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CATALOGUE HISTORIQUE DES ÉVÊQUES DE VANNES

Saint PATERN, Tr du nom, appelé aussi T ATHÉE, mot qui signifie en breton la même chose que Paternus en latin, est le fondateur de l'église de Vannes. 11 fut tiré de la solitude dans laquelle il vivait pour monter sur ce siège récemment établi par Conan Mériadec. Ce saint prélat eut beaucoup à souffrir de la persécution des méchants, et se vit contraint de quitter sa ville épiscopale. Il retourna dans sa solitude, et y mourut dans un âge avancé, environ l'an 448.

Saint PATERN, IIe du nom, fut sacré en 465, dans sa

Îropre église, par saint Perpétue, archevêque de Tours, es évêques assemblés pour cette cérémonie dressèrent,

sur la discipline ecclésiastique, quelques canons qui ont éic publiés sous le nom de concile de Vannes. Saint Pal ern mourut vers la fin du ve siècle, après avoir eu, comme son prédécesseur, de grandes contradictions à souffrir de la, part de quelques-uns de ses diocésains.

Les anciens catalogues lui donnent pour successeur* ; t

Saint DOMINIQUE, HAMON,

Saint CLÉMENT, MABONt

Saint AMAND, Saint COMMEAN,

Saint SATURNIN, DILES,

Saint GUINNIN, KENMONOC,

Saint IGNOROC, Saint JUSTOC,

RENAUD, JAGU,

SUSANNUS, GALGON,

JUNGUEHEL, BILI,

BUDOC, LUCTHUARN,

Saint HINGUETEN, CUNADAN,

Saint MÉRIADEC, BLINLIVET, i

Saint MELDROC, Et AURISCAND,qui vivait

sur la fin du Xe siècle.

Mais il est évident, par ce que nous allons rapporter, que ce catalogue est très-défectuenx, et qu'il a été altéré par les copistes ; ainsi nons nous arrêterons seulement à ceux dont il nous reste quelques vestiges dans la tradition.

MODESTUS souscrivit, en qualité d'évêque de Vannes, au concile tenu à Orléans en 511 a.

Saint GUENNIN nous est connu par les anciens calakr gues et par le Propre de son église, qui fait sa fête le 19 d'août.

MAGLIAU tint le siège de Vannes par nécessité plutôt que par vocation6. Fils de Hoël, Ier du nom, roi de Bretagne, il embrassa d'abord l'état du mariage et eut deux

« Labbe, t. 4, Concil

à Greg. Turon., lib. 4, cap. 4 ; lib. 5, cap. 16. Martène, t. Col {. Us. p. ©35.

enfants. Menacé (Tune mort certaine par Canao, son frère, il abandonna son épouse et se retira à Vannes, où il se fît couper les cheveux. Le siège ayant vaqué, il eut assez de crédit pour se faire élire et sacrer évêque ; mais Canao étant mort en 560, il s'empara de ses États et reprit son épouse. Cette démarche scandalisa tous ses sujets, et surtout les évêques, qui l'excommunièrent. Macliau méprisa leurs censures, et joignit le parjure à l'impiété. Il avait juré une fidélité inviolable à BorJic, son frère, et à ses descendants. Bodic avait été tué par Canao et avait laissé un fils nommé Théodoric. Macliau, devenu maître du pays, chassa Théodoric et s'empara de son apanage. Théodoric, après avoir longtemps erré, trouva du secours, attaqua Macliau et le fit mourir avec son fils Jacob, en 577. Telle fut la fin de ce prince, qui n'avait embrassé l'état ecclésiastique que pour sauver sa vie.

ENNIUS, EUNIUS ou ERN1US, paraît avoir été le successeur de Macliau dans le siège de Vannes ". H fut député par Waroch, fils de Macliau, vers le roi Chilpéric, qui, bien loin de l'écouter, l'envoya en exil. Les Bretons, piqués de la conduite du roi de France, s'emparèrent du comté de Rennes. Chilpéric, pour arrêter les conquêtes des Bretons, rappela Ennius et l'envoya à Angers, à condition qu'il ne retournerait point à son église. Cette conduite ne satisfit point les Bretons, qui continuèrent la guerre et ravagèrent le comté de Nantes. Après cette expédition, Ennius alla à la cour de France pour y solliciter la permission de retourner à son église. La Chronique de Tours, qui nous fournit cet article, ne nous en apprend point la suite. '

H EGAL I S est indiqué comme évêque de Vannes par Grégoire de Tours *, lorsqu'il parle du traité de paix fait vers l'an 590, entre Waroch, comte de Vannes, et Ebrachaire, comte des Marches de Bretagne. , '

JUDOC ou BUDOC est honoré comme saint le 9. dé-

'* Martène, t. 5, ColUct. Ms., p. 939. Greg. Turon., lib. 5, cap. 25. »Greg. Turon., lib. 1, cap. 9 Le P. Albert. Mém. de Bret. Ms.

DIOCÈSE DK VANNES. 155

cembre dans son église. Le martyrologe parisien en fait aussi mémoire au même jour, et ûxe à l'an 657 l'époque de sa mort ; mais il n'a pour garant de la vérité de cette date que le P. Albert le Grand, qui n'est pas une autorité

Saint HINGUETEN gouverna l'église de Vannes vers le commencement du vu* siècle. Ce fut lui qui admit dans le clergé saint Mériadec, son successeur. On croit que saint Hingueten est le même que saint Guenganton ; il ne reçoit aucun culte dans le diocèse de Vannes; mais il est patron d'une paroisse du diocèse de Rennes nommée Saint-Ganton.

Saint MÉRIADEC tient un rang distingué parmi les saints évêques de Vannes. Sa fête est marquée au 6 juin dans le Propre moderne de cette église. Le P. Albert a mis la mort de saint Mériadec 'en 656 ; si ce n'est pas la véritable époque de sa mort, c'est au moins le siècle où il vivait fl.

Saint GOBRIEN mourut le 3 novembre 725, suivant le Propre de son église. Il pourrait bien être le même que saint ChomeanuSy dont il est parlé dans les anciens catalogues *. • '•■

Saint CADOC c est nommé évêque et martyr dans le Propre de son église. Sa fête se célèbre le 21 septembre.

Saint 6ILI ou B1LCI est reconnu pour évêque de Vannes dans le Propre de son église. On en fait mémoire comme d'un martyr, le 25 juin.;

AGUS d gouvernait l'église de Vannes sous le règne de Cbarlcmagne, selon une charte de l'abbaye de Redon.

ISAAC f était évêque de Vannes la trentième année du règne de Charlemagne, c'est-à-dire en 797, et vivait encore en 814, selon quelques actes insérés dans le Cartulaire de Redon. ;j .

« Voy. Vies des Saints de Bretagne, t. 2.

« Grcg. Turon., J. 1, c 9. Le P. Albert. JAêm. de Bretagne Ms.

<*,Cartuï, de Redon.

i f ■ . I ? • I t { . I . . m* ta - * tl

WINHAELHOG « tenait le siège de Vannes en 820, et mourut la môme année.

RAGMARD succéda au précédent, et fut sacré en Saint Gonvoion, célèbre fondateur de l'abbaye de Redon, embrassa, par ses sages conseils, l'état ecclésiastique et il lui conféra le diaconat. Ce prélat souscrivit à une donation faite en 854 au monastère de Redon par le comte Nominoé.

SUSAN * occupait le siège de Vannes la vingt-cinquième année du règne de Louis le Débonnaire, c'est-à-dire en 838. 11 réconcilia, le 30 septembre 443, l'église de Saint- Pierre de Nantes, qui avait été profanée par les Normands. Accusé en 847 de simonie, il fit le voyage de Rome avec Félix, évéque de Quimper, et saint Gonvoion, abbé de Redon, pour consulter le pape Léon IV sur plusieurs questions. Le pape répondit à tout conformément aux saints eu nons, et déclara que les évêques qui recevaient de l'argent ou des présents pour les ordinations devaient être déposés par le concile provincial. Comme les deux prélats n'avouèrent point leur faute devant le pape, le jugement rendu par le saint Siège ne fut que conditionnel. A leur retour, Nominoé, instruit par Gonvoion de ce qui s'était passé à Rome, assembla tous les évêques àCoetlou. Les simoniaques, pressés par les remords de leur conscience et par les menaces, avouèrent leur faute devant tout le monde, quittèrent les marques de leur dignité, et sortirent de l'assemblée. Après cet aveu public de leur faute, ils se retirèrent en France, où ils finirent leurs jours* Susan vivait encore lors de la tenue du concile de Soissons, c'est-à-dire en 865.

COURANTGEN 1 fut nommé en la place de Susan, ou par Nominoé, ou par le clergé de Vannes. Fait prisonnier par les Normands en 854, il ne recouvra sa liberté qu'au printemps suivant. Une charte de Redon nous apprend

« Gart. de Redon.

à Martène, t. 3. Anecdot., p. 833-840. Me m. de Bret. Ms.

• 11 parait s'être demis, suivant un acte imprimé, col. 300 du t.

DIOCÈSE DE VANNES. i&&

qu'il vivait encore en 869, lors de la mort de la reine Vembrit.

DILES fut le successeur de Courantgen, selon un acte du Cartulaire de Redon.

KENMONOC ou KEMUNOC gouvernait l'église de Vannes en 878 et 888. Le pape Jean Y11I lui écrivit une letire, qui s'est conservée jusqu'à nos jours, pour lui apprendre qu'un homicide ne pouvait pas exercer les fonctions du sacerdoce. Cela suppose que notre prélat n'étail pas fort instruit de la doctrine des saints canons.

B1LI succéda à Kenmonoc. I! est fait mention de cet évéque dans les actes de Redon datés de 891, 895 et 908.

BLENLIVET ou BLENUGUET « souscrivit à la fondation du prieure de Batz, faite par le duc Alain Barbetorte, en faveur de l'abbaye de Landevenec. Il mourut en odeur de sainteté, et son corps fut transporté à Saint- Julien de Tours pendant les dernières guerres des Normands.

AURISCAND ou ORSCAND b fit, en 970, le voyage d'Angers pour y conférer avec le comte Geoffroi de plusieurs affaires. Après les avoir terminées, il visita le tombeau de saint Aubin , dans un faubourg de la ville, et fit présent à ce saint d'une saline située à Saillé, dans le diocèse de Nantes.

JUDICAEL permit, en 1008, ù Félix, religieux de Fleuri, de rétablir les monastères de Ruis et de Locminé. Il était fils de Conan le Tort, comte de Rennes, et d'Hermengarde d'Anjou, frère de Geoffroi, Ier du nom, duc de Bretagne, et de Gatuallon, abbé de Redon. Ce fut sans doute en considération de ce dernier que Judicael rendit aux religieux de Redon la juridiction épiscopale qui leur avait été donnée par Susan et Courantgen, ses prédécesseurs, mais qu'ils avaient perdue pendant les ravages des Normands, 11 souscrivit à la fondation de Saint-Georges de Rennes en 1032, et mourut le 43 juin 1037.

a Sœc. v, Bénédictin., p. 134.

>\Act. de Bret.t t. |<r, col. 348.

BUDIG fut sacré en 1057, et se trouva, la même année, témoin de la donation de l'île nommée Tanguethen, que fit aux religieux de Quimperlé Huelin, seigneur de lien nebond. Ce prélat mourut en 1065, suivant MM. de Sainte- Marthe.

MAINGUI as fils de Josselin, comte de Porhoët, était évêque de Vannes en 1066, selon plusieurs chartes datées de cette année. Il fut présent à l'acte de fondation du prieuré de Sainte-Croix de Josselin, faite par Josselin, vicomte de Porhoët. Il donna aux religieux de l'abbaye de Quimperlé tout ce qu'il possédait dans la paroisse de Radenac comme évêque de Vannes, en échange d'un cheval et de soixante sous, à la condition que ces mêmes religieux lui donneraient à diner ou à souper une fois chaque année. Il souscrivit au concile tenu à Bordeaux en 1068, et vivait encore en 1082, année dans laquelle il souscrivit une charte contenant plusieurs donations faites par le comte Hoel aux religieux de Quimperlé.

MORVAN *, archidiacre de Vannes, monta sur le siège de cette église après la mort de Maingui. Il fut un des juges du différend que les religieux de Redon eurent en 1089 avec les chapelains du duc Alain Fergent, pour la célébration des divers offices en la présence de ce prince. On le ▼oit au nombre des évêques et des abbés qui assistèrent aux funérailles d'Emme, comtesse de Porhoët, morte en 1092. On lit son nom dans l'acte d'une fondation faite par Eudon, vicomte de Porhoët, pour augmenter le prieuré de Sainte-Croix de Josselin. Il fut un des prélats auxquels Gérard, évêque d'Angoulême et légat du saint Siège, écrivit en 1117 pour leur annoncer l'excommunication de l'abbé de Redon, qui refusait de rendre Belle-Ile à l'abbé de Quimperlé; et lorsque le duc Conan, qui soutenait l'abbé de Redon, restitua cette île, Morvan en fut un des témoins* Le pape Callixte II lui adressa, ainsi qu'à l'évêque de Nantes, un bref relatif à cette affaire. Il souscrivit au concile tenu à Tours, en 1096, par le pape Urbain II, et à

« Martène, t. 4. Jnecdot., p. 93.

b Jet. de Bret.t t. 1er, passim. Spicil., t. 6, p. 24.

la fondation des chanoines réguliers de Saint-Médard de Doulon en 1105. Le dernier acte connu de son épiscopat est la fondation du prieuré de la Nouée, qu'il conseilla à Alain, vicomte de Rohan, de faire dans ses domaines. La Chronique de Ruis met sa mort en 1128.

JACQUES a fut sacré en 1128, et mourut en 1132, suivant la Chronique de Ruis. On voit dans les archives de Marmoutier une charte de cet évêque, qui ratifia la donation des dîmes de Querdin faite aux Bénédictins de Josselin par Morvan, son prédécesseur. Elle est datée de 1129.

YVES6 fut élu Fan 1152. 11 assista» en 1155, au concile tenu à Redon par Héribert, archevêque de Tours, et plusieurs évêques de Bretagne, pour s'opposer aux entreprises iniques de Raoul, baron de Montfort. Ce prélat mourut l'an 1137.

EVEN est désigné comme évêque de Vannes dans une charte de Marmoutier, datée du 31 décembre 1137. Cette charte fut dressée dans le chapitre même de l'abbaye, où le prélat était présent. Il y a apparence qu'il s'était transporté à Tours pour y recevoir la consécration épiscopale des mains de l'archevêque. Sa mort est marquée sous l'an 1143, dans la Chronique de Ruis.

RUAUD ou ROUAUD, religieux deCîteaux et premier abbé de Lanvaux, fut élu et sacré en 1143. II assista quelques mois après à la fondation de l'abbaye de Buzai et à la dédicace de l'église de Saint- Julien du Mans. En 1158, il donna l'absolution à Eudon de La Rochebernard, pour l'excommunication que ce seigneur avait encourue en enlevant les hommes et les bestiaux de l'abbaye de Redon. Il mourut le 26 juin 1177, selon le Nécrologe de son église et la Chronique de Nantes. C'était un homme d'une grande sainteté et d'une régularité remarquable. Il fut enterré dans

« Aet, de Bret., t. l,r.

• Noua pensons que cesdKnies sont celles de Crédio, paroisse do diocèse de Vannes. , .

* Mém. de Bret. âis.

t$8 L'ÉGLISE DE BRETAGNE.

le sanctuaire de l'église de Lanvaux, qu'il avait fait bâtir K

GEFFROI succéda dans le siège de Vannes au vénérable Rouaud, et mourut la même année, suivant la Chronique de Ruis. Après la mort de GefFroi, le siège vaqua pendant cinq ans, sans qu'on en sache la raison. Il ne nous reste sur cette matière qu'une lettre écrite à Juhel, archevêque de Tours, par Alain, trésorier de Vannes, pour lui demander un bon évêque.

GUITHENOC ou GUEHENOC «, archidiacre de Rennes, reçut la consécration épiscopale en 1011, selon la Chronique de Robert, abbé du Mont-Saint-Michel. Il est nommé entre les prélats qui assistèrent à la dédicace de l'église de Mellerai, en 1183; à l'assise du comte Geoffroi, en 1185; et aiix obsèques de la duchesse Constance, en 1203. Dans le règlement qu'il fit pour son chapitre, en 1218, il ordonna que les fruits des prébendes vacantes seraient employés à payer les dettes des chanoines défunts, et que le reste serait distribué aux pauvres. Il mourut le 18 avril 1222, «uivant la Chronique de Ruis ; mais, si son auteur ne s'est point trompé, il faut que Guethenoc se soit démis quelque

1 L'inscription mise sur son tombeau est conçue en ces termes :

Hâc sunt in Fossâ Rozandi presulis ossa, Dùm vint gentis curam Venetensis habentia. Fratribus in parte vixit, blc illius a rte, Quando Christum laudat, cœlica concio laudat.

Ce tombeau fut, en 1740, couvert d'un parquet sur lequel on mit 1» inscription suivante :

Hic jacet Beatus in Christo pater Domnos Rotaldus , tir sumœe sanct i tatis Et rigida? justitiae, Hujus cœnobii primus abbas et rector,

Episcopus tùm Venetensis, Qui post multa virtutum monumenta

Laudabiliter édita Anuo Domini 1177, die verô 26 junii

Obdormiv i t in Domino Et in hâc, quam condiderat, ecclesiâ Sepeliri votait.

• Jet. de Bret., 1. 1", passim.

temps avant sa mort, car on trouve on autre évêque de Vannes en 1222.

ROBERT tenait le siège de Vannes en 1220, suivant quelques notes des abbayes de Marmoutier et de Lanvaux. Il confirma, l'an 1222, la fondation dé l*abbaye de Bonrepos à la prière d'Olivier, vicomte de Rohan. Ce seigneur ayant pris la croix en 1226, contre les Albigeois, fit son testament, dont il laissa l'exécution aux évéques de Vannes et de Qùimper. On ignore le jour et l'année de la mort de Robert. Il y a apparence qu'il se démit quelques années avant sa mort, et qu'il se retira dans l'abbaye de Landais, au diocèse de Bourges, il y était en 1232, selon une charte de cette abbaye : Actum prœsente Roberto episcopo Venetensi, qui tune in monasterio commorabatur a.

GUILLAUME, évêqué de Vaanes, et Guillaume, archidiacre de Penthièvre, jugèrent, en 1252, le différend que Guillaume, seigneur de Pouence, avait avec Raoul de Montfort et Domette de Pouencé, son épouse, touchant les quarante livres de rente promises en mariage à cette dame par Geoffroi de La Guèrche, leur père.

CADIOC fut èîù et sacré en 1252 *. Un des premiers actes de son épiscopat qui soient connus fut d'accepter la fondation d'un hôpital à Pontscorf. Il en donna acte sur le lieu même le samedi après la fête de saint Turiaf 1155. On le choisit en 1156 pour être l'un des arbitres du différend qui s'était élevé entre 1 evêque de Quimper et l'abbé de Landevenec. Il baptisa, en 1258, Jean de Bretagne» fils àlné du duc Jean le Roux et de la duchesse Blanche de Champagne. Ce prince travaillait alors à renverser les immunités ecclésiastiques, entreprise qui lui attira l'indignation du clergé. Les évéques s'en plaignirent au pape, qui menaça le duc d'excommunication. Le duc méprisa ces menaces, et fit saisir, en 1249, les regaires de l'évêque de Vannes ; mais il les lui rendit l'année suivante pour l'engager à approuver la fondation d'nn nouveau monastère

a Gallia christ., t. 2, p. 202.

à Act. de Bret., etc. Mém. Ms.

dans son diocèse : c'était l'abbaye de Prières que le duc et la duchesse firent bâtir dans la paroisse de Belair. Les édifices ayant été achevés en 1252, Cadioc y introduisit les religieux de Buzai, la veille de la Toussaint. Il fit son testament en 4254, et légua quinze sols de rente à son chapitre pour la rétribution d'un anniversaire. Sa mort est marquée au 45 mai 4254, dans les obituaires de Lande venec "et de Daoulas.

Guillaume DU QUELENEC \ diacre de l'église de Vannes, fut élu le lundi avant la fête de saint Jean-Baptiste, en 4254. Il ne tint le siège que deux mois, étant mort le 26 août de la même année, suivant le nécrologe de son église.

ALAIN approuva et ratifia en 4261 une donation faite à l'abbaye de Bonrepos par Josselin de Rohan.

Gm DE CONLEU* consacra, le 34 mai 4265, l'église des Frères-Mineurs de Vannes, et mourut le 51 octobre 4270.

Le siège vaqua près de cinq ans; il n'était pas encore rempli en 4274, suivant une transaction passée entre l'abbé des Prières et Nicolas de La Haye-Derrien, en présence de l'official de Vannes, $ede epitcopali vacante.

• PIERRE * est indiqué comme évêque de Vannes dans une charte de l'abbaye de Marmoutier, datée de 4276,

Hervé BLOC occupait le siège en 1281 , époque à laquelle il munit de son sceau un accord passé entre l'abbesse de la Joie et Hervé de Léon. 11 est désigné entre les exécuteurs testamentaires du duc Jean le Roux, et mourut le 22 mars 1S87. Des actes lui donnent le nom de Hervé; mais il est nommé Henri dans le testament dn duc et dans le nécrologe de son église, où sa mort est rapportée en ces termes : XL Kalendas Aprifo anno 4286, obiit Henricus dictus Bloc, homo mirœ simplicitatis qui dédit canonicis 20 solido» iuper terrâ de Keraer.

1 D. Morice le nomme de Quelen ; mais c'est une erreur. 11 est appelé du Quelenec par le P. Albert le Grand, qui donne à cet é?êque des armoiries différentes de celle de la famille de Quelen.

« Mém. Ms.

o Gai. christ., Sammart.

HenrX TORE fut élu en 1287, mois de juin, et subrogé à son prédécesseur, pour l'exécution des dernières volontés du duc Jean le Roux. On ignore Tannée de sa mort; il vivait encore en 1306, suivant une quittance conservée au château de Nantes.

YVES est indiqué comme évêque de Vannes dans la présentation d'une chapelle, dont l'acte est daté de Tan 1310.

Jean LE PARISI tenait le siège en 1312, et fut un des exécuteurs testamentaires du duc ÂrturIL Jean III, (ils et successeur de ce duc, porta contre lui et les autres exécuteurs testamentaires des plaintes au pape Clément V, qui résidait à Avignon, parce qu'ils surchargeaient, dit-il, le testament de dépenses superflues et exorbitantes. Le souverain pontife en écrivit en 1312 à Robert d'Harcourt, évêque de Contances, et à Geoffroy, archidiacre, pour qu'ils eussent à s'informer de la vérité des faits et à accorder les parties. Jean mourut le 20 janvier 1334, suivant l'obituaire de Vannes. Silvestre le Parisi, son frère et son archidiacre 9 fonda un anniversaire pour le repos de son âme.

Geopfroi DE SAINT-GUEN fit sa soumission à la chambre apostolique le 13 mars 1339. Il était évêque dès l'an 1334, suivant le testament de Guillaume de Marsen, fondateur de la chapelle du même nom.

ALAIN ratifia, en 1356, une donation faite à l'abbaye de Prières par Olivier de La Roche, chevalier.

Gautier DE SAINT-PÈRE visa, en 1357, une donation faite au prieuré de Montreuil, membre de l'abbaye de Saint-Meen. On ignore l'année de sa mort; le jour en est marqué le 1er juin dans le nécrologe de Saint -Pierre de Rennes.

Jean DE LOCMINÉ, archidiacre de Vannes, et élu de la même église, obtint, en 1559, l'investiture du roi d'Angleterre, qui était alors maître de la Rretagne, comme protecteur de Jean de Montfort.

Geoffroi DE ROHAN a, fils d'Olivier, vicomte de Rohan,

» Me'm.

et de Jeanne, vicomtesse de Léon, paya les droits de la chambre apostolique W3 novembre 1361. Il donna quittance au duc et à ses officiers, le 11 janvier 1362, pour tous les dommages et dégâts qu'ils avaient faits sur les biens de son église C'est le premier évéque de Vannes qui se soit intitulé : Dei et sanctœ sedù apostolicœ gracia episcopus. Il fut transféré à Saint-Brieuc en 1391.

Jean DE MONSTRELAIS a, chanoine de Tours, fut élu en la place de Geoffroi de Rohan. Il signa le traité de Gûerrande, fait en 1380 entre Charles VI, roi de France, et Jean IV, duc de Bretagne, et fut un des témoins devant lesquels ce duc fit serment de garder ce traité. Jean de Montretais permuta Tannée suivante avec Tévêque de Nantes.

Simon DE LANGRES *, évéque de Nantes, fut, en conséquence de sa permutation, transféré à Vannes, en 1582. Il fit sa soumission à la chambre apostolique le 27 février 1383, et se démit, en 1384, en faveur de Henri le Barbu, à cause de ses infirmités.

Henri LE BARBU, abbé de Prières, fut mis en possession du siège de Vannes, l'an 1384, par Thomas, archevêque de Naples et légat du saint Siège en Bretagne. On le voit, dès la même année, au nombre des conseillers du duc, lorsque ce prince saisit les biens de Jeanne, comtesse de Penthièvre, qui l'avait si indignement traité. Il ratifia, en 1387, le douaire accordé à la duchesse Jeanne de Navarre, et assista aux Etats de Nantes en 1389. Pourvu de la charge de chancelier, il accompagna le duc à Tours en 1391, et fut témoin de l'accord fait entre ce prince et le connétable dè Clisson. Transféré à Nantes au mois de mai 1404, il tint quinze ans ce dernier siège, et mourut le 17 avril 1419.

Hugues LESTOQUER, évéque de Treguier, fut transféré à Vannes en 1404, par l'antipape Benoit XIII, et Obtint mainlevée de son temporel le 18 novembre de la même année. Il reçut, quelques mois après, une lettre du

« Maao,p. 161. Act. de Bret., t. 2, col. 802. b Rtgist. consist.

pape qui lepriait de se rendre auprès de sa personne pour l'aider à extirper le schisme; mais il s'excusa de faire ce voyage. Il est indiqué comme chancelier de Bretagne et confesseur du duc dans un registre de la chancellerie, qui commence au 10 mars 1406. Sa mort arriva le 10 octobre

àmauri DE LA MOTTE * fut élu à la place du précédent et sacré par Hamelin Du Breuil, archevêque de Tours. Le pape Alexandre V le recommanda au duc paf un bref daté de la première année de son pontificat * c'est-à-dire de l'an 1409. Ce fut lui qui reçut à Vannes saint Vincent Ferrier. Amauri assista aux funérailles de ce saint le 5 avril 1418, et fut transféré à Saint-Malo en

Jean VAUD1RE, né dans la paroisse de Merléac, près d'Uzel, religieux dominicain du couvent de Morlaix, devint confesseur du duc Jean V, puis évêque de Léon, et fat transféré à Vannes le 18 novembre 1455 par le pape Eugène IV. Son église tombant en ruines, il en fit réparer la meilleure partie, et construire les chapelles de Notre- Dame et de Saint- Léon, de concert avec le chapitre. Ce prélat, surnommé aussi de Saint-Léon, éleva, auprès de la maison de ses parents, une chapelle en l'honneur du grand pape dont il portait le nom. Ce fut lui qui bénit à Aurai, en 1442, le mariage de François Ier, duc dé Bretagne, avec la princesse Isabeau d'Ecosse. 11 mourut en 1444, et fut inhumé dans la chapelle de Notre-Dame, où l'on voit encore son tombeau.

Yves DE PONTSAL*, issu d'une famille noble de la paroisse de Plougouvelen, dans le diocèse de Vannes, embrassa d'abord la règle de saint Dominique. Jean de Validire, ou de Saint-Léon, l'admit dans son chapitre et lui confia la trésorerie. 11 succéda à ce prélat en 1444, et fit les funérailles du duc François Ier dans l'église de Redon, en 1449. Le grand nombre de miracles que Dieu opérait au tombeau du bienheureux Vincent Ferrier Fob-

<* Maan, p. 158.

* Uist. de Bret., t. 2.

164 LÉGLISE DE BRETAGNE.

ligea à demander au pape Gallixte III la canonisation de ce grand serviteur de Dieu. Le pape lui accorda sa demande en 1456, et commit le cardinal de Coëtivi pour lever de terre le corps du saint. Yves de Pontsal mourut le 7 janvier 1475, selon l'ancien calcul, c'est-à-dire en 1476.

Pierre DE FOIXa, dit le jeune, infant de Navarre, naquit a Pau le 7 février 1449. Il était fils de Gaston IV, comte de Foix, et d'Eléonore d'Arragon. Après avoir fait ses études à Padoue, il prit le bonnet de docteur à Ferrare. L'ordre de Saint-François le comptait au nombre de ses membres. La candeur de ses mœurs et les grands progrès qu'il fit pendant sa jeunesse dans les sciences divines, le conduisirent à l'épiscopat. Le pape Sixte IV le nomma évéque de Vannes et administrateur d'Aire en 1476. Ce souverain pontife écrivit au duc pour lui faire part de cette nouvelle, et pour lui marquer que, dans la première promotion, il honorerait de la pourpre le nouveau prélat. Pierre fit serment de fidélité au duc, son beau-frère, le 15 mai, et ne tarda pas à être admis dans le sacré collège, sous le titre de Saint-Corne et de Saint-Damien. Son nom se trouve dans les lettres d'abolition données aux barons qui, en 1485, avaient voulu se saisir du trésorier Landais. Mais cette amnistie ne fut pas capable de le rassurer ; il se retira à Rome, où il mourut le 10 août 1490, et fut enterré dans la basilique de Notre-Dame del Popolo. Tous les auteurs qui ont écrit l'histoire des cardinaux ont parlé très-avantageusement de Pierre de Foix.

Après la mort du cardinal de Foix, le chapitre élut pour son pasteur Robert le Borgne, chanoine et chantre de Nantes, premier président de la chambre des comptes; mais le pape cassa son élection, et nomma le cardinal de. Bénévent, son neveu, pour administrateur de Vannes.

Laurent CIBO b9 Génois, archevêque de Bénévent et cardinal du titre de Sainte-Cécile, fut fait administrateur du

o Auberi, Hist. des cardinaux, t. 2, p. 483. Martènc, t. 2, Collect. Us. y p. 1530.

0 Galt. christ., Saramarth.

diocèse de Vannes en 1490, par le pape Innocent VIII, son oncle. II en prit possession, sous le bon plaisir de la reine Anne, le 15 octobre de la même année, par Louis des AUemans, son procureur et son grand vicaire. Son administration fut de peu de durée, la mort l'ayant enlevé le 22 décembre 1505. Il fut inhumé dans l'église de Notre- Dame M Popolo, où l'on voit encore son tombeau

Jacques DE BEAUNE*, frère de Martin, archevêque de Tours, fils de Jacques, seigneur de Semblancai, trésorier de l'épargne, et de Jeanne de Ruzé, fut nommé à l'évéché de Vannes en 1504, par la reine Anne, duchesse de Bretagne. 11 était archidiacre de Porhoët, au diocèse de Saint- Malo, et trésorier de l'église de Vannes. Le cardinal de Bénévent étant mort en cour de Rome, le pape nomma le cardinal d'Albret à l'évéché de Vannes. Mais ayant su que la reine avait choisi Jacques de Beaune, il lui accorda des provisions pour ne pas désobliger cette princesse. Il en avait déjà accordé au cardinal d'Albret, qui, n'ayant pu avoir l'agrément de la reine, donna procuration le 11 septembre 1504, pour renoncer en son nom aux provisions qu'il avait obtenues de Sa Sainteté. Celles de Jacques de Beaune sont datées du 14 octobre 1504. Il prêta serment de fidélité au roi le 30 novembre suivant, et mourut au mois de janvier 1511.

Robert GUIBÉ, successivement évêque de Treguier, de Rennes et de Nantes, fut fait administrateur de l'évéché de Vannes le 26 février 1511, à la prière de la reine Anne. Il mourut en cour de Rome l'an 1515, comme on l'a marqué ci-dessus.

Depuis Tan 1475 jusqu'en 1535, on trouve dans les actes du temps quatre évêques suffragants de Vannes; savoir :

t * On lit sur son tombeau l'inscription suivante :

Laurentius Cibo Genuensis, episcopus Prœnestinus, tancti Marci cardioalis Beneventanus, Innoccntii VIII, pont, max., nepos, rcligionis cultor, ita intcr vivos constant issime gessit, ut araplissimae dignitatis memor à justitia, flde et pietate nunquàm desciveril, qui tertiura et 50 agens annum sanctissime, ut vixit, moritur. Reverendissimi executores G. Portuensis, A. Prœnestinus, episcopi, etc. N. de Flisco presbyteri cardinales pientfesimi posuerunt. Addo salutis Christi 1503.

« Gall. christ., t. 6, p. 476-593.

166 l/ÉGMSR DE BRETAGNE.

un évêque de Si n ope, qui consacra l'église cathédrale après la mort d'Yves de Pontfal ; Jean, évéque titulaire de Vannes, abbé coromendataire de Daoulas, et curé de Glomel en 4511; Geoffroi le Borgne, évêque de Tibériade, pourvu par résignation de l'évêché de Vannes, et mort en 1524; et un évéque suffragant de Vannes en 1533.

Laurent PUCCI, originaire de Florence, fut successivement protonotaire du saint Siège, clerc de la chambre apostolique et dataire. Le pape Léon X le nomma son légat près des Florentins, et le fit cardinal du litre des Quatre-Couronnés. Après la mort du cardinal Guibé il fut gratifié de l'administration de l'évêché de Vannes, dont il prit possession le 30 juillet 1514. Il céda son droit, le

11 décembre suivant, à André Hamon, protégé par le roi et la reine; mais il se réserva le titre d? évéque de Vannes avec la faculté de nommer les grands vicaires et de conférer les bénéfices. Gomme il s'était encore réservé le droit de regrès, il céda, par acte du 8 décembre 1518, son évêché à frère Geoffroi le Borgne, prieur du Bondon et évêque de Tibériade , en se réservant une pension. Nonobstant ces cessions, le cardinal paraît avoir gouverné par des grands vicaires jusqu'à sa mort, arrivée le 26 septembre 1551.

André HAMON, frère de François, évêque de Nantes, chanoine de Rennes et abbé de Saint-Gildas de Ruis, fut élu à la sollicitation du roi et de la reine Claude. La même faveur lui procura des bulles de Rome et une espèce de cession de la part du cardinal Pucci ; mais les droits que cette éminence se réserva ne laissèrent à André que l'ombre d'une grande dignité. Aussi n'est-il nommé ordinairement qu'André, élu de Vannes. Il vivait encore le

12 avril 1527.

Antoine PUCCI, cardinal, grand pénitencier de l'église romaine et évêque de Sabine, fut pourvu, en 1531, de l'évêché de Vannes, vacant par la mort de Laurent Pucci, son oncle, et mourut en 1544. L'évêque de Tibériade fit les fonctions épiscopales sous l'épiscopat d'Antoine, ainsi qu'il l'avait fait sous le précédent, en qualité de suffragant et vice-président du diocèse.

Laurent PUCCI, neveu d'Antoine, fat fait coadjuteur de son oncle le 10 juin 1541, quoiqu'il n'eût que dix-huit ans. Il lui succéda en 1544, et mourut en 1548, suivant les registres consistoriaux.

Charles DE MARILLAC a, né en 1510, d'une famille noble dans le diocèse de Clermont, mérita, par son esprit et sa science, les bonnes grâces du roi François Ier. Il avait commencé par faire ses études avec beaucoup d'ardeur et un succès surprenant. Il exerça d'abord la profession d'avocat au parlement de Paris. Son mérite y excita l'envie de ceux qui suivaient la même carrière que lui. Quelques opinions un peu hardies qu'il avait exprimées touchant la réforme de l'Eglise lui faisant craindre que ses ennemis n'en profitassent pour lui nuire, il prit le parti de suivre en Turquie M. de La Forest, son cousin, qui s'y rendait en qualité d'ambassadeur. Charles y donna plus d'une preuve de sa capacité pour les affaires. Propre aux négociations, il remplit les fonctions d'ambassadeur en Turquie et en Angleterre. De retour en France, il fut admis dans les conseils et pourvu d'une charge 4e maître des requêtes. Il obtint également l'estime du roi Henri II, qui lui donna l'évêché de Vannes après la mort du jeune Pucci. Le pape agréa cette nomination par ses bulles, datées du 20 octobre 1550. Il ne parait pas que Charles de Marillac ait jamais résidé, mais il confia le soin de son diocèse à Bertrand de Marillac, son frère et son grand vicaire, qui fut ensuite évêque de Rennes. Transféré à l'archevêché de Vienne le 24 mars 1557, il ne put y résider, à, cause des affaires dont il était chargé. Les maux de l'Etat, dont il était témoin, sans qu'il lui fût possible d'y remédier, lui causèrent une profonde mélancolie dont il mourut dans son abbaye de Melun le 2 décembre 1560, n'étant âgé que de cinquante ans. C'était un prélat ferme, intrépide, docte, bien intentionné pour l'Eglise et pour l'Etat.

Sebastien DE L'AUBESPINE », clerc du diocèse de

« Le Laboureur, t. \n, p. 498. Histoire de l'Eglise de Vienne, par Charvet, p. 550.

* Gall. christ., t. 2, p. 144.

168 l'église de Bretagne .

Paris, maître des requêtes et abbé de Massai, au diocèse de Bourges, fut pourvu de l'évéché de Vannes le 21 juin 1557, et transféré à celui de Limoges le 1er octobre 1558, suivant les registres consistoriaux. Ce prélat s'acquitta avec beaucoup d'honneur de diverses ambassades dont il fut chargé par les rois François Ier, Henri II, François II et Henri III; mais en servant l'Etat il ne négligea rien de ce qu'il devait à son diocèse, et il * fit à sa cathédrale des dons considérables. Sa mort arriva le 22 août 1582.

Philippe DU BEC fl, doyen de Saint-Maurice d'Angers, et abbé de Pontron au même diocèse, fut nommé à l'évéché de Vannes le 17 avril 1559, et prit possession la même année. Il était fils puîné de Charles du Bec, seigneur de Bourg, chevalier de l'Ordre du roi, vice-amiral de France, et de Magdeleine de Beauvilliers-Saint-Aignan. Son nom se trouve dans les souscriptions des sessions du concile de Trente, tenues sous Paul IV, et on Ta toujours regardé comme un des plus capables d'entre les prélats de l'Eglise gallicane qui assistèrent à cette assemblée. Il fut transféré à Nantes par bulles du 13 mars4566, et de Nantes à Reims, en 1594, par le roi Henri II, auquel il s'était toujours montré très-attaché. Après avoir gouverné pendant près de dix ans cette église avec sagesse, il mourut en 1605.

Jean LE FEUVRE*, chanoine et chantre de l'église de Vannes, fut pourvu, le 14 mars 1566, et prit possession le 14 août suivant. Il résida toujours dans son diocèse, où il mourut en 1570.

Pierre DE SAINT-MARTIN, originaire de Gascogne, obtint l'évéché par la faveur du sieur de Sainte-Colombe, capitaine des gardes du roi Charles IX. Il fit serment de fidélité à ce prince le 8 juin 1572, mais il ne put obtenir l'agrément du saint Siège, ce qui l'obligea de résigner au suivant.

Jean DE LA HAYE, natif de Gascogne, religieux bé-

« Le Laboureur, t. 2, p. 459. Martène, t. 8, Ampliss. collect. *Sararaarth. .. ..

nédictin, docteur en théologie et grand vicaire de Pierre de Saint-Martin, obtint les bulles de l'évêché de Vannes, le 21 avril 1573, du pape Grégoire XIII. Il prit possession le 51 mai 1574, et fut empoisonné dans le mois d'août suivant, par un garçon apothicaire, qui fut exécuté peu après par arrêt du parlement de Bretagne.

Louis DE LA HAYE a, conseiller-clerc au présidial de Bazas, et frère de Jean, fut nommé à sa place par le crédit du sieur de Sainte-Colombe. Ce fut sous son pontificat que fut bâti et fondé le collège que tinrent ensuite les Jésuites. Il assista au concile d'Angers en 1583 et mourut en 1588. Il était si pauvre, que le chapitre fut obligé de faire les frais de ses funérailles. On le déposa dans la chapelle de Notre-Dame, auprès de son frère.

Georges D'ARADON, fils de René, seigneur d'Aradon, et de Claude de Queho, naquit en 1562. Après avoir fait ses études avec succès, il fut reçu conseiller au parlement de Bretagne, le 14 août 1587. Le parti de la Ligue, dont il se montra l'un des plus zélés sectateurs, lui procura l'évêché de Vannes. Il fut élu par le chapitre le 13 février 1590, et le duc de Mercœur lui obtint des bulles du pape Clément VIII. Ces provisions sont datées du 10 mars 1592. Il reçut la consécration épiscopale la même année à Paris, dans la chapelle du collège de Navarre, par Philippe, évêque de Plaisance et cardinal du titre de Saint-Onuphre. Après son sacre, il assista aux Etats généraux tenus à Paris au mois de février 1593, en qualité de député de la province de Bretagne. Il prit possession de son évêché le 6 d'août suivant, et fit serment de fidélité au duc de Mercœur le 20 septembre 1594. La mort l'ayant enlevé le 1er juin 1596, il fut enterré dans une chapelle de son église, dédiée à saint Jean.

Le siège vaqua trois ans et quelques mois, c'est-à-dire depuis le 1er juin 1596 jusqu'au 8 décembre 1599.

Jacques MARTIN, natif de Bordeaux, fils de M. Martin, trésorier général des finances dans la même ville, fut nommé

a Labbe, t. 1, Çonc,

h Tévêché de Vannes par le roi Henri IV , à la recommandation du sietir de Sainte-Colombe, capitaine de ses gardes. Le pape Clément VIII agréa cette nomination par ses bulles du 8 décembre 1599, quoique Jacques Martin n'eût encore que vingt ans. Il prit possession par procureur le 4 janvier 1600, et en personne en 1601. Après avoir assisté aux états tenus à Quimper la même année, il se donna tout entier au gouvernement de son diocèse. Il établit dans son église cathédrale la récitation de l'office divin selon Tordre prescrit par le concile de Trente, et lui fit présent de plusieurs livres de chœur, d'une riche tapisserie et d'un aigle de cuivre. L'expérience lui ayant fait connaître que la pauvreté empêchait plusieurs clercs d'étudier la théologie, il donna a son diocèse cents livres de rente pour l'entretien de quinze

Sui étudieraient la théologie dans l'Université de l fit un pareil établissement pour l'éducation de quinze pauvres filles. Dégoûté enfin des affaires qui se rencontrent dans le gouvernement d'un grand diocèse, il permuta avec Sébastien de Rosmadec, abbé de Painpont, et se retira à Paris en 1622, pour ne plus penser qu'à son salut. Il se disposait à faire le pèlerinage de Rome, lorsqu'il fut attaqué de la maladie dont il mourut, le 12 janvier 1624. Son corps fut inhumé dans l'église des Célestes, près la chapelle d'Orléans'. ■ * '

Sébastien DE ROSMADEC, d'une noble et ancienne famille de Bretagne s,étaitabbécommendauire de Painpont,

' On y voyait l'inscription suivante :

D. O. M. Hic jacet re?erendua in Christo pater Dorainus Jacobus Martin de Belleassise, Venetensis episcopus, insignis dam, viveret, pietate Tir, qui relictis intrà diœcesis illias fines alteriusque su» virtutis insignibus, ut cultui divinb commodiùs inserviret, orat ionique va caret, episcopalem dignitatem deposuit. Sed dùm hoc anno Roinam iter facere ïoco sacra invîsendi gratiâ denuô raeditabatur, itnmaturft morte praereptus decessit, ibique sepultus, fundationibus perpetuis testamento suo ordinatis, post mortem prseclarse religiosae vitœ vestigia felicisque obttus ab omnibus imitanda reliquit. Obiit 12 die mensis januarii anno 1624. Requiescat in pace. Amen.

* La famille de Rosmadec fut encore plus remarquable par sa piété que par le rang distingué qu'elle tenait en Bretagne. Elle a fourni quatre évoques a la province, savoir : Yves, évêque de Rennes au

lorsqu'il fut pourvu du siège de Vannes, s#f la résignation de son prédécesseur, admise en cour de Rome. Bertrand * Deschaux, archevêque de Tours, assisté des évêques d'Angers et de Rennes, le sacra dans l'église de Saint-Germaindes-Prés, le 11 février 1624. Après avoir prêté le serment de fidélité au roj, il fit son entrée solennel à S*m& même année, et présida les Etats de la province. C'est sofl* son pontificat que les Capucins, les Carmes de Sainte-Anne près d' Aurai, les Jésuites, les Carmes-Déchaussés, les, Ursulines, les Hospitalières, les Filles de Saipte-Marie et les Calyairiennes s'établirent dans le diocèse. 1) mourut le 29 juillet 1646, et fut inhumé dans la chapelle de Saint- Vincent-Ferrier

Chables DE ROSMADEC, fils de Mathurin, seigneur de Saint-Joùan, et de Jeanne de Trogo, abbé du Tronchet, au diocèse de Dol, fut nommé à l'évêché de Vannes en 1647, et sacré le 41 octobre 1648, par Réné de Rieux, évéque de Léon, assisté des évêques de Dol et de Saint-Rrieuc. Prélat plein de zèle pour le salut des âmes, il choisit d'abord pour son vicaire général un des plus fervents disciples de saint Vincent de Paul, M. Eudes de Kerlivio d'Hennebond. II se montra le protecteur des grands serviteurs de Dieu que possédait alors son diocèse, et favorisa de tout son pouvoir les bonnes œuvres que ces hommes de bien y entreprirent. Les retraites pour les hommes et les femmes, établies à Vannes et qui furent les premières de Rretagne, durent à M. de Rosmadec leur affermissement et leurs succès. U assista à l'assemblée du clergé tenue en 1656, et à celle qui fut tenue à la, fin de 1660 contre le jansénisme. Son mandement du 11 janvier 1664, en fa-

xiv- siècle; Bertrand, évéque de Quimper, mort en odeur de sainteté; lé 27 février 1445 ; Sébastien, dont il est question, et Charles, son neveu, qui lui succéda.

? Ce fut aussi pendant son épiscopat qu'eut lieu, en 1695, la découverte de l'image miraculeuse de sainte Anne, près d'Aurai, et que commença ce pèlerinage si célèbre dans toute la Bretagne. Il ne né«* gligea aucun des moyens que la prudence suggérait pour s'assurer de la vérité des apparitions faites à Yves Nicolazie qui donna commencement au pèlerinage de sainte Anne, et n'approuva cette dévotion qu'après en avoir examiné avec soin l'origine.

172 i/ÉGLISB PB BRETAGNE.

veur des retraites, prouve toute l'importance qu'il attachait à ces saints exercices, et le désir qu'il avait de voir , ses diocésains en profiter. Transféré à Tours en 1671, il n'occupa que peu de temps ce siège, et mourut aux eaux de Bourbon au mois d'avril 1672.

Louis CASSET DE VAUTORTE, fils d'un président au parlement de Bretagne, et frère du comte de Vautorte, ambassadeur extraordinaire à la Diète de Ratisbonne, fut nommé par Louis XIV à l'évéché de Lectoure le 9 février 1655. Le célèbre Pierre de Marca, alors archevêque de Toulouse, le sacra le 21 septembre de la même année dans l'église des Jésuites de Pontoise, assisté des évêques de Tulles et de Montpellier. Après avoir occupé ce siège pendant seize ans, M. de Vautorte succéda dans celui de Vannes à M. de Rosmadec en 1671, et assista dès la même année aux Etats de la province tenus à Vitré. Il ne parât pas d'abord suivre les traces de son respectable prédécesseur ; car il défendit les retraites, révoqua les pouvoirs de vicaire général qu'il avait donnés au vénérable abbé de Kerlivio, et suspendit la construction du séminaire. Mais

. comme c'était un homme d'un esprit supérieur et qui avait beaucoup de jugement, il finit par revenir des préventions qu'on lui avait données. 11 pria, en 1677, M. de Kerlivio de reprendre ses lettres de vicaire général, permit les retraites, et s'affectionna autant à son séminaire qu'il s'était montré précédemment opposé à cette utile institution. Après avoir dignement gouverné son diocèse, il mourut à

' Vannes le 27 décembre 1687.

François D'ARGOUGES remplaça à Vannes M. de Vautorte, et fut nommé à ce siège en 1688. Il était fils de M. d'Argouges, premier président au parlement de Rennes. Sa mère jouissait en Bretagne d'une grande considération, qu'elle devait surtout à sa piété et à son zèle pour le bien. Les difficultés survenues entre le saint Siège et la France ayant duré plusieurs années, M. d'Argouges, nommé en 1688 à l'évéché de Vannes, ne put prendre possession avant l'année 1692. A cette époque il fut sacré dans l'église de Sorbonne par M. de La Roquette, évêque d'Autnn.

Son diocèse eut bientôt à s'applaudir de le posséder. En effet, il se montra le protecteur des pieuses institutions qui avaient été établies à Vannes, et les affermit par son autorité. Ayant, en 1693, assemblé ses curés en synode, il leur donna des statuts rédigés avec sagesse. Il se trouva, en 1699, à l'assemblée extraordinaire des évêques de la province de Tours, réunis pour l'acceptation du bref du pape Innocent XII, portant condamnation du livre des Maximes des Saints, par Fénelon. Les fêtes étaient extrêmement multipliées dans le diocèse de Vannes. Touché de la misère du peuple, il en supprima seize en même temps, par son ordonnance du 26 décembre 1708. Entre ces fêtes se trouvaient celles de saint Marc, de saint Yves, de la translation de saint Patern et de saint Nicolas. Ce prélat possédait en commende, avant sa promotion à l'épiscopat, l'abbaye de la Valasse, ordre des Chanoines réguliers, située dans le diocèse de Rouen ; mais il paraît qu'il s'en démit dès l'année 1684. Il termina sa carrière le 45 mars 1716, et fut inhumé dans sa cathédrale, où l'on voit encore son tombeau et sa statue.

Louis DE LÀ VERGNE DE TRESSAN, premier aumônier du duc d'Orléans, régent, fut nommé à l'évêché de Vannes au mois de mars 1716, mais il n'obtint pas ses bulles et ne peut être compté parmi les prélats qui ont occupé ce siège. Transféré à Nantes au mois de septembre 1717, sans avoir été sacré, il y resta jusqu'en 1723, qu'il devint archevêque de Rouen. Il mourut le 18 avril 4731. (Voyez Nantes.)

Jean-François-Paul LEFÈVRE DE CAUMARTIN, né le 16 décembre 1668, d'une famille distinguée, devint le successeur de M. de La Vergne de Tressan dans le siège de Vannes. Destiné d'abord à l'ordre de Malte, il y fut admis dès l'âge d'un an; ayant ensuite embrassé l'état ecclésiastique, il devint abbé commendataire de Buzai, par la résignation que lui en fit le fameux cardinal de Retz, qui était son parrain. L'Académie française le mit au nombre de ses membres en 1694-, et celle des inscriptions lui donna en

1701 le titre de membre honoraire. Il avait, en 4697, reçu le bonnet de docteur. Il était doyen du chapitre de Tours et vicaire général pendant la vacance de ce siège, lorsqu'il fut nommé à l'évéché de Vannes. Son sacre, que fit M. Des ma rets, évêque de Saint-Malo, eut lieu à Dinan, en présence des Etats de la province, le 17 juillet 1718. M. de Caumartin ne resta pas longtemps à Vannes; dès le 27 août de Tannée suivante, il se vit appelé à succéder à M. de Berthier, premier évêque de Blois'. Use montra, dans ce nouveau siège, plein de zèle pour le salut de son troupeau. Il visita son diocèse, publia des statuts et un Rituel, et se disposait à donner à son clergé un Bréviaire, lorsqu'il fut frappé de mort subite, à l'âge de soixante-cinq ans, le 30 août 1733. Sa perte fut vivement sentie et causa de l'affliction à tous les gens de bien.

Antoine FAGON, fils du célèbre Fagon, premier médecin de Louis XIV, devint docteur en théologie en 1696, et fut successivement pourvu des abbayes de Saint - Meen, de Bohéries, de Chatries et de la Vieuxville. Nommé à l'évéché de Lombez en 1711, il attendit pendant trois ans ses bulles. Le cardinal de IV o a H les le sacra dans la chapelle de l'archevêché le 22 mai 1714. Après avoir occupé son siège pendant cinq ans, il passa à celui de Vannes au mois de novembre 1719. Les Etats de Bretagne le députèrent vers le roi en 1722, et le chargèrent de haranguer ce monarque. Sous l'épiscopat de M. Fagon, le jansénisme compta à Vannes plusieurs partisans ; mais il a depuis entièrement disparu de ce pays. On ne peut pas dire que ce prélat ait favorisé le schisme ; il avait même, dès 1714, accepté la bulle I nigenitus; mats aussi il ne combattit pas l'erreur avec le zèie d'un pasteur jaloux d« conserver à son troupeau le précieux trésor de la foi. Ses vicaires généraux et plusieurs curés de son diocèse étaient jansénistes. Les premiers persécutèrent plasieurs bons prêtres, uniquement à cause de leur attachement à la saine doctrine. Dès l'année 1722, il défendit

• Ce liège ne fut érigé qu'en 1697.

par un mandement, aux prêtres de son diocèse, et sous peine d'interdit, d'inquiéter personne dans le tribunal de la pénitence, au sujet de la bulle Unigenitus. Il restreignit les Jésuites de Vannes à leur seule église pour la prédication, et fit cesser toutes leurs relations avec les communautés de femmes. Le sieur Viquei, prêtre, ardent janséniste, fut chargé par lui de l'examen des étudiants qui désiraient être admis au séminaire, et bientôt après ce même prêtre devint recteur de Plescop, paroisse dans le territoire de laquelle se trouvait la maison de campagne de l'évêque. Il fit signifier par son promoteur un interdit au P. Gautier, recteur du collège de Vannes, pour avoir, en confession, interrogé une personne sur le fait du jansénisme. Le sieur Dubois, officiai, condamna par son ordre quatre jeunes prêtres à rester trois mois au séminaire, parce qu'ils n'avaient pas voulu assister au service célébré pour un de leurs confrères, mort dans le schisme l. M. Dondel, quoique vicaire général, ne fut pas mieux traité que les Jésuites, et reçut aussi du prélat la défense de paraître dans aucune communauté. 11 est vrai que ce digne ecclésiastique, qui devint ensuite évêque de Dol, ne dissimulait pas son attachement à la saine doctrine. M. Fagon assista, en 1740, à l'assemblée du clergé, et y présida l'un des bureaux. Il mourut dans son château de Kerango, à l'âge de soixante-dixsept ans, le 16 février 1742, laissant après lui une réputation assez équivoque, quant à la soumission anx décisions de l'Eglise. Le prieur des Dominicains de Vannes prononça son oraison funèbre. Ce prélat reconstruisit le séminaire de Vannes ainsi que le château de Kerango, donna à son chapitre une somme considérable pour voûter la cathédrale, et augmenta la dotation des chanoines par l'acquisition qu'il fit de marais salants.

Jean-Joseph DE SAINT-JEAN DE JUMILHAC, né dans le diocèse de Limoges en 1706, était vicaire général de Chartres et abbé de Bon ne val, dans le même diocèse, lorsqu'il fut sacré évêque de Vannes, le 12 août 1742. Il n'oe-

1 M. fieurier, depuis Eudiste, était du nombre de ces quatre bons prêtres. Voyez sa vie, Vies des saints de Bretagne, t. 5.

cupa que peu de temps ce siège ; mais, pendant son court séjour en Bretagne, le Parlement lui suscita une affaire désagréable. Il avait, par un mandement, enjoint aux curés de son diocèse de lui dénoncer, dans ses visites pastorales, les pécheurs publics et scandaleux. Cette injonction parut une entreprise contre la juridiction séculière, comme s'il avait été question d'empiéter sur les droits des juges civils, et elle lut déférée au Parlement par le procureur général, qui appela comme d'abus du mandement. Cette cour rendit en conséquence, le 27 juin 1744, un arrêt pour supprimer ce mandement ; mais le Conseil d'Etat cassa, le mois suivant, ce jugement passionné, et défendit au Parlement de Bretagne d'en rendre à l'avenir de semblables. L'archevêché d'Arles étant venu à vaquer par la translation de M. Gigault de Bellefont à Paris, M. de Jumilhac devint le successeur de ce prélat. Le roi Louis XV le fit commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Les Jansénistes ne se plaignirent point de lui, et il ne parait pas avoir eu beaucoup d'énergie contre les erreurs de son époque. Il assista à l'assemblée du clergé en 1755, et après un long épiscopat, il mourut à Paris le 21 février 1775, à la suite, dit-on, d'un désagrément qu'il avait éprouvé à la cour.

Charles-Jean BERTIN, né à Périgueux en 1712, frère de M. Bertin, ministre secrétaire d'Etat sous Louis XV, vicaire général de Périgueux, remplaça M. de Jumilhac dans le siège de Vannes, et fut sacré le 27 septembre 1746. Prélat instruit et d'une saine doctrine, il fut, en 1749, choisi, avec d'autres évêques, pour examiner la fameuse instruction de M. de Rastignac, archevêque de Tours, sur la justice chrétienne, instruction dans laquelle on remarque plusieurs passages répréhensibles, et se trouva aux conférences qui se tinrent au Louvre à ce sujet. L'année suivante, il fit partie de la commission formée à Paris pour censurer l'Histoire du peuple de Dieu, par le P. Berruyer.il était encore dans la capitale, lorsqu'un fait, auquel l'esprit de parti voulut donner de l'importance, vint troubler la tranquillité de son diocèse. Un janséniste obstiné, nommé Lepicart, recteur de Carnac, mourut sans avoir

voulu reconoattré ses erreurs. Son vicaire, bon catholique, l'inhuma sans aucune cérémonie, et refusa de célébrer pour lui un service. On s'en plaignit au Parlement, qui, au lieu de regarder cette affaire comme purement spirituelle, et * par conséquent hors de ses attributions, telle qu'elle l'était en effet, ordonna de célébrer un service pour le mort et de l'annoncer au prône. Aucun des prêtres de la paroisse n'ayant voulu se soumettre à cet ordre, tous furent obligés de prendre la fuite, et le peuple de Carnac demeura sans secours spirituels. Un nouvel ordre du Parlement prescrivit aux vicaires généraux de Vannes de pourvoir à la desserte de cette paroisse; ceux-ci, à leur tour, refusèrent d'exécuter les injonctions qui leur étaient faites, et se résignèrent à tous les maux dont ils étaient menacés. M. Boutoullic de La Ville-Gonan, l'un d'eux, fut condamné au bannissement pour cinq ans. M. Berlin, trop juste et irop ferme pour ne pas soutenir ses vicaires généraux, qui défendaient la cause de la foi, eut aussi sa part de la persécution. Le Parlement n'eut pas honte de le condamner à six mille francs d'amende et de prononcer la saisie de son temporel. Louis XV, plus équitable que ces magistrats, arrêta l'effet de ces jugements iniques, en accordant une amnistie à tous ceux qui avaient été mis en cause.

M. Bertin donna à son diocèse, en 1757, un nouveau Propre des Saints, rédigé avec soin. Il établit, en 1761, l'adoration perpétuelle dans l'église des religieuses du Père éternel à Vannes, et publia un mandement à cette occasion. Les Jésuites possédaient son estime et son affection; il eut la douleur de les voir chasser du collège de Vannes cette même année, et partagea l'affliction que cette injustice criante causa à tous les vrais fidèles de son diocèse, accoutumés depuis longtemps à trouver dans les membres de la Compagnie de Jésus des guides spirituels aussi sûrs que zélés. Dans une lettre pastorale publiée en 1763, il réclama vivement contre les assertions attribuées à des écrivains de la Compagnie de Jésus, et dont les ennemis de cotte sainte société voulaient se prévaloir contre elle. Il fit exécuter le projet déjà

178 i/ÉGMSE DE BRETAGNE.

conçu de voûter sa cathédrale. Enfin, après vingt- huit ans d'épiscopat, pendant lesquels il sut se rendre cher à son clergé et à son peuple, ce prélat mourut dans sa maison de campagne de Kerango, à l'âge de soixante-deux ans, le 23 septembre 4774, et fut inhumé dans une des chapelles de son église, où Ton voit encore sa statue en marbre blanc. M. Pasco, principal du collège de Vannes, fit son oraison funèbre.

Sébastien -Michel AMELOT naquit à Angers, le 5 septembre 1741, d'une famille honorable qui a donné à l'Eglise un archevêque de Tours dans le xvne siècle, et à l'Eut, des magistrats, des ambassadeurs et des ministres. Son père, le marquis de Chailloux, était colonel d'un régiment d'infanterie. Sébastien-Michel, qui était le second desgarçons , se destina de bonne heure à l'état ecclésiastique, entra au séminaire d'Angers, et prit des degrés dans la faculté de théologie de cette ville. S'étant attaché à M. de Boisgelin, prélat qui jouissait alors d'une grande réputation dans le clergé, et sous lequel beaucoup de jeunes ecclésiastiques aspiraient à se former aux affaires, M. l'abbé Amelot devint son grand vicaire à Lavaur et le suivit ensuite à Aix. Il fut, ainsi que lui, membre de l'assemblée du clergé de 1772, ou il parut comme député de la province ecclésiastique d'Aix1.

Les députés de M. de Boisgelin ordinairement ne tardaient guère à être promus à 1 episcopat, et M. Amelot s'avait pas besoin de la faveur pour attirer sur lui l'attention du ministre de la feuille des bénéfices. Il n'avait que trentetrois ans lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Vannes, en remplacement de M. Bertin. Son sacre eut lieu le 23 avril 17 7$, à Passy, près Paris. M. de Boisgelin, assisté de MM. de La Ferronays, alorsévêque de Bayonne, et Champion de Cicé, alors évêque de Rodez, fut son consécrateur. Le roi le pourvut en 1780 de l'abbaye de Saint -Vincent, au diocèse de Besançon, et le chargea, en 1787, de surveiller la di-

1 Le procès-verbal de cette assemblée lui donne les titres de docteur en théologie et de recteur de la chapeUenie de Sainte-Madeleine, fondée et desservie dans l'église de Lambesc : c'était apparemment un bénéfice simple que l'archevêque lui avait donné, comme un moyen d'arriver à la députation.

lotion dii collège de la Marine qu'on venait d'établir à Vannes. ts.} . /V ^ . : >

Le prélat gouvernait son diocèse avec nn esprit de modération et de sagesse qui lui concilia l'estime de tout son clergé. Exact observateur de la résidence, il ne suivit pas l'usage qui s'était introduit parmi plusieurs de ses collègues de passer une partie de l'hiver à Paris. Il veillait à tous les détails de l'administration, et entretenait avec ses ecclésiastiques des relations amicales. La révolution vint troubler un ordre de choses si heureux et si paisible. M. Amelot adhéra à l'exposition des évêques sur la ConstUutioiB civile du clergé, et montra ainsi son opposition aux faux principes à l'aide desquels des impies entreprirent de bouleverser I I £g lise de France. Fidèle à suivre les enseignements de son évêque, le £}er,gé du diocèse de Vannes sut «ç préserver de l'erreur, et Ton remarqua que dans les cent soixante paroisses dont ce diocèse était composé, il ne se trouva qu'une vin&taine de prêtres séculiers qui prêtèrent Je serment. Le prélat ayant constamment refusé de le faire, on nomma à sa place M. Guégan, curé de Pontivy, «qui consulta le pape, et qui en reçut un bref à la suite duquel il ne balança plus à repousser le titre d'évéque intrus qu'on lui offrait Un autre curé fut moins délicat que loi 2.

1 M. Guégan eut le malheur de prêter d'abord le serment ; mais bientôt se relevant de sa chute, par uue honorable rétractation, il revint à l'unité catholique, et, sachant que les électeurs du Morbihan l'avaient choisi pour leur évéque constitutionnel, il en écrivit tout de suite au pape Pie VI, pour le consulter à ce sujet, et lui exprima son éloignèrent pour l'intrusion. Le souverain pontife lui répondit par un bref daté du 30 mars 1791, et, en le louant de ses sentiments, il lui recommanda d'être ferme dans son refus.

* Le malheureux prêtre qui fut assez téméraire pour se rendre coupable de cette usurpation se nommait Charles Le Masle. Né à Guérande en 1723, il était, au commencement de la révolution, curé d'Herbignac, paroisse du diocèse de Nantes, réunie invalidement à celui de Vannes pnr l'Assemblée nationale M. Guégan, recteur de Pontivy et membre de cette assemblée, obtint d'abord les suffrages de ceux qui prirent part à l'élection sacriléged un évêque constitutionnel ; mais ce curé n'ayant pas voulu se souiller par un acte de schisme, les suffrages se portèrent sur Le Masle, qui ne craignit pas de devenir intrus. Sa nomination fut annoncée à l'Assemblée nationale le 9 mars 1791. Habile à sauver les apparences, il avait un extérieur régulier qui prévenait en sa fa-

Le parti dominant força bientôt M. Amelot de quitter son diocèse. Obligé d'abord de se retirer à quelques lieues de Vannes, le prélat apprit, peu de jours après, qu'il était mandé à la barre de l'Assemblée. Il revint la nuit à Vannes, et fut conduit à Paris par la gendarmerie. 11 est probable qu'on avait voulu seulement le séparer de son troupeau. On lui donna son propre logement pour prison, en l'astreignant seulement à se présenter dès qu'il en serait requis.

Il resta ainsi jusqu'à la fin de la session de l'Assemblée constituante ; alors, profitant de l'amnistie accordée pour toutes les poursuites antérieures, il passa en Suisse avec M. le marquis de Guépéan, son frère. Il ne s'éloigna point dans les premières années, dans l'espérance de rentrer prochainement dans son diocèse. La nouvelle de l'expédition de Quibeçon lui fit croire qu'il pourrait réaliser son désir, et il se disposait à rejoindre son troupeau lorsqu'il apprit le désastre de l'expédition. Il revint donc en Suisse, et y resta jusqu'à l'invasion de ce pays par les Français. Il habita tour à tour Rokehac sur le lac de Constance, et Gotluben près Constance.

M. Amelot fut un des signataires de l'instruction sur les

reur; mais c'était un homme sans piété et même sans foi *. Dès qu'il eut connu son élection, il se rendit à Paris, et là, consommant son apostasie, il reçut la consécration épiscopale le 8 mai 1791. Le pays dans lequel il venait introduire le schisme était rempli de catholiques très-fermes dans leur foi, et il fut un des faux pasteurs de cette malheureuse époque qui compta le moins de partisans; mais si ses efforts pour pervertir les fidèles furent presque sans succès, il n'en resta pas moins obstiné dans ses erreurs. Le renversement de l'Eglise constitutionnelle par ceux qui Pavaient édifiée ne put lui faire ouvrir les yeux; au contraire, les évêques intrus ayant voulu, après la terreur, tâcher de ranimer leur secte, ils adressèrent, en 1795, deux lettres encycliques à leurs adhérents; Le Masle les signa Tune et l'autre. Il députa au conciliabule de 1797, participa, le 7 avril 1799, comme prélat assistant, au sacre de Dorlodet, évêque schismatique de Laval, prit part au faux concile de 1801, donna sa démission la même année, et mourut le 2 octobre 1803 •

* Nous tenons de très-bonne source que ses confrère», voisina de sa paroisse, ayant voulu, à l'époque du seraient, essayer d# le ramener à son devoir pu le moyen de son confesseur, on trouva qu'il n'en avait pas et qu'il y avait vingt ans qu'il ne s'était approché da tribunal de la pénitence.

** Des plaisant* prétendaient que les catholiques du diocèse de Vannes ne disaient plus dans le Pater : Délivrez-nous du mal, mais délivrez-nous du Masle.

atteintes portées à la religion , qui fat adressée aux fidèles par quarante- huit évêques français, la plupart réfugiés en Allemagne. Cette instruction, datée du 15 août 1798, était destinée à prémunir à la fois les fidèles contre le schisme et l'impiété. Lors de l'invasion de la Suisse, M. Amelot se retira à Augsbourg, où il choisit pour asile le couvent des Récollets ; et quand les armées françaises pénétrèrent en Allemagne, il prit le parti de passer en Angleterre. Il arriva à Londres dans les premiers jours d'août 1800. Il habitait cette ville lors du concordat de 1801 et de la demande des démissions. Les évêques français qui se trouvaient alors à Londres délibérèrent entre eux sur la conduite qu'ils avaient à tenir. Cinq seulement envoyèrent leurs démissions; treize autres, à la tête desquels était M. de Dillon, archevêque de Narbonne, écrivirent au pape le 27 septembre 1801, et le prièrent de suspendre jusqu'à ce qu'ils lui eussent exposé leurs motifs. Ils insinuaient qu'il serait à propos de convoquer tous les évêques de France. M. Amelot était un des signataires de cette lettre.

Plus tard, lui et vingt-trois autres évêques adhérèrent à la lettre adressée au pape le 26 mars 1802 par le cardinal de Montmorency, l'archevêque de Reims, et les évêques de Limoges, de Seez, de Digne et de Boulogne. Depuis, M. 1 evêque de Vannes prit part à tous les actes des évêques non démissionnaires, aux réclamations du 6 avril 1803, à la suite de ces réclamations du 15 avril 1804, et à la déclaration sur les droits du roi le 8 du même mois. Cependant il était bien loin des intentions du prélat de chercher à exciter des divisions dans l'Eglise. 11 s'abstint constamment de tout exercice de juridiction, et ne détourna point les ecclésiastiques de son diocèse du dessein qu'ils avaient de revenir en France et de s'y soumettre au concordat; son plan fut à la fois et de ne prendre aucune part à cette grande mesure, et de n'y point apporter d'obstacles.

Il ne se pressa pas, à l'époque de la restauration, de rentrer en France. M. de Beausset, évéque de Vannes, lui écrivit, en 1814, pour lui offrir sa démission, et Ten-

Di

182 l'église de hretagne.

gager à venir reprendre son siège. Nous ne savons pas quelle réponse M. Amelot fit à cette lettre; mais il jugea sans doute qu'iS ne pouvait accepter la proposition de M. de Beausset, quelque généreuse qu'elle fût; et en effet, une telle mesure ne pouvait être que le résultat d'un arrangement général. A la fin de 1815, M. de Talleyrand, grand-aumônier, écrivit de la part du roi à tous les évéques non démissionnaires, pour leur annoncer que Sa Majesté, négociant avec le saint Siège, verrait avec plaisir qu'ils levassent tout obstacle à un accommodement en donnant la démission de leurs sièges. Ces prélats envoyèrent, en effet, tous leur démission, tant ceux qui étaient rentrés en France que ceux qui se trouvaient encore en Angleterre. M. Amelot, qui, à cette époque, habitait Londres, agit dans cette circonstance comme ses collègues, et il donna aussi la sienne, revint en France en septembre 1815, et assista à plusieurs réunions d'évéques qui eurent lieu vers ce temps; mais il ne signa pas la lettre écrite au pape par quelques évêques le 8 novembre 1816. Il voulut rester étranger à toutes les démarches qui se faisaient alors.

Nous n'avons pas besoin de dire que 11. Amelot ne partagea point les idées d'Opposition de quelques esprits . passionnés. Un prélat si éclairé ne pouvait approuver ces excès des partisans du schisme. 11 ne dissimulait point ses sentiments à cet égard ; et en parlant des anti-concordataires, il disait nettement: Ce sont des insensés. Si les infirmités du prélat ne lui permirent pas d'ofticier dans les églises, il ne se dispensait pas de les fréquenter. Il entendait la messe avec une grande piété, toujours à genoux, et approchait souvent des sacrements. Ce prélat avait déjà perdu un œil en Angleterre; il devint toiit à fait aveugle peu après son retour en France. Ce pénible état n'altéra pas la sérénité de son caractère. Il vivaitdans une retraite profonde, s'occupant de la prière, se faisant lire quelquefois, et se contentant de la société d'un très-petit nombre d'ecclésiastiques. 11 observait, malgré son âge, toutes les règles de l'Eglise sur l'abstinence. Son ancien diocèse était toujours l'objet de ses affections, et il fit passer à son successeur une somme assez considérable, tant pour les pau-

▼tes que pour favoriser l'éducation des jeunes ecclésiastiques; mais il eut soin que l'on ignorât d'où était parti ce don. Il conserva jusqu'à la fin sa présence d'esprit, son jugement et sâ mémoire, et mourut le 2 octobre 1829, après une très-courte maladie, pendant laquelle il reçut tous les sacrements de l'Eglise. Son neveu, M. le marquis du Guépéan, qui lui rendait tous les soins d'un fils tèndre, recueillit son dernier soupir, et suivit religieusement ses dernières intentions. Les obsèques eurent lieu à Saint-Sulpice. M. i'évèque de Vannes fit célébrer dans sa capitale un service en l'honneur du vénérable vieillard, marque de souvenir qui lui était doublement due, car on avait appris sa générosité en faveur du séminaire et des pauvres de Vannes.

Antoine - Xavier MAYNAUD DE PANCEMONT, né d'une famille honorable à Digoing-sur-Loire, diocèse d'Autun, le 6 août 1753, fut choisi en 1802 par Bonaparte pour remplir le siège de Vannes, que le pape Pie VII avait déclaré vacant. M. de Pancemont avait fait ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice, s'était attaché ensuite à la paroisse du même nom, et en devint le curé en 1788. Il remplissait avec zèle les fonctions de son ministère, et s'était déjà fait connaître par ses abondantes aumônes, lorsque la révolution arriva. Loin d'en partager les erreurs, il se montra constamment opposé aux innovations criminelles que les ennemis de la religion inventaient pour la détruire en France. Ils attachaient un grand prix à ce que le curé de Saint-Sulpice prêtât le serment sacrilège de la Constitution civile du clergé. Le dimanche 9 janvier 1791, jour fixé pour le lui demander, ainsi qu'à son clergé, son église fut envahie par la populace, et lorsqu'après avoir fait le prône il se disposait à descendre de chaire, ^on lui cria avec fureur : « Le serment ou la lanterne 1 î » f ntouré de tous ses prêtres, qui partageaient ses sentiments, il déclara, ainsi qu'eux, qu'il ne le prêterait pas. La fureur de ces bandits fut alors à son comble, et il ne

* Expression dont on se servait pour signifier qu'il fallait pendre un homme à un réverbère, ainsi que le furent plusieurs des premières victimes de la révolution.

put qu'avec peine regagner sa sacristie. Obligé de fuir pour éviter la persécution, qui devenait chaque jour plus menaçante, M. de Pancemont quitta Paris, et s'en tint éloigné jusqu'au moment où la tranquillité y fut un peu rétablie. Use hâta alors de rentrer dans sa paroisse. Les intrus avaient envahi son église; une chapelle de communauté, voisine de Saint-Sulpice, lui servit à rassembler ses paroissiens, et il s'y trouvait encore lorsqu'il reçut sa nomination à l'évêché de Yannes. Le cardinal Caprara, alors légat en France, le sacra dans l'église de Notre-Dame, le 11 avril 1802, huit jours avant la publication du concordat. Dès son arrivée dans son diocèse, il se hâta d'organiser le clergé, tâche difficile, surtout dans un pays où l'on avait la plus vive répugance pour les prêtres constitutionnnels. M. de Pancemont surmonta tous les obstacles, et en moins de trois mois, les paroisses furent pourvues de pasteurs. Bientôt il ouvrit des cours de théologie, et dès qu'il eut recouvré l'ancien séminaire, il fit réparer cette maison à ses dépens, et la mit, au mois d'août 1804, à la disposition de M. Le Gall, lazariste qui l'avait déjà gouvernée avant la révolution, et qui y rentra avec quarante étudiants. Le zélé prélat épuisa la même année sa santé en parcourant les villes de son diocèse à l'occasion du jubilé, et les plus heureux succès couronnèrent ses efforts. Dès son arrivée à Vannes, il avait favorisé le rétablissement du pèlerinage de sainte Anne. Il rétablit dans sa cathédrale et dans d'autres églises de grands catéchismes à l'imitation de ceux de Saint-Sulpice. Ce fut avec son concours que deux daines plus illustres encore par leur piété que par leur naissance, mesdames de Lamoîgnon et Molé, instituèrent à Yannes une nouvelle société religieuse dont les membres unissent les soins de la vie active aux pratiques de la vie contemplative, et s'occupent surtout de l'éducation des enfants de leur sexe. Il donna commencement à un petit séminaire, en réunissant autour de lui une# soixantaine de jeunes gens qui montraient du goût pouf l'état ecclésiastique, et qui, étant exercés aux cérémonies de l'Eglise, contribuaient à donner plus de pompe aux offices de sa cathédrale. Les aumônes de M. de Pancemont étaient abondantes ; il se montrait le père des pauvres, et surtout la

ressource des prêtres indigents. Cependant, malgré cette précieuse qualité, il éprouva des peines dans son diocèse. Il habitait un pays où Ton était généralement très-attaché à l'ancien ordre de choses, et le prélat manifestait en toute occasion son dévouement à Bonaparte. On le lui fit payer bien cher. Le 23 août 1806, il allait donner la confirmation 2 Monterblanc, paroisse distante d'environ quatre lieues de la ville épiscopale, lorsque sa voiture fut subitement entourée d'hommes armés qui s'emparèrent de sa personne ainsi que de son secrétaire. On les emmena, comme otages,

qnedeux royalistes avaient

vicaire général, qui était du voyage, eut ordre d'aller porter au préfet un billet dans lequel on lui disait que si les deux prisonniers n'étaient pas relâchés dans un délai assez court, pu si l'on mettait la gendarmerie en mouvement, l'évêque et son secrétaire seraient fusillés. Le préfet, mu parle désir de sauver la vie à ce vénérable prélat, rendit la liberté aux deux prisonniers, et M. de Pancemont fut délivré à son tour, mais à des conditions très-dures, entre autres celle de payer tout de suite la somme de vingt-quatre mille fr. pour l'acquittement de laquelle le secrétaire avait été retenu et courait risque de périr. La sommene tarda pasàétre comptée, et le secrétaire recouvra aussitôt sa liberté. Le premier soin de 1 evêque en rentrant à Vannes, fut d'aller à l'église pour y rendre à Dieu ses actions de grâces; mais il avait éprouvé une émotion si forte, qu'avant d'arriver à la cathédrale il eutunévanouissement. Depuis cette époque,sa santé s'altéra insensiblement, tant sa catastrophe avait fait sur lui une impression profonde. Ayant été, le 5 mars 1807, frappé de paralysie de toute la moitié du corps, il perdit à l'instant la parole et la connaissance. Il resta neuf jours dans ce triste état, et mourut, à l'âge de cinquante-deux ans, le 13 mars 1807. Les larmes des pauvres et des étudiants du séminaire qui l'accompagnèrent jusqu'au tombeau firent la plus belle pompe de ses obsèques.

Pierre-Frakçois-Gabriel-Igwace-Ferdinand-Raymond DEBAUSSETROQUEFORT,d'unefamilledistinguéeetqui

a donné plusieurs évêques à l'église de France, remplaça M.dë Pancemontdans le siège de Vannes. Il naquit à Béziers, le 51 décembre 1757. Il fit ses éludes à Paris au séminaire de Saint-Sulpice, et, après avoir été ordonné prêtre, il devint d'abord chanoine d'Aix, puis vicaire général d'Orléans et sous-chantre de la cathédrale. Au commencement de là révolution son attachement aux bons principes le força d# s'expatrier. L'Angleterre fut le pays où il chercha d'abord un asile ; mais il y resta peu de temps, et alla rejoindre en Italie son oncle Emmanuel-François dé Bausset Roquefort, évêque de Fréjus. Il habita successivement Trîestë, Ferrare et d'autres villes. Rentré en France après la terreur, il se fixa dans la ville d'Aix, en Provence, et M. de Cicé, lorsqu'il prit possession de ce siège en 4802, le nomma prémier chanoine et membre de son conseil. Bonaparte choisit M. de Bausset pour remplir le siège de Vannes, et le nouveau prélat fat sacré le 29 mai 1808 dans l'église métropolitaine d'Aix par M. de Cicé, assisté de MM. de MonS, alors évêque de Mende, et Colonna, évêque de Nie*. A son arrivée dans son diocèse, M. de Bausset publia une lettre pastorale dans laquelle it fit un bel éloge de son prédécesseur. Bonaparte, pendant qu'il fut sur le trône, trouva en lui un évêque dévoué à sa cause1; niais il fut cependant loin de trahir sa conscience, surtout au concile dé 1811 auquel il assista. A l'époque de la restauration, il se montra asséï généreux pour offrir à M. Amelot de lui remettre son siège. La Bretagne doit de la reconnaissance à M. de Bausset pour l'intérêt qu'il prit au rachat d'une église chère aux Bretons, celle de Sainte-Anne près d' Aurai, rachat qui fut fait avec son approbation en 1814. L'année suivante, il établit son petit séminaire dans l'ancien couvent des Carmes, dépendant de cette église, et en confia la direction aux PP. Jésuites, qui ne tardèrent pas à le rendre très-florissant. Transféré à l'archevêché d'Aix en 1B17, il s'y montra tel qu'il avait paru à Vannes, c'est-à-dire plein

1 11 atait établi, dans son diocèse, l'obligation de faire chaque année au l décembre, dans l'offlce ditin, mémoire du sacre de l'empe-

reur par une antienne et une oraison: ce qui était pour le moins solîte.

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