ABBAYES
L'ordre monastique remonte en Bretagne à une époque très-reculée, car on à des preuves certaines qu'il y était établi dès le vc siècle. Saint Jacut et saint Guenolé sont les deux premiers solitaires dont les monastères nous soient connus. Saint Melaine, saint Paul de Léon, saint Gildas, saint Samson, saint Brieuc, saint Tugdual, saint Malo et , saint Mëen, en fondèrent d'autres dans le siècle suivant! Tous Ces saints personnages, si Ton en excepte saint Mefaiue et peut-être saint Ma|p, élaiént originaires des lies Britanniques, et les avaient abandonnées pour se soustraire à la fureur des Barbares. Us suivaient les règles établies dans leur pays et qu'ils avaient pratiquées eux-mêmes dès leur plus tendré jeunesse. On ne sait1 pas précisément dans quel temps leurs disciples embrassèrent la règle de saint Benoît. Elle n'était pas encore reçue dans le monastère dé Landevenec en 818. L'empereur Louis le Débonnaire soumit dette année les Bretons qui s'étaient révoltés contre ses officiers. Pendant qu'il était campé sur les bords de la rivière d'Elé, 11 reçut la visite et les hommages de l'abbé de Landevenec. Surpris de voir la forme de l'habit et de la tonsure de cet abbé, il lui demanda de quel ordre il était ; l'abbé lui répondit qu'il suivait la règle des moines d'Ecosse. L'empereurluiordonna de quitterces habits étrangers, et de se conformer à l'Eglise romaine, dont les moines suivaient la règle de saint Benoît. L'abbé se soumit à des ordres si positifs, et ses successeurs s'y sont conformés tant qu'ils ont existé dans la province. La règle de saint Benoit était si conhué et si estimée dans tout l'Occident, qu'il est difficile de croire qu'elle n'eût pas été reçue dans quelques monastères de Bretagne avant l'expédition faite par Louis le Débonnaire en 818.
Les premiers habitants des déserts armoricains, appelés
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de Dieu à pratiquer la perfection des conseils évangéliques, but principal de letat religieux et qui le rend si respectable aux yeux de la foi, furent, en se séparant du monde, trèsutiles néanmoins à la société ; car ils s'appliquèrent à défricher les terres incultes, et ils y réussirent si bien, qu'on Tit peu à peu des villes et des bourgs se former dans ces retraites. C'est à de tels ouvriers que les villes de Redon et de Quimperlé doivent leurs commencements. La vie pauvre et édifiante de ces religieux leur acquit une grande réputation; et comme ils faisaient profession d'instruire la jeunesse, leurs maisons furent bientôt peuplées d'enfants. On voit même des pères consacrer les leurs au service des autels, sans attendre qu'ils fussent en âge de prendre un parti. Il est vrai que pour leur procurer quelque douceur, ils sacrifiaient souvent avec eux une partie de leurs biens, et que ces enfants parvenus à l'âge viril avaient droit de réclamer contre leur consécration.
Le nombre des monastères fut d'abord peu considérable en Bretagne ; mais la population ayant augmenté dans la suite des temps, les vocations se multiplièrent. Puis le désir de s'assurer à perpétuité des prières après leur mort porta plusieurs seigneurs, dont la vie n'avait peut-être pas été toujours très-chrétienne, à ouvrir à la piété de nouveaux asiles. L'édifiante réforme qui s'opéra dans l'ordre de Saint-Benoit au commencement du xne siècle, et qui est connue sous le nom de réforme de Giteaux, rendit si recommandables ceux qui l'embrassèrent, que le clergé séculier, les grands et le peuple de Bretagne souhaitèrent de posséder au milieu d'eux des religieux si réguliers. L'ordre canonial de Saint-Augustin avait aussi à la même époque des droits bien acquis à l'estime publique. Ce fut cette estime qui lui procura des établissements dans la province. Deux siècles plus tard les religieux surnommés Mendiants, entièrement dévoués au service spirituel du prochain, parurent avec raison des auxiliaires très-utiles aux pasteurs des âmes, et furent appelés en Bretagne avec empressement. Dans des temps moins éloignés de nous, la civilisation faisant des progrès, et le nombre des pauvres croissant avec la population, on sentit mieux le besoin de procurer