L'ÉGLISE DE NANTES
ADON a occupait le siège de Nantes en 857. On trouve sa signature entre celles de quelques autres évêques qui souscrivirent une charte donnée cette année par Àdelbert, évêque de Troyes, en faveur de l'abbaye de Moutier- Ramey, maison religieuse àe son diocèse. On ne connaît aucune autre circonstance de l'épiscopat d'Àdon, qui ne fut pas de longue durée 2.
Saint GOHARD, GUNTARD et GUNHARD, auquel les principaux martyrologes de France donnent le titre de martyr0, était évêque de Nantes depuis environ Tan 838 ou 839 Les Normands, attirés à Nantes par la perfidie du comte Lambert, ayant pris cette ville d'assaut et pénétré dans la cathédrale, où lé clergé et le peuple s'étaient réfugiés, il y fut tué le 24 juin 843 par ces barbares, tandis qu'il célébrait le sacrifice de la messe ; la plus grande partie des clercs et du peuple subit le même sort, les autres f tirent emmenés captifs. Ceux qui échappèrent à la furedr des Normands travaillèrent à rétablir la ville et l'église qui fut réconciliée par Snsan, évêque de Vannes, le 30 septembre suivant*.
ACTARD, issu d'une noble famille de Touraine et prêtre de l'église de Tours, fut sacré* vers la fin de 843. Ce ne fut pas le clergé de Nantes qui l'élut, mais Amaurij» archevêque de Tours, à qui les Nantais avaient demandé un bon pasteur. Amauri fit confirmer son choix par Charles lé Chauve qui était maître du comté Nantais. Actard, ayant
« Gallia christiana nova, t. J2, inter instrumenta.
* Nous croyons être les premiers à parler de cet évêque, n'ayant trouvé son nom dans aucun des catalogues que nous avons consultés.
b Martène, t. 3, Antcdot. p 831. Sammartbani, t. 3, Gall. christ,
* D. Morice fait remonter l'épiscopat de saint Gothard jusqu'en 836, mais aucun monument à notre connaissance ne prouve son assertion ; nous avons inôine la preute qu'elle est fausse, puisque la charte relative à Moutier-Ramey, dont nous avons parlé plus haut, est de 837.
* L'ahhé Travers croit que saint Agoard et ses compagnons martyrs de Paris, et de la mort desquels on ne connaît pas l'époque, ne sont autres que saint Gohard et ses compagnons dont on aura transporté les reliques à Greteil, près Paris. C'est à notre connaissance ie seul érudit qui émette cette opinion. Ce qui pourrait peut-être lui donner quelque poids, c'est que le martyre des uns et des autres se trouve indiqué au même jour, c'est-à-dire au 24 juin, dans le Martyrologe parisien.
pris possession de son église, iravailla à réparer les maux que les Normands y avaient faits. Il est probable qu'il assista au concile tenu en 845 ou à Loiré en Anjou ou à Liré, paroisse qui était alors du diocèse de Nantes ; les canons de ce concile, au nombre de quatre, ont pour objet la fidélité que doivent les sujets à leur souverain '. Comme Lambert, usurpateur du comté de Nantes, avait été l'instigateur des Normands, Actard alla trouver le roi, à qui il rendit un fidèle compte de la conduite de Lambert. Sur cet avis, le roi manda à Nominoé, son lieutenant en Bretagne, de chasser le comte Lambert. Nominoé menaça Lambert, qui se retira à Craon, où il continua ses pillages et ses vexations. Leloignement de Lambert procura la tranquillité à Actard, mais elle ne fut pas de longue durée.
Lambert étant mort sur ces entrefaites, Nominoé se souleva contre Charles le Chauve, et s'empara des comtés de Nantes, de Rennes, d'Anjou et du Maine. Résolu de devenir prince indépendant, il fit déclarer simoniaques plusieurs évêques bretons dans une assemblée tenue à Coétlou, et les chassa de leurs sièges. Ii mit en leur place des hommes disposés à exécuter toutes ses volontés, et, pour ne plus dé pendre de la France en aucune manière, on prétend qu'il diminua les diocèses de Vannes, de Quimper, de Léon et d'Aleth, pour en former trois nouveaux dont il fixa le siège à Dol, Saint-Brieuc et Tréguier ; ce qui n'est nullement prouvé. Il se fit couronner roi des Bretons par I evêque de Dol, à qui il donna le litre d'archevêque. Actard, persuadé que la fidélité au souverain légitime doit être une des vertus des évêques, désapprouva tous ces changements, et, n'ayant pas voulu reconnaître le nouveau roi, il fut chassé de son siège. Il se retira à Tours, où il séjourna jusqu'à la mort de l'évêque de Thérouanne, auquel il succéda.
Après la retraite d'Actard, Nominoé lui substitua Gislard, prêtre du diocèse de Vannes, qui tint le siège de Nantes cinq ans. Nominoé étant mort en 851, Actard quitta le siège de Thérouanne et retournai sa première
1 Les évêques réfugiés en Angleterre invoquèrent l'autorité de ces canons dans les réclamations qu'ils adressèrent en 1 803 au pape Pie VII pour faire valoir les droits de Louis XVIII contre l'usurpation de Bonaparte. L'abbé Travers avait trouvé deux nouveaux canons de ce concile ; mais ils n'ont pas été publiés.
6i l'église de bkbtaghe.
épouse. A son arrivée, Gislard se retira à Guerranch, où il continua ses fonctions épiscopales sur toutes les paroisses situées entre les rivières d'Erdre et de Vilaine. Le pape et les évêques l'excommunièrent, mais il méprisa leurs censures jusqu'à sa mort.
Cependant Aciard a s'attacha à Hérard, archevêque de Tours, et ne voulut jamais reconnaître celui de Doi. Cet attachement lui attira de nouvelles persécutions qui l'obligèrent une seconde fois a se réfugier à Tours. Dégagé du soin de son troupeau, il assista à tous les conciles assemblés de son temps. Celui qui fut célébré à Soissons en 866 ne parait avoir eu d'autre vue que de faire rentrer les évêques bretons dans l'obéissance de l'archevêque de Tours. Actard fut chargé d'en porter les actes à Rome. Le pape Nicolas Ier lui donna une lettre pour Salomon, roi de Bretagne ; mais ce prince n'y eut aucun égard, et soutint l'établissement fait à Dol par Nominoé. Actard, n'ayant rien à espérer du côté de la Bretagne, retourna à Tours. Il succéda à Hérard en 871, et ne tint le siège de Tours que deux ans, étant mort en 873.
ARMENGAUD fut élu en 871, et reçut d' Actard, son prédécesseur, la consécration épiscopale, si l'on en croit la Chronique de Nantes. Il sacra, le 11 juin 878, Alain le Grand, comte de Vannes, qui fut reconnu duc ou roi de Bretagne. Cette cérémonie fut faite au bourg d'AUaire dans le diocèse de Vannes.
LANDRAN * ou LANDERAU gouvernait l'Eglise de Nantes pendant les ravages que les Normands ûrent sur la Loire à la fin du i\e siècle. Il fut obligé de fuir et de se retirer à Angers avec son clergé. Charles le Gros, touché de sa triste situation, pourvut abondamment à sa subsistance. Les Normands ayant été chassés entièrement du pays en 889, Landran retourna à son église désolée. Alain le Grand lui rendit une partie des terres qui avaient été usurpées tup le patrimoine de l'Eglise. Après avoir fait tous ses efforts pour en réparer les ruines, il mourut le 5 février 896.
« Martène, t. 4, Anecdot.^. 63. Spicilége, t. 4, p. 380. Labbe, p. 326, Bibtiotk. Ms.
*> Martène, t. 3, Anecdot., p. 843. Chronicon Briocensf.
FOULCHER, homme sage et éclairé, fut élu en 896 suivant la Chronique de Saint-Brieuc. Il acheva les réparations de son église et il l'augmenta considérablement. Le duc Alain lui donna la petite abbaye de Saint-André de Nantes1, qu'il unit à son chapitre. On prétend aussi qu'il réunit à son église l'archidiaconé de la Mée, qui en avait été séparé par Gislard.
ISA1E souscrivit à une charte de l'abbaye de Marmoutier, datée de la quinzième année du règne de Charles le Simple, c'est-à dire de l'an 914.
•lDALARD était évéque de Nantes, lorsque les Normands y vinrent pour la quatrième fois, et la ruinèrent entièrement. On rapporte cet événement à l'an 919 ou 920. Adalard se retira en Bourgogne avec son clergé, et il ne parait pas qu'il soit jamais retourné à Nantes.
HOCTRON, OCTRO ou OCTREO, évêque dé Saint- Paul-de-Léon, tenait le siège de Nantes en 939 et les année* suivantes, si l'on en croit MM. de Sainte-Marthe.
HESDREN a ou ESDEN est indiqué comme évêque de Nantes dans la charte de fondation du prieuré de Batz, faite parle duc Alain Barbetorte vers l'an 950. 11 porta à Fleuri le corps de saint Maur, martyr de Rome, et y embrassa la vie monastique sous le règne de Lolhaire.
WALTER ou GAUtlER gouvernait l'église de Nantes lorsque les Normands la prirent pour la cinquième fois. Il eut même le malheur d'être fait prisonnier par ces barbares; mais il fut délivré par la libéralité de ses diocésains, qui payèrent sa rançon.
WERECH ou GUERECH, fils naturel d'Alain Barbetorte, fut élevé dans l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Il eu sortit en 981, et revint à Nantes, où il se chargea de l'administration de l'église vacante par la mort de Gautier. Hoël, son frère aîné, étant mort quelques mois après, il succéda au comté de Nantes et épousa Aremberge. On
* Elle était située auprès du cours qui porte encore le nom de ce saint apôtre.
■ Duchesne, t. 3, p. 343, Hist. Franc.
prétend qu'il ne fui jamais ordonné, et qu'il employa les revenus de levêché aux réparations de l'église. Il mourut en 990, et laissa un fils nommé Alain.
JUDICAEL, fils naturel de Hoël et neveu de Gurech, lui succéda dans le comté et dans l'évêché de Nantes. Mais il fut obligé de se démettre du spirituel pour défendre son comté, qui lui était disputé par Conan, comte de Rennes. Il laissa deux enfants, savoir : Budic, qui lui succéda, et Judith, femme d'Alain Gagnard, comte de Cornouaille.
HUGUES était évéque de Nantes sous le règne de Conan le Tort, qui se rendit maître de cette place après la mfft de Guerech, et la perdit avec la vie en 992.
HERVÉ ou HERVIEU a mourut à Bloisen lOOS.Fulbert, évéque de Chartres, lui reproche d'avoir béni Megenard, abbé de Saint-Père-en-Vallée, qui avait été élevé à cette dignité contre toutes les règles.
WALTER b ou GAUTIER IIe du nom fut sacré en 1005, et mourut en 1042. Né soldat plutôt qu*évêque,il eut toujours les armes à la main contre Budic, comte de Nantes, et diminua considérablement les revenus de son église par les présents qu'il fit aux seigneurs de son parti. 11 avait assisté à la dédicace de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers en 1025 ; il se trouva aussi à celle de Saint-Florent de Saumur en 1041. Sou nom se lit dans les souscriptions des fondations de Saint-Gidas-des-Bois et de Saint-Georges de Rennes. Budic avait provoqué celle guerre en pillant la maison et les biens de Gautier pendant un voyage que ce prélat fit à Rome avec GeoflVoi, comte de Rennes.
BUDIC c succéda à son père en 1042. Il était né d'un légitime mariage qui avait précédé l'épiscopat d'Hervé ; mais ayant été accusé d'avoir obtenu l'épiscopat par simonie, il fut déposé au concile de Reims en 1049. Cette disgrâce lui causa tant de chagrin, qu'il en mourut la même année.
" Epistolâ 12.
^ Martèoe, t. 5, Coliect. 31s., p. 1124. Labbe, in biblioth. M. s., p. 206. c Histoire des Curd. par Duchesne, 1. 1, p. 10. Gallia christ., U 3, p. 458. Mai tène, t. lM, Anecdot., p. 172.
AERARD, AIRARD ou ERARD, abbé de Saint-Paul de Rome, fut nommé par In pape Léon IX qui avait présidé au concile de Reims. Quelque irrégulière que fût cette élection, le clergé ne s'y opposa pas ; mais ayant connu par expérience l'incapacité d'Erard, il le chassa de son siège en 4051, et écrivit au pape pour lui rendre compte de cette démarche. Erard vivait encore en 1090, selon une charte de Redon.
QUIRIACE a, WAKOCH, WERECH ou GUERECH IIe du nom, frère de Hoël, comte de Cornouaille et de Nantes, fut élu l'an 1052 en la place d'Erard. Mais soit qu'il fût trop jeune ou que le pape eût défendu de le sacrer durant la vie d'Erard, il ne reçut la consécration épiscopale qu'en 1065. Il assista en 4059 au sacre du roi Philippe Ier du nom. En 1064, il ratifia toutes les donations faites à son chapitre par Hervieu et Gautier ses prédécesseurs. Le prieuré de Lanchaillou, dans la paroisse de Saint-Donatien , le reconnaissait pour fondateur. Quiriace fit cette fondation en 1076, et se montra très-généreux envers le» religieux, auxquels il donna plusieurs églises paroissiales C'était un prélat d'un caractère ferme; il eut à soutenir plusieurs grandes affaires qui ordinairement lui réussirent. Son nom se trouve dans les souscriptions du concile tenu à Rordeaux en 1068. Une ancienne chronique marque sa mort en 1076. Celle de Quimperlé la met en 1078.
RENDIT DE CORNOUAILLE succéda a son frère Quiriace en 4079. Il avait d'abord embrassé la vie monastique dans l'abbaye de Landevenec, d'où il avait été fait abbé de Sainte-Croix de Quimperlé en 4066. Il monta sur le siège de Nantes sans quitter son abbaye, et fut sacré à Issoudun en 1084. Cette multiplication de bénéfices donna lieu à Hildebert, évêque du Mans, de faire les vers suivants :
Ars asino subiiiisit equani, tnixturaque malum
Lascivam sobolem prodigiosa d< dit.
Sic libi mixtus honor, sic ex abbate si mu! que
Praesule, ncscio quia dicitur esse graduf.
« Labbe, m btblioth. Ms.% p. 288. Martène, I. ky\Antcdot.> p. 90. Uuchesne, t. 4, p. 162.
Benoit0 était actif, laborieux et aimait le bien. 11 obtint, en 1092, une sentence du légat du pape qui lui adjugea la cure de Saint -Donatien, et débouta Àudebert, abbé de Déols, de ses prétentions sur cette église. Son nom se lit dans les souscriptions du concile de Tours en 1096, et dans celles du concile de Loudun en 1109. Deux conciles se tinrent à Nantes sous son épiscopat ; le premier en 1105 dans l'église de Saint- Laurent, le second en 1107, présidé par Gérard d'Àngoulême, légat du saint Siège. On n'en a pas les canons, mais on sait que les Pères de ce concile accordèrent une indulgence à ceux qui visiteraient l'église de Doulon le jour de l'anniversaire de sa dédicace. Au reste, nous ne parjons de ces conciles que sur le témoignage de l'abbé Travers, car aucun autre auteur, à notre connaissance, n'en a fait mention. Benoît se démit de ses deux bénéfices en 1113, selon la chronique de Mellerai, ou en 1114, si l'on suit celle de Quimperlé, et mourut quelques mois après.
BRI CE b est nommé aussi Franco, Franceis ou François, soit qu'il fût Français d'origine, ou que ce fût un surnom. Archidiacre de Vannes, il fut fait évéque de Nantes en 1113 ou 1114. H confirma, l'année suivante, toutes les donations faites à l'abbaye de Marmoulier dans son diocèse. En 1119, il assista à la dédicace de Noire-Dame du Roncerai, faite par le pape Calixle II. Gérard d'Angoulême, légat du saint Siège, tint en faveur de l'abbaye de Marmoulier un concile, à Nantes, en 1120, et Hildebert, archevêque de Tours, en présida un autre devant le duc Gonan, en 1127. Une autre cérémonie attira Brice à Redon la même année : ce fut la réconciliation de l'église de Saint-Sauveur qui avait été profanée par les impiétés des seigneurs de Pontchâteau. En 1128, il se trouva à la translation des reliques de saint Aubin faite par Gérard, évéque d'Angoulême et légat du saint Siège. Ce fut sous son épiscopat, c'est-à-dire en 1135, que l'illustre saint Bernard vint à Nantes pour la fondation de l'abbaye de Buzai,et qu'il y opéra un miracle, en guérissant une femme d'un rang élevé. Brice mourut le 29 octobre 1139, selon
« T. 6 Spicilegit, p. 24.
*> Labbe, in biblioth. Ms , p. 277. Vita Boàerti d'Arbrissel.
la chronique de saint Aubin. Celle de Ruis met cet événement en 1140. On lui doit le premier palais épiscopal qui ait été construit a Nantes.
ITIER fut sacré Tan 1142, et mourut le 28 décembre 1147. Le nom de ce prélat se lit dans les souscriptions de la fondation de Buzai. C'est cette époque qu'on assigne à l'établissement des Templiers à Nantes, et ce fut aussi dans ce temps que mourut un personnage fameux de ce pays, Àbailard, célèbre par ses égarements et ses erreurs. ,
BERNARD Tr «, natif d'Escoublac près de Guerrande, fut d'abord chanoine de lTéglise de Nantes et ensuite religieux de Clairvaux.Sa vertu et sa science lui méritèrent le titre de père et de pasteur dans son église, dont il avait été l'enfant. En 1151, il assista, ainsi que plusieurs autres prélats, à la cérémonie de la translation des reliques de saint René qui eut lieu à Angers. Bon et généreux, il fît du bien à tous ceux qui eurent recours à sa charité. Juge intègre et éclairé, il fut l'arbitre de tous les différends qui s'élevèrent de son temps dans le clergé. Mûr pour le ciel, il rendit son âme à Dieu en 1169.
ROBERT h succéda à Bernard, son oncle. Il était archidiacre de Nantes et fut élu le jour de Noël 1170, en présence et du consentement de Henri II, roi d'Angleterre. L'année suivante, il donna à son chapitre les deux tiers de la dlme des paroisses de Blain et de Héric. En 1180, il assista au traité fait à Gisors entre les rois de France et d'Angleterre. Trois ans après, il consacra l'église de Notre-Dame de Mellerai. Cette cérémonie 6nie, il partit pour la Terre-Sainte, qu'il eut la satisfaction de visiter; mais il mourut en revenant à son église. Toutes les chroniques marquent sa mort en 1184.
Maurice DE BLAZON c fut élu en 1184, et transféré a Poitiers en 1198, par le pape Innocent III. Ce prélat assista, en 1185, à l'assise du comte Geoffroi, et signa, en
« T. 3, Analtct. de Pont, cennman.
* Robert de Monte. Sigrhcrt, t. 5, Hist. franc., p. 650. Rymer, t. 1. p. 51'.
c Roper de Hou*ed*»n, p. W. Innoceotius lit , lib. 1, epist. 284, 490. GaUin christ , p. 1 1
H8fr, le plan dressé par Henri II, roi d'Angleterre, pour le voyage d'oiitre-mer. Attentif aux besoins des pauvres clercs de son église, il ordonna que toutes les chapelleniés dépendantes du chapitre leur seraient présentées préférablement à tous autres clercs. Maurice mourut à Poitiers ea 1914.
GEOFFROI succéda au précédent en 4198, et mourut le 10 février 1213. Son nom se lit dans la relation des obsèques de la duchesse Constance, morte en 1201, et dans l'acte de fondation du prieuré^de la Primaudière, fait au mois de mars 1207. Il obtint de Gui de Thouars sept livres de rente sur les revenus de la prévôté de Nantes, en dédommagement du terrain de son église qui avait été pris /our les fossés de la ville.
Etienne DE LA BRUÈRE fut sacré en 1213, et mourut le 8 févier 1227, après quatorze ans de pontificat. Il joignit à une admirable simplicité un granl zèle pour la défense des droits et libertés de son église. Cette fermeté lui attira, avec le duc Pierre Mauclerc, plusieurs différends pour lesquels il fit quelques voyages à Rome. Mauclerc méprisa les menaces de l'évêque, détruisit les églises de Saint-Clément et de Saint-Cyr, et fit des fossés sur les terres de l'église. Etienne mourut au milieu de ces brouilleries, et fut inhumé dans son église, devant l'autel de saint Michel. On a de lui de longs statuts synodaux propres à faire connaître la discipline de son siècle. On jeûnait alors les jours de saint Marc ei des Rogations. On ne donnait pas l'extrème-onction aux enfants âgés de moins de quatorze ans. Chaque curé devait une fois dans Tannée se confesser à son évêque.
Clément DE CHATEAUBRIANT fut élu en 1227, et mourut le 9 septembre de la même année, suivant les obituaires de Geneston et du Roncerai.
HENRI Pr du nom fut sacré en 1228 ou même plus tôt, et décéda le 15 octobre 1231, la huitième année de son épiscopat. Il légua trois cents marcs d'argent à son chapitre pour l'augmentation des prébendes ; mais il n'eut pas la satisfaction de terminer ses différends avec Pierre Mauclerc.
DIOCÈSE DE NAHTES. 71
ROBERT, natif de Saintonge et évêque d'Aquilée, fat transféré en 4235 à Nantes par le pape Grégoire IX. Il trouva son église affligée par les vexations du duc Pierre Mauclerc. Les remontrances qu'il fut obligé de faire à ce prince n'amollirent point la dureté de son cœur, il fallut en venir à Tex communication. Mauclerc, irrité des censures, persécuta ce prélat à outrance, ainsi que les clercs qui lui étaient attachés. Le prélat partit pour Rome en 4238, et y demeura jusqu'en 4240 qu'il fut nommé patriarche de Jérusalem.
Quelques actes du temps font mention de Gui a et de Daniel, évêques de Nantes, l'un en 4256 et l'autre en 4238. Le premier fut fait patriarche de Jérusalem en 4244, et succéda, selon les apparences, à Robert, qui tint ce siège peu de temps.
GALERAND, doyen du chapitre de Saint-Gatien à Tours, reçut en 4240 la consécration épiscopale de Jnhel, archevêque de Tours, et mourut le 21 septembre 4263, suivant l'obituaîre de Geneston. Après avoir eu, pendant tout son épiscopat, de grands différends avec les ducs de Bretagne, il transigea, en 4258, avec le duc Jean le Roux, et fit exempter les vassaux de son église du service militaire. Ce fut du temps de Galerand qu'Elie, grand chantre de Nantes, rédigea en 4263 un ordinaire des offices et des rites que Ton observait dans le coursyie Tannée et dans les grandes solennités. Nous pensons que c'est le premier ouvrage de ce genre en Bretagne dont le souvenir se soit conservé *.
Jacques DE GUÉRANDE *, doyen de l'église de Tours, fut élu en 4264, et mourut le 14 février 4268. II eut beaucoup à souffrir de la part du duc Jean le Roux, qu'il fut enfin obligé d'excommunier. Vincent, archevêque de Tours, tint un concile à Nantes en 4264, sur la dis-
« Duchesne, Hist. de Joinville^p. 62.
» On voit encore ce manuscrit à la bibliothèque de Sainte-Genevièv • à Paria. Il est de format in-8 ; mais il s'y trouve tant d'abréviations, et l'écriture en est si gothique, qu'il est presque indéchiffrable.
* Labbe, t 11, Conc. Joannes Maan, p. 139.
72 l'église de fretaghe.
cîpline ecclésiastique. M. Travers met ici un Gautier qu'il dit avoir été sacré après la Chaire de saint Pierre de Tau 1264, et être mort quelques mois après.
Guillaume DE»VERN, élu au mois de mars 1268, commit son officiai pour informer contre le duc qui avait usurpé la régale pendant la vacance, et pour lui faire des monitions canoniques. Cette démarche eut un bon effet, et détermina enfin le duc à entrer en accommodement avec l'église de Nantes. Il reçut le serment de fidélité de son nouvel évêque qui n'était pas encore sacré, et il le satisfit relativement aux terrains que Pierre Mauclerc avait pris pour faire les fossés de la ville. Guillaume augmenta les revenus de son église, et mourut le 14 octobre 1277. suivant le nécrologe de Geneston.
• DURAND donna, en 1279, l'absolution an sénéchal'du duc qui avait violé les droits de son église et s'était attiré par là une excommunication. Il baptisa en 1285, dans l'église de.Saint-Florent-Ie-Vieux, Jean de Bretagne, fils aîné du duc Artur II et de la duchesse Alix de Limoges. Sage, économe, il acquit de ses épargnes les dîmes de la paroisse de Vallet, trente livres de rente sur les dîmes de Saint-Cyr,et tout ce que Guillaume de La Ferrière possédait en la paroisse de Chessail, aujourd'hui de Sainle-Luce. Il mourut le 6 mai 1292, suivant l'obituaire de son église.
Henri DE CALESTRIE IIe a du nom, natif du diocèse de Tréguier, fuAlu en 1292, et sacré l'année suivante par Renaud, archevêque de Tours. 11 mourut le 15 mai
HENRI IIIe * du nom succéda au précédent en 1294, et mourut l'an 130*. Il assista au concile tenu à Châteaugontier, le mercredi avant la Chaire de saint Pierre, en 1298, par Renaud, archevêque de Tours : les évêqùes de Rennes, d'Angers, de Quimper, de Tréguier, de Saint- Brieuc, de Léon et de Saint-Malo s'y trouvèrent. Il eut dispute avec le dernier pour la troisième place à la droite de f archevêque : elle fut occupée par l'évêque de Saint-Malo,
« Jean Maan, p. 144.
* MtrtêDc, î. 4, Jmecdot., p. 960.
contre lequel Henri se contenta de faire sa protestation pour ne pas troubler l'assemblée et pour la conservation de ses droits. Il publia plusieurs statuts synodaux, qui furent renouvelés par Daniel, son successeur.
Daniel VIGIER a, natif de Guémené-Penfau, selon le nécrologe de Geneston, fut sacré en 1304. Il érigea, en 1306, la prébende de Pierre d'Evigné en dignité de doyen, érection qui rendit le doyen curé du bas chœur pour les sacrements. Les autres dignitaires ne voulurent pas le reconnaître, et se retirèrent peu à peu du chapitre, auquel ils avaient présidé de tout temps. Daniel obtint en 1311, du pape Clément V, l'union de la cure de Saint-Cyr de Clais a son évêché, qui ne valait alors que mille quarante livres petits tournois. Il permit, en 1331, aux Carmes de s'établir dans la ville de Nantes, au lieu où ils ont été jusqu'à la révolution. Sa mort est marquée dans les chroniques et les nécrologes au 14 février 1337. Il nous reste de ce prélat quelques statuts synodaux, qui ont été publiés par Dom Martène.
BONABES DE ROCHEFORT fit sa soumission à la chambre apostolique le 17 juillet 1538, en qualité d'évêque de Nantes, et mourut quelques mois après.
Olivier SALADIN*, ou SALHASIN, la gloire des prélats de son siècle, fit sa soumission à la chambre apostolique le 3 août 1339. Nous avons "de ce prélat quelques statuts synodaux, qui ont été donnés au public par Dom Martène. Il prêcha devant le pape Clément VI, à Avignon, pour la canonisation de saint Yves. Il visita le tombeau des apôtres le 47 octobre 1353, et ratifia, Tannée . suivante, une fondation faite en l'église de l'abbaye de Villeneuve, par Louis de Machecoul, seigneur de la Benaste. Sa mort est marquée dans les obituaires de Nantes et de Geneston au 25 août 1354.
Robert PA1NEL, évêque de Tréguier, fut transféré à Nantes par le pape Innocent VI, et paya les droits de la chambre apostolique le lâ janvier 1355. Le chapitre avait
" Marque, t. 4, Anecd.% p. 958.
b /£/«/, Ànecd., p. 360
élu Hugues de Montrelais, que le pape transféra à Trégnier. Robert mourut le 23 février 4366, suivant les obituaires de Nantes et du Roncerai.
SIMON a, religieux Dominicain du diocèse de Laugres, maître en théologie et provincial de la province de France, fut élu général de son ordre dans le chapitre tenu à Castres en 1352. Sa science, sa vertu et sa bonne conduite lui acquirent l'estime du pape, des cardinaux, de l'empereur et de tous les princes chrétiens. Chargé par le pape Innocent VI de négocier la paix entre le roi d'Angleterre et le roi de France, il s'acquitta parfaitement de cette honorable commission. Pour l'en récompenser, le pape lui offrit l'évéché de Nevers; mais il le refusa par un désintéressement rare. 11 visita pendant son généralat presque toutes les maisons de son ordre. Le pape Urbain V le nomma, en 1566, à l'évèché de Nantes, et lui enjoignit de l'accepter; Simon, craignant de résister à la volonté de Dieu, se soumit, et fut sacré à Tours, le dimanche dans l'octave des saints Apôtres. Revêtu de cette dignité, il se démit en 1367 du généralat de son ordre, qu'il avait exercé pendant quatorze ans, et qui était incompatible avec le soin d'un grand diocèse. Nous avons plusieurs statuts synodaux de ce prélat, qui ont été confirmés par ses successeurs et publiés par D. Martène1. On ignore les raisons qui le portèrent à permuter, en 1381 ou 1382; avec Jean de Montrelais, évêque de Vannes. Ses infirmités corporelles et l'affaiblissement de son esprit ne lui permirent pas de conserver longtemps ce dernier siège. Il s'en démit, en 1384, entre les mains du légat du pape en Bretagne, en faveur de Henri le Barbu.
« Martène, t. 4, Anecd., p. 961, 978, et t. 6, Collect. Ms., p. 342,416.
1 L'estimable auteur des Annales de Nantes, M. Meuret, prétend, en s'écartant de l'abbé Travers, que Simon resta peu de temps à Nantes, que dès l'année 1373 il quitta son siège pour celui de Vannes, en permutant avec Jean, qui était évêque de cette dernière ville, et qu'après la mort de celui-ci, arrivée en 1376, il revint à Nantes et permuta de nouveau avec Jean de Montrelais. Nous croyons qu'il se trompe, en admettant cette double permutation. Le savant Balaie, cité par le P. Echard : Scripiores otHinis prœdicatorum, ne parle que de la permutation faite en 1382, et est suivi ici par D. Taillandier. Voyez Baluze, in Vitis papar. Avenion., et le P. Echard dans l'ouvrage cité ci-dessus, t. 1er.
MOCiSE DE NANTES. 75
Il parait que Simon snrvécut peu à sa démission. 11 fut inhumé dans l'église des Dominicains de Nantes, près du maître-autel, du côté de l'évangile. Il fut, par son mérite et sa capacité, un des hommes les plus remarquables de son temps. On a de lui, outre les statuts synodaux, les actes de ses négociations restés manuscrits, et des sermons avec d'autres discours. On le trouvait si cloquent, qu'on le nommait ordinairement le pêcheur d'hommes.
Jean DE MONTRELAlS",évêque de Vannes, fut transféré à Nantes en 581 , en conséquence de sa permutation avec Simon, dont on vient de parler. Il fit son entrée à Nantes, le 4 avril 1384, more gallico: c'était le mardi de la semaine sainte de l'année 1583, ce qui revient à l'an 1384. Il prêta serment de fidélité au duc le 4 mai 1585, différant ainsi un mois après son entrée solennelle. Il nous reste quelques statuts synodaux de cet évêque, publiés en 1385, 1387 et 13$9. On croit qu'il mourut au mois de septembre 1391.
BONABES DE ROCHEFO^IT fit sa soumission à la chambre apostolique le 4 septembre 1592, et prêta serment de fidélité au duc en 1595. Il souscrivit l'acte de fondation de la Chartreuse de Saint-Michel-du-Champ, près d'Auray, le 25 février 1596, et mourut la même année.
Bernard DU PEIRON ou BERTRAND*, natif de Gascogne, fut d'abord pourvu de l'évêché de Tarbes, d'où il fut transféré à Nantes par l'antipape Benoît XIII. L'église était alors divisée par un funeste schisme, dont les chefs étaient Benoît XIII et Boniface IX. Ce dernier conféra aussi l'évêché de Nantes à un nommé Pierre, qui paya les droits de h chambre apostolique en 1596. Quelque bien fondés que parussent les droits de Boniface, les Nantais ne crurent pas devoir reconnaître le pasteur qu'il leur donnait, et ils prirent le parti de se soustraire à toute obéissance jusqu'à ce qu'il y eût un pape reconnu de toute l'Eglise. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1399, que le duc reçut le serment de fidélité de Bernard Du Peiron. Alors les Nantais ne firent plus difficulté de se
« Martène, t. 4, Anecdot., p. 968etseq. * Registre consistorial.
soumettre à ce prélat, sans peut-être reconnaître l'obéissance de celui qui l'avait nommé. Quoi qu'il en soit, Bernard fut encore transféré, en 4404, sur le siège de Tréguier, dont il ne paraît pas avoir jamais été paisible possesseur, le schisme n'étant pas encore terminé.
Henri LE BARBU d'abord religieux de Cîteaux, puis abbé de Prières, évêque de Vannes et chancelier de Bretagne, fut transféré à Nantes par l'antipape Benoit XIII, le 2 mai 1404. Il prêta serment de fidélité au duc, le 20 avril
1405, et se donna ensuite tout entier au gouvernement de son diocèse. Pour corriger les abus qui s'y étaient glissés à la faveur du schisme, il renouvela les statuts synodaux de ses prédécesseurs, et il en publia de nouveaux en 1405,
1406, 1408 et 1410. Il assista par procureur au concile de Pise en 1409, et à celui de Constance en 1415. Ce fut lui qui reçut à Nantes saint Vincent Ferrier, lorsque ce célèbre prédicateur, à la prière du duc Jean V, se rendit en Bretagne. 11 jeta cette année les fondements du clocher de son église, dont il ne vit pas la fin. Sa mort arriva le 17 avril 1419.
Jean DE MALESTROIT *, évéque de Saiut-Brieuc, fut transféré à Nantes, le 20 août 1419, parle pape Martin V. Le duc lui donna en même temps les sceaux et le titre de chancelier de Bretagne. C'est en ces qualités que Jean de Malestroit assista aux états en 1420, et qu'il fut envoyé en Angleterre pour y solliciter la délivrance du connétable de Richemont. Philippe de Coetquis, Breton de naissance et archevêque de Tours, tint en 1431 un concile provincial à Nantes, auquel Jean assista H eut ensuite le malheur d'être arrêté prisonnier par le duc d'Âlençon en 1452, et d'être conduit à La Flèche. Le duc de Bretagne, piqué de l'affront fait à son chancelier, assiéga le château de Pouencé, dans lequel les dames d'Alençon faisaient leur résidence. Il
<* Martène, t. 4, Anecdot., p. 993, 994- Spicilegium, t. S, p. 363. b Hist. de Bretagne* t. t et 2. * ♦ On ne trouve ce concile ni dans la collection de Labbe ni dans celle d'Hardouin. Maan Ta fait imprimer à la fin de son Hist. ecclesiat Turonensis, niais sur un manuscrit très-fautif. L'abbé Travers en avait vu un plus correct, quesera*t-il devenu ? Ce concile défendit de pou s aar dès cri» et de faire dea gestes immodérés en prêchant.
pressa la place si vivement qu'il força son adversaire ù lui demander la paix,à rendre le chancelier,et à payer tous les frais de la guerre. Le chancelier, après sa délivrance, fut commis par le concile de Bâle pour la levée de quelques impôts sur le clergé de Bretagne. C'est sous son épiscopat que Jean V, duc de Bretagne, posa la première pierre du poriail de l'église de Nantes. Ce prélat fut un des juges qui firent le procès à Gilles de Retz, maréchal de France, accusé et convaincu des crimes les plus énormes. Jean de Malestroit mourut le 4 septembre 4443, après avoir résigné son évéché ù son neveu, et avoir fondé dans sa cathédrale un assez grand nombre d'anniversaires, entre autres pour Jeanne, reine d'Angleterre, Charles VII, roi de France, et pour le connétable Olivier de Clisson. Ce même prélat institua dans son église la fête de la Présentation de la sainte Vierge.
Guillaume DE MALESTROIT doyen de l'église de Saint- Malo, fut pourvu le 14 juin 1443, sur la démission faite par son oncle entre les mains du pape. 11 fit, on 1453, la cérémonie des fiançailles du comte d'Etampes avec Marguerite de Bretagne, et, en 1438, les funérailles du duc Artur III. Nommé en 1462 ù l'archevêché de Thessalonique, il résigna son évèché à Amauri d'Acigné. On prétend que le refus qu'il avait fait de prêter le serment de fidélité au duc Artur avait causé un tel chagrin à ce prince, qu'il en était mort. Il nous reste quelques statuts synodaux de Guillaume de Malestroit, qui ont été donnés au public par Dom Marlène. Guillaume de Malestroit mourut le 17 août 1491, et fut inhumé dans l'église de Saint-Nicolas du Mans, où jusqu'à l'époque de la révolution on voyait son tombeau1.
Amauri D'ACIGNÉ, chanoine de Nantes, fut pourvu le 29 mars 1462, sur la résignation de son prédécesseur. Il prit possession de son siège sans avoir fait le serment de fidélité au duc, selon l'usage. Le duc, piqué de la démarche de ce nouveau prélat, fit saisir son temporel, et envoya des officiers à Nantes qui le chassèrent de son palais, et empri-
a T. 4, Anecdot.y p. 1008. T. 13, Concii.
1 Cette église, qui était paroissiale, fut détruite en 1793.
sonnèrent ceux qui voulurent leur résister. Arnaud, dépouillé de tous ses revenus, et réduit à la dernière extrémité, produisit les lettres du pape Innocent IY, qui avait défendu aux ducs de Bretagne de connaître de la régale de l'église de Nantes, et aux évêques de leur présenter leurs provisions; mais les officiers n'eurent aucun égard aux remontrances du prélat, ni aux bulles alléguées pour sa justification. Amauri, résolu de soutenir sa démarche, mit l'église de Nantes en interdit, et différa, par respect pour le duc, de procéder à d'autres censures. Il se retira ensuite à Angers pour se mettre à couvert des insultes qui pouvaient lui être faites par les officiers du duc.
Cependant Guillaume de Malestroit, qui avait commencé cette brouillei ie, alla à la cour de France pour y porter ses plaintes au roi contre le duc". Le roi était alors trop occupé pour prendre connaissance de cette querelle. Il se contenta d'exhorter l'archevêque à ne rien précipiter et à suspendre toutes les procédures jusqu'à la Saint-Martin- Le duc, de son côté, envoya des ambassadeurs à Rome pour prévenir le pape et le disposer en sa faveur. Le pape donna commission aux abbés de Villeneuve et de Buzai pour examiner cette affaire et rendre bonne justice aux parties. Les deux commissaires, après avoir pris connaissance de ce qdi s'était passé, sommèrent le duc de restituer à l'évêque sa juridiction temporelle et les dîmes de Guerrande. Le duc, attentif à ménager le pape, se soumit à la sentence des commissaires, et l'exécuta par un mandement daté du 19 mars 1463. Il semble que ce jugement aurait dû rendre la paix à l'église de Nantes; mais le duc avait trop d'ennemis pour pouvoir l'espérer. Louis XI, son plus redoutable adversaire, profita de l'occasion pour lui disputer non-seulement la régale de Nantes, mais encore celle des autres églises de Bretagne, et nomma le comte du Maine pour juge de celte affaire.
La sentence que le comte du Maine rendit le 31 octobre 1464 ne satisfit pas le duc. Persuadé que le roi cherchait à le dépouiller des prérogatives annexées à sa souveraineté, il se ligua avec le duc de Bourgogne et tous les princes mé-
« H, st. de Bretagne, t. 2. GalL christ., t. 2, p. 143.
contents pour faire la guerre au roi. Cette ligue donna lieu à la guerre dite du Bien public. Elle fut terminée par les traités de Saint-Maur-des- Fossés et de Caen, en 1465. Dans le dernier, le roi reconnut que la régale des églises de Bretagne, le serment de fidélité des évéques et le ressort de leurs juridictions appartenaient au duc.
Ce traité ne rendit pas les deux prélats nantais plus soumis à leur souverain. Persuadés que leur église ne relevait que du pape, ils s'attachèrent au roi de France, dans l'espérance d'obtenir par sa faveur ce qu'ils prétendaient. Ils jetèrent un second interdit sur le diocèse de Nantes, qui ne servit qu'à irriter davantage le duc et les Nantais contre en v. Le duc les déclara rebelles et ennemis de l'Etat par ses lettres du 16 juillet 1471, et défendit à tous ses sujets, sous peine d'être réputés traîtres envers la patrie, de leur donner aucip conseil ni secours. 11 n'en demeura pas là : il engagea encore les habitants de Nantes et de Guerrande à demander au pape la déposition d'Amauri d'Acigné, comme d'un évêque séditieux et traître à son prince. Aman ri alla à Rome pour y défendre sa cause, mais il ne trouva pas le pape disposé à seconder ses vues. 11 mourut dans cette ville au mois de janvier 1476, sans avoir presque joui des revenus de son évêché1. Il tira sa principale subsistance de l'abbaye de la Grenetière, au diocèse de Luçon dont il était abbé commendataire. Il y eut à Nantes , en 1467, et sous Tépicopat d'Amauri d'Acigné, un concile provincial que tint Girard deCrussol, archevêque de Tours. C'est le dernier que l'on ait vu dans cette ville.
Jacques D'ELBIEST, chanoine scolastique de Nantes, fut élu par ses confrères en 1477 ; triais Dieu en disposa
« Le fait de la mort d'Amauri d'Acigné est rapporté d'une manière bien diverse par les historiens- Albert le Grand assure que ce prélat finit ses jours à Cbasseil, maison de campagne qui lui appartenait près de Nantes, et qu'il avait fortifiée pour sa sûreté. Cet écrivain ajoute qu'il fut inhumé dans une des chapelles de la cathédrale, relie de Saint-Clair. M. Meuret affirme qu'il mourut à l'abbaye de Trizai, au diocèse de Luçon, le 13 février 1479, et enfin l'on voit ici qu'il termine •a carrière à Rome. Nous croyons que l'assertion d'Albert le Grand est la plus conforme à la vérité. Elle est d'ailleurs appuyée par le témoignage de MM. de Sainte-Marthe, Gallia christiana, t. 3.
quelques jours après son élection, et l'appela à une meilleure vie.
Pierre PROITILT DU CHAFFAULT a, docteur en droit civil et canonique, d'une ancienne famille de Bretagne, homme très-recommandable par ses vertus, fut élu le 10 mars 1477 ; mais il n'accepta I episcopat qu'à condition qu'on terminerait avant son sacre le différend survenu pour la régale. Le duc et îe chapitre promirent de travailler sérieusement à cette affaire. Elle fut heureusement terminée le 28 novembre 1477, par un traité qui porte en substance que l'évêque de Nantes reconnaîtra le duc pour son souverain, fondateur et protecteur de son église ; qu'il lui fera serment de fidélité, et qu'il reconnaîtra le ressort de son parlement, dont il ne relèvera appel qu'au saint Siège. Après ce traité, Pierre reçut la consécration épiscopale et fit serment de fidélité A duc. Il renouvela, en 1478, tout les statuts de ses prédécesseurs, et s'appliqua à les faire observer dans son diocèse. On avait une si haute idée de la vertu de ce prélat, qu'après sa mort on lui rendit pendant quelque temps un culte public comme à un saint, et qu'on fit imprimer un office en son honneur. On voyait autrefois le tombeau de ce prélat à la cathédrale de Nantes, dans la chapelle de saint Félix, avec ce reste d'épitaphe : Pierre, prélat prudent, précieux près Dieu, aiant prins.... Son église lui doit un bréviaire, le premier qui ait été imprimé en Bretagne, et qui le fut à Vannes, en 14801. Sa mort est marquée, dans l'obi tua ire de Geneston, au 6 novembre 1487. La saisie fut mise sur le temporel de l'évêché le 12 du même mois. De son temps, tout le o^ugé et le peuple communiaient à l'office du vendredi saint.
Robert D'ESPINAI*, d'une famille noble de Bretagne,
« Martène, t. 4» Anecdot.
• M. Meuret, ordinairement si exact, ne l'est pas, lorsqu'il dit, à l'occasion du bréviaire de Nantes qui fut imprimé à Vannes, que les prêtres, avant l'iuveotiou de l'imprimerie, ne pouvaient que difficilement réciter l'office divin, ou s'en dispensaient. II se trompe. Us avaient des bréviaires manuscrits ; mille monuments de cette époque le prouvent.
* GaU. christ., t. 1.
fils de Richard, seigneur de Saudrecourt, et frère du cardinal André d'Espinai, archevêque de Lyon, fut transféré de Lescar à Nantes, en 1488, par le pape Innocent VIII, A • la sollicitation du roi de France. Il mourut en 1493, et son temporel fut saisi par ordre du roi la même année.
Jean D'ESPINAI", frère du président, fut d'abord placé, en 1486, sur le siège épiscopalde Mirepoix en Languedoc par le pape Innocent VIII, puis transféré à Nantes par 'bulle du 4 novembre 1493. Il obtint mainlevée de son temporel le 12 avril 1494, et un délaide trois ans pour prêter le serment de fidélité1. DomMartène a fait imprimer quelques statuts synodaux de ce prélat, qui sont datés de Tan 1499. Il fut transféré à Saint-Paul-de-Léon par le pape Alexandre VI, le 25 septembre 1500. '
Guillaume GUEGUEN, né dans les environs de Lamballe, archidiacre de Penthièvre, dans l'église de Saint- Brieuc, abbé comroendataire de Redon, conseiller du duc François II, et son président en la Chambre des comptes, homme très-capable et très-versé dans la connaissance des affaires, fut élu évêque de*Nantes après la mort de Pierre Du Chaffant. Le duc écrivit au pape Innocent VIII, le 3 mars 1488, pour le prier d'accorder des bulles à Guillaume Gueguen, et de n'avoir aucun égard aux sollicitations qui pourraient lui être faites soit pour le cardinal de Foix, soit en faveur de Louis, protonotaire de Rohan. Le pape, sans égard à la lettre du duc, transféra l'évêque de Lescar à Nantes, comme nous l'avons dit ci-dessus. Il écrivit cependant au duc pour lui rendre compte de sa conduite, mais le duc mourut avant l'arrivée de cette lettre. La duchesse, l'ayant reçue, refusa l'investiture à Robert d'Espioai, qui lui était suspecta cause de son attachement à la cour de France. La même faveur qui avait procuré à Robert d'Espinai l'évêché de Nantes, le procura aussi à Jean, son frère, contre la volonté de la duchesse. Enfin cette
« Martène, t. 4, Jnecdot., p. 1017.
* C'est parce qu'il ne put apparemment obtenir plus tôt cette mainlevée, qu'il ne quitta pas tout de suite Mirepoix. On voit qu'il ne prit possession du siéjçe de Nantes qu'en 1497. Gai. christ. , 1. 13.
princesse ayant stipulé dans son second contrât de mariage que l'on solliciterait dès bulles pour Guillaume Guegnen* • étib de Nantes, il les obtint le 25 septembre 1500. Il est qualifié dans ses bulles du titre dé chanoine de Nantes, archidiacre de la Mée, vice-chancelier de Bretagne, confesseur du roi et de la reine. Son décès arriva le 29 novembre 1506. Mathurin de iPledran et Jean de Pledran, doyen de Nantes, fondèrent pour lui, dtons l'église de Saint-érieuc, un anniversaire qui se célébrait le 24 de janvier. Guillaume • avait, en 1502, reconstruit son palais épiscopal. On voyait autrefois dans la cathédrale de Nantes la statue de ce prélat placée sur son tombeau.
Robert GU1BÉ né à Vitré, évêque de Rennes et cardinal du titre de sainte Ânastasie, fut transféré à Nantes, le 24 janvier 1507, par le pape Jules II. 11 était filsd'Àdenet Guibéet d'Olive Landais, sœur du trésorier de ce nom MJne naissance aussi avantageuse lui procura toutes les faveurs de la cour de Bretagne, et l'éleva aux premières dignités de l'Egiise,avant qu'il eut atteint l'âge requis par les saints canons. Il était encore mineur lorsqu'il fut nommé à l'évèché de Tréguier. Le pape Sixte IV lui accorda des provisions; mais en même temps il nomma un administrateur du diocèse jusqu'à ce que le titulaire fût en âge de gouverner par lui- » même. Robert fit serment de fidélité au duc, le 20 mars 1484, pour l'évèché de Tréguier, et fut envoyé a home l'année suivante, en qualité d'ambassadeur. Après la mort du duc François II, il s'attacha au service de la reine Anne, qui lu* donna des commissions honorables. Soutenu de la faveur d'une si grande princesse, il fut transféré à Rennes
a Labbe, t. 14, Cone. Gai. christ. , t. 1er.
1 Landais, si fameux dans l'histoire de Bretagne par sa fortune et par sa chute, était un garçon tailleur orfginaire de Vitré. Dévoré d'ambition et d'un caractère rusé, il parvint à s'introduire à la cout de François 11, duc de Bretagne, et finit par en être le favori, en flattant les passions de ce prince. Il se fit détester par son orgueil et sa tyrannie. Les choses allèrent si loin, que les seigneurs de la province prirent les armes contre lui et exigèrent qu'il leur fût livré. Son procès ne traîna pas en longueur; il fut condamné à être pendu, et exécuté à Nantes le 19 juillet 14«5, laissant une nouvelle preuve des maux que cause l'ambition.
en 1502, et revêtu de*a pourpre en 1506. L'année suivante, le pape Jules II le nomma évêque de Nantes. Ce prélat se démit de cet évêché en faveur de son neveu, en 1510, et fut transféré pour la dernière fois sur le siège d'Albi \ Il remplit les fonctions de légat d'Avignon en 1511, et assista* l'année suivante, au concile de Latran. Les caresses du pape l'ayant gagné jusqu'au point de trahir les intérêts de la France, il fut privé par le roi du revenu de son archevêché et des abbayes de Saint-Victor-de-Marseille et de Saint-Melaine, du doyenné de Fougères et autres bénéfices. Cette privation le réduisit à une telle misère, qu'il n'aurait pu qu'à peine subsister s'il n'avait été généreusement secouru par les autres cardinaux. Il mourut à Rome, le 9 septembre 1513, et fut inhumé dans l'église de Saint-Yves.
François HAMONa, neveu du cardinal Guibé, obtint les bulles de l'évêché de Nantes le 28 juin 1511, et prit possession par procureur le 14 février 1512. Obligé d'assister au concile de Latran, il confia le soin de son diocèse à André Hamon, son frère, nommé à l'évêché de Vannes. Il fit son entrée solennelle à Nantes en 1515, et y mourut le 6 janvier 1532. Outre l'évêché de Nantes, il possédait l'abbaye de la Grenetière au diocèse de Luçon, celle de Saint-Meen-de-Gaël, la prévôté de Vertou et le prieuré de Lehon.
Louis DACIGNÉ, de la famille de La Roche-Jagu, dans le diocèse de Tréguier, chanoine de Nantes, abbé du Relec, doyen de Notre-Dame de La m balle, prieur de Lehon et de Gombourg, fut pourvu le 10 avril 1532 en conséquence de la nomination du roi. Ayant obtenu mainlevée de son temporel, il prit possession par procureur le 51 mai de la même année. On ignore les raisons qui retardèrent son entrée solennelle à Nantes ; il ne la fit que le 4 novembre 1541, et séjourna peu dans son diocèse. Il mourut le 13 fé-
" * D. Merice se trompe ici visiblement. Jamais Robert Guibé n'a été placé sur le siège d'Albi, qui était en 1510 occupé par Charles Robertet, mort en 1515; aussi Albert le Grand, le Callia christiana et M. Meurèt ne disent-ils pas un mot de cette prétendue translation. « Gall. christ., t. 2, p. 431.
vrier 1542, au château de Fontenai, et fut enterré dans le chœur des Jacobins de Rennes.
Jean DE LORRAINE, de l'illustre maison de Lorraine, ÛIs du duc René 11 et de Philippe de Gueldres, morte en odeur de sainteté, naquit en 1498. Ayant été destiné dès sa nais* sance à l'état ecclésiastique, il n'avait que sept ans lorsqu'il fut nommé à l'évéché de Metz. Peu de temps après, il devint cardinal du titre de saint Onuphre. Le pape Paul III, le 18 août 1542, lui donna l'administration perpétuelle de l'évéché de Nantes, sur la nomination du roi François Ier dont il était le favori. Par un abus qu'on ne saurait trop déplorer, ce cardinal, qui était d'une famille souveraine, posséda jusqu'à douze sièges épiscopaux à la fois en France, sans compter les abbayes. Il se réduisit plus tard à six, et fit un noble usage de ses immenses revenus. Dès qu'il eut été mis en possession des biens de son évêché, i! ne pensa qu'à en recueillir les fruits, et il n'observa aucune formalité. Le chapitra garde le silence pendant deux ans, quoiqu'il fût en droit de jouir des fruits sede vacante Mais il protesta de nullité, le 20 mai 1345, contre tout ce qui avait été fait et pourrait être fait a l'avenir par les officiers du cardinal. Cette protestation détermina le cardinal à faire publier ses bulles, le 27 juillet, par Christophe Brecel, sénéchal de Nantes. Le chapitre, en ayant entendu la lecture, se désista de sa protestation, et reconnut le cardinal pour son légitime pasteur". Ce prélat revenait du conclave dans lequel le pape Jules 111 fut élu, lorsqu'il fut frappé à Nogent-le-Roi , près de Langres, d'une attaque d'apoplexie, dont il mourut à l'âge de cinquante-deux ans, en 1550. 11 fut inhumé avec beaucoup de pompe chez les Cordeliers de Nancy.
Charles DE BOURBON, dit le cardinal de Vendôme, tint pendant quelques années l'évéché de Nantes en commande. Titulaire de plusieurs siéges,ilest bienà croire qu'il ne parut jamais dans sa ville épiscopale. L'absence du pasteur fut funeste au troupeau. Les premiers prédicants calvinistes commencèrent à cette époque à dogmatiser dans le diocèse.
* Histoire ecclésiastique et civile de Verdun
Carmel, surnommé Fleury, fat le premier qui se donna le titre de ministre à Nantes. Il alla ensuite à la Roche-Bernard et à Blain, où l'erreur jeta des racines qu'on eut plus tard bien de la peine à extirper. Le cardinal de Vendôme obtint du pape Jules III un induit pour présenter les bénéfices, admettre les résignations, et recevoir les permutations dans le diocèse de Nantes pendant tous les mois. Il exerçait encore ce droit au mois d'août 1557 pour les bénéfices vacants dans les mois du pape, selon Travers.
Antoine DE CRÉQUI, premier du nom, fils de Jean, seigneur de Canaples, prince de Poix, et de Marie d'Acigné, noble bretonne, abbé de Saint-Julien de Tours et chancelier de Tordre de Saint-Michel, fut, n'étant encore que diacre, nommé par le roi Henri II à l'évêché de Nantes, en 1552, et sacré deux ans plus tard, le 22 avril, après avoir été ordonné prêtre le même jour. Il prêta serment de fidélité au roi le 24 février 1556'. Il prit séance au parlement quelques jours après. Ses grandes occupations ne lui permettant pas de résider continuellement à Nantes, il choisit pour son grand vicaire Gilles de Gands, qu'il fit sacrer évéque de Rouannez \ Il fut transféré à Amiens en 1552 a, et résigna l'évêché de Nantes à Antoine de Créqui, son oncle3. Le roi Charles IX, qui estimait ce prélat, de. manda pour lui au pape Pie IV le chapeau de cardinal, et le lui obtint. Il fut revêtu de la pourpre romaine en 1565, et eut le litre de saint Triphon. Plusieurs bénéfices qu'il possédait, et sa fortune personnelle qui était considérable, le mettant dans l'opulence, il en fit un bon usage, et se montra constamment généreux envers son église et les pauvres. La carrière d'Antoine de Créqui ne fut pas longue : il mourut à l'âge de quarante-trois ans, le 20 juin 1574, après avoir fait plusieurs fondations pieuses.
• L'inventaire des comptes met ce serment au 9 Juin 1554, p. 176.
* 11 est certain qu'il y a eu, à cette époque, un évéque de Rouannez ; mais nous ne connaissons dans l'Eglise aucun siège de ce nom.
« Histoire des e'véques d'Amiens.
5 11 publia un Manuale ecclfsiœ Nannetensis, dont il se trouve un exemplaire à la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris. Cet ouvrage fat imprimé en 1556.
Antoine DE CREQUI, second du nom, ou l'ancien, fut pourvu a l'évèché de Nantes par le pape Pie IV, le 10 ootobre 4561/11 en prit possession le 29 juin 1573, et le permuta, le 4 décembre 1564, pour de» bénéfices simples qui lui furent cédés par l'évéque de Vannes. Ce traité fut ratifié à Rome en 1566. . ..
1 Philippe DU BEC", évèque de Vannes, fut transféré à Nantes le 6 septembre 1566. 1! prit séance au parlement le 15 septembre 1567, et présida aux états de Nantes en 1568 et 1572. Son nom se lit dans les souscriptions du concile provincial tenu à Angers en 1585, et dans celles de l'assemblée de Chartres en 1591. Il assista au sacre du roi Henri IV, en 1594, et fut transféré à Reims ta même année. Pendant son séjour à Nantes, il avait essayé de substituer le rite romain à l'ancien rite de son église* Pour atteindre ce but, il avait, en 1588, cherché à ajuster le missel de Nantes avec le missel romain; mais il ne put y réussir. Son successeur en vint à bout. Philippe ne put avoir proraptement ses bulles pour Reims, parce que Henri IV n'était pas encore absous. Ce fut le parlement de Paris qui» par arrêt, mit ce prélat en possession des biens de son archevêché. 11 fut enfin installé au mois d'octobre 1598. Deux ans plus lard les Jésuites fondèrent leur collège de Reims avec sa permission. Le grand âge de* Philippe l'ayant déterminé à prendre un coadjuteur, il choisit Louis de Lorraine. Il tomba bientôt oprès en paralysie, et mourut à l'Age de quatre-vingt-cinq ans, le 12 janvier 1605, et fut inhumé dans son église métropolitaine. On a de lui des sermons imprimés à Paris en 1596, et une traduction du livre des Veuves de saint Ambroise.
Charles DÈ BOURGNEUF, fils de René, seigneur de Cucé, premier président au parlement de Bretagne, et de Louise Marquer, fut transféré du siège de Saint-Malo à celui de Nantes, le 51 août 1598, en vertu de la permutation qu'il avait faite deux ans auparavant avec Jean Du Bec, nommé à l'évèché de Nantes après la translation de son oncle à Reims. Ce fut lui qui changea l'ancien rite de son église pour adop-
° T. 15, Conc.
DIÛGÈ8E DE NANTES. 87
ter le romain» et qui fit imprimer un Propre des saints ainsi qu'un Processionnal. En conséquence, vers l'année 1610, on introduisit dans la cathédrale de Nantes l'office et le chant romains» Il assista aux étais tenus à Rennes en 1598 et 1Ç04. Député en cour pour la même compagnie, jl mourut à Chartres, le 17 juillet 1617. Les états, ayant appris cette triste nouvelle, envoyèrent trois députés à Chartres pour accompagner son corps jusqu'à Nantes, et lui firent faire un service solennel dans l'église des Dominicains de Rennes. Guillaume Le Gouverneur, évêque de Saint- Malo, parle avantageusement de Charles de Bourgneuf dans la préface de $op Rituel, imprimé en 1617. Il le représente comme un saifit prélat et comme une des grandes lumières du clergé de France.
Henri DE BOURGNEUF", conseille r-clerc au parlement de Bretagne, succéda à son oncle, et prêta serment de fidélité en ^618. Il garda son siège pendapt près de trois ans sans être sacré, et s'en démit ensuite vers la fin de 1620 f.
Philippb COSPEAN, docteur de Sorbonne et l'un des plus habiles prédicateurs de son temps, succéda dans le siège de Nantes à Henri de Bourgneuf. M. Cospean n'était pas Français de naissance ; il était né à Mons en Hainaut, en 456$. Etant venu faire ses études à Paris, après avoir été disciple du fameux Juste Lipse, il s'y fit remarquer par sa piété, son mérite et son talent pour la chaire ; c'est ainsi qu'il se fraya la route à l'épiscopat. Il fut d'abord nommé à Pévêché d'Aire, et sacré par de Gondy, évêque de Paris, le 18 février 1607. 11 prononça, en 1617, l'oraison funèbre de Henri IY dans l'église de Notre-Dame, en présence de Louis XIII, et au nom du clergé de France, qui tenait alors une de ses assemblées. Il prit séance au parlement de Bretagne le 17 août 1622, en qualité d'évêque de Naute6, où il avait été transféré au mois de janvier 1621. Le
D. Morice dit que Henri de Bourgneuf fut transféré à Saint-Malo, mais c'est une erreur qu'il réfute rui-même par le fait, dans le catalogue des évéques qui 'ont occupé ce siège, car il n'y dit rien de ce prélat.
« GalL christ. y t. 1er. r
roi le nomma, en 4635, à l'évêché de Lisieux. En 1643, il assista Louis XIII à la mort, et ferma les yeux à ce monarque. Zélé pour l'observation de la discipline ecclésiastique, M. Gospean publia une ordonnance pour obliger tous les curés de son diocèse à la résidence. II rendit de grands services à la congrégation des religieuses du Calvaire, qui venait d'être établie, et en fut longtemps le supérieur. Ce digne évéque mourut le 8 mai 4646. Il expira en prononçant ces paroles, qui prouvent bien sa piété : Viximus in Chrùto, moriamur in Christo. Ses contemporains loi ont donnéde grands éloges. M.Grillet, évéque d'Uzez, prononçât son oraison funèbre devant l'assemblée du clergé, et le P. Lemée, Gordelier, publia sa vie à Saumur.
Gabriel DE BEAUVAU a, fils de Louis, seigneur de Rivarennes, et de Charlotte Brillouet, d'abord militaire, puis abbé de Turpenay au diocèse de Tours et doyen de Nîmes, fut nommé à l'évêché de Nantes en 4635, et sacré à Paris le 23 mai 4636. II tint un synode en 4638, dans lequel il réprima quelques entreprises des Réguliers, et assista aux états tenus à Vannes en 4643. Ce prélat, remarquable par sa piété, Tétait aussi par son amour pour les pauvres et les abondantes aumônes qu'il distribuait aux indigents. Cette charité si généreuse parut de la prodigalite^au^narquis de Beauvau, son frère, qui eut le crédit, par ses intrigues et pour satisfaire sa cupidité, de le faire interdire pour l'administration de son temporel. Non content de ce succès, cet indigne frère obtint, en 4666, une lettre de cachet au moyen de laquelle ce bon évéque fut arrêté et conduit au prieuré de Grammont, dans le diocèse de Tours. Ses diocésains, affligés de son absence, firent, pour le délivrer de sa prison, des efforts quiïurent inutiles. On le retint captif le reste de ses jours, et on le força à donner sa démission ; il survécut peu à cet acte, et, après avoir montré une parfaite résignation, il mourut tristement dans ce même monastère de Grammont, au commencement de janvier 4668
« Gall. christ., t. S, p. 468.
1 La uooeasion de lVréqu*» ffa Nnnt«» ne prospéra pas entre les mains
éa marqué <»c tteaurau ; il ni» tard* pas h ta dimfptfr par si* prtrtMgalt-
Gilles DE LA BAUME LE BLANC DE LA VALIÈRE, doyen de l'église de Tours, fut nommé à 1 evéché de Nantes, en conséquence de la résignation que fiten sa faveur Gabriel de Beauvau, son oncle» et en prit possession le 12 juin 1668. 11 assista aux états de Dioan en 1669. Il se démit en 4677, pour entrer dans la compagnie de Jésus. Bientôt après il demanda un coadjuteur, et manifesta le désir de rétracter sa démission. Dans sa nouvelle situation il se montra plein de zèle, se livrant à la prédication, à la direction des fidèles dans le tribunal de la 'pénitence et au travail des missions. Il résida successivement à Tours, à Périgueux et à Tulle, où il finit ses jours en 1709, dans un état assez voisin de la misère. Il avait passé trente ans dans la compagnie de Jésus, mais sans en avoir porté ^'habit, par une dispense spéciale du saint Siège. Ce fut lui, qui par son mandement du 1er février 1671, établit dans le diocèse de Nantes l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, qu'il étendit à toutes les paroisses, assignant à chacune d'elles un mois pour cette pratique de dévotion. Il publia aussi un Propre des saints de son diocèse ; un catéchisme pour la confirmation, et un livre qui a pour titre : Lumière du chrétien, imprimé d'abord à Nantes et ensuite a Paris. Quelques propositions hasardées, auxquelles on fit attention, obligèrent l'auteur à retirer de la circulation l'édition de Paris.
Gilles-Jean-François DE BEAUVAU DU RIVAU, fut nommé en 1677, et prit possession le 1er septembre 1669. 11 était neveu des deux précédents, dont le dernier se repentit d'avoir donné sa démission et voulut la révoquer. Cet incident retarda les bulles du neveu, et donna lieu à une contestation entre l'ancien évêque et le chapitre pour l'administration du diocèse. Gilles de Beauvau fut un prélat pieux et zélé. Le P. Champion, de la compagnie de Jésus, dans une épitre qu'il lui adressa, en lui dédiant un livre dont
il était l'éditeur tf, assure que M. de Beauvau était naturel-
tés, et tomba bientôt dans la misère, juste punition de sa cruauté envers son frère et un évêque.
• Epttre dédicatoire de la Doctrine spiritutlU du P. Lduis Lmlle-
L ÉGLISB DE BRETAGNE
lement bon, d'un accès facile et tics-charitable; si judicieux dans ses décisions, que ses diocésains aimaient à le prendre pour arbitre de leurs différends; attentif à maintenir le bon ordre dans son diocèse, détaché des choses de la terre et très-adonné à l'oraison. Il mourut à Nantes le ? septembre 1747. Ses obsèques furent une cérémonie qu'on n'avait pas vue à Nantes depuis près de deux cents ans, ses prédécesseurs étant tous morts depuis cette époque hors du diocèse.
Louis DE LA VERGNE DE TRESSAN, comte de Lyon, abbé commenda taire de l'Espau, de Bonne val et de Longpont, premier aumônier du duc d'Orléans, régent du royaume, fut d'abord nommé à I evèché de Vannes, pour lequel il n'eut point de bulles. Le duc-récent le nomma à celui de Nantes au mois de septembre 4747. Il fut sacré à Dinan, le 40 juillet 4748, parM.Jégou de Kervilio, évôque de Tréguier, en présence des états. Son séjour à Nantes ne se prolongea pas au delà de cinq ans; il fut transféré à Rouen le 47 octobre 4725. Ce fut pendant ce temps qu'il assista avec Massillon le cardinal de Rohan, pour la cérémonie de la consécration du fameux cardinal Dubois. Dans son nouveau siège, il fit un établissement utile en faveur des prêtres infirmes, sous le nom de séminaire de Saint-Louis ; il fonda aussi un hospice pour les captifs qui revenaient des Etats barbaresques. Après dix années d'épiscopat à Rouen, M. de Tressan mourut à son château de Gaillon, le 46 avril 1735, et fut inhumé chez les Chartreux de cette résidence. Il était d'un caractère très-bienveillant, avait des talents remarquables, et se montra fortement opposé aux entreprises des Jansénistes.
Christophe -Louis TURPJÛf DE CRISSÉ DE S AN Z Al, évôque de Rennes, fut transféré à Nantes le 47 octobre 4793, et pourvu, la mémo année, des abbayes de Quirpperlé et de la Chaume, en place du doyenné de Saint-Martin-de-Tours, qu'il avait remis au roi.
Nantes ne tarda pas à être témoin de son zèle, comme Rennes l'avait été de sa charité : pasteur vigilant, il ent bien-
marit. Nous savons que ces épUres sont ordinairement suspectes d'exagération ; mais le P. Champion était un bon religieux qui n'aurait pas roulu donner des louanges aux dépens de la Térité-
tôt dans son nouveau siège à lutter contre le jansénisme, qui s'était étendu dans le diocèse de Nantes, et qui comptait un certain nombre de partisans. Le mandement qu'il donna pour la publication du Jnbilé fut pour lui une occasion favorable de manifester son opposition à Terreur : il priva de cette grâce tous les appelants de son diocèse, et refusa aux eurés non soumis à la bulle Unigenitusles pouvoirs extraordinaires qui s'accordent dans ces sortes d'occasions. Trois chanoines de sa cathédrale, MM. Despinoze, Dumoulin et Fourré», se montraient Jansénistes, il les fit exclure des assemblées capittilaires. La même cause conduisit en exil les curés de Saint-Denis et de Nantes. Le sieur Litoust, curé de Saint- Saturnin de la même ville, passait pour un saint aux yeux de son parti, et n'était qu'un sectaire obstiné* Ce curé mourut en 4729 , dans son aveuglement ; ses partisans voulurent le donner comme un personnage à miracles ; mais M. de Sanzai défendit de lai accorder même les prières de l'Eglise. Ce ne forent pas les seules occasions dans lesquelles il montra de la fermeté. Instruit que dans les environs de Clisson il se trouvait des prêtres jansénistes, et qui, par une sévérité outrée, privaient les fidèles dessacrements, il se rendit inopinément sur les lieux, et en écarta les curés de Cugan et de Gétigné, comme de mauvais pasteurs. Il eut la consolation d'obtenir la soumission à l'£glise de celui du Païlet. Ce prélat publia un nouveau catéchisme qui est encore en usage dans le diocèse. ;
Ce ne fut pas seulement en combattant Terreur que M. de Sanzai montra son zèle, il travailla sans relâche à faire régner la régularité dans le clergé du diocèse de Nantes, et à procurer aux enfants du peuple le bienfait d'une
1 M, Fourré, chanoine de la cathédrale de Hantes? aurait été un homme de bien, s'il n'avait pas été infecté de jansénisme. Il était adonné aux bonnes œuvres et contribua À l'établissement do petit séminaire ; mais il montra une si grande obstination dans tes erreurs, qu'il se fit plus d'une fois exiler. Il le fut d'abord à Vendôme, puis à Tours, et, lorsqu'il revint à Nantes, son évéque lui défendit d'assister aux offices de la cathédrale. 11 était encore forcément éloigné de la ville lorsqu'il mourut, le 24 décembre 1731, victime de ses préjugés ^ et d'autant plus malheureux qu'il n'avait aucune consolation réelle qui pût adoucir sa peine. Triste sort, réservé à tout catholique assez aveugle pour préférer l'autorité d'un docteur particulier à celle du corps des premiers pasteurs.
92 l'église de Bretagne.
éducation chrétienne. Son clergé répondit à ses vues et devint très-édifiant. Les pauvres de Nantes lni durent l'établissement des Frères des écoles chrétiennes. Il visita exactement son diocèse, et s'embarqua un jour dans un frêle canot, pour se rendre à l'île de Bouin, qui depuis quarante ans n'avait pas vu d'évéque. Ce fut lui qui contribua le plus, peut-être, à obtenir que le concours pour les curés dans les mois réservés au pape, eût lieu désormais en Bretagne. Il serait difficile de faire connaître toutes les aumônes de ce charitable pasteur, tant elles étaient abondantes. Les pauvres honteux surtout y eurent une grande part. Son affection pour les malheureux était si vive, qu'il s'occupait en détail de tout ce qui pouvait les soulager. Il les accueillait avec bonté, écoutait leurs plaintes, les ranimait et les consolait, visitait les malades dans les hôpitaux, et veillait avec soin à l'administration de ces établissements. Exact observateur de la résidence, il ne sortit de son diocèse que lorsque la nécessité l'esigea, et se montrait toujours disposé à remplir ses fonctions épiscopales. Il prouva son affection pour la maison de Dieu, par le soin qu'il mit à décorer la cathédrale et la collégiale de Notre-Dame. Aussi bon maître que bon pasteur, il était pour ses domestiques un véritable père. Tel fut M. de Sanzai pendant trente-cinq ans, que le diocèse de Nantes eut le bonheur de le posséder. A l'âge de soixante-seize ans, il tomba malade à Chassais, maison dépendante de son évêché ; il y reçut les derniers sacrements en donnant des marques de sa soumission parfaite à la volonté [divine. La connaissance et le jugement l'accompagnèrent jusqu'à son dernier soupir. Il régla ses affaires temporelles avec une présence d'esprit qui marquait la tranquillité dont il jouissait. Son testament, qu'il dicta peu de temps avant de mourir, renfermait un assez grand nombre de legs pieux. 11 rendit son âme à son Créateur, le 29 mars 1746. Le souvenir de ses vertus s'est longtemps conservé dans son diocèse K
1 Cet article est tiré d'un Mémoire sur la vie et la mort de M. Turpin de Crissé de Sanzai, par un négociant de Bretagne. Ce Mémoire, bien écrit, se trouve dans le Journal chrétien de l'abbé Joannet, janvier 17a9,t. 23.
Pierre MAUCLERC DE LA MUZÀNCHÈRE, Dé en 4700 dans le diocèse de Luçon, ayant embrassé l'état ecclésiastique, devint doyen du chapitre de l'église cathédrale de Luçon, et fut nommé par Louis XV à l'évêché de Nantes^ Il reçut la consécration épiscopale à Paris dans l'église de la maison professe des Jésuites, le 9 octobre 1746. Le zèle de M. de Sanzai n'avait pu entièrement détruire le jansénisme dans le diocèse de Nantes ; l'erreur comptait encore dans ce pays plusieurs partisans obstinés. Un des premiers soins du nouveau prélat fut de recommander au clergé d'éloigner des fidèles tous les livres qui renfermaient des maximes dangereuses. Il eut bientôt à sévir contre des prêtres rebelles à l'Eglise et connus sous le nom d'Appelants ; il fit refuser les derniers sacrements au sieur Despinose, prêtre de Saint-Nicolas, qui était de ce nombre. Il usa de la même sévérité à l'égard de l'abbé Dumoulin, chanoine de la cathédrale et archidiacre, qui mourut en 1748 dans un âge avancé, sans avoir voulu rétracter son appel. Ce ne furent pas les seules peines de ce genre qu'éprouva le respectable prélat. Un sieur Moreau, recteur de Thouaré, montra jusqu'à ses derniers moments le même attachement au jansénisme. Pressé par son évêque de se soumettre aux jugements de l'Eglise, il le refusa avec persévérance, et fut assez impudent pour le sommer par des huissiers de lui faire administrer les sacrements. M. de La Muzanchère, qui était allé s'établir au château de Thouaré et qui desservait la paroisse, parce que les bons prêtres étaient en fuite, s'y étant refusé, le présidial de Nantes, par un étrange abus de pouvoir, voulut le contraindre de déférer à cette sommation et le condamna à ^ payer une amende de six mille francs, s'il persistait dans son refus ; ce qui arriva. Déjà les huissiers se disposaient à saisir le mobilier de l'évêché et à le vendre, lorsque l'un des vicaires généraux et l'official payèrent la somme exigée pour l'amende. Une sentence du parlement de Rennes vint bientôt confirmer celle du présidial , et condamner encore le prélat à une nouvelle amende de six mille francs. Heureusement la cour, plus équitable que la magistrature,
fit enlever le curé qui causait tant de bruit. M. de Lamoignon, chancelier de France à celte époque, écrivit à M. de La If uzanchère une lettre d'encouragement, dans laquelle il l'engageait à tenir ferme dans ses combats pour la religion, lui faisant espérer que l'oppression dans laquelle se trouvaient alors les évêques ne durerait pas toujours. La suite fait voir combien cette espérance était peu fondée, puisque ces injustes empiétements du pouvoir civil sur l'autorité spirituelle out préparé la révolution qui a renversé les autels.
L'Université de Nantes n'avait pu se préserver de» erreurs du temps et favorisait le jansénisme. Elle avait la prétention d'examiner les cahiers des professeurs du grand séminaire ; l'evêque s'y opposa, et quoiqu'il eût retiré aux O raton ens du collège le pouvoir de confesser, ces Pères, qui représentaient la Faculté des arts, se montrèrent néanmoins assez équitables pour ne pas se joindre, dans cette cir constance, aux antres Facultés, et furent cause que celles-ci nte purent poursuivre cette affaire ; mais si les Jansénistes ne réussirent pas alors, ils en suscitèrent une autre dont ils espérèrent plus de succès. Le P. Dedessus-le-Pont, supérieur des Jésuites de Nantes, donnant avec deux de ses confrères une mission à la paroisse de Maisdon, y porta un exemplaire de la théologie de Busambaum, laquelle renferme quelques propositions peu exactes touchant la souveraineté des rois, tt n'en fallut pas davantage pour faire dénoncer ce Père, et le présidial, accueillant cette délation le décréta de prise de corps comme accusé du crime de lèse-majesté. M. de La M uzanchère, indigné d'une pareille conduite de la part des magistrats, évoqua cette cause et la renvoya devant son o 1 tic i alité, qui ne tarda pas a reconnaître l'innocence de ce prétendu criminel, tandis que le présidial le condamnait au bannissement bors du ressort du parlement de Bretagne. M. de La Muzanchère, qui, comme tous ces bons évêques de cette époque, chérissait et soutenait les Jésuites, prit la défense de l'accusé, et sè montra dans cette occasion son zélé défenseur.
Ce préla t, si ferme contre les entreprises de l'erreur et si courageux pour défendre la vérité ainsi que les lois de
l'Eglise, mourut à Nantes le 1« afrit 4775, ét fat inhumé dans sa cathédrale, on nous avons vn son épitaphe gravée sut une table de marbre qai a disparu.
Jean-Augustin FRÉTÂT DE SARRA fut Choisi pour remplacer M. de La Muzanchêre sur le siège de Nantes. Il était né en Auvergne le 9 février 1 726, d'une famille distinguée qui avait déjà donné un é vèque à la Bretagne dans la personne de M. de Frétât de fioissieu. Le jeune de Sarra commença son éducation chez M. le marquis de Boissieu son oncle, où il it k connaissance de M. Le Franc de Pompignaa, alors évéque du Puy. Il continua ensuite ses études à Paris, au collège de Louis -le-Gran cl , et comme il s'était décidé de bonne heure à entrer dans l'état ecclésiastique, il alla faire sa philosophie nu séminaire de Saint-StHpice, puis sa théologie à celui de Saint-INicolas-du-Chardonnet. Les relations qu'il eut alors avec un de ses parents, le marquis de Boiges* qui avait une place à la cour, lui inspirerent 1 amour du monde, et, sans oublier entièrement les devoirs de sou état, il se livrait trop à la société. M. l'évoque du Pu y l'ordonna prêtre et le choisit le même jour pour son vicaire générai. L'abbé de Sarra continua an Puy le g^nre de vie qu'il avait eu à Paris. Nommé par le roi, en 1755, abbé commendataire de Ferrîères en Poitou, il trouvait dans les revenus de eette abbaye les moyens de satisfaire ses habitudes de luxe; mais Dieu, qui avait sur lui des desseins particuliers de miséricorde, le visita par desafftictions salutaires qui sont si propres à détacher une âme du monde et à la convertir. 11 perdit d'abord tous ses plus proches parents, et fut bientôt atteint d'une maladie «grave qui le conduisit aux portes da tombeau. Ces épreuves et les bons exemples de sou évêqne lui firent ouvrir les yeux sur son état et lui inspirèrent la résolution de vivre désormais en saint prêtre. Apres avoir passé quelque temps dans son abbaye, pour y rétablir su santé, il alla faire lune retraite chez les Récollets de Saumur , et se montra au Puy tout différent de ce qu'il avait été jusqu'alors, il vendit tous ses meubles de prix, cessa de donner des repas somptueux, et s'appliqua particulièrement à soulager les paa-
vres, auxquels il distribuait si généreusement l'aumône, qu'il se réservait à peine le nécessaire. Tandis qu'il édifiait ainsi le public par la vie la plus régulière, le roi Louis XV jeta les yeux sur lui pour remplir le siège de Tréguier, vacant par la translation de M. de Royère à Castres. M. de Sarra fut sacré le 22 janvier 4774; et la sainte frayeur avec laquelle il reçut la consécration épiscopale, frayeur qu'il exprimait à ses amis, prouve bien qu'il sentait tout le poids du fardeau qui lui était imposé. Les pauvres du Puy, dont il était le père, le virent partir avec douleur, tandis que tons les gens de bien se réjouissaient de son élévation. Empressé de se rendre dans son diocèse, le nouvel évêque commença, dès qu'il y fut arrivé, à se montrer tel qu'il fut toujours dans la suite, c'est-à-dire un véritable pasteur, et donna à son peuple l'exemple de toutes les vertus. Modeste et réglé dans sa maison, sa table et sa personne, il évitait tout ce qui tenait du luxe et de l'éclat. < Il était, dit l'abbé de Borie » qui avait été son vicaire général, si pénétré des grands t sentiments de la religion, qu'on le voyait tout ému et » comme ravi hors de lui-même dans la prière, et surtout
> dans la célébration des saints mystères et dans les fonc- » t ions sacrées de l'épiscopat. Il montait tous les jours à » l'autel ; il passait des heures entières devant le saint sa- » crement dans sa cathédrale : son recueillement, sa corn-
> ponction, sa ferveur au-dessus de toute expression fai- » saient assez connaître la vivacité de sa foi et l'ardeur de » sa charité. »
Un des premiers soins de M. de Sarra en prenant l'administration de son diocèse fut de le visiter, et il le fit de la manière la plus apostolique, allant souvent à pied, se montrant rempli de zèle, et préchant par ses exemples l'esprit de pénitence. Tréguier ne devait pas posséder longtemps un si excellent pasteur. H n'y avait guère plus d'un an qu'il y était, lorsqu'il fut choisi pour remplacer M. de La Muzanchère que Nantes venait de perdre. Trois fois il refusa ce nouveau siège ; mais le cardinal de La Roche-Ày mond , chargé de la feuille des bénéfices, lui annonça qu'on lui enverrait incessamment des ordres, et il lui fallut se rendre à Paris. Les regrets que causa son départ de Tré-
guier furent universels *. Les pauvres surtout manifestèrent les leurs vivement, et allèrent en pèlerinage à la chapelle de Saint-Yves de Rermartin pour obtenir de Dieu qu'ils conservassent leur bon évêque. Leurs vœux ne furent pas exaucés, et M. de Sarra, transféré à Nantes, prit possession de son nouveau siège vers la fin de 1775. Tel il s'était montré à Tréguier, tel il parut à Nantes, un pasteur selon le cœur de Dieu, ne respirant que la gloire de son maître et le salut des âmes; d'une vie ttès-mortifiée, détaché de tout et si charitable pour les pauvres, qu'il ne savait rien leur refuser 2. Il affectionnait son clergé et témoignait un tendre intérêt aux jeunes ecclésiastiques de son séminaire ; il les voyait avec un grand plaisir sous la direction des vénérables prêtres de la compagnie de Saint-Sulpice, dont il avait été lui-même le disciple et dont il connaissait le mérite. Les communautés religieuses de son diocèse trouvèrent toujours en lui un protecteur zélé et un père plein d'une affectueuse sollicitude. Pasteur vigilant, il parcourut son diocèse, annonçant la parole de Dieu dans tous les lieux où il faisaittBa visite, et répandant partout la bonne odeur de Jésus-Christ. Lorsqu'aprcs des courses pénibles, M. de Sarra revenait dans sa ville épiscopule, il n'y demeurait pas oisif; au contraire, il s'y appliquait sans relâche à l'administration de son diocèse et au soulagement des pauvres. Son église lui doit une nouvelle édition du Rituel et un nouveau Propre des saints, mieux rédigé que les anciens; ce Propre ne parut qu'en 1783, année de sa mort. H fut un des prélats de la métropole de Tours qui composèrent l'assemblée provinciale tenue dans cette ville en 1780, et qui signèrent le 8 mai une ordonnance de suppression de plusieurs fêtes jusqu'alors chômées. De retour à Nantes après cette assemblée, il continua d'édifier ses diocésains par sa fidélité à remplir tous ses devoirs, sur-
* Nous tenons ce fait d'anciens prêtres.du clergé de Tréguier qui avaient connu M. de Sarra.
* Si on pouvait lui reprocher un défaut qui est presque un éloge, c'est d'avoir été trop confiant et d'avoir quelquefois donné l'aumône à des indignes qui abusaient £e ses bienfaits.
tout par son exactitude à faire ses visites pastorales : ce fut dans l'exercice de cette fonction, si importante pour les évêques, qu'il trouva le terme de ses travaux. Quoique la fièvre l'eût saisi, il n'en poursuivit pas moins en 4783 le cours d'une visite qu'il avait commencée. Mais bientôt le mal faisant des progrès, il fut obligé de rentrer à Nantes et de se mettre au lit. Il y manifesta les sentiments de la soumission la plus entière à la volonté divine. Sa maladie ne paraissait avoir rien d'inquiétant ; mais bientôt des accidents successifs lui causèrent une grande défaillance qui le fit passer sans agonie du temps à l'éternité, le 20 septembre 1785, à l'âge de cinquante-six ans révolus.
Le mort de ce digne prélat causa dans son diocèse une douleur universelle ; on le regardait comme un saint, et l'on sentait vivement la grandeur de cette perte. Le chapitre de Nantes fit placer dans la cathédrale une table de marbre, sur laquelle l'épitaphe de M. de Sarra était gravée. Cette épi ta plie, écrite en style lapidaire, fait de lui un bel éloge
Chàrlbs-Eutrope DE LA LAURENCIE fut le successeur de M. de Sarra. Il était né an château de Villeneuvela-Comtesse, dans le diocèse de Saintes, le 30 avril 1740, et lorsque l'infortuné Louis XVI le nomma au siège de Nantes, il avait le titre de vicaire général de Poitiers. II reçut la consécration épiscopale le 11 janvier 1784. Ce prélat ne tarda pas à s'occuper de rendre à son église Tusage d'un privilège reconnu par les souverains pontifes, et commun à toutes les anciennes églises, celui d'avoir une liturgie particulière. Un ecclésiastique habile rédigea à sa demande un nouveau Bréviaire de Nantes, qui parut eù 4790, et qui devait être suivi d'un Missel. Le mandement que M. de La Laurencie joignit au Bréviaire exprime le dessein qui l'avait occupé, dit-il, dès le commencement de son épiscopat, de rendre à son église son ancienne liturgie. Il n'eut pas le temps de mettre entièrement son projet à exécution; d'autres soins vinrent bientôt l'occuper. L'Assemblée nationale démolissait alors pièce à pièce l'édifice
1 Cet article est tiré des Modèles du clergé, par l'abbé Carron, 1. 1".
MOCÈSE DE NANTES. \ 99
ântiqne de l'Eglise de France; M. de La Laurencie publia, le 16 octobre 1790, une protestation contre la suppression du chapitre de sa cathédrale et celui de la collégiale dé Notre-Dame. Il adopta et recommanda à son clergé l'Instruction pastorale de M. de La Luzerne, évéque de Lan-1 gres, contre le serment; adressa au directoire du département de la Loire-Inférieure une réponse dans laquelle il se justifiait de ne pouvoir, dans les circonstancès, résider à Nantes, et enfin il fit paraître, le 12 mai 1791, quatre ordonnances contenant une déclaration de principes et une protestation contre l'intrus Minée Les fureurs révolution-
1 lé siège épiscopal de Nantes fut, en 1791, envahi par un intrus nommé Julien Minée. Il était né dans cette ville d'une famille honnête, et son père y exerçait la profession de pharmacien, et avait été* dit-on, d'abord matelot et ensuite comédien *. Plus tard, il fit à Paris ses étùdes ecclésiastiques, y reçut les ordres et devint curé d'une des paroisses de Saint-Denis en France, celle des Trois-Patrons. Il occupait ce poste lorsque la révolution arriva. En ayant embrassé les principes avec empressement, il prêta le serment sacrilège imposé aux ecclésiastiques par la constitution civile du clergé, et mérita, par son apos- 1 tasie, de devenir curé constitutionnel de la nouvelle paroisse de Saint- Thomas-d'Aquin **; puis évôque intrus de la f-oire-Ioférieurc. C'est en cette qualité qu'il fut sacré à Paris, le 10 avril 1791. Son épiscopat n'eut pas une longue durée ; poussé par le flot révolutionnaire auquel il s'était cou lie, il en vint bientôt à quitter ses fonctions. Cette conduite, en harmonie avec les idées de cette époque, lui mérita d'être placé, en qualité de président, à la tête de l'administration départementale de la Loire-Inférieure, pendant le règne de la terreur. Alors il renonça au sacerdoce, d'abord au département, et ensuite à l'assemblée populaire, dont il devint membre. On a conservé le discours qu'il fit à ce club, où il fut présenté par Carrier le 18 novembre 1793; on y trouve la preuve évidente de son apostasie. En qualité d'administrateur, Minée eut de fréquentes relations avec ce même Carrier, si fameux par ses crimes, à la barbarie duquel il chercha quelquefois à s'opposer. Il parut comme témoin dans le procès instruit après la terreur, par le tribunal révolutionnaire de Paris, contre ce représentant du peuple et ses complices. Ce fut le dernier acte de. sa vie publique, après lequel il rentra dans l'obscurité de laquelle il n'aurait jamais do sortir. Nous ignorons l'époque de sa mort. On dit qu'il était devenu épîcier à Paris, et qu'il y finît ses jours vers l'année 1803.
* Nom tenons ce» détails d'une personne qui avait très-bien connu Minée et ta famille.
** Cette paroisse fut établie dans l'église du noviciat des Dominicains, an faubourg Saint-Germain, à Paris. -,
naires le forcèrent de pourvoir à sa sûreté et d'émigrer dans le courant de l'année 1791. Il passa en Angleterre, y résida jusqu'à son retour en France, et gouvernait son diocèse par des vicaires généraux qui s'étaient dévoués à tous I ïs dangers qui à celle époque menaçaient les prêtres fidèles ». Il accompagna Charles X, alors Monsieur, et le duc de Bourbon dans l'expédition de l'Ile-Dieu, en 1795. Lorsque le pape Pie VII, pressé par la plus impérieuse nécessité, crut devoir demander, en 1801, aux évêques catholiques de France la démission de leurs sièges, l'évêque de Nantes se rangea parmi ceux qui la refusèrent et qui, au nombre de trente-huit, adressèrent au saint Père des réclamations canoniques et très-respectueuses, datées du 6 avril 1803. Il prit part à la suite de ces réclamations que douze de ces mêmes évêques firent parvenir à Rome l'année suivante, et continua de résider en Angleterre jusqu'à la restauration. A cette heureuse époque, il lui fut permis de revoir sa patrie, dont il était éloigné depuis vingt-quatre ans. II se fixa à Paris, et y termina sa carrière à la suite d'une longue maladie, le 13 mai 1810. * *
Le pape Pie VII ayant. p:ir sa bulle du 29 novembre IF.Oi , supprime (ou* les anciens sièges épiscopaux de Fiance, celui de JNunies se trouva vacant, quoique son véritable titulaire ne se fût pas demis. En vertu de la faculté qu'il avait obtenue du souverain pontife, Bonaparte, alors premier consul, nomma à ce siège
Jean-Baptiste DUVOIS1N. Ce prélat, né à Langres le 19 octobre 1744, de parents obscurs, fit avec succès ses premières éludes dans le collège des Jésuites de cette ville. M. de Montmorin, son évêque, frappé du talent que montrait ce jeune homme et instruit de son penchant pour l'état ecclésiastique, voulut lui en ouvrir lui-même la carrière ; il le plaça à ses frais à la petite communauté de Saint-Sulpice pour y faire ses cours de philosophie et de
* MM. Chévigné de. BoisChollet et Le Flo de Trémeto. Le premier fut nommé à l'évéché de Séez en 1802, par Bonaparte, auquel il déplu bientôt, et qui le força de se retirer à Nantes, où il mourut en 1813.
théologie. Lorsque M. Duvoisin les eut achevés, il fut jugé capable d'enseigner ces deux sciences au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Agrégé à la maison et société de Sorbonne, il commença son cours de licence en 1768, étant à peine âgé de vingt-quatre ans. Il brilla tellemenl dans ce cours, qu'il fut nommé premier, de licence, honneur qui lui était disputé par des rivaux d'un grand mérite. Sa réputation , qui s'étendit bientôt, lui valut une chaire en Sorbonne. Il fut ensuite nommé successivement promoteur diocésain de Paris, censeur royal, chanoine d'Auxerre et vicaire général de Laon. il était dans cette ville lorsque les troubles cle la révolution commencèrent. Il passa en Angleterre, se rendit ensuite en Belgique, et rejoignit à Bruxelles M. de Sabran, son évèque. Obligé de fuir lors de l'invasion de ce pays par les troupes françaises^ 1792, il se retira à Brunswick, où il trouva dans ses talents les moyens de subsister d'une manière honorable et indépendante. Le duc de Brunswick, qui connut bientôt son mérite, lui donna des marques de l'estime qu'il lui avait inspirée. Rentré en France en 1801, au moment où le concordat venait d'être conclu, M. Duvoisin fut nommé à l'évêché de Nantes. Son sacre eut lieu dans l'église de Saint-Thomas-d'Aquin , à Paris, le dimanche 1er août 1802. M. André, évêque de Quimper, assisté de MM. Montonier de Belmont, évêque de Saint-Flour, et Mannay , évêque de Trêves, fit cette cérémonie. Le nouveau prélat arriva à Nantes à la fin de septembre, et fut bientôt après installé avec beaucoup de solennité. Ses vertus et sa sagesse lui concilièrent promptement tons les esprits. 11 remplissait avec zèle les fonctions épiscopales, prêchait dans sa cathédrale, avant la grand'messe, à toutes les fêles solennelles *, et s'appliqua à réparer les pertes du clergé en rétablissant son séminaire. Bonaparte ne tarda pas à connaître ses lumières et sa capacité ; dès lors il eut en lui la plus grande confiance, et l'évêque de Nantes fut un de
* Nous avons plusieurs fois assisté à ses prédications. 11 parlait d'une mauièqp très-agréable et se faisait surtout remarquer par sa pureté (1 elocutiou.
lOi l église de bketagre.
ceux qu'il consulta le plus souvent sur les affaires qui concernaient la religion. 11 se trouva du nombre des quatre évéques nommés pour résider auprès du pape Pie VU pendant sa captivité à Savonne et à Fontainebleau, et fit partie d'une commission composée de cardinaux et d'évèques chargés de donner leur avis sur des questions relatives à la discipline ecclésiastique. On accusa dans le temps M. Duvoisin de s'être montré trop complaisant pour l'usurpateur, et de n'avoir pas assez défendu les droits de l'Eglise et ceux du saint Siège contre les prétentions de cet ambitieux, qui voulait que tout fléchit devant ses volontés '. Cependant on entendit toujours ce prélat blâmer les mesures violentes prises contre le souverain pontife, et la lettre suivante, qu'à ses derniers moments il écrivit à Bonaparte, prouve que ce n'était pas la première fois qu'il osait lui faire des représentations à ce sujet : t J'ai eu l'honneur de vous dire
> plusieurs fois, lui mandait-il, combien cette captivité » (celle du saint Père) affligeait toute la chrétienté, etcom-
> tyen il y avait d'inconvénients à la prolonger; il serait » nécessaire, je crois, an bonheur de Sa Majesté, que Sa I Sainteté retournât à Rome. > L'évêque de Nantes mourut dans sa ville épiscopale, à l'âge de soixante-treize ans, le 9 juillet 4815, d'une fluxion de poitrine qui l'enleva après soixante heures seulement de maladie. Il fut inhumé dans sa cathédrale. La liste des ouvrages qu'il a composés est assez nombreuse ; nous la donnons ici :
1° Dissertation critique sur |a vjsion de Constantin, in-l i;
2° L'autorité des livres du Nouveau Testament coutre les incrédules, in- 12;
3° L'autorité des livres de Moïse, établie et défendue contre les incrédules, in-12;
1 Les faiseprs fie jeux de roots prétendaient à cette époque que le pape captif disait, en parlant des évéques de Trêves et de Nantes et de l'archevêque de Tours qui était, autant que les deux premiers, dévoué à Bonaparte : « Je ne veux point de Trêves, je me défie du Voisin, je crains les Tours ; » faisant allusion aux noms des sièges des prédits ou à leur nom propre.
4* Essai polémique sur la religion naturelle, in-12;
é° Dcvera religione ad usum theologiœ candidatorum, in-8;
6° Examen des principes de la révolution française, in-<s ;
7* Défense de l'ordre social contre les principes de la révolution, française, in -8;
8° Démonstration évangélique, in-8 et in-12. A la suite de l'édition ae 1805 se trouve un Traité de la tolérance, qui, lorsqu'il parut, ne plut pas à tout le monde.
La mort de M. Duvoisin fut suivie d'une longue vacance du siège épiscopal de Nantes. C'était l'époque où Bonaparte, ayant levé le masque, ne gardait plus de retenue, et se montrait ouvertement persécuteur de l'Église dans la personne de son vénérable chef qu'il retenait prisonnier. Il n'y avait plus de nominations d'évêques, et l'Église de France était en deuil. La restauration qui s'opéra en 4814 vint faire cesser cet état violent, et donna l'espoir de voir bientôt tous les sièges remplis ; mais les intentions bienveillantes de Louis XVHI furent loin d'être secondées, et des ennemis secrets de la religion s'appliquèrent à retarder le moment qui devait donner de nouveaux pasteurs aux églises veuves. Nantes eut enfin un évéque dans la personne de
Louis -Jules- François DANDIGNÉ DE MAYNEUF, d'une famille distinguée de l'Anjou, qui fut le successeur de M. Duvoisin. Avant la révolution, il était vicaire général de Chalons-sur-Marne, et, depuis le concordat, il avait le nême titre à Troyes. Bonaparte le força de cesser ses fonctions, lorsqu'en 1811 il enferma à Vincennes M. de Boulogne, évêque de Troyes, et voulut l'empêcher d'administrer son diocèse. Depuis ce temps, M. d'Andigné vivait dats la retraite à Paris. En 1817, Louis XV111 le nomma au siège de Nantes, et il fut préconisé le 1er octobre de la4 mène année; mais les obstacles qu'éprouva dans son exécution le concordat de 1817 furent cause qu'il ne reçut que deux ans plus tard la consécration épiscopale. Cette cérémonie, qui eut Heu dans l'église des Carmélites de la rue de Vaigirard à Paris, le 17 octobre 1819, fut faite par M, de *. Cleimont-Tonnerre, ancien évêque de Châlons-sur-Marne,
depuis archevêque de Toulouse et cardinal, assisté de MM. de Sala mon, alors évéque d'Orthosie, et Saussol, évoque de Séez. Peu de temps après avoir été sacré, le nouveau prélat se rendit à Nantes et prit possession de son siège; mais il ne put guère s occuper de l'administration de son diocèse, car sa mauvaise santé devint plus d'une fois un obstacle au bien qu'il voulait faire. Cependant il établit à Nantes la maison des Missions, et il prenait un vif intérêt à celte œuvre. Une attaque qu'il essuya peu de temps avant sa mort, acheva de l'abattre. Il reçut alors les derniers sacrements ; maison ne regardait pas sa maladie comme mortelle, et l'on croyait même que son état s'améliorait, lorsqu'il mourut le 2 février 4822. .
Joseph-M ichel-Jean-Bàptiste-Paul-àugostin MICOLON DE GUÉRINES remplaça dans le siège de Nantes M. d'Andigné de Mayneuf. Né à Ambert, diocèse de Glermont, le 8 septembre 1760, d'une famille ancienne et respectable, M. de Guérines fit ses études ecclésiastiques à Paris, au séminaire de Saim-Sulpice, prit les degrés en Sorbonne !, et, retourné ensuite dans son p.iys, il ne tarda pas à devenir chanoine de la cathédrale de Clermont, puis vicaire général de M. de Bonal, évêque de cette ville, qui avait pour lui l'affection d'un père tendre pour son fils. M. de Guérines méritait l'estime et l'amitié de ce vénérable prélat, l'un des plus distingués du clergé de France par son beau caractère au commencement de la grande révolution. Quoique jeune encore, il obtint toute la confiance de son évêque qui le chargea de missions importantes. Bientôt la teirpête révolutionnaire devenant plus furieuse, il crut devar chercher un asile en pays étranger, et se retira en Suisse avec su famille* Si les émigrés n'avaient pas à craindre lurs dg leur patrie la prison et 1 echafaud, d'autres peines bur étaient souvent réservées et ils n'étaient pas toujours à l'abri du besoin. M. de Guérines en fit lui-même l'exptrience, et il se vit dans la nécessité de se servir de son h-
1 il y eut pour professeur M. Duvoisin, qu! fut son prédécestfur prenne f mnvMiat dans le siège de Hautes.
dustrie pour trouver des moyens de subsister. Rentré en France, lorsque la persécution contre le clergé se fut un peu ralentie, il s'occupa de nouveau de l'administration du diocèse de Clermont, et quoiqu'il résidât à douze lieues de la ville épiscopale, son zèle l'y conduisait chaque semaine ponr assister au conseil de 1 evêché, et il faisait ce voyage à pied. M. de Dampierre, placé en 1802 sur le siège de Clermont, s'empressa de continuer à M. de Gué rines ses pouvoirs de vicaire général, et celui-ci répondit à la confiance de son premier pasteur par les nouveaux soins qu'il donna au diocèse. Ce fut à lui surtout qu'on dut le rachat des séminaires, le rétablissement de plusieurs communautés et l'acquisition d'un nouveau palais épiscopal. Sa charité se montra d'une manière remarquable pendant une maladie contagieuse qui se manifesta dans les hôpitaux de Clermont, et elle lui suggéra des ressources précieuses pour assister les pauvres malades.
Le concordat de 1817, qui malheureusement ne fut pas exécuté, avait promis le rétablissement de plusieurs anciens sièges épiscopaux. Celui de Castres était de ce nombre, et M. de Guérines y fut nommé ; mais on le transféra ensuite à Nantes, et il reçut, dans la chapelle du séminaire d'Issy, de M. Duvalk Dampierre, évêque de Clermont, assisté de MM. de Villèle, alors évêque de Soissons, et de Pins, alors évêque de Limoges, la consécration épiscopale, le 9 novembre 1822. Installé dans le courant du même mois, il ne larda pas à se montrer véritable pasteur et administrateur habile. Tout ce qui pouvait contribuer au bien spirituel de ses diocésains devint aussitôt l'objet de sa sollicitude continuelle. C'est dans ce but qu'il favorisa l'établissement des Sœurs de Pqnt-Château et de Saint-Gildas-des-Bois, destinées à donner une éducation chrétienne aux enfants pauvres de leur sexe; qu'il acquit à son diocèse le petit séminaire de Guerande, et forma la communauté des philosophes à Nantes ; qu'il rétablit les retraites et les conférences ecclésiastiques; qu'il fil donner de nombreuses missions dans les diverses parties de son diocèse, et des retraites dans la ville épiscopale; qu'il ouvrit à Saint-Similien une
nouvelle maison ecclésiastique composée de prêtres auxiliaires pleins de zèle et de capacité. Son diocèse lui doit l'uniformité dans la liturgie ; il publia en 4635 une nouvelle édition du Bréviaire de Nantes, bientôt suivie de celle du Missel. Son église cathédrale fut aussi l'objet de ses soins ; il l'embellit et conçut la pensée d'achever ce monument, qui sera un jour d'une beauté remarquable. Mais la déciK ration du temple matériel ne fit pas oublier à ce charitable pasteur le soulagement des pauvres, qui sont les temples vivants de Jésus-Christ; il leur distribuait d'abondantes aumônes, et pourvoyait surtout à leurs nécessités, lorsque l'hiver leur faisait sentir ses rigueurs. Cet amour du devoir, ces bonnes œuvres si fécondes, étaient produits par une piété sincère et solide qui l'accompagnait dans toutes ses fonctions.Chaque jour il célébrait la messe, et il y puisait cette ardeur pour le bien qui s'est soutenue jusqu'à la Ûn de sa carrière. Dans les positions difficiles où il se trouva plus d'une fois, il montra une modération et une prudence qui obtinrent toujours l'approbation des hommes sages. Au * reste, cette prudence n'était produite par aucune faiblesse de caractère. M. de Guérines était pour cause de santé en Auvergne lorsque la révolution de 1850 éclata; elle ne se montra guère moins violente à Nantes qu'à Paris ; il en apprend la nouvelle, aussitôt il presse son retour à Nantes : < S'il y a danger, dit-il, la place du pasteur est au milieu du troupeau. >
La santé chancelante du vénérable prélat ne lui permettait plus de remplir, comme il l'aurait désiré, ses devoirs d'évéque dont il connaissait toute l'étendue : il sollicita et obtint un coadjuteur qu'il choisit, qu'il sacra lui-même, et auquel il communiqua son esprit. Tranquille désormais sur le sort futur de son troupeau, il s'occupa de sanctifier par sa patience les douloureuses Infirmités qui vinrent l'accabler. Après avoir jusqu'à ses derniers moments donné de grands exemples de vertu, il a terminé son honorable carrière à l'Age de près de soixante-dix-huit ans, le 12 mai 1858, emportant avec lui dans le tombeau tous les regrets de son clergé et de son peuple.
DIOCÈSE PE NANTES. f07
Mgr. Jean-François DE HERCÉ a succédé à M. de Guérines. Né à Mayenne le 15 février 1776, il porte nn nom qu'on ne proponce qu ayec vénération depuis plus d'un demi-siècle en Bretagne, ou les vertus du saint évSJue de Dol, son opcle, ont jeté un vif éclat. Poussé par la tempête révolutionnaire sur une terre étrangère, M. de Hercé y cdhserva sa foi dans un temps où tant d'autres parmi bous perdaient ce précieux trésor. De retour dans sa patrie, il se fixa à Laval, et il ep devint le maire à Une époque où ces charges étaient confiées aux hommes les plus honorables. Son administration toute paternelle lui mérita l'estime et J'affection de ses concitoyens. Sans connaître alors les services qu'il devait plus tard rendre à l'Église, il s'appliquait à une partie importante de la science théologique, l'étude des Pères grecs, qu'il lisait dans leur propre langue. Dieu ayant rompu les liens qu'il avait formés, il embrassa l'état ecclésiastique efcfut promu au sacerdoce h Rennes le 18 décembre 1850. Nommé aussitôt à la cure de la Trinité de Laval, il y remplit tous les devoirs d'un bon pasteur, et se montra surtout le père des pauvres. Appelé" à la coadjutorerie de Nantes, dignité qu'il n'accepta qu'après une assez longue résistance, il fut préconisé par je pape* Grégoire XVI le 1er février 1856, et sacré dans la eathédrale de Nantes par M. de G tiennes , assisté des évêques de Sain t- Brieuc et du Mans, le 17 avril 1836. Il est devenu titulaire du siège de Nantes par la raof t de son vénérable prédécesseur, Jaloux de marcher sur ses traces, en héritant de sa dignité, il a aussi hérité de son zèle et de sa tendresse pour le troupeau qui lui est confié.
Cette ville est située au confluent de deux rivières, flont la principale se nomme Odet. C'est de cette situation qu'elle a pris son nom ; car Quimper, en langue celtique, est la même chose que confluent en français. Elle est nommée Civitas Corisopilum dans la petite Notice des provinces, et tient rang entre les cités de la troisième Lyonnaise. En effet, elle était la principale ville des Ossismiens, qui habitaient l'extrémité de l'Armorique, et ses pasteurs se qualifiaient évéques des Ossismiens. Les premiers rois armoricains y firent leur demeure; et, comme l'Armorique était appelée par les géographes Cornugallia, ou la corne des G^les, le domaine des princes armoricains fut aussi nommé Cornugallia, ou Comubia, noms que porte encore aujourd'hui le diocèse de Quimper. Quelques auteurs ont encore appelé ses habitants Curiosohten, mais par inadvertance ; car les Curtosolites, dont il est parlé dans les anciennes géographies, n'habitaient point cette partie de l'Armorique, mais le territoire de Cortseul, entre Dinan et Saint-Malo.
On regarde le siège de Quimper, jadis nommé aussi Cornouaille, comme un des plus anciens de la Bretagne, et il doit l'être en effet, s'il est vrai que saint Corenlin, son premier évèque, ail été sacré par saint Martin de Tours, mort en 597 ou, au plus tard, en 400. Ce diocèse était autrefois borné au nord par celui de Tréguier, à l'est par ceux de Saint-Brieuc et Vannes, au midi par la mer, et au nord - ouest par le diocèse de Léon. Lors de la circonscription faite par le saint Siège en 1801, il perdit une partie considérable de son ancien territoire, connue sous le nom de Haute-Cornouaille; mais il acquit tout l'ancien diocèse de Léon et vingt - sept paroisses de celui de Tréguier.
• En latin, Comubia el CorUopitum; en breton, Qemper. Le dio* e*s* de Qu1mp«r, diwrlt ChrisopifmMts.
L'ancien diocèse de Quimper était composé de cent soixantetreize paroisses et de quatre-vingt-dix trêves ; il renfermait dans son territoire trois collégiales, cinq abbayes d'hommes : Landevenech, Langonet, Saint - Maurice de Carnoet, Bon-Repos et Coetmaloen ; une de femmes, celle de Kerlor, et sept prieurés à nomination royale. La ville épiseopale était divisée en sept paroisses, savoir : Saint- Sauveur, Notre-Dame-de-la-Chandeleur, le Saint-Esprit, Saint-Ronan et Saint-Julien, desservies à des autels de la cathédrale, Saint-Matthieu et Locmaria. Toutes ces paroisses ont été supprimées ; il n'y a plus qu'une seule cure en titre a Quimper, celle de la cathédrale, et l'ancienne paroisse de Saint-Matthieu est devenue succursale. Le nouveau diocèse comprend deux cent trente-trois succursales et quarantecinq cures.
Quimper avait autrefois un grand séminaire, deux couvents d'hommes, une abbaye de femmes et cinq autres communautés. Sa cathédrale, dédiée a saint Corentin, et l'une des plus belles de la Bretagne, était, dit-on, surtout dans son origine, un édifice magnifique. Elle fut reconstruite dans lexve siècle par l'évêque Bertrand de Rosmadec, qui en posa la première pierre le îî6 juillet 1424. Cependant, malgré tout son zèle, ce saint prélat m? put l'achever, et elle resta impai faite jusqu'en Tannée 1501, que le pape Alexandre VI, ayant accordé a celte église les mêmes indulgences que celles du jubilé de Rome, il fut fait tant d'offrandes, que le clergé put de leur produit achever l'édifice. L'anniversaire de la dédicace se célébrait le dernier dimanche après la Pentecôte. Elle est dédiéo à la sainte Vierge et à saint Corentin. Le chapitre de cette église était composé d'un grand archidiacre, d'un grand chantre, d'un trésorier, d'un second archidiacre et de seize chanoines1. Le pape et l'évêque nommaient alternativement aux dignités et aux canonicats. Le revenu de l'évêché était évalué
1 Ce chapitre se distingua surtout au commencement de la révolution par fa résistance courageuse aux innovations qu'on voulait alors faire prévaloir dans l'Eglise de France. Voyez la Collection ecclésiastique de l'abbé Barruel.
410 l'église de brbtagne.
à vingt et un mille francs de rente par an. L'évêque était
seigneur de la ville de Quimper.
GRAND SÉMINAIRE
Ge fnt aux soins de M. Picot, recteur de Plouguernevel, que le diocèse de Quimper dut, vers la ûn du xvn« siècle, ce précieux établissement. Ce digne prêtre, « qui «était un homme d'un grand zèle et d'une piété solide", t trouva dans M. de Coetlogon, son évêque, un protecteur qui favorisa sa sainte entreprise et qui en assura la réussite. Ce prélat confia la direction du séminaire à des prêtres du diocèse qui n'appartenaient à aucune congrégation, et c'est de cette manière qu'il a été gouverné jusqu'ici.
Le séminaire n est plus dans le local qu'il occupait autrefois. La révolution l'en a privé ; il est maintenant placé dans la maison des religieuses Bénédictines du Calvaire.
SÉMINAIRE DE PLOUGUERNEVEL.
Outre le grand séminaire diocésain, le diocèse de Quiftfpe# en possédait encore un autre, celui de PlOugûérrtevel, établi dans la paroisse de ce nom, qui est aujourd'hui réunîe au diocèse de Saint-Brieuc. M. Picot, dont nous vèrionfc de* parler, fut encore le promoteur de cette bonne oéMvfè*, an succès de laquelle concourut un autre bon prêtre, M. Galerne, recteur de Mur. Il se démit de sa cure, qui foi variait deux mille livres de rente, somme considéniblé dans ce temps-là, et forma une petite société, composée de cinq prêtres, destinés à donner des missions et des rétràites aux ecclésiastiques et aux laïques, et à instruire la jeunesse: MM. de Coetual, gentilshommes du pays, dotèrent le séminaire par acte du 9 janvier 1668. Cette maison subsista dans son état primitif jusqu'à l'époque de la révoitrttoll, quelle fut détruite comme tant d'autres qui avalent ufcfc parejjle destination. En 1821, un autre M. Galerne, arrière-neveu du premier, alors recteur de Plouguernevel, aujourd'hui curé de Goarec, la racheta, et M. de La ftoina-
<* Fie du P. Maunoir, Ht. 4.
gère, ëvêque de Saint-Brieuc, la fit sortir de ses ruines. C'est maintenant un des petits séminaires de ce diocèse.
COLLÉGIALES
Trois petites villes du diocèse, celles de Rostrenen, Garfaaix et Ponteroix, possédaient chacune un chapitre. L'origine de celui de Rostrenen1 n'est pas connue, et les historiens de Bretagne ne nous apprennent rien touchant l'époque de sa fondation. Il est à croire qu'il était dû à la piété des seigneurs de Rostrenen, qui étaient d'une famille puissante et si ancienne, qu'un de leurs membres fut, diton, connétable de France sous Louis le Débonnaire, et mourut en 834. Ce chapitre, sous l'invocation de Notre- Dame, était composé d'un doyen et de quatre chanoines2, tous à la nomination de la famille de Rohan-Guémené.
La collégiale de Carharx avait remplacé un prieuré de Bénédictins fondé en 110» sous le .titre de Saint-Nicolas, par Tangui, comte de Poher, en faveur des religieux de l'abbaye de Redon. Un prieur, qui jouissait des revenu» du prieuré de la Coarde dans le diocèse de Vannes, et quatre chanoines, formaient ce chapitre. L'évôque de Quimper nommait au prieuré ainsi qu'aux canonicats. Saint Trémeur, jeune martyr de Bretagne, était le patron de cette collégiale. L'église, construite dans le xvic siècle, subsiste encore et offre plusieurs curiosités2.
Ponteroix avait aussi une collégiale ; mais on ne peut indiquer l'époque de son établissement. On sait seulement qu'elle avait été fondée sous le titre de Notre-Dame-de- Roscudon par les seigneurs du pays. C'était un chapitre peu important, et dont il n'est même fait aucune mention dans les Catalogues les plus récents des collégiales de
* Le mot Rostrenen de parait venir de ros et de dreinen, deux mots bretons qui, réunis, signifient tertre de la ronce.
* M. de Fréminville en parle dans son ouvrage sur les antiquités du Finistère, t. 2 ; mais il estropie le nom de saint Trémeur en l'appelant Tromeur; puis il prétend qu'un bas-relief sculpté sur une des portes représente l'ordination de ce saint à la prêtrise; c'est une erreur manifeste de sa part ou de celle du sculpteur : on sait que saint Trémeur fut massacré dans son enfance.
France. Peut-être avait-il été supprimé avant la révolution. /
CATALOGUE HISTORIQUE DES ÉVÊQUES