‹ Vies des saints de BretagneChapitre 25 sur 130 · DE TRÉGUIER · texte numérisé non relu

DE TRÉGUIER

Saïut TUGDUAL ou PABUTUAL est regardé comme le premier évèque de Trégnier. Fils de Hoeî [** , souverain de l'Armorique, il naquit dans la Grande-Bretagne; y passa sa jeunesse, y embrassa l'état monastique et revint ensuite dans le pays de ses pères, où il fonda deux monastères, celui de Léon qu'il habita d'abord, et celui de Trecor, dans lequel il passa une grande partie de sa vie et où il finit ses jours. C'est auprès de ce monastère de Trecor que sVst formée la ville de Tréguier. Saint Tugdual y mourut le 30 décembre 564 a. Les catalogues lui donnent pour successeur Rivelin, nommé aussi Ruelîn et honoré d'un culte public ; Pei bogat,

« Voyea sa vie, Vies des Saints de Bretagne, t. ltr.

qu'on nomme aussi Pergat, qui est honoré comme patron de Pouldouran près de Tréguier; Leothere, Félix, Martin, Denys, Gosennan, Gratien, Paul et Soffrus. On ne trouve aucun monument qui fasse mention de ces prélats, ni de leurs successeurs jusqu'au xi« siècle l. Aussi nous commencerons par le suivant.

GUILLAUME est le premier évêque de Tréguier, dont il soit parlé dans les chartes ; il souscrivit à la fondation de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes, faite en 1052 par le duc Alain III.

MARTIN a fut d'abord secrétaire et châtelain de Geoffroi, comte d'Anjou. C'est en cette qualité qu'il dressa un acte de donation faite à l'abbaye de Saint-Serge, quelques jours après la mort de Hubert, évêque d'Angers. Ce prélat mourut, selon MM. de Sainte-Marthe, en 1047.

La notice *du cartulaire de Saint-Serge ajoute que Martin fut dans la suite élu évêque de Tréguier.

HUGUES de Saint-Pabutual donna en 1086, aux religieux du Mont-Saint-Michel, le mont Hirglas et ses dépendances. Ce mont, situé dans la paroisse de Plestin, appelée dans la donation Plegeslin, est au bord de la mer et appartenait en propre à ce prélat. Il y joignit la dime de cette paroisse.

RAOUL approuva en 1140 une confraternité établie par Hervé, vicomte de Léon, entre les religieux de Saint-Mahé et des laïques. Il souscrivit au concile tenu à Dol,en 1128, par Gérard, évêque d'Angoulême et légat du saint Siège. Il mourut, suivant le P. Albert, en l'année 1117. Raoul était évêque de Tréguier, lorsque quatre religieux de l'abbaye de l'Aumône, dans le diocèse de Chartres, vinrent en 1 150 établir l'abbaye de Begard dans son diocèse. Comme il avait vivement désiré cet établissement, il reçut ces religieux avec joie.

• Nous en convenons; mais le culte public rendu à saint Ruelin, honoré comme évêque de Tréguier du Sixième siècle, et non comme évêque régionnaire, nous parait prouver solidement, malgré le silence des historiens, que cetévêché était fondé à cette époque et n'avait pat besoin de l'autorité séculière de Nominoé pour commencer d'exister.

« Sanunarth., t. 3.

Un autre évéque de Tréguier, que le P. Albert nomme Hugues, reçut du pape Luce H, en 1144, une lettre qui lui signifiait qu'il eût désormais à regarder le seul archevêque de Tours comme son. métropolitain «• Hugues mourut en 1150.

GUILLAUME a donna en 1151 l'abbaye de Saint-Sauveur de Guingamp aux religieux de Marmoutier, pour la convertir en unprieuré. Mais cette donation n'eut pas de suite, car Etienne, comte de Lamballe, en disposa en faveur des religieux de Saint-Melaine de Rennes. Ce prélat fut accusé en 1155 de dissipation, de simonie, de parjure et autres • crimes. Le pape Anastase IV commit en 1154 Engelbaud, archevêque de Tours, pour examiner la conduite de 1 evêque de Tréguier et lui en faire un rapport exact. Guillaume étant demeuré sur son siège, il est naturel de croire que les accusations formées contre lui n'avaient pas un fondement solide. Il fut un des témoins qui signèrent la charte que le duc Gonan IV donna aux religieux de Coetmalouen pour confirmer la fondation de leur abbaye. Ce fut sous son épiscopat que Derien, seigneur de La Roche-Jaudy, appelée depuis de son nom La Roche-Derien, fonda dans cette petite ville le prieuré de Sainte-Croix, pour la dotation duquel il donna les dîmes de Lanloup et de Plouguiel, ainsi qu'une rente à Goudelin. L'acte en fut dressé à La Roche- Derien, en présence de Guillaume, évêque de Tréguier, de G..., abbé de Sainte-Croix de Guingamp, et de Hamon, chapelain du seigneur. Ce prieuré n'ayant pas de revenus suffisants, on lui assigna en 1256 cent sous de rente, à prendre sur le four de Saint-Sauveur de Guingamp; mais alors il portait le nom de prieuré de Notre-Dame. Il paraît qu'il était supprimé longtemps avant la révolution, car il n'en resté aucun souvenir dans ce pays. Guillaume mourut en 1175, suivant la Chronique de Robert, abbé du Mont-Saint-Michel.

YVES, surnommé HOUGNON*, était originaire de Brett-

' Il est étonnant que D. Morice ne dise pas un mot de cet éréque, dont le titre se trouve cependant dans une pièce qu'il a publiée.

* Labbe, 1. 10, Concil.

* Jean Maan, p. MO. Robert du Mont-Saint-Micbel.

gne et archiprétre de l'église de Tours. Il succéda à Guillaume en 4175, selon le continuateur de Sigebert. Quatre ans après, il entreprit le voyage de Rome pendant lequel il fut attaqué par des voleurs, qui lui enlevèrent tous ses effets, et le battirent si rudement, qu'il mourut huit jours après cet accident, en 1179.

GEOFFROI LOIZ, Bis d'un bourgeois de Guingamp, fut élu et sacré en 4179, suivant Robert, abbé du Mont-Saint- Michel. Il confirma en 1187 les religieux de Saint-Melaine dans la possession des églises de Saint-Sauveur et de la Trinité de Guingamp. Son nom se trouve à la fin d'une «harte de l'abbaye de Beauport, datée de l'an 1202. Du Paz le fait assister en 1210 à un concile tenu à Rennes par Jean de La Faye, archevêque de Tours : mais il ne donne point de preuves de la tenue de ce concile provincial, dont aucun auteur n'a parlé avant lui.

ETIENNE scella en 1224 une transaction passée entre les religieux de Bégard et Eudon, fils de Guillaume de Bellisle. Il ratifia aussi la fondation des Frères Prêcheurs de Morlaix, faite en 1237.

PIERRE confirma en 1138 une transaction passée entre Macle, abbesse de Saint-Georges de Rennes, et un chevalier nommé Derrien.On trouve dans le cartulairc deSaint- Melaine une lettre de ce prélat à l'abbé Hervé, touchant une donation faite par Hamelin.

HAMON fut sacré en 1255 avec Alain, évêque de Vannes. Il vivait encore en 1262, selon des actes de Bégard et de Saint-Aubin-des-Bois.

Alain DE LESHARDRIEU* ratifia en 1266 une transaction passée entre les abbés de Bonrepos et de Sastrie en Angleterre. 11 écrivit le 24 décembre 1721 aux grands vicaires capitulaires de Tours, pendant la vacance du siège, pour s'excuser de ce qu'il ne pouvait assister à la consécration de Pierre, élu de Saint-Brieuc.

Alain DE BRUC, d'une noble famille de Bretagne, reçut le 12 janvier 1284, dans son diocèse, les Jacobins éta-

• Murtène, t. 3, Antcdot.% p. 965.

DIOCÈSE DE TRÉGCIER. 355

blis à Guingamp. Ce prélat êut le bonheur de posséder saint Yves dans son diocèse; il le nomma son officiai, lui donna la cure de Tredrez en 1283, et mourut dans là même année.

Geofproi TOURNF.MINE* fut élu au mois d avril 1286, et sacré presque aussitôt par Renaud, archevêque de Tours. Geoffroi donna la cure de Lohannec à saint Yves en 129i. Il vivait encore en 1307, selon une quittance qu'il donna aux exécuteurs testamentaires du duc Jean II. Saint Yves fonda en 1293 la chapelle de Kermanin, et mourut sous l'épiscopat de ce prélat, c'est-à-dire le 19 mai 1303.

Jean RI G AU D fit sa soumission à la chambre apostolique le m mars 1317 pour l'évêché de Tréguier.

Pirrre DE LIS LE fit sa soumission à la chambre apostolique le 1er mars 1324, en qualité d élu de Tréguier. Il fut un des exécuteurs testamentaires de Guillaume Coetmohan, de la paroisse de Plouaret, qui testa le 11 avril 1323, et fonda le collège de tréguier à Paris, où il était chanoine de Notre-Dame.

Yves DE BOISBOESSEL* fit sa soumission à la chambre apostolique le 13 novembre 1327, en qualité d'élu de Tréguier. MM. de Sainte-Marthe, après Du Paz, assurent qu'il était de la maison de Boisboessel, appelée aussi Boisboissel ; mais il est nommé Yvo prcepositi dans des actes de Marmoutier datés de 1328 et 1329, ce qui semble signifier Yves le prévôt. Cet évêque alla à Romë en 1329 avec Guy de Bretagne, muni d une procuration du chapitre de Tréguier, pour supplier le pape Jean XXII de procéder à la canonisation de saint Yves. Gë pontife nomma des commissaires qui commencèrent leur information le 23 juin 1330, et la conclurent le 4 août suivant. Il fut transféré à Quimper en 1330, puisàSaint-Malo en 1348, et y mourut en 1349.

Axain HELOURI c fit sa soumission à la chambre a posto-

• Martène, t. 3, Jneedot., p. 970.

t> Refcist Vatican.

* Martène, t. 4, Ameed.% p. 1113.

556 l'église de Bretagne.

lique le 5 novembre 1330 en qualité d'élu de Tréguier . Il reçut en 1336 la visite dans sa cathédrale de l'archevêque de Tours, qui termina plusieurs différends survenus entre l'évêque et le chapitre. Pierre, abbé de Bégard, et Guillaume- Philippe, archidiacre de Saint-Brieuc,contribuèrent aussi par leurs bons conseils à apaiser ces divisions. Alain tint un synode en 1334, dans lequel il confirma les statuts de ses prédécesseurs» et en publia de nouveaux. Sa mort est marquée sous l'an 1338 dans la Chronique de Nantes.

Richard DU POIRIER fut sacré à Tours par l'archevêque Pierre de Frétaud en 1329, le dimanche ante carnit prtvîum, c'est-à-dire le dimanche de la Septuagésime ou de la Quinquagésime, selon le temps où commençait le carême a. 11 jeta la même année les fondements de la nouvelle église de Tréguier. Il eut la consolation de voir placé au rang des saints Yves Helory, la gloire de son clergé et l'honneur de son diocèse, que le pape Clément VI canonisa le 19 mai 1347. Richard leva de terre le corps du saint le 28 octobre 1348, au milieu d'une grande foule de peuple qui faisait éclater sa joie.

Rorert PA1NEL visita le tombeau des apôtres le 24 mai 1354, suivant les registres du Vatican, et fut transféré l'année suivante sur le siège de Nantes.

Hugues DE MONTRELAIS, doyen de l'église de Nantes, fut fait évêque de Tréguier en 1355 par le pape lunocent VI, transféré à Saint-Brieuc en 1358, et mourut en 1390.

François ALAIN paya les droits de la chambre aposto- * lique pour l'évêché de Tréguier le 5 novembre 1358, et mourut en 1362, suivant les registres consistoriaux.

Even et en français Yves BEGAIGNON \ issu d'une famille noble du diocèse de Tréguier et de la paroisse de Plestin, embrassa d'abord la règle de saint Dominique, dans le couvent de Morlaix. Il étudia ensuite la théologie

* Martène, t. 3, p. 973, Aneedol.

* Martène, t. 4, Jnecdot., p. 1118. Auberi,f Hist. dts tard, français, •.t«%p.8i.

DIOCÈSE Bl TRÉMIE*. 557

dans l'Université de Paris avec tanl de succès, que le pape le choisit pour son pénitencier. Cette dignité le conduisit à l'évêché de Tréguier, dont il fut pourvu le 28 novembre 1362, suivant les registres consistoriaux. En 1564, Charles de Blois et la comtesse Jeanne, son épouse, visitèrent le tombeau de saint Yves. Even leur montra les reliques et leur en donna une parcelle pour le roi de Chypre, qui avait une grande dévotion à ce saint, depuis surtout qu'il avait obtenu un miracle éclatant par son intercession. Ce prélat tint en 1365, le jeudi avant la fête de la Pentecôte, un synode dans lequel il confirma les statuts de ses prédécesseurs et en publia de nouveaux. Le pape Urbain V l'ayant créé cardinal et grand pénitencier de l'Eglise romaine, il se démit de son évéché en 1371. Il mourut à Rome en 1378.

Jean BRUN, conseiller et aumônier du duc Jean le Conquérant, avocat en cour de Rome, fut nommé à l'évêché de Tréguier le 12 juin 1371, sur la démission du cardinal Begaignon *. Dès cette même année il tint à Guingamp un synode dont il publia les statuts, qui sont un monument de son zèle. Il en tint encore depuis plusieurs autres dont les statuts ont été donnés au public par D. Martène. Sa mort arriva en 1378.

Thibaud DE MALESTROIT fut élu en 1378, et son élection fut admise à Rome en 1579 *. Il donna procuration, le 1er mars, à Jean de Malestroit pour demander au duc mainlevée du temporel de son église. D. Martène a donné quelques statuts synodaux publiés par ce prélat en 1380. Il fut transféré à Quimper en 1383, et y mourut en 1408.

Hugues DE REROULAI % natif du diocèse de Léon, et docteur fameux en l'un et l'autre droit, fut élu évêque de Tréguier en 1583. 11 assista aux Etats tenus à Rennes en 1584, et fut envoyé la même année vers le roi de France pour lui faire des remontrances sur les atteintes portées

<■ Martène, t. 4, Jneedot.

* Martène, ibitt.

• La P. Albert la Grand le nomma Hugues de K«rriova1«n.

358 LÉGLISB DP. BRETAGNE.

par ses officiers aux prérogatives du duché de Bretagne. Son épiscopai ne fut pas de longue durée, car il mourut en 1384.

Pierre MOREL , natif de Guingamp, fit serment de fidélité au duc pour l'évêché de Tréguier le 30 mars 1383. Il ratifia en 1387 le douaire accordé à la duchesse Jeanne de Navarre, et assista aux Ktats de Nantes en 1589. Charles de Blois, et, après lui, Jean de Montfort, avaient donné d levéque et au chapitre de Tréguier les droits d'entrée et de sortie tant du port de cette ville que de celui de La Roche-Derien ; mais Jean IV, duc de Bretagne, voulut que de nouveaux droits fussent perçus à son profit dans ces mêmes ports. Pierre y consentit, ainsi que son chapitre, par acte fait le 15 mai 1354. Ce prélat fut un des témoins de la fondation de Saint-Michel-du-Champ près d'Aurai, où fut depuis établie la Chartreuse. Du Paz marque sa mort au 3 mai 1401.

Yves HIRGOUET ', médecin des ducs de Bretagne, fut élu évéque de Tréguier en 1401. Il fit serment ^de fidélité au duc Jean V l'un 1402, le lundi après Invocabit me, et .mourut en 1403.

Hugues UESTOQUER, natif du Minihi près de Tréguier, prit l'habit de dominicain à Moriaix et y fit profession. Il Revint docteur en théologie de Paris et confesseur des ducs Jean IV et Jean V. Celui-ci le présenta au chapitre de Tréguier, qui l'élut évêque en 1403. Il fut transféré en 1404 a Vannes, où il mourut le 10 octobre 1408.

Bernard DUPARRONfut transféré de Nantes à Tréguier en 1403 par l'anti-pape Benoît XIII; mais il ne parait pas avoir été reconnu, à cause des troubles que le schisme d'Avignon causait alors dans l'Eglise. Ce qu'il y a de certain, c'est que Jean Rolland fit, au nom du duc, la recette du temporel de Tréguier depuis le 8 janvier 1404 jusqu'au 17 septembre 1408. Bernard DuParron transigea, le 22 octobre 141 1 , avec Henri le Barbu, évêque de Nantes, sur quelques différends qu'ils avaient eus ensemble pendant qu'il était évêque de Tréguier.

• Le P. Albert le Grand dit que ce prélat se nommait Ytea de Kergeat.

DIOCÈSE DK TREGUIER. 559

Christophe DE HAUTERIVE", natif du diocèse de Tournai, religieux de Tordre de Saint- Augustin et docteur eu théologie, obtint mainlevée de l'évêché de Tréguier le \% septembre 1408. Son nom se lit dans les souscriptions du concile tenu à Pise en 1409. Il fonda en 1416 une messe dans le collège de Tréguier, à Paris. En 1417 il fonda également un quatrième vicaire dans sa cathédrale pour soulager les trois autres vicaires-curés. Il mourut la même année.

Mathieu ROC DEPtE, natif de La union et docteur en théologie, fut pourvu le 15 décembre 1417. Ce prélat fut honoré de la confiance de ses souverains. Jeanne de France, épouse de Jean V, duc de Bretagne, l'envoya en 1420 comme ambassadeur auprès de Charles VII, depuis roi de France, alors dauphin, pour lui demander secours contre les Peu* thièvre qui venaient d'arréier par trahison le duc son époux . Ce prélat alla également avec le même tilre trouver plus tard le duc de Bourgogne. U mourut en 1422, suivant les registres consistoriaux.

Jean DE BRUC b obtint ses bulles du pape Martin* V le 29 avril 1422. Il publia quelques statuts synodaux en 1425 et en 1426. Dans le second article de ceux-ci, il permet que des laïques des deux sexes récitent dans les églises des vies des saints en vers et l'Oraison dominicale en langue, vulgaire, ce qui prouve qu'alors on y faisait toujours les prières en latin. Dans le troisième, il défend expressément, et conformément aux ordonnances du duc de Bretagne, les foires et marchés les dimanches et les jours de féte. Jean de Bruc fut transféré à Dol en 1430, et mourut le 1» novembre 1437.

Pierre PIEDRU ou PREDOU c, évéque de Tréguier, assista au concile provincial de Nantes le 23 avril 1431. Il était fils de Guillaume Piédru, bourgeois de Nantes, et de Jeannç Mauléon. C'est dans cette qualité qu'il assigna, en 1432, dix livres de rentes sur son patrimoine pour la rétribution d'une

■ Labbe, t. 10, Conc»

* Martène, t. 4, Jnecdot.y p. 1133-

• Martène, Anecdote t. 4, p. 1133.

360 l'eGLISE DE BRETAGNE.

fondation faite par son pèrerdnns l'église de Nantes. Il fut du nombre des ambassadèurs envoyés par le duc au concile de Bàle en 1434. A son retour, il fut transféré à Saint-Malo par bulles du 27 août 1435.

Raoul ROLLAND*, natif de la paroisse de Plounez au diocèse de Saint-Brieuc, docteur en droit et auditeur de Rote, fut pourvu l'an 1433 parle pape Eugène IV. Il reste un grand nombre de statuts synodaux de ce prélat, qu'il publia en 4436 et années suivantes. On y remarque surtout un nombre énorme de fêtes de précepte, qui s'élève jusqu'à soixante. Il en établit encore une nouvelle pour la ville de Tréguier, et les paroisses de Plouquiel et de Plougrescant : ce fût celle de saint Goneri, à cause, dit-il, des miracles qui s'opéraient à cette époque par son intercession. Un de ses statuts a pour objet de défendre aux caquins ou caqueux, cordierspour la plupart, et qu'on croyait descendre des anciens lépreux, de se mêler parmi les autres fidèles, et leur ordonne de se placer toujours au bas des églises et dans un lieu séparé, usage qui a subsisté jusqu'au xvm« siècle dans* divers cantons de la Bretagne. Ces statuts ont été donnés au public par D. Martène. Le décès de Raoul Rolland arriva en 1441 le vçndredi saint, suivant Du Paz.

Jean DE PLOUEG *, originaire du comté Nantais, obtint ses bulles du pape Eugène IV, le 4 mai 1442. 11 érigea, par l'autorité du même pape, l'église paroissiale de Tonquedec en église collégiale le 17 août 1447, et fit les funérailles du duc François Ier en 1449. Sa mort arriva en 1453.

Jean DE COETQUIS c, intrus dans le siège de Rennes, fut absous le 3 octobre 1453 de l'excommunication qu'il avait encourue, et puis transféré par le pape Nicolas Y à l'évéché }4s Tréguier. Il en prit possession par procureur le 16 mars 1454, et mourut le 23 septembre 1464. Ce prélat tint plusieurs synodes dans lesquels il publia des statuts. 11 s'élève surtout contre les réunions nocturnes, connues en Bretagne sous le nom de fileries. Il nous fait

• Martène, Jnecdot.,1. 4, p. 1137.

t> Martène, t. 4, Jnecdot., p. Uô2.

« Martène, ihid.

aussi connaître un abus qui existait de son temps, c'est qu'aux fôtes patronales on payait des deniers des églises, malgré l'opposition des curés et des marguilliers, les farceurs publics et les histrions qui s'y trouvaient. Ces statuts ont été mis au jour par D. Martène. Jean de Coetquis avait pris sur la fin de sés jours Christophe Du Chastel pour son coadjuteur; mais il se repentit bientôt de son choix, et il fut obligé d'avoir recours au duc, qui défendit, par ses lettres du 24 octobre 1453, au coadjuteur de troubler l'évéque dans ses fonctions et dans la perception de ses droits.

Christophe DU CHASTEL a, neveu du cardinal d'Avignon et coadjuteur deTréguier sans être sacré, obtint du pape Paul II les bulles de son évêché, datées du 8 janvier 1466. Il reçut quelques mois après la consécration épiscopale sans avoir prêté le serment de fidélité au duc. Comme cette cérémonie devait précéder le sacre, il écrivit au duc pour s'excuser sur sa précipitation et lui demander un délai pour remplir ce devoir. Le duc lui accorda tout ce qu'il souhaitait, en considération du cardinal son oncle, qui lui avait rendu de bons services auprès du pape. Christophe obtint mainlevée de son temporel le 18 juillet 1466, publia quelques statuts synodaux en 1467 et 1469, et mourut le 9 décembre 1479. Ce prélat fonda deux anniversaires et une chapellenie dans sa cathédrale. Il donna par son testament tous ses livres à son église et voulut qu'ils fussent mis dans la nouvelle librairie, c'est-à-dire dans la bibliothèque du chapitre.

Après la mort de Christophe Du Chastel, le duc fit saisir les revenus du diocèse de Tréguier, le 28 décembre 1479. Il écrivit ensuite au pape pour lui recommander Pierre Chauvin qu'il avait nommé à 1 evêché vacant. Le pape refusa Pierre Chauvin pour des raisons qui ne sont pas connues. Le duc ne lui ayant point désigné d'autre sujet, il nomma à 1 evêché de Tréguier Raphaël, cardinal diacre du tiire de Saint-Georges, son neveu. Il écrivit ensuite au duc le 24 avril 1480, et lui commanda, sous peine de désobéissance et de censures ecclésiastiques, de reconnaître

* Martène, t. 4, Jnecd., p. 1167.

*6S l/ÉGLlU DK BRETAGNE.

son neveu. Par une autre lettre, datée du 29 octobre suivant, il lui recommande Bargi des Barges, docteur en droit, qu'il envoie en Bretagne avec le titre de ponce pour prendre possession de 1 evêché. Le duc consentit à la prise . de possession, et reçut le serment de fidélité qui lui fut fait par Bargi, le 44 septembre 4481, à condition que le cardinal de Saint-Georges, qui n eta.it qu'administrateur, résignerait à Robert Guibé. Le cardinal accepta la condition pour ne pas désobliger le duc. Pendant ces brouilleries, un prélat nommé Mahé fit les fonctions épiscopales à Tréguier, et les continua sous, Robert Guibé.

Robert GUIBÉ fut en 4485 pourvu de l'évêché sur la . démission du cardinal de Saint-Georges. 11 était encore î mineur, mais la faveur du trésorier Landais lui donnait 'âge et le mérite compétents pour remplir un si redoutable ministère. En 4485 il nomma ses vicaires généraux deux chanoines de la cathédrale. 11 ne résidait pas à Tréguier : la peste y était alors si violente, que presque tous les ecclésiastiques s'étaient éloignés de cette ville. La protection d'une grande reine le fit transférer à Rennes en 4504, et lui procura d'autres dignités dans la suite. Il mourut à Rome le 9 septembre 4515, ayant le titre de cardinal, et fut inhumé dans l'église de Saint-Yves des Bretons.

Jean CALLOET, de la famille de Lanidi, établie à Plouignau, près de Morlaix, diocèse de Tréguier, docteur en droit civil et canonique, chantre de l'église de Quimper, succéda à Robert Guibé en 4504. Le pape lui accorda ses bulles le 24 mars 1502, à la recommandation du roi Louis XII. Ce prince honorait Jean Calloet de sa confiance, et l'avait choisi pour son confesseur. Pour reconnaître ses services, il l'établit président de la chambre des comptes de Bretagne et le nomma à l'évêché de Tréguier ; mais Jean Calloet n'exerça pas longtemps ces emplois. 11 mourut en odeur de sainteté le 7 mars 4505, à Saint-Michel-en-Grève, d'où il fut transporté à son église. 11 fut inhumé dans sa cathédrale, où l'on voyait autrefois son tombeau couvert d'une^lam* de cuivre, sur laquelle était gravée son épi-

DIOCÈSR DE TRÉGUIER. 563

taphe K Lorsqu'on ouvrit son tombeau pour y mettre Adrien fi'Amboise, en 1611, son corps fut trouvé entier, ainsi que ses ornements de taffetas jaune, selon le procès-verbal dressé alors et conservé pendant longtemps dans les archives de Téglise cathédrale.

Après la mort de Jean Calloet, la reine Anne écrivit, le 18 mars 1305, au chapitre de Tréguier, pour lui défendre de procéder à aucune élection avant qu'elle lui eût fait savoir ses intentions. Le chapitre les ayant sues, élut, le âl novembre 1305 , Jean de Grignaux, quj se démit, quelques jours après, en faveur de son frère.

Antoine DE GRIGNAUX* fut élu le 22 décembre 1305 à la place de son frère, qui s'était démis. 11 tint, le 20 octobre 1515, un synode dans lequel il ordonna que la féte de saint Goneri serait chômée tous les ans, le premier mardi d'avril. H mourut au château de Loches en Touraine, Je 16 novembre 1337, après avoir gouverné le diocèse de Tréguier pendant trente-deux aps, et la saisie fut mise sur son temporel (e 13 décembre suivant.

Louis DE BOURBON, fils de François, comte de Vendôme, et de Marie de Luxembourg, né à Ham en Picardie, Je 2 janvier 1493, fut pourvu de l'évêché de Tréguier le |4 juin 1338. Il était déjà évêque de Laon et du Mans, et archevêque de Sens. Le pape Léon X l'avait créé cardinal en l'année 153i.Ce prélat assista, par procureur, aux Etats de Nantes en 1329. Il se démit du siège de Tréguier en 1343, et mourut, âgé de soixante-quatre ans, à Paris, le 11 mars 1337. On regarda Louis de Bourbon comme l'ornement de l'Eglise catholique à l'époque où les nouvelles hérésies désolaient la France. Son corps fut inhumé dans la cathédrale de Laon, et ses entrailles dans Téglise de

l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris.

• Elle est ainsi conçue :

Hic jacet revcrendissimus pater in Ctarlsto dominus Joannes Calloet, Juris utriusque doctor ; Trecorensis episcopus, Trecorensis et Corisopitensis ecclesiarum cantor et eanonicus, christianissinii régis consiliarius, Britanniaeque caméras prises.

• Saoanart. Martin*, t. 4, Jnccd.

IIippolyte D'EST a, fils d'Alphonse Ier, duc de Ferme, et de Lucrèce Borgia, nommé le cardinal de Ferrare, abbé d'Ainsi et de Flavigni, administrateur des diocèses d'Aucb, de Narbonne, de Milan *t d'Autun, eut aussi en 1543 l'administration de l'évêché de Tréguier, dont U paraît s'être démis en 1544. Il était, de plus, archevêque de Lyon, et devint ensuite, par permutation, archevêque titulaire d'Auch en 1551, puis d'Arles. Il se démit de ce dernier siège en 1565, et mourut, à Rome, le 2 décembre 1572. Ce prélat aima les savants, et leur fit éprouver les effets de sa générosité.

Jean DE RIEUX succéda au cardinal de Ferrare, ayant été transféré de Saint-Brieuc, selon les registres consistoriaux. Il ne fut jamais sacré évêque, et se maria en 1548.

François DE MAUNY fut pourvu, le 8 juin 1545, par la translation* de Jean de Rieux, mais il est très-probable qu'il n'eut l'évêché de Tréguier qu'en commende, car il resta évêque de Saint-Brieuc jusqu'en 1555, qu'il fut transféré à Bordeaux, où il mourut en 1558.

Jean JUVÉNAL ou JOUVENEL DES URSINS*, prieur de Nogent-le-Rotrou, chanoine et ensuite doyen de l'église de Paris, abbé de Saint-Meen, nommé à l'évêché de Tréguier le 22 octobre 1548, fit son entrée solennelle dans sa ville episcopale le dimanche des Rameaux de l'an 1548, et mourut à Paris le 27 octobre 1566. Jacques Le Hugues, cordelier et docteur en théologie de la Faculté de Paris, fut son procureur au concile de Trente.

Claude DE KERNEVENOY, abbé de Bégard, fut nommé en 1556, et obtint mainlevée du temporel de son église; mais il se démit en 1572, sans avoir été sacré. Il y a apparence qu'il ne put obtenir de bulles.

Jean-Baptiste LE GRAS, natif de Saint-Brieuc, religieux Dominicain, obtint du pape Grégoire XIII les provisions de l'évêché de Tréguier en 1572. Il assista, par procu-

« Gallia christiana, t. 4, p. 1*2. Ciaconius, HUt. ram. pont., t. 3, p. 650.

» Martènc, 1. 1, ColUet. Ms., p. 1137.

< DIOCESE DI TRÉGCIER. 365

reur, aux Etats de JKnan en 4573, et fit serment de fidélité au roi le 24 décembre 4578. Sa mort arriva au mois de février 1583, et son corps fut inhumé dans sa cathédrale, à l'entrée de la chajpelle nommée le Chœur du Duc, sous une table de marbre rtfUge. Il avait fondé, le 27 juillet 4574, deux anniversaires pour lui dans^l'église de Tréguier. - ^

François DE LA TOUR «, d'ufle famille noble de la Basse -Bretagne, ayant embrassé ftftât monastique dans l'abbaye du Relec, ordre de Giteaux, devint vicake, puis chanoine de Tréguier, et posséda diverses cures. Il fut ensuite nommé évêque de Quimper, et de là transféré à Tréguier, et c'est lui qui fonda les prières qui se font encore dans la nef de l'ancienne cathédrale, après vêpres, tous les dimanches de carême. Il fonda aussi un anniversaire à Tréguier en 4583. Il gouverna cette église pendant dix ans, dans des temps difficiles, et mourut en 4595 à PIougouven, paroisse de son diocèse, qui était le lieu de sa naissance et où il fut inhumé.

Guillaume DU HALGOET, d'une famille noble de Plougrescant, paroisse assez voisine de Tréguier, fut nommé évêque de cette ville en 4595, et sacré l'année suivante. Il mourut le 29 octobre 4602, et fut inhumé dans la chapelle de saint Goneri en Plougrescant, où Ton voit le tombeau qu'il s'était préparé. Ge tombeau, un des monuments les plus remarquables du pays, est élevé à une hauteur de cinq à six pieds au-dessus du sol. Le prélat y est représenté de grandeur naturelle, couché, et revêtu de tous ses ornements épiscopaux. Le temps a jusqu'ici respecté ce monument.

Georges LOUET, conseiller-clerc au parlement de Paris, chanoine de Notre-Dame, abbé de Toussaint et doyen de l'église d'Angers, fut nommé à l'évêché de Tréguier : mais il mourut à Angers, sa patrie, en 1608, avant d'avoir été sacré.

Awuew D'AMBOISE, né à Paris, fit ses études au coltamuurtb.

366 l/ftust *K BRCTAGIfi.

*ége de Navarre, par les bienfaits du roi Charles IX. Il fut éla recteur de l'Université en 157!), devint grandmaître de Navarre en 1594, curé de Saint-André-des- Arcs à Paris, en 4596, et enfin, nommé évéque de Tréguier par Henri IV, en-1604, et sacré la même année. On dit qu'il éyait aussi, avant son épiscopat, ebanolne d'Amiens et théologal de Paris. Il était frère de François d'Amboise, maître des requêtes de l'hôtel. Sa piété et son savoir contribuèrent seuls à son élévation. 11 présida les Etats tenus dans son diocèse en 1607, et mourut le 29 juillet 1616. Son corps fut inhumé dans le chœur de son église cathédrale, sous une lame d'airain, chargée d'une inscription '.

Adrien d'Amboise composa une tragédie tirée de l' Ecriture sainte, intitulée : Holopherne, et imprimée à paris en 1680.

Pierre CORNULIER, conseiller au parlement de Rennes, abbé de Saint -Meen et de Blanche -Couronne, fut nommé à l'évêché de Tréguier en 1616. Il assista à l'assemblée des notables tenue à Rouen en 1617. Transféré à Rennes en 1620, il y mourut le 22 juillet 1639.

Guy CHAMPION DE LA CHAISE , Breton d'originè, et de la famille Champion de Cicé, qui, dans le wme siècle, a donné deux illustres prélats à l'Eglise de France, était chanoine de Paris, et abbé de Bonne-Fontaine, après Pâvoir été de Fontenay en 1611 , lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Tréguier. René de Breslay, évêque de Troyés, assisté des évêqnes d'Amiens et de Meaux, le sacra à Paris en 1690. Il assista, l'année suivante, aux Etats de Rennes, et fut chargé de la grande députation en cour. C'est soiis

1 Voici cette inscription :

Amboeai pater eruditionum, Argivâ et Latiâ madens Minertâ, Paulinâ in cathedra disertè prseco, Idemque haereseos severè censor, Priscorum noya norma episcoporum, A ntis tes pie, pan peru m patrone, Custos virginitatia atque amator, Tu quôcumqae ieris, aequeris agnum.

ion pontificat que les Récollets, les Capucins, les Carmelites, les Calvairrennes et les Ursultnes s'établirent dans son diocèse. Il mourut d'une attaque d'apoplexie le 14 septembre 1635, et fut inhumé dans sa cathédrale.

Noël DESLàNDES1, successeur de Guy Champion et l'un des plus dignes prélats qui aient rempli le siège dé Tréguier, ne dut son élévation qu'à son mérite. Né de parents pauvres et obcurs à Saint-Cyr-du-Gandt, près de Blois, en 1369 , il perdit sa mère en voyant le jour, son père à l'âge de trois ans ; et resté ainsi orphelin dès sa première enfance, il dut les soins qu'il reçut à une femme charitable qui était comme lui sans fortune, et qui, lorsqu'il en fut capable, l'employa à garder le bétail. Il se livrait à cette occupation, lorsqu'unjourdeuxreligieux dominicains du couvent de Blois, qui faisaient la quête, l'ayant rencontré, il leur plut parl'air spirituel qu'iJs lu trouvèrent, et surtout parla vivacité de son regard.Noël avait alors onze ans ; il semontrà tout disposé à les suivre, et ces religieux l'ayant accueilli avec bonté, lui enseignèrent à lire et à écrire. Il ne larda pas à se présenter au couvent des Dominicains et à demander d'y être reçu en qualité de novice. La manière aisée dont il répondit aux difficultés qu'on lui faisait, disposa les esprits en sa faveur; on l'admit au noviciat, et à l'âge requis par les canons, il prononça ses vœux. A peine eut-il fait profession, que la peste, dont il fut atteint, l'obligea de sortir de son couvent et de se réfugier dans une loge, où il se trouva privé de tout secours humain. Tourmenté par la faim et accablé par la maladie, il allait pé rir , si une pauvre servan te n'eût pris soin delui, malgré l'horreur qu'inspirent lespestiférés.Il revint à la santé ; mais le mal qu'il avait souffert avait

i Les auteurs varient sur le lieu de la naissance de ce prélat- Le P. Albert le Grand, les MM. de Sainte-Marthe et D. Morice disent qu'il était natif du diocèse de Tréguier. Les PP. Ecbardet Touron, écrivains dominicains, assurent, ainsi que l'historien de Blois, Nicolas Bernier, qu'il était Qls d'un paysan des environs de Blois. Nous avons suivi ces derniers, parce qu'ils donnent des preuves convaincantes de la vérité de leur assertion. Nous savons que la famille de Noël Deslandes subsiste encore avec honneur en Bretagne, et nous ne voulons ckor quer personne ; mais nous devions préférer la vérité historique à tout autre motif, et nous l'avons fait.

l'église de bretàgice.

autant affaibli son esprit que son corps, et l'on ne trouvait pas que le frère Deslandes répondît aux belles espérances qu'on avait conçues de lui lorsqu'il était plus jeune. Cependant à l'âge de dix-neuf ans il sortit de cet engourdissement fâcheux, et ayant été envoyé à Paris pour y continuer ses études, il fit, sous le célèbre P. Coeffeteau de son ordre, des progrès si visibles en philosophie et en théologie, qu'à la fin de son cours on le jugea capable d'enseigner la première de ces sciences, et il s'en acquitta dignement. Il reçut le bonnet de docteur en 1606, et déjà son talent l'avait placé parmi les orateurs les plus distingués de la capitale. Sa réputation comme prédicateur était si bien établie, qu'on le chargea en 1610 de prononcer l'oraison funèbre de Henri IV à Saint-Merry, en même temps que saint François de Sales la faisait dans l'église de Notre- Dome. Devenu prédicateur de Louis XIII, le P. Deslandes enleva constamment et pendant de longues années les suffrages de la cour et de la ville. Son éloquence n'avait pas moins de force et d'énergie que de grâce et de douceur. Aussi se rendait-il facilement maître de son auditoire ; mais, il faut le dire, ce n'était pas son talent seul qui le rendait si puissant en paroles. La sainteté de sa vie contribuait grandement à donner tant d'autorité à ses discours. On le regardait avec raison comme un saint religieux, et l'on venait par dévotion de tous les quartiers de Paris pour assister à sa messe au couvent de Saint-Jacques, où il demeurait. Sa pratique était de se confesser tous les jours avant de célébrer, et il le faisait avec les marques de la contrition la plus vive, quoique sa vie fût très-pure. Ses succès comme prédicateur donnèrent à plusieurs évéques le désir de l'entendre dans leurs cathédrales, et il répondit à ces invitations. Plein de zèle pour la défense de la foi attaquée à cette époque avec audace par les protestants, le P. Deslandes mérite d'être compté au nombre de ces hommes apostoliques qui, au commencement du xvne siècle, prémunirent en France les fidèles du venin de l'hérésie, et ramenèrent au vrai bercail de Jésus-Christ un grand nombre de brebis qui s'étaient égarées. Son mérite ne pouvait rester ignoré dans son ordre ; aussi fut-il choisi deux fois pour gouver-

ner le couvent de Saint-Jacques en qualité de prieur, et devint-il vicaire général de la congrégation de France. Ayant fait en cette qualité la visite du couvent de Morlaix, il donna l'ordre au P. Albert le Grand, religieux de cette maison, de publier les Vies des saints de Bretagne. Ainsi, c'est en partie au P. Deslandes qu'on doit cette compilation, précieuse sous plus d'un rapport. Sage et habile supérieur, il sut par sa douceur et sa modération se faire aimer de tous. Ses vertus et sa capacité semblaient l'appeler aux premières dignités de l'Eglise ; mais sa modestie lui fit successivement refuser l'évêché de Nantes, le titre desuflragant de Toul et l'archevêché de Tours. Le prélat qui occupait alors ce dernier siège lui exprima à son lit de mort le désir qu'il lui succédât, c Monseigneur, lui répondit l'humble reli- » gieux, songeons à sauver notre âme, et non pas à l'arche- » vêché. » Cependant la modestie du P. Deslandes n'avait pu le cacher au regard sûr et pénétrant du cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, et qui montrait beaucoup de zèle pour donner aux peuples de bons pasteurs. Ce grand homme, qui l'avait déjà chargé d'une négociation dont il s'acquitta dignement, le força d'accepter l'évêché de Tréguier en l'année 1635. Le pape Urbain VIII, qui avait autrefois entendu avec plaisir le P. Deslandes en Sorbonne lorsqu'il était nonce en France, témoigna sa joie de ce choix et s'empressa de faire expédier ses bulles. Le nouveau prélat fut sacré à Paris et se hâta de se rendre dans son diocèse, où il se montra constamment un saint évêque, enseignant son peuple par ses discours et par ses exemples. Il s'appliqua surtout à préserver son troupeau des dogmes corrupteurs du calvinisme et à faire régner la piété parmi les fidèles. Enfant de saint Dominique et trèsdévot à la sainte Vierge, il propagea son culte en établissant la confrérie du Rosaire dans toutes les jparoisses du diocèse de Tréguier. L'épiscopat ne rompit pas ses anciennes relations avec ses confrères. Son plaisir était de se retrouver au milieu d'eux, et de partager leurs exercices ainsi que leurs pratiques de mortification* Il visitait souvent les Dominicains de Guingamp et ceux de Morlaix ; mais c'était dans les moments que lui laissaient libres ses

devoirs d'évêque qu'il remplissait assidûment. À la mort de Louis XIII en 1643, Uévêque de Tréguier sollicita près de la reine régente la permission de quitter son siège pour finir ses jours dans h retraite ; le cardinal Mazarîn, alors premier ministre, qui connaissait combien il s'acquittait dignement de ses obligations, lui fit entendre qu'il ne pouvait espérer de voir accueillir sa demande. Dieu prit bientôt soin de donner le repos à son serviteur en l'appelant à lui. M. Deslandes mourut le 19 août 1645, dans la soixante-quatorzième année de son âge et après neuf ans d'épicopat. Il avait souhaité d'être enterré dans l'église de son ordre à Blois; mais les chanoines et les habitants de Tréguier y firent de si fortes oppositions, que Cette cause ayant été plaidée au parlement de Bretagne, ils obtinrent que le corps de leur évêque serait inhumé dans sa cathédrale. Il le fut en effet au milieu du choeur, et l'on y voyait encore sa tombe au commencement de ce siècle. Le théologal du chapitre prononça l'oraison funèbre de ce vénérable prélat.

M. Deslandes laissa beaucoup de sermons qui furent dispersés à sa mort. Il n'y a eu qu'une seule de ses productions qui ait été imprimée; c'est son Oraison funèbre de Henri IV. Elle le fut à Paris en 16U, in-8°.

ÎBalthazui GRANGIER remplit le siège de Tréguier après Noël Deslaojies. Il était fils de Timoléon Grangier, seigneur de Liverdis, conseiller au parlement de Paris et président aux enquêtes, et' d'Anne de Refuge, sœur d'Eustache de Refuge de Précy, personnage très-distingué et ambassadeur de France dans plusieurs cours. Balthazar Grangier fui d'abord aumônier des rois Louis XIII et Louis XIV, et devint abbé commendalaire de Saint- Bar thele mi de Noyon, de Tordre de Prémontré. Nommé en 1646 à l'évêché de Tréguier, il reçut, le 18 novembre de la même année et dans l'église de l'abbaye de Saint-Victor de Paris, Ja consécration épiscopale de Dominique Ségnier, évêque de Meaux, assisté des évêques de Dol et de Sarlat, Anthime Cohon et Jean de Lingendes. Dès son arrivée dans son diocèse, le nouveau prélat se montra plein de l'esprit de

Dieu. Tout occupé de la sanctification de son peuple, il ne négligea aucun des moyens qui pouvaient lui faire atteindre ce but. Les missions lui parurent un moyen efficace pour opérer le salut des âmes. Secondé par saint Vincent de Paul, qui lui envoya à cet effet quelques uns de ses disciples, il en entreprit plusieurs dans lesquelles il travailla comme un simple missionnaire. Le diocèse de Tréguiçr dut à M. Grangier l'établissement d'un séminaire en 1654, sa ville épiscopale celui de deux édifiantes communautés religieuses qui y subsistent encore : les Hospitalières la même année et les Filles de la Croix en 1667. JHumble et rempli d'indulgence, il pardonnait volontiers les injures qui lui étaient personnelles ; mais ce n'était pas chez lui un effet de faiblesse, il sut être ferme de caractère, et lorsqu'il s'agit de défendre les droits de l'autorité épiscopale. Il le prouva surtout dans une affaire qui lui fut suscitée en 1664 par les Dominicains de Morlaix. L'official de Tréguier ayant été averti que ces Pères avaient reçu, sans le consentement de 1 evèque, une fondation par laquelle ils étaient obligés d exposer le Saint-Sacrement deux fois tous les jeudis de l'année et de le porter en procession tous les jeudis de chaque mois, il rendit une ordonnance portant permission au promoteur de les faire assigner devant lui pour représenter le contrat de cette fondation. Cette ordonnance ayant été signifiée à ces religieux, ils en interjetèrent appel' comme d'abus, et Grent donner assignation au promoteur de Tréguier pour comparaître au parlement de Bretagne. M. Grangier, voyant que la juridiction ecclésiastique et même la dignité et l'autorité épiscopale étaient gravement blessées par cet appel comme d'abus si irrégulier et par cette assignation si opposée aux saints canons, en fit ses plaintes à l'assemblée du clergé qui se tint à Paris en 1665, et lui demanda aide et protection contre l'entreprise téméraire de ces religieux. N'approuvant pas les expositions fréquentes du Saint-Sacrement, il fit connaître ses motifs dans un mémoire qu'il présenta à cette assemblée. Cette démarche eut tout le succès qu'il avait droit d'en attendre, L'assemblée du clergé adressa une requête au conseil du roi, et représenta que cette affaire était une

572 l'église de Bretagne.

cause commune à tous les archevêques et évêques de France. Il intervint en conséquence un arrêt du conseil, le 6 novembre 1665, qui déchargea le promoteur de Tréguier de l'assignation qu'il avait reçue, et défendit aux Dominicains de Morlaix d'exécuter la fondation en question sans la permission de l'évéque de Tréguier. On a remarqué sans doute que M. Grangier possédait en commende l'abbaye de Saint-Barthelemy de Noyon; mais comme il connaissait la sévérité des canons touchant la pluralité des bénéûces, il se démit généreusement de cette abbaye, montrant ainsi tout le respect et la soumission qu'il avait pour les règles ecclésiastiques. Après avoir pendant trentetrois ans d'épiscppat constamment édifié son diocèse par l'exemple de toutes les vertus, ce vénérable prélat termina par une mort sainte son édifiante carrière. Il finit ses jours a Tréguier le 2 février 1679 et fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale. Sa réputation de piété était si bien établie, qu'on le regardait comme un saint, et pendant longtemps les femmes du pays ont porté sur sa tombe leurs enfants infirmes ou malades pour obtenir leur guérison

François-Ignace DE BAGLION DE SAILLANT", fils du baron de Jons, naquit à Agen, et porta pendant quelque temps les armes, avec le litre de colonel. Sa piété et son goût pour les sciences ecclésiastiques le déterminèrent à entrer dans la congrégation de l'Oratoire, où il se rendit digne des premiers emplois. Il devint supérieur de la maison de la rue Saint-Honoré, et l'on songeait à le choisir pour supérieur général, lorsque Louis XIV le nomma à l'évêché de Tréguier. Il fut sacré le 23 juillet 1679 dans l'église de Saint-Honoré, par François de Harlay, archevêque de Paris, assisté des évêques de Saint-Malo et de Cahors. Il fit partie de la fameuse assemblée du clergé de 1682, y officia et fut un des signataires des quatre articles. Le roi le transféra à Poiiiers au mois d'avril 1686 ; mais, à cause des difficultés survenues entre le saint Siège et la France,

• Voyci l'article de M. Grangier, VU$ des Saints de Bretagne, t. 4.

• Gall. chrjst., t. 2, p. H 10.

DIOCÈSE DE TftECMER. 375

il ne put avoir ses bulles qu'en 1694. Il mourut de la mort des justes le 26 janvier 1698.

Eustache LE SÉNÉCHAL DE CARCADO, né, vers Tan 1624, d'une des familles nobles les plus distinguées de la Bretagne, et nommée Le Sénéchal, parce qu'elle possédait la charge héréditaire de sénéchal de la province, fut d'abord aumônier de la reine d'Autriche pendant la régence de cette princesse, abbé de Geneston en 1674, et remplaça ensuite M. de Baglion sur le siège de Tréguier en 1686. Il se fit remarquer par la vivacité de son esprit ; aussi les Etats de Bretagne le choisirent-ils en 1693 pour le députer vers le roi. Il entreprit le voyage de Paris en cette qualité, et, tandis qu'il s'entretenait avec un de ses amis, il mourut subitement le 15 mai 1694, âgé de soixante-dix ans passés. Il fut inhumé dans le chœur de l'église paroissiale de Saint- Cosme à Paris, où ses cendres ont reposé jusqu'en 1836, époque à laquelle cette église a été démolie.

Olivier JEGOU DE QUERVILIO, d'une famille noble de Bretagne, né en 1643, docteur en théologie de la Faculté de Paris, était chanoine et grand archidiacre de Qu'unper, lorsqu'il fut en 1694 nommé évêque de Tréguier et sacré en cette qualité le 3 octobre suivant, dans l'église de Port-Royal de Paris, par Jean-Baptiste-Michel Colbert, alors archevêque de Toulouse, assisté des évêques de Mirepoix et de Castres. L'évéque de Mirepoix était Pierre de La Broue, qui depuis acquit une triste célébrité par son attachement au jansénisme. Nous ne savons si les relations de ce prélat avec M. de Quervilio influèrent sur les sentiments de celui-ci ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se montra pendant son épiscopat favorable à l'hérésie. Lié avec le cardinal de Noailles, il garda en 1714 un silence coupable, lorsque l'assemblée du clergé, après avoir accepté la bulle Unigenitus, adressa à tous les évêques de France une instruction pastorale relative à cette bulle et qui devait être publiée avec elle *. Il se montra également

1 On a dit que le diocèse de Tréguier était le seul de tout le royaume dan» lequel la bulle Unigenitus n'avait pat rte publiée ; mais e*eat u«t erreur, elle le fut plus tard.

374 l'église de Bretagne.

opposé à raccommodement proposé en 1720, pour éteindre le schisme et rétablir la paix dans l'Eglise gallicane. Justement irrité de cette résistance opiniâtre aux décisions de l'Eglise, le pape Benoît XIII priva M. de Quervilio et son troupeau de la grâce du Jubilé de 1725. Ce prélat donna à la congrégation des Filles de Saint-Paul, établie dans son diocèse par madame de Lezerdrot, des constitutions, statuts et règlements, qu'il publia le 25 juin 1727. [1 mourut à Tréguier le 2 août 1731. à l'âge de quatrevingt-huit ans, et fut inhumé dans le chœur de la cathédrale, où Ton voyait encore il y a quelques années la pierre tUmulaire qui couvrait ses cendres.

François-Hyacinthe DE LA FïUJGLAJE PE KEKYEB succéda dans |$ siège de Trégujer à M. de Quervilio. li e>.l vicaire géuéraj de Qu'imper et curé de Crozon, grande paroisse du même diocèse, lors de sa promotion à lepiscp-

5at. Son sacre eut lieu le 4 mai 1732. J^oin d'imiter la conqite de son prédécesseur par rapport au jansénisme, il s'appliqua soigneusement à combattre l'erreur et à la détruire. Après avoir fait la visite de sou diocèse, il obtint du pape plément XI, en 1732, une bulle pour la publication du Jubilé dans I'évêché de Tréguier. Voulant sans dout3 tjppner aux esprits rebelles le temps de s'éclairer et de se soumettre à la voix de l'Eglise, il différa jusqu'en 17341a publication de cette bulle et il y joignit celle de la bulle Vnigenitus. Par le mandement qu'il donna le 16 décembre a ce sujet, il défendait de parler des eentetune propositions condamnées, autrement qu'il est marqué dans la constitution, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait. Afin de s'assurer de la doctrine de tous les pasteurs, M. de La Fruglaie assembla un synode, dans lequel chaque recteur fut obligé de souscrire la condamnation des erreurs répandues dans le livre des Réflexions morales. Un noble Breton, que son mérite et ses emplois ont rendu célèbre, M. Gilles Du Coellosquet, précepteur des enfants de France, ayant été sacré évôque de Limoges, le 4 février 1740, par M. de La Rochefoucault, archevêque de Bourges, l'évê(|ue de Tréguier et un autre prélat breton, le savant

DIOCÈSE DE TRéCDlER. 375

M.d'Argentré, évéque de Tulle, firent à cette cérémonie la fonction d'assistants du consécrateur. Au bout de treize ans d'épiscopat, M. de La Fruglaie mourut à Tréguier lé 3 décembre 1745, à l'âge de soixante ans.

Charles GUY LE BORGNE DE KERMORVAN, né en 1694, devint évêque de Tréguier après M. de La Fruglaie. Il parait qu'à cette époque on comprit combien il était utile de donner aux peuples de cette partie de la Bretagne des pasteurs qui sussent parler sa langue. Sous ce rapport, on ne pouvait faire un meilleur choix que de M. de Kermorvan, qui était lui-même Bas-Breton du pays de Léon, et qui remplissait les fonctions de vicaire général de ce diocèse, lorsqu'il fut nommé à l'évêcbé de Tréguier. Son sacre eut lieu le 11 juillet 1746. Plus heureux que son prédécesseur, il ne vit pas son diocèse privé de la grâce du Jubilé de 1750, et à cette occasion il publia un mandement assez étendu. Ce prélat était d'une doctrine saine; mais il eut le malheur d'avoir son frère aîné, prêtre et résidant à Paris, livré à toutes les erreurs du jansénisme et tellement fanatique, qu'il fut arrêté parla police, enfermé à la Bastille et renvoyé ensuite dans son pays natal, d'où il revint bientôt à Paris, par le crédit de la maréchale de Montmorency sa parente L'épiscopat de M. de Kermorvan ne nous à pas paru fertile en événements remarquables. Ce prélat, après avoir été longtemps paralytique, mourut dans son palais épiscopal, le 1er octobre 1761. C'est le dernier évêque qui ait fini ses jours à Tréguier.

Joseph-Dominique DE CHEYLUS, né à Avignon en 1717, fut d'abord doyen de la cathédrale, et vicaire général de Lisieux, pendant l'épiscopat de M. de Brancas, qui était son compatriote. A la mort de ce prélat il rédigea à cette occasion et au nom du chapitre un mandement qu'on regarda comme un modèle dans ce genre. M. de Cheylus montra plus d'une fois son zèle contre les erreurs du temps

pendant son séjour à Lisieux. Nommé à l'évêché de Tré-

1 Cet abbé mourut sur la paroisse de Saint-Sulphe, en 1762, et l'été* que de Tréguier n'arriva à Paris que pour recevoir son dernier soupir. Le prélat avait un autre frère qui était chanoine de Quimper.

376 l'église de Bretagne.

guier, il reçut le 25 avril 1762, dans la chapelle de l'archevêché de Paris, la consécration épiscopale de l'illustre M. de Beaumont, assisté de MM. de La Bastie, évêque de Saint -Malo, et de Marthonie deCaussade, évêque de Meaux. Le nouveau prélat ne fit pas à Tréguier un long séjour; dès l'année 1766 il fut transféré à Cahors, diocèse important qu'il gouverna pendant dix ans. En 1772, il crut devoir signaler à la Faculté de théologie de Paris une consultation sur les droits des curés, production enfantée par l'esprit d'erreur et de rébellion contre l'autorité épiscopale. Appelé en 1776 à remplacer M. deCondorcet, évêque de Bayeux, qui venait de mourir, M. de Cheylus joignit à cette dignité le litre de premier aumônier de la comtesse d'Artois. Ennemi des nouveautés dangereuses, ce prélat se montra constamment opposé aux principes destructeurs que la révolution cherchait à faire prévaloir, et combattit avec force les innovations criminelles qui en 1790 vinrent jeter le trouble dans l'Eglise de France. Lorsque la violence de la persécution força la plupart des évêques à chercher un asile dans les pays étrangers, celui de Bayeux fut d'abord obligé de se rendre à Paris ; il voulut ensuite revenir dans sa ville épiscopale pour y fortiûer son clergé dans la foi; mais comme il trouva sur la roule des embûches et qu'il apprit qu'une populace ameutée l'attendait pour l'immoler, il se réfugia dans l'île de Jersey, peu éloignée de son diocèse. «Parvenu à l'âge des patriarches, dit un de ses compa- » gnons d'exil ses mœurs douces en rappelaient la bonté,

> la simplicité et la sainteté, pendant que les charmes d'un » esprit uni et loyal et la sérénité d'une âme sans remords » faisaient oublier son grand âge. Environné qu'il étaitd'un » nombre infini de pasteurs de son diocèse, fugitifs comme » lui de leurs églises et de leur pairie, il n'eut point d'au- » ire occupation, d'autre habitude, d'autre jouissance enfin, » que celles de vivre au milieu d'eux et avec eux, de les

> consoler dans leurs malheurs, et de faire, en quelque » sorte, plus que de partager avec sa tribu de vénérables » prêtres la faible parcelle de fortune qu'il avait heureu-

* M. l'abbé de I.ubersac, Journal de l'Emigration et Déportation du cFitrgé 4e France en Jngte terre.

> sèment sauvée du grand naufrage... Il ne laissa rien dans » le monde que le souvenir de ses vertus, et ne témoigna

> en quittant la vie que le regret de n'avoir pas fait davan- » tage de bonnes œuvres. » Il mourut à Jersey à l'âge de quatre-vingts ans, le 22 février 1797. Un autre émigré, M. le prince duc de Bouillon, fit ériger à sa mémoire un monument sur lequel les curés de son diocèse, qui étaient comme lui exilés, prirent soin de graver, une épitaphe très-honorable.

Jean-Marc DE ROYÈRE occupa, après M. de Cbeylus, le siège de Tréguier. Il était né le 1er octobre 1727, au château de Badefol, en Périgord, d'une famille noble, mais peu favorisée des biens de la fortune. Sa mère ne pouvant, par ses propres moyens, lui procurer une éducation convenable, l'amena, jeune encore, à Paris, et le présenta a l'abbé de Bonneguise, son compatriote et allié de sa famille. L'abbé de Bonneguise était grand vicaire et archidiacre de Cambrai, et aumônier de la Dauphine. Il se chargea de l'éducation du jeune Royère, et étant devenu évêque d'Arras en 1752, il l'emmena avec lui, et le fit son grand vicaire, puis archidiacre. L'abbé de Royère acquit ainsi l'habitude de l'administration ecclésiastique. En 1766, M. de Cheyius ayant été transféré à Cahors, M. de Royère fut nommé à Tréguier, et sacré en cette qualité le 26 avril 1767, dans l'église des Jlajmes-du-Calvaire, près le Luxembourg, à Paris. Ce fut Wtl[ de Beaumont, archevêque de Paris, qui -lit la cérémonie, assisté de M. de Bonneguise et dè M. .Roquelaure, évêque de Senlis. Le nouveau prélat se concilia l'estime publique à Tréguier, par son zèle et sa piété. Il établit la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, en institua la confrérie dans jsa cathédrale, et publia le 26 avril 1768 uu très -bon mandement sur cette dévotion. On lui fut redevable d'un nouveau Propre des saints de son diocèse, imprimé en 1770. Il aimait à visiter les communautés religieuses de Tréguier, et y donnait des conférences pleines d'onction. C'est dans ces occasions qu'on l'entendit plus d'une fois annoncer les désastres de l'Eglise de France. La Bretagne n'eut pas longtemps l'avantage de jouir de ses exemples. Le siège de Castres

378 l'église de bretagke.

étant devenu vacant en 1673, par la mort de M. de Barrai, M. de Royère y fut nommé à sa place. 11 méritait de succéder à un si vertueux prélat.

La gravité de ses mœurs, son application à ses fonctions, son assiduité à faire les visites pastorales, la simplicité et l'onction de ses discours, tout en lui était digne d'un pasteur des âmes. Il avait partagé son diocèse en quatre districts, et il en visitait régulièrement un chaque année. Il prenait une part très-active aux retraites qu'il procurait $ son clergé, et il prêchait chaque jour. Il y présidait aussi des conférences familières où l'on proposait des cas de conscience. Lévèque discutait les raisons pour et contre, émettait son avis, et l'appuyait de si bonnes preuves, qu'il était difficile de ne pas s'y rendre. L'habitude de l'oraison à laquelle il était fidèle l'avait rendu très-expérimenté dans les matières spirituelles et dans la direction des consciences, et plusieurs personnes pieuses eurent à se féliciter de s'être mises sous sa conduite, ou de l'avoir du moins consulté sur leurs peines intérieures. Sa charité embrassait tous les malheureux, mais les pauvres honteux, les hôpitaux et les séminaires étaient l'objet particulier de

ses soins.

M. de Barrai, dont les sages établissements existent encore à Castres, avait commencé la construction d'un séminaire ; M. de Royère l'acheva et y dépensa soixante-douze mille francs. Tous les ans il fournissait, à ses dépens, le blé nécessaire pour la maison. Il aimait à visiter les élèves du sanctuaire, et à les entretenir de l'excellence du sacerdoce et des obligations qu'il impose. Rien n'était plus propre à faire impression que la dignité et l'esprit de foi avec lesquels il imposait les mains aux ordinands. Plein de bonté pour les prêtres fidèles à leur vocation, avec quelle force il repoussait ceux qui en négligeaient les devoirs! 11 fut membre des assemblées du clergé de 1772 et de 1780, et dans la première, ce fut lui qui prononça le discours d'ouverture, où il traita de l'union de la religion avec l'autorité civile.

Plus d'une fois, avant la révolution, il s'effraya de la disposition des esprits et en présageait les tristes résultats.

Député par son clergé aux Etats généraux, il paraît s'être . dégoûté de bonne heure de cette assemblée tumultueuse ; il adhéra à Y Exposition des principes. Quelque temps après son retour de Paris, il fut chassé de son palais, et se retira chez M. de Bonne, son beau- frère, à Castres même. On ne l'y laissa pas tranquille. Le 14 juillet 1790, une troupe armée tenta de forcer le portail de la maison de M. de Bonne; ne l'ayant pu, elle escalada les murs et pénétra jusqu'à l'appartement de l'évêque, dont le calme et la présence d'esprit déconcertèrent un peu les assaillants. Toutefois il fallut partir. Le lendemain M. de Royère se mit en route par Ax, dans le comté de Foix, accompagné de M. l'abbé de Bonne, son grand vicaire, qui ne le quitta jamais.

Après deux mois de séjour à Ax, on envoya treize gendarmes pour l'arrêter. Le prélat disait la messe lorsqu'ils arrivèrent; quand il l'eut terminée, on lui signifia le mandat d'amener, qu'il reçut sans, émotion; il demanda seulement la liberté de déjeuner, ce qui ne devait pus retarder beaucoup : son déjeuner ne consistait, tous les jours, qu'en un petit morceau de pain trempé dans de l'eau et du vin. Pendant ce petit repas, un ami du prélat lui conseille de s'évader par une porte de derrière et de profiter de la négligence des gendarmes, qui allaient et venaient ; M. de Royère refuse, l'ami l'entraîne et le met en un lieu de sûreté. Ces gendarmes furent fort irrités ; on fit des visites domiciliaires très-rigoureuses dans la ville , elles furent sans résultat.

Le lendemain matin l'évêque partit pour Urgel, par le plus mauvais temps, et de là se rendit à Vich. Un grand nombre de prêtres passèrent successivement par cette ville, en se réfugiant en Espagne ; M. de Royère leur rendit tous les services qui dépendaient de lui, les accueillant avec bonté, leur procurant des logements et pourvoyant à leurs besoins. Au bout d'environ deux ans de séjour à Vich, l'approche des troupes françaises le força de s'enfoncer plus avant en Espagne, et il alla jusqu'à Lisbonne. Là, on lui assigna pour résidence l'abbaye d'Alcobaça, de l'ordre de Saint-Bernard.

580 L ÉGUSE BK BRETAGNE.

Les religieux le reçurent avec la distinction due à son caractère et à son mérite. Le prélat resta environ buit ans dans ce monastère, édifiant les religieux par sa conduite, leur faisant quelquefois des instructions en latin, et menant lui-même la vie d'un religieux. Il entretenait une correspondance très - étendue, et on est même étonné qu'il pût y suffire. En 1801, lorsqu'on demanda la démission aux évêques, il rendit ainsi compte à un ami des motifs de sa conduite :

« Le bref m'a été notifié officiellement. Quelque étont nant que soit ce coup inattendu, je n'ai point hésité, j'ai » envoyé ma démission pure et simple à Sa Sainteté. J'ai » pris le parti que j'ai cru le plus sûr pour mon salut. * Quoique les évoques fussent très-fondés à refuser au » pape cette démission générale, puisqu'ils sont avec lui » juges de la foi, ses collègues établis comme lui par le

> Saint - Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu dans

> la portion qui leur est échue, cependant j'ai considéré » que le saint Père est mon supérieur de droit divin. » Jésus-Christ m'ordonne de l'écouter, je l'ai écouté; de

> lui obéir, je lui ai obéi. C'est le parti le plus sûr et » celui que tous les prêtres du diocèse doivent prendre.

» Il arrivera tout ce qu'il plaira à Dieu de permettre ou » d'ordonner à la suite du concordat, auquel Sa Sainteté 9 avoue qu'elle a été forcée absolument de consentir. » Ceux qui se soumettront aux ordres du saint Père ne

> seront responsables de rien, ni devant Dieu ni devant les

> hommes; c'est le pape qui répond de tout. Mais, au- » tant je vous exhorte tous à obéir à tout ce qui viendra » réellement du pape, autant je vous exhorte à vous méfier » de tout ce qui n'en viendra pas, de toutes les additions,

> explications, interprétations, etc. »

L'évêque de Castres survécut peu à cette démarche; il mourut à Alcobaça le 24 mai 1802, après cinq jours de maladie. M. l'abbé de Bonne, qui ne l'avait pas quitté, lui ferma les yeux1.

1 Les matériaux de cette Notice ont été fournis par M. le curé de l'ancienne cathédrale de Castres, et par nous, en 1829, a M. Picot, directeur de YJmi de la Religion, qui Ta rédigée et publiée telle que noua la reffraduisflta* tel.

Jean-Augustin DE FRÉTÂT DE SARRA naquit le 9 février 1726, au château de Sarra en Auvergne. Nommé le jour même de son ordination, vicaire général du Puy, par M. Lefranc de Pompignan, qui occupait alors ce siège, il en remplit les fonctions pendant plusieurs années avec zèle et édification. 11 fut sacré évéque de Tréguier le 22 janvier 1774 et ses diocésains, qui ne tardèrent pas à reconnaître ses vertus et son mérite, l'entourèrent bientôt de leur vénération et de leur amour. Ils n'eurent pas longtemps la consolation de posséder ce bon pasteur; après quinze mois de séjour parmi eux, il leur fut enlevé pour enrichir l'église de Nantes. M. de Sarra se montra sur ce nouveau siège tel qu'il avait paru dès les premiers moments de son épiscopat, un prélat selon le cœur de Dieu. 11 termina sa sainte carrière le 20 septembre 1783, ainsi que nous l'avons déjà dit plus en détail.

Jean-Baptiste-Joseph DE LUBERSAG, né à Limoges le 15 janvier 1740, était vicaire général d'Arles et aumônier du roi, lorsqu'il fut placé sur le siège de Tréguier et sacré en cette qualité, dans la chapelle du château de Versailles, ie 6 août 1775, par M. de La Marthonie de Gaussade, évéque de Meaux, assisté de MM. deGirac, évéque de Rennes, et de Sarra, évéque de Nantes. Assez jeune alors, le nouveau prélat eut le malheur de donner sa confiance à quelques hommes qui n'en étaient pas dignes. L'un d'eux, qui depuis acquit une triste célébrité, était le fameux abbé Syeys, qu'il fit chanoine de sa cathédrale. Ses manières, •différentes de celles de M. de Sarra, plurent peu à ses diocésains. On savait d'ailleurs que l'évêché de Tréguier n'était plus que comme une sorte de marchepied, pour élever sur des sièges plus importants des prélats que l'autorité en jugeait dignes, aussi fut-on peu surpris et affligé de le perdre au/bout de cinq ans. M. de Lubersac, lui-même, qui ne se plaisait guère en Basse-Bretagne, où il ne se regardait pas comme fixé , et qui appartenait au clergé de la cour par son titre de premier aumônier de madame Sophie, tante du roi, espérait bien qu'il serait rapproché de Paris, afin de pouvoir plus commodément faire son service. Son attente ne fut pas trompée : l'évêché de Chartres étant de-

I/ÉGLISB DE BRETAGNE

venu vacant en 4780, par la mort de M. de Fleary, levéque de Tréguier y fui nommé. Dès le moment de sa nomination, il se montra fortement attaché aux règles de l'Eglise, en faisant sentir à des curés du diocèse de Chartres, qui séjournaient à Paris et qui étaient venus le Visiter à son arrivée dans la capitale, qu'il aurait eu beaucoup plus de plaisir à les voir au milieu de leurs troupeaux, il fit son entrée dans sa ville épiscopale le 8 août 4780, et donna aussitôt tous ses soins à l'administration de son diocèse, qu'il gouverna avec tant de piété, de zèle et d'édification qu'il se concilia le respect,, l'estime et la confiance de tous ses diocésains. Un objet qui par son importance lui parut surtout mériter son attention, fut la liturgie de son église, jl l'améliora, et publia en 4783 un nouveau bréviaire qui fut suivi d'un nouveau missel. M. de Lubersac avait été en 4782 membre de l'assemblée du clergé; il assisté également à celle de 4788. L'année suivante lé clergé de son diocèse, qu'il présida lors des élections, le nomma député aux États généraux. Ce prélat, qui était cependant ennemi des innovations, se laissa un instant entraîner. On le compta an premier rang parmi les évêques qui se rénnirent au tiers après la séance du 23 juin 1789, etïe 4 août suivant il vota pour la suppression de plusieurs droits et privilèges. Mais s'il avait été d'avis de quelques changements dans l'ordre politique, il repoussa toutes les entreprises qu'on tenta contre la religion. Il souscrivit la déclaration du 43 avril 4790, et quelques autres protestations du côté droit. Il fut un des signataires de {'Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, et adhéra à l'instruction de M. de La Luzerne, du 45 mars 4794. Le prélat passa en Angleterre à la fin de la session et se rendit ensuite en Allemagne. Il habita différentes villes de ce pays, et entre autres Hildesheim, où il secourut, au moyen d'aumônes envoyées de Chartres, les prêtres de son diocèse exilés comme lui pour la foi. On trouve son nom â la fin de Y Instruction sur les atteintes portées à la religion, publiée le 43 août 4798 par les évéques français retirés dans les pays étrangers. Ayant donné sa démission en 4801, à la demande de Pie Vil, il revint en France, où il ne fut pas

DIOCÈSE DE TRÉGCIER. 383

toujours à l'abri des rigueur» du besoin. Enfin, Bonaparte le nomma chanoine de Saint-Denis, lors de la formation de ce chapitre. Il vivait dans la retraite, ne voyant que sa famille et quelques amis, et partageant sou temps entre les exercices de piété et des lectures instructives. Les reliques des vêtements de la sainte Vierge, conservées depuis le xe siècle au moins dans la cathédrale de Chartres, avaientété, pendant la terreur, préservées de la destruction par de pieux fidèles qui plus tard les remirent à M. de Lubersac. Il les reçut avec joie, les reconnut et les rendit à son ancienne église. On voulut, à ce qu'il parait, l'engager à remonter sur son siège, lors du concordat de 1817; mais son âge avancé ne lui permis pas de reprendre les fonctions de l'épiscopat. 11 mourut à Paris, le 30 août 1822, dans la quatre-vingttroisième année de son âge. Par son testament, il avait demandé à être déposé dans le caveau destiné aux évêques dans la cathédrale de Chartres; ce caveau ayant été détruit pendant la révolution, on plaça sa dépouille mortelle dans l'ancienne église de Sainl-Lubin, qui, après avoir été celle des Capucins, sert aujourd'hui à l'hospice des vieillards. On fit pour lui, à cette occasion, un service solennel auquel assistèrent un grand nombre d'habitants de Chartres.

Augustïn-René-Locis LE MINTIER naquit le 28 décembre 1729 à Sevignac, paroisse de l'ancien diocèse de Saint- Malo, aujourd'hui du diocèse de Saint-Brieuc. Il fit ses études à Paris, où il reçut de M. de Beaumont la tonsure cléricale à l'âge de dix-huit ans. 11 devint docteur en théologie dans le cours de Tannée 1757. M. de Girac, nommé évèque de Saint-Brieuc en 1766, le choisit pour son grand vicaire ; et lorsque ce prélat futiransféré à Rennes en 1769, M. Le Mintier l'y suivit avec le même titre. 11 était depuis onze ans employé dans l'administration de ce diocèse, quand le siège de ïréguier étant venu à vaquer par la translation de M. de Lubersac à Chartres, il y fut nommé en 1780. Son sacre eut lieu dans l'église des Feuillants de la rue Saint-Honoré à Paris, le 30 avril de la même année. M. de Girac, évéque de Rennes, assisté de MM. de Lubersac, évêque de Chartres, et de La Marche, évêquede

584 l'église de bretagwe.

Léon, fit la cérémonie. Pieux et instruit, M. Le Mintier s'appliqua au gouvernement de son diocèse; il observait la résidence et se rendait très-accessible à son clergé. Il publia un nouveau catéchisme, et consacra solennellement en 1782 l'église de Langoat, qui venait d'être reconstruite; puis, l'année suivante, celle de Pleudaniel. On reprochait a M. l'évêque de Tréguier trop de facilité à admettre dans le sanctuaire des sujets suspects, qui, par leur défection, lui causèrent plus tard un vif chagrin. Le malheureux Louis XVI, effrayé de l'orage révolutionnaire qui grossissait au-dessus de sa tête, crut devoir, le 2 septembre 1789, adresser une lettre à tous les évêques du royaume, pour réclamer le secours de leurs prières et les engager à essayer de calmer par leurs exhortations l'agitation toujours croissante. M. Le Mintier, à cette occasion, publia un mandement qui bientôt fit grand bruit, et qui, dit-on, était du à la plume de l'abbé Laënnec, théologal de l'église de Tréguier. Ce mandement, écrit avec force, indiquait comme causes de la révolution les libelles contre l'Eglise et le gouvernement, signalait les véritables ennemis de l'Etat, et manifestait pour l'avenir des craintes que les événements n'ont que trop réalisées. Le prélat s'élevait surtout contre la facilité avec laquelle on laissait tout dire et tout imprimer, et défendait avec chaleur le clergé qu'on s'apprêtait à dépouiller de ses biens. Il ne dissimulait pas son opposition au système qui prévalait alors et aux innovations qui en étaient la suite. C'en fut assez pour qu'on représentât comme un écrit séditieux et incendiaire celte instruction pastorale rédigée avec sagesse. L'année suivante, l'évêque de Tréguier fut dénoncé à l'Assemblée nationale, et reçut Tordre de se rendre à Paris. C'était le fameux abbé de Pradt, alors membre de cette assemblée, qui avait proposé à la tribune de le faire venir dans la capitale. Il y fut appelé le 9 août 1790 et renvoyé devant le tribunal du Châtelet, qui, après avoir iustruit la procédure, déclara le 14 septembre suivant qu'il n'était pas coupable. M. Le Mintier ne jouit pas longtemps de la tranquillité : dénoncé de nouveau, ainsi que d'autres prélats de Bretagne, et mandé, avec les évêques de Léon et de Vannes, à la barre de l'Assemblée

BlOCÈSfi DE TRÉCUIER.

nationale le 14 février 1791, il ne répondit pas à ce nouvel appel. Insulté et outragé dans sa ville épiscopale, même dans son propre palais, il crut devoir se soustraire par la fuite à des persécutions sans cesse renaissantes. Il passa en avril 1791 à Jersey, île anglaise peu éloignée de son diocèse, avec lequel il conserva toujours des relations. Les prêtres français proscrits qui se réfugièrent dans la même Ile trouvèrent dans l'évêque de Tréguier un consolateur et un modèle. Sa présence dans ce pays fut utile à la religion; il y fit des ordinations et y exerça plusieurs fois d'autres fonctions épiscopales \ La crainte d'une descente ayant en 1796 déterminé le gouvernement anglais à faire* passer les émigrés de Jersey en Angleterre, M. Le Mintier se rendit à Londres, et y fixa sa résidence. G est dans cette ville qu'il composa quelques petits écrits sur les matières du temps, et entre autres un opuscule de seize pages d'impression, qui a pour titre : Dissertation concernant la promesse de fidélité exigée des prêtres catholiques par le nouveau gouvernement de France. 11 soutient qu'elle n'est pas permise, et il y défend avec force les droits de Louis XVIII. Sa mort suivit de près eette publication. Il vivait à Londres dans une profonde retraite. La goutte, à laquelle il était sujet, lui causa de grandes souffrances, auxquelles il succomba le 21 avril 1801, chez madame de Catuelan, veuve du premier président du parlement de Bretagne. L'esprit de piété qui avait animé ce vertueux prélat pendant sa vie se manifesta surtout à ses derniers moments. On était édifié de la patience avec laquelle il supporta les douleurs qu'il éprouvait. Il fut enterré avec beaucoup de solennité dans le cimetière de Saint-Pancrace à Londres, et l'abbé de Châteaugiron, prêtre du diocèse de Rennes, prononça son oraison funèbre. En sa personne finit cette longue et vénérable suite d'évéques de Tréguier. c La mort de M. Le Min- » tier, dit un auteur contemporain qui était son compagnon

• Ayant été dans le cas de consacrer à Jersey des pierres d'autel, on lui fit observer qu'on n'avait pas de reliques pour y mettre. «11 faut en » faire, » répondit en riant le bon évéque ; voulant faire entendre à ceux qui lui parlaient qu'il fallait qu'ils détinssent des saints.

îdexil", causa un deuil général, non-seulement dans le » clergé de Frincë résidant à Londres et dans toutes les » parties de KÀttgiêterre, maïs jiarmi tous les ordres etclas- »èWde l'émigration. D'une voix unanime, la justice publique » proclama qu'en sa vénérable personne l'Eglise gallicane veinait de perdre une de ses premières lumières, le clergé » en général un modèle de perfection évangélique, ses di- ■ gnos coopëratehrs,' ministres des saints autels, un père t consolatetir, et les fidèles de son diocèse un tendre ami, * toujours prêt à leur donner l'instruction et ta nourriture i spirituelle. •

a L'abbé de Lubersac, Journal historique et religieux de t émigration et déportation du clergé de France en Angleterre. 1 toL in-8; Londres, 180).

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