LINN
Linné i^assait à Leyde une existence heureuse. Bien traité par Cliffort, qui l'entourait de tout le bien-être possible, vivant dans l'intimité de Boerhaave et de Van Swieten, jouissant de la considération des naturalistes hollandais, il recevait les marques les plus flatleuses de Tadmiration des savants, car on venait de lui décerner le titre de membre de l'académie des curieux de la nature^ avec l'épithète de second Dioscoride. (Dioscorides secundus.)
Pendant le séjour de trois années qu*il avait fait en Hollande, U avait entrepris des travaux immenses. Il avait, à cette époque de a vie, plus écrit, plus découvert, plus réformé, que les auteurs qui avaient consacré au travail la plus longue existence. Il était entooré d'une foule de savants et d'élèves, qui se plaisaient à l'entendre, à le consulter. On professait publiquement dans l'université de Leyde, sa méthode et ses principales idées de réforme. Linné, cependant, prit, à cette époque, la résolution de quitter Leyde. C'est que le climat de la Hollande ne convenait pas à un suédois. Il se vit donc dans la nécessité de dire adieu à Gliffort s>u bienfaiteur et son ami.
c Libre d'aller à Leyde aussi souvent qu'il le voulait, nous dit H. Fée, pour y entendre le grand Boerhaave, il avait deux chevaux pour faire ce voyage, et parcourir Amsterdam et ses environs. Cliffort lui avait donné des domestiques, un cuisinier, de beaux appartements dans le ehftteau de Hartecamp, avec la faculté de recevoir qui bon lui semblait, mais rien ne put le retenir. Gliffort voyant que IJnné voulait le quitter, promettait de le garder indéfiniment, afin qu'il pût suivre à loisir les cours de botanique de Boerhaave, et promettait qu'après la mort du vieux professeur Serrurier, il lui ferait obtenir la chaire d'Utrecht. Linné, malgré ces séduisantes promesses et la considération dont il jouissait auprès des naturalistes hollandais, qui le regardaient comme leur oracle, se décida à prendre congé du CUlTort U soupirait après le repos, et sentait bien que le climat do Hollande ne convenait pas à un Suédois. 11 reçut en quittant Hartecamp, cent ducats pour VHortus difortianus (1). •
Linné voulait visiter la France. Avant de se mettre en route il alla prendre congé de tous ses amis.
0) Far 4k Làm4 (psge 18, Mémoire» autographes).
A Leyde vivait alors toute une société de savants : le docteur Gronovius, — le nédecin Van Svvieten, — Lawson, voyageur infatigable et esprit supérieur, — Lieberkûhn, habile constructeur d'instruments de physique, et possesseur de microscopes incomparables, — Kramer, qui étudiait toutes les sciences avec un égal succès, — enfin son cher Bartsch, homme d'une humeur enjouée et qui ressentait le goût le plus vif pour lessciences naturelles. C'est dans ce cercle d'hommes distingués que vivait et se plaisait le botaniste suédois. Il nous dit lui-mâme que leurs conseils, leurs encouragements, leur amitié, lui rendaient le travail agréable et facile.
C'est dans ces circonstances qu'il publia, en 1738, les Classes plantarum et VIchthyologie de son ami Artedi, mort dans les circonstances que nous avons racontées.
Le Classes plantarum est un ample commentaire de la seconde partie des Fundamenta botanica. Voici son titre complet : Classes plantarum seu systemata plantarum omnia a fructi{ica$ioiu desumpta , quorum 16 universalia et i^ partialia, compendiosè proposita secundum classes, ordines et nomina generica^ cum clave cujusvis methodi et synonymis genericis. 1738. (Les classes des plantes^ ou tous les systèmes des plantes tirés de la fruclifico' tiony au nombre de l& universels et iipartiels^ exposés très eu détail selon les classes, les ordres et les genres^ avec la clef de chaque méthode et les synonymes des genres.)
Cet ouvrage contient une revue détaillée de tous les systèmes de botanique depuis Césalpin (1583), jusqu'à Linné lui-mâme. Les systèmes expliqués avec le plus de détails, sont ceux de Gésalpin, Morisson, Ray,Knant, Herman et Boerhaave,Rivin, Rumphius, Ludwig, Knant, Tournefort, Pontedera, MagnoL, enfin Linné. La distribution des végétaux, d*après le système de Fauteur, avec quelques essais de méthode naturelle, termine l'ouvrage.
li'Ichthyologie d' Artedi fut rédigée, non sans beaucoup de peine, par Linné, sur les notes autographes laissées par cet ami fidèle et regretté.
Voici le titre exact de ce dernier ouvrage : Pétri Artedi Sueci medici Ichtyologia : sive opéra omnia de piscibus^ seilicet bibliotheca ichtyologica. Philosophia Ichtyologica\ gênera pisciwu.; synonymia specierum. Omnia in hoc génère perfectiora quam antea ulla. Posthuma vindicavit^ recognovit^ coaptavit et edidU,