M. de Montmorin, évêque de Langres, assisté de MM. de Fargues, évôque de Saint-Claude, et Bertin, évêque de Vannes. Lié avec le célèbre M. de Beaumont, le nouveau prélat, pendant son séjour à Paris, après son sacre, seconda ce digne archevêque dans les efforts qu'il faisait pour arrêter les progrès du jansénisme. Après avoir gouverné dix-huit ans l'église de Dol, M. Dondel mourut dans le courant du mois de janvier 1767.
Urbain-René DE HERCÉ succéda à M. Dondel, et a été le dernier évêque de Dol. Il était né à Mayenne le 6 février 1726. Il remplissait à Nantes les fonctions de vicaire général lorsqu'il fut appelé à l'épiscopat. M. deTalleyrand- Périgord, depuis archevêque de Paris et cardinal, le sacra dans l'église de Saint-Sulpice le 5 juillet 1767, en même temps que MM. de Grimaldi, évêque du Mans, et Boisgelin de Cucé, alors évêque de Lavaur. Le nouveau prélat s'annonça comme un apôtre à son diocèse, et soutint par sa conduite l'idée avantageuse qu'il avait d'abord fait concevoir de sa vertu. Un de ses premiers soins fut de donner a son église un nouveau Propre des saints de Dol. Il le publia en deux volumes sous le titre de Lectionarium, en Tannée 1769. Exact observateur de la résidence, il ne s'éloignait pas de son troupeau ; aussi recevait-il à l'époque des ordinations des clercs de plusieursautresévêchés qui venaient se faire ordonner par lui. Attentif à faire sès visites pastorales, il parcourait à pied les paroisses de son diocèse, et se mettait à la tête des missionnaires qu'il chargeait d'évangéliser les peuples qui lui étaient confiés. Les prêtres qui faisaient la retraite à son séminaire avaient aussi la consolation de le voir au milieu d'eux partager leurs exercices, et il les excitait à profiter de cette grâce précieuse autant par ses exemples que par ses discours. Tel vécut ce digne évêque pendant les vingt-deux années de son épiscopat qui précédèrent la révolution. Nous ne connaissons pendant ce
temps que deux faits remarquables qui le regardent; le premier est l'assemblée des évêques de la province ecclésiastique de Tours, à laquelle il assista, et où il jouit du privilège de son siège ; le second est qu'il présida les Etats de Bretagne en 1786, et qu'il fut appelé à Paris en 1787 pour y faire partie de l'assemblée des notables. Dès lors la révolution s'avançait menaçante ; le rappel des protestants avait causé aux amis de la religion les plus vives inquiétudes. M. de Hercé, chargé de haranguer le roi, crut devoir profiter de cette occasion précieuse pour lui peindre les maux de l'Etat et les alarmes de l'Eglise. 11 le fit avec énergie ; mais la vérité est rarement accueillie dans les cours Le courage de l'évêque de Dol déplut à Louis XVI, que les méchants flattaient alors pour le tromper et le perdre ensuite plus sûrement, et il l'exila dans son diocèse, ce qui fut pour le prélat une peine bien douce et de courte durée, car le roi le rappela bientôt à Paris. Les événements ne tardèrent pas à justifier le langage austère qu'il avait tenu au monarque. L'Assemblée nationale voulut bouleverser l'Eglise de France, et prétendit créer, sans l'intervention du souverain pontife, de nouveaux sièges épiscopaux. Un de ces sièges était placé à Laval, et M. Thoumin des Vaupons, vicaire général de Dol, fut, par le suffrage d'électeurs laïques, appelé à le remplir9. M. de Hercé, qui avait l'âme droite et qui ne prévoyait pas tous les funestes desseins des ennemis de l'Eglise, ayant appris cette élection, dépêche son valet de chambre auprès de M. des Vaupons, qui était alors à Mayenne, son pays natal, et l'engage à accepter, conseil que ce respectable ecclésiastique ne crut pas devoir suivre. L'évêque de Dol ne fut pas longtemps sans recon-
* On dit qu'un autre éréque, attaché à la cour, lui ayant demandé de quel droit il avait osé parler si hardiment au monarque : « De quel » droit, Monseigneur ? lui répondit M. Hercé ; de celui que me confère » ma croix, » en lui montrant sa croix pectorale.
9 M. Michel Thoumin des Vaupons, archidiacre de Dol, résidait souvent à Mayenne. Il partit pour la déportation le 24 août 1792, se rendit a Jersey, de là en Angleterre, et mourut à Dorchester près d'Oxfort, le 3 mars 1790, ( Note communiquée par M. Boullier, curé de la Trimtté dê Laval. )
naître que les révolutionnaires n'étaient autre chose que des persécuteurs, et que l'Eglise n'avait dans ces prétendus réformateurs que des ennemis acharnés. Bientôt chassé de son palais, de son siège, et de sa ville épiscopale, il se fit contraint de se réfugier chez un de ses frères qui habitait Mayenne, son pays natal. Il y jouissait du repos de la solitude, lorsqu'il apprit qu'une loi ou peut-être plutôt un simple arrêté de l'administration départementale de Laval, obligeait les prêtres catholiques de son ressort à se rendre dans cette ville. On pouvait soustraire M. de Hercé à cet ordre tyran nique, et sa famille le lui proposait ; mais il le refusa en disant : t A Dieu ne plaise que je laisse échapper une si belle » occasion de confesser le nom de Jésus-Christ. Je dois » l'exemple aux prêtres, et je serai trop heureux de me voir » à leur tête dans la captivité. > Il partit le jour même aveo l'abbé de Hercé, son frère et son vicaire général. Au commencement il ne fut pas renfermé, mais seulement soumis chaque jour à un appel nominal, qui lui était commun avec tous les prêtres fidèles rassemblés de tous les points de ce département ; appel qui fournissait aux méchants l'occasion d'accabler d'injures et d'outrages ces confesseurs de la foi. Plus tard ils reçoivent tous l'ordre de se rendre à des couvents qu'on venait de dévaster et qui devaient leur servir de prison. Ils y entrèrent et y supportèrent avec patience le dénûment le plus absolu des choses nécessaires à la vie* Après quelques mois de captivité, le vénérable prélat fut. avec ses dignes compagnons, déporté hors de France en vertu d'une loi qui atteignait tous les prêtres fidèles. Il se rendit à Jersey, où il fit éclater son zèle, en donnant des retraites aux nombreux ecclésiastiques qui s'étaient réfugiés dans cette île. Les excès sans cesse renaissants de la tyrannie et l'indignation avaient soulevé la Bretagne contre le gouvernement révolutionnaire. Une armée royaliste y avait été organisée et opposait quelque résistance aux entreprises des républicains. On songea en Angleterre à lui envoyer des renforts; des corps d'émigrés assez considérables se formèrent, et une descente fut résolue à Quiberon, sur la côte de Vannes. L'évêque de Dol et plusieurs
ecclésiastiques s'offrirent pour administrer les secours spirituels aux régiments qui devaient composer cette expédition. Leurs offres ayant été favorablement accueillies, M. de Hercé donna, le janvier 1795, une lettre pastorale, dans laquelle il peignait les maux sous le poids desquels la France gémissait, et le désir que l'armée royale avait de l'en délivrer. Il quitta l'Angleterre avec le titre de vicaire apostolique, et les troupes apportées par des bâtiments anglais débarquèrent à Quiberon au mois de juillet 4795. Mes eurent d'abord quelque espoir de succès; mais cet espoir ne fut pas de longue durée. Les républicains tes attaquèrent avec tant d'impétuosité, que M. de Sombreuil se vit obligé de se rendre avec tous ses compagnons d'armes. Une capitulation fut conclue et presque aussitôt violée par un prétendu représentant du peuple altéré de sang comme un tigre. Tous les émigrés, au lieu d'être regardés et traités comme des prisonniers de guerre, furent considérés comme dès rebelles et destinés à la mort, malgré leur grand nombre, car ils n'étaient pas moins de quatre mille. On vit dans cette occasion mémorable la loyauté, la franchise, la fidélité et la noblesse des sentiments aux prises avec la fureur, la perfidie et la cruauté ; et celles-ci eurent le malheur d'en triompher. Lors de la défaite des troupes royales, on avertit l'évêque de Dol des dangers qu'il courait ; et on lui indiqua les moyens d'y échapper, qui étaient de se jeter dans un canot, afin de gagner une frégate anglaise stationnée à une distance peu éloignée du lieu du combat. Ce fnt en vain qu'on lui fit les plus vives instances ponr qu'il se sauvât : « Non jamais, réa pondit-il, je n'abandonnerai mes compagnons d'infor- > tune, mes bons prêtres, mes fidèles amis ; je ne quitterai » point nos malades, et jusqu'à mon dernier soupir je leur » donnerai les consolations de l'Eglise et les secours spiri- » tuels. » 11 tint le même langage à son frère qui l'accompagnait : c Laisserons-nous, lui dit-il, laisserons-nous sans • consolations, sans secours spirituels, ces malheureux » blessés, nos concitoyens, nos compagnons d'infortune ? » Nous pouvons leur être plus que jamais utiles. Ah ! mon
» frère, ne les abandonnons pas, et sacrifions, s'il le faut, » la vie de nos corps pour celle de leurs âmes. » Ces deux héros de la charité chrétienne s'embrassèrent alors et retournèrent vers l'hôpital des émigrés, qui était déjà au pouvoir des républicains.
Les deux frères furent bientôt arrêtés eux-mêmes avec d'autres ecclésiastiques1, chargés de fers et conduits à Vannes sur le refus que fit de les juger la commission militaire d' Aurai. Ce refus était d'autant mieux fondé, que ces hommes vénérables ne pouvaient être assimilés aux militaires; ils n'avaient d'autres armes que leurs bréviaires, et dans une seconde lettre pastorale, qu'il publia avant son départ pour la France, M. de Hercé avait manifesté clairement les intentions qui le ramenaient en Bretagne 2. Il n'y revenait que pour soutenir la foi des fidèles, ramener ceux qui s'étaient égarés et faire refleurir la religion. Mais la passion ne raisonne pas, et l'impiété puissante lâche rarement sa proie. Aussi le prélat et les prêtres captifs furentils enveloppés dans la condamnation à mort que prononça contre tous les émigrés la commission sanguinaire de Vannes, trop fidèlement imitée sur ce dernier point par celle d' Aurai. Le peu de jours qui s'écoula entre l'arrestation et l'exécution de ces intéressantes victimes, fournit à M. de Hercé les moyens de remplir le but qu'il s'était proposé en accompagnant l'armée royale. Il fut leur consolateur, leur apôtre et leur père dans ces moments terribles. Il releva leur courage abattu, ranima leur foi, et les aida puissamment à mourir en héros* chrétiens. Conduit au supplice entre MM. de Sombreuil, de Broglie et de LaLandelle, il disait au peuple éploré qui se trouvait sur son pas-
* Dans ce nombre se trouvaient MM. Rolland de Kerloury, Du Larges, recteur de Pleumeur-Bodou, Gilard de l'Archantel, vicaire général de Quimper, Gérard, curé de Montauban, et Gautbier, recteur de Plélan, l'un et l'autre du diocèse de Saint-Malo, un curé du diocèse de Rouen, deux de celui de Luçon, et neuf autres prêtres.
* Les intrus, qui manifestaient en toute rencontre une baine violente contre le clergé fidèle, s'élevèrent beaucoup contre l'évéque de Dol, et voulurent faire accroire, qu'il était venu souffler la guerre civile ; mais ils ne purent y réussir, si ce n'est auprès de quelques-uns de leurs partisans.
sage : c Mes bons enfants, nous n'étions pas venus pour » vous conquérir, mais pour vous convertir. » Lorsqu'il fut arrivé sur la Garenne, promenade de Vannes, choisie pour le lieu de l'exécution, il pria qu'on lui ôlât son chapeau1, car il avait les mains liées comme un criminel : il se mit à genoux pour offrir à Dieu son sacrifice, et dans cette position il reçut le coup mortel de la main des soldats, chargés de fusiller les prêtres et les émigrés. Ainsi périt, le 3 juillet 1795, à l'âge de soixante-neuf ans, le vénérable évêque de Dol, martyr de sa charité. Il fut inhumé sur le lieu de son supplice ; mais ses restes ont été depuis recueillis et déposés dans la cathédrale de Vannes. On fit un service solennel pour lui en Angleterre, et un prêtre français y prononça son oraison funèbre.
Cette ville est située au confluent des rivières de Trieuet d'Ârguenou, qui se déchargent dans le havre du Léguer. Elle tire son nom de son fondateur, qui fut saint Brieuc, originaire de la Grande-Bretagne. Appelé à la vie solitaire, il quitta sa patrie sur la fin du ve siècle, et passa dans l'Armorique a. Un seigneur du pays, nommé Rigualt ou Ri- Vallon, lui donna le lieu appelé la Vallée double, qu'il défricha peu à peu avec le secours des compagnons de sa retraite. 11 bâtit dans ce lieu un monastère et une église, qu'il consacra à Dieu, sous l'invocation de saint Etienne, premier martyr. Ce monastère fut érigé en évêché par Nominoé vers l'an 848 : telle est au moins l'opinion la plus commune ; mais il y a des érudits qui ne la partagent pas,
* Nous avons, peu de temps après ce déplorable événement, entendu raconter à un habitant de Vannes que lorsque M. de Hercé pria qu'on lui ôtât son chapeau, un grenadier se disposa à lui rendre ce service; ' mais qu'il en fut empêché par M. deSombreuil, qui lui dit : « Laisse, tu v n'en es pas digne; » et qu'il l'enleva avec les dents, ayant lui-même les mains liées.
« Voyez sa fie, Vies des Saints de Bretagne, t. l#f.
et qui ont peine à croire que l'Eglise ait laissé un prince séculier établir des sièges épiscopaux de son autorité privée, sans qu'elle ail fait entendre aucune réclamation contre cette entreprise. 11 serait a croire, selon eux, et leur sentiment est aussi le nôtre, que saint Brieuc n'a pas été simple évèque i égionnaire, mais bien titulaire de son siège. Si l'on objecte que ses successeurs ne sont pas connus, on peut répondre que l'histoire garde le même silence sur les evêques de Saint-Brieuc depuis l'époque de Nominoé jusqu'au xie siècle. Une preuve qui vient à l'appui de l'opinion que nous ex posons ici, c'est que sainte Osmane, qui se retira dans ce pays «h y mourut solitaire au commencement du vu* sièc}e, y trouva un évêque. Ainsi celte partie de la Bretagne avait donc son propre pasteur. On pourrait ajouter que les différences de mœurs, d'usages et de langage qui se faisaient encore remarquer au commencement de notre siècle entre les habitants du diocèse de Saint-Brieuc et leurs voisins prouvaient, à l'observateur attentif, une séparation plus ancienne que le ixe siècle, dans un pays qui, n'ayant point été bouleversé par les révolutions, n'avait éprouvé que des changements lents et en petit nombre
1 En 1792, Molinier, évêque intrus de Tarbes, pour justifier son intrusion, voulut, dans une lettre prétendue pastorale, montrer que dés sièges épiscopaux avaient été dans les siècles antérieurs érigés sans l'intervention de l'Eglise, et il citait en preuve Doî, Tréguier et Saint- Brieuc établis par Nominoé. L'abbé Barruel, dans son Journal ecclésiastique (juillet 1792), lui répond en ces ternies : « Ce qui est très-certain, c'ést que l'évêché de Dol existait sans interruption depuis Childebert et saint Samson, trois cents ans avant Nominoé, selon Fleury même* Celui de Tréguier, quoique non rempli, n'existait pas moins; les evéques de la province pouvaient le remplir, sans qu'il fût besoin d'une nouvelle création. Quant à l'évêché de Saint-Brieuc, Dom Lobineau w le fait, il est Vrai, créer par Nominoé, d'après la Chronique de Nantes; mais le chroniqueur, qui s'est trompé sur les deux premiers, peut aussi s'être trompé sur celui-ci. Une inscription trouvée avec les reliques de saint Brieuc en 1210, nous apprend qu'il a été évêque. Il est fort vraisemblable que le monastère bâti par saint Brieuc, et où il est mort, a été le siège épiscopal, et qu'il a pris ensuite le nom d'évêque. D'ailleurs les anciens évéques de la province auraient pu ériger un évéché nouveau d'après le désir du duc. Ce qui est certain, c'est qu'il n'existe dans aucun des monuments de ce siècle de plaintes d'une érection d'évêchés **. •>
* Histoire de Bretagne, 1. 1.
** Voir le septième volume de la collection dei historien* de France.
L'ancien diocèse était borné au levant par l'évêché de Saint-Malo. au midi par celui de Vannes, au couchant par ceux de Quimper et de Tréguier, et au nord par (a mer. 11 renfermait cent quinze paroisses, dont l'une, celle de Loudéac, la plus populeuse de toutes, avait quatre trêves. Ces trêves étaient au nombre de treize. On comptait aussi, dans ce diocèse, quatre collégiales, quatre abbayes d'hommes, celles de Lantenac, Saint-Aubin-des-Bois, Boquen et Beauport, et cinq prieurés à nomination royale. La ville épiscopale n'avait qu'une paroisse, celle de Saint-Michel, une collégiale, un séminaire, deux couvents d'hommes et trois de femmes. L'église cathédrale, dédiée à saint Etienne, premier martyr, fut construite au commencemen| du xme siècle par saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc, et achevée, après sa mort, du produit des offrandes des fidèles qui, témoins de ses miracles, affluaient à son tombeau. Ce saint vérifia ainsi la parole qu'il avait dite : qu'il rebâtirait son église vif ou mort. On célébrait, le dimanche le plus près du 16 septembre, l'anniversaire de la dédicace de cette cathédrale. L'évêque de Saint-Brieuc était seigneur de la ville, et y exerçait une juridiction temporelle. L'estimation du revenu de son évêché a beaucoup varié ; au commencement du xvme siècle il était d'une valeur de dix-huit mille francs, en 1764 de vingt-deux mille francs, et enfin en 1790 de douze mille francs; mais nous croyons qu'il y avait erreur en dernier lieu, et que sa valeur était plus considérable.
Le chapitre de la cathédrale était composé d'un doyen, d'un trésorier, de deux archidiacres, celui de Penthièvre ei celui de Goello, d'un scolastique, d'un grand chantre et de treize chanoines, dont le duc de Penthièvre était le premier. Tous les dignitaires étaient aussi chanoines, à l'exception du doyen. Il y avait de plus six chapelains et hait musiciens fondés. Les dignités et les canonicats étaient à la nomination alternative du pape et de l'évêque.
Le siège épiscopal de Saint-Brieuc ayant été un de ceux que le concordat de 1801 a conservé, son territoire a reçu des accroissements considérables, Ainsi il s'est, agrandi de tout l'ancien évêché de Tréguier, à l'exception de vingt-six
paroisses, de portions considérables de ceux de Saint-Malo et de Quimper, de plusieurs enclaves de Dol, et de trois paroisses de Vannes, celles de Plélauff, Perret et Mellionec; mais il a perdu deux de ses anciennes paroisses, celles de Sa int-Sam son et de Bréhan-Loudéac, réunies au diocèse de Vannes. Le nouvel évéché de Saint-Brieuc est maintenant borné au nord par la mer, à Test par le diocèse de Rennes, au midi par celui de Vannes et à l'ouest par celui de Quimper. Il compte quarante-huit cures et trois cent quinze succursales. La ville épiscopale est divisée en deux paroisses : celle de Saint-Étienne, desservie dans l'église cathédrale, et celle de Saint-Michel. Elle possède encore un grand séminaire et trois communautés de femmes : la maison des Dames du Refuge, celle des Sœurs de la Providence et la maison mère des Filles du Saint-Esprit, autrefois établies à Plérin, paroisse voisine.
SÉMINAIRE
M. Denis de La Barde, pieux évéque de Saint-Brieuc, est le fondateur du séminaire. Ce digne prélat acheta une maison au centre de la ville, et sur l'emplacement il fît, en 4664, construire un grand bâtiment qu'on voit encore aujourd'hui. La chapelle, qui est d'un bon goût, ne fut bâtie que peu de temps avant sa mort. Il confia la direction de cet établissement aux prêtres de la congrégation de Saint-Lazare, qui l'ont conservée jusqu'à la révolution. À cette époque déplorable, le séminaire avait pour supérieur M. Dubois, mort, le 12 juillet 1817, curé de Sainte -Marguerite à Paris. C'était un homme de mérite, plein de zèle et qui faisait tous ses efforts pour prémunir les ecclésiastiques et les fidèles contre les pernicieuses doctrines qui se répandaient alors. Il excita tellement la haine des révolutionnaires, qu'ils voulurent attenter à ses jours, et qu'il ne put échapper à leur fureur qu'en franchissant les murs du jardin de sa maison : tant ces apôtres de la liberté étaient tolérants !
Pendant la terreur, le séminaire devint une des nombreuses maisons d'arrêt dont la France était alors couverte.
DIOCÈSE DE SAIRT-BRBUC. 309
Aliéné ensuite, il fat, en 1804, racheté parle nouvel évêque, M. Caffarelli, et rendu la même année à son ancienne destination. Dès l'année précédente, M.Chantrel, Lazariste et ancien supérieur du séminaire de Saint-Paul de Léon, après avoir, pendant dix ans, opéré en Angleterre de grands biens en faveur des émigrés, prit à loyer une maison dans la rue aux Toiles, et y réunit quelques étudiants en théologie qui, plus tard, formèrent le noyau du grand séminaire.La chapelle de cet établissement avait été transformée en salle de spectacle ; elle fut également rachetée et rouverte en 1810.