CATALOGUE HISTORIQUE DES ÉVÊQCES DE SAINT- BRIEUC
ADAM est le premier évêque de Saint-Brieuc qui nous soit connu. Il souscrivit à la fondation de l'abbaye de
DIOCÈSE DE SAIHT-BRIETTC
Saint-Georges de Rennes faite par le duc Alain III, en 1032.
HAMON est désigné comme évêque de Saint-Brieuc dâhs une charte de la même abbaye dressée vers Tan 1077. Il mourut en 1088, selon la Chronique de Nantes.
GUILLAUME souscrivit une donation faite au monastère de Redon par Eudon, comte de Porhoet, en 1092. Il fonda un anniversaire qui se célébrait tous les ans dans sa cathédrale le 2 novembre.
ROBERT a fut sacré par Geoffroi, archevêque de Tours. Il fît à l'abbaye de Saint-Melaine quelques donations, que Josse, archevêque de Tours, rappelle dans une lettre qu'il écrivit en 1158.
JEAN* fit le voyage de Rome en 1 109, soit pour y recevoir la consécration des mains du pape Pascal II, soit pour visiter les tombeaux des saints apôtres. A son retour, il logea avec Baldric, archevêque de Dol et son compagnon de voyage, à l'abbaye de Saint-Florent-Iès-Saumur, où il ratifia toutes les donations faites à cette maison dans son diocèse. On lit son nom dans les souscriptions du premier concile général de Latran, auquel il assista en 1 128. Il donna en 1 138. les églises de Brehant-Moncontour et de Planguenoual à l'abbaye de Saint-Melaine. Il donna également à l'abbaye de Marmoutier les églises de la Ferrière, de la Roche- Tanguy et de Notre-Dame de Jugon. L'an et le jour de sa mort sont inconnus.
ROLAND b fut sacré par le pape Innocent II, à la charge de reconnaître l'archevêque de Dol. Il donna en 1 144 l'église de Saint-Aaron aux Bénédictins de Marmoutier, et mourut le 5 octobre 1147, suivant la Chronique de Nantes. Ce fut sous l'épiscopat de Roland que Eon de l'Etoile, gentilhomme du pays de Loudéac, débita ses rêveries et autorisa les désordres publics qui en furent la suite. Cet insensé futenll48condamnéàla prison perpétuelle par le concile de Reims.
JOSSE , nommé aussi JOSTON et GOTHEFREY, ori-
" Martène, t. 3, Anecd.% p. 920.
* Martène, ibid. Labbe, t. to, ConciL
e Martène, ibid.
ginaire de Bretagne, devint évéque par la faveur d'Endon, comte de Bretagne, et fut sacré en 1 147. Ce prélat souscrivit à plusieurs actes dressés de son temps, entre autres à celui de la fondation de l'abbaye de Lantenac, faite par Eudon, comte de Porhoet a. En 1155, il fut transféré àTours, et succéda à Ingelbaud , archevêque de cette ville, selon toutes les chroniques. Dans ce poste élevé, il montra toutes les belles qualités qu'il possédait, et s'occupa non-seulement du bien du diocèse, mais aussi de celui du royaume. Il eut la consolation de recevoir dans son église le pape Alexandre III, qui y présida un concile en 1165. Quoique Josse appartint à une famille riche et opulente, sa générosité envers les pauvres était si grande, qu'il s'était dépouillé de tout, et qu'il ne put faire un testament. Il mourut en 1175.
JUDICAEL mourut en 1161, suivant la Chronique de Nantes.
Olivier. DU TEILLAI succède à Judicaël dans les catalogues. On faisait autrefois dans sa cathédrale un anniversaire pour le repos de son âme, le 15 janvier.
GEOFFROI h ratifia, en 1164, une charte de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois, et souscrivit, en 1179, au troisième concile général de Latran.Le corpsde saint Brieuc fut transféré en 1166 dans l'abbaye de Saint-Serge-lès-Angers; Henri II, roi d'Angleterre; Conan, comte de Bretagne ; Guillaume, abbé de Saint-Serge; abbé de Saint-Aubin; Hugues, abbé de Saint-Nicolas; Guillaume, abbé de Sa int- Maur, et Guillaume, abbé de Toussaint, assistèrent à cette pieuse cérémonie.
JOSSELIN gouvernait l'église de Saint-Brieuc en 1199. Suivant une charte de Marmoutier, il donna aux chanoines de Sainte-Croix de Guingamp la troisième partie des dîmes de Pordic, et mourut en 1206, selon la Chronique de Nantes.
GUILLAUME, 1I« du nom, fut élu en 1206. Il conféra, l'année suivante, la cure de Saint-Aaron à un clerc présenté par l'abbé de Marmoutier, patron de cette église.
« Maan, Bist. ceci. Turon. *
à Martène, t. 7, CoUecl. «f. Lolnneau, Fies des Saints, 1. 19.
PIERRE confirma en 1208 toutes les donations faites à l'abbaye de Saint-Melaine par Jean, Judicaël et JeoflVoi, ses prédécesseurs dans le siège de Saint-Brieuc. Il reçut en 4210 une portion des reliques de saint Brieuc, qui lui fut cédée par les religieux de Saint-Serge d'Angers, et qu'il transporta avec beaucoup de solennité en Bretagne". Sa mort est marquée dans le nécrologe de cette abbaye au . 24 août 1212. L'auteur de la Chronique de Nantes nous représente ce prélat comme un homme aimable dans ses manières et respectable par sa vertu.
SILVESTRE scella, au mois de mars 1213, une lettre donnée par le duc Pierre Mauclerc aux religieux de Marmoutier, pour la confirmation de tous les biens dépendants du prieuré de Saint-Martin de Lamballe. Il mourut en 1220, selon la Chronique de Nantes.
Saint Guillaume PINCHON*, chanoine de Saint-Gatien de Tours, fut sacré évêque de Saint-Brieuc en 1220 e. Né d'une famille honnête et instruit des devoirs d'un bon pasteur, il soutint avec une fermeté inébranlable les droits de
I episcopai contre le duc Pierre Mauclerc. Ce prince le persécuta et l'obligea à sortir de ses Etats1. Guillaume se retira à Poitiers, où il fit pendant quelque temps les fonctions de coadjuteur de l'évêque diocésain, qui était infirme.
II assista en 1224 à la dédicace de l'église de Villeneuve, et en 1228 à l'élection d'un archevêque de Tours, comme ancien chanoine de cette église. De retour en son diocèse, il s'appliqua à rebâtir son église et à réformer les abus qui s'étaient glissés dans le clergé pendant son absence.
« Voyez la vie de saint Brieuc, t. 1er des Saints de Bretagne.
* Martène, t. 3, Anecdot. p. 057. Spicileg., t. 2, p. 606. c Voyez sa vie, Vies des Saints de Bretagne, t. 2.
• Depuis six siècles la mémoire de ce saint évéque était en vénération dans son diocèse, lorsque de nos jours, un écrivain a entrepris de la flétrir et de le représenter comme un rebelle. Qui le croirait ? c'est un Breton qui s'est chargé decette tâcheet qui a cru pouvoir réussir en altérant visiblement un passage qu'il a trouvé dans un historien, auquel il fait dire précisément le contraire de ce qu'on y lit ! Nous laissons aux gens d'honneur a apprécier ce procédé, qui nous parait si opposé à notre caractère national, et nous plaignons cet écrivain, dont le livre au reste ne ae fait remarquer ni par l'exactitude, ni par les charmes du style, d'avoir sacrifié la vérité au désir de plaire aux ennemis <te la religion.
314 l'église de bretagitb.
Dieu se contenta de sa bonne volonté, et le retira de ce inonde le 29 juillet 1254. Trois ans après, les miracles éclatèrent tellement à son tombeau, qu'ils attirèrent un grand concours de peuple à Saint-Brieuc. Il fut canonisé par le pape Innocent III en 1247, et son corps fut levé de terre l'année suivante0.
Après la mort de saint Guillaume, le chapitre élut pour son évêque Nicolas6, maître des écoles1, et nomma trois procureurs pour le faire sacrer par Juhel, archevêque de Tours. L'élection se trouva défectueuse et fut déclarée nulle. Nicolas et les chanoines se démirent entre les mains de l'archevêque, par acte passé à Cande, le 13 novembre. Alain, trésorier de l'église de Vannes et chanoine de celle de Saint-Brieuc , qui n'avait point assisté à l'élection, se démit aussi de son droit entre les mains de l'archevêque ; mais Thibaud, archidiacre de Goello, fit procéder à une nouvelle élection, qui tomba sur le même Alain : il écrivit ensuite à l'archevêque pour le prier de ratifier cette dernière élection ; l'une et l'autre n'eurent point lieu, et l'archevêque usa de son droit.
PHILIPPE fut élu et sacré en 1234 par Juhel. archevêque de Tours. Il mit la dernière main à son église, et se servit, à cet effet, des offrandes que faisaient les fidèles au tombeau de saint Guillaume. C'est par ce moyen que fut vérifiée la parole qu'avait dite ce saint pendant sa vie, qu'il achèverait son église vif ou mort. Philippe vivait encore en 1248. Suivant une charte de Marraoutier, il y a apparence qu'il entreprit cette même année le voyage de la Terre- Sainte, et qu'il mourut dans ce pèlerinage.
ANDRÉ c scella, en 1251, une transaction passée entre Aliénor de Porhoet, dame dè La Chèze, et le prieur de la Trinité, touchant une cohue'2 au bourg de Mohon. Il adjugea, en 1255, l'église de Saint-Aaron aux religieux de Mar-
a Voyez sa ?ie, t. 2 des Vies des Saints de Bretagne. b Martène, t. 3, Anecdote p. 958, 959.
1 Titre qui était le même que celui de scolastique et écolâtre. c Martène, t. 3, Anecdot., p. 969.
• Marché aux comestibles. a
DIOCÈSE DE SÀINT-BMETJC. 3l5
momier, sur le témoignage de Pierre de Lambaîle, archevêque de Tours, originaire de cette paroisse, et sur les lettres de Roland, son prédécesseur. Il nous reste une lettre (TÀndré, évêque de Saint-Brieuc, qui s'excuse0 auprès de l'archevêque de Tours, de ne pouvoir assister au sacre des évêques de Vannes et de Tréguier. L'année de sa mort nè nous est pas connue, mais le jour en est marqué au 21 mai dans Tobituaire de Beauport.
RAOUL* tenait le siège de Saint-Brieuc en 1257, selon un acte de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois. Il fut envoyé en Angleterre en 1259, pour y négocier le mariage de Jean de Bretagne, dit Le Roux, avec la fille du roi d'Angleterre. Il y réussit et mourut la même année.
SIMON* ratifia, au mois de janvier 1260, la cession faite par les religieux de Saint-Valeri-sur-Mer à ceux de Saint- Aubin-des-Bois, d'une chapelle sise auprès de Matignon. Obligé de voyager, en 1265, pour les affaires de son diocèse, il écrivit à l'archevêque de Tours pour s'excuser de ne pouvoir assister au sacre de l'évéque de Nantes, indiqué au dimanche dans l'octave des apôtres. Nous avons de pareilles lettres de ce prélat datées de 1264 et 1270. Son décès arriva en 1271.
. Pierre DE VANNES** fut élu en 1271 à la place de Pierre, archidiacre 4' Angers, qui avait refusé cette dignité. Le chapitre écrivit le 21 juillet aux vicaires capitulaires de Tours, dont le siège était alors vacant, pour les prier de confirmer l'élection. Ils l'approuvèrent, et Pierre fut sacré le premier dimanche de l'an t272.Ce prélat fut un de* exécuteurs testamentaires du duc Jean Le Roux. On ne sait pas l'année de sa mort. Le jour en est marqué au 1 1 de février dans le nécrologe de Beauport.
Guillaume GUEGUEN , natif de la paroisse de Hillion, succède à Pierre de Vannes dans les catalogues ; mais son nom ne se trouve dans aucun acte. Il fit beaucoup de bien
« Mémoires relatifs à P histoire de Bretagne, t. l,r. à Matthœus Westminster, p. 370.
e Martène, t. 3, Jnecd., p. 960, 964- <t M art eue, t. 3, Anecd., p. 965.
316 L'ÉGLISE Dft BRETAGNE.
à sa cathédrale. Dupaz dit que ce prélat gouvernait 1 église de Saint-Brieuc en 1297 et 1298.
GEOFFROI ratifia, en 1508, une transaction passée entre Geoffroi Tournemine, chevalier, seigneur de La Humandaie, et Yves, abbé de Saint-Aubin-des-Bois. 0 était évêque dès Tan 1301, suivant un acte de la môme abbaye.
ALAIN, dit DE LAMBALLE, est qualifié évêque de Saint-Brieuc dans un acte daté de Tan 1306, Jet imprimé dans Rymers".
Jean D'AVAUGOUR b fut élu en 1320, et fit sa soumission à la chambre apostolique le 19 mai de la même année. La cérémonie de son sacre fut faite en Bretagne avec l'agrément de l'archevêque de Tours, à qui il rendit en 1321 l'obéissance due selon les canons. II ratifia, en 1326, la fondation d'une chapelle dans l'église de Notre-Dame de Penpol, et fut transféré à Dol le 8 juillet 1329. Il mourut à Senlis le 8 mai 1340.
MATHIEU fut élu en 1328, et fit sa soumission à la chambre apostolique le 5 octobre de la même année; mais il se démit ou mourut quelques mois après.
Raoul DE LA FLÈCHE fit sa soumission à la chambre le 2 mars 1329, en qualité d élu de Saint-Brieuc. Il fut un des prélats qui assistèrent, en 1330, aux conférences tenues à Yincennes, au sujet de la juridiction, entre les évêques et les officiers du roi Philippe de Valois1. Raoul mourut en 1335, selon la Chronique de Nantes. L'obituaire de Beauport fait mémoire de cet évêque le 17 mars.
Gui DE MONTFORT c fut élu en 1335, et sacré le dimanche dans l'octave des apôtres, par Jean, archevêque de Tours. L' évêque de Dol s'excusa de ne pouvoir assister à cette cérémonie. Albert le Grand assure que Gui mourut en 1359.
Hugues DE MONTRELAIS * issu d'une famille noble
* Maan, Historia Eccl. Turon. p. 140.
« Ces officiers avaient à leur téte le fameux Pierre de Cugnières, qui plaidait contre le clergé.
c Martène, t. 3, An te A., p. 973.
* Auberi, Histoire des Cardinaux- français, t. 1*', p. 565.
[diocèse de saint-bribuc. 517
sur les confins de la \Bretagne et de l'Anjou, exerça successivement les charges de chantre, de doyen et d'archidiacre de la Mée, dans l'église de Nantes, sous l'épiscopat d'Olivier Saladin. Il fut élu à La place de ce prélat en 1354; mais le pape transféra Robert Painel, évéque de Tréguier, à Nantes, et nomma Hugues de Montrelais évêque de Tréguier. Hugues fut transféré à Saint-Brieuc en 1358, et paya les droits de la chambre apostolique le 16 octobre 1359. 11 assista au traité conclu à Guerrande en 1364, et le signa comme procureur de la comtesse de Penibièvre. Il y obtint pour son siège la restitution de la terre des Chatelets, qui était dès lors la maison de campagne des évôques de Saint- Brieuc, et qu'ils n'ont perdue qu'à l'époque de la révolution, lors de la vente des biens de l'Eglise. Son attachement à cette princesse ne le rendit pas suspect au duc, qui lui confia les sceaux du duché. 11 y a apparence que les troubles qui, en 1371, agitèrent la Bretagne, le déterminèrent à se retirer à Avignon. Le pape Grégoire XI le créa cardinal le 20 décembre 1375, et le nomma à l'évêché de Sabine. Il prit le titre de cardinal de Bretagne, et mourut le 26 février 1390.
Geoffroi DE ROHAN, évéque de Vannes, fut transféré à Saint-Brieuc après la retraite de Hugues de Montrelais. H fonda un anniversaire qui se célébrait tous les ans le 2 novembre, et mourut en 1374.
Laurent DE LA FAYE, né en Touraine, fut élu en 1375, <et fit sa soumission à la chambre apostolique le 26 janvier 1376. Le roi Charles V, par lettres du 22 février 1376, lui accorda les fruits de la régale. 11 fut transféré à A vr anches en 1379. Après avoir gouverné cette église pendant douze ans, il mourut subitement en 1391.
GUILLAUME, V du nom, fit sa soumission à la chambre apostolique le 3 octobre 1379, tant pour lui que pour Laurent, son prédécesseur, qui n'avait pas satisfait à ce devoir. Il mourut en 1385, suivant les registres consistoriaux.
Guillaume ANGER, fils de Thibaud, seigneur du Plessis- Anger , et de Marguerite de Chàteaubriant, fit sa soumission
à la chambre apostolique le 17 juillet 1385, tant pour lui que pour Guillaume, son prédécesseur, qui n'y avait pas entièrement satisfait. 11 fut conseiller du duc Jean V, ratifia, le 18 avril 1387, le douaire assigné à la duchesse Jeanne de Navarre, et assista aux Etats de Nantes en 1589. Le jour de son décès est marqué au 22 mars dans le nécrologe de . son église. 11 paraît qu'il mourut en 1403, au retour d'un voyage en France, où il avait accompagné le duc Jean.
Étienne CUEL VRET, natif de Fougères, docteuren droit et secrétaire du duc Jean V, fut le successeur de Guillaume Anger, suivant tous les catalogues ; mais il fut transféré à Dol en 1403 ou 1406 pour le plus tard. Voyez plus haut le reste de son histoire. Il mourut en 1429.
Jean DE MALESTROIT «, recteur de Sérent au diocèse de Vannes, fat fait évôque de Saint-Brieuc et chancelier de Bretagne en 1406. Le connétable de Ciisson le mit au nombre de ses exécuteurs testamentaires en 1407. Il assista, par procureur, au concile de Pise en 1409, et fonda en 1414, dans son église, nne messe, pour laquelle il fit don à ses chanoines de la terre de Brie, au diocèse de Rennes'. Un acte de l'an 1417 lui donne la qualité de gouverneur du comté Nantais; il y fut transféré le 24 août 1419, et y mourut le 14. septembre 1443.
Alain DE LA RUE, évêque de Léon, fut transféré à Saint-Brieuc le 18 septembre 1419, et mourut le 4 jaitt 1424. Il fonda une messe qui se célébrait le premier jour de chaque mois.
Guillaume BRILLET, natif de Vitré, recommandabie par sa piété et la douceur de son caractère, fut nommé à l'évèché de Saint-Brieuc le 24 juin 1424, et ensuite transféré de Saint-Brieuc à Rennes \ le 26 septembre 1427, suivant les registres consistoriaux. Il se démit de ce dernier siège ep 1447, et mourut en 1448 ou en 1470.
Guillaume EDER, doyen de l'église de Nantes, fut
« Spicilegium, t. 6, p. 363.
' Ce prélat, prétend D. Morice, fut d'abord évêque de Saint-Malo; mais c'est une erreur ; son nom ne se trouve pas dans le catalogue de* évéques de ce siège.
pourvu le 15 mars 1428 de l'évéché de Sainl-Brieuc. Il assista au concile provincial, tenu à Nantes le 23 avril 145Ô par Philippe de Coetquis, archevêque de Tours. Suivant la teneur de son testament, daté du 24 décembre de la même année, il fonda une messe qui se célébrait le 22 du même mois dans son église. Il y a apparence qu'il mourut vers fe même temps. Après son décès, le chapitre choisit pour évêque Guillaume de Malestroit, doyen de Saint-Malo; mais le duc n'agréa pas cette élection, et nomma un autre sujet.
Hervé HUGUET DE BOISROBIN, du diocèse de Pennes, fut pourvu le 29 janvier 1431. 11. était conseiller de Jean Y, duc de Bretagne. Ce fut sous son épiscopat que ce prince fonda en 1455 la collégiale de Lamballe, et il esj parlé plusieurs fois de ce prélat dans l'acte de fondation,. Il fit son testament au mois de mars 1436, et mourut presque aussitôt. L'ouverture de cet acte fut faite le 17 mars en présence du chapitre et de Pierre Huguet, sieur de La Rivière, frère du défunt.
OLIVIER DU TILLAI, évêque de Léon, fut transféré à Saint-Brieuc le 4 juillet 1436. 11 donna procuration l'année suivante pour juger le différend qu'Hervé, son prédécesseur, avait eu avec le doyen de son chapitre. Le siège étant vacant le 27 février 1439» Olivier doit être mort vers la fin de 1438, ou au commencement de 1439.
Jban L'ESPERVIER « \ d une famille honorable de Bretagne, qui avait plusieurs de ses membres dans la magistrature, fit ses études à Nantes et devint chanoine de la cathédrale de cette ville. Il fut élevé, par la faveur du duc Pierre II, sur le siège de Saint-Brieuc le 27 février 1439, et chargé par le pape Nicolas V de mettre en exécution lés bulles d'érection de l'abbaye de Redon en évêché. Mais les évêques de Nantes, de Vannes, de Rennes et de Saint- Malo, ayant remontré au pape que cette érection portait
« Martène, t. 8, Collect. If., p. 975.
* D. Morice dit que ce prélat fut d'abord évêque de Léon ; mais cet écrivain se réfute lui-même, en n'en faisant aucune mention dans son catalogue des évéques qui ont occupé ce siège.
un préjudice considérable à leurs églises, ce pontife suspendit l'exécution de ses bulles, par un bref daté du 20 décembre 1449. Cette érection n'eut point lieu; elle avait été faite en faveur de l'Abbé le Sénéchal de la maison de Kercado. Jean L'Espervier futtranféré une seconde fois à Saint- Malo, par bulles du 15 juillet 1450. 11 y mourut en 1486.
Jean PRÉGEINT, protonotaire du saint Siège, fut élu le 29 avril 1450; mais le pape, en accordant des bulles a Jean L'Espervier pour Saint-Malo, nomma à celui de Saint-Brieuc Jacques Peurel, docteur en droit civil et canonique. Ce dernier paya les droits de la chambre apostolique en 1451, 14&5 et 1462. Le* premier fit serment de fidélité au duc en juillet 1453. Cependant il ne parait pas qu'il ait été paisible possesseur pendant plusieurs années, le duc ayant nommé en 1157 un régisseur du temporel de Saint-Brieuc1. Enfin, Jacques Peurel fut fait auditeur de Rote au mois de novembre 1462, et sa promotion assura l'évêché à Jean Prégent. Ce prélat fit la cérémonie des épousailles de Jean, vicomte de Rohan, et de Marie de Bretagne, au château de la Chèze, le S mars 1462. Il fit reconstruire à ses frais la chapelle de saint Guillaume dans sa cathédrale, et mourut en 1472.
Pierhe DE LAVAL, fils de Guy XIV, comte de Laval, et d'Isabelle de Bretagne, fut élu évéque de Saint-Brieuc le 28 février 1472, et prêta serment de fidélité au duc le 14 juin suivant. Tranféré à Reims le 8 octobre 1473, par le pape Sixte IV, il eut de ce pontife la permission de posséder pendant trois ans l'évêché de Saint-Brieuc en commende ; pendant ce temps il obtint une autre bulle pour retenir l'administration de son premier siège pendant toute sa vie. Mais le duc, qui n'avait point été consulté sur cette affaire, fit révoquer la seconde bulle. Pierre de Laval jouissait en outre des abbayes de Saint- Aubin et de Saint-Nicolas d'Angers, ainsi que de celle de Saint-Meen, bénéfices qui lui assuraient uu revenu considérable. Il y joignait aussi
1 U y eut encore à cette époque un autre prétendant au siège de Saint-Brieuc, c'était Rolland de Penhoadic. Aux Etats qui se tinrent en 1451 à Vannes, il protesta contre Jean Prégent. On ne sait quelles suites eut cette prétention.
en commende levêché de Saint-Malo. Sa mort arriva le 14 août 1493. '
Christophe DE PENMARC'H, d'une famille noble du pays, fils deLouis, sirede Penmarc'h, etd'Alix de Coetivy, fut d'abord nommé à l'évêché de Dol, d'où il fut transféré à Saint-Brieuc le 14 janvier 1477, à la recommandation du duc François IL L'archevêque de Reims, fondé sur les bulles qu'il avait obtenues du pape Sixte IV, lui disputa les fruits de son évêché, dont le duc lui avait donné mainlevée par ses lettres du 30 juin 1478. Christophe se pourvut devant les conservateurs des privilèges de l'Université de Paris, qui se déclarèrent pour lui et menacèrent l'archevêque des censures de l'Eglise, s'il ne se désistait. Ce jugement ne fut pas suffisant pour mettre des bornes à l'avidité de l'archevêque : il en interjeta appel au parlement de Paris. Pour abréger les procédures, Christophe porta ses plaintes au pape contre l'archevêque. Le pape défendit à l'archevêque, sous peine d'excommunication, de troubler Christophe dans la jouissance de son évêché, et de poursuivre .l'appel qu'il avait interjeté au parlement. Innocent VIII, qui succéda à Sixte IV, donna commission au cardinal de Foy de réintégrer Christophe et de le faire jouir de son temporel, en attendant qu'il jugeât le procès que l'archevêque de Reims lui avait intenté. Il y a apparence que le cardinal accommoda cette affaire ; car on ne trouve rien dans la suite sur cette matière. Quoique ce prélat eût le bon droit en sa faveur dans sa discussion avec Pierre de Laval, il craignait beaucoup que cet archevêque, par son crédit, n'obtînt gain de cause contre lui. Il alla se recommander aux prières d'une personne pieuse, qui vivait recluse près de l'église de Saint-Guillaume à Saint-Brieuc. ' La recluse lui conseilla de s'engager par vœu a bâtir un couvent de Frères Mineurs en l'honneur de saint François et de saint Antoine de Padoue. Il le fit, gagna son procès et accomplit ensuite fidèlement sa promesse. Telle est l'origine de la maison que les Cordeliers avaient à Saint- Brieuc. Christophe assista aux Etats tenus à Vannes en 1480, et comme témoin au contrat de mariage de la duchesse Anne de Bretagne avec Louis XII, roi de France, en 1498.
322 l'église de Bretagne.
Ce prélat officia à la procession solennelle faite à Nantes le 2 décembre 1502, pour la réparation d'un sacrilège commis par un bedeau de l'Université, qui avait volé un ciboire et jeté les saintes hosties dans des archives. II publia des statuts synodaux, fit son testament le 16 décembre 1505, et mourut quelques jours après.
Olivier DU CHAS! KL, de la noble et ancienne famille Du Chastel dans l'évêché de Léon, fut pourvu le 29 mars 1506, et obtint de la reine Anne les fruits échus pendant la vacance du siège. Ce prélat renouvela tous les statuts synodaux de ses prédécesseurs, et y en ajouta de nouveaux. Sa munificence éclata dans l'embellissement de ses maisons épiscopales. Il testa le 12 mai 1525, et choisit pour ses exécuteurs testamentaires François Du Chastel, vicomte de Pommerit, et Charles Du Quelenec, vicomte du Fou. Son décès arriva deux jours après, c'est-à-dire le 16 mai. Il paraît avoir eu un suffragant nommé, dans les registres de la chancellerie, Guillaume de La Chapelle.
Jean DE RIEUX, fils de Jean, sire de Rieux, et d'Isabeau de Rretagne, fut pourvu de l'évêché de Saint*Bfieuc le 6 septembre 1525. il était abbé commendataire de Prières, et n'avait encore que dix-huit ans. La crainte que sa maison ne s'éteignit et le peu d'inclination qu'il avait pour l'état ecclésiastique l'empêchèrent de s'y engager : de sorte qu'il administra l'évêché de Saint-Brieuc pendant près de vingt ans sans être ecclésiastique. M. de Rieux, son frère, lui donna, en 1531, la seigneurie de Châteauneuf et une partie de celle de Rieux pour son partage. Il se démit en 1544 de son évêché, et épousa en 1548 Béatrix de Jonchère, dame de La Perrière en Anjou. Pendant son administration il eut pour suffragant Geoffroi, évêque de Tibériade.
François DE MAUNY'fut pourvu le 20 septembre 1544, sur la démission du précédent, et fut transféré d'abord à Tréguier en 1545, et ensuite à Bordeaux en 1553. Ce fut sous son épiscopat que le roi confirma définitivement aux
* Gallia christ., t. 2.
archevêques de Bordeaux la prérogative de siéger et (j$ juger avec les magistrats du parlement de cette ville. François de Mauny mourut en 1558. ^
Après la démission de Jean de Rieux, le pape nomma à Tévêché de Saiat-Brieuc André, cardinal du titre {je Saint- Corneille, auquel succéda, le 18 février 1851, le cardinal Durand de Durantis. Ce dernier fut remplacé par le cardinal Du Bellay, qui céda à Jean Du Tillet en Ï555, suivant (es registres consistoriaux : mais il ne paraît pas qu'on ait eu égard en France à ces nominations.
Jean DU TILLET, né à Angoulôme, devint évêque de Saint-Brieuc par la translation de François de Mauny à Bordeaux, et la cession du cardinal Du Pellay. Ce fut le 13 septembre 1553 qu'eut lieu sa nomination à ce siège. Il avait dès son jeune âge cultivé avec succès les littératures grecque et latine, ainsi que le droit canonique, l'histoire ecclésiastique et l'hisloire de France. Son frère aîné, greffier en chef au parlement de Paris, très-versé dans l'histoire du royaume et écrivain estimé, lui servit d'abord de guide. François Ier ayant accordé à Jean Du Tillet la permission de visiter les principales bibliothèques de France, surtout celles des monastères, à une époque où aucune n'avait encore été détruite par les Calvinistes, comme plusieurs le furent bientôt après; il les explora et y recueillit des matériaux historiques précieux que plus lard il mit en œuvre. Après avoir pendant onze ans gouverné l'église de Saint-Brieuc, ce prélat permuta son évêché contre celui de Meaux avec Louis dé Brézé fl, à certaines conditions qui ne furent point approuvées du saint Siège, et dont l'inexécution causa entre les deux évêques un procès que Du Tillet ne vit pas finir l. Dans son nouveau siège, il se montra plein de zèle pour la défense de la religion catholique, attaquée à cette époque avec beaucoup de violence par les Huguenots, alors très-nombreux dans la Brie. Il fut en 1568 choisi pour
* D. Duplessix, Hist. de l'Eglise de Meaux, t. l«r. 1 D. Morice et l'abbé Ruffclet n'ont pas connu cette circonstance de la permutation.
324 l'église de brbtagiie.
être le conservateur des privilèges de l'Université de Paris, à la place du cardinal de Châtillon, évêque de Beauvais, qui avait apostasié. Un de ses frères, chanoine d'Angouléme, avait eu le malheur de se laisser séduire par les nouvelles erreurs, il eut la consolation de le faire rentrer dans le sein de l'Eglise. Jean Du Tillet mourut à Paris au mois de décembre 1570 et y fut inhumé. Son frère le greffier termina aussi presque au même instant que lui et dans le même mois son honorable carrière.
On a de l'évêque de Meaux :
4° Un Traité de la religion chrétienne;
2° Une Réponse aux ministres calvinistes ;
3° Un Avis aux gentilhommes séduits;
\ 4* Un Traité de V antiquité et de la solennité de la messe ;
6° Un Traité sur le Symbole des apôtres;
6° Une Chronique des rois de France, en latin, très-eslimée;
7° Les Exemples des actions de quelques pontifes, comparées avec celles des princes païens.
. Il publia une édition des œuvres de Lucifer de Gagliari et des livres carolins.
Louis DE BRÉZÉ ne prit pas possession de l'évêché de Saint-Brieuc, et il rentra dans celui de Meaux après la mort de Jean Du Tillet. Il mourut à Paris en 1597.
Nicolas LANGELIER *, natif de Paris, fut nommé en 1564, et obtint ses bulles le 5 août de la même année. Né digne de l'épiscopat, il en remplit toutes les fonctions avec un zèle infatigable. On a remarqué qu'il prêcha quatorze avents et autant de carêmes, soit dans son église cathédrale, soit dans d'autres églises. Ce fut lui qui fit le discours à la clôture de l'assemblée du clergé tenue en 1579 dans l'abbaye de Saint-Germain, par l'ordre de Henri III. Il assista au concile provincial tenu à Angers en 1583, et rédigea tous les actes de cette assemblée. Les Etats de Bretagne le députèrent aux Etats généraux de Blois en 1588
« Labbe, t. 15, Conc.
et souvent en cour, soit poir y présenter leurs cahiers, soit pour faire des remontrances aux rois sur leurs affaires. Il s'acquitta de tous ces emplois avec le succès qu'on attendait de sa capacité, et il fit voir partout qu'il n était pas moins zélé pour les intérêts de l'Eglise que pour ceux de l'Etat. Il mourut le 24 septembre 1595, et fut inhumé dans le chœur de son église à côté d'Olivier Du Chastel.
Melchior DE MARCONNAI «, noble Poitevin, .abbé commendataire de Rillé, fut pourvu en 1601 de l'évêché de Saint-Brieuc, vacant depuis cinq ans, et présida l'année suivante les Etats qui se tinrent dans sa ville épiscopale. Zélé pour le maintien de la discipline ecclésiastique, il recueillit les anciens statuts du diocèse, et en ajouta de nouveaux qu'il fit imprimer en 1606. Sous son épiscopat le collège de Saint-Brieuc fut, en 1609, fixé dans la rue qui porte son nom, et où il a subsisté jusqu'en 1791. Les Capucins devaient à ce prélat leur établissement à Saint-Brieuc ; il les y reçut en 1615. A la prière de Louis de Lorraine, archevêque de Reims, il fit, dans cette ville, le 2 novembre 1612, la cérémonie de l'élévation du corps du B. cardinal Albert. Il assista aux Etats généraux du royaume, tenus à Paris en 1614, et mourut le 7 mars 1618.
André LE PORC DE LA PORTE, né en 1593, fils du baron de Vezins en Anjou, et d'Anne de Latour-Landry, fut à l'âge de vingt-sept ans nommé à l'évêché de Saint- Brieuc et sacré en 1620. Il se montra un digne pasteur, et donna tous ses soins à faire fleurir la discipline ecclésiastique dans son diocèse. Les statuts qu'il publia dans ce but en 1624 furent regardés comme très-sages, et ont été en vigueur pendant plus d'un siècle. Son zèle pour l'instruction de la jeunesse le porta la même année à fonder dans sa ville épiscopale un couvent d'Ursulines, en faveur duquel il fit les plus grands sacrifices et s'imposa même des privations, afin de leur procurer une maison commode. Il en surveilla la construction, et ne cessa de témoigner à cette communauté l'affection la plus paternelle. Il avait composé pour ces religieuses un ouvrage qui avait pour
« Du Chesne, Histoire des Cardinaux français, p. 166.
326 l'église de Bretagne.
litre : Pratique intérieure et journalière, tirée du Cantique des Cantiques; mais le temps nécessaire pour l'achever lui manqua. Saint Charles était l'objet de sa dévotion particulière; aussi voulut-il que l'église des Ursulines lui fût dédiée. M. de La Porte introduisit dans son diocèse le Bréviaire romain. Il remplissait tous les devoirs d'un bon pasteur, lorsqu'en 1651 il fut attaqué d'une maladie de langfleur qui finit par mettre ses jours en danger. Ses parents le pressèrent alors de résigner son évêché à l'un de ses cousins germains, chanoine de Saint-Brieuc et homme rècommandable par sa conduite ; mais ce bon évêque, rempli de l'esprit ecclésiastique et sachant bien que les bénéfices ne peuvent être l'héritage des familles de ceux qui les possèdent, répondit à ces sollicitations qu'il avait reçu son bénéfice de l'Eglise et qu'il voulait le lui rendre, pour qu'elle en disposât à son gré. Sa maladie faisant chaque jbûr des progrès, il entreprit une confession générale, après laquelle il communia. Ayant ensuite fait son testament, par lequel il légua aux pauvres tout ce qu'il possédait,, et recommandé à M. de Saint-Wandé, chanoine de sa cathédrale, la communauté des Ursulines, il rendit son âme à Dieu le 22 juin 1632, à peine âgé de quarante ans Son corps fut inhumé dans l'église des Ursulines dont il avait été le fondateur et le bienfaiteur. Trois prélats de la province, qui étaient ses intimes amis, MM. Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo, de Rieux, évêque de Léon, et Champion, évêque de Tréguier, lui rendirent les derniers devoirs et officièrent à la cérémonie de ses obsèques. St. de Vezins, frère de M. de La Porte, lui fit élever un tombeau surmonté de sa statue. La maison des Ursulines ayant changé de destination depuis la révolution et étant devenue caserne, on en démolit l'église en 1833. Le 5 septembre on y trouva le corps de ce digne évêque renfermé dans un cercueil dé plomb : il n'y avait plus que les ossements, une crosse de bois et un calice de fer-blanc. Ce* respectables restes, recueillis avec soin, furent, le 17 novembre suivant, transférés solennellement à la cathédrale et inhumés de nouveau dans cette église.
' On dit qu'il mourut de faim par l'impéritie des médecins.
DIOCÈSE DE SAINT -BRI Et C . 327
Etienne DE VIRAZEL1, né à Toulouse, succéda à M. de La Porte. Il s'était tellement distingué par son talent pour la chaire, qu'on le regardait comme un des meilleurs prédicateurs du royaume ; aussi prêcha-t-il plusieurs fois à la cour, et la reine Anne d'Autriche l'entendait avec un plaisir particulier. Non content d'annoncer les vérités de la religion, il en faisait la règle constante de sa conduite, et sa piété était aussi remarquable que son éloquence. Il fut en 1650 nommé abbé de Saint-Sever, dans le diocèse de Constances, et en 1631 évéque de Saint- Brieuc. M. de Gondy, premier archevêque de Paris, assisté du pieux Nicolas Sanguin, évéque de Senlis, et du célèbre tienri de Sponde, évéque de Pamiers, le sacra dans la chapelle de l'archevêché le 1er février 1632. L'année suivante M. de Virazei assista aux Etats de Bretagne tenus à Dinan. Il s'appliqua avec zèle à l'instruction de son troupeau, produisit beaucoup de fruits de salut par ses prédications, et favorisa les Ursulines de Saint-Brieuc. Le P. de Condren, second général de la congrégation de l'Oratoire, étant mort le 7 janvier 1641, Louis XIII voulut qu'on fît l'oraison funèbre de ce grand serviteur de Dieu ; l'évêque de Saint-Brieuc, qui se trouvait alors à Paris, fut chargé de cette honorable tâche par la volonté de la reine, c Elle jugea bien, dit un auteur contemporain0, qu'une des » plus rares vies de son siècle devait être louée par une
> des bouches les plus éloquentes, et qu'il n'appartenait
> qu'à un prélat d'une vertu consommée de publier ces » sentiments inconnus d une âme si pure et si heureuse. » M. de Virazei ne survécut guère au P. de Condren. De retour dans sa ville épiscopale, il tomba malade dès le lendemain de son arrivée et mourut très-saintement au bout de trois semaines, le l*r juin 1641. On a sa Vie imprimée in-4°, mais elle est si mal écrite, que la lecture en est à peine supportable.
Deris DE LA BARDE, qui remplaça dans le siège de
* Des écrivains le nomment Vilazel ; plusieurs de ses contemporains écrivaient Virazei, et c'est ainsi qu'on lit son nom dans le Gallia christiana nova. Il parait qu'à Saint-Brieuc le premier nom avait prévalu.
« Le P. A m* lotte, Vie du P. de Condren.
328 l'église de Bretagne.
Saint-Brieuc M. de Virazel, fut par son mérite et ses talents un des prélats les plus remarquables de son époque. Appartenant à une famille distinguée et neveu de M. de Bouthillier, archevêque de Tours, il devint d'abord chanoine de Paris et étudia ensuite en Sorbonne. Il le fit avec tant de succès, qu'il obtint le premier rang dans sa licence ; mais le chapitre de Paris ne voulant pas alors souffrir qu'aucun de ses membres eût le titre de docteur, M. de La Barde ne put recevoir le bonnet. Il prit le parti de voyager pendant quelque temps, et parcourut l'Angleterre, la Hollande, la Flandre, l'Allemagne, et alla ensuite à Rome où le bonnet de docteur lui fut donné, dans l'église de Saint-Louis, par M. Le Bret, Français, membre de la Sorbonne et qui devint plus tard doyen de Saint-Brieuc et ensuite évêque de Toul. Pendant son séjour dans la capitale du monde chrétien, il se rendit utile à la France, et Louis XIII le chargea en 4633 de solliciter auprès du •» saint Siège la nomination de cardinaux français. Il procura rétablissement de plusieurs missions dans l'Orient. Urbain VIII, alors régnant, avait nommé au riche prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris le cardinal Antoine Barberin, son neveu. M. de La Barde eut assez de crédit sur l'esprit de ce prélat pour l'engager à s'en démettre en faveur du cardinal de Richelieu, et à recevoir en échange le titre de protecteur des affaires de France. De retour à Paris en 4655, il fut choisi par le clergé pour l'un de ses agents, et pendant six années il en remplit les fonctions. On lui donna aussi la charge de supérieur de la congrégation pour la propagation de la foi qui fut établie à Paris à cette époque, et il défendit, en sa double qualité d'agent du clergé et de supérieur de cette congrégation, les intérêts de l'Eglise avec autant de succès que de zèle. Le cardinal de Richelieu, qui connaissait son mérite et son dévouement au roi, le fit nommer à l'évêché de Saint-Brieuc, et lui écrivit de sa propre main, le 10 juin 4641,pour le lui ' ''^annoncer. Le nouveau prélat, nommé aussi conseiller du roi, fut sacré dans l'église de la Visitation de la rue Saint- Antoine à Paris, le 6 juillet 4642, par M. de Bouthillier, son oncle, archevêque de Tours, assisté des évêques d'Amiens
et de Marseille. Depuis ce moment M. de La Barde se trouva à toutes les grandes assemblées qui avaient pour objet le bien de la religion ou celui du royaume. Les Etats de Bretagne étant assemblés à Vannes en 1643, il y prononça l'oraison funèbre du cardinal de Richelieu qui était à sa mort gouverneur de la province. Ce tribut ne fut pas le seul qu'il paya à la mémoire de morts illustres ; en 1646 il fit devant l'assemblée générale du clergé l'oraison funèbre du cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, avec tant de succès, que tous les assistants lui en demandèrent l'impression. Aux Etats tenus à Nantes en 1651, il prononça celles de M. Achille de Harlay, évêque de Saint- Malo, et du duc François de Cossé-Brissac, commandant de la Bretagne. Ces mêmes Etats le choisirent pour les représenter aux Etats généraux qui devaient s'assembler à Tours en 1650 et 1651. Au milieu de ces occupations extraordinaires, ce digne prélat ne négligeait pas l'administration de son diocèse. C'est à lui qu'est dû l'établissement du séminaire de Saint-Brieuc, et Lamballe vit naître sous son épiscopat la société si utile des Dames hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Il eut beaucoup à souffrir de la part du théologal de son église, nommé Noulleau, né à Saint-Brieuc, homme de talent, mais séduit par le jansénisme qui commençait alors à se répandre. Cet ecclésiastique rebelle écrivit et publia en 1651 un factum contre son évêque qui l'avait interdit. Ne pouvant alors dire la messe à Saint-Brieuc, il allait chaque jour la célébrer à Saint-Quai gn} çtait du diocèse de Dol, et faisait ainsi habituellement fnylflm sept lieues1. M. de La Barde appela dans son diocèse le vénérable P. Mau noir, célèbre missionnaire de la compagnie de Jésus, et le chargea d'y faire des missions auxquelles il travaillait lui-même, c On ne pou- » vait retenir ses larmes, écrit cet homme apostolique en » voyant cet illustre et vénérable évêque, blanc comme un » cygne, se rendrè à l'église de grand matin et se mettre sur » un banc qui lui servait de confessionnal, où il recevait tous » ceux qui se présentaient, et où, sans se souvenir de la fai-
1 Noulleau est auteur de quelques ouvrages. II mourut en 1 672. a Dans ses Mémoires, cités dan" sa Vie t'erite par le P Bosehet.
» J)lesse de son grand âge, il demeurait aussi longtemps que i les plus jeunes et les plus robustes missionnaires. Il donna » la confirmation à son peuple ; et sa foi, outre le sacrement » qu'il conférait, était aussi très-propre à affermir les fi- » dèles dans leur créance. Dieu soit béni de ce qu'il donne 9 ainsi de saints évêques à son église de feretagne. » Nonseulement M. de La Barde instruisait de leurs devoirs par de fréquentes missions les peuples confiés à ses soins et les portait à la vertu, mais il veillait aussi avec un grand soin au maintien de la discipline ecclésiastique. Chaque année il tenait son synode, auquel tous les curés étaient obligés d'assister. II publia des statuts qui sent un monument dé sa sagesse. Le protestantisme conservait encore quelques prosélytes dans cette partie delà Bretagne, et la marquise de La Moussaye, zélée Calviniste, tenait, dans son château de Qui n tin , des assemblées des gens de sa religion; il les fit défendre par le roi. M. Le Neboux de La Brosse, chanoine de la cathédrale de Saint-Brieuc, ayant été nommé évêque de Léon, il reçut dans cette même église, en 1672, la consécration épiscopale de levêque diocésain, assisté de ceux de Trégùier et de Vannes. Enfin, après une carrière honorable et féconde en bonnes œuvres, M. de La Barde rendit son âme à son Créateur le 22 mai 1675. Il avait fondé, dans l'église cathédrale de Paris et dans celle de Saint-Brieuc, une messe solennelle pour l'anniversaire de son sacre. Ce fut ce prélat qui fit reconstruire le palais épiscopal de Saint-Brieuc.
HARDOWW FORTIN DE LA HOGUETTE devint le successeur de M. de La Barde. Il était né en Périgord, de Philippe de La Hoguette et de Louise Péréfixe, sœur de M. Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris. Élevé avec soin par son père, qui avait été instituteur du duc de Longue ville, il devint docteur de la maison et société de Sorbonne, chanoine de l'Église de Paris, archidiacre de Josas", agent du clergé, et fut sacré évêque de Saint-Brieuc dans l'église de Sorbonne, le 3 mai 1676. M. de La Barde, en établissant le séminaire de Saint-Brieuc, avait chargé quelques cures du diocèse de
« Titre de l'un des archidiaconés du diocèse de Paris.
pensions en faveur de cette maison. M. de La Hoguette ayant, peu de temps après son arrivée dans son diocèse, pris connaissance des revenus du séminaire et du produit des bénéfices chargés de ces pensions, rendit le 10 juin 1677 une ordonnance par laquelle il en déchargea quelques curés, et les reporta sur d'autres. Au nombre de celles-ci se trouvaient Plémet et Plougenast. Les recteurs de ces paroisses, qui sont considérables, refusèrent de payer leur taxe. Con* damnés à Saint-Brieuc, ils en appelèrent au parlement, qui leur donna gain de cause, et leur évêque se vit forcé d'obtenir contre eux deux arrêts du conseil du roi pour les obliger à s'acquitter d'une contribution qu'il était en droit de leur demander, qui avait pour objet le bien général du diocèse, et à laquelle ils devaient se soumettre d'autant plus volontiers que le séminaire était à cette époque dans un véritable état de gênea. Les peuples de levêché de Saint-Brieuc n'avaient qu'à s'applaudir de posséder un tel pasteur, qui était rempli de capacité et de zèle; mais ils n'eurent pas l'avantage de le conserver longtemps; M. de La Hoguette fut transféré à Poitiers en 1680. Il continua de s'y distinguer, comme il l'avait fait à Saint-Brieuc, par son zèle pour la défense de la foi, et un talent particulier pour la conversion des hérétiques,' qui étaient en grand nombre danrfce diocèse. Son mérite le fit placer sur le siège archiépiscopal de Sens, après qu'il eut pendant cinq ans gouverné l'Église de Poitiers. Dans ce poste éminent, où Louis XÏV le plaça en 1685, il fit briller les mêmes vertus, le même amour pour la religion, le même zèle pour lâ conversion des hérétiques, dont il avait déjà donné tant de preuves. Il tint, avec ses suffragants, une assemblée le 1<* juin 1699 pour condamner le livre des Maximes des saints de Fénelon. La modestie de ce prélat était remarquable. Le roi ayant voulu le nommer commandeur de l'ordre du Saint- Esprit, il lui répondit qu'il n'était pas d'une naissance assez distinguée pour être élevé à cette dignité, et que sa famille n'avait été ennoblie que par Henri IV. L'Église de Sens lui dut un nouveau Bréviaire, un rituel et un missel. M. de La Hoguette mourut à l'âge de soixante-douze ans, le 28 no-
• Rapporta des agents du clergé.
vembre 1715, après avoir été le modèle des prélats, l'ornement de l'Église, le père et le soutien des pauvres. Il fut enterré dans son église métropolitaine. On grava sur son tombeau une épitaphe qu'il avait lui-même composée1.
Louis-Marcel DE COETLOGON fut nommé à l'évêché de Saint-Brieuc après la translation de M. de La Hoguette à Poitiers. Issu d'une ancienne et illustre famille, dont le château principal, et qui lui donnait son nom, se trouve dans le diocèse qu'il était appelé à gouverner, Louis-Marcel eut pour père le marquis de Coetlogon de Mejusseaume, lieutenant pour le roi dans la Haute-Bretagne, et gouverneur de Rennes. Sa mère, nommée Philippe de Coetlogon, était cousine de son époux, et héritière du marquisat. François de Coetlogon, évêque de Quimper, était son oncle. Le jeune abbé, ayant fait ses études ecclésiastiques à Paris, devint docteur en théologie, vicaire général de Quimper, et fut député par la province de Tours à l'assemblée générale du clergé de 1680. Louis XIV le nomma à Saint-Brieuc en 168! , et M. de Harlay, archevêque de Paris, assisté de MM.de Guémadeuc et de Baglion de Saillant, évéques de Saint- Malo et de Tréguier, le sacra le 14 décembre de l'année suivante dans l'église de la maison professe des Jésuites, rue Saint-Antoine. Le nouveau prélat s'empressa de se rendre dans son diocèse, où il fit briller toutes les vertus d'un saint évêque. On ne pouvait voir une conduite pastorale plus éclairée et plus douce, et une conduite particulière plus réglée et plus édifiante. La prudence semblait née avec lui. Il mit tous ses soins à donner aux paroisses de bons pasteurs, favorisa les missions dans lesquelles il travaillait lui-même avec zèle, et montra une tendre sollicitude pour les pauvres. Sous son gouvernement le bon orr dre régna, et la piété fleurit dans le diocèse de Saint-Brieuc. Jacques II, roi de la Grande Bretagne, ayant passé par Saint-Brieuc, fut si charmé de la réception que lui fit le
1 Cette épitaphe, qui nous paraît un peu singulière, est conçue en ces termes :
Hic jacet Harduinus pontifex, qui pacificè mit cum tribus capitulis Briocensi, Pictavicnsi et Senonensi. Ora, viator, ut Dcum sibi pacificum pastor pacifleus experiatur. Obiit, etc.
prélat, qu'il en informa Louis XIV. Ce monarque qui, en nommant M. de Goetlogon évêque, disait qu'il l'avait fait prophète dans son pays, lui témoigna la satisfaction qu'il éprouvait de sa politesse envers le roi d'Angleterre. M. de Coetlogon eut, après la révocation de l'édit de Nantes, la consolation de voir plusieurs familles calvinistes du pays rentrer dans !e sein de l'Eglise catholique, et leur conversion fut en grande partie l'ouvrage de sa douceur, de ses prévenances et de son active charité. Il fut un des prélats qui as» sistèrent,au mois de juillet 1699, à l'assemblée provinciale de Tours,.réunie pour condamner le livre des Maximes de$ saints de l'illustre Fénelon. Transféré en 1705 à Tournay, ville qui appartenait alors à la France, il ne tint ce siège ' que deux ans, et y mourut le 18 avril 1707, très-regretté de ses nouveaux diocésains. Son corps fut inhumé dans le chœur de l'église cathédrale et le P. Philippe, de la Compagnie de Jésus, prononça son oraison funèbre. On trouva un Jbel éloge de lui dans l'épître que lui adressa le P. Champion •de la même Société, en lui dédiant les œuvres du P. Rigoleuc, Jésuite célèbre par sa piété, né à Quintin, diocèse de Saint-Brieuc.
Louis FRÉTÂT DE BOISSIEUX, successeur de M. de Coetlogon, dédommagea dignement le diocèse de Saint- Brieuc de la perte qu'il venait de faire de son évêque. Il était d'une famille distinguée d'Auvergne, alliée au maréchal de Villars et aux maisons de Polignac et de Noailles. Attaché d'abord à la marine royale en qualité de capitaine de vaisseau, il voulut, au retour d'une campagne, faire une retraite pour se préparer à ses pâques. Dieu lui ayant parlé au cœur, il renonça au monde, et embrassa l'état ecclésiastique. Prêtre plein de piété et de zèle, M. de Boissieux ne cherchait pas à se produire ; mais, après avoir obtenu le titre de docteur en droit, il s'était attaché à quelques membres de la mission de Saint-Lazare,
• On mit sur son tombeau l'inscription suivante : D. O. M. Hic jacet illustrissimûs ac revereudissimus D. Ludovicus Harcellus de Coetlogon, Deiac sanctae Sedis apostolicae gratiâ episcopus Sanbriocensis per 20 annos etampliùs; deindè perduos annos episcopus Tornacensis. Opiit 18 aprilis anno 1707, aîtatis su* 59. Requiescat in pace.
et travailla avec eux aux missions dans plusieurs diocèses, et dans les intervalles il demeurait à Paris dans leur séminaire des Bons-Enfants, nommé depuis de Saint- Firmin. Louis XIV, qui connaissait son mérite et son ardeur pour le salut du prochain, le nomma, le 11 avril! 705, à Tévêché de Saint-Brieuc, et il fut sacré par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, assisté des évêques de Laon et de Noyon, dans la chapelle des Nouvelles Catholiques, le 11 octobre 1705. Ce prélat fut un pasteur suivant le cœur de Dieu et l'un des plus saints évêques qu'ait eus la Bretagne. Tout occupé de la sanctification de son troupeau, il s'employa constamment à la procurer par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. C'est à lui qu'est dû raffermissement des conférences ecclésiastiques. Il publia à ce sujet, le 15 janvier 1707, un règlement très-sage. La conservation de la pureté de la foi dans son diocèse lui paraissait d'une extrême importance, aussi reçut-il avec empressement la constitution Unigenitus, qui condamne les Réflexions morales du P. Quesnei ; il publia en 1714 une ordonnance pour l'acceptation pure èt simple de cette bulle. M. Leuduger, célèbre missionnaire, trouva en lui un protecteur au milieu de ses travaux apostoliques. Il favorisa aussi rétablissement des Ursulines à Quintin en 1707. La voûte de sa cathédrale menaçait ruine, il la répara à ses frais et à l'aide de quelques secours que lui donna le gouverneur de la province. Cest aussi à ses soins qu'on doit la disposition actuelle du chœur de son église. « La mémoire
> de M. Frétât de Boissieux, évêque de Saint-Brieuc, se » conservera longtemps parmi les Bretons , dit un pieux
> écrivain Un inviolable attachement aux devoirs de
* 1 'épiscopat, une ardente charité pour les pauvres, un zèle
> soutenu pour les intérêts de la religion et de la province, » furent les principales vertus qui caractérisèrent ce bon
• prélat..
Il présida les Etats de Saint-Brieuc en 1715. Etant allé à ceux d'Ancenis en 1720, il y mourut à l'âge de cinquantehuit ans, le 30 octobre, peu de jours après la clôture de
» M. Carron, Modèles du clergé.
DIOCÈSE DE SAIWT-BRITOC. 355
cette assemblée. Son corps fut rapporté à Saint-Brieuc, et inhumé dans la cathédrale. On grava sur son tombeau une épitaphe qui fait un bel éloge de ses vertus, et le chapitre décida de célébrer chaque année son anniversaire par un service solennel. M. de Boissieux publia quelques statuts et supprima un certain nombre de fêtes.
Pi erre* Guil l aume DE LA VIEUXVILLE POURPRIS fut nommé à l'évêché de Saint-Brieuc le 8 janvier \7%\ e,t sacré le 6 juillet de la même année. Il était auparavant doyen de la cathédrale de Nantes, vicaire général et abbé commendataire de Garnoët.Unde ses premiers soins en arrivant dans son diocèse fut d'en recueillir les anciens statuts et de les publier de nouveau avec les changements que pouvaient exiger les temps et l'expérience. Il fit paraître en 1723 ce recueil « qu'on peut, dit un écrivain a, regard » der comme un chef-d'œuvre c|ans son genre.» Il établit au collège une chaire de théologie, point de doute que ce prélat, qui s'était empressé de visiter en détail son troupeau, n'eût opéré un grand bien si la Providence avait prolongé sa carrière ; mais il fut frappé d'apoplexie, n'ayant encore que six ans d'épiscopat, et il mourut le 13 septembre 1727. Il avait présidé les Etats de Saint-Brieuc en 172f et 1726. • "
Louis-François VIVET DE WONCLUS occupa le siège de Saint-Brieuc après M. de La Vieuxville. Il fut sacré à Senlis le 9 mars 1728, par M. Trudaine, évêque de cette ville. L episcopat de 31. de Moncius à Saint-Brieuc fut remarquable par diverses améliorations qu'il introduisit dans son diocèse. Ce prélat réforma l'abus qui s'était introduit parmi les chanoines de la cathédrale de prendre chaque année six mois de vacances. Son désir était de remettre en usage l'ancien Bréviaire de Saint-firieuc ou £ep avoir un qui fù$ commun à tous les diocèse* de Bretagne ; dans ce dessein, il fit rechercher avec soin les exemplaires de l'ancien Bréviaire diocésain *; mais ce projet n'ayant pu s'effectuer, il publia, en 1731, un nouveau Propre, mieux rédigé que les précédents, et dans lequel il inséra les offices des princj-
• SeToy, Devoirs ecclésiastiques, t. I". b yoya son Mandement en tête du Propre
336 l'église ©e Bretagne.
paux saints de la province. Ce fut ce prélat qui approuva le premier la pieuse société des Filles du Saint-Esprit, établies à Plérin. Clément XI avait chargé M. de Vintimille, archevêque de Paris, de prendre soin des religieuses du Calvaire, congrégation dans laquelle le jansénisme comptait alors beaucoup de prosélytes : M. de Vintimille s'associa pour cet effet M. de Monclus. Benoît XIV ayant donné, en 1740, une bulle pour le concours des cures en Bretagne dans les mois réservés au pape, Louis XV, par une déclaration de 1742, en ordonna la publication. L'évêque de Saint-Brieuc fit paraître, le 29 août de la même année, un mandement pour prescrire rétablissement de ce concours, qui, tandis qu'il a été en vigueur, a donné d'excellents pasteurs aux paroisses. Ce prélat avait présidé les Etats de la province assemblés à Saint-Brieuc en 1730. Il s'opposa aux démarches qu'ils voulurent faire à cette époque auprès du roi pour obtenir le retour de M. de La Bédoyère, procureur général du parlement, que Louis XV avait mandé et retenait à Paris à cause de son fanatisme janséniste. M. de Monclus fut transféré à Alais en Languedoc dans Tannée 1744, et y combattit avec zèle le jansénisme. Il mourut dans sa ville épiscopale, à l'âge de soixanteseize ans, le* 21 juillet 1755.11 était aussi abbé de Saint- Gilles dans le diocèse de Nîmes.
Hervé-Nicolas THÉPAULT DU BRIGNOU fut nommé à l'évêché de Saint-Brieuc à l'époque de la translation de M. de Monclus à Alais. Il était né dans le diocèse de Tréguier en 1703, et appartenait à une famille noble. Au titre de vicaire général de Quimper il joignait celui de chanoine de cette cathédrale, lorsqu'il devint évêque. Son sacre eut lieu le 7 mars 1745. M. Du Brignou présida les Etats de Bretagne, qui se tinrent à Saint-Brieuc en 1758, et représenta la province ecclésiastique de Tours comme un de ses députés à la célèbre assemblée générale du clergé de 1765. Plus heureux que plusieurs de ses collègues, dont les diocèses étaient agités par les folies du jansénisme, il n'eut pas à combattre cette erreur dans un pays qui jouissait d'une tranquillité parfaite, suivant le témoignage qu'il en
rendait lui-même à un grand archevêque et parmi un peuple qui a toujours été si sincèrement attaché à la foi catholique. Mais s'il avait la consolation de trouver dans son troupeau la docilité que doivent tous les fidèles à la voix de leur pasteur, il n'en prenait pas moins part aux attaques dirigées contre la religion et ses ministres. Le mandement qu'il publia en 1751, et par lequel il condamnait un mauvais livre, ayant . pour titre lettres : ne repugnate bono ves~ tro, etc., est une preuve de son zèle. L'intérêt qu'il portait à son diocèse s'étendait jusqu'aux avantages temporels des habitants, et il partagea la joie publique, en plaçant la première pierre du quai du Légué, construction qui devait être si utile au port de Saint-Brieuc. La Bretagne était à cette époque assez fortement agitée par des querelles entre son gouverneur et une partie des États. M. Du Brignou, mêlé à ces discussions, comme membre du premier des ordres qui composaient cette assemblée, se fit remarquer par sa modération. Aussi un écrivain contemporain assure-t-il c que sa mémoire sera toujours chère à la province*. » Attentif à procurer le bien spirituel de son diocèse, il supprima diverses pratiques blâmables qui avaient lieu surtout dans les campagnes, et qui consistaient principalement dans des représentations de tragédies, sortes de farces indécentes, et dans des processions ridicules. Après vingt et un ans d'épiscopat, M. Du Brignou mourut à Saint-Brieuc, le 26 janvier 1766, dans la soixante-troisième année de son âge, regretté de tous ses diocésains, mais particulièrement des pauvres dont il était le père *.
« Lettre manuscrite de M. Du Brignou à M. de Beaumont, archevêque de Paris.
* Linguet, Mémoires pour le duc d'aiguillon. » Voici répitaphe qu'on mit aur son tombeau :
Hic Jacet RR. in X«<> P. DD. H. N. Thépault Du Brignou, ep. et D. Sanbrioccnais, religionia, quam semper coluit et forit,
amantiasimus, in pauperes pro/usus, ,
in omnes beneficus, obiit die 26 janvier 1766.
Requietcat in paca.
338 l'église de Bretagne. '
François BAflEAU DE GIRAC,né à Angouléme en 1732, était doyen de la cathédrale et vicaire général de ce diocèse.lorsqu il fut appelé à remplir le siège de Saint-Brienc. M. de Beaumont, archevêque de Paris, assisté des évêques de Béziers et d'Orléans, le sacra dans l'église de Saint- Roch le 34 août 1766. MM. de Beausset de Roquefort, évêque de Fréjus, et de Malide, évêque d'Avranches, reçurent en même temps que lui la consécration épisçopale. M. de Girac, pendant son séjour à Saint-Brieuc, présida les Etats de la province, qui se tinrent dans cette ville en 1768. Quoiqu'il n'eut alors que trente-quatre ans, et que les esprits fussent à cette époque très-agités en Bretagne, il s'acquitta de cette commission avec tant de capacité, que lé siège deRennesétant venu à vaquer, il y fut nommé en 1769. Nous avons déjà parlé de son administration dans ce dernier siège* et des tribulations qu'il eut à supporter par suite de sa fidélité à Dieu et à l'Eglise; nous dirons seulement ici que ce respectable prélat mourut à Paris à l'âge de quatre-vingwhuit ans, le 29 novembre 1820.
Jules FERRON DE LA FERRONNAYS, d'une famille noble et ancienne do Bretagne, Hé au château de Saint-Marsles-Ancenis en 1735, devint le successeur de M. de Girac à Saint-Brieuc, et fut sacré à Paris le 8 avril 1770. A peine ordonné prêtre, il avait été appelé par l'évoque de Conserans pour être son vicaire général. Plus tard il accompagna à Rome le cardinal de Bernis, et fui son conçlayiste au conclave qui précéda l'élection de Clément X1Y en 1769. Ce cardinal ayant rempli avec beaucoup d'habileté les intentions du roi, reçui le litre de protecteur des églises de France, et l'abbé de LaFerronnays, l'évêchéde Saint-Brieuc. On ne tarda pas à remarquer la haute idée que le nouveau prélat avait de la dignité épisçopale. Tout entier à ses dèvoirs, il s'appliquait à les remplir avec toute la vivacité de son naturel et la bonté de son coeur. Sa tendre compassion pour les malheureux se manifesta surtout à l'époque d'un désastre qui eut lieu près de Saint-Brienc au mois de septembre 1773. Le Trieu, 'petite rivière qui passe à Quintin et à Cbâtelaudren, éprouva une crue subite et si considé-
rable, qu'elle devint un torrent dévastateur qui renversait et entraînait tout ce qui se trouvait sur ses rives. Informé de ce malheur, l'évêque de Saint-Brieuc s'empresse de se rendre à Châtelaudren pour porter des secours aux infortunés riverains, et par sa persévérance à faire rechercher et recueillir les victimes de l'inondation, il eut la consolation de sauver la vie à un enfant de cinq à six ans, engagé sous de grosses pierres et qui devait y périr. Louis XV, informé de cette belle action, fil un éloge public du courage des membres de la famille de La Ferronnays1 ; et une main, tout à la fois généreuse et inconnue, lui adressa mille louis, c'est-à-dire une somme de vingt-quatre mille francs, qui lui arriva très à propos pour rendre ses aumônes plus abondantes.
Le diocèse de Saint-Brieuc perdit bientôt ce bon prélat, qui, en 1775, fut transféré à Bayonne, où il montra le même zèle, les mêmes vertus, et surtout la même charité qui avait excité l'admiration, et lui avait acquis l'amour de son premier troupeau. Une mortalité sur le bétail ayant fait éprouver de grandes pertes dans les campagnes des environs de sa ville épiscopale, il parcourut les villages pour consoler les paysans désolés, et fournit à chaque paroisse les bœufs nécessaires au labourage. Après quelques années passées à Bayonne, M. de La Ferronnays fut placé, en 1783, sur le siège de Lisieux, vacant par la mort de M. de Gondorcet. On se proposait de célébrer par une fête son arrivée dans son nouveau diocèse, mais il la refusa, et demanda que la somme qui devait servir à en payer les frais fût employée d'une manière plus utile. Avant de se rendre à Lisieux il y avait fait publier une lettre pastorale dans laquelle il exprimait les sentiments les pins bienveillants pour le clergé et le peuple qu'il était appelé à gouverner. Sa conduite ne démentit pas ses paroles, et pendant qu'il put jouir de la tranquillité il ne fut occupé que des moyens de procurer le bien spirituel et temporel de son troupeau; mais M. de La Ferronnays n'eut guère le temps d'achever le bien qu'il avait entrepris ni de réaliser celui qu'il méditait. La révolution vint bientôt le jeter
1 « Les Ferronnays, dit ce monarque, Tont à l'eau comme au feu. »
$40 L'ÉGLISE DE BRETÀGPtE.
dans une nouvelle carrière. Ame droite et sans défiance, il en vit les commencements sans effroi, parce qu'il n'en comprit pas d'abord les funestes suites; il crut qu'il ne s'agissait que de la réforme des abus. La spoliation de ses biens qu'il tenait de l'Eglise ne put lui arracher une plainte; mais bientôt il ne put se méprendre sur les projets des impies et des méchants; lorsqu'il les vit lever leurs mains sacrilèges pour s'apprêter à renverser l'autel et le trône, il fit entendre sa voix avec courage, afin d'avertir son peuple des dangers qui menaçaient la religion. En 1791 l'évéque de Lisieux publia, entre autres écrits, une lettre pastorale très-éloquente. 11 ne lui en fallut pas davantage pour mériter de paraître devant un tribunal qui lui enjoignit de quitter le pays sans délai. Après avoir passé quelque temps dans un château de son diocèse, d'où il veillait encore sur son troupeau, il se vit contraint de s'éloigner, et bientôt après de quitter la France. Il séjourna dans divers pays, éprouvant quelquefois toutes les rigueurs de la pauvreté, et fut souvent forcé de quitter les asiles qu'il s'était choisis, pour fuir devant les troupes françaises. Enfin, ce respectable prélat succomba aux douleurs d'une longue maladie et mourut à Munich le 15 mai 1799. Il était âgé de soixante-quatre ans. On a publié en 1839 une Notice de sa vie sans nom d'auteur. Elle est de format in-8° et bien écrite.
HuoDES-FaABrçois DE REGNAULT-BELLESCIZE monta sur le siège de Saint-Brieuc après M. de La Ferronnays. Il était fils du prévôt des marchands de Lyon et avait vu le jour dans ce pays en 1732. Son sacre eut lieu le 25 juin 1775. Son premier soin en entrant dans son diocèse fut de choisir deux excellents vicaires généraux, MM. de ftobien et Gofvry \ Tout le monde connaît le pre-
• M. Gofvry, né à Alljneuc, paroisse du diocèse de Saint-Brieuc, fit ses études dans la ville épiscopale et entra ensuite dans la-compagnie de Saint- Sulpice. Il professa longtemps et avec distinction la théologie an grand séminaire d'Angers. M. de Beliescize le ramena à Saint-Brieuc, lorsqu'il vint prendre possession de son siège. Ce respectable ecclésiastique, aussi sage que savant, devint bientôt la lumière et le gnide du clergé d u diocèse. Son opposition aux profanes nouveautés de la révolution lui attira quelques tracasseries, qu'il supporta avec beaucoup de fermeté. Déporté en Angleterre comme prêtre fidèle, il ne tarda pas à conquérir la vénération des nombreux ecclésiastiques alors réunis a Jersey. 11 mourut dans cette lie, âgé d'environ soixante-quinze ans, dans l'année 1 795. On a publié après sa mort un ouvrage qu'il avait composé et
disait M. de Bellescize, et moi je connais le second» > Avant d'être élevé à l'épiscopat, il possédait le titre de chanoine chamarier de Saint-Chef de Vienne en Dauphiné, et il conserva ce titre en devenant évéque. La collégiale de Saint-Chef ayant été réunie par Pie VI, en 1777, à celle de Saint-Pierre de la même ville, M. Bellescize devint abbé du nouveau chapitre, et cette dignité lui fut assurée pour le reste de ses jours. En 1780, il fit partie de l'assemblée provinciale de Tours, où les évéques qui y étaient réunis supprimèrent un certain nombre de fêtes observées jusqu'alors en Bretagne. Le nouveau Propre qu'il publia en 1782 est un monument de sa sagacité. Le palais épiscopal était en ruines: il entreprit de le reconstruire ; mais la révolution l'empêcha d'achever. Lorsqu'elle éclata, il se trouvait depuis quelque temps à Paris, où il sollicitait des secours pour conduire à fin son entreprise. La religion, à cette déplorable époque, le compta au nombre des pasteurs fidèles qui élevèrent la voix pour réclamer contre les coups portés à l'Eglise par l'impiété, et il fut un des signataires de la belle Instruction pastorale de M. de La Luzerne, évêque de Langres , à laquelle adhérèrent un grand nombre d'évéques de France. Il refusa le serment, et par suite de ce refus, il eut la douleur de voir un de ses curés s'asseoir sur son siège l. La révolution devenant cha-
qui a pour titre : Doctrine du saint concile de Trente sur le dogme et la discipline. M. Gofvry était d'une haute stature, avait le visage austère, et tout son extérieur commandait le respect.
1 Cet intrus fut Jean-Marie Jacob. Il était né en 1741 à Plounez, paroisse voisine de Paimpol, de parents appartenant à la classe des paysans aisés, et devint recteur de Lannebert, petite paroisse bretonne, à quatre lieues et demie de Saint-Brieuc Son extérieur était régulier et sa science médiocre. Egaré par des conseils perfides, il eut le malheur de donner dans les erreurs de la révolution et de se souiller par un serment sacrilège. Sa simplicité était si grande, qu'il disait alors : « Après » avoir étudié ma théologie pendant huit heures, j'ai vu que je pouvait » faire le serment \ » Un homme de cette trempe était très-propre à devenir prélat delà nouvelle Eglise; aussi fut-il élu évéque constitutionnel des Côtes-du-Nord au mois d'avril 1791 ; il partit de suite pour Paris, où il reçut la consécration épiscopale le 1er mai suivant. Peu façonné au rôle qu'on lui faisait jouer, il n'avait rien dans sa personne
* Nous avons entendu, on <79t, répéter en propos comme élan! ▼ériteblemeni
de lui.
que jour plus cruelle, M. Bellescize, qui était resté à Paris, avec l'espoir peut-être d'y vivre dans l'obscuriié et d'y être oublié, ne put échapper aux recherches des persécuteurs. Il fut longtemps enfermé dans diverses prisons (}'où il ne sortit qu'après le p, thermidor, époque à laquelle finit, par la mort de Kobespierre, le régime horrible de la terreur. La Providence lui ménagea pendant sa captivité une de ces consolations qui dédommagent un ministre de Jésus-Christ de tous les maux qu'il peut souffrir. Dans la même prison que lui 1 se trouvait aussi privé de sa liberté le célèbre La Harpe, littérateur distingué, niais disciple de Voltaire et imbu de toutes les erreurs du xvme siècle. Il dut sa conversion au zèle de M. Bellescize. c Déjà le sen- » timent de ses malheurs, lu présence de la mort, le néant » des consolations humaines, le déshonneur de la philo- » sophie qui remplaçait ses doux enseignements par les » plus viles scélératesses, les barbares excès dont se souil-
qui annonçât la dignité à laquelle il était si subitement élevé, et plusieurs fois ses manières rustiques apprêtèrent à rire à ses propres partisans. Majs ces défauts ne l'arrêtèrent pas dans les voies du schisme; après avoir été installé pendant un orage épouvantable, il organisa comme il put son église, accueillit les mauvais prêtres et les moines apostats oui quittaient leurs cloîtres, et promut au sacerdoce des sujets que leur incapacité notoire avait fait éloigner des saints ordres. Tels furent les nouveau* pasteurs qu'il prétendit donner à des peuples qui n'en voulaient pas, et qui, étant instruits et fermes dans la foi, n'abandonnaient point leurs pasteurs légitimes poursuivre des mercenaires. Cependant (e zèle de Jacob était grand pour augmenter le nombre de ses^ prosélyies ti ès-clair-semé« dans toutes les paroisses. Faisant sa visite dan> celle de Ticvé, il donna l'aumône à une mendiante qui la lui demandait; mais ayant interrogé cette femme pour savoir si elle allait à ta messe du curé constitutionnel, sur la réponse négative de celle-ci, il l'obligea à lui rendre la pièce de monnaie qu'il lui avait donnée. Détenu pendant quelque temps sous le régime de la terreur, son premier soin, lorsqu'il eut recouvré sa liberté, fut de rallumer le schisme dans le pays, en reprenant avec empressement l'exercice de ses fonctions. Il adhéra aux encycliques que publièrent les constitutionnels, et soutint de tout son pouvoir leur église chancelante. Il assista Lecoz, intrus de Hennés, au sacre de Dorlodnt, évéque schématique de la Majenne, le 7 avril 1799. Favorisé par les autorités civiles, il devint, à l'époque de l'établis cment des préfectures, l'un des conseillers de celle des Côtes-du-Noid. C'est a\ec ce titre qu'il mourut à Saint Brieuc, dans son aveuglement, à l'âge de soixante ans, le 18 mai 1801.
* Il était alors enfermé au Temple, lieu à Jamais célèbre par la captivité de Louis XVI et de son auguste famille.
» lait ce beau siècle de tontes les lumières, avaient, dit nn
> écrivain de cette époque, ouvert les yeux de M. de La » Harpe. Les instructions de l'évéque de Saint-Brieuc ache- » vèrent de le déterminer. Après avoir été son apôtre, i! » fut le dépositaire de son repentir, et il eut le bonheur
> avant de mourir de voir l'ouvrage de la grâce se fortifier » chaque jour". » On rapporte que le respectable prélat souffrait avec beaucoup de patience dans sa prison de violentes douleurs de goutte. La Harpe, qui en fut témoin, surpris de ce calme au milieu des souffrances, lui en témoigna son étonnement. M. de Bellescize lui fit entendre alors que la religion donnait une force merveilleuse pour supporter tous les maux de la vie; et Dieu bénissant ses paroles, il vit bientôt son compagnon d'infortune abjurer ses erreurs et revenir sincèrement à la religion *. M. Bellescize ne jouit pas longtemps de la liberté qu'il avait recouvrée; soit qu'il tut usé par les infirmités ou épuisé par les rigueurs de sa captivité, il mourut à l'âge de soixantequatre ans, le 20 septembre 1796. L'église de Saint-Roch sa paroisse étant occupée par les intrus, on présenta son corps à l'église de la Conception, où M. Marduel, curé légitime et de plus son compatriote et son ami, lui rendit les derniers devoirs. M. Bellescize joignait à beaucoup d'esprit un peu d'originalité dans le caractère.
L'église de Saint-Brieuc se trouva privée de pasteur lé* gitime pendant l'espace de près de six ans. Le diocèse fut pendant ce temps gouverné par le respectable abbé Manoir, ancien secrétaire de l'évêché et promoteur, qui avait des pouvoirs de vicaire général. Ce digne ecclésiastique, caché dans le pays, y était exposé à toutes les rigueurs de la persécution, et fut même pendant assez longtemps enfermé dans une maison d'arrêt. Lnfiu le concordat ayant rendu la paix à l'Eglise de France, les sièges que ce concordat conservait reçurent de nouveaux évêques. Celui de Saint-Brieuc n'eut qu'à s'applaudir du pasteur que la Providence lui donna. C'était
« Annales religieuses^ politiques et littéraires, t. 2. 6 Noua avons entendu raconter dans le temps cette particularité que nous rapportons ici.
344 l'église de Bretagne.
Jean-Baptiste-Marie CÀFFARELLI, appartenant à une famille noble et vertueuse. Il était né au Falga en Languedoc le 1er avril 1763. Après avoir fait ses humanités au collège établi dans l'abbaye de Sorrèze, il embrassa l'état ecclésiastique, entra au séminaire des Lazaristes à Toulouse, et fut en 1786 promu au sacerdoce. Placé vicaire dans une paroisse du diocèse de Toulouse auquel il appartenait, il ne put longtemps remplir paisiblement ses fonctions. La révolution, qui ne tarda pas à éclater, poursuivait à outrance les prêtres fidèles; aussi M. Caffarelli se vit-il bientôt obligé de fuir et de passer en Espagne. Il y trouva un asile chez l'évéquede Cordoue, et habita ensuite quelques autres villes. Son frère aîné, officier d'un mérite distingué, général du génie, faisait partie de l'armée d'Egypte en 1798 et fut blessé mortellement devant Saint- Jean-d* Acre. En mourant, il recommanda sa famille à Bonaparte qui, on le sait, commandait cette armée et avait pour lui une grande estime. Celui-ci lui promit de prendre intérêt à ses frères, et remplit cet engagement lorsqu'il fut parvenu au pouvoir. Un des MM. Caffarelli fut nommé préfet maritime de Brest, et appela près de lui son frère exilé. L'abbé Caffarelli habitait Brest lorsqu'à l'époque de la publication du concordat, Bonaparte le nomma à l'évéché de Saint- Brieuc. M. de Boisgelin, ancien archevêque d'Aix, alors archevêque de Tours, assisté de MM. Couet Du Vivier de Lorry, ancien évêque d'Angers, alors évêque de La Rochelle, et de Maillé de La Tour-Landry, évêque de Rennes, le sacra dans l'église de Saint-Roch le 1er mai 1802, jour de la fête de saint Brieuc. On n'était pas sans inquiétude dans ce diocèse au sujet du nouveau prélat, inconnu à la population et frère de l'un des puissants du jour, à une époque où la religion n'était guère que tolérée par ceux qui avaient le pouvoir en main ; mais l'on fut bientôt rassuré sur son, compte, lorsqu'on sut qu'il avait souffert l'exil pour la foi, et qu'on vit sa conduite envers les prêtres constitutionnels. S'il ne put, par un obstacle imprévu, obtenir d'eux des rétractatipns formelles, il leur fit sentir au moins combien il était opposé à leurs faux principes, et le peu d'estime qu'il avait pour eux. L'obligation que le gouvernement lui im-
posa d'en placer plusieurs, te jeta dans la peine et l'embarras, et retarda l'organisation de son diocèse. Le premier v des é venues de Bretagne il rouvrit son séminaire qu'il avait racheté du produit des aumônes des fidèles. Actif et zélé, M. de Cuffarelli visitait chaque année une portion considérable de son troupeau, et prolongeait ses courses pastorales jusqu'à l'espace de deux mois sans interruption. Après les efforts que l'impiété avait faits pour détruire la religion en France, tout était à rétablir ; l'étendue et les difficultés de la tâche ne l'effrayèrent pas, et il mit courageusement la main à l'œuvre. Sous son épiscopat les membres épars de diverses communautés se réunirent et reprirent leurs utiles * fonctions. Telles furent les Sœurs de la Croix et les Ursulines de Tréguier, les Ursulines de Quintin et les religieuses du Refuge de Guingamp qui, n'ayant pu recouvrer leur ancienne maison, se fixèrent à Saint-Brieuc. Ce respectable prélat eut, le 14 mars 1807, la consolation d'élever au sacerdoce un de ses diocésains qui lui élait bien cher, Mgr. de Quelen, aujourd'hui archevêque de Paris. Le 5 septembre 1810, il établit à Tréguier une école ecclésiastique qui ne put longtemps résister aux tracasseries de l'Université, et fut détruite au bout de quelques mois. Quoique M. de Caffarelli fût dévoué à Bonaparte, qui avait comblé sa famille de bienfaits, il ne trahit point la cause de l'Eglise dans le concile assemblé à Paris en 1811 ; au contraire, il y soutint avec fermeté les droits du saint Siège, et s'attira une honorable disgrâce de la part du maître impérieux qui gouvernait alors la France, et qui le priva pendant presque tout le reste de son règne de la faculté de faire des ordinations1. Ce respectable prélat ne fournit pas une longue carrière; il était d'un tempérament assez délicat, et vers la fin de l'année 1814 sa santé s'altéra visiblement ; cependant on ne le croyait pas en danger, lorsqu'il expira presque subitement le 11 janvier 1815, n'ayant pas encore cinquante-deux ans accomplis. Son corps fut inhumé dans sa
• Par une disposition des articles organiques du concordat, il fallait une permission du gouvernement pour que les evéques pussent admettre les sujets aux ordres sacrés. Cette restriction tyrannique a été depuis abolie.
cathédrale et déposé dans un tombeau adossé au mur du sanctuaire, en face de l'autel de la Sainte-Vierge. M. de Caffarelli était un homme très-remarquable sous le rapport des qualités du cœur. Bon, compatissant, généreux, il se fit aimer de tous ceux qui le connurent. Appelé, dans des temps difficiles, à gouverner un vaste diocèse, composé de fractions de plusieurs autres, il sut y maintenir la tranquillité et y fit fleurir la religion.
Une longue vacance suivit la mort de M. de Caffarelli. Le diocèse fut pendant ce temps gouverné par MM. Manoir, Boulard et Jean-Marie-Robert de La Mennais en qualité de vicaires capitulaires. L'Eglise de France, qui avait gémi sous la tyrannie de Bonaparte pendant les dernières années de sa domination, jouit de plus de liberté lorsque le Seigneur eut frappé cet homme superbe. Les vicaires capitulaires de Saint-Brieuc profitèrent de ce calme pour s'occuper d'établissements utiles et procurer des missions à diverses paroisses du diocèse. Un petit séminaire fut établi à Tréguier, en 4816, et bientôt après les Ursulines de Lamballe ainsi que celles de Dinan rentrèrent dans leurs anciennes maisons. Ce fut aussi en 1816 que les missions recommencèrent; celle de Saint-Brieuc, qui eut lieu cette année, dura six semaines, et le peuple s'y porta avec une affluence toujours croissante qui remplit de consolation les ouvriers évangéliques employés à cette œuvre de salut. Celle de Loudéac, qui se donna au mois de mai de l'année 1817, ne fut pas moins abondante en fruits de bénédiction.
Cependant le gouvernement s'occupait de guérir les maux de la religion, et de donner des pasteurs aux peuples qui avaient perdu les leurs. Un concordat, entre le pape Pie VU et le roi Louis XVIII, fut à cet effet signé en 1817; mais, si les ennemis de l'Eglise ne pouvaient plus, comme quelques années plus tôt, lui faire en France une guerre duverte, ils étaient encore assez puissants pour arrêter le bien qu'elle attendait. Ce concordat ne reçut pas son exécution. Il fallut souffrir des retards jusqu'à la moitié de l'année 1819. A cette époque
Mgr. Matiiias LE GROING DE LA ROMAGÈRE fut
DlOCfeS* DE 5AINT-BRIEUC 547
nommé évêque de Saint-Brieue et sacré en cette qualité, le 17 octobre 1819, dans l'église des Carmélites de la rue de Vaugirard à Paris, avec MM. d'Andigné, évêque de Nantes, etdeBruç, évêque de Vannes, par M.deClermont-Tounerre, archevêque de Toulouse et depuis cardinal, assisté de MM. de Salamon et Saussol, évêques de Saint-Flour et de Séez. M. de La Romagère est né à Saurier, diocèse de Jtyoulins, le 5 décembre 1756. Sa famille, noble et ancienne, est alliée à celle de Richelieu. Après avoir fait ses humanités en province, il commença ses études ecclésiastiques, au séminaire de Saint-Sulpiceà Paris, y prit ses grades et devint prieur de Sorbonne. Lorsqu'il eut été élevé au sacerdoce, M. de Clermont-Tonnerre, alors évêque de Châlons-sur-Marne, l'appela près de lui et le nomma chanoine de sa cathédrale, avec le titre de vicaire général. M. de La Romagère, attaché à cette église, se trouvait à Chûlons quand la révolution commença. Il y resta, malgré tous les Rangers qui le menaçaient et s'y employa avec zèle à pré» server les fidèles du schisme et à les fortifier dans |a foi. La persécution devenant chaque jour plus violente, il fut arrêté en 1793 et conduit comme un criminel jusqu'à Rochefort, et là jeté dans un des vaisseaux où la mort frappa tant de prêtres fidèles. Une demande, que sa charité lui inspira d'adresser à ses geôliers, en faveur de ses confrères, aggrava pour luj les rigueurs de la captivité et le fit condamner pour huit jours aux fers. Il eut la douleur de perdre pendant sa détention l'abbé de La Romagère son frère, archidiacre de Narzène dans l'église de Bourges, vicaire général de ce diocèse, et comme lui prisonnier pour la foi sur le même vaisseau. Rendu à la liberté en 1795, M. Le Groin g de La Romagère se retira dans sou pays natal, et devint vicaire général de Bourges et de Clermont. 11 fut nommé en 1817 à l'évêché de Saint-Brieuc; mais il ne put prendre possession de son siège avant la fin de l'année 1819. Divers établissements utiles qu'il a formés et affermis sont autant de preuves de son zèle pour le bien de son diocèse. Ses travaux passés et son âge avancé n'ont pu jusqu'ici ralentir l'activité du zèle de ce vénérable prélat.
348 l'église de bretàgwe.
DIOCÈSE DE TRÉGUIER i.
Cette ville est située dans la partie septentrionale de la Bretagne, à l'embouchure de deux rivières nommées le Guindy et le Jaudy qui se déchargent dans l'Océan. Des érudits ont cru que c'était des peuples de ce canton dont Jules César faisait mention, lorsqu'il parlait des Lexobiiou Lexovii; mais Danville prouve que cet écrivain avait en vue les habitants de Lisieux*. Nous sommes assez disposés à croire qu'il a autrefois existé une ville nommée Lexobie, située à l'embouchure de la rivière de Léguer, dans la paroisse de Ploulec'h. La tradition en est si généralement répandue dans le pays, qu'on ne peut la regarder comme entièrement fausse ; mais ce qu'il nous est impossible d'admettre, c'est l'assertion du P. Albert le Grand, qui prétend que Drenalus, disciple de Joseph d'Arimathie, a fondé à Lexobie un siège épiscopal dès le ier siècle de l'ère chrétienne. Cette opinion n'étant appuyée sur aucune preuve solide, doit être rejetée. La partie septentrionale de la Bretagne, alors peu habitée, n'eut pas le bonheur d'être sitôt éclairée des lumières de la foi, et, s'il y a eu des évêques à Lexobie, ce dont il est permis de douter, ce siège n'a été établi qu'à une époque moins reculée. On prétend que la chapelle de Notre-Dame-de-Coz-Gueaudet, construite sur les ruines de Lexobie, et pèlerinage assez fréquenté, a été érigée pour rappeler la mémoire de l'ancienne cathédrale, détruite ainsi que la ville par les Danois, au ixc siècle 2. L'établissement d'un siège épiscopal
• En latin, Trecor c% Trecorium ; en breton, Landreguer. Le diocèse de Tréguier, D 'tœcesis Trecorensis ; en breton, Escopti Treguer. a Notice de l'ancienne Gaule.
1 On a adopté cette tradition dans le Propre de Tréguier de 1770, aux leçons de la fête de saint Tagdual. Mais nous doutons que cette partie de la leçon soit conforme à l'ancienne légende.
DIOCÈSE DE TRÉGCIER. 549
fixé à Tréguier par saint Tugdual, nous semble bien plus certain, et le titre seul d'évéque de Tréguier, donné constamment à ce saint, en offre une preuve, fortifiée par la connaissance qu'on a des noms de ses successeurs qui ont gouverné cette église à une époque bien antérieure à celle qu'on assigne à la prétendue érection de cet évéché par Nominoé. Ce diocèse, borné au nord par la mer, au levant par celui de Saint-Brieuc, au midi par celui de Quimper et au couchant par celui de Léon, renfermait cent et une paroisses et vingt-neuf trêves, deux collégiales, deux abbayes, celle de Bégard et celle de Sainte-Croix de Guingamp, et deux prieurés à nomination royale. Il est depuis sa suppression réuni au diocèse de Saint-Brieuc, à l'exception de vingtsix paroisses attachées à celui de Quimper. La cathédrale, dédiée d'abord à saint André, apôtre, puis, plus tard, à saint Tugdual et à saint Yves, devenue église paroissiale depuis la suppression du siège, a été construite à la fin du xive siècle *. La belle flèche qui orne cet édifice est du xvine siècle. L'anniversaire de la dédicace de cette église était fixé au dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu, et à cette époque de l'année, toutes les paroisses du diocèse étaient obligées de venir en procession la visiter. «C'est là sans doute l'origine de la foire assez célèbre qui se tient encore à Tréguier pendant l'octave de la Fête- Dieu, et principalement dans le cloître des anciens chanoines, attenant à la cathédrale, beau monument du xv* siècle *. Le revenu de cet évéché n'était porté qu'à la somme de vingt mille francs ; mais nous savons qu'il en valait quarante mille à l'époque de la révolution. L'évéque joignait à son titre spirituel celui de comte de Tréguier, et la ville «épiscopale était soumise à sa juridiction temporelle. Cette ville, qui compte à peine trois mille habitants, était divisée en trois paroisses : celle de la Rive, dédiée à saint Sébastien, celle de l'Hôpital, sous le patronage de saint Vincent, et celle d« Minihy, formée surtout du territoire de ce nom alors attaché à la ville, mais qui fait aujourd'hui une succursale distincte. Toutes étaient desservies à des
• La première pierre fut placée en 1393, suivant le P. Albert.
* U fut construit en 1401 . (Extrait des archivés du chapitré.)
autels do bas de la nef de la cathédrale par trois curés qai remplissaient en même temps, avec trois autres prêtres, les fonctions de vicaires du chapitre et en dépendaient ; aussi I ndice canonial était le seul qui se Ht dans cette église1. Le chapitre de Tréguier, curé primitif de ces paroisses, était composé du grand chantre qui le présidait , d'un trésorier, d'un archidiacre, celui de Tréguier, d'un écolatre et de douze chanoines, dont Tévêqiie était le premier, et jouissait en cette qualité de la prébende attachée à son siège. Une autre prébende servait à la dotation de la Psallette, établissement que le pape Nicolas Y approuva par sa bulle de 1449, et Callixte III, son successeur, en 1456. L'église de Tréguier avait un second archidiacre, celui de Plusquellec; mats il n'était pas chanoine. Les dignités et les canonicats étaient à la nomination alternative du pape et de l'évêque. Les hommes vénérables qui en 1790 composaient ce chapitre, supportèrent avec courage les tribulations que leur causa la tourmente révolutionnàiré, et sont tous morts dans des lieux plus ou moins éloignés de leurs anciens bénéfices. La ville de Tréguier possédait quatre communautés de femmes : les Ursulines, les Filles de la Croix et deux maisons de Sœurs de Saitit-Pfettl.
SÉMINAIRE
Le séminaire de Tréguier a eu l'insigne honneur d'être fondé par saint Vincent de Paul. Ce grand serviteur de Dieu, sur la demande que lui en fit le très - vertueux évèque, Balthasar Grangier, qui occupait alors le si#ge épiscopal, envoya en 1654 quelques-uns de ses prêtres ei des frères qui commencèrent cet utile établissement. M. Thépaut Du Kumelin, chanoine de Tréguier, dont le nom mérite d'être conservé et dont on voit encore la tombe dans la chapelle du séminaire, donna tout le terrain nécessaire pour les bâtiments et leurs dépendances, et la congrégation de Saint-Lazare l'a desservi jusqu'en 1791. Il
* Les convois et les services pour les morts se faisaient àNotre-Danjede-uiateolvezou, chapelle très-ancienne, fondée, dit-on, par saint Tugdual et transformée aujourd'hui en halle.
DIOCÈSE DK TRÉGUIER.
semble que la protection de saint Vincent a préservé cette maison d'une destruction complète et l'a rendue à son encienne destination. Après avoir été aliénée et dégradée pendant la révolution, elle fut rachetée en 4820; et c'est maintenant un des petits séminaires du diocèse de Saint- Brieuc.
COLLÉGIALES
La collégiale de Notre-Dame-du-Mur, à Morlaix, fut fondée par Jean II, duc de Bretagne, le 45 août 4295, sous l'épiscopat de Geoffroy de Tournemine, évéque de Tréguier, qui fut témoin de cette fondation, ainsi que les évéques de Rennes, de Nantes, de Dol et de Léon. Ce chapitre était composé d'un prévôt qui était nommé par le roi, et de huit chanoines à la nomination alternative du pape et de l'évéque. Le clocher de cette collégiale, qui était très-élevé, s'écroula a vec fracas le 28 mars 4806, et l'église elle-même a été détruite.
Les seigneurs de Tonquedec fondèrent, vers le milieu du iv« siècle, une collégiale dans l'église de leur paroisse, et l'érection canonique en lut faite par Jean de Ploeuc, évéque de Tréguier, le 47 août 1447. Un prévôt-recteur et quatre chanoines formaient ce chapitre, dont tous les membres étaient nommés par la famille de Tonquedec.
CATALOGUE HISTORIQUE DES EVÈQUES