‹ Vies des savants illustres du XVIIIe siècleChapitre 3 sur 31 · I-es bienfaits du due Ernest lui imposèrent une besogne qui · texte numérisé non relu

I-es bienfaits du due Ernest lui imposèrent une besogne qui

semblait pou digne d’un homme aussi sérieux. Mais la reconnaissance ne lui permit pas dcdéclincr cette biche; il accepta doncd'éerire V Histoire île la maison < le Drnnsirirk. Le voilà donc en campagne, allant explorer les archives et les bibliothèques de toutes les principales villes, en Allemagne et en Italie, partout où il pensait trouver les matériaux nécessaires à la composition d’une œuvre si difficile et si imprévue. Lu Allemagne il visita toutes les anciennes abbayes, déchiffra les vieilles épitaphes des tombeaux, interrogea les inscriptions des monuments. En Italie il parcourut dans tous leurscoins et recoins la Toscane elle pays d’Este, sachant que les souvenirs de ces petits États avaient la même origine que ceux de Brunswick.

Dans un de ces voyages il arriva à Leibniz une aventure qui faillit lui coûter la vie, mais dont il se tira aussi heureusement que l'avait fait Descartes dans une rencontre toute pareille. On dirait que les philosophes sont prédestinés à ce genre d 'aventure. Seulement là où Descaries avait dû dégainer son épée, Leibniz n'eut à tirer autre chose qu'un chapelet. Voici l'histoire.

Notre voyageur avait à passer de Venise à Mésola, lie de l’Adriatique. Il s'embarqua seul, comme Lésar à Dyrrachium, et il n’eut pas une mer plus calme que le vainqueur de Pompée. Eu elfet, une tempête violente vint à s’élever, et elle terrilia l'équipage de la petite barque. Le pilote, devant ce déchaînement des éléments, jugea que sou passager devait être un hérétique, et que sa présence à son Lord était la seule cause de la tempête. Il communiqua sa conjecture aux matelots, et ceux-ci do prononcer sur-lechamp que l’hérétique est la véritable cause de la tempête. Ne sa doutant pas qu’un Allemand pût entendre leur langage, nos Italiens délibérèrent tout haut de le jeter à la mer. Mais Leibniz avait tout entendu et tout compris. Sans en avoir l’air, il tire tranquillement de sa poche un chapelet, dont il avait eu le bon esprit de se muuir, connaissant l’esprit superstitieux des Vénitiens, et il se met à l’égrener, eu murmurant des prières, de sa voix la plus dévote-

Cette marque d'orthodoxie religieuse eut relié! qu’eu attendait Leibniz : elle suffit pour qu'on revint sur son compte. D'ailleurs, la mer finit par se calmer d’elle-même, et sans qu’on lui eût donné un libre penseur à engloutir.

Leibniz revint de ses excursions, rapportant plus de matériaux qu’il ne lui en fallait pour composer Y Histoire tic In maison de

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