TT. ... .... ./ . J
a AcU de Bref., t. 2, col. 337.
■ Le P. LonguevaI,4ttf/. de V Eglise gallicane, t. 2, assure que Lith rède était évéque de SéeK, ...ï ...... tl .. . .
b Lob., t 2, col. 80, 81.
nouaille, c'est-à-dire sur la fin du ix* siècle, ou bien au commencement du suivant.
. BÉNÉDIC, 1er du nom fl, était fils de Budic, comte de Cornouaille, dont on vient de parler. 11 monta sur le siège de Quimper après la mort de Salvator, et le remplit avec beaucoup de capacité. Lethalde parle de ce prélat avec éloge dans l'histoire de Gradilon, son oncle, solitaire de l'île de Noirmoutier. 11 est fait mention de Bénédic dans une charte de Landevenec, datée d'Alain le Grand.
BLENL1VET est indiqué comme évêque de Quimper dans la fondation du prieuré de Batz, faite par le duc Alain- Barbetorte, vers Tan 945.
JOSEPH confirma la donation précédente, et parait avoir été le successeur de Blenlivet, car il n'y a pas d'apparence qu'on se soit adressé à un évêque étranger pour cette ratification.
ORAT1US vivait sous le règne de Conan le Tort, comte de Rennes. 11 est fait mention de cet évêque dans une charte du Mont-Saint-Michel, datée de l'an 990.
BÉNÉDIC, IIe du nom, comte de Cornouaille, épousa d'abord Guigoeden, dont il eut cinq enfants. Après la mort de son épouse, il embrassa l'état ecclésiastique et fut élu, ou se fit élire évêque de Quimper. Il se démit, vers l'an 1022, en faveur d'Orscand, son fils puîné. Avant de mourir, il fit quelques donations à l'abbaye de Landevenec, qui furent ratifiées par Alain Cagnard et Orscand, ses enfants.
ORSCAND bénit, en 1029, Gurloès, premier abbé du monastère de Quimperlé, que le comte Alain Cagnard venait de fonder sous le titre de Sainte-Croix. Son nom se lit dans les souscriptions de la fondation de l'abbaye de Saint- Georges de Rennes. Il mourut le 43 octobre 4064, suivant les nécrologes de Quimperlé et de Landevenec.
BÉNÉDIC, III» du nom, fils d'Alain Cagnard, comte de Cornouaille, et de Judith, comtesse de Nantes, succéda à son oncle, en 4064. Il ratifia, sur la fin de ce siècle, la ion-
* Jeta SS. Bened. sœculo V, p. 360.
DIOCÈSE DE QOIMPER. 415
dation du prieuré de Carhaix, faite par Tangui, vicomte de Poher. Dans le suivant, il souscrivit à celles des chanoines réguliers de Saint-Médard de Doulon, faite en 1105. La chronique de Quimperlé et l'obituaire de Landevenec marquent sa mort au 2 janvier 1113.
ROBERT, solitaire à Locrenan, fut élu en H 13. Ce prélat fonda, en 1118, le prieuré de l'île Tristan, dont il fit don à l'abbaye de Marmoutier. H ratifia, en 1124, la donation du monastère de Locmaria, faite par le duc Couan III à Marie, abbesse de Saint-Sulpice. En 1127, il assista au concile tenu à Redon, par Hildebert, archevêque de Tours, pour la réconciliation de l'église de Saint-Sauveur. Sa mort arriva le 4 novembre 1130, suivant la chronique de Quimperlé et l'obituaire de Landevenec.
RAOUL confirma, en 1152, les lettres que Robert, son prédécesseur, avait accordées à l'abbesse de Saint-Sulpice, pour le prieuré de Locmaria. Il termina sa carrière en 1158, et fut inhumé dans le chapitre de l'abbaye de Langonet.
Bernard DE MOCLAN, originaire de Bretagne et chancelier de l'église de Chartres, fut sacré en 1159. Deux ans après, on le choisit pour arbitre du différend que les chanoines de Saint-Pierre de Nantes avaient avec les religieux de Quimperlé relativement à l'église Notre-Dame de Nantes. Il confirma ces derniers, en 1166, dans la possession de toutes les églises qui leur avaient été données par Orscand, Benoît, Robert cl Raoul, ses prédécesseurs. Il parut à B lois, en 1167, comme témoin de l'acte par lequel Guillaume, évéqueélude Chartres, confirma les religieux de l'abbaye de Bourg-Moyen dans leurs possessions. Son décès arriva le 2 août de la même année 1167, suivant la chronique de Quimperlé et l'obituaire de Landevenec.
GEOFFROI a souscrivit à la fondation de l'abbaye de Saint-Maurice de Garnoet, faite par le duc Conan IV, et au troisième concile de Latran, tenu parle pape Alexandre III. Il mourut le 13 août 1185, suivant les monuments déjà cités.
«5/>te7.tt.l2,p.646.
416 LÉGLISE DE BRETAGNE.
THIBAUD, religieux de Sainte-Croix de Quimperlé, se qualifie élu de Quimper dans un acte de l'an 1 187. Il mourut le 18 mai 1292, selon MM. de Sainte-Marthe.
GUILLAUME ratifia une donation faite à l'église de Saint-Renan par quelques personnes nobles. Ses lettres sont datées du 21 avril 1203, qui était le dixième de sa consécration épiscopale. Il transigea, en 1209, avec Gui de Thouars pour une maison que ce comte avait fait bâtir sur le fonds de Saint-Corentin. Une ancienne chronique met sa mort en 1218, l'obituaire de Lande venec en marque le jour au 15 décembre.
RA1NAUD, Français d'origine, fut élu en 1219, et sacré au mois de février 1220. A la demande d'Olivier, vicomte de Rohan, il ratifia, en 1222, une donation faite parce seigneur à l'abbaye de Bonrepos. L'année suivante, il fonda trois prébendes dans son chapitre, qui n'avait été composé jusqu'alors que de douze chanoines. Il fonda aussi un anniversaire pour le repos de son âme, en 1228, étant sur le point de faire le pèlerinage de Saint-Nicolas-de-Bari. A son retour, il reçut les Frères-Mineurs à Quimper, six ans seulement après la mort de saint François leur fondateur, et leur fit bâtir une maison, qui fut la première de Tordre en Bretagne. Une plus grande entreprise l'occupa le reste de ses jours : ce fui la reconstruction de son église qui menaçait ruine. Pour fournir à cette dépense, il établit les annates sur tous les bénéfices de sa nomination, le règlement fut approuvé par le chapitre, le 23 août 1239, et ensuite annulé en 1508 par le roi Louis XII. Rainaud mourut le 3 mai 1245, et fut inhumé dans l'église des Cordeliers, qu'il avait fondée. Leur nécrologe s'explique ainsi sur son article : III Noas maii anno Domini 1245, obiit reverendus pateret dominus Rainaldus, episcopus Corisopitensis, fundator hujus conventûs, pater et amor fratrum, sepullus coram major i altarisub capsâ ligneâ.
HERVÉ DE LANDELAU, natif du diocèse et du bourg de ce nom, fut élu en 1245. Il ratifia, la même année, une transaction passée entre son chapitre et Guillaume de Polgelou, chevalier. En 1246, il unit au môme chapitre l'é-
glise de la paroisse de Plouguernevel. La mort l'ayant enlevé le 9 août 4261, il fut enterré dans le chœur de son église* sous une table d'airain1. On le regardait comme un saint évêque, et une femme recouvra, dit-on, la vue à son tombeau en 4313. /
GUI DE PLCrtJNEVEZ succéda au précédent, et transigea, l'an 1262, avec Even, abbé de Quimperlé, pour le patronage des églises de la même ville. Il mourut le 12 juillet 1266, suivant l'obituaire des Cordeliers de Quimper, et fut enterré devant le maître-autel de leur église.
YVES CABELLIC tenait le siège en 1267, suivant un acte de son église. Il confirma, en 1274, la fondation de l'abbaye de Saint-Maurice, et mourut le 11 mars 1276, selon le nécrologe de Daoulas. Le siège vaqua sept ans.
Jean DE LA FOREST fut sacré à Tours en 1283, le dimanche après la fête de saint Clément. L'ancien catalogue des évêques de Quimper donne à ce prélat le titre de véritable pasteur et défenseur de l'Eglise. Il passa de ce monde à une meilleure vie le 14 mars 1290, suivant le nécrologe de Daoulas, et fut inhumé dans la partie de son église qu'on appelait la chapelle de la Trinité.
Alain MOREL ou MOREAU tf, nommé aussi Alain DE RIEC, fut élu et sacré en 1290. On croit qu'il avait d'abord été religieux. Il assista, l'année suivante, au sacre de Guillaumeye Maire, évèque d'Angers, fait dans l'église de Saint-Aubin, le dimanche avant la Pentecôte. Son nom se trouve dans un très-grand nombre d'actes du temps. Les obituaires de Landevenec et de Quimperlé marquent sa mort au 1er décembre. Son épitaphe, qu'on lisait sur son tombeau dans la cathédrale de Quimper, nous apprend qu'il mourut en 1299.
RAINAUD fut, suivant le P. Albert le Grand et MM. de
• On lisait sur cette table l'inscription suivante :
Hic jacet magister Hervaeus de Laudelau, qu<>ndàm episcopus Corisopitensis, qui deceasit in vigiliâ B. Laureutii martyris, anno Domini 1261.
« Martène, t. 3, Jnecdot., p. 970. Spicil., t. 10, p. M2. Du Puy, Uut. dr la majorité de nos ne»», p. 1*0,
Sainte-Marthe, le successeur d'Alain Morel dans le siège de Quimper. Le premier de ces auteurs dit que ce prélat avait été religieux de Tordre de Saint-Dominique, et qu'il fut élu en 1290. Le P. Albert se trompe, lorsqu'il assure que Rainaud ne mourut qu'en 1320. Nous croyons au contraire qu'il termina sa carrière en 1315 ou 1316.
ALAIN remplaça Rainaud vers l'an 1316. Il ne nous est connu a que par la commission qu'il donna, en 1317, à l'official de Poher et Quintin pour terminer un différend qui s'était élevé entre Olivier, vicomte de Rohan, le grand chantre de l'église de Quimper et le vicaire de Merliac, au sujet des revenus de la chapelle de Saint-Jacques, située dans cette paroisse Il paraît qu'il tint peu de temps le siège de Quimper, et qu'il mourut vers la fin de l'année 1319".
Thomas D'ANAST, doyen de l'église d'Angers, fit son entrée solennelle à Quimper le 12 avril 1321, et mourut le 19 juin 1322. 11 fut inhumé dans l'église paroissiale de Maure *.
BERNARD, IIe du nomc, reiigieux de l'ordre des Frères- Mineurs, fit sa soumission à la chambre apostolique le
<» Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, t. Ier. & Cette paroisse se nomme aujourd'hui Merléac. 1 D. Me rire ne dit pas un mot des deux prélats dont nous venons de parler, et laisse dans son catalogue une lacune de 1299 à 1321.
1 On mit sur son tombeau l'inscription suivante -
PontiÛcis Thomae, leclor, prseconia prome; Fama probat castum, cui dat cognomen Anastum, Justum, facundum, sine fastu, jure profundum. Judex Lemovicus fuit hic, et pacis amicus, Sobrius, urbanus, plus, Andegavis decanus. Hinc sublimatus est ad thronum pontifleatus Corisopitensis fuit in grege pastor et ensis. Aspera mors talis notis dolor est generalis, Patria quem plangit, quia multos mors sua tangit : Dux dolet et Britones, Cornubia tota, barones, Anno milleno bis quater octuageno, Gervasii festo tunîulatus funere msesto, Ad ven i a m presto, Deus, il li, te precor, esto *.
c Gai. christ. y t. 6, p. 449.
* Sammarth., Hegist» consùtorialia.
DIOCÈSE DE QUIMPER. 4i9
46 août 4322, en qualité d'élu de Quimper. Transféré à Nîmes, le 22 juin 1324, par le pape Jean XXII, il ne survécut que quelques années à cette translation , et mourut en 1531 .
GUI DE LAVAL, fils de Gui VII du nom, comte de Laval, et de T ho masse de Ma te félon, lit sa soumission à la chambre apostolique le 19 juin 1324, comme élu de Quimper, et fut transféré au Mans en 1326. Il tint ce dernier siège treize ans, et pendant ce temps il approuva et confirma diverses fondations qui furent faites dans son diocèse. Il se disposait à sa visite épiscopale, lorsqu'il fut surpris par une fluxion de poitrine à laquelle il succomba le 7 avril 1337. Il avait souvent à la bouche ce mot du pape saint Pierre Gélestin, qu'un jour passé dans le désert vaut mieux que mille ans dans la cour des princes.
JACQUES, religieux de l'ordre des Frères- Prêcheurs, fut élu en 1326, fit sa soumission à la chambre apostolique dans la même année, et son entrée solennelle à Quimper le dimanche avant la Madeleine. Il fut transféré à Toulon le 31 août 1330,par le pape JeanXXII. Sa mort arriva en 1341.
YVES DE BOISBOISSEL a, évêque de Tréguier, ayant été transféré à Quimper en 1330, il fit sa soumission à la chambre apostolique le 10 octobre de la même année, puis il fut transféré une seconde fois à Saint-Malo en 1333, et il y finit ses jours en 1348.
ALAIN GONTIER, natif de Cornouaille, habile professeur de théologie à l'Université de Paris, chanoine de Saint-Quentin et grand-maître du collège de Navarre, fit sa soumission à la chambre apostolique le 10 juillet; mais il tint peu de temps le siège épiscopal, étant mort en 1535, suivant la Chronique de Nantes.
ALAIN LE GAL, natif de Rîec, fut sacré en 1536, et mourut en 1358. Les troubles qui affligèrent le pays pendant son épiscopat ne servirent qu'à faire éclater sa vertu. Les Anglais, venus au secours de Jean de Montfort, assiégèrent Quimper le 10 août 1345, et la réduisirent à la dernière extrémité ; mais elle fut miraculeusement délivrée
* Acta consist.
120 l'église DE BRETAGHE.
de leurs attaques par les prières de 1 evêque et du clergé.
GEOFFROI DE COETMOISAN paya les droits de la chambre apostolique, pour l'évècbé de Quimper, le 23 décembre 1358. La guerre durait encore entre Charles de Blois et Jean de Montfort. Ce dernier demeura maître du duché par le gain de la bataille d' Aurai. Quimpcr, ayant suivi le parti de Charles, fut assiégée au mois de novembre 1364. Geoffroi, dans cette triste conjoncture» assembla les habitants pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Il fut arrêté unanimement qu'on ouvrirait les portes au conquérant. Pour marque d'une parfaite soumission, Geoffroi permit au nouveau duc de lever la dlme de toutes les denrées et marchandises de ses terres, excepté de la ville de Quimper. 11 approuva, le 5 septembre 1372, la fondation d'une chapelle faite par Hervé, seigneur du Ponl-l'Abbé, en son château du Pont. Les registres consistoriaux nous apprennent que ce prélat fut transféré à Dol en 1373 ou
GEOFFROI LE MÀÏUIEC ou LE M AREC, docteur en théologie, fut sacré évéque de Quimper en 1374. Il termina, en 1377, le différend qu'Alain le Gai, son prédécesseur, avait eu avec Hervé, seigneur de Juels. Ce fut peudant son épiscopat que le collège de Cornouaille fut établi à Paris. Galeran Nicolas, dit de La Grève, avait par son testament, dafé de l'année 1317, fondé cinq bourses pour de pauvres écoliers du diocèse de Quimper ; mais ils n'avaient pas de maison. Jean de Guistré, chanoine de Paris, de Nantes et de Quimper, docteur en médecine, leur en donna une, en 1380, dans la rue du Plâtre-Saint-Jacques, et y fonda quatre nouvelles bourses. Sa mort est marquée sous Tan 1383, dans une ancienne Chronique.
Thibaud DE MALESTROIT, évêqne de Tréguier, fut transféré à Quimper en 1583, et fit serment de fidélité au duc le 5 mars 1384. Zélé pour les droits de son église, il publia, le 7 février 1399, une sentence d'excommunication contre les officiers du duc qui levaient des droits sur les marchandises de son diocèse, et il enjoignit à tous les curés de publier cette sentence au prône de leurs grand'messes. La duobesse, Jeanne de Navarre, qui tenait alors
les rênes du gouvernement, appela de ce mandement à l'archevêque de Tours. On ne sait pas quelle fui la ûn de cette contestation qui durait en«ofe , en d405. Ce prélat fut un des témoins en présence desquels Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, ratifia, le 5 février 1395, la fondation qu'il avait faite de la chapelle de Saint-Michel, bâtie sur le lieu même où il remporta la célèbre bataille dans laquelle périt Charles de Clois son compétiteur. Thibaud mourut en 1408 suivant Du Paz.
Gatien DE MONCEAUX », natif de Nantes, conseiller des dues Jean IV et Jean' V, fut en 1408 sacré évêque de Quimper, et envoya la même année un député au concile de Pise. Ne pouvant assister à celui de Constance en 1415, il donna sa procuration à Etienne, évêque de Dol. Il mourut à Fougères le 13 octobre 1416, et fat enterré dans son église cathédrale1. >m
Bertrand DE ROSMADEC, d'une famille noble et ancienne de Bretagne, fut élu et confirmé Tan 1416. H était fils de Guillaume, sire de Rosmadec, et de Marguerite Du Chastèl. Ses premiers emplois furent ceux de conseiller et aumônier des ducs Jean IV et Jean V. Élevé à Vépiscôpat en 14ite, il Se donna tout entier au gouvernëment des 5mes confiées à ses soins. Zélé pour la beauté de la maison du Seigneur, il forma le dessein de renversef son église et d'en construire une plus vaste et plus magnifique. Dans cette vue» il jeta, en 1424, les fondements d'an nouveau portail, dont il posa la première pierre le 26 juillet, conjointement avec Jean de Languenoez, chevalier, procureur du duc pour cette cérémonie. Cet ouvrage n'est pas le seul
* Spicit., t. 0, p. 3rf3.
• On y Toit encore son tombeau dans la chapelle de Victoire, avec cette inscription :
Omnibus urbanus de Moncellîs Gatianus Praesul Cornu biœ jacet hic, servusque Marne. Sagax, facundus, de Nannetis oriundus, Ipse chori vostas fieri fecit magis allas : Rexit subjectos octo cùm mense per annos Post haec milleno bis et octo G. quater auno, Octobris sexta décima migravit ad alta.
Quisque Deum poscat cùm aanctispace quiescat, àc ffeJix agmen sanctorum conoinat, ameo-
dont le chapitre de Quimper soit redevable à Bertrand de Rosmadec; il fit encore faire les deux tours, la nef de l'église, la sacristie, la bibliothèque, les orgues, les statues d'argent qui accompagnaient le grand crucifix, et la psallette qu'il fonda pour l'entretien d'un maître et de six enfants de chœur Les pauvres ne furent pas oubliés dans les largesses de ce prélat ; il leur assigna un fonds de deux cent soixante livres de rente, qui devait leur être distribuée tous les ans par deux personnes notables au choix du chapitre. Bertrand gouverna l'église de Quimper pendant vingt -huit ans, et la résigna, en 1443, à AJain de l'Espervez, évêque de Dol. Il mourut en odeur de sainteté le 27 février 1445, et fut enterré dans la chapelle qui porte son noma.
Le pape n'admit pas la résignation de Bertrand, et conféra l'évêché à Jacques, abbé de Lande venec. Il écrivit au duc François 1er pour le prier d'agréer*sa collation ; mais le duc la refusa. Quelques auteurs font mal à propos succéderle cardinal de Coëtivi à Bertrand de Rosmadec. Le nom de ce prélat ne se trouve ni dans l'ancien Catalogue des évêques de Quimper, ni dans les registres du Vatican.
Alain DE LESPERVEZ, évéque de Dol, fut transféré à Quimper le 22 août 1444, et à l'archevêché de Gésarée le 16 janvier 1451, selon les registres consistoriaux. Il mourut le 17 mars 1455, et fut inhumé dans le chœur des Cordeliers de Quimper.
Jean DE LESPERVEZ, fils de Charles, seigneur de Perzquen, premier président de la Chambre des comptes de Bretagne, et de Guillemelte Painel, fut pourvu le 16 janvier 1451, sur la résignation d'Alain, son oncle. Il était protonotaire du saint Siège, et très-instruit des droits de son siège. Il en donna des preuves dans le différend qu'il
• Dana la province ecclésiastique de Tours, on appelle psallette la maison destinée à recevoir les enfants de chœur, et qui porte ailleurs le nom de maîtrise.
» L'inscription mise sur son magnifique mausolée est conçue en ces
Hic jacet révérend us pater in Domino Bertrandus de Rosmadec quondàm episcopus Gorisopotensis per 28 annos, qui mortuus est 27 februarii 1445. Orale Deum pro eo.
eut avec le duc Pierre II pour ud château que ce prince entreprit de bâtir dans la ville de Quimper. N'ayant pu faire désister le duc de ses prétentions, il porta cette cause devant le saint Siège 4. Le pape ordonna que le château commencé serait continué, et que le duc dédommagerait l'église de la perte qu'elle faisait dans cette entreprise. Jean de Lespervez mourut en 1472, et son temporel fut saisi par les officiers du duc, le 18 mai de la même année.
Thibaud DE RI EUX fut pourvu le 16 juillet 1472, et fit serment de fidélité au duc le 22 janvier 1475. Il décéda au mois de janvier 1479. Après sa mort, le chapitre élut en sa place Jean Le Bailli, chanoine de Quimper. Le duc, qui n'avait pas été consulté, désapprouva le choix, et nomma son vice-chancelier qui suit :
Gui DU BOUCHëT, trésorier de la Madeleine de Vitré, conseiller du duc et son vice-chancelier, fut élu le 30 mars 1479, et prêta serment de fidélité le 18 mai suivant. Confirmé par les bulles du pape Sixte IV, il fit son entrée solennelle à Quimper le 14 octobre 1480. La peste désola le diocèse en 1485, et dispersa le pasteur et les brebis. Le synode se tint cette année, le 19 octobre, dans l'église de Saint-Colomban, à Quimperlé. Gui se retira ensuite à Nantes, où il joignit ses plaintes à celles que les évêques de Nantes et de Saint-Malo et de plusieurs autres^ membres du clergé de Bretagne adressèrent, le 4 janvier 1484, au pape Sixte IV contre la conduite du nonce Bargi, qui, venu à Nantes, avait mis une rigueur extrême dans la perception des décimes, et avait agi contre les usages de la province. Ces plaintes, rédigées avec modération, expriment le vif attachement que le clergé de Bretagne professait pour le saint Siège tf.Gui mourut à Nantes le 10 janvier 1484. Le chapitre, ayant appris cette nouvelle, s'assembla dans l'église de Coré pour nommer des grands vicaires.
' Pour bien comprendre cette conduite de l'é?êque, il faut se rappeler qu'il était seigneur de la ville de Quimper ; qu'elle appartenait à aon siège, et que c'était par conséquent un bien ecclésiastique dont il derait défendre l'intégrité, en empêchant toute entreprise qui tendait à la diminuer.
• Mémoires pour sert ir de preuves à P histoire de Bretagne, t. 3. '
Alain LE MAOUT, évéque de Léon, fat transféré à Qu'imper le 7 mars 4484. Il lit serment de fidélité au due le 3 juin suivant, fut employé par ce prince en diverses négociations, et envoyé, en 1490, par la duchesse Anne, au congrès de Tournai. Sa mort arriva le 2 novembre 4495, et il fut inhumé dans son église en la chapelle de la Madeleine.
Raoul LE MO EL, dit le Chauve chanoine de Poitiers et aumônier du roi Charles Mil, fut élu le 22 novembre 4493, et prêta serment de fidélité au roi le 28 avril 4494. 11 fit son entrée solennelle à Quimper le 48 octobre 4496, et assista au* obsèques du roi en 4498. Le roi Louis XII le nomma second président de la Chambre des comptes de Bretagne en 4500. Il avait été un des signataires du contrat de mariage de la duchesse Anne avec ce monarque. Il passa de cette vie à une meilleure, le 54 mai 4504, et fut enterré dans son église en la chapelle de la Trinité.
Claude DE ROHAN, fils de Jean, IIe du nom, vicomte de Rohan, et de Marie de Bretagne, fut élu le 25 juin 4504. Il n'avait que la tonsure et les moindres, n'étant âgé que de vingt-deux ans ; cependant il était déjà doyen rural de Porhoèt, au diocèse de Vannes, et titulaire d'antres bénéfices. Il vivait dans un siècle où la doctrine des saints canons était inconnue : la naissance et la faveur tenaient lieu à cette époque de tout le mérite requis par les conciles. Claude de Rohan fut sacré le 6 avril 4540, dans la chapelle du château de Blain, et il fit son entrée solennelle à Quimper le 6 juin 4548. Devenu héritier de sa maison en 4527, il employa ses grands revenus à achever son église cathédrale et à bâtir un palais dans le lien où est aujourd'hui celui de ses successeurs. Il était né avec un heureux naturel et des inclinations portées au bien; mais il était si simple, qu'on pouvait facilement le tromper. Les dames de Fonte* nay et de Guémené, ses sœurs, craignant qu'on n'abusât de sa bonté, lui firent nommer un conseil par le roi François Itr. Ce prince écrivit même au pape, en 4532, pour lui obtenir nn coadjuteur. Le sujet proposé pour cette
* Soit qu'il le fût réellement, soit plutôt parce que mod et moal9 en breton, tiguiftent chawjt eo frtsçtif .
DIOCÈSE &E QT? IMPER. 125
place fut Jean de La Motte, archidiacre de Nantes, abbé de R uis et de Boquen : mais le pape ne jugea pas à propos de lui donner des bulles. Cet abbé n'ayant pas eu l'agrément de la cour de Rome, on lui en proposa daos la suite un autre qui fut plus heureux que le premier. Claude de Rohan mourut au château de Guémené dans le mois de juillet 4540, et fut inhumé dans l'église collégiale du même lieu. Ses entrailles furent portées à la chapelle du château de Corlai.
Guillaume EDER, abbé de Saint-Gildas-des-Bois et de Boquen, obtint, en 1539, des bulles de coadjuteur de Claude de Rohan, et fut sacré te25 décembre 4 5 il, dans la chapelle du château de Goulaine. Il fit son entrée solennelle à Quimper le 29 avril 1543, et mourut le 22 mai 1546.
Philippe DE LA CHAMBRE, dit le cardinal de Bologne, était fils de Louis, comte de la Chambre en Savoie, et d'Anne de Bologne, mariée en premières noces à Alexandre Stuart, duc M*A#anie. Ce prélat, religieux bénédictin de CJuni, avait été d'abord prieur de Lé lion près de Dinan, puis élu abbé de Saint-Pierre-de-Corbie. Il posséda aussi les abbayes de Saint-André de Clermont et de Manlicu. Le pape Clément VILétant à Marseille, le revêtit de Ja pourpre et lui donna le titre d evéqije de Tusculum. Paul UI le nomma à 1 evéché de Quimper le 9 juillet 1546. 11 mourut à Rome le 21 février 1550 après avoir résigné son abbaye de Corbieà son neveu, qui fut le premier abbé commendataire de cette maison» et fut enterré chez les Minimes du montPincio,
Nicolas CAJETAN SERMOKETTA 2 fut le successeur de Philippe de La Chambre. Il naquit a Rome le 24 avril 1526, et était (ils de Pierre-Louis Fat nèse et de Janelle Cajetan. Appartenant à la famille du pape Boniface VI II, il fut de bonne heure élevé aux dignités ecclésiastiques, et il
* Le Gall. christ, nova, t. 10, met sa mort au 23 mai, et ne parle pas de sa nomination à l'évéché de Quimper.
* D Morice, égaré par MM. de Sainte-Marthe, s'est tout a fait trompé au sujet de Sermonetta. 1! le nomme Siraonetta et le fait naître de Camille, duc de ce nom. La vérité est qu'il n'y a pas eu de cardinal Simonetta qui soit mort en 1583. Albert le Grand n'a pas commis cette erreur; il donne bien à révéque de Quimper le nom de Sermonetta.
n'avait encore que onze ans, lorsque le pape Paul III, qui portait aussi le nom de Farnèse, l'éleva au cardinalat. À la mort de Philippe de La Chambre, en 1550, le pape JulesIII lui donna l'évéché de Quimper, dont il ne paraît pas qu'il ait jamais pris possession personnelle, se contentant d'avoir un vicaire général qui le représentait et qui était chanoine de la cathédrale de Quimper, nommé Jean Du Tivaralès. Il parait qu'il se démit en 1560; il devint ensuite évéque de Bisignano dans les Etats romains, et archevêque de Capoue dans le royaume de Naples. S'il eut plusieurs bénéfices, il sut faire un bon usage de ses revenus, et son palais à Rome fut longtemps un asile ouvert aux pauvres Irlandais persécutés pour la foi. Sermonetta mourut dans la capitale du monde chrétien, à l'âge de cinquante-neuf ans, le 1er mai 1585, et fut enterré dans la célèbre église de Lorette.
Etienne BOUCHER, natifffe Troyes en Champagne, et abbé de Saint-Ferme au diocèse de Bazas, fut pourvu, le 5 avril 1560, de l'évéché vacant par la démission du cardinal Sermonetta. 11 fit son entrée solennelle à Quimper le 23 février 1561, et assista ensuite à la conclusion du concile de Trente; aussi trouve-t-on son nom parmi ceux des Pères de ce concile. Outre l'abbaye de Saint-Ferme, il possédait encore celle de Saint-Sauveur de Vertus dans le diocèse de Châlons-sur-Marne,et les auteurs du Galliachristiana nova a l'accusent d'en avoir peu ménagé les biens. Sa mort est marquée dans MM. de Sainte-Marthe au 20 août 1571.
François DE LA TOUR, fils de Guillaume, seigneur de Penarstans, et de Jeanne de Goaqriant, embrassa d'abord la vie monastique dans l'abbaye du Relec, ordre de Citeaux. Nommé à l'évéché de Quimper, il fut sacré à Saint-Brieuc, le 20 décembre 1575, par Nicolas Langelier, assisté des évêques de Léon et de Tréguier. Il prêta serment de fidélité au roi Henri 111 le 1er mars 1575, et obtint mainlevée de son temporel le 15 janvier suivant. Il fut transféré sur le siège de Treguier en 1583, et il y mourut en 1593.
« Gallia christ, novœ edit.t t. I. Labbe, Concil., t. 14.
Charles DU LISCOET \ d'une famille distinguée de Basse-Bretagne, assista au concile d'Angers en 1583 et aux états de 1586,1598 et 1604. 11 avait fait un voyage à Rome, peut-être pour recevoir la consécration épiscopale, et il en rapporta le goût pour les cérémonies romaines. Les évéques de Quimper avaient conservé l'ancien usage de l'Eglise gallicane, observé encore aujourd'hui à Paris et ailleurs, de dire le jeudi saint, avec deux concélébrants, la messe pendant , laquelle se fait la bénédiction des saintes huiles. Cette cérémonie attirait à la cathédrale une foule de peuple. Lorsqu'on en parla en 1585 à M. Du Liscoet, à son retour de Rome, il la supprima pour des raisons assez frivoles Les commencements de son épiscopat furent troublés par la guerre civile de la Ligue, dont les funestes effets se firent surtout sentir dans la Cornouaille, et particulièrement à Quimper qui soutint un siège en 1594. Le palais épiscopal fut en 1592 détruit par un incendie. Charles Du Liscoet mourut le 14 mars 1614, et fut inhumé dans la chapelle de Victoire.
Guillaume LE PRÊTRE, fils de Louis, seigneur de Lezonnet, gouverneur de Quimper et de Concarneau, fut nommé, en 1614, évêque de Quimper, et assista, en cette qualité, aux états de Rennes en 1616. Il favorisa les travaux apostoliques du célèbre M. Le Nobletz dans son diocèse, et contribua ainsi à combattre l'ignorance et le vice que les désordres des guerres civiles avaient enracinés dans la Basse-Bretagne. Les Capucins, les Ursulines, les Calvairiennes et les Filles de Sainte-Elisabeth s'établirent à Quimper pendant son épiscopat. Ce fut aussi lui qui procura à la jeunesse de son diocèse une instruction pure et solide, en favorisant l'établissement, dans sa ville épiscopale, d'un collège tenu par les Jésuites, et qui fut ouvert en 1624. Il décéda le 8 novembre 1640, âgé de cinquante-trois ans, et fut enterré dans le sanctuaire de son église, ducôtédel'épître*.
« Labhe, 1. 15, Concil.
1 Voyez, touchant ce fait, t Histoire de ce qui s'est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue, par Morand, chanoine de Quimper. Il parle avec humeur de cette suppression.
* Entre les pieux personnages qui fleurirent en Bretagne pen-
128 l/ÉGLISE DE BRETAGNE.
Kpné DU LOUET succéda, en 4642, à Guillaume Le Prêtre. Né en 1584 à Loperchet, dans le diocèse de Quimper, d'une famille noble et très-distinguée, connue sous le nom de Du Louet de Coatjunval, ce prélat se distingua de bonne heure par les belles qualités qu'il possédait. Aux dons de l'esprit il joignait les avantages corporels. Naturellement judicieux, sincère, affable et éldquent, il était en outre très-instruit, s étant livré avec ardeur à l'étude dès sa jeunesse. L'Ecriture sainte fut surtout l'objet de sa science, et il en citait fréquemment des textes avec beaucoup de facilité. La tendre piété dont il était rempli lui inspira le* dessein d'entrer dans un ordre religieux, et il en demanda l'habit; mais ce projet n'eut pas de suite, et l'un de ses amis sollicita pour lui, à son insu, trois bénéfices qui lui furent accordés en même temps. M. Du Louet, connu alors sous le nom d'abbé de Kerguitliau, résigna à de
dant le vu* siècle, il faut compter le Frère Arsène de Quimper, religieux distingué par son mérite et plus encore par l'éminence de ses vertus. Il était né dans la ville dont il porte le nom, le 7 février 1595, et s'appelait dans le monde Alain Loya. Ayant, dès son enfance, donné des indices de la vivacité de son esprit et de sa sainteté future, il inspira de l'intérêt a M. Du Liscoét, alors évéque de Quimper, qui lui fit commencer ses études et l'envoya eosuite les continuer au collège des Pères Jésuites de La Flèche. Appelé de bonne heure à l'état religieux, il entra chez les Pères du Tiers-Ordre de Saint-François, .du couvent de Picpus, à Paris. Sa mère fit tousses efforts et employa mille moyens pour le déterminer à changer de résolution, elle l'obligea même de revenir à Quimper ; mais il demeura inébranlable dans le pieux dessein qu'il avait formé de se consacrer à Dieu, et il prononça ses vœux le 15 mars 1615. Possédant un talent remarquable pour la chaire, il prêcha en divers lieux avec succès, et entre autres à Quimper, où Févêque voulut le retenir. Partout le P. Arsène se montra, dans .^cs prédications, un homme apostolique, et ses paroles produisaient des fruits abondants de salut. A peine sorti de son ©ours de théologie, il fut choisi pour être supérieur du couvent de Rouen. Bientôt après il devint dc-fioiteur général, et on lui confia la direction du couvent de Lyon. C'est dans cette ville qu'il termina sa courte et fervente carrière. La peste s'y étant manifestée, il se dévoua entièrement au service des malades, jusqu'à ce qu'en ayant été lui-même.atteint, il mourut, martyr de sa charité, le 9 septembre 1628, n'étant âgé que de trente-trois ans Le P. Vincent Mussart, réformateur et supérieur général de l'ordre, fit publiquement l'éloge de cet excellent religieux devant tous lea Frères du couvent de Picpus. Nous regrettons de n'avoir pas connu assez tôt la vie du P. Arsène pour l'insérer parmi celles des Bretons illustres en piété que nous avons publiées. Voye2 Tertii ordinis saneti Frnncisci annales perpetui, par le P. Jean-Marie de Vernon.
bons ecclésiastiques deux de ces bénéfices, un canonicat et une riche paroisse, les meilleurs sous le rapport du revenu, et garda seulement la chantrerie de la cathédrale de Léon. Cette générosité surprend moins de sa part, lorsqu'on sait que c'était un prêtre d'une humilité profonde et entière* ment détaché des biens de la terre. Fixé par ce titre à , Saint-Paul, il y devint le protecteur des grands serviteurs de Dieu quj se trouvaient à cette époque en Basse-Bretagne, surtout de M. Le Nobletz et du P. Maunoir. Imitateur de ces hommes apostoliques, il se livra comme eux, pendant plusieurs années, au pénible travail des missions, mais sans vouloir y paraître en chef, et se contentant du rang de simple ouvrier. La vertueuse Amice Picart trouva dan£ l'abbé de Kerguilliau un consolateur et un défenseur contre la malice de ses ennemis. Le cardinal de Richelieu, informé du mérite de ce digne ecclésiastique, voulut le nommer à un évôché, qu'il refusa. Il fallut lui faire violence pour le déterminera accepter celui de Quimper. Etienne de Pujet, alors évêque de Dardanie !, assisté du vénérable Alain de Solniinihac, évêque de Cahors, et del'évêquede Calcédoine, sacra M. Du Louet à Paris, dans l'église des religieuses du Calvaire du Marais, le 1er février 1642. Point de doute que les prières d'un aussi grand serviteur de Dieu que l'était l'évêque de Cahors, n'aientattiré d'abondantes bénédictions sur le nouveau prélat, qui ne put prendre possession de son siège avant le 22 février 1643. Une fois arrivé dans? son diocèse, il n'en sortit plus, sinon pour des affaires trèsimportantes, et ne parut jamais à la cour. Très-exact à faire sa visite dans les paroisses, il s'acquittait avec beaucoup de zèle de ce devoir important, et n'épargnait pas ses peines pour rendre cette visite fructueuse. On l'a vu dans ces occasions mener une vie tout à fait apostolique ; laisser un bon repas qui lui était préparé, et se contenter d'un morceau de pain qu'il recevait d'un prêtre ou d'un paysan, afin d'être plus libre de s'occuper de la conversion d'une âme qu'il voyait en danger de se perdre. Tout occupé de procurer la gloire de Dieu et le salut de son peuple, il fai;
• Et non d'Ordugna en Biscaye, comme le dit Dom Morice.
sait construire des églises, établissait des hôpitaux et des monastères, donnait de fréquentes missions dans lesquelles il travaillait lui-même,et favorisait de tout son pouvoircelles du P. Maunoir. Rigoureux observateur des lois de la discipline ecclésiastique, M. Du Louet voulait qu'elles fusseot exactement observées par ses prêtres, et les punissait sévèrement lorsqu'il avait quelque faute grave à leur reprocher. On a de lui plusieurs statuts et ordonnances qui sont Il preuve de sa vigilance pastorale. Ce saint prélat professa toute sa vie un grand attachement au saint Siège, et montra constamment beaucoup d'aversion pour le jansénisme, qui se répandait alors en France. Afin de se familiariser avec la pensée de la mort, il avait fait préparer dans sa cathédrale son tombeau avec sa statue à genoux, et lorsqu'il était en ville, il allait le visiter chaque jour. Dieu, sans doute pour le purifier davantage , permit qu'il fût tourmenté de violentes , douleurs de goutte. Cette infirmité augmentant avec l'âge, M. Du Louet comprit qu'il touchait au terme de sa carrière, et se prépara avec une ïoi vive à l'important passage du temps à l'éternité. Il termina sa sainte vie par une mort précieuse aux yeux du Seigneur, lo 18 février 1668, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Sa perte fut universellement sentie, et on le pleura comme un père. On avait une si haute opinion de sa sainteté, qu'on se porta en foule après son décès pour faire toucher à son corps des chapelets et d'autres objets de piété. Ses obsèques furent très-solennelles et l'on fit deux fois son oraison funèbre l.
François DE VISDELOU, fils de Gilles Chevalier, seigneur de La Goublaie, et de Françoise du Quellenec, d une famille noble du diocèse de Saint-Brieuc, était chanoine et chantre de Quimper, lorsque le roi lui donna la coadjutorerie de la même église, il fut sacré évêque de Madaure, dans l'église des Dominicains de la rue Saint- Jacques à Paris, le 7 mai 4651. Ce fut sous ce titre qu'il assista à plusieurs assemblées du clergé ; il se trouva du nombre des prélats qui, après la réception en France de la constitution
• Tiré des Annales calvairiennes et de la Vit du P. Maunoir, par le P. Boschet
du pape Innocent X pour la condamnation des propositions de Jansénius, écrivirent, le 45 juillet 4655, collectivement à ce pontife pour adhérer à celle condamnation. Il fut aussi un des signataires de la lettre adressée le même jour par l'assemblée du clergé aux évêques de France sur cette matière importante. M. de Visdelou prit également part à l'adoption du formulaire prescrite par l'assemblée du clergé de 1664 , et à tous les actes qui en furent la suite. Transféré à* Léon en 4665, il y mourut le 18 mai 1671.
François DE COETLOGON, né le 3 juin 1631 dans le diocèse de Saint-Brieuc et peut-être au château de Coetlogon, dans la paroisse de Plumieux, était fils de Louis vicomte de Méjussaume et de Louise Lemeneust. Il remplaça en 1665, comme coadjuteur de M. Du Louet, M.deVisdelou, transféré à Léon, et fut sacré évêque de Madaure m partibus, le 18 avril 1666. Il parait que celte cérémonie se fit ù Quimper. Le premier soin de M. de Coetlogon après son sacre, fut de visiter tout le diocèse, accompagné du célèbre P.Maunoir. Devenu titulaire en 1668, par la mort de M. Du Louet, il s'appliqua constamment à suivre les traces de son vénérable prédécesseur, et parut bientôt un pasteur selon le cœur de Dieu, remarquable surtout par son zèle pour le salut du peuple confié à sa sollicitude. C'est à lui que le diocèse de Quimper doit l'établissement d'un grand séminaire et d'une maison pour les retraites. Il était trop persuadé de l'utilité des missions pour ne pas les favoriser; aussi le P. Maunoir, qu'on peut appeler le nouvel apôtre de la Bretagne, lravailla-i-il pendant seize ans sous ses ordres à la sanctification de la Cornouaille. Il mourut dans le diocèse de Quimper. Lors de l'affaire du livre des Maximes des Saints, de Fénelon, levèque de Quimper se rendit à Tours, et assista, au mois de juillet 1699, à l'assemblée des évêques de cette province ecclésiastique, dans laquelle cet ouvrage fut solennellement condamné. Après avoir gouverné son diocèse avec beaucoup de douceur pendant quarante et un ans, il mourut à l'âge de soixante-quinze
• Un biographe breton récent assure que ce prélat était né à Rennesmais l'abbé Ruffelet, auteur d< s Annules Briochines, le met au nombre des évêques nés dans le diocèse de Saint -Brieuc
ans, le 6 novembre 1706, et fut inhumé dans son église sous une pyramide de marbre blanc qui porte son épitaphe ti
On a de M. de Coetlogon un livre qui a pour titre : Réflexions, sentences et maximes sur divers sujets de piété, et principalement sur V amour de Dieu, tirées des œuvres de saint François de Sales; in-12, Paris, Rarbîn, 1698. Dans l'avertissement qui précède ces réflexions et qui est bien écrit, on trouve un éloge abrégé du saint évêque de Genève. M. de Coctlogon nous apprend qu'il n'avait formé ce recueil que pour son utilité, et que c'est à la prière des Dames de la Visitation qu'il se décide à le publier. On y voit un homme tout pénétré d'estime et d'admiration pour saint François de Sales.
François Hyacinthe DE PLOEUC DU TIMEUR, né le 16 avril 1662, d'une famille ancienne et noble de Bretagne, était (ils du seigneur de Guelguilin en Landudec. 11 étudia à Paris et revint ensuite à Quimper, où son mérite n'étant pas connu, il se trouva pendant assez longtemps sans bénéfice et dans une position peu aisée. Le P. Lachaise ayant entendu parler de lui d'une manière avantageuse, lé désigna à Louis XIV, qui le choisit pour successeur de M. de Coetlogon. Sacré évoque de Quimper le 26 décembre 1707, il fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale au mois d'août de Tannée suivante. Il se montra par son zèle digne de remplace? le vertueux prélat dont il occupait le siège, et qui avait laissé après lui une mémoire si honorable. Afin de rendre plus fructueux son ministère pastoral, il publia en 1710 des statuts qui sont encore en vigueur dans
• Voici cette épitanhc :
« Hic jacet Hlustrissimus et révérend issi m us D. D. Franctscus de » CoëtlogOD, uatus tertio junii 1031 . Episcopus Madaurensis illustrissimî » et reTerendis5imi D. D. Renati Du Loiuft, episcôpi Cornu biensis coad- » jator inauguratus 18 aprilis 1666. Mox in cjusdem praeaulis locum » suffectus est 1668. l'oclesiam Comubicnsem in proprium decus, in » privatum familia? nobilis honorcm, in publicam diœceseos et totius » Armnricœ utilitatrm, ad majorent Dci gîoriam, domibus asceticis, » Xcnodochiis, sein in ai io clericorum instauratis, wrorum apostolicom rum laboribus, înuniflccncia et cxcniplo adjutis, aono"4l et a m pl i us ■ mitissime rexit. Obiit sexto novembris 1706.
» Mémento, Domine, David, et omnis mansueludinis ejus.»
DIOCÈSE DE quimper. 155
ce diocèse. Mais il ne se contenta pas de donner à son clergé des règles de conduite, il lui servit en môme temps de modèle. Le culte divin fut l'objet particulier de sa sollicitude, et il en augmenta la pompe. Attentif aux besoins spirituels de son troupeau, il le visita assidûment pendant toute la durée de son épiseopat, et s'appliqua surtout à donner aux paroisses de bons pasteurs. Le séminaire de Quimper lui dut une belle église qui manquait à cet établissement. Comme MM. Du Louetet de Coetlogon, M. de Plœuc favorisa les missions et augmenta les bâtiments de la maison de retraite de Quimper. Sa tendresse pour les pauvres se manifesta par 1'intérôr qu'il portait aux bôpitaux et par ses abondantes aumônes. Chéri de son clergé et de son peuple, estimé de Louis XV, qui connaissait son mérite, ce vénérable prélat passa du temps à l'éternité le 6 janvier 1759, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Il fut inhumé dans son église, et l'on plaça sur sa sépulture un obélisque, qu'on y voit encore et qui porte son épitaphe.
Auguste-François-Anniiul DE FARCY DE CUILLÉ, d'une famille noble de Bretagne, né au château de Cuillé en Anjou le 15 juin 1700, remplaça M. de Plœuc sur le siège de Quimper, après avoir été chanoine et ensuite trésorier du chapitre de Tréguier. Il fut sacré le 8 novembre 1759, n'ayant que trente-trois ans, et prit possession de son siège le 15 décembre de la même année. Marchant sur . les traces de ses prédécesseurs, il S'appliqua comme eux à procurer le bien spirituel de son troupeau et à le soutenir par de fréquentes visites. M. de Farcy fut surtout attentif à conserver la pureté de la foi dans son diocèse, à une époque où tant d'églises étaient agitées en France par les intrigues des jausénistes. Ces novateurs tentèrent, en 1755, d'attirer à leur parti le peuple de Merléac, paroisse qui était alors du diocèse de Quimper, et, pour y réussir, ils distribuèrent des livres de piété dans lesquels ils avaient glissé leur mauvaise doctrine. Un M. de Prince, gouverneur de l'île de Rhé et seigneur de Merléac, s'était, avec son épouse, chargé de cette distribution. Le prélat, informé de cette dangereuse tentative, se trouvant au Bodéo, où plu-
sieurs paroisses, et entre autres celle de Merléac, étaient convoquées pour la visite, il s'éleva aycc force au pied de l'autel contre cette coupable manœuvre, et signala ensuite, dans la sacristie, à son clergé, les deux apôtres du jansénisme, M. de Prince et M. de Moulier son frère. 11 n'en fallut pas davantage pour irriter ceux-ci, qui s'en plaignirent au ministre. Quoique peu favorable aux évêques, le gouvernement de cette époque ne put cependant blâmer M. de Farcy, qui, dans cette circonstance, n'avait fait que remplir un devoir, celui de chercher à préserver son peuple de l'erreur. Le ministre répondit aux plaignants que l'évéque de Quimper s'était élevé avec un peu trop de chaleur contre la distribution des livres en question; mais qu'on blâmait cette distribution, parce qu'un seigneur de paroisse n'était pas chargé de l'instruction chrétienne de ses vassaux . Plein de zèle pour le salut des âmes et adonné aux bonnes œuvres, M. de Farcy avait choisi dans sa cathédrale un confessionnal où il recevait tous les pénitents qui- voulaient s'adresser à lui; et le nombre en était grand. Il aimait à présider les retraites et les missions qui se donnaient à Quimper et dans les autres villes du diocèse. Sa coutume était d'examiner lui-même les jeunes gens qui se préparaient aux saints ordres. Il était fort spirituel, vif, actif, et d'un zèle pour la discipline ecclésiastique qui allait jusqu'à la sévérité. Le trait suivant fait honneur à sa piété et à sa charité. Une frmme, tombée, après de longs désordres, dans une misère profonde, était atteinte d'une maladie si horrible et si dégoûtante, que la supérieure de l'hôpital avait refusé de l'y recevoir, ne pouvant se résoudre, disait-elle, à infecter sa maison. M. de Cuillé n'eut pas de peine à vaincre les répugnances de la supérieure; mais il ne se contenta pas d'avoir fait ouvrir l'hôpital à la malheureuse malade : tant que celle-ci vécut, il alla.très-fréquemment la voir, la consoler, l'exhorter à la patience, à la résignation, à la pénitence ; enfin il entendit sa confession générale et lui administra lui-même les derniers sacrements. L'Eglise de Quimper perdit le 28 juin 1771 ce respectable prélat, qui mourut à Lorient, où il était allé consulter des médecios. Son corps fut inhumé dans sa ca-
DIOCÈSE DE QUIMPE**
thédrale, et son cœur déposé dans la chapelle du séminaire.
Emmanuel-Louis DE GROSSOLLES DE FLAMARENS, né dans le diocèse d'Angers en 4735, succéda à M. dé Farcy de Cuillé. Il étaiv vicaire général de Chartres, lorsqu'il fut nommé à l'évêché deQuimper le 8 juillet 1771. M. de Royère, alors évêque deTréguier,le sacra dans l'églist» paroissiale de Saint-Mathieu de Morlaix,le 18 janvier 1772, en présence des États de Bretagne, qui étaient alors assemblés et où M. de Royère présidait le clergé Le séjouv de M . de Flamarens à Quimper ne fut pas de longue durée. . Dès Tannée suivante, il devint évêque de Périgueux. Au commencement de la révolution, il manifesta son opposition aux coupables innovations que l'impiété voulait introduira dans l'Eglise de France ; il passa alors en Angleterre, et il établit sa résidence à Londres. M. l'évêque de Périgueu* fut du nombre des évêques qui refusèrent au pape Pie VI| la démission de leurs sièges, et lui adressèrent, en 1803, des réclamations canoniques ; mais il se borna à ces seuls actes, et ne signa point la suite de ces mêmes réclamations, envoyées au souverain pontife en 4804. Ses infirmités ne lui permirent pas de revenir en France à L'époque de U Restauration. Il mourut à Londres au mois de mai 1845, à l'âge de quatre-vingts ans. L'illustre et infortunée duchessg d'Angoulême, depuis dauphine, qui se trouvait alors dan* cette capitale 2, assista à ses obsèques.
Toussaint-François-Joseph CONEN DE SAINT-LUC fut appelé à remplir le siège de Quimper, après la translation de M. de Flamarens à Périgueux. Il était né à Rennes, le 17 juillet 1734, de parents honorables, qui lui inspirèrent, dès sa plus tendre enfance, la crainte de Dieu et l'amour de la vertu dont ils étaient euxmêmes pénétrés. A l'âge de sept ans il reçut la tonsure de M. de Vauréal, son évêque. Après avoir fait ses humanité* au collège des Jésuites de Rennes, et s'être rendu le modèle
• C'était en sa qualité d'évéque diocésain : Morlaix était alors du dit* cèsede Tréguier, et depuis 1620 il était de règle que ce fût l*éféqu© dans le diocèse duquel se tenaient les Etats, qui présidât l'ordre du clergé.
* C'était pendant les Cent- Jours.
156 L ÉGLISl DE BR&TAGME.
de S6S condisciples par une conduite constamment régulière, il fut envoyé à Paris au séminaire de Saint-Sulpice, et, dans cette maison si respectable, son attrait pour la piété et son goût pour l'état ecclésiastique se fortifièrent de plus en plus. Forcé de revenir à Rennes, n'étant encore que bachelier en théologie, parce que la délicatesse de sa santé causait à ses parents de vives inquiétudes, il y reçut la prêtrise, et ne tarda pas à se livrer avec zèle à l'exercice du saint ministère. Il n'avait que vingt-huit ans, lorsqu'il fut nommé chanoine de la cathédrale, et pendant les cinq années qu'il posséda ce bénéfice, il donna constamment à ses confrères l'exemple de l'exactitude et de la régularité. Le roi l'ayant nommé en 1767 abbé commendataire de Langonet, M. de Saint-Luc, rempli de l'esprit ecclésiastique U ne voulant pas posséder deux bénéfices à la fois, se défait de son canonicat, malgré toutes les instances qu'on lui fit pour qu'il le gardât.
Plus libre dans l'emploi de son temps, dés qu'il eut cessé l'être chanoine, il s'appliqua avec une nouvelle ardeur à ,ravailler au salut des âmes et à soulager les pauvres avec esquels il partageait les revenus de son abbaye. Une conluite si édifiante devait, ce semble, lui assurer l'affection de ous et ne pas lui attirer un seul ennemi ; mais on était à 'époque des troubles qui éclatèrent a la fin du règne de ..ouis XV, et qui furent assez violents, surtout en Bretagne. „a famille de Saint-Luc se montrait fortement attachée au gouvernement ; aussi le respectable abbé faillit-il devenir la /ictime de cet attachement, qui, aux yeux de certaines gens, >araissait alors criminel. On lui tira, en plein jour, dans me rue de Rennes, un coup de fusil qui heureusement ne 'atteignit pas. Disciple fidèle de celui qui pardonna à ses )ourreaux, il ne chercha point à faire punir cette tentative, ?t ne forma même aucune plainte.
Le 1er mai 1773, M. de Saint-Luc fut nommé à l'évéché le Quimper. Loin de montrer aucun empressement pour ;ette dignité, il eut besoin d'être pressé pour se déterminer i l'accepter, et il se rendit à Paris avec l'intention de refuser; mais ses efforts ayant été inutiles, il reçut de M. de tloyère, cvêque de Tréguier, assisté de M. de Hercé, évê-
que de Dol, et de M. Le Quien de La Neuville, évêque d'Acqs, la consécration épiscopale dans la chapelle des • Bénédictines de Conflans, le 29 août 1773. Un des premiers soins du nouveau prélat avait été de remettre au roi, dès avant son sacre, son abbaye de Langonet; mais l'évèché de Quimper avait de grandes charges à supporter; cette considération empêcha le ministre chargé de la feuille des bénéfices de recevoir celte démission. À peine M. de Saint- Luc eut-il pris possession, qu'il se convainquit par lui-même de l'insuffisance des revenus de son siège. Afin d'en augmenter la dotation, il sollicita et obtint l'union à sa mense épiscopale de la mense abbatiale de Landevenec; union qui fut effectuée en 1781. A l'exception du voyage qu'il fit à Paris, peu de temps après avoir été sacré, et pour suivre cette affaire, il résida constamment dans son diocèse, y remplit avec édification tous les devoirs d'un bon pasteur, et s'acquit par ses vertus une réputation de sainteté que le temps n'a pus démemie.Assiduàfaire ses visites pastorales, M. de àaint-Luc s'y montrait comme un véritable apôtre. Dans l'intérieur de son palais, il avait la régularité d'un bon religieux. Il se levait de grand matin, donnait un long temps à l'oraison, célébrait tous les jours la messe, récitait son office avec son aumônier et son secrétaire, allait passer chaque soir une demi-heure en oraison devant le Saint-Sacrement dans sa cathédrale, et faisait ensuite à ses domestiques une lecture de piété ou une instruction familière, suivie de la prière. Ne respirant que la gloire de Dieu et le salut des âmes, il veillait avec une attention particulière à la sanctification et à l'instruction de son clergé. Ce fut dans ce but qu'il imposa aux prêtres qui n'étaient pas curés l'obligation de faire chaque année une retraite au séminaire, et qu'il établit l'usage de traiter l'Écriture sainte dans les conférences ecclésiastiques. En 1776, il donna une grande mission à Quimper, et se chargea d'y parler luimême de la franc-maçonnerie, qui comptait alors beaucoup d'adeptes dans cette partie de la Bretagne. La force avec laquelle il s'éleva contre cette œuvre de ténèbres irrita ceux qui la soutenaient et la propageaient. Par la plus coupable connivence, le présidial servit leur passion et l'assigna pour
répondre sur le second sermon qu'il avait prêché à la clôture de la mission contre la franc-maçonnerie. M. de Saint-Luc se rendit au tribunal, dit aux magistrats qu'il était le seul juge de la doctrine dans son diocèse, et protesta contre leur procédure. Ayant informé de cette affaire le garde des sceaux, celui-ci manda à Paris le lieutenant criminel, l'y retint longtemps, et ne le renvoya à ses fonctions que sur les instances de son évéque. Ce ne fut pas la seule peine que lui causa le présidial; mais ce généreux prélat ne se vengea de toutes les injures qu'il eut à souffrir que par des politesses et des bienfait*.
Quoique M. de Saint-Luc chérît tous ses diocésains, il affectionnait d'une manière plus j urticulière son clergé et les communautés religieuses. Ses * dations avec ses prêtres étaient amicales; il les traitait av#€ simplicité et les recevait avec plaisir à sa table. Les jeunes gens qui montraient de la vocation pour l'état ecclésiastique trouvaient en lui un protecteur, un père, et il les aidait dans leurs éludes, lorsque leur défaut de fortune ne leur pei niellait pas d'en supporter les frais. Il encourageait les jeunes personnes qui se sentaient appelées à l'état religieux, et il eut la consolation de voir se consacrer généreusement à Dieu, dans la maison de retraite de Quimper, une de ses nièces, qui était une Âme d'élite, et qu'on pourrait appeler Une martyre, puisque ce fut la haine de la religion qui la fît périr, à Paris, sur I echafaud pendant la terreur. Les pauvres étaient aussi les objets de sa prédilection : il s'occupait avec intérêt de leurs besoins, et leur faisait des aumônes d'autant plus abondantes, qu'il s'était réduit lui-même pour la nourriture, le vêtement et l'ameublement, au plus strict nécessaire, et qu'il se regardait plutôt comme le distributeur que comme le possesseur des revenus de son évêché. Ces vertus étaient rehaussées par une vive piété qui se montrait dans toutes ses actions. Chaque fois qu'il allait aux États de Bretagne 1 ou qu'il en revenait, sa coutume était de s'arrêter à la Chartreuse d'Auray, pour y passer quelques jours dans le recueillement et la retraite. C'était là surtout qu'il puisait de
* Ils te tenaient tou« les deux am .
nouvelles forces dans la prière, et qu'il s'enflammait d'un nouveau zèle pour sa sanctification et l'augmentation de la gloire de Dieu, objets constants de ses désirs.
Tandis que M. de Saint-Luc remplissait ainsi son diocèse de la bonne odeur de ses vertus, une révolution terrible, depuis longtemps préparée par le vice et l'impiété, se disposait à éclater et à bouleverser l'Eglise de France. Ses premiers symptômes se manifestèrent en 1789, et les esprits imprévoyants les saluèrent comme l'aurore d'une ère de liberté qui devait ramener lâge d'or parmi nous. Le vertueux prélat, doué d'un esprit juste et solide, comprit promptement les dangers qu'allaient bientôt courir dans le royaume très-chrétien la religion et la monarchie ; aussi ne voulut-il prendre aucune part aux premières assemblées des notables, et rejeta-t-il toutes les dangereuses innovations qu'on cherchait à introduire dans l'État. Une longue maladie qu'il eut la même année, et qui le conduisit aux portes du tombeau, servit à montrer toute sa patience, et son rétablissement lui fournit une preuve touchante du vif attachement qu'avait pour lui le chapitre de Quimper. À peine relevé de sa maladie, M. de Saint-Luc eut à souffrir les persécutions des prétendus patriotes, qui voulurent exiger de lui des actes opposés à sa conscience et à ses sentiments politiques; mais, malgré leurs violences, ils ne purent le faire fléchir. Sa fermeté les irrita tellement, lors de l'arrivée du drapeau tricolore qu'il refusa d'aller recevoir dans sa cathédrale, qu'outrés de, dépit, ils excitèrent une émeute dans laquelle on criait à haute voix qu'il fallait le pendre. Ketiré dans sa chapelle pendant ce tumulte, le vénérable évêque conservait le calme et se tenait prêt à tout souffrir; il en fut quitte pour des menaces, qu'il pardonna si généreusement, que dès le même soir il reçut à souper chez lui plusieurs de ceux qui les lui avaient faites.
Le 23 septembre 1 790, H .de Saint-Luc fut saisi de la fièvre, après avoir pris lecture d'une lettre dans laquelle le confesseur du vénérable Benoît-Joseph Labre disait que ce serviteur de Dieu avait annoncé d'affreux malheurs qui devaient accabler la France. Le 25 du même mois, on lui signifia la
fameuse Constitution civile du clergé, qui a été si désastreuse pour l'Eglise gallicane. Cette signiûcation fut pour lui un coup de foudre ; et, en parlant de cette production impie, il dit plusieurs fois : c Voilà notre arrêt de mort. » Malgré son accablement, il voulut protester tout de suite contre cette usurpation du pouvoir spirituel dont s'était rendue coupable l'Assemblée nationale. Il le fit, et donna ainsi un exemple qui fut imité par plusieurs antres évêques. Sa maladie ne tarda pas à faire des progrès; bientôt ils furent tels qu'il perdit la connaissance et qu'il fallut lui administrer le sacrement d'extrême-onction, après la réception duquel il entra en agonie et rendit tranquillement son âme à Dieu, le 30 septembre 1790. 11 était âgé de soixantesix ans. Malgré le malheur des temps, ses obsèques, qui eurent lieu le 5 octobre, lurent très-solennelles. Il s'y trouva un nombreux clergé et beaucoup de peuple qui, dans cette triste circonstance, lui donna un dernier et éclatant témoignage de sa vénération. Son corps fut inhumé au bas de l'église cathédrale et près de la porte principale, ainsi qu'il l'avait demandé par humilité
Privée de son pasteur, l'Eglise de Quimper ne tarda pas à être livrée à un loup ravissant. Le chapitre, composé généralement d'hommes fermes et capables, les vicaires généraux surtout, firent tous leurs efforts pour le repousser; mais ils ne purent y réussir. M. de Saint-Luc n'avait pas eu avant sa mort le temps d'adresser sa protestation au procureur syndic du département ; ils se hâtèrent de remplir ses intentions et d'envoyer cette pièce importante; elle était propre à éclairer des hommes qui eussent cherché la vérité; mais ceux qui la reçurent ne voulaient pas être éclairés. Le chapitre ne se rebuta pas néanmoins; il fit une protestation le 19 octobre 1790. Les vicaires généraux adressè-
• Cet article est tiré d'un abrégé manuscrit de la vie de M. de Saint- Luc par M. lioissière, son secrétaire, mort chanoine de Quimper depuis le concordat de 1802. Cet ecclésiastique, à la prière de M. l'abbé Carrôn de Rennes, auteur bien connu, avait rédigé des Mémoires étendus sur son évêque. A l'époque de la déportation des prêtres il laissa ces Mémoires en France, cl il est bien à croire qu'ils on tété perd us. Pendant son séjour en Espagnc.et en consultant ses souvenirs, M. Boissière fit l'abrégé dont nous parlons. Nous devons cet abrégé à madame de Silgny, propre nièce de M. de Saint-Luc.
rent, le 26 octobre de la même année, une circulaire aux électeurs qui, contre toutes les règles canoniques, étaient appelés à élire un évêque constitutionnel ; et, lorsque cette prévarication fut consommée, ils écrivirent, le 17 novembre suivant, à l'élu schismatique pour lui représenter la nullité de son élection ; mais ils ne purent persuader un homme qui avait étouffé le cri de sa conscience pour n'écouter que la voix de son ambition *.
••fie faux pasteur était Louis -Alexandre Expilly, prêtre du diocèse de Léon, Né à Brest le 24 février 1742, il avait étudié à Paris et pris le grade de licencié en théologie. De retour en Bretagne, il fut nommé curé de Saint-Martin de Morlaix. Ayant entrepris de reconstruire son égli>e, il y réussit, en s'imposant des sacrifices personnels et en obtenant des secours du Parlement de Bretagne, ou peut être plutôt des Etats de la province. On le regardait comme un pasteur zélé ; mais les esprits clairvoyants remarquaient en lui un air composé qui leur paraissait être celui d'un homme qui cherchait à se faire une réputation. Ils ne lui trouvaient rien de cette simplicité chrétienne que produit la droiture d'intention. Député de Morlaix aux Etats généraux, il ne sut point se préserver de l'influence des mauvais principes qui ne tardèrent pas à prévaloir dans cette assemblée. Une fois engagé dans une fausse route, il ne recula pas ; au contraire, il suivit le torrent révolutionnaire, devint membre du Comité ecclésiastique, et s'y montra partisan des innovations. Le 31 octobre 1790, les électeurs du département du Finistère le choisirent, comme s'ils en avaient eu le droit, pour occuper le siège de Quimper. Il fut le premier des évôques constitutionnels qui reçut la consécration épiscopale. Cette cérémonie sacrilège eut lieu à Paris dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint- Honoré, le 24 février 1791. Un prélat, fameux de plus d'une manière, ne craignit pas de prêter son ministère pour cet acte criminel qui consomma le schisme dans l'Eglise de France. Expilly, qui avait le titre d'évêque du Finistère, se rendit à Quimper, bientôt après son sacre ; il y fut froidement accueilli, et ne put compter dans son troupeau que les révolutionnaires «t les indifférents. On le plaça plus tard à la tête de l'administration du département du Finistère, et il occupait ce poste, lorsque cette administration crut devoir se déclarer en faveur du fédéralisme, association qui avait pour but de renverser Robespierre et les autres terroristes, chefs du parti connu alors sous le nom de la Montagne. Cette tentative n'ayant pas réussi, ceux-ci se vengèrent de leurs adversaires en les faisant périr. Tous les membres de l'administration départementale du Finistère, au nombfe de quatorze, furent traduits devant le tribunal révolutionnaire de Brest, qui les condamna à mort * Leur exécution eut lieu le 21 juin 1794. Moins heureux que plusieurs autres prêtres schismatiques qui périrent à cette époque victimes de la révolution qu'ils avaient encensée, et qui, au moment de leur mort, rétractèrent leurs erreurs, Expilly persista dans son égarement. On dit qu'en
' * Lear perte «Était si bien réaoloe, que leurs fosses et lcun bières ëtaient faite* «tant que leur sentence fût prononcée.
- Pendant près de douze ans, le diocèse de Quimper se trouva privé d'un évêque catholique. Enfin le concordat
montant à l'échafaud, il s'écria qu'il voyait les deux ouverts*. Déplorable illusion ! qui ne tarda pas à être dissipée, si son cœur, au dernier moment, resta fermé au repentir !
Le schisme ne fut pas éteint dans le diocèse de Quimper par le trépas de celui qui l'y avait fait naître. Lorsque, après la terreur, ceux d'entre les constitutionnels qui n'avaient pas entièrement abjuré le christianisme et le sacerdoce purent se réunir, ils songèrent à soutenir leur parti chancelant, en envoyant de nouveaux évéo,ues intrus dans les villes qui avaient perdu les leurs. Yves-Marie Audrein fut, en^98, choisi pour entretenir le schisme dans son p.n s ; car il était né dJR ce diocèse en 1741. Après avoir été professeur au collège de Quimper, il devint préfet du collège de Louis-le-Grand à Paris, et ensuite vice-gérant de celui des Grassins. Avant la révolution, il avait débuté à Paris dans la prédication d'une manière h fixer sur lui l'attention de quelque* muni) es distingués du clergé et à leur inspirer un intérêt dont il se rendit bientôt indigne. Ayant embrassé avec ardeur les idées révolutionnaires, il devint vicaire épiscopal de l'évéque intrus du Morbihan, député de ce département à la Convention, après avoir été membre de l'Assemblée législative. Associé comme tel à des hommes qui, pour la plupart, étaient ennemis jurés de la religion, il partagea leurs idées et seconda leurs projets. En 1791, il proposa à l'Assemblée de retirer les collèges et l'instruction publique aux corporations enseignantes, afin d'obtenir un système d'éducation nationale. Son zèle patriotique le rendit dénonciateur de l'ambassadeur d'Kspagne en France à cette époque ; il le*signala à l'Assemblée comme étant lié avec les ennemis de la constitution. Non-seulement cet ambassadeur fut l'objet de ses déclamations, mais il invectiva aussi contre les prêtres insermentés, les appela perturbateurs et voulut les faire priver d'une partie de leur traitement. Envoyé avec quelques autres députés aux prisons pour y arrêter les massacres des 2 et 3 septembre t792, il en revint, aiusi que ses collègues» sans avoir pu ou voulu remplir leur mission. Audrein, oubliant tout à fait le caractère sacré dont il était revêtu, vota la mort de Louis XVI avec sursis. Il fut choisi pour examiner les papiers trouvés aux Tuileries. Après le règne de la terreur, ce mauvais prêtre parut revenir à des sentiments plus humains, et contribua, dit- on, à faire mettre en liberté l'illustre et infortunée princesse Marie-Thérè.*e de France, depuis madame la dauphine, qui, depuis trois ans, était privée de sa liberté. Le vote sanguinaire d'Audrein ne fut pas pour les constitutionnels un obstacle qui les empêchât de l'élever à l'éplscopat. Dans un conciliabule qu'ils tinrent à Paris en 1798, ils le nommèrent au siège de Quimper et le sacrèrent en cette qualité. Soit qu'il craignit pour ses jours oîtns un pays dont la masse de la population était loin d être révolutionnaire, soit qu'il remarquât peu d'empressement à le posséder, et qu'il sût bien qu'il ne trouverait en Basse-Bretagne qu'un très- petit nombre d'adhérent», il différa pendant deux ans de se rendre au poste que les schismttiques lui avaient assigné. S'y étant enfin déterminé, il se mit en route. Il se
* Nous avons appris celte particularité a l' époque mente de la mort d'Ex pi lly
publié en 1802 fit cesser celte trop longue vacance dit siège. Bonaparte nomma en 1802 à l'évêché de Quimper.
Claude ANDRÉ. II était né à Momluel, en Dauphiné, le 30 mai 1745, d'une famille honorable. Après avoir fait ses études ecclésiastiques avec succès et être parvenu au doc- , torat, il devint chanoine de l'église de Troyes et vice-gérant de l'officialité de ce diocèse. Il ne se souilla point à l'époque de la révolution par un serment sacrilège. On le désigna comme un ecclésiastique de mérite à Bonaparte, qui le choisit pour remplir le siège de Quimper. 11 semble que M. André avait un presseniiment des peines qui l'attendaient dans l'épiscoput; ce qui est cenain, c'est qu'il ne l'accepta qu'avec répugnance. Le 9 mai 1802, il fut sacré à Paris, dans l'église de Saint-Roch, par M.Ctimbacérès, archevêque de Rouen et depuis cardinal, assisté de MM.de Barrai, évêque de Meaux.etde Dtivalk-Dampierre, évêque de Clermont. Le nouveau prélat, ayant pris possession de son siège, ne tarda pas à éprouver les contrariétés les plus pénibles de la part de certains membres de l'autorité civile. A cette époque, les pluschauds partisans de la révolution occupaient encore presque toutes les places. Les circonstances avaient un peu comprimé la haine dont ils étaient animés contre la religion et ses ministres, et dont ils avaient donné tant de preuves ; mais elle était loin d'être éteinte, et ils laissaient rarement échapper l'occasion de la satisfaire. Ils s'appliquèrent donc à paralyser les bonnes intentions qu'avait M. André pour le bien de son diocèse.
trouvait entre Morlaix et Quimper, lorsque la* diligence dans laquelle il était fut arrêtée par une troupe de royalistes armés; le chef pria lé prélat constitutionnel d'en sortir, et lui demanda s'il n'était pas cet Audrein, député, qui avait voté la mort du roi. Celui-ci répondit fièrement oui. « Vous allez subir la peine du talion, » lui dit alors le chef; et en même temps H le fusilla. Cet événement arriva Je 21 no* vembre 1800.
Cet homme, que la révolution égara et conduisit k sa perte, n'était pas dépourvu de talent. Il avait fait imprimer, sous le titre de Recueil de discours à la jeunesse, ceux qu'il avait prononcés pendant qu'il était attaché au collège de Louis-le-Grand, et ce recueil est assez estimé. 11 est auteur d'une Apologie de la religion contre les prétendus philosophes, publiée en 1797. On a aussi de lui un Mémoire sur l'éducation, et un autre pour la défense de l'Eglise constitutionnelle.
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Rebuté de tant de difficultés, ii donna sa démission en 1804, et se retira à Paris. Le zèle dont il était animé ne lui permit pas d'être oisif dans sa nouvelle situation; il rendit de nombreux services au diocèse de Paris, qui, en 1807, fut privé de son premier pasteur, et qui resta de longues années sans archevêque. D'autres diocèses qui se trouvaient dans la même position eurent aussi recours à la complaisance de l'ancien évêque de Quimper. Dès la création du chapitre de Saint-Denis, en 1806, M. André en était devenu membre ; mais il ne profitait guère pour lui-même des revenus attachés à ce canonicat. Vivant très-simplement, il distribuait en aumônes tout ce qui ne lui était pas rigoureusement nécessaire, et s'imposait même des privations pour soulager les pauvres; aussi, à sa mort, ne laissat-il rien. Invité fréquemment à remplir diverses fonctions épiscopales, il s'y prêtait volontiers et avec beaucoup de complaisance. C'était lui qui faisait les ordinations à Paris. Il alla aussi à.Bourges en 1818 pour, le même objet, quoique sa santé fût déjà très -affaiblie ; elle devint bientôt de plus en plus chancelante; enfin, après quelques jours de maladie, il mourut à Paris, à l'âge de soixante-quatorze ans, le 25 août 1818.
Pierre - Vincent DOMBIDEAU DE CROUSE1LHES devint le successeur de M. André dans le siège de Quimper. Il était né à Pau, dans le diocèse de Lescar, le 49 juillet 1751. Il fit ses études à Paris, et fut ordonné pj.être par M. de Plan Desaugiers, évêque de Die, le 23 décembre 1775. M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, se l'attacha, lui donna un.eanonicat de sa cathédrale, le choisit pour un de ses vicaires généraux, et lui confia la charge de syndic du diocèse. Ce prélat, devenu depuis cardinal, ayant été transféré d'Aix à Tours en 1802, à l'époque de la publication du concordat, M. Dombideau le suivit avec le titre de vicaire général, et lui ferma les yeux en 1804. Il avait conservé beaucoup d'affection pour le cardinal de Boisgelin, et les relations aussi longues qu'intimes qu'il avait eues avec lui furent sans doute les motifs qui rengagèrent à publier une notice assez étendue sur sa vie, notice qui avait été écrite par le cardinal de Bausset, ancien vicaire
général de ce même cardinal, et qui parut Tannée de la mort de M. de Boisgelin. Il était du nombre des prêtres insermentés désignés à Bonaparte, en 1802, comme propres à Tépiscopat. Nommé évéque de Quimper peu d'années après cette désignation, il reçut du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, assisté de M. de Chabot, ancien évêque de Mende, et de M. André, ancien évêque de Quimper, la consécration épiscopale dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, le 21 avril 1805, en même temps que MM. Maurel de Mons, évêque de Mende, de Faudoas, évêque de Meaux, et Enoch, évêque de Rennes. Formé à l'administration des diocèses par un homme aussi habile que l'était M. de Boisgelin, M. Dombideau devait être un évêque capable, et le fut, en effet, par son esprit, son activité, son aptitude aux affaires, la sagesse de ses vues, son caractère conciliant dans ses rapports avec les autorités. Plusieurs maisons religieuses lui durent leur rétablissement ou leur conservation, et il parvint à assurer la stabilité à son séminaire. Il fit partie des prélats qui composèrent le concile de 1811. C'était un homme d'un extérieur avantageux, et qui, à un air grave, joignait beaucoup d'aménité dans le caractère. On dit que, peu de temps avant sa mort, l'archevêché de Rouen lui avait été offert et qu'il l'avait refusé. Le diocèse de Quimper perdit presque subitement ce respectable prélat. Depuis quelque temps il était sujet à des attaques qui faisaient craindre pour ses jours. Enfin, il fut frappé d'apoplexie dans la nuit du 28 au 29 juin 1825, et mourut aussitôt, à l'âge de soixantequatorze ans.
Mgr. Jean -Marie -Dominique DE POULPIQUET DE BRESCANVEL, né au château de Lesmel le 4 août 1759, d'une famille noble de Bretagne, a remplacé dans le siège de Quimper M. Dombideau de Crouseilhes. Ce prélat a fait ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice, et est docteur de Sorbonne. Il a été chanoine de la cathédrale de Léon et vicaire général de ce diocèse. A l'époque de la révolution il se retira en Angleterre, et en 1795 il fut du nombre des prêtres zélés qui se dévouèrent pour
donner les secours spirituels à l'expédition royaliste qui débarqua à Quiberon. Au moment du désastre de cette ex pédition,M. dePonlpiquetfut assez heureux pour se sauver et pour échapper ainsi à la mort cruelle que subirent bientôt ses respectables confrères. Rentré en France à l'époque du concordat, il devint membre du clergé de Quimper, diocèse auquel celui de Léon venait d'être réuni. M. Dombideau de Crouseilhes le choisit pour son vicaire général, et il a, pendant tout 1 episcopat de ce prélat, occupé ce poste important, que lui confia également le chapitre pendant là vacance du siège. Louis XVlll le nomma à l'évèché de Quimper le 12 septembre 1825. Le pape Léon X le préconisa le 4 mai 1824, et Mgr. de Quelen, archevêque de Paris* assisté de MM. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, et Millaux, évêque de Ne vers, le sacra dans son église métropolitaine le 13 juin suivant. Lorsque en 1827 on eut conçu le projet de rendre à la Sorbonne une partie de son ancien éclat en y rétablissant les études ecclésiastiques telles qu'elles étaient autrefois* M. l'évêque de Quimper fut appelé à Paris à cause de sa qualité de docteur, et fit partie de la commission qui devak s'occuper de réaliser ce projet. 11 officia à la fête célébrée à Quiberon à l'époque de l'inauguration du monument élevé à la mémoire des victimes qui périrent, soit dans ce lien* soit à Auray et à Vannes, Il est l'objet de la vénération de son diocèse, qn'H gouverne avec douceur. Quoiqu'il ait été battu par les orages révelntiortnaires, et qu'il soit déjà avancé en âge, il conserve ses forces, et I on peut lui appliquer l'éloge que l'Esprit saint fait de Caleb au livre de l'Ecclésiastique « : In senectute bona permansit illi virtus.
* Êtctt., tÂ. 46, t. M.
Cette ville est appelée par quelques anciens géographes Dariorigum, et par d'autres Venetum. Elle était la plus puissante de toutes les villes de l'Armorique, tant par les richesses que par la valeur de ses habitants. C'est le jugement qu'en a porté Jules César, qui ne dut qu'à sa bonne fortune la victoire qu'il remporta sur elle. Tout ce que les historiens en ont dit nous fait juger qu'elle n'était pas située à l'extrémité du Morbihan, comme elle l'est aujourd'hui, mais à l'entrée du Morbihan même, dans le lieu nommé Loc-Maria-Ker. Sa situation agréable et la bonté de son air lui ont souvent procuré la présence de nos ducs et de leurs parlements généraux.
Il paraît hors de doute que la foi a été prêchée dans le pays de Vannes dès le nie siècle, puisqu'une tradition certaine nous apprend que saint Clair, premier évêque de Nantes, est mort à Reguini dans le cours de ses travaux apostoliques. Mats la ville de Vannes fut-elle dès lors le siège d'un évêché, ou dépendit-elle d'abord de celui de Nantes? c'est une question qu'il est impossible de résoudre, faute de monuments historiques. Cependant il nous semble bien plus probable de fixer l'établissement de ce siège à la première moitié du ve siècle. C'est l'opinion la plus généralement répandue et que nous avons déjà adoptée ailleurs 2, fondés sur l'autorité du savant abbé Gallet, et du dernier Propre de Vannes.
Le diocèse de Vannes était autrefois borné au nord par ceux de Quimper et de Saint -Brieuc, à l'est par ceux de
1 En breton Gwenet et Gouenet. Le diocèse de Vannes, diaecesis Vemetensis.
* Voyez la ?ie de saint Patern, ries des Saints de Bretagne, t. 1".
Saint-Malo et de Nantes, au midi par la mer, et à l'ouest par celui de Quimper. Lors de la nouvelle circonscription faite en 1801, il perdit tout le canton de Redon, réuni à Rennes, et trois paroisses attachées à Saint-Brieuc; il acquit toute la partie méridionale du diocèse de Saint-Malo, entre autres, les villes de Josselin et Ploermel, plusieurs paroisses de Quimper, et de plus La Roche-Bernard, ainsi que les paroisses environnantes. L'ancien diocèse de Vannes avait cent soixante cures et trente-neuf [trêves ou succursales; il comptait dans son territoire deux collégiales, quatre abbayes d'hommes, Redon, Langonet, Prières et Lanvaux, une de femmes, celle de la Joie, et quatorze prieurés à nomination royale. La ville de Vannes était divisée en quatre paroisses qui étaient celles de Saint-Pierre dans la cathédrale, de Saint-Patern, de Notre-Dame-du- Mené et de Saint-Salomon ; les deux dernières sont aujourd'hui supprimées. Elle renfermait dans son enceinte un grand séminaire, quatre couvents d'hommes, six de femmes et deux hôpitaux, celui de Saint-Nicolas pour les malades, et celui de la Garenne pour les enfants et les vieillards. L'église cathédrale, dédiée à saint Pierre, a été construite à différentes époques ; elle représente une croix latine et n'a qu'une nef sans bas-côtés ; elle n'a été voûtée que dans le xvmc siècle, aux frais d'un évêque de Vannes, M. Fagon, qui donna une forte somme pour cet objet. Au chevet de cet édifice est une belle chapelle de construction moderne, dédiée à saint Vincent Ferrier. Un autre autel, placé dans la croisée du côté de l'Evangile, est aussi dédié au même saint, et devant cet autel on voit son tombeau de marbre noir, élevé d'environ cinq pieds au-dessus du sol. L'église cathédrale de Vannes célébrait autrefois le troisième dimanche d'octobre l'anniversaire de sa dédicace. Son chapitre était composé d'un archidiacre, d'un trésorier, d'un grand chantre, d'un scolastique, de quatorze chanoines et d'un bas chœur dans lequel se trouvaient quatre archiprêtres. Les dignités et les canonicats étaient à la nomination alternative du pape et de l'évêque. Celui-ci était seigneur d'une partie de sa ville épiscopale et jouissait d'un
, revenu annuel d'environ quarante mille livres. Le nouveau diocèse de Vannes est borné au nord par celui de Saint- Brieuc, à Test par ceux de Rennes et de Nantes, au midi par la mer, et à l'ouest par celui de Quimper. Il comprend trente-sept cures et deux cent trois succursales.
GRAND SÉMINAIRE
Ce fut le zèle de deux grands serviteurs de Dieu, qui, dans le xvne siècle, procura au diocèse de Vannes le séminaire qu'il possède. M.Eudo de Kerlivio, vicaire général, avait, dès l'année 1665, provoqué cet établissement, dans une réunion du clergé, à la suite de laquelle on avait acheté de M. Gibon, seigneur du Grisso, la maison noble de Gouessial, avec son jardin et un pré, pour la somme de sept mille livres. Plus tard, ce vertueux prêtre, secondé par le P. Huby, célèbre jésuite, ayant construit le séminaire, il en ût l'ouverture en 4680. Gette maison fut d'abord dirigée par des prêtres du diocèse, et M. de Kerlivio y eut le premier le titre de supérieur. M. Blanchet, docteur de la Faculté de Paris et chanoine de la cathédrale de Vannes, lui succéda en cette qualité, et rendit au séminaire de grands services tant pour le spirituel que pour le corporel. Après lui vint M. Lecamp, également chanoine de la cathédrale. En 4702 M. d'Argouges confia la direction du séminaire à la congrégation de la mission de Saint-Lazare, qui l'a conservée jusqu'en 4853, époque à laquelle les membres de cette respectable société ont cessé de le diriger. Depuis ce moment cet établissement est tenu par des prêtres du diocèse. L'église de Notre-Dame du-Mené,qui y est attenante, et qui lui sert de chapelle, était autrefois une église paroissiale, et c'était toujours un lazariste qui en était le curé.
COLLÉGIALES
Celle de Rochefort devait son établissement au célèbre maréchal de Rieux, tuteur de la reine Anne, qui fit célébrer l'office canonial d'une manière régulière dans l'église de la Tronchaie, succursale de cette petite ville, autrefois dé-
pendante pour le spirituel de la paroisse de Pluherlin. Le fils du maréchal continua cet acte de piété, et afin de lai donner une stabilité qu'il n'avait pas eue jusqu'alors, SI fonda, le 1er juin 1527, une collégiale composée d'un doyen, un chantre, cinq chanoines, quatre chapelains et deux en* fanis de chœur. 11 ne se réserva que la présentation du doyenné, et laissa la collation des prébendes au chapitre qu'il dota.
Celle de Guémené eut pour fondatrice Marie de Rohan, dame de Guémené et de Montbazon, secondée par Louis de Rohan son fils. Cette dame érigea en 1529, en vertu d'une bulle du pape Clément VH, l'église paroissiale de Guémené, nommée Notre-Dame- de-La-Fosse, en collégiale, lui donna nn prévôt, six chanoines, quatre chapelains et six manuels. Cette érection fut approuvée et confirmée par le vicaire général de Laurent Pucei, alors évéque de Vannes.
II y a eu une troisième collégiale dans le diocèse de Vannes; c'était celle de Saint-Michel-du-Champ, fondée en 1380 par Jean de Montfort sur le lieu même où il triompha de Charles de Blois dans la bataille qui se donna entre les armées des deux princes près d' Aurai le 29 septembre 1364. Cette collégiale était composée de huit chanoines. Ils furent remplacés par les Chartreux en 1480.